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Cinéma

Projections des Caraïbes à Paris et deux célèbres cinéastes mexicains au Festival Lumière de Lyon

Deux manifestations cinématographiques sont à la une cette semaine. À ne pas manquer 0 Paris le festival Caraïbes outre mer au cinéma Les 7 Parnassiens à Paris, et à Lyon dans le cadre du grand festival Lumière la présence des réalisteurs mexicains

Un cinéma venu des Caraïbes

Port-au-Prince, dimanche 4 janvier, François Marthouret (2015) : Haïti, 4 janvier 2004, célébration du bicentenaire de la déclaration d’indépendance. Depuis des mois, des manifestations étudiantes et populaires protestent contre la dictature du  président Aristide. Tout oppose Lucien, étudiant en philosophie convaincu du succès de la manifestation vers la démocratie, à son jeune frère Little Joe, voyou recruté par les Chimères pour réprimer la marche des étudiants. Ce jour va sceller le destin des deux frères (Allociné).

Comment conquérir l’Amérique en une nuitDany Laferrière (2004) : Gégé, un jeune Haïtien, décide de partir pour Montréal, où il retrouve Fanfan, son oncle casanier. Tous deux confrontent leurs souvenirs, leurs illusions, et leur vision de l’Amérique, autour d’un repas auquel ont été conviées deux Québecoises (Allociné).

Dans ce cadre, un point de rencontre sur Doc Amazonie Caraïbe a eu lieu le 10 octobre. Il s’agit d’un programme de développement du secteur du documentaire de création dans la grande région Amazonie et Caraïbe. Le programme propose des ateliers de développement de projets de films documentaires en direction de jeunes auteurs, réalisateurs et producteurs, ainsi que des rencontres de coproduction, pour les projets les plus aboutis, qui mettent en relation les auteurs avec des producteurs et diffuseurs afin que les films développés voient le jour. Est également sur les écrans Ouvrir La Voix d’Amandine Gay, un documentaire sur les femmes noires issues de l’histoire coloniale européenne en Afrique et aux Antilles. Le film est centré sur l’expérience de la différence en tant que femme noire et des clichés spécifiques liés à ces deux dimensions indissociables de l’identité « femme » et « noire ».

Au Festival Lumière de Lyon

À Lyon, dans le cadre du Festival Lumière qui se déroule du samedi 14 au dimanche 22 octobre 2017, sont organisés une nuit « Guillermo del Toro » le samedi 14 octobre autour de quatre de ses films – Cronos, Hellboy, Le Labyrinthe de Pan et Pacific Rim – l’avant-première de son dernier film, Lion d’or à la Mostra de Venise, The shape of water, une master class le lundi 16 octobre à 15 h et un choix d’une dizaine de films, des Diaboliques de Henri-Georges Clouzot à La Planète des vampires de Mario Bava. De quoi satisfaire tous les aficionados du cinéaste mexicain. Un autre cinéaste mexicain sera présent à Lyon, Alfonso Cuáron, oscarisé pour Le Fils de L’homme et Gravity. Il a choisi un moyen métrage profond et poétique, La fórmula secreta de Rubén Gómez (1964), qu’il commentera les dimanche 15 et lundi 16 octobre.

Ce festival est devenu le rendez-vous mondial du cinéma de patrimoine. Une fois par an, c’est à Lyon, ville natale du cinématographe, que le monde du cinéma célèbre sa vitalité et sa mémoire, à travers une visite contemporaine des œuvres du passé (films restaurés, rétrospectives, invités, hommages…). Grâce à l’ensemble des salles de cinéma participantes, le festival rayonne dans toute l’agglomération lyonnaise et touche un large public. L’an dernier, 160 500 festivaliers ont assisté à 397 séances dans 60 lieux de la métropole lyonnaise ; des séances présentées par des acteurs, des cinéastes, des historiens, des critiques, et par des « Ambassadeurs Lumière ». Un prix Lumière est remis chaque année à une personnalité du cinéma pour l’ensemble de son œuvre. C’est le cinéaste chinois Wong Kar-wai qui recevra le prochain prix Lumière, succédant à Catherine Deneuve en 2016, Martin Scorsese en 2015, Pedro Almodóvar en 2014, Quentin Tarantino en 2013, Ken Loach en 2012, Gérard Depardieu en 2011, Milos Forman en 2010 et Clint Eastwood en 2009.

