Archives mensuelles :

septembre 2017

Deux nouveaux titres de la Collection « Ida y vuelta / Aller-retour » aux éditions PUL à Lyon

La collection « Ida y vuelta / Aller-retour » se propose d’ouvrir des espaces de dialogue entre les cultures d’expression espagnole et française. Elle présente des textes encore inédits en français, principalement du domaine littéraire, en ne s’interdisant aucun genre (fiction, poésie, essai, critique). Viennent de paraître, deux livres étonnants.

Pour la collection « Ida y vuelta / Aller-retour », le choix des ouvrages est motivé par la nécessité de combler des lacunes, consenties par la logique de marché, pour rendre justice à la valeur novatrice ou subversive de ces textes. La collection est donc le fruit à la fois de la recherche et de l’action, individuelle et/ou collective, menées dans le cadre de projets universitaires. Une série est ouverte à la réflexion traductologique et à des textes à valeur patrimoniale ; une autre, bilingue, propose de sortir de l’ombre des auteurs ou des textes jugés significatifs dans le monde hispanique. La collection présente deux nouveaux titres.

Aucun lieu n’est sacré,
du Guatémaltèque Rodrigo Rey Rosa

Ce recueil de neuf nouvelles de Rodrigo Rey Rosa, inédit en français, traduction dirigée par Philippe Dessommes, a été composé durant son séjour à New York en 1998. Un paysage mental singulier y prend forme, opérant une synthèse entre l’évocation réaliste de la violence urbaine et de la solitude de l’exil, et la rémanence chez les personnages de sourds traumatismes transplantés depuis leur pays d’origine. Le génie de la concision suggestive de l’auteur nous permet ainsi d’entendre un furieux concert de voix et de deviner, à distance, un portrait du Guatemala.

Né en 1958 au Guatemala, Rodrigo Rey Rosa part vivre à New York en 1980, en raison de la guerre civile. Il y consacre deux ans à des études de cinéma tandis qu’il écrit, en admirateur de Jorge Luis Borges et Henri Michaux. Pendant une dizaine d’années, il voyage et vit en Europe et au Maroc, où il se lie d’amitié avec Paul Bowles qui le fait connaître en anglais. Rey Rosa alterne romans et nouvelles, écriture et traduction. Plusieurs de ses romans et recueils ont été traduits et publiés chez Gallimard, dont Un rêve en forêt, Le Temps imparti et autres nouvelles (1997), Pierres enchantées (2005), Les Sourds (2014), Le Matériau humain (2016).

Le rêve de monsieur le juge,
de l’Argentin Carlos Gamerro

Malihuel, petit village de gauchos de la Pampa argentine à la fin du XIXe siècle. Le juge de paix don Urbano Pedernera fait comparaître les uns après les autres les habitants pour des offenses commises dans ses rêves. La trame de ce roman, à la fois rigoureuse et farfelue, est servie par une écriture exigeante, au rythme parfois vertigineux, qui emporte le lecteur dans le tourbillon des aventures des villageois. L’humour est omniprésent, dans une Pampa teintée de magie où les croyances autochtones deviennent réalité. Carlos Gamerro revient ici sur des épisodes sanglants de l’histoire argentine, à la manière d’une parodie burlesque. Le récit offre une réflexion extrêmement originale sur le thème du pouvoir et de sa logique paranoïaque, et le rêve acquiert ainsi une dimension politique.

Carlos Gamerro, romancier et essayiste, est né à Buenos Aires en 1962. Traducteur de Graham Greene, de W.H. Auden et de Shakespeare, il écrit également des essais littéraires et des scénarios pour le cinéma. Dans ses romans, il interroge les rapports que l’Argentine entretient avec son histoire et ses mythes culturels et politiques. Tout ou presque sur Ezcurra, traduit en français en 2011 (Liana Levi), soulève la question délicate de la responsabilité des citoyens dans les disparitions orchestrées par l’État sous la dictature militaire.

Édition bilingue : texte original en espagnol et traduction française par Aurélie Bartolo, avec un prologue de María A. Semilla Durán.  La Collection est dirigée par Philippe Dessommes, José Carlos de Hoyos et Sylvie Protin.

« La Noche de cuentos » le jeudi 5 octobre au siège des Nouveaux Espaces Latinos à Lyon

Dans le cadre du Xe festival international de contes et pour la quatrième année, le siège à Lyon de Nouveaux Espaces Latinos accueille La Noche de cuentos « De bouche à oreille et de boca en boca ». Grâce à l’organisation de la conteuse cubaine Mercédes Alfonso à Lyon, la présentation se fera en présence de deux conteurs colombiens, Carolina Rueda y Jota Villaza, jeudi 5 octobre prochain à 20 h.

