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Cinéma

Le festival Amérique latine de Biarritz, temps fort du ciné latino de la rentrée

Le septième art latino-américain est bien présent dans les différents festivals de la rentrée : tour d’horizon de Locarno à Biarritz en passant par Lussas, Venise et San Sebastián. Le 27 août commencera la Biennale de Venise sous la présidence de la cinéaste argentine Lucretia Martel. On annonce en compétition Ema du grand Pablo Larraín (Chili) qui raconte une période difficile d’un chorégraphe et sa femme lors d’une procédure d’adoption

Photo : Festival Biarritz Amérique latine

La programmation de Biarritz (30 septembe-6 octobre) se met en place. Le focus de cette année portera sur la Patagonie avec, entre autres, Chubut, libertad y tierra de Carlos Echeverría (Argentine – 2018), El viento sabe que vuelvo a casade José Luis Torres Leiva (Chili – 2016), Escribir desde el sur del mundo de Ignacio Masllorens (Argentine – 2019), Le bouton de nacre (El botón de nacar) de Patricio Guzmán (Chili – 2015), Rey de Niles Atallah (Chili – 2017), Zona franca de Georgi Lazarevski (France – 2016). La programmation des courts métrages comprend 10 films. Dans la section documentaire, 10 titres sont également sélectionnés : Fait vivir de Oscar Ruiz Navia (Colombie/Canada) qui raconte la légende du Gypsy Kumbia Orchestra, 18 gitans musiciens, danseurs et circassiens qui ont inventé «Makind», Homo botanicus de Guillermo Quintero (Colombie/France), La arrancada de Aldemar Matias (Cuba/Brésil) sur l’athlétisme à Cuba, La búsqueda de Daniel Lagares et Mariano Agudo (Pérou/Espagne), regards, vingt ans après la fin du conflit, avec le Sentier lumineux, La visita de Jorge Leandro Colas (Argentine) sur cinq cents femmes et quelques hommes qui vont chaque fin de semaine rendre visite à des détenus, Vida à bordo de Emiliano Mazza de Luca (Uruguay) sur un porte-conteneur qui voyage sur les fleuves Paraná et Paraguay. La programmation des longs métrages sera annoncée prochainement…

Autres manifestations à souligner

En août, retour des festivals généralistes : d’abord Locarno (du 7 au 17/8) qui propose un riche panorama avec des projections en plein air. En compétition, A fiebre, un film très bien accueilli, suspendu entre rêve et réalité, par la réalisatrice brésilienne Maya Da-Rin sur une communauté indigène. Dans la section «Cinéma au présent» sera proposé La paloma y el lobo de Carlos Lenin (Mexique). 

Dans un petit village d’Ardèche, du 18 au 25 août se déroulent de fabuleux États Généraux sur le cinéma documentaire. Doté d’un nouveau grand bâtiment, «L’imaginaire», ce nouvel espace réunit maintenant «le village documentaire», l’aboutissement d’un long et ambitieux projet au milieu des vignes. Concrètement, pour les États Généraux, cela permet d’ouvrir une nouvelle salle, non pas pour programmer plus de films mais pour fluidifier la fréquentation parfois débordante sur certaines séances. Ces bouleversements géographiques ne changeront pas ce qui constitue l’originalité de cette semaine, intense et festive, notamment l’absence de compétition, l’exploration de cinématographies étrangères et les séminaires de réflexion. De «L’effraction du réel» au «Cinéma en actes d’Edgar Morin», de «Orientation/Désorientation» à une rencontre avec Artur Aristakisian, de l’Histoire du cinéma yougoslave à l’émergence du cinéma vietnamien, les échanges ne manqueront pas. Alors n’hésitez pas à passer par Lussas.

Le 27 août commencera la Biennale de Venise sous la présidence de la cinéaste argentine Lucretia Martel. On annonce en compétition Ema du grand Pablo Larraín (Chili) qui raconte une période difficile d’un chorégraphe et sa femme lors d’une procédure d’adoption et un film en anglais du colombien Ciro Guerra, le réalisateur de Les Oiseaux de passage, qui vient de sortir en DVD, Waiting for the Barbarians. Dans la section «Orrizonti» est annoncé Blanco en blanco de Theo Court (Espagne/Chili/France/Allemagne).

