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avril 2015

France Amérique latine appel à la solidarité pour garder sa continuité…

Le 31 mars dernier, l’association France Amérique latine (FAL) après quarante ans en faveur des droits de l’homme en Amérique latine, se retrouvait face à une grave crise de trésorerie. Seule issue possible, une récolte de fonds à hauteur de 30 000 euros. N’ayant toujours pas résolu cette situation financière critique, France Amérique latine lance un appel à la solidarité.

Association de solidarité internationale de loi 1901, la FAL agit depuis 40 ans en faveur des droits de l’homme en Amérique du Sud et organise des échanges culturels avec la France. Elle offre la possibilité aux Français de découvrir ce continent dans le cadre d’un projet de tourisme responsable et culturel : chantiers volontaires, séjours chez l’habitant, bénévolats dans des ONG, mais aussi séjours linguistiques ou treks.

Parmi ses nombreux engagements et activités, c’est ce volet ludique et ouvert à tous qui a vu son budget diminuer drastiquement. Cela n’est que la partie visible du risque qu’encourt cette association. Car au-delà de sa capacité à créer des liens et à faire découvrir la richesse d’un continent, c’est tout un travail de diffusion de l’information- avec le trimestriel FAL Mag– et de défense des droits humains en Amérique latine qui est aujourd’hui mis en péril.

Avec la politique de réduction budgétaire que l’État a mis en place récemment, ce sont entre autres les associations de solidarités internationales qui voient leur capacité à agir diminuer, au risque de les voir disparaître. “Nous sommes confrontées à une diminution des moyens des collectivités territoriales par la baisse drastique des dotations de l’État, ce qui n’est pas sans influence sur les moyens que celles-ci peuvent attribuer aux associations” (source : fal.org). L’association, qui regroupe plus de trente comités locaux, avait également participé à l’accueil des réfugiés politiques sous les dictatures sud-américaines. Bien plus qu’une association d’amitié entre les peuples, c’est le legs de notre histoire sociale et de notre politique extérieure qui se dissipe.

Elisa JUSZCZAK
Pour soutenir France Amérique latine,
rendez-vous sur le site de l’organisme

L’actualité de la semaine

20 avril – MEXIQUE – L’échec de la justice au Mexique est une des sources les plus importantes de l’impunité dans le pays. Un système congestionné, dans lequel les juges sont dépassés et dominés par la logique de “davantage de détenus, meilleurs résultats” donne comme résultat que près de la moitié de la population incarcérée au Mexique (46 %) reste en attente d’une décision juridique de privation de liberté. C’est l’une des principales conclusions d’une étude menée par l’Université de la Puebla Amériques (UDLAP) sur les taux de l’impunité dans le monde et qui place le Mexique en 58e position sur les 193 pays de l’ONU.

20 avril – AMÉRIQUE LATINE – Le vieillissement de la population menace d’augmenter les dépenses pour les pensions en Amérique latine et dans les Caraïbes, selon un rapport publié par la Banque interaméricaine de développement (BID), l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Banque Mondiale. L’OCDE considère que les pensions de 80 millions de Latino-américains sont en danger. La classe moyenne croissante de la région peut être vulnérable à la pauvreté au troisième âge, selon l’organisme. Dans le secteur informel un nombre important de travailleurs ne cotisent pas pour leur retraite: actuellement, seulement 45 sur 100 travailleurs le font, et ce chiffre a à peine changé dans les dernières décennies. Beaucoup de pays de la région manquent encore de systèmes et du cadre institutionnel permettant une bonne gestion des pensions. En ce sens, des investissements dans des systèmes et des réformes dans les cadres institutionnels sont une bonne première étape vers la réalisation de systèmes offrant une plus grande couverture et une capacité à soutenir des opérations prolongées.

20 avril – MEXIQUE – La justice mexicaine et le département des affaires intérieures de la police ont ouvert une enquête sur le massacre présumé de seize civils par des policiers fédéraux en janvier à Apatzingán, dans l’État du Michoacán, dans l’ouest du Mexique, a annoncé le ministre de l’Intérieur. Un reportage publié le week-end dernier dans la revue Proceso avait mis en cause la police fédérale dans la mort de ces personnes, le 6 janvier. Les faits s’étaient produits lors de la dispersion d’une manifestation d’ex-policiers ruraux − corps issu de milices d’autodéfense − qui protestaient devant la mairie d’Apatzingán. La journaliste Laura Castellanos a travaillé à partir de témoignages de trente-neuf personnes.

21 avril – COLOMBIE – Le processus de paix avec la guérilla des FARC en Colombie doit progresser “plus rapidement”, a exhorté un responsable de l’ONU à Bogotá, après l’émoi suscité par une attaque meurtrière contre l’armée. “Nous avons déjà attendu suffisamment d’années pour arriver là où nous sommes et il y a eu beaucoup d’avancées”, a déclaré Flavia Pansieri [photo], haut-commissaire adjointe des Nations unies aux droits de l’homme, en référence aux pourparlers en cours avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). La représentante de l’ONU a soutenu la position du président Juan Manuel Santos, qui a récemment demandé à la rébellion de ne pas prolonger trop longtemps les pourparlers. “Il faut fixer des délais pour le processus de paix”, a-t-elle également estimé. Selon les autorités, quatre guérilleros de l’ELN ont été tués dans une opération militaire ; l’ELN a augmenté son activité ces derniers mois.

21 avril – VENEZUELA – Le gouvernement de Nicolás Maduro renforce ses relations avec l’Iran. La chancelière vénézuélienne, Delcy Rodríguez, et le ministre chargé du pétrole, Asdrúbal Chávez, ont fait une visite surprise en Iran. À Téhéran ils se sont réunis avec leurs homologues Mohamad Yavad Zarif et Bijam Namdar Zangané, avec lesquels ils ont traité de l’actualité. Cette visite est la quatrième réunion ministérielle de l’année entre Caracas et Téhéran.

21 avril – ARGENTINE – Si face à la justice la semaine a bien commencé pour le gouvernement puisqu’un procureur a refusé de poursuivre la présidente dans l’“affaire Nisman, ce même gouvernement a subi un revers juridique de la part de la Cour suprême argentine qui a annulé la nomination des juges faite par l’exécutif. Dans une décision unanime des quatre juges qui l’a confirmé – le cinquième juge n’ayant pu être remplacé parce que le gouvernement n’a pas de majorité au Congrès pour nommer celui qu’il aimerait – la Cour Suprême a annulé la nomination qu’a effectuée le Gouvernement de cinq prétendants désignés pour remplacer les magistrats de Cour Suprême dans des circonstances exceptionnelles.