Alain LIATARD

Festival Lumière ici – Cinéma Les Parnassien ici

France-Colombie : Un panorama du cinéma colombien à Paris

Dans le cadre de l’année croisée France-Colombie 2017, deux temps forts de l’automne pour le cinéma colombien à Paris avec le Panorama du cinéma colombien et 100% doc Colombie : regards féminins.

Pour sa cinquième édition, l’Association Le Chien qui aboie (association pour la promotion et la diffusion du cinéma d’Amérique latine) présente du 11 au 17 octobre 2017 un Panorama du Cinéma colombien à Paris dans le cadre de l’année France-Colombie. En avant-première a été projeté le documentaire El silencio de los fusiles de la journaliste et réalisatrice Natalia Orozco où l’on voit les différentes étapes du processus de paix depuis 2010 en Colombie à partir de témoignages des principaux acteurs et médiateurs de tous bords sur les nouvelles négociations commencées en 2012 à Cuba.

Vitalité du cinéma colombien

Les 14 longs métrages et 14 courts métrages inédits, fictions et documentaires, présentés dans ce festival témoignent du renouveau et de la vitalité du cinéma colombien contemporain. Ce sont aussi des rencontres avec plusieurs réalisateurs colombiens qui abordent des thèmes autour des conflits armés et politiques, autour de l’amour, de la nostalgie de la terre et de la famille, de la relation à l’intime et à l’environnement immédiat. Comme le précise Bibata Uribe, universitaire spécialiste du cinéma colombien : « À l’aube d’une nouvelle ère dans l’histoire du pays avec en particulier l’accord de paix signé entre le gouvernement et la guérilla des Farc, la société civile se prépare, non sans hésitations, à une réorganisation profonde sur le processus d’identité, sur la mémoire commune, sur le deuil et la nécessaire reconstruction. Le cinéma colombien, ce territoire imaginé comme une réverbération de la réalité, se fait l’écho des questionnements multiples. » Cette année, le festival décernera un prix du public avec un jury. Une section parallèle présente des films du Pérou, du Mexique et de Cuba, tous coproduits avec la Colombie.

Au-delà du cinéma

Ce festival, c’est aussi de la musique avec, par exemple, Les Valientes Gracias, un groupe de femmes qui, à travers la cumbia ou le bullerengue, proteste contre la condition des femmes en Colombie et ailleurs, avec les percussions africaines et les flûtes des Indiens de la Sierra Nevada de Santa Marta. Ou encore Ivan Gaona, l’auteur compositeur de la B.O. du film Pariente présenté en clôture du festival. On pourra voir une exposition Telúricos de l’artiste Oscar González Guache, créateur du visuel du Panorama 2017, entre muralisme et graffiti, ainsi que l’exposition « Rituel de Mémoire« , en parallèle à la présentation du film Oscuro Animal par le réalisateur Felipe Guerrero et la photographe Carolina Navas. À l’occasion de sa 5e édition, Le chien qui aboie réalise pour la première fois une itinérance dans plusieurs villes de France avec huit cinémas et organismes partenaires qui présentent six films de la sélection 2017 et accueillent des réalisateurs.