Pour le festival de San Sebastián, qui se déroule fin septembre, sont déjà prévus Vendrá la muerte y tendrá tus ojos de José Luis Torres Leiva (Chili/Argentine/Allemagne) et Workforce de DavidZonana (Mexique).

En outre, début juillet au Festival International du cinéma documentaire (FID) de Marseille, un film chilien d’Ignacio Agüero a remporté le Grand Prix de la Compétition Internationale : Nunca Subí El Provincia. Le réalisateur y explore son quartier.

Sorties en salle à souligner

Deux films seulement sont sortis sur écrans en juillet, l’un de manière confidentielle, Ils reviennent, fantastique mexicain d’Issa López, l’autre mieux distribué, le documentaire Diego Maradona par le britannique Asif Kapadia, à qui l’on doit Amy, un beau film sur Amy Winehouse. Voici la montée et la chute d’une légende à qui on pardonnerait son addiction à l’héroïne, mais pas qu’avec l’Argentine, il ait battu l’Italie. Le dieu des napolitains a été déboulonné. Le film est à voir même si l’on n’est pas fan de foot car il va bien au-delà en montrant comment, sorti des bidonvilles de Buenos Aires, on peut devenir un roi du stade et comment un pays (les supporters, la Camora et la justice) peut ensuite se venger.

Le 14 août est sortie la version cinéma de Dora l’exploratrice, la célèbre série d’animation destinée aux jeunes enfants. Les aventures de cette fillette hispano-américaine et de son singe parlant, Babouche, ont longtemps rythmé le quotidien des familles. Fort de son succès, le dessin animé éducatif (apprendre l’espagnol aux états-unien(ne)s) a été adapté au cinéma en live action. Le long-métrage, intitulé Dora et la Cité perdue, dévoile une version adolescente de Dora, jouée par Isabela Moner. Enfin le 18 septembre sortira enfin L’autre Cristobal, le film toujours inédit d’Armand Gatti sur Cuba réalisé en…1963 !

Alain LIATARD

Diego Maradona, un documentaire très singulier… de la trilogie d’Asif Kapadia

Diego Maradona est le troisième volet d’une trilogie de longs métrages documentaires novateurs et sans concessions signés par l’équipe oscarisée à qui l’on doit Senna (2010) et Amy (2015) : Asif Kapadia (réalisateur), James Gay-Rees (producteur), Chris King (chef monteur) et Antonio Pinto (compositeur).

Photo : Allociné

Asif Kapadia a d’abord été contacté par le producteur Paul Martin pendant les Jeux Olympiques de Londres en 2012, peu après la sortie de Senna. Martin avait découvert une collection d’images rares saisies sur le vif, presque entièrement inédites, et estimait que Kapadia était le candidat idéal pour réaliser un documentaire à partir de ces images. «Paul et moi avons discuté un bon moment mais à ce moment-là je venais de faire un documentaire sur le sport et je n’avais pas spécialement envie d’en faire un autre, même si j’ai toujours trouvé le personnage de Maradona fascinant», se souvient le réalisateur. «Je venais de tourner un film sur un pilote de course brésilien, alors pourquoi en tourner un sur un footballeur argentin ? Je n’étais pas certain que ce soit le bon moment. Je voulais changer un peu de registre et on a donc tourné Amy.»

Le 5 juillet 1984, Diego Maradona débarque à Naples pour un montant qui établit un nouveau record du monde. Pendant sept ans, il enflamme les stades. Le footballeur le plus mythique de la planète a parfaitement trouvé ses marques dans la ville la plus passionnante –mais aussi la plus dangereuse– d’Europe. Sur le terrain, Diego Maradona était un génie. En dehors du terrain, il était considéré comme un dieu.

Cet Argentin charismatique aimait se battre contre l’adversité et il a mené le SCC Napoli en tête du tableau pour la première fois de son histoire. C’était un rêve éveillé ! Mais le prix à payer était élevé. Diego pouvait faire tout ce qu’il voulait tant qu’il accomplissait des miracles sur le terrain. Pourtant, des heures plus sombres ont fini par succéder à ces années fastes… Diego Maradona a été réalisé à partir de plus de 500 heures d’images inédites issues des archives personnelles du footballeur.

D’après Allociné

Diego Maradona, film documentaire britannique d’Asif Kapadia. 2 h 10. À partir du 31 juillet.

