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Cinéma

«Jericó, le vol infini des jours», un documentaire de la Colombienne Catalina Mesa

La réalisatrice, Catalina Mesa, est allée à la rencontre de femmes dans le petit village de Jericó, situé dans l’Antioquia en Colombie, pas très loin de Medellín. D’âges et de conditions sociales différentes, les huit portraits de femmes du film documentaire Jericó, le vol infini des jours évoquent les joies et les peines de leurs existences, tour à tour nostalgiques, pudiques ou impudiques. Leurs histoires se dévoilent ainsi que leurs espaces intérieurs, leur humour et leur sagesse, leurs prières et leur rapport au sacré.

Photo : Jericó, le vol infini des jours

Jericó est un feu d’artifice coloré de paroles, de musique, d’humanité et de féminité. Dès le début du documentaire, ce qui frappe, c’est la beauté des lieux, ces maisons colorées surplombées par une statue du Christ au sommet de la colline. Puis on va rentrer à l’intérieur et faire d’autres découvertes. Non seulement les extérieurs sont beaux, mais les intérieurs révèlent ces femmes et leurs préoccupations. Elles sont âgées et, pour la plupart, très croyantes.

Catalina connaissait ce village et y était déjà allée, puisque c’était celui de sa grand-tante. Pour les besoins du film, elle a loué une maison qu’elle a occupé trois mois. «Il était différent des autres parce que toutes les communautés religieuses, venues d’Europe, s’y étaient installées. De sorte que l’éducation des enfants y était meilleure que dans les villages voisins. C’est pour cette raison qu’on appelle Jericó, « l’Athènes du sud-ouest d’Antioquia« . Quand je suis arrivée dans le petit centre historique, j’ai découvert tous les poètes locaux. Comme c’est un village qui a été fondé en 1851 –ce qui est relativement récent–, on regarde toujours vers l’avenir, sans se retourner sur le passé. Que ce village, perché dans les montagnes, ait gardé toutes ses archives est extraordinaire. J’ai commencé à lire plus de 300 poèmes. Les vers que l’on peut lire en exergue du film sont de Oliva Sossa de Jaramillo : « Mon noble Jericó est beau, enclavé dans la montagne, le mont touche l’infini… » J’ai choisi cette strophe car elle fait écho à d’autres poèmes évoquant la montagne touchant le ciel. C’est une réalité que l’on ressent à Jericó.»

Ces femmes abordent peu les problèmes politiques, mais on apprend que l’ALN a tué le fils de l’une d’elles et qu’un poulet s’appelle Mafioso ! Cependant, le film se termine avec une lueur d’espoir, grâce à la fête des cerfs-volants qui vont peut-être toucher le ciel.

Enfin, il faut ajouter la qualité de la musique : ce sont des chansons que ces femmes écoutaient. S’ajoutent des morceaux interprétés par la pianiste Teresita Gómez. «Elle a mis à l’honneur des compositeurs colombiens de la fin du 19e siècle et du 20e siècle. Cela correspondait parfaitement à l’époque et à la génération que je souhaitais mettre en valeur. Le travail autour de la musique était presque ethnographique. Un morceau cubain a néanmoins été intégré comme s’il était Colombien car il s’inscrivait profondément dans mon histoire familiale», précise Catalina Mesa. Il est rare que l’on prenne autant de plaisir, mais c’est le cas pour ce documentaire primé en particulier au festival Cinelatino de Toulouse par le jury et le public.

Alain LIATARD

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«Le voyage de Lila», une belle première pour la Colombienne Marcela Rincón González

Réalisé par Marcela Rincón González, en coproduction avec le studio uruguayen Palermo Animación, Le voyage de Lila est le premier long-métrage d’animation colombien dirigé par une femme. À mi-chemin entre le monde réel et l’imaginaire, du Calí des années 1990 à la «Forêt du Souvenir», en passant par le «désert des souvenirs perdus», Lila nous transporte dans une aventure haute en couleur, à la conquête de la mémoire.

Photo : Le voyage de Lila

Lila vit dans un livre pour enfants, un conte merveilleux dont elle est le personnage principal. Un beau jour, elle est arrachée à ses pages et propulsée dans le monde réel, menacée par les «oiseaux de l’oubli». Elle entreprend alors un voyage magique à la rencontre de Ramón, un jeune garçon qui autrefois aimait lire le conte de Lila et qui est le seul à pouvoir la sauver. Mais Ramón a grandi, il ne lit plus de contes pour enfants et ne se consacre qu’à son ordinateur. Comment le convaincre de sauver Lila des profondeurs de l’oubli ?

Entre la nostalgie de l’enfance, de l’insouciance, et l’envie de rendre hommage à la culture colombienne et au pouvoir de l’imagination, Marcela Rincón González nous plonge dans un univers onirique qui a déjà fait le tour du monde. De l’Amérique latine à la Corée du Sud en passant par la Pologne, le long-métrage a fait partie des sélections de nombreux festivals et a été largement récompensé en Colombie et au Chili.

«Le film s’adresse aux enfants de 6 ans et plus, ayant déjà eu un contact avec la lecture et l’écriture, car on retrouve une certaine complexité dans la trame de l’histoire : il faut qu’ils puissent comprendre que le personnage est issu d’un livre et qu’il est en train de tomber dans l’oubli […]. De plus, l’histoire se déroule à une époque où la technologie n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui, où les enfants n’utilisaient pas leurs téléphones portables pour résoudre leurs problèmes, mais expérimentaient la vie de manière différente, plus près des livres et des bibliothèques», explique la réalisatrice dans une interview accordée au journal national colombien El tiempo.