Lors des précédentes éditions, nous avons eu le plaisir de recevoir José Manuel Garzón d’Espagne, Angela Arboleda d’Équateur, et Carolina Rueda de la Colombie qui, pour la deuxième fois, vient nous enchanter avec sa parole voyageuse. Le festival « De bouche à oreille et de boca en boca » est né il y a dix ans sous la direction de Ligia Vázquez, directrice de la Maison de l’Amérique latine de  Strasbourg et de José Manuel Garzón ( de la Nona Teatro), avec le but de promouvoir la présence des artistes de l’espace ibéro-américain sur la scène européenne, sensibiliser l’opinion publique à la production artistique des pays hispano-américains à travers des séminaires, l’échange d’artistes et les ateliers de spectacle et favoriser l’intégration et la gestion professionnelle des structures en développant des projets culturels à caractère international. Un espace ouvert à la production de narrateurs oraux, venus d’ailleurs mais surtout d’Amérique Latine, d’Espagne et du Portugal.

En résonance avec l’ année de la Colombie en France, « La Noche de Cuentos »  invite le public franco-hispanophone, mais aussi les étudiants d’espagnol et tout public intéressé par la culture latino-américaine à connaître cette discipline liée à la tradition orale et à l’expression scénique contemporaine. On a eu le plaisir de recevoir dans les précédentes éditions José Manuel Garzon d’Espagne, Angela Arboleda d’Équateur, et Carolina Rueda de la Colombie qui pour la deuxième fois vient nous enchanter avec sa parole voyageuse.

Carolina Rueda : La force et la malice colombiennes. Carolina Rueda est une des narratrices colombiennes au parcours le plus long, sur les scènes colombiennes et du monde. Carolina a été primée et s’est fait connaître non seulement en tant que narratrice mais aussi comme professeur, animatrice d’ateliers de narration orale et comme directrice d’un des plus grand et important festival de contes du monde. Caroline narratrice, et conteuse. Elle explicite la différence entre l’amuseur, le comédien, l’orateur et le narrateur oral. Elle est le reflet de la nature de notre festival. Un festival où l’artiste monte sur scène sans décor, sans artifice, sans soutien. Seule avec sa voix, avec sa magie, avec son charme et son style qui font voyager l’imagination. Avec des histoires universelles et son professionnalisme. Prodigieuse sur scène, Caroline nous fait cadeau de sa présence chaleureuse et de ses mondes intérieurs. Jota Villaza : il a été considéré comme le meilleur narrateur de contes traditionnels dans divers événements locaux, nationaux et internationaux. Instituteur, acteur, metteur en scène, dramaturge et poète pendant plus de vingt ans, il a surtout consacré ces dix dernières années à la recherche, la transcription, la création et la narration de contes populaires.

La Noche de cuentos, le 5 octobre 2017 à 20 h aux Nouveaux Espaces Latinos (PAF 10 euros)

Lenín Moreno, « le président de la paix, du dialogue, de la transparence et de l’égalité sociale » aux Nations unies

Les axes principaux de l’allocution du président équatorien devant la 72e Assemblée générale des Nations unies (ONU) et lors de la séance d’ouverture de la 41e réunion ministérielle de la plénière du G77 + Chine le 22 septembre, ont été les migrations, la corruption, les inégalités sociales, le développement des pays défavorisés et le changement climatique.

Photo : Ecuavisa

Le président Lenín Moreno est perçu comme un président conciliateur, tant devant l’ONU qu’au sein de son pays. Son discours aux Nations unies a été jugé avant-gardiste, en proposant la paix et le dialogue. En référence aux migrations, il a déclaré : « Nous sommes de plus en plus interconnectés, la mobilité humaine enrichit les peuples et contribue à lutter contre la xénophobie. Les murs aux frontières ne sont pas une solution ».

 Les injustices

Il a fermement insisté sur la nécessité de freiner les abus des paradis fiscaux, tout en soulignant que « l’élimination de la pauvreté et des inégalités exige des décisions politiques pour s’attaquer à la distribution injuste des richesses et de l’exclusion ». Pour lui, chaque dollar perdu dans l’évasion fiscale représente moins de ressources pour financer le développement des pays. Il a condamné les inégalités dans un monde où huit familles ont plus de richesses que le reste de l’humanité.

Le changement climatique

À propos du changement climatique, qui cause des catastrophes dévastatrices, il a invité les pays polluants de la planète à assumer leur responsabilité, et à veiller sur les communautés autochtones qu’il faut écouter, puisqu’ils sont les gardiens de la nature. Pour lui, « La décision collective permettra de construire un monde plus humain et plus juste ». Par ailleurs, il a critiqué le blocus économique contre Cuba imposé par les États-Unis et a demandé de respecter la non-ingérence dans les pays.

