« Le mystérieux regard du flamant rose », film chilien de Diego Céspedes en salle à partir du 18 février prochain 

Début des années 1980, dans le désert chilien. Lidia, onze ans, grandit au sein d’une famille queer flamboyante et aimante, qui a trouvé refuge dans un cabaret, aux abords d’une ville minière rude et poussiéreuse. Quand une mystérieuse maladie mortelle commence à se propager – une rumeur affirme qu’elle se transmet par un simple regard, lorsqu’un homme tombe amoureux d’un autre – la communauté devient rapidement la cible des peurs et fantasmes collectifs. 

Le réalisateur a voulu monter comment survivre et aussi aider les autres à survivre grâce à l’amour. « Lidia est naturellement à l’aise au milieu de ces personnes queer et en même temps effrayée par la maladie. Elle représente ces deux temps de ma vie, soit une atmosphère tragique et angoissée et l’autre, plus joyeuse. On pourrait dire que les yeux du film sont ceux de Lidia ». La jeune actrice « Elle n’était pas du tout effrayée de se retrouver au milieu de cette communauté, cela lui était naturel. Jamais elle ne m’a posé de question. Elle a accepté le monde dans lequel je l’ai plongée. Ce qui était important, car il fallait qu’on la sente à l’aise alors que c’était la première fois de sa vie qu’elle était avec des femmes trans, mais elle a trouvé ses marques toute seule. Elle a été forte physiquement aussi. »

Le film a été tourné dans le nord du Chili et se situe au début des années quatre-vingt, au moment où apparaît le Sida. « Le début des année 1980 est aussi une période d’exploitation minière intensive au Chili, époque à laquelle je souhaitais situer le film. Je suis allé plusieurs fois dans cette région, et tout y est vide désormais. La plupart des mines sont abandonnées et forment comme des villes fantômes.»

Ce drame sur lequel plane et s’abat l’ombre de la mort et qui soulève aussi les questions de l’identité sexuelle, le réalisateur choisit de l’aborder en mode baroque et sur la tonalité de l’amour. L’ignorance et la culpabilité, la peur et la lâcheté ont fait naître une légende locale : les mineurs tomberaient malades quand ils croisent le regard des habitantes de la Maison. On brûle les corps, on bande les yeux, la paranoïa et les insultes règnent, mais rien n’y fait. Cela se ressent dans le style du film, à la fois tendu, mais aussi joyeux et remarquablement filmé.