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5 mars 2019

La Flor, un long métrage de l’Argentin Mariano Llinás diffusé en quatre parties

La Flor propose le cinéma en six épisodes. Chaque épisode correspond à un genre cinématographique. Le premier est une série B, comme les Américains avaient l’habitude d’en faire. Le second est un mélodrame musical avec une pointe de mystère. Le troisième est un film d’espionnage. Le quatrième est une mise en abîme du cinéma. Le cinquième revisite un vieux film français. Le sixième parle de femmes captives au 19e siècle. Mon tout forme «La Flor». Ces six épisodes, ces six genres ont un seul point commun : leurs quatre comédiennes : Elisa Carricajo, Valeria Correa, Pilar Gamboa et Laura Paredes.

Photo : La Flor

D’un épisode à l’autre, La Flor change radicalement d’univers, et chaque actrice passe d’un monde à l’autre, d’une fiction à une autre, d’un emploi à un autre. Ce sont les actrices qui font avancer le récit, ce sont elles aussi qu’au fur et à mesure le film révèle. Au bout de l’histoire, à la fin du film, toutes ces images finiront par dresser leurs quatre portraits.

«Dans La Flor, explique le réalisateur argentin Mariano Llinás, nos quatre actrices sont des inconnues. C’est le film qui crée leur carrière. Tout le film était conçu dans cette intention : composer le portrait de ses quatre comédiennes. Elles ont formé une compagnie de théâtre, La Piel de Lava. Je les avais vues sur scène en 2006, et je m’étais aussitôt dit que ces quatre femmes étaient capables d’emmener la fiction vers de nouveaux horizons. On a envisagé plusieurs histoires, tout me semblait intéressant, et j’ai compris qu’en fait je ne voulais pas faire un film, mais cent films avec elles !»

La Flor a notamment été remarqué au Festival Biarritz Amérique latine en septembre dernier après avoir été l’événement en août au Festival international du film de Locarno. D’une durée de presque 14 h (814 minutes exactement), le film était alors présenté en trois parties de plus de 4 h 30. Pour l’exploitation en France, ce sont quatre parties d’environ 3 h 30 qui sont présentées à raison d’une partie par semaine durant tout le mois de mars.

Il ne s’agit pas d’une série, mais de six histoires : quatre qui commencent et qui ne se terminent pas car elles s’arrêtent à mi-parcours. Puis la cinquième est complète. Quant à la sixième, elle commence au milieu et met un point final au film. Les six histoires ont comme point commun quatre actrices, jouant à chaque fois un rôle différent.

Le tournage du film a duré sept années. Chaque histoire appartient à un genre différent, thriller, comédie musicale, science-fiction, film de sorcières, hommage à La partie de campagne de Jean Renoir (film lui-même incomplet), etc. C’est un film très particulier qui est ludique, poétique et surréaliste par moment. Un film vraiment réussi même si, sur la longueur, il y a quelques passages à vide. L’interprétation est très bonne et le film tient remarquablement par la qualité de la photographie et de la musique. Le jury de Biarritz présidé par Laurent Cantet, le réalisateur de Retour à Itaque (2014), lui a accordé le Prix du jury.

Qui est ce réalisateur parti pour un tel défi ? Mariano Llinás est né en Argentine en 1978. Il est réalisateur, scénariste, membre du collectif El Pampero Cine, professeur à l’Universidad del Cine de Buenos Aires et co-directeur du magazine Revista de Cine. Ses œuvres antérieures sontBalnearios (2002) et Historias extraordinarias en 2008. Il a été scénariste pour Hugo Santiago et pour deux films remarqués de Santiago Mitre, Paulina et El Presidente.

La Flor est vraiment une expérience unique à encourager, même si l’on ne peut voir les quatre parties. Un épisode du film sera à voir en salles chaque semaine à partir du 6 mars. Les Reflets du cinéma ibérique et latino-américain de Villeurbanne proposeront également le film dans leur programmation les samedi 16 et 23 mars à 20h15, le dimanche 24 mars à 16h30 et le mercredi 27 mars à 16h30. Et au festival Cinelatino de Toulouse, la projection se fera sur deux jours, les 30 et 31 mars prochains.

Alain LIATARD

Le Nicaragua contraint de négocier avec l’opposition sous l’ombre des États-Unis

Depuis une semaine, les dirigeants de l’Alliance civique de l’opposition réclament la présence de «garants internationaux» afin de négocier une sortie de la crise politique qui frappe le pays depuis des mois. Par ailleurs, les récentes déclarations de Donald Trump, dans le contexte de la crise au Venezuela, font planer une menace latente sur la table des discussions où se joue l’avenir de l’ex-guérillero sandiniste et actuel président du Nicaragua, Daniel Ortega.

Photo : Presidencia El Salvador/Flickr

Tout a commencé en avril dernier, dans plusieurs villes du pays, avec une quarantaine de morts et une centaine de blessés. Aujourd’hui, les victimes de la répression policière –plus de 300 morts– font partie du lourd bilan de l’explosion sociale déclenchée il y a dix mois par l’annonce d’un décret sur la réforme des retraites.