21 avril – MEXIQUE – Le Sénat a approuvé le Système National Anticorruption (SNA) en modifiant 14 articles de la Constitution. Sa création vise à surmonter la crise de crédibilité des institutions et d’éradiquer le mal endémique qui coûte au pays environ 10% du PIB, un chiffre monstrueux qui représente 45 fois le budget annuel de l’Université Nationale Autonome de Mexico, la plus grande d’Amérique latine. Le SNA a été approuvé par 97 voix pour, huit contre et deux abstentions et a été soutenu par plusieurs organisations de la société civile, exigeant un vote avant le 30 avril, lorsque la session sera terminée.

21 avril – ÉQUATEUR – La nouvelle tactique du gouvernement pour réduire le nombre des grossesses chez les adolescentes est simple: les adolescents doivent retarder les rapports sexuels. C’est l’objectif du Plan National pour le Renforcement de la Famille, pour remplacer la précédente Stratégie Nationale pour la Planification Familiale et la Prévention de grossesse des adolescentes (Enipla), dont la principale initiative a été la distribution gratuite de contraceptifs parmi les jeunes. La nouvelle stratégie de planification familiale comprend des ateliers pour les parents : préservatifs remplacés par l’enseignement des valeurs.

22 avril – VENEZUELA – Le parlement vénézuélien a déclaré persona non grata l’ancien président du gouvernement espagnol, Felipe González. La déclaration a été prise à Caracas, suite à une proposition du Parti communiste du Venezuela (PCV), qui fait partie de la coalition politique qui soutient le chavisme au pouvoir. Le président Nicolás Maduro a attaqué le politicien espagnol et a laissé entendre qu’il pourrait l’empêcher d’entrer en tant que consultant à la défense devant les tribunaux de chefs de l’opposition vénézuéliens Leopoldo López et Antonio Ledezma, actuellement détenus en prison.

22 avril – MEXIQUE – Le gouvernement a puni pour corruption au moins 101 représentants de 11 institutions publiques fédérales dans les deux dernières années et a imposé des sanctions pour plus de 22 millions de dollars. Seulement une dizaine a contesté le jugement et personne n’a payé un centime d’amende indique un rapport du Secrétariat de la Fonction Publique (SFP) du Mexique.

22 avril – CUBA – Après quelques mois de pourparlers indirects sur la question controversée des droits de l’homme sur l’île, le Haut représentant de la politique étrangère européenne, Federica Mogherini, a annoncé en présence du ministre cubain des Affaires étrangères Bruno Rodríguez, que ce chapitre de l’accord négocié pendant un an par les deux partis, commencera à être traité en juin à Bruxelles.

22 avril – AMÉRIQUE LATINE – Quelque 27 millions de jeunes travaillent illégalement en Amérique latine et dans les Caraïbes, et “il y a une augmentation potentielle de l’informalité dans ce contexte de ralentissement économique dans la région, a déclaré mercredi Elizabeth Tinoco, la directrice régionale de l’Organisation internationale du Travail (OIT) dans la présentation à Lima d’une nouvelle étude sur l’emploi des jeunes. L’OIT a averti que les emplois de six sur dix disponibles pour les jeunes Latino-américains ont des contextes informels, c’est-à-dire, de faible qualité, de faibles salaires, sans contrat, précaire, sans protection sociale, ni droits. L’OIT fait valoir que la région doit donner la priorité à la réforme de l’éducation.

22 avril – MEXIQUE – Selon la décision rendue par un juge à Putrajaya, la capitale administrative de la Malaisie, les trois frères mexicains González Villarreal, José Regino, Luis et Simón, sont condamnés à être pendus en Malaisie pour trafic de drogue. Les frères originaires de Culiacán, capitale de Sinaloa, ont été arrêtés en 2008 par la Police royale malaisienne dans une usine dans la ville de Johor, accusés de trafic, de production et de distribution de stupéfiants. Selon l’acte d’accusation, ils étaient en possession de 29 kilos de méthamphétamine et de l’équipement pour les produire.

22 avril – CHILI – Après plus de cinquante ans de sommeil, le volcan Calbuco est entré en éruption, dans le sud du Chili, dans la région de Puerto Montt et à 2015 mètres d’altitude. Après son réveil, une deuxième éruption est survenue le lendemain, ont déclaré les autorités locales. Le gouvernement a déclenché l’état d’urgence et de catastrophe dans la région et donné un ordre d’évacuation dans un rayon de vingt kilomètres aux alentours, mais aucune victime n’a été comptabilisée.

23 avril – GUATEMALA – Le débat se poursuit sur la faiblesse du système judiciaire et la terrible impunité qui prévaut. On peut arrêter quelqu’un pour un accident de la circulation, mais on est incapable de juger et de condamner les crimes les plus graves, notamment la délinquance organisée et les structures clandestines qui minent les institutions étatiques. Le gouvernement actuel semble vouloir prendre toutes les mesures possibles pour corriger cette situation. Le président Otto Pérez Molina a annoncé à plusieurs reprises qu’il ne pense pas approuver le mandat de la Commission Internationale contre l’Impunité au Guatemala, la CICIG.

23 Avril – HONDURAS – La Cour suprême de Justice du Honduras a donné son approbation à une future réélection présidentielle en abrogeant l’article 239 de la Constitution, qui l’interdit depuis 1982. Cette décision intervient six ans après que le président Manuel Zelaya a été renversé et expulsé du Honduras en juin 2009, à cause de sa tentative d’un référendum visant à modifier la Loi fondamentale et de permettre sa réélection. Sept ex-présidents, y compris Manuel Zelaya lui-même, peuvent aspirer à la présidence à nouveau.

23 avril – MEXIQUE – Après avoir poussé l’industrie automobile, le pays s’est imposé comme producteur de pièces d’avions. L’industrie de l’aviation a été installée dans les couloirs industriels dans le pays pour devenir l’une des plus latentes dans le monde. Sa croissance annuelle est de 15 % et l’expansion des entreprises du secteur a augmenté au cours des 10 dernières années, regroupant plus de 300 entreprises à travers le pays.

24 avril – ARGENTINE – L’éruption du volcan chilien Calbuco a rempli de cendres diverses villes de la frontière avec l’Argentine, en Patagonie et a même provoqué l’annulation de certains vols dans les aéroports de Buenos Aires et Montevideo. Les villes touristiques argentines comme Junín et San Martín de los Andes, Bariloche et Villa La Angostura ont juste été couvertes à midi d’un épais nuage de cendres.