«Yuli», la vie en images du danseur étoile cubain Carlos Acosta

Le film Yuli raconte la vie de Carlos Acosta, danseur étoile cubain reconnu dans le monde entier. Derrière la caméra, Icíar Bollaín, réalisatrice espagnole de renommée internationale, s’est plu à mettre en lumière la vie de cette figure de la danse classique à travers son enfance, ses débuts et sa vie actuelle pour laquelle il joue son propre rôle.

Photo : Allociné

Né en 1973 dans une famille pauvre de La Havane et cadet de 11 enfants, Carlos Acosta rencontre le monde de la danse grâce à son père qui l’inscrit contre son gré à l’École nationale du Ballet cubain pour l’éloigner de la rue et le canaliser. Hyperactif et indiscipliné, il gagne pourtant en 1990 la médaille d’or du Prix de Lausanne et sort diplômé en 1991, à l’âge de 17 ans, avec une mention et la médaille d’or de l’École. Il est considéré dans les années 1990 comme l’étoile montante du ballet cubain ; son talent et sa notoriété lui valent une place de premier danseur dans l’English National Ballet à l’âge de 18 ans. Il attire régulièrement les foules avec le Houston Ballet, l’American Ballet Theater ou, à Covent Garden, avec le Royal Ballet, dont il est le guest principal [étoile invitée] et le premier danseur noir depuis 1998.

Dernièrement, il a également été l’invité de l’Opéra-Bastille, à Paris, pour interpréter le rôle-titre du Don Quichote de Noureïev, généralement considéré comme le plus grand défi technique auquel puisse s’atteler un danseur classique. Il intègre également des rôles à l’American Ballet Theater, au New York City Center ou à l’Australian Ballet. Détenteur de nombreux titres honorifiques de la discipline, comme le Grand Prix de l’Union of Writers and Artists en 1991, le Prix Benois de la Danse en 2008 ou encore le Commandeur de l’ordre de l’Empire britannique en 2014, Carlos Acosta est toujours sur le devant de la scène aujourd’hui et se produit encore dans le monde entier.

Il s’est lancé en 2003 dans l’écriture d’une pièce chorégraphiée, Tocororo, un conte Cubain, mélange impertinent de rythme afro-cubain et de danse classique. Mais son talent ne s’arrête pas aux planches des prestigieux théâtres et opéras ni à l’écriture chorégraphique ; Acosta approche aussi la télé puis le cinéma. En 2004, il apparaît avec d’autres membres du Ballet national de Cuba dans le film de Cynthia Newport, Dance Cuba : Dreams of Flight. Natalie Portman le mettra également face à la caméra dans un des rôles principaux de son film, New York, I love You.

Aujourd’hui dans Yuli, il interprète son propre rôle. À l’âge de 31 ans, il commence à rédiger une autobiographie. L’histoire personnelle de Carlos Acosta lui permet d’avoir un point de vue unique sur la danse. «De nombreux artistes réalisent des choses surréalistes avec la danse, comme on le ferait avec un ordinateur. Ils ne font passer aucun message, ne vous font pas rêver, ne racontent pas d’histoire. Moi, c’est précisément ce que je veux faire. Je veux mettre la danse afro-cubaine, le hip-hop, la salsa sous les projecteurs, là où vous avez plutôt l’habitude de voir des classiques, et je veux que la qualité soit là, pour que ces danses soient acceptées. Nous vivons dans un monde de mélanges et je pense que nous devons faire en sorte que la danse classique devienne elle aussi un mélange.» Carlos Acosta, danseur, acteur, écrivain. Chez ce grand artiste, le film veut montrer des conflits et des doutes, pas seulement par des mots, mais aussi par des mouvements et des sensations.

Icíar Bollaín a débuté sa carrière dans le cinéma, en tant qu’actrice, dans le film de Victor Erice, El Sur (1983) à l’âge de 16 ans. Mais c’est sans aucun doute à partir de sa rencontre avec Ken Loach, lors de sa collaboration au film Land and Freedom / Tierra y Libertad, en tant qu’actrice et assistante du réalisateur qu’elle va donner une place prépondérante à la réalisation. Ken Loach et elle partagent la même volonté de donner la parole à ceux que l’on veut faire taire et de lutter contre l’injustice sociale à travers leur œuvre, de film en film. Elle est la compagne du scénariste de Ken Loach, Paul Laverty qui obtenu pour Yuli le prix du scénario à San Sebastián. Ensemble, on leur doit Ne dis rien en 2003, sur une femme battue, Même la pluie en 2010, sur le tournage d’un film en Bolivie et L’olivier en 2016.