Lutter contre la corruption

En parallèle de cette assemblée, la ministre des Affaires étrangères, MarÍa Fernanda Espinosa, et le directeur général de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Yuri Fedotov, ont signé un accord de coopération pour la prévention et la lutte contre la corruption, en travaillant sur trois axes : le renforcement de la lutte mondiale en faveur de la transparence et contre la corruption, l’échange de bonnes pratiques avec la conception d’indicateurs sur la corruption qui pourraient être appliqués par les tous les pays, et des mesures de prévention et d’éducation pour lutter contre la corruption.

ONU Femmes

À signaler que l’épouse du président, Rocío González de Moreno, a rencontré le directeur général d’ONU Femmes, Phumzile Mlambo-Ngcuka, qui a approuvé la proposition de loi présentée par l’exécutif équatorien, loi qui devrait être votée en novembre, contre  la violence sexuelle. En plus de lutter contre la violence sexiste, la législation proposée vise à réduire les féminicides, un fléau présent en Amérique latine et dans le reste du monde.

Des réformes pour renforcer la démocratie au sein de son pays

Ce président conciliateur a confirmé l’appel à une consultation populaire, dont il présentera officiellement le contenu le 2 octobre prochain, et a invité ses concitoyens à faire connaître leurs sujets d’intérêt avant le 26 septembre. Il avait déjà lui-même proposé d’aborder les réformes visant à renforcer la démocratie. L’opposition appelle à des changements dans le domaine de la justice, dans la loi sur la communication qui a sévèrement puni de nombreux médias depuis 2013, et s’interroge, entre autres, sur la réélection présidentielle indéfinie et sur la suppression définitive du CPCCS, le Conseil de la participation citoyenne et du contrôle social ou cinquième pouvoir, fondé par L’ancien président Rafael Correa. Moreno s’est félicité  « qu’un dialogue sain sur les questions ait été ouvert ». Il a remercié le soutien reçu pour sa proposition de consultation populaire. Selon El Ciudadano, les axes de la consultation porteront sur une plus grande participation des citoyens aux décisions nationales, sur des changements politiques visant à améliorer la démocratie, sur la transparence dans le choix des autorités de contrôle et sur le renforcement de l’équilibre entre les fonctions de l’État. Depuis son arrivée au pouvoir, Moreno, bien plus conciliant, s’éloigne de plus en plus de  son prédécesseur, Correa, et tend vers un consensus national.

Catherine TRAULLÉ

Pour la deuxième fois en trois mois, le président brésilien Michel Temer accusé par le procureur général

Deux nouvelles affaires frappent le président Michel Temer : la police fédérale a découvert dans une maison appartenant à un membre de son parti proche de lui des billets de banque pour une valeur de 16 millions de dollars, et un financier déclare que Temer a reçu plus de 4 millions de dollars en pots-de-vin et qu’il a acheté des députés pour qu’ils votent la destitution de l’ex-présidente Dilma Rousseff.

Photo : Guasabaraediciones

Première accusation

En juin dernier, le président de fait Michel Temer avait été accusé de corruption passive par le procureur Rodrigo Janot. Réponse de Temer : une demande à la Cour suprême (CS) pour que le dossier soit retiré des mains de Janot ! Mais, sur 11 juges, 9 votèrent contre Temer et la CS déclarait l’accusation de Janot « recevable », ce qui obligeait la Chambre des députés à voter la levée de son immunité parlementaire. Les alliés du président à la Chambre firent échouer cette procédure. Temer n’était pas trop inquiet car le procureur Janot arrivait en fin de mandat et devait donc abandonner le dossier Lava Jato (fraude et corruption). Et c’est le président qui pouvait désigner son successeur. Il choisit Raquel Dodge qu’il pensait plus compréhensive envers le gouvernement…

Les porteurs de valise du président

Il est de plus en plus évident que pour destituer Dilma Rousseff et prendre le pouvoir, Temer et sa clique de députés corrompus du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, droite) ont acheté le vote de nombreux parlementaires. La police a découvert les porteurs de valises pleines d’argent. Déjà en mars dernier, Rodrigo Loures, conseiller spécial de Temer, avait été filmé (puis détenu) portant une mallette contenant 165 000 dollars reçus de l’entreprise JBS. Un juge compréhensif lui concéda la détention à domicile ce qui garantissait son silence. Début septembre, la police fédérale de Salvador de Bahia découvre neuf valises et sept cartons contenant 16 millions de dollars en beaux billets verts au domicile de Geddel Vieira Lima, un proche du président, chargé de remettre l’argent aux membres des autres partis pour qu’ils votent avec le PMDB.

