Archives mensuelles :

avril 2017

Le roman « La femme de tes rêves », du Mexicain Antonio Sarabia

Quand on pense au Mexique actuel, quand on écrit sur lui, ce qui ressort en priorité est la violence. Antonio Sarabia, dont la dernière traduction en français remonte à une quinzaine d’années (Le ciel à belles dents), prend le parti inverse. Sans occulter les menaces, il présente une petite ville provinciale dans laquelle, si on sait détourner le regard, on peut vivre presque normalement. Et pourtant…

Photo : Éditions Métailié

La violence, celle des narcotrafiquants qui a envahi le quotidien, celle aussi des relations courantes entre les gens. Antonio Sarabia, prend le parti inverse. Hilario Godínez, la quarantaine, est journaliste sportif dans le quotidien d’une petite ville mexicaine. Il assiste impuissant à la violente agression dont est victime, dans les bureaux du journal, un de ses collègues. Il parvient pourtant à repérer l’un des agresseurs qui, les semaines suivantes, croise son chemin à plusieurs reprises (par hasard ?). Pendant la même période deux jeunes gens de la ville sont enlevés et leurs restes (incomplets) sont retrouvés dans les environs. Y a-t-il un rapport entre les deux assassinats et l’homme, Tino, qui s’arrange pour entrer en contact avec lui, mi conciliant, mi menaçant ? La vie s’écoule plutôt calmement malgré ses brusques accès de violence. Hilario tente et réussit un rapprochement, officiellement professionnel, mais plus personnel, avec Susanita, sa jolie collègue qui s’occupe des rubriques people et culture, ce qui dans la pratique n’en fait qu’une. Elle lui ouvre les portes d’une société bien plus bourgeoise que celle qu’il fréquente habituellement, toutes proportions gardées, on n’est quand même pas à Mexico, à Paris ou à Londres !

Le récit aussi s’écoule calmement, ce qui n’empêche nullement les événements de se succéder à un bon rythme, et la tranquillité apparente de la petite ville, avec les vernissages d’expositions de peinture, la messe dominicale et son suave Père Pino, mais aussi les rues désertes après dix heures du soir à cause de l’insécurité et les bars mal famés, cette tranquillité n’est plus aussi évidente. Parallèlement à sa vie professionnelle et sentimentale, Hilario Godínez voit depuis des années sa vie rythmée d’une autre façon : il reçoit chaque semaine une lettre d’amour envoyée par une mystérieuse inconnue anonyme. Toujours le même genre de message, jusqu’au moment où elle commence à se dévoiler un peu et l’encourager à lui répondre.

Comme dans tout bon roman noir, les questions ne manquent pas, certaines étant empreintes d’une véritable originalité. Par exemple, peut-on considérer le tatouage, ou encore l’assassinat, comme étant un des Beaux-Arts ? Hilario Godínez fait tout ce qu’il peut pour répondre à ces interrogations, en plus de celles que lui pose la mystérieuse inconnue des lettres. Antonio Sarabia réussit un joli tour de force : écrire un roman à l’ambiance somme toute détendue sur un pays réputé pour sa violence quotidienne. Il ne fuit pas la réalité, il la montre autrement, on voit vivre au quotidien des gens moyens, qui ne sont pas à l’abri d’un choc mais qui parviennent à accepter l’inévitable et qui finissent par nous ressembler.

Christian ROINAT

La femme de tes rêves de Antonio Sarabia, traduit de l’espagnol (Mexique) par René Solis, éd. Métailié, 176 p., 17 €. Antonio Sarabia en espagnol : Amarilis / Los convidados del Volcán, Punto de Lectura / El cielo a dentelladas, Ediciones B. Antonio Sarabia en français : Les invités du volcan / Le ciel à belles dents, Métailié.

La Colombie célèbre la France pour le 30e anniversaire de la Foire du livre de Bogotá

Du 25 avril au 8 mai 2017, se tiendra comme chaque année la Feria del Libro de Bogotá, la foire la plus importante d’Amérique latine après celle de Guadalajara au Mexique. La France, non seulement invitée d’honneur de la Colombie pour cette année croisée, est encore l’invitée spéciale d’un festival qui célèbre ses trente ans d’existence !

Photo :Pierre Lemaître et Patrick Deville (Photo  Filbo 2017)

L’idée fondatrice du festival consiste à promouvoir la lecture au travers d’une programmation culturelle d’ampleur nationale et internationale ; mais aussi de permettre une reconnaissance internationale de la littérature sud-américaine tout en soutenant le développement du secteur éditorial et graphique. La Feria del libro 2017, c’est 7 000 livres en Français et 600 000 visiteurs attendus. Ainsi, pas moins de trois mille mètres carrés seront consacrés à la littérature jeunesse, à la BD, à l’illustration dont les stands seront animés et organisés par la ACLI (Asociación Colombiana de Libreros Independientes). « Nous ne voudrions pas insister davantage sur les classiques, parce qu’ils sont déjà connus ; nous souhaitons montrer une France moderne qui écrit pour les jeunes. D’un autre côté, nous avons l’intention de rendre visible la BD et l’illustration, qui constituent des secteurs très importants de la littérature contemporaine » confie Anne Louyot, commissaire générale de l’année France Colombie interviewée dans l’hebdo Semana.

