Lauréate du 1er Prix de la Cinéfondation en 2017 pour Paul est là, la franco-costaricienne Valentina Maurel a présenté cette année au Certain RegardSiempre Soy Tu Animal Materno (Ton Animal Maternel). Un film choral autour d’une mère et ses deux filles, et un retour au Costa Rica natal. Rencontre avec une cinéaste qui creuse, avec ce deuxième long métrage, un sujet de prédilection : les liens familiaux.
De retour au Costa Rica après des études en Europe, Elsa retrouve sa petite sœur Amalia, seule dans la maison familiale. De plus en plus insaisissable, celle-ci semble enfermée dans des croyances ésotériques. Elsa essaie d’alerter leurs parents, mais ni le père, trop occupé par ses nouvelles conquêtes, ni la mère, absorbée par la réédition des poèmes érotiques de sa jeunesse, ne semblent prendre la mesure de la situation. Le retour d’Elsa engage les trois femmes à interroger leur lien indéfectible.
Comment est né ce projet ?
Ce projet est né de ma frustration de ne pas avoir pu développer davantage certains personnages dans mon premier film. Je voulais réaliser un film plus choral, autour de la maternité, de la relation à une sœur, du retour au pays. Et puis un jour, mon compagnon a rêvé que j’allais accomplir un film sur une mère et ses deux filles — je l’ai pris au mot.
Quelle était l’atmosphère du tournage ? Une anecdote de plateau ?
On a tourné avec une équipe plutôt réduite, dans une ambiance chaleureuse et dans un ordre chronologique. C’était émouvant de voir les relations entre les personnages s’approfondir au fur et à mesure. À force de tourner pendant sept semaines dans le décor principal, et d’y multiplier les graffitis obscènes sur le muret de l’entrée, les voisins ont fini par croire que nous étions une équipe de propagande politique pour la droite évangélique. Nous ne comprenons toujours pas pourquoi ces graffitis les ont conduits à une telle conclusion, mais cela nous a beaucoup fait rire.
Quelques mots sur vos interprètes ?
Je suis toujours gênée de dire tout le bien que je pense de Daniela Marin — je crains que cela ressemble à un éloge indirect de mon travail, puisqu’elle n’a joué qu’avec moi. C’est une grande actrice. Mariangel Villegas est la grande surprise de ce film. Elle n’avait jamais joué et a fait preuve d’une force et d’une exubérance exceptionnels, indispensables pour incarner Amalia. J’avais découvert Marina de Tavira dans Roma — frappée par sa présence, à la fois romanesque et intemporelle. Je voulais qu’elle donne au personnage d’Isabel une dimension d’héroïne de cinéma, excessive et intense, mais ancrée dans un réel très banal. Elle a fait preuve d’une élégance et d’une humilité qui nous ont tous tirés vers le haut.
Qu’avez-vous appris ou découvert en réalisant ce film ?
J’ai appris que mes films vont probablement se ressembler les uns aux autres. Je creuse quelque chose de précis et ça me donne un sentiment de cohérence. J’ai aussi compris que j’aime que le cinéma soit un lieu où l’on découvre une vérité pour soi. On fait des films non pas pour apprendre des choses, ni même pour s’y retrouver, mais pour s’y perdre.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir réalisatrice ?
Je viens d’une famille d’artistes où tout a été tenté : la musique, la poésie, le théâtre, la peinture, le cirque. J’aurais pu être une vraie rebelle et devenir médecin, mais j’ai préféré le cinéma, que personne n’avait encore exploré.
Quelles sont vos influences ?
Les cinéastes découverts à l’adolescence : Lucrecia Martel, Greg Araki, Werner Herzog, Cassavetes, Hal Hartley. Les cinéastes français découverts en arrivant en France : Louis Malle, Catherine Breillat, Rohmer. Mais surtout des poètes : José Emilio Pacheco, Miyo Vestrini, Robert Creeley, Thierry Metz, Charles Simic. Deux auteurs russes aussi : Tcheckov et Nabokov.
Pouvez-vous nous parler de votre prochain projet ?
Je crois que ce sera un film d’espionnage. Je veux aborder le milieu des expatriés au Costa Rica, dans lequel j’ai aussi un peu grandi. J’ai envie de parler de ces européens qui se retrouvent là-bas dans d’étranges missions de coopération internationale, dont je ne comprenais rien enfant, et qui finissaient parfois par devenir un peu fous, comme engloutis par le décor. À San José, rien d’une jungle mystérieuse, plutôt une nuit alcoolisée, décadente. Mais quelque chose d’aussi opaque que la jungle y opère, et finit par les avaler.
Presse Cannes 2026
Et Alain LIATARD
Cannes – Les Lauréats 2026
Palme d’or : Fjord réalisé par Cristian Mungiu
Grand Prix : Minotaure par Andreï Zviaguintsev
Prix de la Mise en Scène (ex-æquo) : Javier Calvo & Javier Ambrossi pour La Bola Negra (Espagne) et Pawel Pawlikowski pour Fatherland
Prix du Scénario : Emmanuel Marre pour Notre Salut
Prix du Jury : Das Getträumte Abenteuer réalisé par Valeska Grisebach
Prix d’interprétation Féminine : Virginie Eefira et Tao Okamoto dans Soudain réalisé par Hamaguchi Ryusuke
Prix d’interprétation Masculine : Emmanuel Macchia et Valentin Mpagne dans Coward réalisé par Lukas Dhont
Courts Métrages
Palme d’or : Para Los contrincantes réalisé par Federico Luis
Un Certain Regard
Prix Un Certain Regard : Everytime réalisé par Sandra Wollner
Prix du Jury : Les éléphants dans la brune réalisé par Abinash Bikram Shah (1er film)
Prix Spécial du Jury : Le Corset réalisé par Louis Clichy
Meilleur Acteur : Bradley Fiomona Dembeasset dans Congo Boys réalisé par Rafiki Fariala.
Meilleures Actrices : Marina De Tavira, Daniela Marín Navarro, Mariangel Villegas dans Siemper soy tu animal domestico réalisé par Valentina Maurel.
Caméra d’or : Prix de la Caméra d’or Ben’Imana réalisé par Marie-Clémentine Dusabejambo
Un Certain Regard – La Cinef :
Premier Prix Laser-Gato (Laser-Cat réalisé par Lucas Acher, États-Unis. Deuxième Prix : Silent Voice réalisé par Nadine Misong Jin, Columbia University, États Unis Troisième Prix (ex-æquo) : Aldrig Nok – Jamais assez, réalisé par réalisé par Julius Lagoutte Larsen.
La Fémis, France : Growing Stones – Flin Papers réalisé par Roozbeh Gezerseh & Soraya Shamsi. Filmuniversität Babelsberg Konrad Wolf, Allemagne Commission Supérieure Technique.
LE Prix CST de l’artiste technicien est décerné à Nicolas Rumpl, Chef monteur du film Notre Salut réalisé par Emmanuel Marre. « Les partis pris subtils du montage révèlent l’esthétique visuelle, l’ambition de la mise en scène et le jeu des comédiens du film “Notre Salut“ d’Emmanuel Marre. »
LE PRIX CST de la jeune technicienne est décerné à Esther Mysius, Cheffe décoratrice du film Histoires de la nuit réalisé par Léa Mysius. « Le travail intime d’élaboration des décors leur permet de devenir une réelle partie prenante à la narration. »