Destiné à réduire de 76 millions de dollars le déficit de la Sécurité sociale, ce projet de réforme a nécessairement fourni un nouveau sujet d’affrontement qui a fait déborder le vase de la grogne générale : chômage en hausse, augmentation des tarifs d’électricité et du carburant, réduction de l’aide familiale, et surtout une liberté d’expression inexistante avec presque 700 opposants derrière les barreaux.

Après les émeutes de l’année dernière, voyant l’épée de Damoclès au-dessus de sa tête, Daniel Ortega avait fait marche arrière sur sa réforme, trop conscient d’être «arrivé à ce moment fatal où le peuple ne peut plus supporter ni ses maux ni [ses] remèdes», selon les mots de l’historien Louis Madelin (1871-1956). Ainsi acculé par la plus violente mobilisation sociale depuis son retour au pouvoir, en 2007, en guise d’apaisement M. Ortega avait déclaré à la télévision nationale que «le gouvernement [était] d’accord pour reprendre le dialogue pour la paix, pour la stabilité, pour le travail, afin que [le] pays ne soit confronté à la terreur [qu’il vit] en ces moments».

C’est donc sur la base de ses déclarations que les discussions décisives ont débuté le mercredi 27 février autour de la table des négociations. Entreprises, étudiants, paysans, organisations civiles et syndicats se sont regroupés sous le nom d’Alliance civique pour la justice et la démocratie (ACJD).Cette plateforme de l’opposition avait demandé comme préalable la libération de tous les opposants emprisonnés ainsi que la présence, en tant que «garants internationaux», de l’Organisation des États américains (OEA) et de l’Organisation des Nations unies (ONU). De fait, en reprenant le dialogue, l’ancien guérillero sandiniste tente de temporiser pour conserver la présidence jusqu’à la fin de son mandat en 2021, comme l’affirment les membres de l’opposition, dont Azahalea Solis : «Ortega a accepté de reprendre le dialogue parce que la résistance civile continue fermement, à cause de son isolement international et de la situation [de crise] au Venezuela, et parce que l’économie est en chute libre.»

C’est ce que confirment les analystes. En 2018, le PIB a chuté de 4%, provoquant la perte de 300 000 emplois et, selon les prévisions des chefs d’entreprise pour cette année, le PIB peut encore reculer jusqu’à 11%. Ce sont des chiffres alarmants qui, certes, pourraient faire exploser le taux de chômage, mais surtout accélérer le déclin de l’administration Ortega. Dans ces conditions donc, on peut très difficilement prévoir comment l’ex-guérillero sandiniste pourra trouver une stratégie pour renouer avec son peuple et sortir de la crise.

À cela s’ajoutent les sanctions financières imposées par les États-Unis contre son épouse et vice-présidente, Rosario Murillo, et contre un membre de son cabinet. Dans ce contexte délétère, il n’est pas inutile de rappeler que, depuis onze ans à la tête du pouvoir (auxquels s’ajoute son expérience dans les années 1980), M. Ortega a eu suffisamment de temps pour réussir sa gestion en mettant en place les mesures nécessaires à un développement dynamique, dans tous les domaines, pour assurer l’avenir de son peuple.

Mais, comme beaucoup d’hommes politiques, il justifie l’échec de son administration en faisant appel à la théorie du complot : ce sont les rouages des États-Unis qui ont fait voler en éclats son programme, avec l’objectif de se débarrasser de l’idéal gauchiste qui a gouverné pendant les vingt dernières années dans plusieurs pays d’Amérique latine.

Or, il faut bien reconnaître que sur ce point-là M. Ortega n’est pas loin de la réalité. Le conseiller étasunien à la sécurité, John Boston, a affirmé le 20 février dernier que les jours de M. Ortega «étaient comptés». Il y a une semaine, dans un discours sur Maduro et la crise vénézuélienne, Donald Trump avait affirmé que «les jours du communisme étaient comptés au Venezuela, mais aussi au Nicaragua et à Cuba». Une déclaration péremptoire destinée à accélérer la chute d’Ortega car, pour Washington, le Nicaragua fait partie, avec le Venezuela et Cuba, d’une «troïka de la tyrannie».

Tandis que ses opposants réclament son départ en l’accusant d’avoir instauré une dictature, Dora Téllez constate pour sa part que «l’affaiblissement de Maduro affaiblit Ortega». L’ex-combattante sandiniste considère également le dialogue avec l’opposition comme le prélude de la fin du président nicaraguayen : «il s’assied à la table des négociations avec la corde au cou»[1].

Eduardo UGOLINI


[1] Pour plus de détails sur l’origine du «sandinisme», la carrière politique de Daniel Ortega et l’influence historique des États-Unis, vous pouvez consulter l’article intitulé «Des dizaines de morts à l’origine du rassemblement «pour la paix et la justice» au Nicaragua».