Bien qu’il semble dans un premier temps destiné aux plus jeunes, Le voyage de Lila, dont l’univers se rapproche de celui créé par Hayao Miyazaki dans Le voyage de Chihiro, transcende les frontières et les générations. Il raconte la fabuleuse rencontre entre des personnages de fiction et leurs lecteurs et immerge le spectateur dans une aventure initiatique et symbolique qui rend hommage à la littérature, au pouvoir de la lecture, tout en véhiculant un message important sur la transmission et la mémoire.

Laura CHANAL

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Le Brésil à l’honneur en juin au Festival international du film d’animation d’Annecy

La riche programmation du Festival international du film d’animation d’Annecy, qui se déroulera du 11 au 16 juin prochain, vient d’être dévoilée, avec 218 films, issus de 93 pays, en sélection officielle et des avant-premières très attendues. Rendez-vous important de l’image en mouvement, le festival propose une sélection officielle avec un panel de films d’animation utilisant des techniques diverses : dessins animés, papiers découpés, pâte à modeler, stop motion, 3D… classés dans différentes catégories, du long au court métrage, en passant par les films de télévision et de fin d’études.

Photo : Festival international du film d’animation d’Annecy

Pour cette 42e édition, le pays à l’honneur sera le Brésil. «Nous souhaitons ainsi souligner, déclare Marcel Jean, délégué artistique, l’émergence d’une véritable cinématographie, qui a donné au Festival deux Cristal du long métrage au cours des cinq dernières années : Rio 2096 : A Story of Love and Fury de Luiz Bolognesi en 2013 et Le Garçon et le monde d’Alè Abreu en 2014. Cela sans compter le court métrage Guida de Rosana Urbes, prix Jean-Luc Xiberras de la première œuvre et mention spéciale du prix Fipresci en 2015. L’animation brésilienne s’est donc distinguée à Annecy pendant trois éditions consécutives du Festival. Il s’agit d’une affiche exceptionnelle qui, à elle seule, justifie notre volonté d’explorer plus en profondeur la production nationale…. Nous souhaitons que 2018 soit l’occasion de célébrer l’énergie culturelle du Brésil, montrer comment ce grand territoire est une puissante source de création, comment les animateurs brésiliens ont su y puiser une expression singulière et forte.»

Le festival est donc l’occasion de découvrir trois programmes de courts métrages, panorama de la production brésilienne, qui abordent des sujets de société tels que la déforestation, le sexe, la sensualité ou encore la musique, ainsi qu’un programme de séries télé et de films de commande, plusieurs longs métrages et une exposition sur l’art numérique.

Vingt-trois longs métrages ont été sélectionnés, dont dix en compétition avec, notamment, Miraï, ma petite soeur de Mamoru Hosoda (que l’on verra d’abord à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes), Parvana, une enfance en Afghanistan de Nora Twomey (qui sort le 27 juin) et Funan de Denis Do, seul film français en course pour le Cristal d’or.

Trois films latinos seront présentés : Virus tropical de Santiago Caicedo (Colombie), qui raconte l’histoire de Paola, née d’un père prêtre et d’une mère qui ne peut plus avoir d’enfants, qui grandit entre l’Équateur et la Colombie dans une famille haute en couleurs. Dans La casa lobo de Cristóbal León et Joaquín Cociña (Chili), une jeune femme nommée Maria trouve refuge dans une maison après avoir échappé à une secte de fanatiques religieux allemands au Chili. Enfin, Tito et les oiseaux de Gabriel Matioli, Yazbek Bitar, André Catoto Dias et Gustavo Steinberg (Brésil) suit la vie d’un garçon de dix ans qui s’est donné pour mission de sauver le monde d’une étrange épidémie : les gens tombent malades de peur.

Les courts métrages seront comme chaque année très présents à travers cinq sélections : Off-Limits (8), Perspectives (18), Jeune public (10), Fin d’études (48) et, en compétition internationale, quarante-six films en lice, dont deux films latinos : Guaxuma de Nara Normande (Brésil, France) et Afterwork de Luis Usón et Andrés Aguilar (Équateur, Espagne, Pérou).

Les chaînes de télévision viennent aussi présenter leurs grilles et compléter leur catalogue au Marché international du film d’animation. Si le soleil est au rendez-vous, vous apprécierez les projections en plein air au Pâquier, au bord du lac. C’est donc une très riche programmation qui attend les amoureux du cinéma d’animation, dont de nombreux films s’adressent désormais d’abord aux adultes.

Alain LIATARD

Cannes 2018, un palmarès très éclectique. Retour sur les prix décernés par sections

Clap de fin pour la 71e édition du festival de Cannes qui, pendant douze jours, a dévoilé des artistes et des films du monde entier. Sur la scène du Grand Théâtre Lumière, le maître des cérémonies, Edouard Baer, a accueilli le jury des longs métrages, présidé par Cate Blanchett, pour l’annonce du palmarès 2018. Bref compte-rendu des prix décernés par compétition.