Sortie en France prévue le 17 juillet.

Alain LIATARD
D’après Les Reflets de Villeurbanne

Yuli d’Icíar Bollaín, Biopic, Cuba, 1 h 50 – Voir la bande annonce

«Acusada», présumée coupable, un film procès réalisé par l’Argentin Gonzalo Tobal

Seule présumée coupable du meurtre de sa meilleure amie, Dolorès Dreier, jeune étudiante argentine, attend son procès depuis deux ans. Sa famille, soudée, a fait appel au meilleur avocat de la ville. Avec son équipe, elle prépare minutieusement sa défense. Mais à quelques jours du procès, Dolorès est au centre d’un véritable déchaînement médiatique. Des secrets font surface, la solidarité familiale se fissure, Dolorès s’isole, et la stratégie de défense vacille.

Photo : Acusada

Il s’agit d’un film de fiction, même s’il y a eu des affaires semblables en Argentine et en Italie, qui veut montrer comment l’attente et le pouvoir de la télévision vont agir sur une jeune fille accusée du crime de sa meilleure amie et qui attend son procès depuis deux ans. Au cours du film l’important n’est pas de savoir si Dolorès est coupable ou non, mais d’interroger ce visage angélique interprété par Lali Espósito.

Lali est convaincante dans le personnage et son travail est renforcé en étant entourée par une grande distribution secondaire dans laquelle s’illustrent Leonardo Sbaraglia (en tant que son père) et Daniel Fanego, l’avocat, qu’on avait vu dans L’ange. Gael Garcia Bernal joue le rôle du journaliste.Pour que tout cela soit crédible l’action se passe dans un milieu bourgeois et plutôt aisé qui se décompose petit à petit.

Gonzalo Tobal, né à Buenos Aires en 1981, a fait ses débuts en 2012 avec Villegas, une production indépendante, après avoir réalisé le court-métrage Cynthia todavía tiene las llaves en 2010. Acusada fut présenté à la Biennale de Venise et au Festival de Toronto en 2018. Un film à découvrir à partir du 10 juillet.

Alain LIATARD

Acusada de Gonzalo Tobal, Argentine, Drame, Judiciaire, Thriller, 1 h 53 – Voir la bande annonce

«Joel, une enfance en Patagonie», un film de l’Argentin Carlos Sorín sur l’adoption

Le nouveau film du réalisateur argentin Carlos Sorín, Joel, sortira dans les salles obscures françaises le 10 juillet prochain. Dans ce drame, le réalisateur dresse le portrait d’un village patagonien secoué par la venue d’un nouvel jeune habitant au passé tourmenté.

Photo : Allociné

Carlos Sorín est un cinéaste rare. En 1988, il réalise son premier film, La pelicula del Rey,qui obtint le Lion d’argent à Venise et le Goya espagnol du meilleur film étranger. Il s’est ensuite retiré du cinéma pour se tourner vers la publicité jusqu’en 2002 avec Historias minimas, l’histoire d’un grand père filmé en Patagonie. Que ce soit le tendre Bombón el perro (2004), rencontre entre un chien et un chômeur, ou Jours de pêche enPatagonie (2012), tous ses films se déroulent à l’extrémité du Cono Sur. Nous l’avions par ailleurs rencontré au Cinelatino de Toulouse en 2011.

Dans Joel, une enfance en Patagonie, Sorín ne fait pas d’entorse à la règle en situant son œuvre en Terre de Feu. Dès la première image, le décor est planté : une femme, Cecilia, marche sur une route enneigée. Elle va retrouver son mari Diego qui travaille dans une exploitation forestière, pour lui annoncer que leur demande d’adoption a enfin été acceptée. A partir de cet événement, le réalisateur nous dirige vers une critique sociale de cette ville isolée. Joel, originaire de Buenos Aires, n’a pas cinq ans, comme précisé par l’agence d’adoption, mais neuf, et a un passé tourmenté de par les traumatismes qu’il a déjà accumulé à son jeune âge. La première partie du film nous montre, avec beaucoup de pudeur et de retenue, comment les parents et l’enfant vont tenter de s’apprivoiser.

