Un bien triste nouvelle : disparition du poète chilien Germán Carrasco

Décédé d’une méningite ce 9 février 2026, Germán Carrasco, né en 1971, écrit une poésie liée au monde urbain, à la mémoire, aux marges sociales et à la culture populaire, comme le rappelle le Diario UCHILE[1]. Le poète lui-même parlait de sa poésie comme d’une volonté de « voir ce que les autres ignorent » et de proposer donc un regard singulier sur le monde qui l’entourait.

Sa maison d’édition salue un grand représentant de la poésie chilienne et « l’un de ses esprits les plus brillants ». Après des études de Langue et Littératures Anglaises à la Facultad de Filosofía y Humanidades de l’Universidad de Chile, celui qui fut membre de l’atelier de la Fondation Pablo Neruda, vivier de jeunes créateurs talentueux, publie son premier recueil Brindis en 1994 et manifeste ainsi une « rupture avec la solennité traditionnelle, misant sur une poésie proche du langage quotidien, chargée d’ironie, de mélancolie et de critique sociale », comme le signale El Mercurio[2].

Reconnu dans le milieu des Lettres chiliennes, il obtient diverses récompenses comme le Prix Jorge Teillier en 1997, pour La insidia del sol sobre las cosas, le prix Sor Juana Inés de la Cruz en 2001 pour Clavados, la Bourse de la Fundación Andes (2003) ou encore le Prix Pablo Neruda (2005)[3]. Son aîné, le poète Raúl Zurita, ne s’y était pas trompé puisqu’il inclut Carrasco dans l’anthologie qu’il élabore, Cantares. Nuevas voces de la poesía chilena en 2004. C’est ainsi que le poème « Un panorama » introduit l’anthologie. Carrasco y écrit, en guise de réflexion sur les générations poétiques chiliennes, les vers suivants, employant un ton mordant et exprimant sa conception de la poésie de son époque qui, pour lui, doit prendre des risques et rompre avec ce qui a précédé :

On suppose qu’étaient déjà assimilés les deux ou trois cents / paradigmes qui avaient forgé le langage de la tribu / « et après ceux de la génération des années cinquante il n’y a /           absolument rien / ou il n’y a en définitive que de la merde » /- affirmaient certains. / Bien. […] Le chant doit faire du surf / sur les vagues de l’esprit. / Le poème chemine sur une corde raide / dans un cirque qui ne respecte pas les moindres / mesures de sécurité[4].

Carrasco, en tant qu’auteur à multiples facettes, se consacré aussi à la traduction d’auteurs de langue anglaise comme William Shakespeare, John Landry et Robert Creeley. Il anime également, pendant de nombreuses années, des ateliers d’écriture afin de former les jeunes générations de poètes émergents. C’est une grande perte pour la poésie chilienne qui, après la mort prématurée de la jeune Amanda Durán en 2025, est de nouveau en deuil avec le décès de Germán Carrasco, à peine âgé de 55 ans.


[1] https://radio.uchile.cl/2026/02/09/muere-el-poeta-chileno-german-carrasco-a-los-55-anos/

[2] https://www.emol.com/noticias/Nacional/2026/02/09/1191019/muere-poeta-german-carrasco.html

[3] https://www.elmostrador.cl/cultura/2026/02/09/una-gran-perdida-para-la-poesia-y-literatura-chilena-fallecio-el-poeta-german-carrasco/

[4] Je traduis. Voir : Raúl Zurita, Cantares: nuevas voces de la poesía chilena, LOM, coll. « Entre mares: Poesía », 2004, pp. 19-22.