24 avril – CHILI – Quarante-huit heures après les premières explosions du Calbuco, les autorités ont dû commencer une nouvelle évacuation préventive en raison de flux de sédiments et des écoulements d’eau sur le flanc du volcan vers la rivière Correntoso, avec un risque imminent d’inondation des zones peuplées. Environ 2 000 personnes, vivant dans les localités chiliennes de la région, ont commencé à quitter leur domicile, selon les informations fournies par le Bureau national d’urgence (ONEMI).

24 avril – VENEZUELA – Le maire de Caracas, Antonio Ledezma, a été transféré dans une clinique privée du sud-est de Caracas pour être opéré d’une hernie dans la région de l’aine. La mesure a été prise par l’inspection judiciaire 6 à la demande du ministère public, après que le chef de l’opposition ait été examiné par trois médecins à la prison militaire de Ramo Verde, où il est emprisonné depuis février dernier, souffrant des douleurs sévères dans le même secteur où il avait été opéré en 2014. L’accusation a demandé au juge d’accorder au prisonnier une résidence surveillée pour sa convalescence.

Guy MANSUY

Le documentaire « On est vivants » sur l’engagement politique

Ce mercredi 29 avril 2015, le septième art accueille en salle le nouvel opus de Carmen Castillo. Avec On est vivants la réalisatrice voyage dans l’espace et dans le temps, à la rencontre de ces inconnus indispensables qui font la grandeur de la politique.

De quoi est fait l’engagement politique aujourd’hui ? Est-il encore possible d’infléchir le cours fatal du monde ? C’est avec ces questions, dans un dialogue à la fois intime et politique avec son ami Daniel Bensaïd, philosophe et militant d’extrême gauche qui a été de tous les combats en France et en Espagne, mais aussi au Chili, en Argentine et au Brésil, depuis les années 60 jusqu’à sa mort en 2010, que Carmen Castillo entreprend un voyage qui la mène vers ceux qui ont décidé de ne plus accepter le monde qu’on leur propose. Des sans domicile de Paris aux sans-terre brésiliens, des Zapatistes mexicains aux quartiers nord de Marseille, des guerriers de l’eau boliviens aux syndicalistes de Saint-Nazaire, les visages rencontrés dans ce chemin dessinent ensemble un portrait de l’engagement aujourd’hui, fait d’espoirs partagés, de rêves intimes, mais aussi de découragements et de défaites. Comme Daniel, ils disent : L’histoire n’est pas écrite d’avance, c’est nous qui la faisons.

Carmen Castillo, née à Santiago du Chili, est une cinéaste engagée. Elle a réalisé une vingtaine de documentaires dont les plus connus sont La flaca Alejandra (1993), Rue Santa Fe (2007) sur son engagement au Chili et sur l’assassinat de son compagnon, et Pour tout l’or des Andes (2009). Elle s’explique sur les intentions de son film :

“La lutte, fût-elle armée, contre une dictature brutale était une évidence. Les évidences sont depuis longtemps finies. Il n’y a plus d’avenir radieux, d’alternative claire, de chemin tracé, de cités parfaites avec appartements clés en mains. Avec la fin de notre religion de l’Histoire, d’une révolution inéluctable, beaucoup d’entre nous ont tourné la page et pris d’autres chemins, parfois celui de l’acceptation ou du renoncement. Daniel m’avait accueillie en France en 1975. Sans lui et d’autres amis, je n’aurais pas pu passer de la survie à l’existence. Comme si de rien n’était, au détour d’une conversation, il m’apprenait à faire de la mémoire des vaincus une énergie du présent. Pas de nostalgie ni de culte du sacrifice, on n’en n’a pas besoin. Plus tard, sans céder ni à la fatigue ni aux obstacles, par ses actes et ses écrits, à contre courant de l’air du temps, il a su “tenir vivante la longue durée des révoltes et des indignations, des principes et des exigences – en un mot de l’espérance”. Il aimait citer cette phrase : “Résister, c’est résister à l’irrésistible”. Et si c’était cela l’engagement aujourd’hui ? À sa mort, comme habitée par la musique de sa voix, je me suis mise en mouvement. Je voulais trouver, ici et ailleurs, la beauté de ces “inconnus indispensables” dont il parlait, ceux qui continuent à lutter sans certitude de gagner, dans l’obscurité souvent et la lumière parfois, car ce sont eux qui font la grandeur de la politique.”

Que reste-t-il de nos idéaux ? Faut-il rentrer dans le rang ou continuer à combattre l’injustice, la confiscation des terres et des biens publics, le déni des libertés ? Pour Carmen Castillo et ses interlocuteurs dans le film, la réponse est qu’il faut continuer à se mobiliser et à résister !

Alain LIATARD

Sortie du film le 29 avril. De nombreux débats sont organisés : Paris, 29 avril, Lyon, 4 mai, Saint-Ouen, 5 mai, Rouen, 9 juin.

« Été rouge » : un premier roman en français

Avec un premier roman traduit en français, Daniel Quirós nous emmène sur les traces des héros et malfaiteurs de la dictature argentine de Videla. Ce polar où la confusion entre fiction et réalité peut surprendre le lecteur reste néanmoins un succès littéraire. Le jeune auteur est déjà bien connu en France, notamment par sa présence à la dernière édition des Quais du Polar à Lyon.

Soleil écrasant, chaleur torride, poussière, voilà l’été caniculaire qui s’est abattu sur la province du Guanacaste, au Costa Rica et sur le village de pêcheurs de Paraíso. Don Chepe, ancien guérillero au Nicaragua voisin, jeune retraité des Assurances, va se transformer en détective pour trouver l’assassin de son amie, l’Argentine. Ce faisant, il plonge dans le passé, de la dictature de Videla en Argentine à la révolution sandiniste, et des contras aux attentats et crimes qui semblent relever de la pure vengeance, même trente-cinq ans plus tard.

En effet, l’assassinat d’Ilana Echeverri retrouvée à genoux dans le sable de la plage, une balle dans la nuque ressemble bien à une exécution. Don Chepe décide de retrouver l’assassin. Or l’Argentine lui a laissé des indices un peu énigmatiques, des articles de journaux de Buenos Aires 1977, de vieilles photos dont une datée de 1979 à Managua, et une petite clé mystérieuse.

Aidé par un policier local, il va remonter toutes les pistes, sera agressé par des loubards, découvrira l’existence d’un certain Gandini, guérillero argentin passé ensuite au Nicaragua avec sa compagne de lutte Echeverri. Il sera question d’un attentat en 1984 contre Pastora, comandante zéro déçu passé aux contras, d’un journaliste suédois qui revient témoigner vingt ans plus tard sur cet attentat et qui racontera tout à Don Chepe.

