L’inspecteur Dupont aurait pu se tâter le menton. Donald Trump aurait-il lu « Tintin au pays de l’or noir » ? Sans doute Non, et « je dirai même plus », aurait pu lui faire écho son frère et collègue Dupond, avec un « D » final, nul doute, que, Non. Pourtant l’hôte de la Maison Blanche décline en ligne claire depuis son arrivée à la Maison Blanche, l’enseignement majeur de cet album du dessinateur et scénariste belge Hergé, C’est le pétole qui mène le monde, en 2026 comme en 1939, date de publication de l’ouvrage.
Les États-Unis sont les premiers producteurs mondiaux de cette huile énergétique. Cette place doit selon le chef étatsunien être préservée le plus longtemps possible. Pour le plus grand bien de l’Amérique du Nord d’abord. Il a posé le négationnisme climatique en vérité d’évangile. Washington est sorti de l’Accord de Paris, pourtant signé par son pays au côté de la majorité des États de la planète en 2015. « L’invention » de nouveaux gisements, avec des technologies classiques, en eaux profondes ou par fracturation hydraulique a donc été encouragée. Encouragée aux États-Unis, mais aussi, contre vents écologiques et marées souveraines, partout dans le monde.
Ce partout ne s’embarrasse pas de frontières. Où qu’il soit localisé l’or noir doit couler en direction des États-Unis. En premier lieu celui qui se trouve à portée d’oléoduc, dans cette Amérique continentale que les États-Unis ont baptisé Hémisphère occidental. Dès les premiers jours de son deuxième mandat, Donald Trump a invité le Canada à intégrer l’Union comme son 51e État. Le Canada, est en effet un gros producteur, en particulier dans l’État d’Alberta. Sa gouverneure a été conviée à Washington, où elle a été reçue en cheffe d’État. Membre de l’ACEUM (Accord de Libre-échange Nord-américain), partenaire de l’Alliance atlantique, le morceau s’est avéré appétissant, mais difficile à gober.
Donald Trump après plusieurs mois de tergiversations s’est alors tourné vers le sud, vers le Venezuela. Le Venezuela derrière un smog politique et polémique bien épais, cache ce qui pour le Premier magistrat nord-américain, est l’essentiel : ce pays détient les premières réserves pétrolières du monde. On connaît la suite donnée à cet état des lieux fait par Donald Trump. Le président vénézuélien Nicolas Maduro s’étant montré réticent à céder son pétrole, a été enlevé, pour être jugé aux États-Unis. Le motif encore flou, lié au trafic de stupéfiantes, sera précisé ultérieurement. L’opposition locale qui attendait après cette séquestration spectaculaire que les clefs de Miraflores (Palais présidentiel vénézuélien) lui soient remises, a dû se contenter de vagues propos sympathiques.
Trump a généreusement laissé Miraflores et maroquins ministériels aux collaborateurs de Nicolas Maduro. En échange des antivols posés sur les champs pétroliers. Marco Rubio a présenté aux sénateurs de son pays le bilan de l’opération sous un jour cru, ne masquant en rien le côté étroitement lucratif de cette ingérence hors du commun. Le pétrole est à nous, a-t-il dit aux membres de la commission des affaires étrangères de la haute Assemblée. Quelques jours plus tôt, le 9 janvier, anticipant toute déclaration explicative et justificative, Donald Trump avait convié dans le salon « Est » de la présidence les représentants des majors pétrolières [1]pour leur signaler le lancement de la chasse à courre pétrolière au Venezuela. Les députés du Venezuela bolivarien ont entériné officiellement cette réalité en votant une loi sur les hydrocarbures le 29 janvier, suspendant un texte de 2006 étatisant les ressources pétrolières.
Parallèlement afin de garantir le transfert d’or noir, et d’autre minerais considérés stratégiques, par voie maritime, diverses initiatives, aussi pressantes les unes que les autres, ont été prises. Panamá a été menacé de perdre son autorité souveraine sur le canal exercée depuis 1999, après quasiment un siècle, d’administration par les Etats-Unis. Plusieurs Secrétaires d’État (Ministres) ont porté le message à Panamá, Marco Rubio (affaires étrangères), Pete Hegseth, (défense, puis guerre). La Cour suprême panaméenne a sauvé les apparences en annulant le texte adopté en janvier 1997 ayant encadré l’appel d’offres, gagné à l’époque par une entreprise de Hongkong. De 1998 à janvier 2026 Hutchison Whampoa, nom de cette entreprise, a géré les installations de porte-conteneurs des deux bouts du canal, Colon, côté caraïbe et Panama-ville côté Pacifique[2].
Ailleurs le discours a été accompagné de démonstration de force « dure », contrat d’armement avec Taïwan pour garantir le libre-passage dans le détroit de Chine, bombardement du Yémen au débouché sud du canal de Suez. Mais le pétrole a été est aussi un moyen de dissuasion et de pression utilisé comme arme diplomatique, par le président des États-Unis. Soucieux avant le difficile rendez-vous électoral du 3 novembre prochain de donner satisfaction au secteur idéologique et anticastriste de son électorat, en particulier aux cubano-américains de Floride, Donald Trump a pris la décision le 29 janvier d’étouffer La Havane. L’instrument à bas coût, compte-tenu de l’enjeu, privilégié, a été d’organiser un embargo pétrolier absolu. Donald Trump aurait pu comme George Bush fils, décréter la suspension des envois de dollars de ses concitoyens ayant des membres de leur famille dans l’île. Mais il risquait de se heurter aux sympathies familiales d’électeurs républicains qui sont plus fortes que leurs envies de revanche. Un nœud coulant de plus en plus serré a donc progressivement bloqué tout arrivée d’or noir à Cuba.
Depuis l’opération militaire à Caracas et l’enlèvement de Nicolas Maduro, le Venezuela a suspendu ses livraisons qui représentaient 30 à 40 000 barils/jour. Fin janvier Donald Trump a menacé de sanctions commerciales puissantes tout État qui tenterait de prendre le relai. Le Mexique livrait autour de 17 000 barils/jour. La Pemex société pétrolière publique mexicaine, nationalisée en 1938 par Lazaro Cardenas, a interrompu ses ventes cubaines le 9 janvier. Le pétrolier Swift Galaxy qui à cette date avait pris la mer pour La Havane a été détourné vers le Danemark. Pressé de tout côté par Donal Trump, sur Cuba, sur le trafic de stupéfiants, sur les flux migratoires, sur la renégociation en cours du traité de libre-échange (l’ACEUM)-, Claudia Sheinbaum a été contrainte de remplacer les contrats pétroliers par l’envoi de nourriture et de médicaments.
Pressions, et prédations ne sont pas seulement pétrolières. Les États-Unis sont actuellement en proie à une boulimie énergétique, minérale, commerciale tous azimuts. Mais la priorité accordée à la captation de l’or noir, son utilisation comme arme de dissuasion diplomatique massive, a valeur de modèle à portée générale. Les bombardements et autres avertissements visant des États pétroliers afin de les contraindre à accepter diverses attentes de Washington, au-delà du Venezuela, de Cuba et du Mexique ciblant l’Iran et le Nigéria, ont vérifié l’usage universel du pétrole comme arme diplomatique étatsunienne.
Jean Jacques KOURLIANSKY
[1] Aspect Holdings, Chevron, ConocoPhillips, Continental, Exxon, Halliburton, Hilcorp Energy, HKN, Marathon Petroleum, Raisa Energy, Tallgrass Energy, Valero, Vitol Americas, Eni (Italie), Repsol(Espagne), Shell (Royaume-Uni),
[2] Sous le nom de Panama Ports Company