Photo : extrait d’Une affaire de famille, Palme d’Or

En compétition officielle, Cate Blanchett et son jury ont couronné de très beaux films. Une affaire de famille (Palme d’Or) du Japonais Hidokazu Kore-eda, un habitué de la sélection, est un film très étonnant sur une famille pauvre qui vit chez la grand-mère et qui recueille une petite fille battue. L’Iranien Jafar Panahi, assigné à résidence dans son pays, réalise, dans Trois visages, un voyage avec son actrice dans un petit village perdu à la recherche d’une gamine qui veut s’inscrire au conservatoire. Il a obtenu le prix du scénario ex-æquo avec l’italienne Alice Rohrwacher pour Heureux comme Lazzaro. Capharnaüm, de l’actrice libanaise Nadine Labaki, a ému le public et a obtenu le prix du jury. Signalons aussi la reconnaissance de Spike Lee pour son film Blackkklandsman sur le Ku Klux Klan. Le prix de la mise en scène est allé à Cold war, réalisé par le Polonais Pawel Pawlikowski. Les prix d’interprétation ont récompensé une actrice kazakh et un acteur italien. Une Palme d’or spéciale a été attribuée à Jean-Luc Godard, maintenant âgé de 87 ans, pour son film très expérimental Le Livre d’image.

Aucun film latino n’était en compétition officielle si ce n’est Le Grand cirque mystique, présenté hors compétition et réalisé par le brésilien Carlos Diegues. Il aurait pu être signé par le chilien Alejandro Jodorowski. La vie de ce cirque durant un siècle, de sa grandeur à sa décadence, est remarquablement filmée.

Dans la section «Un certain regard», où le jury de Benicio del Toro a primé Border du Danois Ali Abbasi ; un film très curieux à la limite du fantastique dans lequel une douanière renifle les personnes pas très nettes. Le prix spécial du jury a été attribué au documentaire luso-brésilien Chuva é cantoria na aldeia dos mortos (Les morts et les autres) de João Salaviza et Renée Nader Messora ; l’histoire d’un jeune indigène Krahô vivant au nord du Brésil, qui fait des cauchemars depuis qu’il a perdu son père. Il doit organiser la cérémonie funéraire pour que l’esprit du père puisse rejoindre le village des morts et que le deuil prenne fin. Échappant à son devoir et refusant de devenir chaman, Ihjãc décide de s’enfuir vers la ville, loin de son peuple et de sa culture.

Le prix du jury pour l’interprétation a distingué le jeune belge Victor Polster pour sa remarquable performance d’hermaphrodite dans Girl de son compatriote Lukas Dhont. Le film a également reçu «La caméra d’or», prix prestigieux qui distingue le meilleur premier film toutes sections confondues et le prix de la presse.

À partir d’un fait historique, le film L’Ange décrit la vie d’un assassin, bel ange blond. Mais nous ne verrons pas les meurtres. Tout est suggéré. Pourtant, il manque quelque chose pour que nous soyons complètement satisfaits par ce film de l’Argentin Luis Ortega. Meurs, monstre, meurs est un film d’épouvante, deuxième film de l’Argentin Alejandro Fadel. En Patagonie, un monstre très laid tue des femmes en leur coupant la tète. Un inspecteur se lance à sa trace. On aurait mieux aimé ne pas voir la Bête, et que tout soit suggéré dans ces décors magnifiques de la région de Mendoza.

À la Quinzaine des Réalisateurs, qui fêtait cette année son cinquantième anniversaire, le film colombien de Cristina Gallego et de Ciro Guerra, Pájaros de Verano, était présenté en ouverture. C’est un film réussi sur les débuts du trafic de drogue en Colombie. Dans ce peuple Waayuu où le matriarcat est important, la demande américaine de marijuana des années 80 va introduire une guerre des clans. Se construit peu à peu un empire qui marque la fin d’une manière de vivre indigène. C’est la naissance des cartels de la drogue. Merveilleusement réalisé et parlé dans la langue des Wayuu, le film dévoile un aspect peu connu de l’histoire de la drogue en Colombie.

Los silencios de la brésilienne Beatriz Seigner est une histoire originale : une famille arrive sur une petite île au milieu de l’Amazonie, à la frontière du Brésil, de la Colombie et du Pérou. Elle a fui le conflit armé en Colombie. Cette île est un peu mystérieuse car nous ne savons pas vraiment qui sont les vivants ou les morts. Réalisé avec beaucoup de force par une jeune réalisatrice, le film est très beau. Parler des morts et des disparus du conflit colombien de cette façon est une réussite.

Cómprame un revólver de Julio Hernández Cordón se déroule dans un Mexique intemporel où une petite fille, pour aider son junkie de père, porte un masque pour cacher sa féminité.

El Motoarrebatador de l’Argentin Agustín Toscano raconte l’histoire d’un voleur à moto qui arrache le sac d’une vieille dame. Pris de remords, il va s’occuper d’elle, devenue amnésique. Le film est réalisé avec beaucoup d’humour. Il a été tourné dans la région de Tucumán où «notre caractère, dit le réalisateur, ressemble plus à ceux des pays voisins comme le Chili qu’à celui de Buenos Aires». Ce fut vraiment une bonne surprise.

Enfin, le film chilien de l’Universidad de Chile, El verano del león eléctrico réalisé par Diego Céspedes, a reçu des mains de Bruno Bonello le premier prix de le Cinéfondation du Festival de Cannes. Cette sélection comprenait 17 films d’étudiants en cinéma choisis parmi 2 426 candidats en provenance de 512 écoles de cinéma dans le monde. Plusieurs de ces films seront projetés à la Cinémathèque de Paris le 11 juin.

Beaucoup de films cette année mettaient l’accent sur la guerre ou la mort. Les films de Cannes sont toujours un reflet de la société. Bien entendu le Festival défend la liberté de création. Une sélection, comme celle des cinéastes de l’Acid, montre des films originaux.