Deuxième accusation

Avant de quitter son poste, le procureur Janot lance une deuxième accusation contre Michel Temer. Selon son enquête, « Temer dirigeait une association illicite » qui avait reçu 175 millions de dollars qui proviendraient de pots-de-vin reçus de diverses entreprises pour arranger de juteux contrats entre elles et Petrobras (Pétrole du Brésil). La défense du président repose sur un article de la Constitution qui dit qu’un président ne peut être l’objet d’une procédure judiciaire que pour des faits ayant eu lieu pendant son mandat. Or les « achats » de parlementaires ont eu lieu avant les élections, pour qu’il devienne président et non lorsqu’il était devenu président… Quand cynisme rime avec légalisme. Après que la Cour suprême a de nouveau voté contre le président (6 voix contre 5), la parole est maintenant au Congrès. Le 27 septembre, la députée Mariana Carvalho a lu le texte de l’accusation réalisée par le procureur général Janot devant les parlementaires. Le vote du Congrès aura lieu la semaine prochaine.

Des élections incertaines
Si le Congrès rejette à nouveau la levée de son immunité, le président pourra très probablement se maintenir au pouvoir jusqu’aux élections d’octobre 2018. Garder le pouvoir semble très problématique pour la droite. D’abord parce que (presque) toutes ses personnalités sont en prison, suspectées ou mises en examen pour corruption, ensuite parce que tous les sondages montrent que le gagnant probable serait l’ancien président Lula da Silva. Il faut donc l’empêcher de se présenter. La justice a l’air de vouloir se charger de cette tâche : le juge Sergio Moro a condamné Lula à 9 ans de prison pour un délit pour lequel il n’a apporté aucune preuve. Lula a fait appel, on attend le verdict de la Cour.

Bruits de bottes ?

Si les coups d’Etat militaires ne sont plus nécessaires pour faire tomber un gouvernement (1), les militaires ne sont jamais très loin. Le 26 septembre 2017, le général (4 étoiles en activité) Antonio Mourao appelle « à un soulèvement militaire s’il n’est pas mis fin à la corruption… pour refonder le système politique » avec « de nouveaux leaders ». Son supérieur, le chef de l’armée, général Villas Boas, l’a félicité, ce qui signifie que les hauts gradés sont d’accord avec lui. Pour eux, il s’agirait de « garantir la stabilité institutionnelle ». On se rappelle que pour les militaires, la présidente Dilma Rousseff était une subversive et que, tous les 31 mars, le Club militaire évoque la période « aimable » de 1964 à 1985 (la dictature) « qui a permis la croissance économique » (2). Invité sur TV Globo, Villas Boas fut reçu par de chauds applaudissements du public à la demande de l’animateur ce qui montre la position de cette chaîne (radio, TV et papier).

Coup d’État militaire en 2018 ?

Villas Boas fait courir le bruit que « la Constitution contemple l’irruption des militaires si le pays était submergé par le chaos », une fausse « information ». Un Lula vainqueur en 2018 et pas de leader dans les partis de droite pourrait-il être considéré comme une forme de chaos par l’armée ? C’est ce que semble craindre le PT (Parti des travailleurs) de Lula da Silva qui se dit « préoccupé » et affirme que « la société doit garantir la démocratie ». C’est aussi ce que pense le célèbre théologien Leonardo Boff pour qui « le nouveau régime a donné lieu à une démocratie de très basse intensité ». Villas Boas ne vient-il pas d’appeler les juges à « écarter de la vie publique toute personne impliquée dans des actes de corruption » ? Il ne visait pas les Cunha, Loures, Vieira ou les députés « achetés », bien sûr, mais bien Lula qui attend toujours que la justice présente des preuves matérielles de sa soi-disant collusion avec une entreprise…

Jac FORTON

(1) Voir les coups d’État politiques au Venezuela en 2002, au Honduras en 2009, au Paraguay en 2012 et au Brésil en 2016. (2) Publié par le journal argentin Pagina12 en ligne le 26 septembre 2017.

Cinq mois après avoir quitté son poste, l’ex-président équatorien Rafael Correa déjà de retour en politique ?

Cela fait à peine plus de 5 mois que l’ex-président socialiste Rafael Correa a quitté son poste pour laisser place à son successeur Lenín Moreno. Ce dernier, suite à l’annonce de la retraite politique de Correa, représenta la coalition de gauche Alianza País aux élections présidentielles. Ancien vice-président de Correa lui-même de 2007 à 2013, il remporta l’élection avec 51,16 % des voix face au candidat conservateur Guillermo Lasso.