L’interprétation de l’acteur enfant est très convaincante de par sa fragilité et sa retenue. Les rôles de Cecilia et Diego sont interprétés par Victoria Almeida et Diego Gentille, dont les rôles sont complémentaires sur des registres bien différents. On découvre dans la distribution Ana Katz, également réalisatrice (La niña errante et Mi amiga del parque).

Carlos Sorín propose une mise en scène réussie avec un rythme plus soutenu que dans certains de ses films où il jouait plus volontiers sur les éléments naturels. Dans la seconde partie du film, le réalisateur nous dévoile comment l’arrivée du « trublion » bouleverse l’équilibre du village, aboutissant finalement sur la discrimination et le rejet de l’autre. La communauté, déjà bien isolée du monde par les conditions géographiques et climatiques, se replie encore plus sur elle-même face au problème, comme si aucun événement n’était en mesure de l’atteindre, et surtout pas une histoire de drogue. C’est aussi un tableau très réaliste et sans concession d’un microcosme replié sur lui-même auquel aucune institution n’échappe ; les hésitations de l’église et de l’école seront dévastatrices. Joel, aborde avec élégance le thème délicat de l’adoption tardive, dans un pays où peu d’adoptants acceptent un enfant de plus de huit ans.

Alain LIATARD
D’après la présentation de Michel Dulac
pour le festival Les Reflets de Villeurbanne

Joel, une enfance en Patagonie de Carlos Sorín, Drame, Argentine, 1 h 39 – Voir la bande annonce

La Patagonie mise à l’honneur pour le 28e Festival de Biarritz sur l’Amérique latine

Le 28e Festival de Biarritz se déroule cette année du 30 septembre au 6 octobre 2019. Pour l’occasion, focus sur le «Grand Sud», plus communément appelée Patagonie. Une région aussi intrigante qu’inspirante, qui promet un programme riche en couleurs.

Photo : Festival Biarritz Amérique latine

La Patagonie, un bout de continent que se partage l’Argentine et le Chili, entre terre et mer, feu et glace. Le tout offre un paysage à couper le souffle et devient le temps d’un instant un véritable laboratoire d’idées et de prises de vue. Ce n’est donc pas un hasard de la retrouver au cœur de la 28e édition du festival de Biarritz. Dès le 27 juin, le cinéma Royal Biarritz amorce les festivités en projetant Joel, une enfance en Patagonie de Carlos Sorín. Une manière de présenter le sujet avec philosophie et finesse par le biais d’un dessin animé poignant. Et pour prolonger cette première expérience latino, le groupe Abrazo se produit en concert le 30 juin sous la bannière du FBAL.

Le prestigieux prix Abrazo

Depuis 1992, le festival de Biarritz est la plus grande vitrine du cinéma latino-américain en France, voire même d’Europe. Elle couronne chaque année de son prix Abrazo un film de chaque catégorie parmi lesquelles : un court-métrage, un long métrage de fiction, et enfin un documentaire. Le festival se déroule sur 8 jours et œuvre essentiellement à la diffusion de la culture et du cinéma latinos.

Dans le même temps, des rencontres littéraires, des expositions photographiques ainsi que des concerts accompagnent cette découverte exclusive et immersive du monde sud-américain. Entre autres, le groupe Septeto Santiaguero confirme sa présence afin de faire bouger les plus de 30 000 spectateurs attendus. En ce qui concerne la programmation des artistes cinéastes, il faudra en revanche attendre début septembre. Le festival promet donc, comme chaque année, des rencontres bouleversantes sur fond de beaux paysages. Il ne reste plus qu’à s’armer de patience.

Corentin RICHARD

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«Bixa Travesty», l’histoire poignante d’une artiste transgenre brésilienne

Portrait électrisant de Linn da Quebrada, artiste à la présence scénique extraordinaire qui réfléchit sur le genre et ose affronter avec un rare panache le machisme brésilien. Le corps féminin trans comme moyen d’expression politique.