Le pavillon du pays invité est divisé en trois grandes librairies : au début du parcours, un espace ludique pour les enfants où sont animés des ateliers de lecture. Puis les visiteurs passent par l’espace BD, qui leur fait découvrir une exposition consacrée à l’art de l’histoire illustrée. Pour terminer, une grande librairie davantage généraliste les accueille autour des nouveautés françaises en sciences humaines, gastronomie et tourisme notamment. Une galerie présente les œuvres originales de Patrice Killoffer et de Claude Ponti, illustrateurs désormais hautement reconnus du livre jeunesse. Auront lieu également plus de deux cent activités en deux semaines, y compris pour un public jeune et adolescent : des conférences et des conversations qui changeront la vie, une activité « Cercle de parole en langue native » qui aura lieu tous les jours au Pavillon de la jeunesse pour en savoir plus sur la diversité culturelle en Colombie, des concerts, des tables rondes « mots pour la réconciliation » et des rencontres internationales de journalisme.

Enfin et surtout, se tiendront des rencontres d’auteurs français et colombiens. Parmi les Français invités, on compte des écrivains (Pierre Lemaître, Véronique Ovaldé, Cécile Romiguière, François Jullien, Olivier Bourdeaut), des illustrateurs (Serge Bloch, Christian Voltz, Anaïs Vaugelade, Jul Pépin, Claude K. Dubois, Jean-François Martin, Perrine Boyer, Aurélie Neyret), des auteurs de bande-dessinée (Patrice Killoffer, Benjamin Lacombe, Jérôme Ruillier, Didier Poli, Marie Blondiaux, LIJ, Marie-Aude Murail), des éditeurs (Jean-Guy Boin, Véronique Haïtse, Isabelle Laffont, Paul Garapon, Alain Serres, Jacques Glénat, Alessandro Munari, Laurence Risson), des experts (Pierre Lungheretti, Geneviève Patte, Boris Flacsu, Raphaëlle Bats, Joëlle Turin, Jérémy Lachal), un journaliste (Gilles Biassette) et des artistes (Audrey Spiry, Alice Bohl). Et du monde entier : Richard Ford et Richard Blanco (Etats-Unis), Geoff Dyer (Angleterre), Bonaventura de Sousa Santos (Portugal), Gabriela Ybarra et Sara Mesa (Espagne). Bon nombre d’entre eux se rendront ensuite dans d’autres villes colombiennes afin de présenter leurs textes et de rencontrer leur public. Et en supplément deux invités de marque : les prix Nobel Naipaul et J-M. Coetzee.

La ACLI, soutenue financièrement par l’Ambassade de France ainsi que par l’Institut français, a consacré un budget à la traduction de dix-huit ouvrages français. La Filbo sera également l’occasion de célébrer les cinquante ans de la parution de Cent ans de solitude, chef d’œuvre du colombien Gabriel García Márquez. Tout cela sous le pavillon conçu par Manuel Villa représentant une ville à l’envers… comme la fiction est le pendant de la réalité, son autre indispensable. Un cocktail qui promet de riches productions… Alors, à vos agendas !

Lou BOUHAMIDI

Informations, horaires et tarifs.   Agenda en ligne de la manifestation.

 

 

Le bateau de l’ONG Women on Waves, positionné face à l’État de Guerrero, sur la côte Pacifique, est arrivé pour proposer des avortements médicamenteux gratuits

Mardi 18 avril | CHILI |  La Cour d’appel de Santiago a ordonné la mise en liberté pour « démence sénile » de Edgar Ceballos Jones, condamné pour avoir torturé à mort le général Alberto Bachelet, père de la présidente Michelle Bachelet, lors du coup d’Etat de 1973.

Mercredi 19 avril | COLOMBIE |  Au moins onze personnes sont mortes et vingt ont disparu lors de glissements de terrain dus à de fortes pluies à Manizales (centre), moins de trois semaines après la gigantesque coulée de boue qui a dévasté Mocoa, faisant 323 morts.

Jeudi 20 avril | VENEZUELA |  L’opposition  appelle à de nouvelles manifestations contre le président Nicolas Maduro, au lendemain de vastes rassemblements au cours desquels trois personnes ont été tuées dont un militaire.

Vendredi 21 avril | COLOMBIE |  Amnesty International dénonce une « vague d’assassinats » d’indigènes, ce qui selon l’ONG, « génère de sérieux doutes » sur l’efficacité des mesures appliquées par le gouvernement dans le cadre de l’accord de paix signé avec la guérilla des FARC.

Vendredi 21 avril | MEXIQUE |  Le bateau de l’ONG Women on Waves, positionné face à l’État de Guerrero, sur la côte Pacifique, est arrivé pour proposer des avortements médicamenteux gratuits et contrer ainsi une législation restrictive en la matière, a informé l’organisation néerlandaise. L’ONG considère que « l’accès à un avortement sûr est avant tout une question de justice sociale » en Amérique latine, particulièrement depuis la crise du Zika.

Samedi 22 avril | VENEZUELA |  Vêtus de blanc et en silence, plusieurs milliers d’opposants au président Nicolas Maduro ont défilé pour exprimer leur colère et rendre hommage aux vingt morts des trois semaines de manifestations en faveur d’élections anticipées. Neuf d’entre eux sont morts électrocutés lors du pillage d’un magasin. L’opposition annonce un « blocage national » des routes du pays dès lundi pour accentuer la pression sur le président qui a lancé un appel au dialogue.