L’Urgence d’Agir, un documentaire de David Mambouch consacré à l’œuvre de Maguy Marin

Elle est de ces artistes qui creusent des sillons durables et profonds, qui bouleversent les existences. Depuis plus de trente-cinq ans, Maguy Marin s’est imposée comme une chorégraphe majeure et incontournable de la scène mondiale. Fille d’immigrés espagnols, son œuvre est un coup de poing joyeux et rageur dans le visage de la barbarie. Son parcours et ses prises de positions politiques engagent à l’audace, au courage, au combat. En 1981, son spectacle phare, May B, bouleverse tout ce qu’on croyait de la danse. Une déflagration dont l’écho n’a pas fini de résonner. Le parcours de la chorégraphe Maguy Marin, un vaste mouvement des corps et des cœurs, une aventure de notre époque, immortalisée et transmise à son tour par l’image de cinéma.

Photo : Maguy Marin, l’Urgence d’Agir

Maguy Marin, l’Urgence d’Agir est le premier film de cinéma consacré au parcours de l’une des plus grandes chorégraphes de notre temps, Maguy Marin. À travers May B, le spectacle qui révéla la compagnie il y a trente-sept ans, c’est la question ultime de ce que nous transmettons à nos enfants que pose le film. Transmission d’une pensée, d’une façon de danser, de se mouvoir dans le monde et dans la cité. Histoire des politiques culturelles, histoire d’un pays, intimité et universalité : c’est tout cela Maguy Marin, L’Urgence d’Agir de David Mambouch. Un objet cinématographique mêlant grâce et colère, art et politique, le tout avec comme fil rouge la transmission de la pièce emblématique May B.

L’histoire 

Maguy Marin occupe depuis le début des années 1980 une place à part dans le paysage de la danse contemporaine. Depuis ses premiers pas de danse au Conservatoire de Toulouse dans les années 1960, en passant par l’école de Maurice Béjart puis dans son ballet ; depuis la création de la compagnie Maguy Marin dans la précarité et l’urgence, jusqu’à celle du Centre chorégraphique national de Rillieux-La-Pape, dans le quartier de La Velette ; puis du choix fondateur d’un retour à l’indépendance de sa compagnie en 2012, et la création du lieu Randam, un centre d’art ; son parcours et celui de sa compagnie formulent des réponses exemplaires à des interrogations universelles et plus que jamais actuelles.

C’est quoi May B

Se jouant de tous les codes en vigueur, May B marque l’histoire des arts vivants par la grâce d’un spectacle atemporel, aujourd’hui devenu mythique. Inspirée de l’œuvre de Samuel Beckett, avec ses dix interprètes enduits d’argile, May B saisit une humanité de pauvres, de vieillards, d’exilés, dont les corps difformes se situent aux antipodes de toutes les représentations classiques et idéalisées du corps dansant. L’humanité dans ce qu’elle a de plus fragile et de plus émouvant, poursuivant vaille que vaille son interminable voyage, persistant envers et contre tout dans le sein même d’une fin du monde imminente. Traversant les mémoires et le temps, elle nous rappelle notre propre disparition, nos propres disparus, nos épreuves et notre capacité à résister.

Cette pièce demeure à ce jour pour Maguy Marin et sa compagnie le lieu d’une mise en circulation des expériences et des savoirs entre les générations d’artistes qui se sont succédés dans les rôles, au fil des reprises de la pièce. Mais ce qui se transmet ici va bien au-delà de la seule partition chorégraphique : se mettre au travail et pratiquer ensemble entraîne un échange dynamique où le partage, la rigueur, l’exigence, la patience, l’attention, mais aussi l’humilité, la dignité et l’intégrité, sont autant de valeurs sensiblement traversées. 

Qui est David Mambouch ? 

David Mambouch, réalisateur du documentaire, est le fils de Maguy Marin. Il est littéralement né dans le monde du spectacle, puisque sa mère a créé sa pièce phare, May B, alors qu’il était dans son ventre. «J’ai passé mon enfance sur des planchers de danse et dans les coulisses des théâtres. J’assistais aux échauffements matinaux, aux répétitions, aux représentations. Je suivais la compagnie en tournée, dans les trains, les avions, les hôtels et les restaurants où toute la troupe mangeait en sortant de scène, et où souvent je m’endormais sur les genoux de l’un ou de l’autre, environné de chaleur et de rires, heureux de sentir que la vie continuait sans moi.

Devenu adulte, j’ai suivi une formation d’acteur à l’École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre, puis intégré la troupe permanente du Théâtre national populaire où je devais rester durant six ans. Par ailleurs, passionné par le cinéma depuis mon plus jeune âge, j’ai suivi des formations à l’écriture de scénario, écrit et réalisé une douzaine de courts et moyens métrages, clips, essais divers. Ma mère et moi nous proposions souvent de travailler ensemble. J’ai finalement rejoint sa compagnie en 2013 à l’occasion d’une reprise de May B, pour remplacer un danseur qui s’était blessé.»