À la Semaine de la Critique, un programme présentait quatre courts du Festival mexicain de Morelia, également projetés à Paris à la Maison du Mexique.

Il est toujours important que le temps soit agréable pendant le festival pour pouvoir faire au moins une heure de queue sous le soleil. Ce ne fut pas le cas cette année. Les invitées devaient geler dans leurs belles robes de couturiers sur le red carpet (car on ne dit plus tapis rouge). Les autres étaient au cinéma ou regardaient sur les écrans du Palais, par Smartphone interposé, la conférence de presse de Jean-Luc Godard, resté à Rolle, en Suisse.

Alain LIATARD

Sur les traces des réalisateurs latinos depuis le 71e festival de Cannes

Les Nouveaux Espaces Latinos suivent depuis bien des années le festival de Cannes. Un de nos spécialistes de cinéma, Alain Liatard, nous livre ici ses premières impressions du festival, qui a débuté exceptionnellement cette année un jour plus tôt, le mardi 8 mai, et qui devrait s’achever dimanche prochain en dévoilant les classiques palmarès établis par un jury présidé par l’actrice australienne Cate Blanchett. Récompensée deux fois aux Oscars pour Aviator de Martin Scorsese (2005) et Blue Jasmine de Woody Allen (2014), l’actrice australienne est la 12e femme à se voir confier la présidence cannoise.

Everybody Knows
d’Asghar Farhadi (Espagne – 2 h 12)

Asghar Farhadi diplômé des universités de Téhéran et de Tarbiat Modarres, étant le jeune iranien s’intéressa d’abord à l’écriture théâtrale avant de se tourner vers le cinéma. Multipliant les collaborations avec plusieurs réalisateurs, Farhadi connaît une année 2008 extrêmement productive en tant que scénariste. Il écrit en effet un film Tambourine, puis travaille respectivement sur les scénarios de Shab et de Canaan ainsi qu’en 2009, le cinéaste participe à l’écriture du film de Masud Kimiai : Mohakeme dar khiaban. Il réalise la même année À propos d’Elly pour lequel il reçoit l’Ours d’argent du meilleur réalisateur à Berlin. En 2011, Une Séparation, il reçoit notamment l’Ours d’Or du meilleur film, le César et l’Oscar du meilleur film étranger. En 2013 sort en salles Le Passé, premier film du réalisateur tourné en France. Le metteur en scène retourne ensuite en Iran et livre Le Client, qui présente au festival de Cannes 2016 où il obtient le prix d’interprétation masculine pour Hosseiniet le prix du scénario, apporte également à Farhadi le deuxième Oscar de sa carrière. Fort de ce succès international, le réalisateur pose sa caméra en Espagne pour un projet qu’il tente de mettre sur pied depuis de nombreuses années. Porté par le couple star Penélope Cruz et Javier Bardem, Everybody Knows ausculte le poids du passé et des secrets au sein du noyau familial. Ce thriller psychologique est présenté en compétition au 71e Festival de Cannes, dont il a fait par ailleurs l’ouverture. A l’occasion du mariage de sa soeur, Laura revient avec ses enfants dans son village natal au coeur d’un vignoble espagnol. Mais des évènements inattendus viennent bouleverser son séjour et font ressurgir un passé depuis trop longtemps enfoui.

Les Oiseaux de passage (Pájaros de verano)
de Ciro Guerra et Cristina Gallego (Colombie – 2 h 05)

Dans les années soixante-dix, en Colombie, une famille d’indigènes Wayuu se retrouve au cœur de la vente florissante de marijuana à la jeunesse américaine. Quand l’honneur des familles tente de résister à l’avidité des hommes, la guerre des clans devient inévitable et met en péril leurs vies, leur culture et leurs traditions ancestrales. C’est la naissance des cartels de la drogue. Ciro Guerra a réalisé trois films dont Les Voyages du vent et L’Étreinte du serpent. Cristina Gallego est productrice et enseignante dans différentes écoles de cinéma.

Les silences (Los silencios
de Beatriz Seigner (Brésil – 1 h 28)

 Nuria, 12 ans, Fabio, 9 ans, et leur mère Amparo arrivent sur une petite île au milieu de l’Amazonie, à la frontière du Brésil, de la Colombie et du Pérou. Ils ont fui le conflit armé colombien, dans lequel leur père a disparu. Un jour, celui-ci réapparait dans leur nouvelle maison. La famille est hantée par cet étrange secret et découvre que l’île est peuplée de fantômes. Il s’agit du second film de Beatriz Seigner, par ailleurs scénariste de Walter Salles. Avec Marleyda Soto, Enrique Diaz, Maria Paula Tabares Peña, Adolfo Savinino.

L’Ange (El Angel)
de Luis Ortega (Argentine – 2 h 06) – Section «Un certain regard»

Buenos Aires, 1971. Carlitos est un adolescent de 17 ans au visage d’ange à qui personne ne résiste. Ce qu’il veut il l’obtient. Au lycée, sa route croise celle de Ramon. Ensemble ils forment un duo trouble au charme vénéneux. Ils s’engagent sur un chemin fait de vols, de mensonges où tuer devient bientôt une façon de s’exprimer. Luis Ortega est né dans une famille d’artistes. Son père Palito Ortega est un chanteur populaire argentin qui s’est également essayé au cinéma (acteur, réalisateur et compositeur), sa mère Evangelina Salazar et sa soeur Julieta Ortega sont actcrices et son frère Emanuel Ortega compositeur. Le jeune homme fait ses premiers pas dans la réalisation en 2003 avec La Caja negra, un film sensible sur les relations familiales et la difficulté d’être avec les autres.