Photo : Bixa Travesty

Ce documentaire place sur le devant de la scène Mc Linn da Quebrada– Linn, pour les intimes ! Femme noire et transgenre dans une société où les actes racistes et anti LGBTI+ sont légions, d’autant plus qu’ils sont confortés par un parti au pouvoir aux revendications politiques des plus discriminatoires. Linn, par le simple fait d’exister, est un sourire tout en couleurs dans la mare de la normativité ambiante… Artiste ouvertement queer et coproductrice d’une émission de radio, c’est notamment par le slam que son talent de parolière atteint son apogée, affrontant par un humour aux rimes redoutables les esprits obtus autant que les institutions qui les encouragent.

Claudia Priscilla et Kiko Goifman nous montrent ainsi des performances azimutées au flow dansant et provocateur, entrecoupées de confessions en studio et d’émotions choisies, auprès de sa mère (les scènes avec elles sont très belles) ou d’amies aux gestes tendres, toujours prêtes à amortir les stigmates encore vifs de cette « terroriste du genre » aux vies protéiformes. Après Chavela Vargas, voici un documentaire rythmé et flamboyant, primé au Festival Amérique latine de Biarritz en 2018.

Alain LIATARD

Bixa Travesty de Goifman Kiko et Priscilla Claudia, Documentaire, Brésil, 1 h 15 – Voir la bande annonce

«Rojo», un film de Benjamín Naishtat, étoile montante du cinéma argentin

Argentine, 1975. Claudio, avocat réputé et notable local, mène une existence confortable, acceptant de fermer les yeux sur les pratiques du régime en place. Lors d’un dîner, il est violemment pris à parti par un inconnu et l’altercation vire au drame. Claudio fait en sorte d’étouffer l’affaire, sans se douter que cette décision va l’entraîner dans une spirale sans fin.

Photo : Rojo

«L’objectif premier n’était pas seulement de faire un film sur les années 70, explique le réalisateur, mais aussi de faire un film qui reflète le style cinématographique de l’époque. Je pense aux films de réalisateurs américains pour lesquels j’ai une grande admiration, Francis Ford Coppola, Sidney Lumet ou encore John Boorman qui pouvait faire des films de genre tout en traitant de problèmes politiques sensibles. Je voulais faire un polar sur un avocat qui se retrouve à faire disparaître un homme qu’il a rencontré par hasard. Mais derrière le polar, le film dresse le portrait d’une situation sociale et politique d’un pays où règnent le silence et la complicité, aux heures sombres de son Histoire. » Le film se situe en effet une année avant le début de la dictature. Comme dans les polars, l’atmosphère est poisseuse, crépusculaire, sentant la mort. Mais c’est aussi une fable sur un peuple en train d’organiser sa propre amnésie, et le réalisateur oblige le spectateur d’aujourd’hui  à regarder ce qui a eu lieu, au moment où il y avait beaucoup de liberté dans le pays. Pourtant dans les scènes noires, arrivent des moments d’humour.

II poursuit : «Les fondus, les zooms, le mixage souvent en mono, l’image avec une patine de film argentique tentent d’évoquer le look de cette époque. C’est le fruit de travail d’équipe entre photographie et décors. Pour ce qui est de l’image, les lentilles que nous avons utilisées (Panavision) sont d’époque. Nous avons choisi une palette de couleur très minutieuse (vert, ocre et rouge) à l’image de cette période et surtout du rendu de la pellicule argentique utilisée alors. Nous avons également eu recours aux ralentis, un usage de l’époque qu’on trouve, par exemple, chez Sam Peckinpah. Le son a été traité avec de vieux compresseurs qui génèrent une égalisation sonore particulière, typique de la technologie existante alors. Nous avons fait beaucoup de recherches sur les textures, les couleurs, et les objets de ce temps-là, ainsi que sur les codes du polar jusqu’aux costumes comme l’imper du détective. La musique originale, avec ses instruments, ses arrangements, a été composée en référence aux musiques de ces années-là » Il faut ajouter l’interprétation remarquable de Dario Grandinetti, vu chez Almodóvar dans Parle avec elle et Julieta, mais aussi dans Les nouveaux sauvages de Damian Szifrón.