D’après David Mambouch

Andrés Manuel López Obrador et le Mexique à contre-courant face à la crise au Venezuela

Le Mexique serait-il entré en dissidence en privilégiant envers et contre tout et tous une sortie de crise vénézuélienne s’appuyant sur les vertus de la non-ingérence ? Andrés Manuel López Obrador (AMLO) serait-il au mieux un Ponce Pilate ? Refusant d’assister une population en détresse ? Et de condamner les responsables de ce drame, Nicolás Maduro et ses amis ? Aurait-il une complicité idéologique avec le «dictateur» comme l’insinuent ses opposants mexicains et le Secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA) ?

Photo : Francisco Mendoza

Dés sa prise de fonction, le 1er décembre 2018, AMLO a posé ses marques diplomatiques. Le Mexique a invité tous les chefs d’État en exercice à la cérémonie. Et donc le président vénézuélien, Nicolás Maduro. Il était à Mexico le 1er décembre 2018. Le 4 janvier 2019, le Mexique participait au Pérou à une réunion du Groupe de Lima, composé de pays américains hostiles au Venezuela de Nicolás Maduro.

Au nom de son pays, le Secrétaire mexicain en charge de l’Amérique latine et de la Caraïbe, Maximiliano Reyes, a refusé de signer la déclaration finale de cette rencontre déclarant illégitime le président Maduro. Le 10 janvier suivant, à la différence de la majorité des pays des Amériques et de l’Union européenne, le Mexique était représenté à la prise de fonction de Nicolás Maduro par son chargé d’affaires à Caracas, Juan Manuel Nungaray. Le 23 janvier 2019, le Mexique réagissait à l’auto-proclamation de Juan Guaidó comme président du Venezuela. Le secrétariat d’État mexicain aux Affaires étrangères signalait dans un communiqué «qu’après avoir analysé la situation […] le Mexique n’envisageait pas de changer quoi que ce soit dans sa relation avec le Venezuela et son gouvernement», se démarquant ainsi de la position prise par le Canada, les États-Unis et douze pays latino-américains qui, dès le 23 janvier, ont reconnu Juan Guaidó comme président du Venezuela.

Depuis sa prise de fonction, AMLO a défendu la nécessité de ne pas s’immiscer «dans les affaires internes du Venezuela». «Le dialogue et la recherche d’une solution diplomatique», a-t-il répété à plusieurs reprises, doivent être privilégiés. «Le Mexique», a précisé Maximiliano Reyes, encourage tout ce qui est «initiative de médiation, de dialogue et non d’isolement». À cet effet, il a défini une ligne de conduite diplomatique avec l’Uruguay privilégiant la recherche d’un compromis démocratique entre parties opposées. Il défend cette thèse au sein de tous les forums hostiles à Nicolás Maduro, dont il reste membre. Qu’il s’agisse du Groupe de Lima, ou du Groupe de Contact International constitué à Montevideo. Il en a rappelé le bien-fondé au président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez qui, le 30 janvier 2019, à Mexico, plaidait la nécessité d’un dialogue passant par la reconnaissance préalable de Juan Gaidó comme chef de l’État.

La position du Mexique a fait l’objet de réserves et critiques. Mike Pence, vice-président des États-Unis, a signalé le 25 février 2019 «qu’il ne pouvait y avoir de spectateurs en ce qui concerne la défense des libertés au Venezuela. Les États-Unis, a-t-il poursuivi, attendent du Mexique, de l’Uruguay et des Caraïbes […] la reconnaissance du président intérimaire». Le Mexique d’AMLO, selon Luis Almagro, Secrétaire général de l’OEA, «ne devrait pas faire le pari de la neutralité, qui est permissivité et peut affecter toute la région». Au Mexique, le Parti d’action nationale (PAN) a regretté la présence «lamentable» du «dictateur» Nicolás Maduro à la prise de fonction d’AMLO le 1er décembre 2018. Il a, en ce qui le concerne, reconnu Juan Guaidó comme président légitime. Le PRD, Parti de la Révolution Démocratique, a également demandé au gouvernement de «rectifier» la reconnaissance accordée au «régime dictatorial» de Nicolás Maduro.

La non-ingérence active pratiquée par AMLO est une évidence confirmée par les faits signalés. Mais relève-t-elle d’une sympathie idéologique à l’égard du Venezuela bolivarien ? D’une neutralité irresponsable comme le disent les critiques de sa diplomatie ? Les émetteurs de réserves, volontairement ou par ignorance, ne se sont pas donnés les moyens de chercher les bonnes clefs permettant de comprendre le fil conducteur des positions et initiatives de la diplomatie d’AMLO. Cette diplomatie n’a pas d’atomes crochus avec le «chavisme» et le «madurisme». Et pour autant elle n’est pas indifférente. Pendant sa campagne électorale, AMLO avait été très clair à ce sujet. Le 3 mars 2018, par exemple, il avait fait la déclaration suivante : «Je ne suis ni « chaviste », ni « trumpiste ». Je suis « juariste » [référence au président Benito Juárez], je suis « maderiste » [référence au président Francisco Madero], « cardeniste » [référence au président Lázaro Cárdenas], mexicaniste en un mot.»