Photo : egalitetreconciliation

Actuellement, dans un contexte d’instabilité politique régionale avérée, l’ancien président Rafael Correa (retiré depuis le 10 juin en Belgique) pourrait faire son retour en politique et ainsi engendrer un climat d’incertitude politique, pouvant débucher sur une crise. En effet, dans le cadre d’une conférence sur l’éducation qu’il donna en Colombie, Rafael Correa attaqua ouvertement son ex-collaborateur aux micros de l’AFP, en le qualifiant de  »médiocre » et de  »traître ». Selon lui, le programme politique de Lenín Moreno se dirige progressivement vers celui de l’opposition conservatrice, remettant en cause le travail réalisé par Correa, notamment dans le secteur économique.  »C’est pire que si l’opposition avait gagné » ajoute-t-il. Puis les tensions bondirent entre les deux hommes lorsque Moreno mit sur la touche son vice-président Jorge Glas, alors principal allié de Correa. Glas est accusé de corruption dans le scandale de l’entreprise brésilienne Odebrecht, qui affecte l’ensemble des pays latino-américains.

Révolté par les accusations et la  »trahison » dont Correa se dit victime, celui-ci affirme :  »S’ils continuent à détruire ce que nous avons gagné, nous allons impulser la création d’une assemblée nationale constituante, et si cette assemblée est créée, je devrai revenir comme candidat ». Cette annonce a résonné comme une bombe politique internationale. Dans la pratique, cette assemblée constituante permettrait d’organiser de nouvelles élections, de faire chuter le gouvernement actuel et ainsi porter une nouvelle fois Correa aux rênes du pouvoir en 2021, dernière année de mandat de son successeur.

Léopold MOLLARD

Le livre « Manèges, petite histoire argentine » de Laura Alcoba sera porté à l’écran par la réalisatrice Valeria Selinger

La réalisatrice argentine Valeria Selinger va porter à l’écran le premier roman de Laura Alcoba publié aux éditions Gallimard en 2007, Manèges, petite histoire argentine (Collections blanche 2007 et Folio 2015)dont le titre espagnol est La casa de los conejos (Edhasa 2008). Le film devrait être en salle dans un an. Depuis Manèges, Laura Alcoba a publié chez le même éditeur trois autres romans et tous ont été aussi publiés en espagnol. Elle est un des trois auteurs pressentis pour nos prochaines Bellas Francesas qui se tiendront en mars prochain, en Colombie et au Pérou.

Photo : Zazymout / Gallimard

De grands noms accompagnent Valeria Selinger dans ce projet : Darío Grandinetti (qui jouera le personnage de l’ingénieur) a notamment tourné dans « Parle avec elle » de Pedro Almódovar ou encore dans « Les nouveaux sauvages ». Grandinetti a aussi remporté plusieurs prix importants, dont un International Emmy Award en 2012. L’autre grand nom est Miguel Ángel Solá, qui a une longue carrière internationale également. Il jouera le personnage du grand-père. D’autres étoiles montantes du cinéma argentin font partie du casting, Guadalupe DocampoNahuel VialeFederico Liss ou encore Paula Brasca. Le personnage de Laura sera incarné par la jeune Mora, âgée de huit ans, comme la narratrice du livre.

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Concert de musiques afro-colombiennes : le groupe Nilamayé à l’AmphiOpéra de Lyon le samedi 7 octobre dès 18 h 30

Nilamayé s’inspire des musiques locales et régionales colombiennes. Il tente de saisir et de s’imprégner des langages musicaux des différentes régions, pour proposer une lecture contemporaine de la tradition dans une forme concert.

Photo : Opéra de Lyon

Les canciones de boga interprétées a capella, le format de tambours traditionnels de la côte atlantique et le conjunto de marimba, accompagnés par la diffusion des paysages sonores des régions dont ce répertoire est issu, tout cela cherche à vous faire ressentir  tant la beauté sonore  que l’accablante impression de ces étranges régions tropicales où se trouve suspendue la rationalité (Wade 2000).

La Colombie est bordée au nord par la mer Caraïbe et à l’ouest par l’océan Pacifique. Elle est frontalière à l’est avec le Venezuela et le Brésil, au sud avec le Pérou et l’Équateur et au nord- ouest avec le Panama. Selon les sciences humaines et sociales, le territoire colombien a été divisé en différentes régions : L’Andine, la Plaine (Llanera), l’Insulaire, la région Caraïbe ou Atlantique et la région Pacifique. Ces divisions se sont modifiées au fil des années et se sont constituées à partir de la ressemblance des traits caractéristiques partagés par les habitants de ces régions ainsi que par des choix politiques. La diversité géographique, économique et culturelle de ces régions a dessiné les traits distinctifs de la musique colombienne. Ainsi, les traditions musicales locales et régionales ont servi de point de départ pour la fabrication de la musique urbaine et populaire, nationale et internationale qui a vu le jour au cours du XXe siècle (Ochoa 2003).