La narration est classique avec tous les ingrédients du polar, les dangers, le suspense, les coups de théâtre et la grande scène finale, duel dans une maison isolée. Il y a aussi l’évocation politique et historique des périodes troubles des années 80, le passé du pays voisin, le Nicaragua avec la révolution sandiniste et la lutte des contras et de la CIA.

Le seul bémol à cette évocation, c’est que l’auteur utilise des faits réels en gardant certaines identités comme celle de Pastora et en changeant les noms de lieux pour l’attentat de 1984, les patronymes pour l’ex-révolutionnaire argentin responsable de cet attentat, pour le journaliste suédois. Or le destin de ces deux personnages sera tout à fait fictif dans le roman, puisqu’ils seront en contact avec Don Chepe qui lui n’existe pas dans la réalité historique. Cela crée un peu de confusion, à ce point que l’auteur justifie ses choix par une note finale dans la version française.

Dernier aspect très intéressant, c’est le côté sociologique avec la description amère de la côte Pacifique défigurée, victime de la mondialisation, du tourisme de masse, des promoteurs et du profit. Y règne aussi une certaine violence due à la drogue et à la délinquance. Voilà donc un jeune écrivain prometteur, et son Été rouge nous laisse un peu estourbis par la chaleur, les bières ingurgitées, les cigarettes fumées par les protagonistes et surtout le grand pouvoir de suggestion de son écriture.

Louise LAURENT

Eté rouge de Daniel Quirós, traduit de l’espagnol (Costa Rica) par Roland Faye, éditions de l’aube, 173 pages, 16,90 €.
Daniel Quirós en espagnol : Verano rojo, editorial Costa Rica, 2010.

Carlos Sorín, lauréat de la Muestra du cinéma latino-américain de Catalogne, revient sur son parcours

Le scénariste et réalisateur argentin Carlos Sorín, qui vient de recevoir à Lérida, en Espagne, le prix d’honneur de la Muestra du Cinéma latino-américain de Catalogne, considère que ce que l’on nomme ‘cinéma latino-américain’ “est une vue de l’esprit et n’existe pas en tant que tel”.

Dans un entretien avec l’agence de presse espagnole EFE, Carlos Sorín explique qu’entre certains pays, les co-productions fonctionnent bien, comme c’est le cas entre l’Espagne et l’Argentine, ou entre l’Argentine et l’Uruguay, grâce à la bonne entente et aux liens qui unissent ces pays. Cependant, il considère que le cinéma latino-américain en tant que tel n’existe pas. “En Argentine, par exemple, nous n’avons jamais collaboré avec le Brésil, alors que nous sommes voisins. C’est pour cela que je dis que le soi-disant ‘cinéma latino-américain’ est une vue de l’esprit, il n’existe pas. Par contre il existe bel et bien une multitude de cinémas latino-américains”, soutient-il. Le réalisateur ajoute, par ailleurs, que la langue est le dénominateur commun de certains pays, mais “de manière relative ”. “Si tu regardes un film chilien ou péruvien, tu n’y comprendras rien”, souligne-t-il.

Malgré cela, Carlos Sorín se montre satisfait et reconnaissant d’avoir reçu un prix pour la totalité de son œuvre au cours de la soirée de vendredi dernier à la Muestra de Lérida, ville du nord de la Catalogne. “Recevoir un prix sans avoir à présenter un film est une merveilleuse chose, car les prix se font rares. C’est très gratifiant. Pour ma part, j’essaye tout de même de prendre un certain recul et de ne pas fanfaronner”, note-t-il. Le concours catalan a récompensé le parcours particulier de Carlos Sorín, caractérisé par des allers-retours entre le cinéma et la publicité. Ceci explique que sa filmographie soit composée de huit films seulement, qui lui ont néanmoins permis de se faire un nom, son esthétique étant unanimement reconnue et admirée par la profession.

J’ai navigué entre le cinéma et la publicité notamment à cause de craintes personnelles, et parce que la publicité m’a permis de gagner beaucoup d’argent, bien au-delà de ce dont j’avais besoin. J’ai gagné beaucoup d’argent grâce à la publicité et ce n’était pas évident de sortir de cette prison dorée. C’est un cordon ombilical difficile à couper, mais je crois que j’aurais dû le faire beaucoup plus tôt, car, mis à part l’argent, la publicité ne t’apporte rien”, assure-t-il. Par ailleurs, la publicité, artistiquement parlant, ne constitue pas une motivation suffisante pour Carlos Sorín, ayant dû se défaire de nombreuses mauvaises habitudes et autres automatismes qui, selon lui, n’ont été d’aucune aide pour la création cinématographique. Il explique que “comme pour beaucoup de personnes, le fait d’avoir travaillé dans la publicité m’a donné une certaine agilité mentale et une certaine capacité à résoudre certaines situations mais rien de plus. Au contraire, généralement, la somme de ce que tu dois désapprendre et réapprendre est beaucoup plus importante que ce qui te sert véritablement.” Le réalisateur ajoute que dans ce sens, la publicité est une simple “célébration vaniteuse”. Le cinéma – qu’il considère à présent comme son chez-lui -, quant à lui, en vaut bien la peine, car il existe de nombreuses œuvres “dont on se souviendra”.

En ce qui concerne son style, que certains critiques comparent à la conception cinématographique iranienne, Carlos Sorín considère qu’il n’en a aucun à proprement parler, mais que ses films traitent de sujets qui l’intéressent, autrement dit, de “sujets traditionnels propres à la dramaturgie”, comme la condition humaine, l’espoir, la culpabilité, le bonheur. Outre le fait qu’ils traitent de sujets qui l’intéressent, Carlos Sorín veut bien reconnaître qu’il existe véritablement un dénominateur commun à tous ses films : sa tendance à simplifier. “Mon intention est d’arriver à la plus grande intensité dans ce que je raconte avec le moins de moyens possibles. Je suis conscient de l’importance de bien élaguer, car lorsque je commence à écrire un scénario complexe à filmer, j’y retire petit à petit les choses qui me semblent creuses, puis au moment du montage, je retire encore bien d’autres choses encore. C’est un processus de déconstruction pour arriver à l’essentiel et faire un film efficace avec peu de ressources. C’est à ce processus que je m’identifie, mais tout cela reste très vague”, explique-t-il. C’est la raison pour laquelle il ne saurait pas quoi faire si on lui proposait cinq millions d’euros pour réaliser un film : “Aucune idée ne me viendrait à l’esprit”. Il ne rejette cependant pas catégoriquement l’idée de faire du cinéma commercial – un film de science-fiction par exemple – surtout pour le défi que cela représenterait.