100 % Doc : Des regards féminins colombiens 

 100% doc fait partie depuis 2015 de la programmation du Forum des images à Paris. Cette année en particulier, du 31 octobre au 7 novembre, le Forum des images met à l’honneur trois générations de femmes cinéastes colombiennes des années soixante aux années 2010. Singuliers et pluriels, ces « regards féminins » sont tour à tour sensibles, intimistes, engagés, révoltés, poétiques, et écrivent en 20 séances une histoire vivante de la Colombie. Coup d’envoi mardi 31 octobre en présence des réalisatrices Marta Rodríguez (Chircales) et Catalina Mesa (Jericó, el infinito vuelo de los días). Marta Rodríguez, la cinéaste pionnière en Colombie, a consacré sa vie aux luttes des communautés indiennes dont les territoires sont dévastés par la guerre ou les défoliants, et s’est engagée auprès des populations déplacées par la guerre civile, des paysans spoliés de leurs terres, des femmes exploitées, des enfants victimes des mines. Cinq films de Marta Rodríguez seront projetés à cette occasion pour une rétrospective. Le documentaire de Catalina Mesa présenté en avant-première, Jericó, el infinito vuelo de los días, dresse, avec un regard plein de tendresse, plusieurs portraits intimes de femmes d’âges et de conditions sociales différents dans le village de Jericó (Antioquia). Ce film a reçu de nombreux prix dont celui du meilleur documentaire au festival Cinelatino à Toulouse en 2017. On pourra rencontrer bien d’autres cinéastes, comme Catalina Villar et son travail sur les migrants dans un quartier de Medellín, Patricia Ayala avec Un asunto de tierras, un documentaire sur l’exécution de la loi pour la restitution des terres, ou le portrait de Camilo Aroyo, héritier d’une grande famille colombienne, installé sur la côte pacifique, et devenu le Don Ca, respecté de tous.

À signaler : le mercredi 1er novembre à 19 h se tiendra une table ronde autour de la question « Existe-t-il un cinéma colombien au féminin ? », avec Marta Rodríguez, Patricia Ayala et María Isabel Ospina. Sortie du numéro 25 de la revue Cinémas d’Amérique latine édité par L’Arcalt de Toulouse et les Presses universitaires du Midi, intitulé Caliwood et le cinéma colombien.

Chantal GUILLET

Renseignements sur le festival Panorama du cinéma colombien, le Forum des images et Cinémas d’Amérique latine.

Rendez-vous incontournable de la culture et du cinéma latino au festival Biarritz Amérique latine

À côté des grands festivals européens qui sont généralistes comme Berlin, Cannes et Venise, les festivals spécialisés font la joie des spectateurs. En effet ceux-là sont ouverts largement au public et aux scolaires. Que ce soit Annecy pour l’animation ou Toulouse, Villeurbanne, San Sebastian ou Biarritz pour le cinéma latino. Se retrouver fin septembre au Pays basque avec le soleil et les derniers touristes est un plaisir. 

Ce qui n’empêchait pas 700 spectateurs de venir en plein après-midi découvrir le documentaire de Catherine Gund et Daresha Kyl sur Chavela Vargas, cette chanteuse homosexuelle admirée entre autres par Frida Kahlo ou plus récemment par Pedro Almodóvar. Le documentaire remporta le Prix spécial et le Prix du public. Il sortira en salle à la fin de l’année. Le Grand Prix du doc a été remis à Cine São Paulo de Ricardo Martensen et Felipe Tomazelli, Brésil, l’histoire de Chico qui veut  rouvrir le cinéma qui était toute sa vie.

Au niveau des longs métrages, c’est La familia de Gustavo Rondón Córdova, Venezuela, qui remporta l’Abrazo, le grand prix du Festival. Nous avons déjà apprécié ce film à la Semaine de la Critique de Cannes, l’histoire de ce gamin rebelle de douze ans qui blesse gravement un jeune garçon qui tentait de le voler et se voit forcé par son père de fuir avec lui. Au milieu de la violence, s’installe peu à peu la tendresse entre le fils et son père. Bien que tourné en 2015, le film montre les problèmes du Venezuela d’aujourd’hui.

Le Prix du jury a été attribué à Mariana (Los Perros), le second film de Marcela Said, Chili, qui lui aussi était à la Semaine de la critique de Cannes. C’est le portrait de Mariana, une quadragénaire de la haute bourgeoisie chilienne (les chiens du titre original), attirée par son professeur d’équitation, ancien colonel de l’armée et  poursuivi par la justice. Je crois qu’il est très difficile de faire un film sur des personnages sympathiques qui sont aussi des « chiens ».