En clair, AMLO a réactualisé une tradition diplomatique mexicaine, écornée par ses prédécesseurs, la «doctrine Estrada». Genaro Estrada Félix, secrétaire aux Affaires extérieures en 1930, avait théorisé la non-ingérence, et son corolaire le respect de la souveraineté des États. «Le Mexique, avait-il écrit le 27 février 1930, n’a pas à accorder une reconnaissance quelconque […] attitude dénigrante, blessante pour les souverainetés, autorisant des autorités étrangères à décider de la légalité ou non de régimes d’autres pays.» Cette doctrine tirait la leçon des interventions étrangères, françaises et nord-américaines qui, au nom de principes universels, ont affecté dans le passé la souveraineté mexicaine. Et lui ont coûté occupation militaire, spoliations économiques, perte de territoires.

Un musée de Mexico est consacré aux malheurs provoqués par les interventions étrangères. Et aux présidents patriotes qui ont résisté : Benito Juárez qui a reconquis la République occupée par les troupes du IIe Empire français. Lázaro Cárdenas qui a nationalisé la richesse pétrolière accaparée par des sociétés nord-américaines. Francisco Madero qui a sacrifié sa vie à la consolidation d’un État mexicain fort et démocratique.

Au lendemain de la réunion du Groupe de Lima qui avait déclaré l’illégitimité de Nicolás Maduro, AMLO, le 5 janvier 2019, avait fondé sans le dire son refus de cette décision, sur la doctrine Estrada. «Nous allons [en cette affaire, agir] dans le respect des principes constitutionnels de non-intervention et d’autodétermination des peuples en matière de politique extérieure. Nous ne nous immisçons pas dans les affaires intérieures des autres pays parce que nous ne voulons pas que les autres mettent leur nez dans ce qui concerne les seuls Mexicains

Défendre les droits humains et les libertés, a-t-il dit en une autre occasion, c’est d’abord être exemplaire chez soi. Ce préalable acquis, un État peut ensuite, en concertation avec d’autres, proposer ses bons offices pour faciliter les sorties négociées de crises intérieures. C’est tout le sens de l’initiative prise avec l’Uruguay. Comme de l’appel lancé aux Nations unies. Si l’humanitaire est une priorité, si la population vénézuélienne a besoin d’un secours d’urgence, il faut, a-t-il dit le 26 février 2019, «dépolitiser l’aide. Lui ôter toute dimension violente, […] passer par le droit […] confier ce travail à l’ONU et à la Croix-Rouge».

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

Alfonso Cuarón et le Mexique, vainqueurs des Oscars 2019 avec le film Roma

Les petites statuettes hollywoodiennes ont été distribuées ce 24 février à Los Angeles, au cours de la 91e cérémonie des Oscars. Aux côtés des films Bohemian Rhapsody et Green Book : Sur les routes du Sud,le drame Roma, réalisé par Alfonso Cuarón, repart parmi les grands vainqueurs de cette soirée. Avec notamment l’Oscar du meilleur réalisateur, le Mexicain rafle plusieurs récompenses pour un film retour aux sources et à sa terre natale.

Photo : Los Angeles Times

Après avoir décroché le Lion d’or à La Mostra de Venise en 2018, le film, co-produit par le Mexique et les États-Unis, a conquis les Américains. Nommé dans dix catégories, Roma repart finalement avec trois statuettes : meilleur film en langue étrangère, meilleur réalisateur et meilleure photographie.

Alfonso Cuarón avait déjà décroché six Oscars avec Gravity, dont celui du meilleur réalisateur en 2014, mais ici, c’est avec un film beaucoup plus singulier et sortant du paysage cinématographique habitué aux Oscars qu’il s’est démarqué. Roma est en effet un film tourné en langue espagnole et misteco, et en noir et blanc. Notons aussi qu’il est diffusé sur Netflix, et que la plate-forme est habituellement boudée des grandes cérémonies : raison pour laquelle Roma n’a pas figuré sur la liste des films sélectionnés à Cannes en 2018.

C’est un film qui rend hommage aux femmes mexicaines, et notamment aux femmes indigènes, à travers le portrait de Cléo, la domestique, interprétée par l’actrice d’origine indigène (mixtèque) Yalitza Aparicio, qui tenait ici son premier rôle de cinéma. Cette dernière a été nommée dans la catégorie meilleure actrice, alors que Marina de Tavira a quant à elle été nommée pour la statuette de meilleure actrice secondaire.

Après s’être fait remettre son prix de meilleur réalisateur des mains de son collègue et ami Guillermo del Toro, Alfonso Cuarón a d’ailleurs déclaré : «Je veux remercier l’Académie d’avoir récompensé un film centré sur une femme indigène. L’une des 70 millions de travailleuses domestiques, sans droits du travail, un personnage qui a été historiquement relégué en arrière-plan au cinéma. En tant qu’artistes, notre travail est de regarder où les autres ne le font pas. Cette responsabilité est devenue beaucoup plus importante en des temps où on nous encourage à regarder ailleurs.[1]»

Le film porte le nom d’un quartier de Mexico, celui de l’enfance de Cuarón. Il dépeint, dans un magnifique noir et blanc, la société mexicaine des années 1970. À travers l’histoire d’une famille de classe moyenne et le portrait de Cléo, il nous fait voir le pays et l’époque de son enfance. Un récit presque autobiographique, dans un décor qu’il souhaitait restituer dans tous ses détails.