O Grande circo Místico
de Carlos Diegues (Brésil – 1 h 45)

 Ce film est le 18e film de Carlos Diegues, l’un des plus importants noms de la culture et du cinéma brésilien. Inspiré d’un poème de Jorge de Lima, célèbre poète brésilien, et avec la bande musicale écrite par Chico Buarque et Edu Lobo, le filme raconte l’histoire de cinq générations d’une même famille du cirque. Depuis l’inauguration du Le Grand Cirque Mystique en 1910 jusqu’à aujourd’hui, le spectateur suivra avec l’aide de  » CELAVI « , le maitre de cérémonie qui n’a jamais vieilli, les aventures et les amours de la famille de leur début jusqu’à leur décadence et la fin surprenante. Un film dans lequel la réalité et la fantaisie marchent ensemble. Réalisateur de films comme Ganga Zumba ou Quilombo, Carlos Diegues est avec son compère Glauber Rocha l’un des fers de lance du « cinéma novo », mouvement brésilien qui connut son apogée dans les années 60 au Brésil. Il prend ensuite un virage radical dans sa carrière et se démarque de l’interprétation brute de la réalité sociale prônée par ce genre engagé, en décidant quelque vingt après, de s’ouvrir à un enthousiasme revendiqué. Ce changement d’esthétique lui offre les honneurs de Cannes où il est sélectionné trois fois, notamment pour Bye Bye Brazil en 1980. Si le style a pu changer, ses convictions ne se sont quant à elles pas étiolées et les thèmes de ses films restent fortement marqués par une approche critique et passionnée de la vie au Brésil aujourd’hui.

Meurs, monstre, meurs (Muere, monstruo, muere)
d’Alejandro Fadel (Argentine – 1 h 49) – Section «Un certain regard»

Dans une région reculée de la Cordillère des Andes, le corps d’une femme est retrouvé décapité. L’officier de police rurale Cruz mène l’enquête. David, le mari de Francisca, amante de Cruz, est vite le principal suspect. Envoyé en hôpital psychiatrique, il y incrimine sans cesse les apparitions brutales et inexplicables d’un Monstre. Dès lors, Cruz s’entête sur une mystérieuse théorie impliquant des notions géométriques, les déplacements d’une bande de motards, et une voix intérieure, obsédante, qui répète comme un mantra : «Meurs, Monstre, Meurs».

Alain LIATARD
Depuis Cannes

«No dormirás», le nouveau thriller haletant de l’Uruguayen Gustavo Hernández

Réalisé par Gustavo Hernández, No dormirás sortira en salle le 16 mai 2018. Avec Belén Rueda dans le rôle principal, No dormirás s’inscrit dans la lignée des thrillers hispaniques et joue avec succès sur le stress et l’angoisse du spectateur, avec un naturel qui défie tout entendement.

Photo : Allocine

1984. Dans un hôpital psychiatrique abandonné, une compagnie théâtrale dirigée d’une main de maître par Alma, expérimente une technique extrême de jeu. En privant ses comédiens de sommeil, Alma prétend les préparer à donner le meilleur d’eux-mêmes. Au fur et à mesure des jours d’insomnie, les acteurs ressentent des choses de plus en plus étranges…

Le réalisateur uruguayen insomniaque s’est mis à penser à cette histoire entre manque de sommeil, hallucinations et délires. Il explique : «Évidemment je n’aime pas les expériences extrêmes qui ont un impact trop violent sur les acteurs et les spectateurs. En revanche, je crois au risque que prend l’artiste pour le bien de sa création. Le public cherche aussi de nouvelles expériences qui le surprennent, qui le touchent et comme le dit Alma Böhm — interprétée par la comédienne espagnole Belén Rueda remarquée dans L’orphelinat et Mar adentro — : c’est comme au cirque. Nous allons au cirque pour voir le funambule. Il ne doit pas mourir, mais s’il a un filet, on voudra se faire rembourser. Il doit tout risquer. Et s’il tombe, on ne détournera pas les yeux.» Le premier film de Gustavo Hernández, La casa muda, film d’épouvante de 78 minutes tourné en un seul plan, avait été présenté à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes.

Il y a cependant une chose que ne remarqueront pas ceux qui iront voir le film pour son aspect fantastique, c’est qu’il se situe en 1984, en pleine dictature uruguayenne et que beaucoup de personnes ont été internées dans des hôpitaux psychiatriques pendant cette période. Malheureusement, cet aspect historique n’est pas assez mis en avant dans ce film.

Forte participation des Latinos à la Quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes

Le Festival de Cannes commence mardi 8 mai. Everybody Knows (Todos Lo Saben) d’Asghar Farhadi ouvrira la Compétition. Tourné en espagnol et interprété par Penelope Cruz, Javier Bardem et Ricardo Darín, le film sort en salle le même jour. Il a rajouté un film à la sélection Un Certain Regard : il s’agit de Muere, monstruo, muere (meurs, monstre, meurs) de l’Argentin Alejandro Fadel : drame suite à la découverte de trois femmes dans la neige. On lui doit Salvajes, présenté à la Semaine de la critique en 2013. Par ailleurs et j’avais oublié l’hommage au cinéaste brésilien Carlos Diegues avec film  Le grand cirque mystique (d’après un spectacle créé par Chico Buarque et Edu Lobo en 1983). Nous vous tiendrons au courant de la réception des films latinos.