Ce spectacle ne cherche pas à donner un fragment pur ou figé de la Colombie. Il ne cherche pas non plus à présenter les « véritables et authentiques » musiques afro- colombiennes. Nilamayé, formé par une Française et des Colombiens venus de Santa Marta, Guapi, El Cabuyal et Bogotá vivant en France, cherche à proposer une lecture esthétique de ce qui nous est historiquement présentée comme une tradition. Les musiques bougent, elles ont toujours bougé. Les musiques changent, elles ont toujours changé. Elles font changer aussi. L’art est dynamique, la dynamique d’une existence collective que Nilamayé vous propose en partage.

Nilamayé, le samedi 7 octobre à l’AmphiOpéra de Lyon – Réservations ici

Raúl Florcita Alarcón : « J’ai décidé de vivre jusqu’à cent ans et cette candidature fait partie de mes projets »

Pía Figueroa, codirectrice de Pressenza, humaniste de longue date et auteure de plusieurs monographies et livres, a interviewé Raúl Florcita Alarcón, candidat humaniste du Frente Amplio aux prochaines élections présidentielles et législatives chiliennes de novembre, qui postule à un siège au parlement pour Curicó. Elle explique son choix : « Du simple fait de le voir, toujours si énergique et souriant, me reviennent en mémoire plusieurs situations caractérisées par son courage politique et son génie musical, depuis qu’il s’était présenté vêtu d’un smoking et de l’écharpe présidentielle au festival de Viña du temps de Pinochet, jusqu’aux innombrables fois au cours de la campagne pour le « Non » sur le plébiscite, où il nous a fait chanter et danser sa fameuse ‘Valse du Non’  pour dépasser la peur, en passant par la campagne à la députation qu’il a faite à Villarrica, et tant d’autres odyssées auxquelles je l’ai vu participer avec un fort engagement politique et l’incroyable intuition que requiert le moment ».

Photo : Rockvivo

 Comment perçois-tu le moment actuel ?

Je le perçois comme étant caractérisé par une éclatante transparence, à tel point qu’il y a des personnes qui ne veulent plus rien savoir, car elles ne savent pas comment éviter la violence que leur occasionne toute cette information. Savoir que l’argent seul est ce qui dirige la planète, c’est constater que ce n’est pas l’être humain qui est responsable de son avenir. La seule chose qui puisse donner des lignes directrices c’est de se réfugier au sein d’une nouvelle mystique spirituelle où « l’ensemble qualifierait l’individu » mais pas n’importe quel ensemble. C’est l’ensemble qui grandit silencieusement comme la réponse à une demande profonde du simple être humain, comme une étincelle silencieuse qui croît, ce n’est pas le politique, c’est le spirituel depuis lequel nous est donné l’enthousiasme de déclarer pour tous paix, force et joie.

Penses-tu que l’indifférence qui a éloigné 64 % des Chiliens des derniers processus de vote sera maintenant ébranlé de quelque manière et contribuera à ce qu’un plus grand nombre de personnes aillent voter ?

Ceci réussira dans la mesure où de fortes pointes d’inspiration se présenteront au « politique », et que les politiques puissent projeter de manière créative un futur aimable et bienveillant. Si cela se passe comme ça, les cœurs s’enthousiasmeront et de cette façon des électeurs endormis peuvent se réveiller et produire un réel impact. Cela dépend aussi du fait que notre Frente Amplio ait en interne, une relation respectueuse des groupes mais aussi des individus qui s’expriment de manière inhabituelle, obtenant en interne cette même dynamique.

Quels sont les espoirs suscités par le Frente Amplio, et quelles possibilités vois-tu pour la candidate à l’élection présidentielle, Beatriz Sanchez, au second tour ? 

Une très bonne possibilité en la personne d’une femme ignorant la mauvaise façon de faire la politique et dotée d’une forte impulsion de nouveauté et d’énergie, qui propose un puissant futur, avec de grandes possibilités de contaminer internement nos politiciens et de les convertir vraiment en nouveaux politiciens et de placer les Chiliens désillusionnés face à une nouvelle opportunité d’ouverture vers de radieux futurs !

De quelle manière abordes-tu ta campagne et te déploies-tu dans ton territoire d’origine pour rejoindre le Parlement ? 

Le contact est lancé via les réseaux Internet pour lancer la campagne et apparaître d’ici peu davantage sur ces terres avec des groupes importants de commandos jeunes et enthousiastes et, avec cette jovialité et cette énergie, arriver en saluant la Paix, la Force et la Joie pour tous !

Quelle signification revêt pour toi le fait de te présenter justement dans le lieu où tu es né et où tu as grandi ?