Benjamin Naishtat est né à Buenos Aires en 1986. Il a étudié à l’Université de Cinéma de San Telmo (Argentine) et au Fresnoy en France. Il a réalisé plusieurs courts métrages notamment El juego(Cannes Cinéfondation 2010) et Historia del mal (Rotterdam 2011). Son premier long métrage, Historia del miedo a été présenté en compétition au Festival de Berlin en 2014, puis dans plus de 30 festivals à travers le monde. El movimiento, son second long métrage, a été sélectionné en 2015 au Festival de Locarno en Sélection Cinéastes du présent. Rojo est son troisième long métrage, qui a obtenu trois prix au Festival de San Sebastián.

Alain LIATARD

Rojo de Benjamín Naishtat, Thriller-Drame, Argentine, 1 h 49 –  Voir la bande annonce

Un court métrage argentin primé au festival international du film d’animation d’Annecy

Depuis des années, les délégations latino-américaines sont fidèles au festival du film d’animation d’Annecy, avec des dizaines de réalisateurs et de producteurs faisant le déplacement pour concourir dans la compétition et présenter leurs œuvres au public.

Photo: Festival Annecy

Le festival du film d’animation d’Annecy s’est clôt le 16 juin, désignant comme l’un des gagnants de la catégorie court-métrages un film argentin, Pulsión de Pedro Casavecchia.

Pour cette 59ème édition, les latino-américains étaient encore une fois présents : près de deux centaines de professionnels du film animé se sont rendus dans la Perle des Alpes, avec en premiers de cordée les Brésiliens et Argentins ; sur la dizaine de films latino-américains en lice, 4 étaient argentins.

Dans la catégorie court-métrage, le film lauréat de Casavecchia était en lice avec une dizaine d’autres, mais fut seul latino aux côtés de Hideouser and Hideouser de la mexicaine Aria Covamonas. Plusieurs films chiliens, mexicains, équatoriens ont tenté leur chance dans la compétition mais sans remporter de prix.

Hormis les professionnels du secteur audiovisuel, plusieurs entreprises (et donc des investisseurs potentiels) ont aussi fait le déplacement. Cependant, malgré ces chiffres qui semblent importants, les productions sud-américaines n’ont constitué que 2% du total des œuvres en compétition. Ceci détonne avec l’édition 2018 du festival qui a connu une forte présence sud-américaine, du fait que le Brésil était l’invité d’honneur.

Les différentes activités de networking développées lors du festival entre les différentes délégations ont permis de générer des échanges entre producteurs de différents pays pour créer des fonds bilatéraux et aussi de connecter les délégations intrarégionales.

Alice DREILLARD

«Rêver les montagnes», collecte de fonds pour un nouveau regard sur le conflit colombien

Jonathan Bricheux est un jeune réalisateur belge particulièrement sensible à la lutte pour la protection des défenseurs des droits humains en Colombie. Depuis son premier voyage dans le pays en 2012, il y est retourné pour un projet de court-métrage ainsi que pour accompagner la mission d’observateurs internationaux lors des dernières élections présidentielles.

Photo : KissKissBankBank

L’aventure colombienne de Jonathan Bricheux commence en 2009, par la rencontre à Bruxelles de la famille Álvarez López. Angel et Lucero, un couple de leaders sociaux colombiens, sont arrivés en Belgique en 1999, fuyant le conflit armé. Quelques mois plus tard naît leur fils Andrés, qui depuis lors s’imagine la Colombie à travers le récit de ses parents.

En 2017, Jonathan part en tournage en Colombie avec Andrés, sur le chemin de ses racines. Le résultat est l’émouvant court-métrage La route du retour, un voyage adolescent dans l’histoire de ses parents et dans une lutte qui l’a menée à naître loin de leurs terres. Un chemin où son imaginaire se verra confronté à la réalité d’un pays touché par plus de 60 ans de conflit interne.

Également actif dans le «Comité Daniel Gillard», qui se bat pour le respect des droits humains et la justice sociale en Colombie, Jonathan Bricheux cherche aujourd’hui à retourner en Colombie avec Andrés afin de continuer de raconter cette histoire conditionnée par l’exil familial. Lors des trois dernières années, plus de 700 défenseurs des droits humains ont été assassinés en Colombie, rendant l’histoire de la famille Álvarez López plus actuelle que jamais.

Pour que ce projet devienne réalité, un appel aux dons a été lancé. Jusqu’au 27 juin, vous pouvez soutenir cette initiative via la plateforme de crowdfunding KissKissBankBank.

Romain DROOG

Je soutiens le projet

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