Dimanche 23 avril |PÉROU-SUISSE |  Les présidents Pedro Pablo Kuczynski du Pérou et Doris Leuthard de Suisse, ont signé des accords concernant l’exploitation minière responsable, l’amélioration des finances publiques et le changement climatique afin de consolider les liens politiques, économiques, commerciaux et culturels entre les deux pays.

Lundi 24 avril | ARGENTINE |  Les grand-mères de la Place de Mai annoncent la découverte du petit-fils numéro 122 dont l’identité n’a pas encore été révélée. Il est le fils de Iris Garcia et d’Enrique Bustamante. Les deux parents sont toujours disparus. Plus de 500 enfants nés de mères prisonnières politiques durant la dictature ont été volés et donnés à des militaires ou des policiers, la mère ayant été ensuite exécutée et « portée disparue », en général jetée à la mer depuis des avions militaires.

Mardi 25 avril | CHILI | Décès de Agustín Edwards, propriétaire du journal chilien El Mercurio. Il  avait été le principal opposant médiatique à l’Unité Populaire de Salvador Allende (le journal avait reçu des centaines de milliers de dollars de la CIA) et un grand soutien médiatique  du général Pinochet pendant les 17 ans de la dictature. Un documentaire, El diario de Agustín, relate les bons rapports entre Edwards, El Mercurio et Pinochet. Sur l’affiche du film apparait l’inscription « El Mercurio miente » (le Mercurio ment), posé par les étudiants sur la façade de l’Université catholique de Santiago.

Photo : Womenonwaves

Guy MANSUY

Des films latinos sélectionnés au Festival de Cannes 2017

Parmi les sept films sélectionnés pour la Semaine de la critique au Festival de  Cannes, trois sont latino-américains. Les voici présentés ci-dessous par son délégué général, Charles Tesson. Un film aussi durant la Quinzaine des Réalisateurs, deux autres également lors de la section Un certain regard.

Photo : Cannes 2017

La familia, le premier film de Gustavo Rondón Córdova est un récit d’apprentissage et d’initiation captivant entre un père et son fils fuyant leur banlieue dangereuse. Dans un climat de tension permanente, le père et le fils vont apprendre à se connaître au cours d’une déambulation urbaine dans un Caracas comme on ne l’a jamais vu. Une révélation, une œuvre poignante sur la transmission.

Los Perros est le second long métrage de la réalisatrice chilienne, Marcela Said. Au travers d’un personnage féminin surprenant, imprévisible, le film règle ses comptes avec les vestiges de la dictature du général Pinochet et l’hypocrisie régnante. Courageux, dérangeant, audacieux, il confirme après L’été des poissons volants, sélectionné à la Quinzaine 2013 dont l’entretien a paru dans la Revue n° 279 d’Espaces Latinos fin 2013, avait montré tout le talent de la réalisatrice.

Avec son deuxième film, Gabriel e a montanha le réalisateur brésilien Fellipe Gamarano Barbosa filme, après Casa Grande, le voyage en Afrique d’un jeune idéaliste qui pense pouvoir changer le monde grâce à son engagement et son altruisme. Malgré la magie des paysages spectaculaires et des rencontres empreintes de générosité et d’humanité, Gabriel est aveuglé par le mythe de la pureté des origines, ses certitudes d’homme de la civilisation.

Les dix courts et les sept longs-métrages de la compétition de la Semaine seront placés sous le regard du Président du jury, le brésilien Kleber Mendonça Filho, le réalisateur d’Aquarius en compétition officielle l’an passé,  qui décernera pour les longs métrages le Grand Prix Nespresso, le Prix Révélation France 4 ainsi que le Prix Découverte Leica Cine du court-métrage.

Pour la Quinzaine des Réalisateurs, avec quatre films français, quatre étatsuniens et trois italiens, il n’y a cette année qu’un seul film latino : La defensa del Dragón de la colombienne Natalia Santa (premier film). Mais on peut admirer la magnifique affiche de la Quinzaine, une photographie de la mexicaine Graciela Iturbide prise en Italie, à Cinecitta, qui saisit en contre-plongée un ciel nuageux avec un bout d’enseigne où on peut lire « sogno » (« rêve »).

La section Un certain regard accueille neuf films européens et deux films latinos : La novia del desierto de Cecilia Atan et Valeria Pivato (Argentine) et Las hijas de Abril de Michel Franco (Mexique), après Chronic, prix du scénario en 2015. C’est Uma Thurman qui sera  présidente de ce jury.  Ce sont donc six films latino-américains qui seront projetés à Cannes pour le 70e Festival.

Alain LIATARD
Envoyé spécial

Site de Cannes

 

Quelques pistes pour comprendre ce qu’il se passe au Venezuela dans la crise actuelle

Une grande confusion est liée à la situation politique de ce pays : l’opposition de droite dénonce « une dictature », terme repris par la presse européenne, les secteurs pro-gouvernementaux « une tentative de coup d’Etat » de la part de l’opposition. Qu’en est-il vraiment ? Tentons d’analyser les faits dans une situation des plus confuses au niveau de l’information.