La qualité de l’interprétation des deux meilleurs acteurs chiliens, Antonia Zegers et Alfredo Castro (l’acteur fétiche de Larraín) y est pour beaucoup. J’avais rencontré Marcela Said à Cannes pour son premier film de fiction L’été des poissons volants en 2014, et je publierai l’entretien sur  ce dernier film lors de sa sortie française en décembre. Le Prix du public est allé à Últimos días en La Habana de Fernando Pérez, Cuba, qui raconte les derniers jours de Diego, plein de vie, mais cloué au lit par le SIDA.

Il est soutenu par son ami Miguel qui est triste et sombre. Mais leur amitié est indestructible, soutenue par des voisins hauts en couleurs et par la nièce de Diego, âgée de 15 ans et magnifiquement interprétée par Graciela Ramos qui obtint le prix d’interprétation féminine. Le réalisateur argentin Diego Lerman, à qui l’on doit de beaux films comme Refugiado (2014) ou Mientras tanto (2006) réalise un film très sensible sur l’adoption, Una especie de familia.

C’est l’histoire de Malena qui se rend au nord de l’Argentine pour aller chercher le bébé qu’elle veut adopter de manière plus ou moins légale. Bien sûr, tout ne se passera pas comme prévu. Daniel Araoz obtint le prix d’interprétation masculine. Nous reviendrons au moment de sa sortie sur l’autre film vénézuélien La soledad, de Jorge Thielen Armand (Prix de la critique), qui raconte la dissolution d’une famille dans les ruines d’une vieille propriété familiale.

Au point de vue cinéma, il y avait un focus sur la Colombie en présence de quatre réalisateurs à mieux connaitre. Des films et des rencontres sur  Gabriel García Márquez et plein d’autres choses, sans oublier les rendez-vous littéraires et les bancs des artisans, les cours de danse et les concerts tous les soirs au village. Et aussi la prestation du quintet magnifique de Alexis Cárdenas y Recoveco. La fréquentation a encore augmenté avec des salles pleines dès le matin. Le nouveau directeur Jacques Arlandis peut être  satisfait de sa première édition très conviviale.

Les films latinos à San Sebastian

Le Festival de San Sebastián qui s’est déroulé du 22 au 30 septembre dans cette ville basque a également primé plusieurs films latinos. Parmi eux, Diego Lerman a reçu le Prix du scénario pour son film Una especie de familia, et Maria Said a gagné le Prix Horizons latinos pour Los Perros.

Alain LIATARD

Festival de Biarritz Amérique latine

Le livre « Manèges, petite histoire argentine » de Laura Alcoba sera porté à l’écran par la réalisatrice Valeria Selinger

La réalisatrice argentine Valeria Selinger va porter à l’écran le premier roman de Laura Alcoba publié aux éditions Gallimard en 2007, Manèges, petite histoire argentine (Collections blanche 2007 et Folio 2015)dont le titre espagnol est La casa de los conejos (Edhasa 2008). Le film devrait être en salle dans un an. Depuis Manèges, Laura Alcoba a publié chez le même éditeur trois autres romans et tous ont été aussi publiés en espagnol. Elle est un des trois auteurs pressentis pour nos prochaines Bellas Francesas qui se tiendront en mars prochain, en Colombie et au Pérou.

Photo : Zazymout / Gallimard

De grands noms accompagnent Valeria Selinger dans ce projet : Darío Grandinetti (qui jouera le personnage de l’ingénieur) a notamment tourné dans « Parle avec elle » de Pedro Almódovar ou encore dans « Les nouveaux sauvages ». Grandinetti a aussi remporté plusieurs prix importants, dont un International Emmy Award en 2012. L’autre grand nom est Miguel Ángel Solá, qui a une longue carrière internationale également. Il jouera le personnage du grand-père. D’autres étoiles montantes du cinéma argentin font partie du casting, Guadalupe DocampoNahuel VialeFederico Liss ou encore Paula Brasca. Le personnage de Laura sera incarné par la jeune Mora, âgée de huit ans, comme la narratrice du livre.

