La crise vénézuélienne, a déferlé jusqu’en Espagne, avec une force toujours plus grande. La chute du domino vénézuélien, et de son chef, Nicolas Maduro, serait-elle sur le point de faire tomber des têtes à Madrid ? Les titrailles de la presse, et des télévisions castillanes, basques, catalanes, et autres, leurs manchettes mêlent et superposent Caracas et Madrid, Venezuela et Espagne, Nicolas Maduro et Pedro Sanchez.
La diabolisation du Venezuela de Hugo Chávez et Nicolas Maduro par les extrêmes-droites mondiales a trouvé un puissant écho en Espagne. Le Parti Populaire (droite libérale et conservatrice) dés l’arrivée au pouvoir de Hugo Chávez, en 2000, puis Vox, formation d’extrême-droite, peu après sa fondation, en 2013, ont critiqué de façon virale un pouvoir bolivarien identifié au PSOE. Il est vrai que le terrain sans doute s’y prêtait. Plusieurs millions de Vénézuéliens ont été contraints de quitter leur pays en décadence économique. En grande majorité ils se sont installés dans les pays voisins, Colombie, Pérou, Équateur, Chili, Brésil. Mais 690 000, à la date du 1er janvier 2026, selon l’Institut National espagnol de Statistique (INE), vivent dans la « Mère Patrie » européenne. Les Vénézuéliens constituent selon l’INE, la troisième communauté étrangère résidente, immédiatement derrière les Marocains et les Colombiens. Leur nombre augmente régulièrement. 94 100 ressortissants vénézuéliens sont arrivés en Espagne en 2025.
Ces migrants ont malgré tout, en Espagne, une particularité. Certains d’entre eux sont des opposants politiques, radicalement à droite et même à l’extrême droite. « Madrid », titrait le quotidien El Pais, le 27 janvier 2019, « est la capitale de l’exil vénézuélien en Europe [1]». On y trouve l’éditeur du quotidien vénézuélien d’opposition, El Nacional, Miguel Henrique Otero, Fernando Gerbasi, ancien ambassadeur vénézuélien auprès des Communautés européennes. Edmundo González, candidat privé de victoire électorale par le président en place Nicolas Maduro le 24 juillet 2024, a élu domicile à Madrid. Edmundo Gonzalez était soutenu par María Corina Machado, suspendue de droits civiques par le pouvoir en place. Edmundo González a retrouvé à Madrid, Leopoldo Lopez, responsable du parti Voluntad Popular, Leopoldo Lopez Gil, son père député européen élu en 2019 sous l’étiquette du Parti Populaire et Antonio Ledezma, ex-maire de Caracas. María Carolina Machado, comme Antonio Ledezma sont signataires de la « Lettre de Madrid » du parti Vox, destinée à poser les bases d’une internationale réunissant extrêmes-droites européennes et latino-américaines.
Pedro Sánchez, chef du gouvernement depuis 2018, Secrétaire général du PSOE depuis 2017, préside l’Internationale socialiste (IS) depuis 2022. À ce moment là Voluntad Popular était membre de l’Internationale socialiste, sa candidature ayant été acceptée et formalisée en 2014. Antonio Ledezma a été longtemps membre du parti Action Démocratique, affilié à l’IS. Il a ultérieurement fondé Alianza Bravo Pueblo, qui s’est définie comme social-démocrate. Voluntad Popular a été exclue de l’IS en 2024. Antonio Ledezma l’a de fait abandonnée en quittant l’Action Démocratique. Mais les chevauchements, les contacts passés, ont créé un héritage de connivences. Cette réalité, les référents éthiques du socialisme espagnol, permettent de comprendre la protection diplomatique, puis l’asile accordé par Madrid à Leopoldo Lopez.