Photo : Iskra

L’imbroglio constitutionnel : les deux camps crient au coup d’État !   L’affrontement entre le Tribunal suprême de Justice (TSJ, l’équivalent d’une Cour suprême) et le Pouvoir législatif (l’Assemblée nationale, AN) ne peut se comprendre que si l’on remonte aux sources du conflit constitutionnel. La BBC Monde propose une explication (1) : le 6 décembre 2015, élections législatives au Venezuela. Elles donnent une majorité qualifiée à l’opposition ce qui lui permet de s’opposer à toute action du gouvernement. Mais le 29 décembre 2015, des dénonciations de fraude dans l’élection de quatre députés de l’État de Amazonas (trois opposants et un pro-gouvernement) mènent le Tribunal suprême de Justice à ouvrir une enquête sur ces accusations de fraude et donc à « temporairement suspendre » l’intronisation de ces quatre députés. Or, l’Assemblée nationale  les intronise malgré tout, ce qui, selon le TSJ, la met en violation de la loi électorale. Le TSJ place donc l’AN en situation de « desacato », que l’on pourrait traduire par « outrage à l’autorité » et la déclare, « sans validité, existence et efficacité juridique » et « en violation flagrante de l’ordre public constitutionnel ». En bref : l’AN a violé la Constitution et ne peut plus légiférer tant qu’elle accepte l’intronisation de députés sujets à une enquête pour fraude électorale. Dès janvier 2016, le TSJ annonce que « tant que dure le desacato, tout acte de l’AN sera nul et inconstitutionnel ». Tout le monde crie au coup d’État : le gouvernement parce que l’AN siège et légifère alors qu’elle est en situation de desacato déclaré par le pouvoir judiciaire ; l’Assemblée parce que le pouvoir judiciaire l’empêche de légiférer. Pourtant, il suffirait que l’AN retire l’intronisation des quatre députés accusés de fraude pour qu’elle retrouve toutes ses prérogatives. Crier au coup d’État lorsqu’on a violé la loi n’est peut-être pas la bonne réponse…

La MUD est-elle crédible ?   La coalition d’opposition MUD (Mesa de la Unidad democrática) représente clairement le  néolibéralisme orthodoxe qui avait été rejeté par le peuple lors des multiples élections depuis l’avènement de Chvez. L áoite a beau prétendre que Hugo Chavez a été un dictateur et Maduro est son disciple, la vérité oblige à dire qu’il y a eu treize élections sous observation internationale (entre autres, de l’UE) durant les mandats de Hugo Chavez, qui en a gagné onze et immédiatement reconnu et accepté ses deux défaites. Autre exagération de la droite : « il n’y a pas de liberté de presse au Venezuela ». La vérité est que parmi les mille stations radios du pays, 67 % sont privées, 28 % régies par des communautés et 5 % de propriété de l’État. De même, des 108 journaux, 97 sont privés et 11 publics. Près de 65 % de la population a accès à internet et toute l’information mondiale.

Pas de vrai programme politique.   Les propositions économiques des deux principaux porte-paroles de la MUD, Henrique Capriles et Leopoldo López sont identiques : dans son manifeste « Lignes générales du programme de gouvernement d’unité nationale 2013-2019 », la MUD propose surtout d’augmenter la production de pétrole. À part le renversement de la présidence de Maduro, elle ne présente pas vraiment de programme politique attractif pour la population. Pourtant, sous le prétexte « d’irrégularités dans la gestion de fonds publics », Capriles a été condamné à 15 ans d’inéligibilité, un verdict éminemment politique visant à l’empêcher à se présenter aux élections de 2018, et qui nourrit les accusations de dérive autoritaire du gouvernement.

Pénuries réelles ou provoquées ?   Il y aurait de graves pénuries en particulier de nourriture et de médicaments. Or les principales industries du secteur pharmaceutique (qui importent et distribuent la grande majorité des médicaments) ont reçu à taux de change préférentiel 1,6 milliard de dollars du gouvernement en 2008 et 1,7 milliard en 2015. Où est passé cet argent ? Il en serait de même pour les producteurs de certains aliments et de produits d’hygiène. Ces secteurs ont reçu des devises du gouvernement, toujours à taux de change préférentiel, ainsi que des matières premières à prix subventionnés. Où sont les produits ? Ce qui n’empêche personne de critiquer la gestion économique du gouvernement Maduro, une gestion trop fortement basée sur les revenus du pétrole.

Les échecs de Chavez.   Le Venezuela est détenteur d’une des plus grandes réserves mondiales de pétrole. Et pourtant, ce fut longtemps un des pays les plus pauvres du continent. Les bénéfices du pétrole tombaient dans quelques bourses et ne bénéficiaient vraiment qu’à moins de 20 % de la population, jusqu’en 1998. Cette année-là, le peuple élit Hugo Chavez à la présidence. Il mène une politique de redistribution des richesses et d’investissement massif dans le service public. Selon la Banque mondiale, le taux de pauvreté descend de 42 % de la population à 33 % en quinze ans.

Le plus grand échec de la révolution bolivarienne est certainement de ne pas avoir su profiter de l’argent du pétrole pour diversifier l’économie et l’agriculture du pays. C’était pourtant un des objectifs de la politique de Chavez et sa volonté d’entrer dans le Mercosur était en partie due à cette motivation. L’abondance des ressources financières grâce aux revenus du pétrole permettait de quasiment tout acheter à l’extérieur, d’importer à peu près tous les biens de consommation, y compris la nourriture. L’effondrement des prix du pétrole (passés de plus de cent dollars le barril à moins de trente !) ne permet plus d’acheter ces biens et est le principal facteur de la crise économique du pays. D’autre part, la corruption a, de tous temps, été le fléau du Venezuela. Soit par avidité des mieux nantis, soit par nécessité pour satisfaire les besoins essentiels pour les plus pauvres. Le chavisme a échoué dans sa volonté d’éradiquer ce fléau. La corruption des agents de l’État, des petits chefs de quartiers et de cadres officiels a beaucoup fait pour décourager et indigner une bonne partie des citoyens.