En tout état de cause, il assure qu’il accorde, pour le moment, beaucoup d’importance aux conditions de tournage, citant à ce propos une phrase de Claude Chabrol. Ce dernier affirmait chercher des lieux de tournage pour ses films en fonction des bons restaurants qui se trouvaient aux alentours. Mais il y a un fossé entre ce que Sorín dit et ce que Sorín fait : un de ses lieux de prédilection est la Patagonie, qui, selon ses propres mots, “est un endroit difficile et inconfortable pour tourner, d’autant plus qu’il n’y a pas de bons petits plats ou de bons hôtels”. “Je vais là-bas parce qu’on n’y trouve pas de couleur locale, c’est comme une abstraction. Notamment parce que les problèmes humains touchent la nature humaine, comme s’ils étaient suspendus dans le temps. Faire un film de ce genre à Buenos Aires me paraît impossible, car c’est trop imprégné, tandis qu’en Patagonie, c’est neutre, et cette neutralité du lieu me plaît”, conclue-t-il.

D’après El Diario,
Traduit par Laurène Le Gall

Soirée en musique à Villefranche-sur-Saône avec le nouveau groupe Vidala

Le prochain samedi 25 avril à la Bourse du Travail de Villefranche-sur-Saône, à 20 h 30, le trio musical Vidala nous emmène en terres andines.

 À l’occasion de la sortie de leur premier album, produit par le label lyonnais C’est pas des manières, le trio Vidala interprète avec sa sensibilité propre les compositions de grandes figures chiliennes, uruguayennes et argentines. Christophe Jacques à la guitare et Myriam Essayan aux percussions accompagnent la chaude voix de Séverine Soulayrès.

La critique sociale se mêle alors à la poésie andine. Atahualpa Yupanqui, Violeta Parra, Víctor Jara, Ariel Ramírez, Julio Santos Espinosa ou encore Daniel Viglietti dessinent avec leurs mots la beauté des paysages sud-américains mais aussi la dureté de la vie de ses ouvriers, mineurs, paysans. Vidala tire son nom d’une forme musicale populaire poétique argentine, qui se chante à une voix et s’accompagne d’une guitare et d’une percussion. Vidala conte les grands espaces andins, l’intime et la solitude des êtres qui l’habitent et la composent. Chacarera, milonga, tango, boléro, zamba, danza criolla, canción india sont autant d’airs musicaux dont s’inspire ce trio musical.

Après plus de 200 concerts au sein de leur précédent groupe Soulayrès, cette nouvelle formation qui porte en elle l’envie d’une renaissance aux couleurs latino-américaines, se produira sur la scène rhône-alpine à Villefranche (69) ce week-end, mais aussi à Ferney-Voltaire (01) et à Carantec (29). On se laisse aisément emporter par ces sonorités acoustiques et lointaines qui éveillent en nous une certaine invitation au voyage.

Elisa JUSZCZAK

Table ronde sur l’Unasur à la Maison de l’Amérique latine de Paris

Une rencontre est organisée à la Maison de l’Amérique latine à Paris le 30 avril prochain avec Mme l’Ambassadrice de l’Équateur María de la Paz Donoso et les chercheurs spécialistes de l’Amérique du Sud Jean-Jacques Kourliandsky et Sébastien Velut, autour de la thématique de l’Unasur (Union des Nations Sud-américaines).

 Cette table ronde, organisée à l’initiative de l’ambassade de l’Équateur en France, a pour objectif d’analyser les avancées, réussites, perspectives et défis de ce récent organisme d’intégration sud-américaine. L’Unasur a été créée en 2004 à l’issue de la rencontre entre les chefs d’État sud-américains à Cuzco (Pérou). Cet organisme qui réunit sous la même bannière les pays du Mercosur et les pays de la communauté andine affirme dans le Traité constitutif signé à Brasilia en 2008 les objectifs suivants : « construire une identité et une citoyenneté sud-américaines et développer un espace régional intégré dans les domaines politique, économique, social, culturel, de l’environnement et des infrastructures« . En s’unissant ainsi, les douze pays de l’Union des Nations Sud-américaines prônent le multilatéralisme et cherchent à s’émanciper de l’influence de Washington. En réunissant 361 millions de personnes et en affichant un PIB par tête de 7 557 dollars, l’Unasur devient la quatrième union mondiale. Cela permet au continent sud-américain de se faire entendre d’une seule voix aux Nations Unies et de légitimer la reconnaissance de l’Amérique latine comme étant « pluriethnique, multilingue et pluriculturelle ».

L’Unasur a choisi de conserver toutes les avancées du Mercosur et de la Communauté des Pays Andins, tout en se voulant plus ambitieuse : elle passe en effet « du caractère de communauté à celui d’Union » et reconnaît « la citoyenneté américaine et la libre circulation des personnes à travers tout le continent » (source : lejpb.com). Onze ans après la Déclaration de Cuzco, quelles premières conclusions pouvons-nous tirer de cette première union continentale ? Si l’Unasur est un premier pas vers plus de reconnaissance et plus de visibilité à l’échelle internationale, parviendra-t-elle à apporter des réponses satisfaisantes pour des pays aux modèles de société antagonistes ?

Elisa JUSZCZAK

Deux manières de filmer l’Argentine

Alors que nous sommes en train de visionner des documentaires pour la prochaine édition du 9e Documental, l’Amérique latine par l’image, qui se déroulera fin novembre à Lyon, nous pouvons voir ce mois-ci deux documents très différents : Sangre de mi sangre de Jérémie Reichenbach, le 22 avril et Jauja de Lisandro Alonso le 29, deux films initiés en France, ainsi qu’une façon originale de revenir sur le passé de l’Argentine de la fin du XIXe siècle.

Sangre de mi sangre suit Tato, la vingtaine qui vit seul avec sa mère dans une petite ville proche de Bahía Blanca en Argentine. Tous les jours il travaille dans un abattoir autogéré, avec ses oncles Willy et Pocho. Anciennement privé et récupéré au prix d’une longue lutte, l’abattoir est aujourd’hui une coopérative dans laquelle les discussions prises en commun sont souvent enflammées. Chaque matin à l’aube, une centaine de vaches y sont tuées et dépecées. Après le travail, en bon fils, Tato accompagne régulièrement sa mère à l’église. 
Petit dernier de la famille, il se plaît à se laisser materner. Mais quand il tombe amoureux, peu à peu sa vie prend un nouveau tournant. D’autant qu’après quelque temps, sa fiancée tombe enceinte… De son côté Willy s’occupe quotidiennement de son neveu Santi, cousin de Tato…

En 1998 encore étudiant en cinéma à Paris 8, déclare Jérémie Reichenbach, je tourne dans le cadre d’un exercice la première séquence de ce qui deviendra mon premier film : une réunion de ‘nettoyeurs’ du métro en grève. Immigrés, exerçant un métier difficile et peu considéré, la lutte les transformait, les sublimait et même si leur situation ne laissait présager que peu d’espoir, se dégageait d’eux une force indéniable. Ils prenaient leur revanche, ils étaient fiers. Je suis resté très marqué par cette expérience.