Il y a une forte composante de re-rencontre avec mon enfance et ma jeunesse d’étudiant à l’école N°1, après ma chère école normale de Curicó où nous ont reçus de nombreux jeunes professeurs du Maule. Rencontrer aussi mes débuts artistiques avec ma mère comme puissant guide et me remémorer aussi mes premiers pas en spiritualité dans les groupes de jeunes qui étions alors des partisans du catholicisme, bien que je conserve de lui la mystique dont je remercie les pères Villalón et Mansi, que j’admirais, quoique je ne participe plus de cette église à présent. D’une manière générale une expérience que, de plus, j’ai besoin de compléter.

Si tu es élu député, quels sont pour toi les projets les plus importants à encourager ? 

C’est très clair : j’encouragerais l’ensemble des lois que nous proposons en tant que Frente Amplio, c’est-à-dire NO+AFP [Non aux retraites privatisées, NdR], Assemblée constituante, loi sur l’eau, récupération du cuivre, etc… et de plus j’aimerais ajouter d’autres lois que proposa le candidat potentiel Alberto Mayol, qui me semblent aussi très intéressantes comme par exemple, la construction d’un train traversant tout le pays, ou une loi contre le centralisme, et aussi celle qui permet d’exproprier 20% des entreprises stratégiques, ce qui ralentira les probables collusions et l’évasion des impôts face à un système de lois intentionnellement inefficaces en matière de contrôles.

Que t’inspire cette énième aventure, qui te donne l’énergie que tu déploies ? 

Ces dernières semaines, j’ai composé une chanson pour les 103 ans de l’antipoète chilien Nicanor Parra, intitulée « Nicanor aime la vie, il aime créer, il aime écrire…de la poésie. A Nicanor 100 ans de vie dans l’artisanat quantique du mot ». Je te donne le lien, comme ça tu peux le publier. Cette reconnaissance du poète à la vie m’a incité à suivre ses traces, alors, j’ai décidé aussi de vivre jusqu’à 100 ans, et cette candidature fait aussi partie des projets à réaliser dans cette temporalité. Évidemment poursuivre avec de nouvelles chansons, que certains amis connaissent comme « oraisons radioactives chantées pour engager les athées dans des requêtes spirituelles » auxquelles certains athées avons droit. Je me déclare totalement responsable de ce nouveau défi, vivre jusqu’à 100 ans, dans la paix, la force et la joie.

Propos recueillis par
Pia FIGUEROA
Traduit de l’espagnol par Ginette Baudelet

« Ce qui n’a pas de nom », de la Colombienne Piedad Bonnett : Le désespoir, la colère, le silence d’une mère devant le suicide de son fils

Il est des sujets particulièrement difficiles à traiter. Piedad Bonnett, universitaire colombienne, poétesse et romancière, apprend par un coup de téléphone que son fils Daniel vient de se jeter du haut de l’immeuble qu’il habitait à New York. Il avait 28 ans. Une personne ordinaire a mille façons possibles de réagir face à un tel drame : le désespoir, la colère, le silence… Un écrivain est peut-être un peu mieux loti. Dans son cas l’a-t-elle décidé ? Lui est-ce venu tout naturellement ? Elle écrit.

Photo : éditions Métailié

Il y a tout d’abord les contingences matérielles à assumer : organiser en famille la cérémonie et l’après-cérémonie, le tout en double, New York puis Bogotá. S’occuper des « affaires » du fils disparu et, d’une certaine manière, violer son intimité. Puis viennent les questions, sur Daniel, sur les rapports entre le fils et la mère, au moins tel qu’elle les a ressentis, sur la maladie que chacun a de bonnes raisons de ne pas nommer. Pendant ses quatre dernières années, Daniel était schizophrène et les questions s’accumulent : les racines du mal étaient-elles discernables ? La mère, proche de son fils, aurait-elle pu entrevoir les éléments, peut-être symboliques qu’elle voit trop tard ? Daniel dessinait et peignait depuis son plus jeune âge, une analyse de ses sujets ou de son style aurait-il pu lui permettre de surmonter son trouble ? Facile à penser dix ou vingt ans plus tard.

Vient aussi la culpabilité, injustifiée vue de l’extérieur, mais absolument inévitable, des proches : ils auraient certainement, et sa mère en premier, dû pressentir le chaos. Pourtant pressentir, elle l’a fait constamment, et c’est alors le sentiment d’impuissance qui s’installe. L’évolution de la maladie du fils est décrite pas à pas, avec ses périodes d’amélioration et de rechute, mais pour la mère qui sent, qui sait, l’issue est inéluctable, et elle ne peut que rester dans le doute.