Une opposition de gauche.   Un secteur du chavisme conteste également les politiques économiques du gouvernement. Le militant d’écologie politique vénézuélien Émiliano Terán (2) dénonce la création de zones économiques franches, la flexibilisation des conventions signées avec les multinationales qui exploitent le pétrole de la Frange de l’Orinoque et les paiements du service de la dette au lieu d’acheter de la nourriture. Ce secteur rejette également l’autorisation donnée aux grandes compagnies minières d’exploiter 110 000 km2 sur l’Arc minier de l’Orinoque. Pour le politologue Raúl Zibechi, « Nous sommes en présence d’une lutte sans quartier entre une bourgeoisie conservatrice qui a été écartée de l’appareil de l’État et une bourgeoisie émergente qui utilise l’État comme un levier d’accumulation primitive » (3). Comme toujours au détriment de la population…

Une grande effervescence populaire.   Les manifestations pour ou contre le gouvernement se suivent, de plus en plus violentes : on compte déjà 24 morts dont plusieurs militaires et policiers, et neuf personnes électrocutées lors du pillage d’un magasin. Il n’y a, pour l’instant, aucune certitude quant à l’origine de plusieurs décès par balles, les deux côtés comptant sans doute des têtes brûlées. L’opposition a organisé de grandes marches populaires, largement décrites par les médias européens, auxquelles ont répondu d’aussi grandes manifestations pro-gouvernementales, largement ignorées par la presse européenne. Dans les quartiers, les gens se réorganisent en comité de défense. Lorsque des casseurs de l’opposition ont mis le feu à une maternité à Caracas, ce sont les voisins organisés qui ont réussi à sauver les 54 bébés et leurs mères. Les petits paysans tentent de ravitailler les villes alors que les grands producteurs sont aux abonnés absents. Le rejet de la corruption officielle motive une profonde réorganisation locale chez les chavistes déçus par la gestion du président Maduro.

Y a-t-il ingérence des États-Unis ?    Les menaces d’intervention sont réelles. Le président Barack Obama avait déclaré que « Le Venezuela était un danger extraordinaire pour la sécurité des États-Unis ». On voit quand même mal le Venezuela vouloir envahir les USA. Que serait donc ce « danger extraordinaire » ? Que dire alors des déclarations de l’amiral Kurt Tidd, chef du Commando Sud des États-Unis qui « attend l’ordre d’intervenir » au Venezuela ? L’OEA (Organisation des États Américains, dont le siège est à Washington), considéré par beaucoup de Latinos comme le bras politique de Washington en Amérique latine, réclame l’application de sa Charte démocratique qui lui permettrait d’intervenir au Venezuela en déclarant le gouvernement « illégal ». Le député états-unien Marco Rubio a menacé Haïti et la République Dominicaine de « coupures massives » des aides US s’ils ne soutenaient pas la motion d’une intervention extérieure contre Venezuela… Il y a bien menaces d’intervention…

Vers une intervention militaire ?   On serait tenté de répondre « Pas encore » ! On comprend mieux l’intérêt des États-Unis envers le Venezuela lorsque l’on se rappelle que ce dernier compte pour plus de 12 % du pétrole importé par les premiers, énormes consommateurs de cette énergie. Un gouvernement vénézuélien plus favorable aux transnationales pétrolières conviendrait parfaitement aux intérêts US. Le journaliste Marcelo Colussi rappelle les paroles inquiétantes de James Paul lors du Global Policy Forum (4) : « De même que le gouvernement a besoin des entreprises pétrolières pour garantir le combustible nécessaire pour mener la guerre globale, les compagnies pétrolières ont besoin de leurs gouvernements et de leur pouvoir militaire pour s’assurer du contrôle des gisements du pétrole dans le monde ainsi que des routes de transports ». L’opposition de la MUD sait qu’elle peut compter sur le soutien des États-Unis jusqu’à faire tomber le gouvernement Maduro. Si la situation politique continue à dégénérer au Venezuela, une intervention militaire décidée par un président Donald Trump toujours imprévisible, pourrait très bien avoir lieu…

Dernière minute : Après que le secrétaire général de l’OEA, Luis Almagro ait traité Nicolas Maduro de « petit dictateur » et organisé une réunion des ministres des Affaires étrangères pour discuter « de la suspension du Venezuela de l’OEA », le gouvernement a pris les devants. La ministre Delcy Rodríguez a annoncé que le Venezuela allait engager la procédure demandant son retrait de l’institution « en raison de l’ingérence de l’OEA dans les affaires intérieures du pays pour satisfaire les intérêts des États-Unis ».

Jac FORTON

(1) Dans une analyse mise en ligne le 31 mars 2017.   (2) Dans un article publié par ALAI le 20 avril 2017.   (3) Cité par le site A l’Encontre en ligne le 10 avril 2017.   (4) Lire son article.