Remerciant son directeur de la photographie, Emmanuel «Chivo» Lubezki, à la remise du prix de la meilleure photographie, il rend hommage à des grands noms du cinéma tels Lubitsch et Wilder : «Si ce film a été créé à partir de mes propres souvenirs, il a été conçu à travers la mémoire de ces grands maîtres que le cinéma nous a donné

Si Cuarón a longuement remercié son pays, il a aussi voulu donner une portée plus universelle à son prix. Le réalisateur a ainsi déclaré, à la remise de son prix pour le meilleur film en langue étrangère : «Lorsqu’on lui avait posé une question à propos de la Nouvelle Vague, Claude Chabrol a dit : « Il n’y a pas de vague, il y a seulement l’océan. » Et je pense que les nommés ce soir ont prouvé qu’on fait tous parti du même océan. Je veux remercier ma famille, et le Mexique, d’être la plage d’où vient ce film.»

Cécile SPANU


[1] Toutes les citations sont extraites de la cérémonie des Oscars et traduite par l’autrice de l’article.

Une nouvelle Garde nationale pour lutter contre l’insécurité dans la ville de Mexico

Une nouvelle Garde nationale a été créée par le président mexicain Andrés Manuel López Obrador afin de combattre le crime et l’insécurité civile dans la ville de Mexico. Cette équipe de sécurité, approuvée par la Chambre des députés mexicaine, sera formée de policiers et de militaires sous une autorité civile qui devra être ratifiée par la plupart des États du pays pour être fonctionnelle.

Photo : Cuartoscuro/Publimetro México

Après l’approbation de la réforme constitutionnelle par les députés fédéraux pour la création de la Garde nationale, certaines règles devront être appliquées pour son bon fonctionnement. Ces procédures doivent toutefois être appuyées par les dix-sept congrès des entités fédérales afin d’être activées. Une fois la réforme validée, la Garde nationale devra collaborer et coordonner les procédures en lien avec les instituts de sécurité publique des entités fédérales.

Cette force de sécurité devra être constituée comme toute organisation, c’est-à-dire avoir une structure hiérarchique, des régimes de discipline, des mécanismes pour la promotion, la formation et la professionnalisation. De même, des ordres pour la disposition, la possession, le port et l’utilisation des armes seront pris. La création de cette équipe de sécurité civile, et non militaire, vise à réduire la violence qui secoue le Mexique, notamment les assassinats, dont beaucoup sont dus à des violences entre cartels. La mise en œuvre  de cette action dépendra donc du Sénat ainsi que du ministère de la Sécurité publique dans les prochains jours.

Le président en a souligné deux aspects importants : la formation des futures gardes nationales et la faculté des forces armées pour intervenir dans les aspects de la sécurité publique. D’ailleurs, les députés de Morena, le parti politique d’AMLO, ont retiré à l’armée l’attribution de la formation, ce qui avait été prévu à l’origine. Quant au deuxième aspect, trois dispositions ont été prises afin que l’équipe militaire en soit en charge au cours des premières cinq années et qu’un équilibre soit déterminé entre la Garde, qui serait dans les zones les plus sensibles, et un renforcement des forces de sécurité.

Malgré la bonne foi du président, le plan de sécurité d’AMLO a suscité des polémiques, notamment avec l’organisation Sécurité sans Guerre, un groupe indépendant pour la défense des droits humains, expert dans les politiques de sécurité et de drogue. Ils indiquent que cette initiative amènerait à un approfondissement du militarisme dans le pays. De plus, certaines personnes telles que Laura Atuesta, une académicienne du CIDE (Centre de recherche et d’enseignement économiques), ont démontré à travers une étude que la violence des homicides avait augmenté à cause des affrontements entre militaires et civils. Néanmoins, le président a confiance dans la constitution de son plan de sécurité pour mettre fin à cette violence qui résiste.

Andrea M. RICO PARRA

La révélation française de ce printemps : Isabelle Mayault et l’histoire de la valise mexicaine

La valise mexicaine, on en a beaucoup parlé en 2008, quand la nouvelle a été communiquée : on venait de retrouver 4500 négatifs de trois photographes qui avaient suivi la guerre d’Espagne. Comment ces trésors s’étaient–ils retrouvés à Mexico, quel avait été leur parcours ? Isabelle Mayault s’empare d’une réalité pour imaginer. Son roman Une longue nuit mexicaine est une réussite absolue.

Photo : Gallimard

Longtemps, bien longtemps avant, Greta, la fantasque cousine du narrateur, Luca, qu’elle surnomme affectueusement Jamón, lui avait vaguement parlé d’une valise pleine de pellicules de photos qui avait traversé l’Atlantique, mais il ne parviendra pas à découvrir son contenu jusqu’à la mort accidentelle de Greta. De façon inattendue, presque inexplicable, à 30 ans, Greta a laissé un testament et légué les négatifs à Jamón. On est dans les années 1970.