Voir sur Facebook.

La Colombie à l’honneur au Festival Biarritz Amérique latine : fictions, documentaires et musiques s’étalent sur une semaine

La Colombie sera l’invitée du prochain festival Biarritz Amérique latine qui se déroulera du 25 au 30 septembre, au Pays basque. Après des années noires où la lutte contre la guérilla des FARC occupait la plus grande partie des espaces de la presse écrite comme des journaux télévisés consacrés à ce pays, un accord de paix a été signé, mettant fin à des dizaines d’années de violence.

Photo : Groupe Recoveco

Ce focus, en présence de quatre figures de son cinéma : Luis Ospina, Víctor Gaviria, Oscar Ruíz Navia et Ciro Guerra, sera complété par un certain nombre d’adaptations au cinéma des œuvres de Gabriel García Márquez. Cela nous mènera aux rencontres littéraires, avec la présence, entre autres, du Colombien Juan Gabriel Vásquez, puis aux rencontres de l’Institut des Hautes Études de l’Amérique latine à Paris sur le thème : « Colombie, la fabrique de la paix ». Tout cela sera complété par l’exposition El río de nuestra vida, le long du fleuve Magdalena avec le photographe Nereo López et le prix Nobel de littérature, Gabriel Garcia Márquez, et un concert d’Antonio Rivas (maître du vallenato).

Côté cinéma, il y aura comme chaque année trois compétitions : dix fictions de longs métrages, où l’on pourra revoir les films latinos de Cannes, comme La familia de Gustavo Rondón Córdova (Venezuela), Los Perros de Marcela Said (Chili), et La defensa del dragón de Natalia Santa (Bolivie), dix courts métrages et dix documentaires toujours intéressants et très suivis. Tout cela dans l’ambiance bon enfant du village où il y a des concerts, des cours de danse et des rencontres avec les artisans.

Le festival s’est doté d’un nouveau délégué général, Jacques Arlandis qui possède, comme nous l’indiquions dans la newsletter du 26 juin dernier, une profonde connaissance de l’Amérique latine. Docteur en économie, licencié en sociologie et diplômé de l’École supérieure de commerce de Paris, il rejoint l’Institut de l’audiovisuel et des télécommunications en Europe, avant de se voir confier, en 2002, la direction de la prestigieuse École nationale supérieure Louis-Lumière. Il crée en 2010 Lavega Productions pour développer des projets cinématographiques, fictions et documentaires en particulier, en partenariat avec des producteurs indépendants latino-américains. Comme réalisateur, il est l’auteur et producteur de La Carte et le Territoire, sur les pas d’Élisée Reclus dans la Sierra Nevada de Santa Marta. Rendez-vous dès lundi à Biarritz pour une belle fête sur l’Amérique latine. Mais en n’oubliant pas les dégâts causés par les ouragans et la situation politique dramatique de certains pays.

Alain LIATARD

Catalogue et programme ici

Le réalisateur mexicain Guillermo del Toro, Lion d’Or à la Mostra de Venise… une ambiance et une beauté, une douceur de festival !

Se rendre à la Mostra de Venise – 30 août – 9 septembre –  n’est pas comme se rendre au Festival de Cannes. D’abord, il y a la beauté de la ville augmentée encore par les expositions de la Biennale les années impaires. Ensuite, plusieurs films intéressants.

Photo : Ecran Noir

A l’aéroport, vous embarquez dans un vaporetto qui va vous emmener en un peu plus d’une heure près de la place Saint Marc. De là vous prenez un autre bateau directement pour le Casino du Lido, autour duquel se situent les sept salles de projections. Ce qui impressionne d’abord c’est le silence puisque sur les lieux de la Mostra, il n’y a pas de voiture. Devant nous la plage avec ses petites cabines de toiles, mais peu de gens dans l’eau devant le luxueux hôtel Excelsior, palais mauresque imitant l’Alhambra de Grenade. Devant la Sala Grande du Palazzo del Cinema où se déroule la compétition officielle, pas d’escalier : alors les paparazzi attendent assis sous des parapluies.