Alain LIATARD

Nous vous invitons à consulter l’article du Monde intitulé «Cannes 2018 : une Quinzaine des réalisateurs très sud-américaine».

«Los adioses», un film biographique sur l’auteure mexicaine Rosario Castellanos

Rosario Castellanos est encore une étudiante introvertie lorsqu’elle se lance dans l’écriture et rencontre Ricardo Guerra. Cette relation devient très vite tourmentée et tumultueuse. Alors qu’elle est en passe d’être reconnue comme l’une des plus grandes plumes de la littérature mexicaine, l’homme qu’elle aime devient son rival. C’est en restant fidèle à ses choix de femme, de mère et de poétesse que Rosario combattra une société dirigée par les hommes et fera entendre la voix des femmes.

Photo : extrait de Los adioses

Le film mélange deux époques, la jeunesse de Rosario à l’Université et sa rencontre avec Ricardo Guerra, puis leurs retrouvailles dans les années cinquante, leur mariage jusqu’au divorce et leur opposition continuelle. Le film montre la lutte entre son amour pour Guerra, professeur de philosophie, qui ne peut accepter les qualités de Rosario et qui apparaît tout au long du film très macho, et sa propre pensée et capacité littéraire, qu’elle essaie de libérer.

Rosario Castellanos (1925 – 1974) a profondément marqué la vie intellectuelle mexicaine. Née dans une famille de propriétaires terriens du Chiapas, elle s’intéressa dès l’enfance au sort des Indiens dont elle découvrait les conditions de vie. Après des études de philosophie et d’art, elle mena une carrière universitaire tout en publiant des poèmes (Trayectoria del polvo), des nouvelles (Ciudad Real) et deux romans fondamentaux, Balún Canán (1957) traduit sous le titre Les étoiles d’herbe et Oficio de tinieblas (Le Christ des ténèbres), véritable prémonition, trente ans auparavant, de la révolution zapatiste de 1994. Son engagement en faveur des Indiens et de la condition féminine, son humanisme sincère, son courage, son immense talent de poète et de narratrice la placent au niveau des grandes figures de la pensée mexicaine, Octavio Paz ou Elena Poniatovska. En 1971, elle devient également ambassadrice du Mexique en Israël. Rosario Castellanos meurt en 1974 dans un accident domestique.

Le film est bon, évidemment surtout d’un point de vue psychologique et par la manière dont il traite le féminisme. Sa construction évite l’ennui (sans les retours présent-passé, ce serait le risque). Le principal regret que l’on pourrait avoir est qu’il n’y est pas question du rapport de Rosario avec les Indiens, qu’elle a découverts dans son enfance, quand ses parents ont fui México — trop violente — pour le Chiapas, et qu’elle a défendus personnellement et littérairement avec un immense talent.

Quelques mots sur la réalisatrice, Natalia Beristain, née à Mexico en 1981. Elle sort diplômée du Centro de Capacitación Cinematográfica avec les félicitations du jury en 2008. En 2012, elle réalise un premier long métrage, No quiero dormir sola, présenté dans plus de trente festivals et primé lors de la Semaine de la Critique du Festival de Venise. Rosario Castellanos est son second long métrage. Pour incarner le couple (adulte), elle a choisi deux interprètes de grande qualité, Karina Gidi et Daniel Giménez Cacho.

Alain LIATARD
et Christian ROINAT

Par ailleurs, le Festival de Cannes commence le mardi 8 mai prochain. Everybody Knows (Todos Lo Saben) d’Asghar Farhadi ouvrira la compétition. Tourné en espagnol et interprété par Penélope Cruz, Javier Bardem et Ricardo Darín, le film sort en salle le même jour. Un film s’ajoute à la sélection Un Certain Regard : il s’agit de Muere, monstruo, muere (Meurs, monstre, meurs) de l’Argentin Alejandro Fadel : drame suite à la découverte des corps de trois femmes décapitées dans la neige. On lui doit aussi Salvajes, présenté à la Semaine de la Critique en 2013. Par ailleurs, un hommage sera rendu au cinéaste brésilien Carlos Diegues avec son film Le grand cirque mystique (d’après un spectacle créé par Chico Buarque et Edu Lobo en 1983). Nous vous tiendrons au courant de la réception des films latinos.

Disparition du grand cinéaste brésilien Nelson Pereira dos Santos

L’Académie brésilienne des lettres a annoncé le samedi 21 avril dernier le décès du réalisateur Nelson Pereira dos Santos, l’un des précurseurs du Cinema Novo, âgé de 89 ans et souffrant d’un cancer. Il a tourné plusieurs pièces maîtresses dans l’histoire du cinéma brésilien comme Rio, 40 ° (1955) et Sécheresses (1963).

Photo : TVI24

Né à São Paulo en 1928, Nelson Pereira dos Santos venait d’une famille plutôt modeste. Son père, tailleur et surtout cinéphile, avait pour habitude d’emmener son fils au Cine Teatro Colombo le dimanche, où ils pouvaient passer la journée entière à voir la programmation dominicale. Sa vocation pour le cinéma se confirme lors de son voyage à Paris en 1949, durant lequel il fréquente la cinémathèque française et côtoie les mouvements intellectuels parisiens d’après-guerre.