Le tableau que brosse Isabelle Mayault, dont c’est le premier roman, est fascinant. Il est presque impossible à la lecture des passages sur le passé espagnol, portugais ou mexicain des clichés de se souvenir que l’auteure est française et qu’elle n’a qu’une trentaine d’années. Ses descriptions de Mexico dans les années 1960 par exemple sont dignes des grandes heures du roman mexicain contemporain des faits, Leñero, Spota, Pitol ou Fuentes. Demeures bourgeoises, ambiances, portraits des personnages, des femmes surtout, on est à Mexico. Le tout est servi par un style impeccable, entre pur classique et inventivité de bon aloi.

Jamón, donc, reprend la saga familiale, l’histoire de sa tante Maria, épouse d’un général mexicain nommé diplomate, en poste à Paris puis à Vichy dans les années noires, tandis que Maria soigne ses poumons à Lisbonne. Ce qu’il sait, il le tient de versions discordantes passant pour la vérité absolue mais critiquées et mises en doute par des proches, sœur et fille de Maria. Pourtant, une vérité se crée sous nos yeux. Les presque trente ans qui séparent l’accident initial de l’épilogue connu défilent sous forme de tableaux situés à des époques et dans des lieux très différents, dont on ne saurait dire lequel est le plus vivant. En filigrane, discrètement, Isabelle Mayault tisse aussi le lien, fort et conflictuel, que l’Histoire a formé entre l’Europe et l’Amérique, entre l’Espagne et le Mexique, le lien dont le narrateur est la preuve vivante, modeste et éclatante.

On suit, d’abord indirectement, la fameuse valise dont on ne fait que pressentir l’existence au début et qui peu à peu prend de plus en plus de réalité. Cela donne lieu à de superbes portraits de femmes, un éloge d’un féminisme discret mais d’une force, d’une beauté bien plus évidentes qu’une vision primaire : comment peuvent se former de telles personnalités, quand on a un peu de caractère, une certaine intelligence et la volonté, encore souterraine, de devenir soi-même, dans un monde fait pour les hommes et par eux, pas encore disposé à laisser un espace au «sexe faible» ?

Ce n’est finalement pas impossible, pas très difficile, au fond, c’est ce que démontre Isabelle Mayault. Il ne sert à rien de hurler ; une voix ‒féminine‒ modulée est bien suffisante pour célébrer une beauté intérieure. On peut parier sans grand risque qu’on a là le roman féministe réussi de l’année. Mais pas seulement le roman féministe, un des meilleurs romans de ce début d’année. C’est intelligent, c’est agréable, c’est discrètement drôle, c’est très juste, c’est beau. Une révélation !

Christian ROINAT

Une longue nuit mexicaine d’Isabelle Mayault, éd. Gallimard, 272 p., 21 €.
À noter qu’Actes Sud a publié, en 2011 (coll. Beaux Arts), l’intégralité des films retrouvés dans «la valise mexicaine».

Journaliste indépendante installée à Genève, Isabelle Mayault a couvert le monde arabe pendant cinq ans (Liban, Algérie, Turquie…) et a notamment écrit pour l’Obs, le Figaro, la Croix et Causette, en plus de fonder le site Mashallah News, spécialisé dans le traitement de l’actualité des zones urbaines du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Si Une longue nuit mexicaine est son premier roman, elle a déjà publié Jours tranquilles au Caire (Riveneuve, 2015), un témoignage sur la vie quotidienne dans la capitale égyptienne après les printemps arabe.

Un programme national pour démocratiser la lecture au Mexique

Sous le nouveau gouvernement d’Andrés Manuel López Obrador, Paco Ignacio Taibo II, historien, écrivain et responsable de la maison d’édition nationale Fondo de Cultura Económica (FCE, Fonds pour la culture économique), met en place, aux côtés d’autres acteurs nationaux, un programme visant à favoriser l’accès aux livres et à la lecture pour les Mexicains.

Photo : Especial

«À Juárez (Chihuahua), un ami me dit une fois : « À chaque fois que je convaincs un adolescent de jouer de la guitare classique, je vole un tueur au narcotrafic », et c’est la même chose avec un livre. La civilisation combat la barbarie.» C’est ainsi que le nouveau responsable du Fonds pour la culture économique du Mexique, l’écrivain Paco Ignacio Taibo II, aux côtés de diverses autres institutions et du président Andrés Manuel López Obrador, a présenté récemment au pays la Stratégie nationale de lecture, impulsée par le gouvernement.

En tout, vingt-quatre institutions mexicaines participent à ce programme, qui comporte trois axes essentiels. Premièrement, l’éducation : créer une habitude de lecture dès l’enfance et l’adolescence, repenser les fonctionnements des bibliothèques, les rendre plus démocratiques, entre autres. Deuxièmement, le côté socio-culturel : rendre les livres plus accessibles par leur prix, et attractifs, dans le sens d’éliminer la distance entre l’œuvre et le lecteur. Et troisièmement : la tenue de campagnes médiatiques visant à promouvoir la lecture, toujours dans le but qu’elle devienne une habitude.