Théâtre : la danse du feu de Carole Zalberg

Carole Zalberg a le vent en poupe. Peu de temps après la parution de son nouveau roman, Je dansais, chez Grasset un autre de ses textes, Feu pour feu, édité chez Actes Sud, est adapté au théâtre de Belleville à Paris. Or, il se trouve que Carole Zalberg était aux côtés du  directeur de Nouveaux Espaces Latinos, pour les 5e Bellas Francesas qui ont eu lieu en Colombie au mois de mars. De plus, l’actrice principale de sa pièce  – Fatima Soualhia-Manet  est l’épouse d’un des membres et ami de notre équipe de rédaction. C’est pourquoi Feu pour feu  nous intéresse tout particulièrement…

Photo : France 2 et Facebook

Feu pour feu retrace l’exil d’un homme et de son bébé, de la Terre Noire au Continent Blanc, dans une démocratie dominée par la loi du marché, dans une société de l’image où l’on assiste à une dégradation spectaculaire de la culture. C’est aussi, et surtout, le saisissant cri d’amour d’un parent pour son enfant, entre deux générations, deux réalités, deux pays diamétralement opposés. La pièce est présentée au Théâtre Belleville, du mercredi 19 avril au dimanche 9 juillet (du mercredi au samedi à 19 h 30 et dimanche à 20 h 30). Mise en scène Gerardo Maffei, Avec Fatima Soualhia-Manet. Assistanat à la mise en scène Francesca Cominelli – Décors et costumes Marta Pasquetti et Federica Buffoli – Création lumière Boris van Overtveldt – Création sonore Lorenzo Pagliei – Aide à l’écriture gestuelle Sonia Alcaraz  – Vidéo et photographie Guendalina Flamini

NOTE DE MISE EN SCÈNE 

 « Cette révolution capitaliste, du point de vue anthropologique, c’està-dire quant à la fondation d’une nouvelle “culture”, exige des hommes dépourvus de liens avec le passé. Elle exige que ces hommes vivent, du point de vue de la qualité de la vie, du comportement et des valeurs, dans un état, pour ainsi dire, d’impondérabilité – ce qui leur fait élire, comme le seul acte existentiel possible, la consommation et la satisfaction de ses exigences hédonistes. » Pier Paolo Pasolini

Feu pour Feu de Carole Zalberg (après Un Petit Poisson de Pier Paolo Pasolini, Silvio’s Glam Democracy , écrit par mes soins et publié en France par Les éditions du Félin, suivi de La Brouette d’après Luigi Pirandello) est le texte qui va compléter ma Tétralogie de la Consommation. Il s’agit du dernier acte d’un parcours de recherche consacré aux mécanismes absurdes d’un systeme parasitaire qui s’est désormais emparé de nos vies.

Chaque jour, en Europe, nous sommes confrontés à l’arrivée massive de populations fuyant l’horreur de la guerre. Une guerre entretenue par des luttes mafieuses servant les intérêts des multinationales, dans le seul but d’augmenter leur profit, sans aucun scrupule. Adama et son père font partie de cette nuée. Ils ont quitté leur pays, perdu leurs cultures. Ils sont censés s’intégrer, mais à quoi ? Aux obscénités de nos démocraties corrompues,  aux valeurs occidentales qui ne correspondent désormais qu’à une misérable dégradation spectaculaire-américaine de toute culture ? Oui, malheureusement. Le Capital/Continent Blanc n’a pas seulement besoin d’une main d’œuvre à bas coût, mais aussi d’individus non-sociaux, capables d’interagir uniquement à travers la forme aliénée et aliénante de l’échange mercantile. Des “hommes nouveaux”. Homologués, stéréotypés et apatrides, intoxiqués par une pensée unique incontestable et irréversible.

À travers la création d’un imaginaire global, capable de conditionner les choix de ces nouveaux êtres inhumains, le Capital/Continent Blanc n’agit pas seulement sur le plan social, mais aussi sur le plan anthropologique et génétique. Toute identité – y compris sexuelle – pouvant représenter un obstacle à une réification de masse, devra se plier à la seule forme d’’autorictas” reconnue : celle de la forme-marchandise. Cet hurlement poétique de Carole Zalberg, reste le plus efficace et, peut-être, le seul acte de résistance possible envers ces échos d’une pensée absolue. Même les mots sont devenus inhérents au Capital, dans un épouvantable processus de réécriture d’une  nov-langue orwellienne.

Nous vivons aujourd’hui dans une post-démocratie autoritaire, gérée par les lois du marché. C’est la démocratie des politiciens corrompus, des journaux contrôlés par la finance et de l’état d’urgence. La désobéissance civile envers un État qui nous spolie de tout, au nom des intérêts économiques, risque de devenir bientôt une nécessité vitale.  Et, exactement à la manière d’ Adama, chacun de nous pourrait vouloir accomplir un geste de rupture avec un système paraissant de plus en plus fragile et faux, tel un vieux régime fasciste et autoritaire du siècle dernier.

Gerardo MAFFEI

Feu pour feu, de Carole Zalberg. Mise en scène : Gerardo Maffei. Avec Fatima Soualhia-Manet. – Article tiré du blog : http://www.lagrandeparade.fr/index.php/l-entree-des-artistes/theatre/1488-theatre-la-danse-du-feu-de-carole-zalberg – Lire dossier de presse ici.

Une avocate chilienne dans le cercle de la France Insoumise

Candidat aux élections présidentielles de 2017, Jean-Luc Mélenchon a su s’entourer d’une équipe des militants dont Raquel Garrido, une alliée franco-chilienne de taille.  Retour sur son parcours.