Dix ans et quelques films plus tard, lors d’un tournage à Buenos Aires, j’apprends l’existence d’un abattoir récupéré par les ouvriers après une longue lutte et autogéré. C’est là que naît le projet du film Sangre de mi sangre, en écho à cette première expérience.

L’histoire de l’abattoir et de la lutte de ses travailleurs pour le récupérer est liée à la situation particulière de l’Argentine, à la crise économique de 2001 et au mouvement social qui a suivi. C’est à ce moment que certains travailleurs d’entreprises déclarées en faillite ont occupé leurs lieux de travail et relancé les machines et que des lois ont permis de légaliser ces expropriations. L’abattoir de Bahía Blanca a fermé en 2005, laissant 80 travailleurs, licenciés sans indemnités. […] Après plus de deux ans, pendant lesquels ils ne perçoivent pas de salaire, ils ne sont plus que dix-huit à obtenir enfin l’autorisation légale de récupérer l’abattoir. Ils ont alors commencé à embaucher parmi leurs proches c’est pourquoi il y a beaucoup de pères, fils, neveux et cousins qui travaillent ensemble.

En tant que réalisateur j’étais très attiré à l’idée de filmer un abattoir mais aussi un peu effrayé. Je me demandais si j’allais tenir le coup. […] Dès ma première visite j’ai été totalement subjugué par la force esthétique du lieu. J’ai eu le sentiment qu’à travers la représentation de l’abattoir et de ceux qui y travaillaient pouvait se créer une sorte de dualité entre l’image d’un métier qui dérange – boucher dans des abattoirs – opposée à un système d’organisation du travail – l’autogestion – qui fait plutôt rêver car il porte en lui une sorte d’idéal révolutionnaire. […]

Depuis quelques années, je tourne seul. C’était au départ un choix économique, mais c’est devenu une manière de faire. Cela me permet d’être en immersion totale, de vivre et de partager énormément avec ceux et celles que je filme. Avec le temps, s’est installée entre nous une connivence très forte. Du coup sans vraiment les diriger, nous avons pratiqué ensemble une forme de mise en scène, même si le mot est sans doute un peu fort.

Suivre les personnages dans différents moments, soit de calme à la maison, soit de travail à l’usine, soit de visites à l’église nous permet de s’intéresser à eux et de partager leur vie. Le film, qui a bénéficié d’une résidence Périphérie en Seine Saint-Denis avec le soutien de la Scam, a été présenté dans de nombreux festivals documentaires.

Le 22 avril sort aussi un film argentin Jauja de Lisandro Alonso. Présenté l’an passé au festival de Cannes où il a été remarqué dans la sélection officielle “Un certain Regard”, Jauja, le cinquième film de Lisandro Alonso y a obtenu le prix de la critique internationale. Il se déroule à la fin du XIXe siècle quand un ingénieur danois vient dans le sud argentin, en Patagonie, comme ingénieur militaire en compagnie de sa fille de 15 ans. Celle-ci s’enfuira avec un jeune soldat et le père partira à leur poursuite. La plus grande partie du film est cette recherche filmée quasiment uniquement en plans fixes, dans de magnifiques paysages, avant la rencontre d’une vielle femme et son chien dans une grotte.

D’hyperréaliste, le film prend alors une teinte fantastique et surréaliste qui surprend mais que l’on accepte pourtant. Évidemment, ce n’est pas une œuvre très facile, mais on se laisse hypnotiser par l’interprétation parfaite de Viggo Mortensen.

Alain LIATARD

 

L’actualité de la semaine du 12 au 19 avril 2015

12 avril – BRÉSIL – Pour la deuxième fois en un mois, les Brésiliens sont sortis dans les rues pour protester contre Dilma Rousseff, son gouvernement et son parti. Une dame dans la cinquantaine, enveloppée dans un drapeau brésilien, marchait au milieu de la manifestation de l’avenue Paulista à São Paulo avec une bannière explicite qui résume le sentiment général de la marche: « Va-t’en, Dilma, et amène en passant le PT [Parti des travailleurs, la formation de la présidente et de l’ex-président Lula]. » Selon un sondage, 63% des Brésiliens soutiennent une initiative pour que la présidente laisse sa charge.

13 avril – URUGUAY – Autre référence de la gauche latino-américaine, l’écrivain uruguayen Eduardo Galeano est décédé à Montevideo à l’âge de 74 ans, et sera veillé dans le Salon des Pas Perdus du Palais Législatif, l’immense salle de marbre dans laquelle ont lieu les actes les plus solennels de la République de l’Uruguay. Son œuvre de 1971 « Les veines ouvertes de l’Amérique latine » est un classique de la littérature politique que tous ceux et celles qui s’intéressent à l’Amérique latine ont lu.

13 avril – ARGENTINE – Un groupe de professeurs de médecine, de l’Université de Córdoba, en Argentine, a détecté dans un village agricole dans la province, Monte Maïs, que les taux de cancer et d’autres maladies sont le triple des moyennes provinciale et nationale. En conclusion, il a recommandé que les installations de stockage de céréales, de pesticides et d’autres produits agrochimiques soient déplacées en dehors du centre urbain. Les médecins de l’Université de Córdoba ont averti que par Monte Maïs circulaient chaque année 600 000 litres de glyphosate, un herbicide utilisé dans les plantations de soja génétiquement modifié, qui sont déposés dans les 22 entrepôts répartis dans la ville, certains sans autorisation municipale.

14 avril – CUBA Le président des États-Unis, Barack Obama, a accepté de retirer Cuba de la liste noire des États soutenant le terrorisme, une décision qualifiée de  » juste  » par La Havane. Cette initiative intervient trois jours après un tête-à-tête historique avec son homologue cubain, Raúl Castro; à Panama, le premier depuis, que les deux pays ont rompu leurs relations diplomatiques en 1961.