Avec une immense pudeur mais aussi une superbe lucidité, s’aidant des témoignages de ses amis et d’écrits de Julian Barnes ou de Vladimir Nabokov, Pilar Bonnett parvient malgré tout à faire reculer sa douleur grâce à l’écriture. Elle écrit et là, c’est bien une décision, elle publie, elle présente au public (c’est le mot) ce qui est si intime. La démarche est osée. Mais on ne peut qu’admettre qu’elle a eu raison de l’entreprendre, tout comme Anne-Marie Métailié a eu raison de le publier. On ne peut que remercier Piedad Bonnett de confier sans fard ces semaines et ces mois de sentiments désordonnés, fluctuants. Surtout on ne peut que la remercier de ne jamais faire de nous des voyeurs, c’est-à-dire de faire en sorte que ni l’auteure ni le lecteur, à aucun moment, ne s’abaisse.

Christian ROINAT

Ce qui n’a pas de nom de Piedad Bonnet, traduit de l’espagnol (Colombie) par Amandine Py, éd. Métailié, 144 p., 17 €.

Le roman de la Brésilienne Guiomar de Grammont, « Les Ombres de l’Araguaia » vient de paraître aux Éditions Métailié

Brésil, années soixante-dix, la dictature militaire semble devoir durer toujours. Un groupe d’étudiants utopistes tente de reproduire le modèle cubain : installer dans l’État de Pará, au nord-ouest du pays, une guérilla qui convaincrait les paysans de participer à une lutte qui mettrait fin aux injustices. Le bilan sera impitoyable pour les jeunes gens. Bien des années plus tard la sœur d’un des participants disparus tente de retrouver la trace de son frère disparu.

Photo : éd. Métailié

Ce serait une famille normale s’il ne manquait le fils, Leonardo. Étudiant et militant, il était passé très vite à la clandestinité et avait disparu. Le père se réfugie dans le silence et dans l’invention de jouets pour sa fille Sofia, la mère Luisa dans le souvenir et l’espoir de son retour et Sofia, encore enfant, grandit en apprenant tout doucement le sens du mot absence : le vide, le manque, mais aussi comme une présence en négatif qui finit par perturber son existence d’adolescente puis de jeune adulte. À la mort du père, en 1992, vingt ans après la disparition de Leonardo, elle ne peut que reprendre les vagues recherches entamées des années plus tôt.

Une soixantaine d’étudiants transformés en guérilleros dans la forêt amazonienne, entre cinq et dix mille militaires chargés de les éliminer, voilà la réalité historique qui est le fond du roman de Guiomar de Grammont ; une impressionnante inégalité des forces, des violences pratiquées des deux côtés, exploitées pour déstabiliser l’adversaire ; et, à la fin, la presque totalité des guérilleros tués par l’armée. Telle est la Guérilla de l’Araguaia dans toute sa brutalité. Sofia a récupéré de façon peu claire un cahier : deux voix, une masculine et une féminine, racontent la vie quotidienne des jeunes utopistes, leur générosité, leur espoir de convaincre les paysans voisins de l’utilité de leur lutte, les dangers naturels et humains, et aussi, sous-entendu mais omniprésent dans l’esprit de Sofia et celui du lecteur qui le connaissent d’avance, le dénouement sanglant et l’oubli : qui connaît encore au Brésil cette dérisoire épopée ? Tout a été fait pour que soit oubliée la longue période de dictature subie par le pays et ses conséquences. La grande habileté de Guiomar de Grammont est d’avoir fait alterner l’enquête de Sofia dans diverses régions brésiliennes et même à Cuba avec les longues citations du mystérieux cahier qui plonge au même titre Sofia et le lecteur dans la réalité des entraînements au cœur de la forêt équatoriale et dans les horreurs de la répression.

Le thriller que constitue la quête de Sofia prend une profondeur de tragédie, plus il avance, plus s’accentue la sensation du vide laissé par Leonardo et sa compagne. Guiomar de Grammont ne néglige aucun personnage, même secondaire : elle nous fait partager, dans un style à la fois assuré et délicat, sensible, l’esprit des parents du disparu et surtout de Sofia, parvenant à mettre sur un plan d’égalité les violences causées par l’Histoire et les pensées, les sentiments, la noblesse et les faiblesses de simples personnes qui toutes sont des victimes directes ou non. Avec cette enquête historique mais profondément humaine, Guiomar de Grammont non seulement réussit un roman émouvant, elle donne surtout une leçon d’histoire et d’humanité.

Christian ROINAT

Les ombres de l’Araguaia de Guiomar de Grammont, traduit du portugais (Brésil) par Danielle Schramm, éd. Métailié, 240 p., 18 €. Guiomar de Grammont sera en France en octobre pour présenter son premier livre en français notamment à la Fête du Livre de Saint-Étienne du 6 au 8 octobre prochain.
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