« En Espagne », a commenté un responsable associatif vénézuélien résidant à Madrid, « nous avons marqué beaucoup de points auprès des dirigeants politiques qui sont contraints d’assumer la thématique vénézuélienne et de promouvoir les politiques nécessaires pour qu’il y ait un changement de pouvoir [2]». De fait, la ministre des relations extérieures, Arancha Gonzalez Laya, s’était publiquement plainte en 2020, d’avoir à consacrer « 80 % de ses interventions au Venezuela [3]». Le terrain politique espagnol de plus en plus polarisé, s’était en effet emballé sur la question vénézuélienne. L’escale à Madrid Barajas le 20 janvier 2020, de Delcy Rodriguez, alors vice-présidente du gouvernement, avait enkysté durablement une puissante polémique. Le Parti Populaire avait multiplié les interpellations parlementaires et médiatiques.
L’Espagne, à la suite des États-Unis de Donald Trump I, et de nombreux pays européens et latino-américains, avait à ce moment là en effet validé Juan Guaido, comme « président intérimaire ». Juan Guaido avait été reçu le 25 janvier 2020 par la ministre des Relations extérieures. L’escale de Delcy Rodriguez, puis le 7 février suivant la rencontre à Caracas de l’ex-président du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, avec Nicolas Maduro, avait solidement greffé la crise vénézuélienne sur les haines politiques entre formations espagnoles. Le décor est resté celui-là en 2026.
Le Venezuela, les liens du PSOE et nominalement de José Luis Rodriguez Zapatero avec Delcy Rodriguez, remplissent chaque semaine plusieurs pages de la presse d’opposition, et plus particulièrement de EL Mundo. La visite effectuée à Caracas par José Luis Rodriguez Zapatero le 6 février 2026, a été décrite de la façon suivante par Daniel Lozano, journaliste du quotidien El Mundo : « En ces temps où le symbolisme exacerbé règne sur la politique, l’image des trois Rodriguez dans un salon du Palais de Miraflores » (l’Elysée du Venezuela) « sous l’image tutélaire du libérateur Simon Bolivar, a reflété le chavisme recyclé dans son état le plus pur [4]».
L’ingérence armée des États-Unis et l’enlèvement de Nicolas Maduro ont été salués en ces termes par le leader du Parti Populaire, Alberto Nuñez Feijoo : « Le mal a été vaincu. La capture de Maduro est une bonne nouvelle (..) C’est bien le propre régime (du Venezuela) qui a tourné le dos à un ordre fondé sur des règles en volant une élection ». Diagnostic complété en fléchant le gouvernement socialiste par la présidente de la Région madrilène, Isabel Diaz Ayuso (PP): « Le Gouvernement est embarrassé parce qu’il a été complice (de Maduro). Les seules dictatures dans le monde sont de gauche et elles s’appuient mutuellement [5]».
Face à ce qu’ont commis les États-Unis, bel et bien une violation du droit international, le Parti Populaire a révisé partiellement sa copie. Vox a alors repris le flambeau sans nuances ni distance. « Le régime narcoterroriste doit se rendre (..) Aujourd’hui le monde est un peu plus libre » avait proclamé Santiago Abascal, son leader, au matin du 3 janvier 2026[6].
Au milieu de ces polémiques, le pétrolier espagnol Repsol, a sans faire de bruit participé à la Maison Blanche, le 9 janvier, à la réunion sur le futur des ressources pétrolières et gazières vénézuéliennes organisée par Donald Trump. Le 13 février le Bureau de Contrôle des Actifs Étrangers du Trésor des États-Unis a levé les sanctions imposées à la vente de son pétrole par le Venezuela. Sous réserve de ne pas livrer de pétrole à la Chine, à la Corée du Nord, à Cuba, à l’Iran, à la Russie, cinq sociétés pétrolières, dont Repsol ont reçu un feu vert pour la reprise de leurs activités au Venezuela[7].
Jean Jacques KOURLIANDSKY
[1] El Pais, 27 janvier2019, p. 5
[2] El Nacional, Reinaldo Oliveros, 15 mars 2019
[3] El Pais, 2& février 2020, p. 15
[4] Daniel Lozano, « L’agenda de Zapatero bute sur la polémique loi d’amnistie », El Mundo, 8 février 2026, p. 26
[5] Natalia Junquera, El Pais, 5 janvier 2026, p. 22
[6] Paloma H. Matellano, El Mundo, 11 janvier 2026, p. 9
[7] BP, Chevron, ENI, Repsol, Shell