14 avril – COSTA RICA-NICARAGUA – Le conflit frontalier qui a causé la plus grande crise diplomatique depuis des décennies entre le Costa Rica et le Nicaragua, est arrivé au stade de la présentation orale des arguments devant la Cour internationale de Justice des Nations Unies (CIJ) de La Haye. Les deux pays sont en désaccord sur la ligne de partage délimitée en 1858.

15 avril – MEXIQUE – La compagnie japonaise Toyota a annoncé un investissement de 1 000 millions de dollars pour la construction d’une usine d’assemblage de voitures à Celaya (Guanajuato, Mexique central). Le Japonais transférera la production de véhicules du modèle Corolla qui est actuellement fait en Ontario (Canada) au Mexique. La nouvelle usine aura une capacité de fabriquer 200 000 véhicules et ouvrira ses portes en 2019.

15 avril – VENEZUELA – Le président Nicolás Maduro a décrit comme une « agression » l’accord conclu au parlement espagnol pour la libération des prisonniers politiques au Venezuela. Pour prendre connaissance de la décision, le président a annoncé que son gouvernement va préparer « un ensemble de réponses. » « Le Rajao Rajoy, raciste » a-t-il dit. Le Congrès des députés espagnol a approuvé à Madrid, par 306 voix pour et seulement 19 contre, une déclaration exhortant la « libération immédiate » du dirigeant du parti Voluntad Popular (VP), Leopoldo López, et des maires Antonio Ledezma et Daniel Ceballos, ainsi que « d’autres opposants » en prison. L’initiative a été approuvée par le Parti populaire (PP) et le PSOE, les deux grands blocs du parlement, et d’autres groupes politiques.

15 avril – MEXIQUE – Un policier sur cinq au Mexique a échoué au test de confiance mais la plupart des agents gardent leur emploi et dans certains cas, ils sont même promus, selon un rapport publié dans le journal El Universal. Le test comprend un test psychologique, le dépistage des drogues, ou d’une visite surprise de responsables gouvernementaux à leur domicile pour parler avec les voisins, prendre des photos et fouiller dans les tiroirs et les placards pour voir si le mode de vie de la police correspond à leur salaire. Sept États représentent plus de la moitié des agents ayant échoué au test.

15 avril – BRÉSIL – La police fédérale brésilienne a arrêté à son domicile à São Paulo le trésorier du Parti des travailleurs (PT), João Vaccari, accusé de corruption et de blanchiment d’argent au sein de l’affaire dite du Petrobras. João Vaccari était un ami personnel de l’ancien président Lula, un militant dont la carrière s’est forgée parallèlement à celle du président historique.

15 avril – COLOMBIE – Onze militaires colombiens ont été tués lors d’une embuscade menée par les FARC contre des militaires dans le département de Cauca, au sud-ouest du pays, selon la version de l’armée. Cet acte est une violation de la trêve unilatérale et illimitée que les FARC ont déclarée le 20 décembre dernier. L’armée faisait une opération de contrôle territorial pour assurer la sécurité des résidents locaux. C’est pourquoi le président Juan Manuel Santos a décidé de lever l’ordre de suspendre les bombardements des campements des FARC qui était observé depuis le 10 mars. La question d’une éventuelle dissidence de la guérilla se pose.

15 avril – MEXIQUE – Une alerte a été émise dans cinq États du Mexique, après un vol d’iridium 192, une substance radioactive à usage industriel. Le ministère de l’Intérieur a indiqué qu’une source radioactive « très dangereuse » avait été dérobée dans une camionnette, à Cárdenas, dans l’État de Tabasco, situé dans le sud-est du Mexique.

16 avril – CHILI – Environ 100 000 étudiants chiliens sont descendus dans les rues à Santiago pour réclamer une réforme structurelle de l’éducation – en collaboration avec le mouvement social – et de protester pour plus de démocratie et moins de corruption. La mobilisation, qui se termina par des incidents mineurs, a été appelée par la Confédération des étudiants du Chili (CONFECH), un regroupement de fédérations d’universités d’État (publics et privés) rejointe par des élèves et des enseignants du secondaire. Les étudiants ont défilé dans le centre de Santiago, avec une bannière géante indiquant: « plus de démocratie et moins de corruption, que le Chili détermine son éducation « .

16 avril – ÉQUATEUR – Le pape François commencera sa tournée latino-américaine le 6 juillet par l’Équateur. Le porte-parole du Vatican Federico Lombardi a déclaré qu’en « acceptant l’invitation des chefs respectifs de l’État et les évêques de ces pays, » le pape sera en Équateur les 6-8 juillet, du 8 au10 en Bolivie et au Paraguay du 10 au 12. Ce voyage précédera celui qui aura lieu en septembre aux États-Unis, et il étudie également la possibilité de se rendre à Cuba, a rapporté le bureau de presse du Vatican.

17 avril – CHILI – Quatre décennies après la mort de Victor Jara [photo], le compositeur et chanteur populaire chilien, torturé et fusillé sous la dictature du général Augusto Pinochet (l973-1990), la justice des États-Unis a autorisé qu’un de ses assassins soit jugé aux États-Unis. Il s’agit de l’ancien capitaine de l’armée Pedro Barrientos Nufiez, 66 ans, qui vit depuis 1989 en Floride et qui a obtenu la nationalité nord-américaine. L’icône de la  » nouvelle chanson chilienne » fut arrêté le 12 septembre 1973, au lendemain du putsch et abattu d’une rafale de mitraillette, le 16 septembre. Il a fallu attendre le 5 décembre 2009 pour que le musicien ait enfin des obsèques officielles. Pendant sept heures, le cortège funèbre, recouvert d’œillets rouges, avait traversé le centre de Santiago; accompagné par des milliers de personnes. Le stade de Santiago porte aujourd’hui le nom de Victor Jara.

17 avril – AMÉRIQUE LATINE – Des pays comme El Salvador, le Nicaragua, le Chili, la République dominicaine ou Malte ont interdit l’avortement en toutes circonstances. Dans plus de 50, comme l’Indonésie, l’Afghanistan et la Mauritanie, il est légal uniquement pour sauver la vie des femmes. Les parlementaires de cinquante pays (dont l’Espagne) ont exhorté à Berlin ces États à abolir les lois qui sanctionnent les femmes et les filles qui subissent des avortements clandestins. La déclaration de Berlin, signée par des sénateurs et des députés de toutes les régions du monde, réunis dans la ville allemande, demande la garantie d’accéder à des méthodes contraceptives bon marché et de mettre en marche des programmes d’éducation sexuelle dans toutes les écoles.