À son retour, il s’installe à Rio, alors capitale du Brésil, et se lance dans le cinéma en réalisant ses premiers films et documentaires. Il considère que les films doivent avant tout porter «à l’écran la vie, les histoires, les luttes, les aspirations» des Brésiliens, et critique virulemment l’industrie cinématographique brésilienne de l’époque qui ne produit que d’insipides mélodrames. Avec des moyens très limités, il filme à l’aide d’une caméra prêtée Rio, 40 ° (1955), un des films les plus novateurs des années 50 au Brésil. Il montre la vie quotidienne dans un Rio de Janeiro sous un jour bien différent de celui qui sert de décor dans les films qui se faisaient jusqu’alors. Influencé par le néoréalisme italien, il prend des acteurs non professionnels et choisit des décors naturels dans les quartiers pauvres de la zone nord de la ville. Il donne ainsi naissance à un mouvement qui va renouveler le cinéma brésilien et même international. Rio, 40 ° connait en effet un retentissement mondial, d’autant plus que le film est censuré dans un premier temps par le pouvoir en place, prétextant notamment qu’il n’a jamais fait 40° à Rio… Les pouvoirs autoritaires ne manquent pas d’humour !

En 1963, il réalise le chef d’œuvre Sécheresses, adapté de la nouvelle du même nom du grand auteur brésilien Graciliano Ramos. Il part avec son équipe de tournage dans le Sertão, région désertique du Nordeste brésilien et cadre de l’histoire. Mais, comble du sort, cette année-là est particulièrement pluvieuse et il doit repousser le début du tournage. Une fois la sécheresse revenue, il dévoile dans le film l’extrême pauvreté des habitants du Sertão et ses vies déshumanisées. Avec un réalisme documentaire, il utilise la lumière naturelle pour donner une intensité presque journalistique à la trame dramatique. Il donne ainsi l’impulsion définitive au Cinema Novo, théorisé ensuite en 1965 par le cinéaste et chef de file du mouvement Glauber Rocha. Cette révolution thématique et stylistique aborde les thèmes auparavant soigneusement évités de la faim, de la misère, de la révolte contre les inégalités et des grands mythes dans les consciences populaires.

Malheureusement, ce mouvement artistique majeur, qui a proposé une réflexion critique sur la réalité en exposant les injustices sociales, est stoppé net avec le coup d’État militaire en 1964. Pereira dos Santos, comme les autres artistes brésiliens, est alors contraint de réaliser des films plus allégoriques pour contourner la censure, comme El Justiciero (1966), Soif d’amour (1967-68), L’Aliéniste (1969) d’après un conte de Machado de Assis ou Qu’il était bon mon petit français (1970).

Par la suite, il poursuit ses recherches vers des thèmes mêlant religieux et politique, comme dans L’Amulette d’Ogum (1974), où il place au centre de la scène les religions afro-brésiliennes. Il poursuit ce cycle avec La Boutique aux miracles (1975) et Bahia de tous les saints (1987), tirés de deux nouvelles de Jorge Amado, auteur qu’il admire particulièrement. Ces deux dernières décennies, il revient finalement aux documentaires : d’abord sur le poète et dramaturge Castro Alves avec Guerra e Liberdade (1998), puis l’historien et critique littéraire Sergio Buarque de Holanda avec Raízes Do Brasil (2003) et enfin le musicien fondateur de la bossa nova célèbre dans le monde entier, avec La musique selon Tom Jobim (2011).    

En s’inspirant des plus grands auteurs brésiliens (Graciliano Ramos, Machado de Assis, Jorge Amado, Guimarães Rosa) et en rendant hommage aux intellectuels et artistes brésiliens, Nelson Pereira dos Santos s’inscrit dans une dynamique artistique brésilienne d’une grande richesse. Plus qu’un simple relai de ses illustres prédécesseurs, il a surtout apporté un pan immense à l’histoire du cinéma sud-américain et mondial. Muito obrigado, Senhor !

Gabriel VALLEJO

Tour d’horizon du cinéma latino programmé pour la 71e édition du festival de Cannes

Les programmations du festival de Cannes – du 8 au 19 mai – viennent tout juste d’être dévoilées. Un seul film latino sera en compétition officielle cette année, dans la section « Un certain regard », dont le jury sera présidé par le comédien Benicio del Toro. Il s’agit du film El ángel de Luis Ortega, qui raconte l’histoire d’un tueur en série dans le années 80 en Argentine, condamné à la perpétuité pour ses onze crimes.

Photo : El ángel

Issu d’une coproduction entre l’Argentine et l’Espagne, et en particulier par le biais de la société d’Almodóvar, El deseo, les rôles principaux du film El ángel sont tenus par Cecilia Roth et Chino Darín (le fils de Ricardo). Si un seul film latino est en compétition officielle cette année, on peut se consoler de voir Ricardo Darín, barbu, à l’affiche du film d’ouverture en espagnol, Todos lo saben, de l’iranien Asghar Farhadi (produit par l’Espagne, la France et l’Italie), aux cotés de Penélope Cruz et Javier Bardem, et dont la sortie en France est prévue pour le 9 mai prochain.

Pour la Semaine de la critique, seul un court métrage chilien sera en compétition, et le jury sera présidé par le cinéaste norvégien Joachim Trier, accompagné par le comédien Nahuel Pérez Biscayart. Il s’agit de Rapaz (Rapace) de Felipe Gálvez, consacré à l’histoire d’Ariel qui arrête, lors de sa fuite, un adolescent accusé d’avoir volé un téléphone portable. Une sélection de courts du festival de Morelia au Mexique sera également programmée.