L’une des mesures les plus emblématiques de ce programme : baisser le prix des livres pour les rendre accessibles à tous les Mexicains. Ainsi 357 000 exemplaires à 8 pesos mexicains (environ 40 centimes d’euros) ainsi que 50 000 ouvrages (représentant une cinquantaine de titres) à 49,50 pesos (environ 2 euros) ont été distribués dans des librairies de tout le pays. Certaines des librairies ayant déjà été dévalisées, Taibo a annoncé qu’un réapprovisionnement était en cours.

C’est ainsi que les livres en dormance dans les entrepôts de stockage, jugés auparavant impropres à la vente, seront remis en circulation, à bas prix. «Nous ne détruirons jamais un livre, même pas le plus abominable», a déclaré l’historien.

Si une partie du programme prévoit la baisse des prix, une autre a pour ambition d’apporter la lecture «jusqu’aux ranchs les plus reculés». Dans cette optique, des Librobus, gérés par Educal, ont parcouru diverses zones du pays, apportant des livres vendus jusqu’à 10% de leur prix original dans des campagnes et des villes reculées.

L’un des points les plus importants de ce programme national reste l’objectif d’éducation et de redonner le goût de la lecture aux Mexicains. Pour cela, Paco Ignacio Taibo II a annoncé vouloir travailler avec les Écoles normales qui forment la plupart des professeurs au Mexique. «On doit réussir à ce que le futur professeur soit une personne qui dise : « lire, c’est amusant, lire, c’est passionnant, lire… » et qui le transmette à ses futurs élèves», a déclaré l’historien.

 «La lecture a été l’un des mécanismes par l’intermédiaire duquel l’humanité communique ses connaissances, ses doutes, ses incertitudes», ainsi qu’il est écrit sur le site internet du Fonds de culture économique. Le Mexique est classé 107e sur 108 pays par l’indice de lecture de l’Unesco. Avec ce programme, le nouveau gouvernement s’inscrit dans une volonté de changement et de développement de la lecture et de la culture au niveau national.

Cécile SPANU

Célébrer les droits humains : la 17e édition du FIFDH se tiendra du 8 au 17 mars à Genève

Le Festival du film et forum international sur les droits de l’homme (FIFDH) s’est construit en parallèle et en soutien du Conseil des droits de l’homme de l’ONU réuni à Genève. Chaque année, dix jours durant, ce sont des ateliers, des conférences, des lectures, du théâtre, un hackathon, des films suivis de débats qui prennent place dans la ville suisse et dans la Suisse romande pour dénoncer toutes les formes de violation des droits de l’homme tout en célébrant les initiatives d’ouverture, où qu’elles se déploient. Ainsi le grand public peut-il côtoyer diplomates, membres d’ONG, artistes, militants, journalistes et financiers en participant aux discussions et en confrontant leurs points de vue, chaque débat étant retransmis sur internet en direct.

Photo : FIFDH

Dans son éditorial, la directrice générale du festival se pose sans conteste pour la liberté dans toutes ses manifestations et contre ce qui menace ses digues, et plus généralement une espèce d’inquiétude qui se répand dans le monde actuel. L’entraide est remise à l’honneur pour une «réaffirmation des valeurs fondamentales». Le FIFDH s’érige alors comme un foyer de vie qui «brûle» dans «un monde qui semble de plus en plus gelé», affirme-t-elle.

Un rempart contre «l’intranquilité»

L’édition 2019 s’ouvrira le 8 mars, date symbolique de la journée internationale des femmes où sera projeté un film consacré à Nadia Murad, prix Nobel de la paix 2018, en présence de la Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme Michelle Bachelet et de la secrétaire d’État suisse aux Affaires étrangères Pascale Baeriswyl.

Au cours du festival, deux compétitions de longs métrages proposeront en première et en présence des cinéastes et acteurs une sélection de films internationaux, avec Leïla Slimani comme présidente du jury documentaire.

Les trois thématiques à l’honneur

Cette année, le festival célèbrera les trente ans du web en présence de son créateur, Tim Berners-Lee. Au programme : les humains du futur, diffusion du film Internet ou la révolution du partage de Philippe Borrel, hackathon pour les droits humains.

Une large part des débats sera accordée également à la santé publique mondiale : autour de la criminalisation de la solidarité envers les migrants, discussion avec Édouard Louis sur son livre Qui a tué mon père, interrogation sur les solutions pour faire face au virus Ebola, le droit au logement.

Enfin, le festival se propose cette année de s’interroger sur les féminités en revenant sur des parcours remarquables de femmes insoumises : hommage à Evdokia Romanova, qui a œuvré à la défense des personnes LGBTI+ en Russie, retour sur le rôle des palestiniennes au Moyen-Orient.

Ces trois thématiques seront étayées par une très large sélection de films documentaires, de reportages, de fictions et de films thématiques. Retrouvez tout le programme de l’édition 2019 sur le site du FIFDH.

Lou BOUHAMIDI

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