17 avril – MEXIQUE – Dans la vie du chef de file du cartel de Juárez, Jesús Aguayo Salas, pas de place pour la compassion. La capacité meurtrière de Aguayo Salas, alias El ChuYin, avait fait de lui une cible privilégiée de la police mexicaine et des États-Unis. Il a été capturé dans la ville d’Ahumada, sa ville natale, par les forces fédérales lors de la visite d’un ranch lui appartenant. Le Mexique a ainsi mis derrière les barreaux l’un des assassins les plus recherchés de l’hémisphère et porte un autre coup dur pour les grands chefs de la drogue de plus en plus affaiblis.

17 avril – ARGENTINE – Le ministre argentin pour les Malouines, Daniel Filmus, s’est rendu à Londres pour donner plus d’importance à la plainte pénale pour tenter d’empêcher que l’exploration de cinq pétroliers, dont trois Colombiens, dans la région revendiquée par l’Argentine et pour prononcer une conférence au centre Canning House sur la question.

17 avril – MEXIQUE – Les États-Unis considèrent la capacité du Mexique à contrôler l’État du Tamaulipas comme « nulle ». Pour eux l’insécurité existe dans 20 États du Mexique au sud du Rio Bravo. C’est ce qu’exprime un document officiel des États-Unis destiné à servir de guide à ses citoyens. Au Mexique, 81 Etatsuniens ont été tués en 2013, un chiffre qui est passé à 100 l’an dernier. La même chose est arrivée avec les enlèvements. Dans ce contexte de violence, seule la ville de Mexico et 10 États ne sont pas concernés par l’avertissement (Campeche, Chiapas, Guanajuato, Hidalgo, Oaxaca, Puebla, Querétaro, Quintana Roo, Tabasco, Tlaxcala et Yucatan). La vingtaine d’États restants reçoivent des avertissements, renforcés dans des cas comme Tamaulipas, Coahuila, Guerrero, Michoacán et Sinaloa.

18 avril – BRÉSIL – Huit hommes ont été abattus dans l’ouest de São Paulo alors qu’ils étaient réunis dans le local de supporters d’une des équipes de football locales, les Corinthians. Selon la police, le crime n’est pas en rapport avec un certain conflit avec des fanatiques d’une autre équipe rivale, bien que cela se soit produit la veille, et tend, au contraire, à un possible règlement de comptes pour trafic de drogues, puisque trois des victimes ont des antécédents par vol ou trafic.

19 avril – AMÉRIQUE LATINE C’est l’endroit le plus dangereux pour les défenseurs de l’environnement. L’ONG Global Witness a enregistré 116 décès en 2014, dont près de 90 ont eu lieu dans cette région de la planète. Le Brésil continue de mener le classement mondial avec 25% des décès. Sont abonnés dans ce classement : la Colombie (25) les Philippines (15) et le Honduras (12) sur une liste de 17 pays. L’Amérique latine a enregistré 87 meurtres.

19 avril – ARGENTINE – Le parti de la présidente Cristina Fernández de Kirchner a perdu les élections lors des primaires dans deux provinces clés, les provinces de Santa Fe et Mendoza, troisième et quatrième de la population de l’Argentine. Le candidat à la présidence, le conservateur Mauricio Macri sort renforcé par l’élection de Santa Fe et Mendoza.

Guy MANSUY

Rencontre avec Rodrigo Fresán à la Maison de l’Amérique latine

Quelle est la vision des auteurs aux questions qu’ils (se) posent dans leurs propres romans ? Dans quelle mesure le moi est en jeu dans la fiction ? Voici quelques questions à partir desquelles des écrivains latino-américains et français dialogueront à la Maison de l’Amérique latine lors de ces prochains mois. Mercredi prochain, le 29 avril, à 17h, ce sera l’écrivain argentin Rodrigo Fresán qui se prêtera à l’exercice de ces « conversations fictives », accompagné de Martin Page.

Dans l’exercice de création, il n’est pas toujours évident d’établir une claire distinction entre fiction et réalité, le vécu de l’imaginaire. De Guy de Maupassant qui prônait l’exagération de la vraisemblance, à Julio Cortázar pour qui jouer avec l’imaginaire le rendait réel, les écrivains se questionnent et jouent avec les possibilités de cet entrelacement constant entre le vécu et l’imaginaire. Le festival des « conversations fictives », qui propose des rencontres sur la littérature ibéro-américaine, se tiendra à Paris du 24 mars au 2 juillet. Il a entre autres comme but de confronter les points de vue d’écrivains latino-américains et français sur la narration contemporaine actuelle, au travers de dialogues intitulés « le moi en Jeu ».

Rodrigo Fresán et Martin Page aborderont ces questions, autour du thème de la « présence et absence de l’auteur dans sa propre fiction ». Martin Page, né en 1975, est l’auteur, entre autres, de Peut-être une histoire d’amour et, dernièrement, de L’Apiculture selon Samuel Beckett. Il écrit également pour la jeunesse. Rodrigo Fresán est né en 1963 à Buenos Aires, et vit à présent à Barcelone, où il dirige une collection de romans noirs. Il a connu la notoriété grâce à son premier roman, L’homme au bord extérieur (Historia argentina), publié en 1991 (republié en France en 2011 sous le titre de Histoire argentine). Les Jardins de Kensington (2003) et Mantra (2001) contribueront à le faire reconnaître comme un auteur talentueux, transgressif et joueur, n’hésitant pas à perdre le lecteur dans les époques et les espaces. Nourri de littérature anglo-saxonne, il s’est consacré à la traduction d’œuvres, notamment celles de la romancière étasunienne Carson Mc Cullers. Fresán s’inspire autant de la culture pop (dans Jardins de Kensington, les Kinks côtoient J.M. Barrie, l’auteur de Peter Pan) que de la science-fiction (sous l’influence des œuvres de Philippe K. Dick et de Stanley Kubrick).

 Laurène LE GALL

Le Moi en Jeu, Dialogue Rodrigo Fresán – Martin Page animé par Baptiste Liger, Maison de l’Amérique latine, mercredi 29 avril à 17h. Interprète : Pascale Fougère.
Rencontre proposée et organisée par Ignasi Duarte et Guillaume Contré. Bureau Monumental, dans le cadre du festival littéraire Conversations fictives. Rencontres de littérature ibéro-américaine à Paris. Voir programme complet et partenaires sur le site de conversations  – Trois rencontres : Rodrigo Fresán – Martin Page : 29 avril à 19 h. / João Gilberto Noll – avec un écrivain français à confirmer : 21 mai à 19 h. / Héctor Abad Faciolince – Alain Ferry : 4 juin à 19 h. Á suivre.
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