Contrairement à la Sélection officielle et à la Semaine de la critique, l’Amérique latine sera bien représentée lors de la Quinzaine des Réalisateurs, qui fête ses 50 ans cette année, avec quatre films latinos programmés : Pájaros de Verano de Ciro Guerra et Cristina Gallego, qui raconte la naissance en Colombie du cartel des drogues, fera l’ouverture. L’Argentin Agustín Toscano présente El motoarrebatador, les regrets d’un motard. Dans Los silencios, la Brésilienne Beatriz Seigner met en scène l’histoire d’une famille colombienne dont le père se sert de l’accident dont il est victime pour se faire passer pour mort et toucher une indemnisation. Quant au mexicano-guatémaltèque Julio Hernández Cordón, le réalisateur de Las marimbas del infierno, il présente un film mexicain intitulé Cómprame un revólver. Dans un monde submergé par la violence, où les femmes se prostituent et sont tuées, une fille porte un masque de Hulk et une chaîne autour de sa cheville pour cacher son genre, et aide son père, un addict tourmenté, à prendre soin d’un terrain de baseball abandonné où jouent des dealers. Seront aussi présentés les films des Espagnols Arantxa Echevarria (Carmen y Lola) et Jaime Rosales (Petra) ; sans oublier le film français de Gaspar Noé, né en Argentine, Climax.

À la Cinéfondation, sur les dix-sept films d’écoles de la sélection dont le cinéaste français Bertrand Bonello présidera le jury, deux films sud-américains seront montrés : El verano del león eléctrico de Diego Céspedes (Universidad de Chile ICEI, Chili) et Cinco minutos afuera de Constanza Gatti (Universidad del Cine FUC, Argentine).

Dans le cadre de la Fabrique Cinéma de l’Institut français, dont le parrain est cette année le cinéaste roumain Cristian Mungiu, trois projets latino (sur dix) bénéficieront d’un soutien : Louve de Kiro Russo (Bolivie), La Jauria (La meute) d’Andrés Ramírez Pulido (Colombie) et Candela d’Andres Farías (République dominicaine). Ces cinéastes sont déjà connus pour leurs courts métrages et documentaires. Depuis sa création en 2009, près de 40% des 91 projets sélectionnés ont abouti à un film réalisé. Après ce rapide tour d’horizon, rendez-vous donc sur la Croisette !

Alain LIATARD

«Nobody’s Watching», le nouveau long métrage de la réalisatrice argentine Julia Solomonoff

Nobody’s Watching raconte l’histoire de Nico (interprété par l’excellent Guillermo Pfening), un jeune comédien argentin fraîchement installé à New York. Dans l’attente de trouver un rôle, il enchaîne les petits boulots, de serveur à baby-sitter. Sa vie affective et sociale s’en trouve bouleversée, quand son producteur argentin, un ancien amant, lui rend visite. Tout vacille, l’obligeant à se confronter aux raisons qui l’ont poussées à fuir Buenos Aires…

Photo : Nobody’s Watching

« Je suis restée sept ans aux États-Unis, avant de rentrer en Argentine où j’ai fait deux enfants et deux films, explique la réalisatrice Julia Solomonoff. Je suis revenue quelques années plus tard pour enseigner le cinéma. Je voulais raconter cette expérience personnelle, parler du sentiment d’appartenance à une culture et du désir de se réinventer. Je voulais évoquer ce que l’on gagne et ce que l’on perd lorsque l’on s’installe à l’étranger. Cette expérience, très importante dans ma vie, m’a aidée à savoir qui je suis. Elle suscite constamment une question chez moi : qui sommes-nous quand on est privé de sa culture d’origine ? Outre la liberté et la découverte de soi que cette expérience procure, il y a une perte d’identité. La tentation de l’anonymat est forte, surtout dans les grandes villes. Mais plus le temps passe et plus cet anonymat commence à nous ronger de l’intérieur. D’autant plus si on ne parvient pas à trouver sa place. À un moment donné, on a besoin des autres. La culture américaine est très individualiste pour un Latino-américain qui a un fonctionnement communautaire. On peut évoluer au sein d’un petit groupe de théâtre ou d’artistes. C’est ce qui nous aide à grandir. Je pense que notre réalisation personnelle ne peut s’accomplir que parmi les autres. »

Nous suivons Nico sur son vélo à travers les saisons et dans différents quartiers avec diverses tonalités lumineuses. Nous voyons aussi le bébé grandir et marcher. Avant de quitter l’Argentine, Nico jouait le rôle de quelqu’un tombé dans le coma : « Le coma est un élément mélodramatique dont les telenovelas raffolent. En tant que spectatrice, j’aime beaucoup le mélodrame. Mais en tant que réalisatrice, je rechigne à y recourir. Effectivement, cet état intermédiaire est une métaphore de l’état de Nico. »

Le film tient beaucoup à la qualité d’interprétation de Guillermo Pfening qui donne une grande force au personnage. Il a également joué dans Le médecin de famille (2013) de Lucía Puenzo. Quant à Julia Solomonoff, c’est son troisième film, après Hermanas (2005) et surtout le très beau Le dernier été de la Boyita (2009) sélectionné dans de nombreux festivals. Elle est aussi scénariste et productrice pour le cinéma et la télévision.

Encore un beau film à découvrir en ce printemps. Sortie le 25 avril.

Alain LIATARD

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