Photo : Europe 1

Bien que son programme « L’avenir en Commun » ait convaincu 19,20% des Français lors des élections du 23 avril 2017, contre 11,10% en 2012, le leader du mouvement La France Insoumise n’a pas obtenu un score suffisant afin de se frayer un chemin vers le deuxième tour. Jean-Luc Mélenchon a pourtant apporté un brin de nouveauté au programme qu’il a défendu il y a cinq ans en reprenant des propositions inédites du Guide citoyen de la 6e République de Raquel Garrido. Publié en 2015, l’ouvrage de cette franco-chilienne née à Valparaíso en 1974, un an après le début de la dictature de Pinochet, mentionnait ainsi déjà le droit de révoquer les élus entre les élections et le droit de vote à 16 ans.

         
Raquel Garrido n’est évidemment pas une inconnue pour Jean-Luc Mélenchon. Ancienne militante du Parti Socialiste et cofondatrice du Parti de Gauche en 2008, elle rejoint La France Insoumise en 2016. Avocate au barreau de Paris, elle défend Jean-Luc Mélenchon lors de nombreuses affaires judiciaires médiatiques, notamment dans le contentieux l’opposant en 2015 à  Jean-Francois Copé, Nathalie Kosciusko-Morizet et Alain Juppé. En 2016, elle est même poursuivie en justice par Marine Le Pen pour diffamation mais remporte avec succès le procès ainsi que l’appel. Jean-Luc Mélenchon n’est toutefois pas la seule personnalité politique française de laquelle Raquel Garrido est proche, puisqu’elle est mariée à Alexis Corbière, ancien secrétaire national du Parti de Gauche et premier adjoint au Maire du 12ème arrondissement de Paris jusqu’en 2014.

Steve LEMERCIER

 

Pour les prochaines élections présidentielles, exprimez-vous

Nous traversons des temps difficiles, incertains. Selon les derniers sondages d’opinion, un bon tiers des citoyens français ne savent pas encore pour qui voter dans les prochaines semaines. La campagne électorale avec la toile de fond des « affaires est inédite. Elle n’incite guère à l’enthousiasme et à l’expression populaire or le vote de chaque citoyen devrait se faire entendre pour exprimer des convictions.

Une partie de la rédaction de notre publication a vécu le temps des dictatures en Amérique latine où l’expression électorale était absolument interdite. Notre équipe, composée d’une variété de sensibilités politiques qui cohabitent dans notre travail de passeurs culturels, doit tenir compte de l’importance d’exprimer ses convictions en votant même par un vote blanc et éviter ainsi l’abstention.

Les difficultés que nous vivons ici sont les mêmes un peu partout. Crise de crédibilité de la politique, des régimes à bout de souffle, des démocraties trop formelles où les inégalités abyssales se creusent par des politiques économiques injustes. Les grandes majorités sont touchées par une précarité de vie non justifiée dans une monde de grand progrès industriel, scientifique et technologique.

Avec des distances raccourcies notamment grâce aux nouveaux moyens de communication, la planète Terre tout entière est désormais proche de chacun d’entre nous. Elle pourrait mieux partager les ressources mondiales pour que tous puissent vivre dignement. Il est d’une impérieuse nécessité de changer la manière de gouverner, surtout pour que la jeunesse regarde des lendemains un peu moins gris… Un mouvement anti-abstention est nécessaire et nous y contribuerons avec les moyens que nous possédons tels que les réseaux sociaux. Votez !

Januario ESPINOSA

Au Brésil, le scandale Petrobas devient une bombe…

Au Brésil, le scandale de corruption Petrobas secoue les plus hauts fonctionnaires de l’État. Le Tribunal suprême fédéral, seul habilité à enquêter sur des élus bénéficiant de l’immunité, est chargé du dossier lié à un gigantesque scandale de corruption.

Photo : MercoPress

Le Tribunal suprême fédéral (TSF), la plus haute juridiction du Brésil, a annoncé mardi 11 avril l’ouverture d’une gigantesque enquête concernant au moins huit ministres du gouvernement et des dizaines de députés et sénateurs. Le juge Edson Fachin, chargé de ce dossier explosif, s’intéresse à 108 personnalités.

Toutes ces personnes sont soupçonnées d’être impliquées dans le plus grand scandale de corruption de l’histoire du pays : l’affaire Petrobras. Dans les années 2000, sous la présidence de Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), la compagnie pétrolière, gérée par l’État, a accordé des contrats surfacturés aux entreprises du BTP. Ces dernières s’étaient rassemblées en cartel pour se partager les marchés. Les pots-de-vin servaient ensuite à financer des partis de la coalition de centre gauche alors au pouvoir. Les contrats de ces chantiers étaient surfacturés de 1 à 5 % de leur valeur réelle. Des agents de change géraient ensuite les paiements et blanchissaient l’argent sale. Les personnes citées sont soupçonnées d’avoir détourné plus de deux milliards de dollars de la compagnie pétrolière, selon un document consulté par l’AFP.

L’investigation s’appuie en grande partie sue les témoignages de 77 anciens cadres d’Odebrecht, grand groupe de BTP. Son ex-patron, Marcelo Odebrecht, a d’ailleurs été condamné à dix-neuf ans de prison. mais d’autres cadres ont négocié une « délation compensée », un allègement de peine en échange de leur témoignage. Selon un décompte du site du journal Estado de Sao Paulo, 29 sénateurs et 42 députés sont visés par l’enquête, dont les présidents des deux chambres du Congrès. On retrouve également Eliseu Padilha, le chef de la Maison civile, l’équivalent d’un premier ministre dans le système politique brésilien. Les ministres des affaires étrangères, de l’agriculture et du commerce, ainsi que les leaders de deux partis appartenant à la coalition du président, Michel Temer, sont également sur la liste.

Interrogé par Associated Press (AP), Claudio Couto, un professeur de sciences politiques de l’université Getulio Vargas de Sao Paulo, parle de « tsunami » pour décrire l’ampleur du scandale. « Chaque parti, chaque Etat, a quelqu’un sur la liste. Les leaders des deux chambres sont impliqués. C’est la preuve que la corruption au Brésil est systémique. L’affaire pourrait potentiellement désorganiser toute l’administration », prévient-il.

En tant que président M. Temer ne peut être poursuivi que pour des actes commis au cours de son mandat. Mais sa situation est délicate : il fait face à des accusations de financement illégal de sa campagne tout en essayant de faire accepter au pays des mesures d’austérité. Depuis son arrivée au pouvoir, en 2016, plusieurs de ses ministres ont déjà été contraints de démissionner du fait d’accusations de corruption.

Le TSF a autorité pour juger les élus brésiliens protégés par l’immunité. Mais l’enquête vise aussi d’anciens politiques et des hommes d’affaires dont les cas sont suivis par d’autres tribunaux. Dilma Rousseff (destituée pour maquillage des comptes publics en 2016), Luiz Inacio Lula da Silva et Fernando Henrique Cardoso, trois anciens présidents, sont concernés. Le très populaire « Lula » a été inculpé dans plusieurs volets de l’enquête. Il aurait reçu 3,7 millions de réais, environ 1 million d’euros.

L’opération Lava Jato (Lavage express), simple enquête lancée en mars 2014 sur des stations-service, s’est donc transformée, trois ans plus tard, en scandale d’État. Les délits les plus récurrents dans ce dossier sont la corruption passive et active, la délinquance financière, le blanchiment d’argent et l’association de malfaiteurs. Des dizaines de chefs d’entreprise, cadres, intermédiaires et politiciens de tous bords sont déjà sous les verrous. Les juges ont prononcé jusqu’ici des peines de plus de 1 300 années de prison.

Catherine TRAULLÉ
D’après Le Monde et Le Figaro

Le juge du Tribunal suprême fédéral ouvre une enquête contre 108 personnalités brésiliennes

Mercredi 12 avril | BRÉSIL | Le scandale Petrobras a secoué de plus belle la politique avec le feu vert de la Cour suprême pour l’ouverture d’enquêtes visant notamment neuf ministres du gouvernement du président Michel Temer. Cette décision fait l’effet d’une véritable bombe : 108 personnalités politiques de premier plan, y compris des dizaines de députés et sénateurs, figurent sur une liste de personnes protégées par une immunité, dressée par Edson Fachin, juge du Tribunal suprême fédéral (STF), la plus haute juridiction du pays.

Jeudi 13 avril | HAÏTI | Le Conseil de sécurité de l’Organisation de Nations Unies décidé de mettre fin à treize ans de présence des Casques bleus, pour les remplacer par une force de police plus restreinte.

Vendredi 14 avril | MEXIQUE |  Le journaliste Maximino Rodriguez Palacios, spécialisé dans les faits divers a été abattu, portant à quatre le nombre de reporters tués depuis début mars dans l’un des pays le plus dangereux au monde pour les médias.

Samedi 15 avril | MEXIQUE |  Le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, au pouvoir) est rattrapé par les scandales. Soupçonné de corruption, l’ex-gouverneur de Veracruz, Javier Duarte, a été arrêté au Guatemala.  C’est le deuxième ex-gouverneur issu du PRI, arrêté en moins d’une semaine après l’arrestation à Florence en Italie, de Tomas Yarrington, ex-gouverneur de l’Etat de Tamaulipas (nord-est). Des scandales de corruption qui mettent à mal les promesses de renouveau du président Enrique Peña Nieto.

Dimanche 16 avril | ÉQUATEUR |   Le Conseil national électoral (CNE) a annoncé qu’il allait recompter 12 % des bulletins de vote du second tour des élections présidentielles suite à une plainte du perdant, Guillermo Lasso, devant le gagnant, Lenín Moreno, qu’il a accusé de fraude. Moreno a accepté le recomptage pour prouver qu’il a gagné cette élection de manière légitime. Après recomptage, le CNE confirme la victoire de Moreno avec 51,15 % des voix.

Lundi 17 avril | BRÉSIL |   Le président de fait Michel Temer reconnait que la destitution de la présidente Dilma Rousseff est bien due à l’esprit de vengeance de l’ancien président de la Chambre des députés, Eduardo Cunha, et non pour sa soi-disant mauvaise gestion du budget national. D. Rousseff demandera l’annulation du procès qui l’a destituée. Cunha a été condamné à 15 ans de prison pour corruption.

Mardi 18 avril | ARGENTINE |  Décès de Carlos Slepoy, l’avocat argentin à l’origine du procès contre Pinochet à Londres, et avocat des familles des victimes du franquisme en Espagne. Voir notre article principal.

Photo : Carta capital

Guy MANSUY

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