L’eau, il en est question dès les premiers jours avec la projection du film de Guillermo del Toro, The Shape of Water où, au début des années 60, un être mi-homme, mi-poisson sorti de l’eau et séquestré dans un laboratoire ultra-secret de l’armée va devenir amoureux d’une jeune femme de ménage muette. Il s’agit du remake d’un célèbre film de Jack Arnold L’étrange créature du lac noir (1954). Moins délirant que certains de ses autres films, le réalisateur mexicain de L’échine du diable et du Labyrinthe de Pan réussit un film très beau et inventif. En plus du Lion d’Or, la récompense suprême octroyée pour la première fois à un cinéaste latino qu’il a dédié au cinéma latino, il a obtenu trois autres prix, dont l’un pour l’innovation technique et un autre pour la musique d’Alexandre Desplat. Les plus heureux pourront découvrir le film le dimanche 15 ou le samedi 21 octobre durant le Festival Lumière de Lyon. Le cinéaste mexicain y fera également une master class le lundi 16 et présentera quelques uns de ses films.

Très attendu, le nouveau film de la réalisatrice argentine Lucretia Martel est inspiré d’un roman d’Antonio de Benedetto, Zama, qui nous rapporte l’histoire d’un officier de la Couronne d’Espagne du XVIIIe siècle à Asunción. Mais ce personnage, chargé de représenter la Couronne, doit aussi surveiller la population locale. Sa faiblesse l’empêche de partir et finalement sa tristesse le rend plus brutal, plus sauvage, jusqu’à ce qu’il rejoigne une expédition visant à retrouver un criminel recherché. On voit que l’on est près du monde de Werner Herzog dans Aguirre ou Fitzcarraldo. Production difficile à monter avec de très nombreux coproducteurs et avec des acteurs de différents pays. L’acteur hispano-mexicain, Daniel Giménez Cacho, que l’on a vu chez Alfonso Cuarón, Guillermo del Toro ou Almodóvar, interprète très bien Zama, ce personnage qui sombre dans la mélancolie.

Autre film latino, Invisible de l’Argentin Pablo Giogelli qui avait obtenu la Caméra d’Or à Cannes en 2011 pour son très beau film Les Acacias. Il s’agit ici de l’histoire d’une gamine qui vit avec sa mère malade. Elle tombe enceinte d’un individu médiocre mais gentil. Va-t-elle avorter dans ce pays où l’IVG est interdit ? Le film est très lent et très descriptif. On est loin de la richesse des deux personnages principaux des Acacias.

Des trombes d’eau sont arrivées pendant la projection du beau film libanais L’insulte, film de Ziad Doueiri, un conflit pour une peccadille qui ira jusqu’au procès, entre un libanais chrétien et un réfugié palestinien. Kamel El Basha obtiendra le prix d’interprétation masculine. Impossible de sortir de la salle à la fin de la séance et, quand la pluie s’est calmée, nous avons dû marcher dans les eaux ! Cela nous a empêché d’aller voir Temporada de Caza de Natalia Garagiola, centré sur un guide respecté en Patagonie se retrouvant confronté à l’éducation de son fils biologique qui vient d’être renvoyé de l’école. Dans un environnement sauvage, le père va devoir apprivoiser son fils et lui enseigner le respect de la nature et des relations humaines. Le réalisateur colombien Jhonny Hendrix Hinestroza a clos l’édition 2017 des Journées des Auteurs de Venise avec Candelaria, sur un couple de septuagénaires cubains dont la vie est révolutionnée par un caméscope oublié par un touriste.

Parmi les films remarqués citons Suburbicon de George Clooney sur un scénario très inventif des frères Cohen ; La Villa de Robert Guédiguian ; M, premier film de la comédienne Sara Forestier ; Jusqu’à la garde de Xavier Legrand, prix Lion du Futur, et Mektoub mon amour (chant 1) d’Abdellatif Kechiche qui a cette fois encore partagé les spectateurs et les critiquesLa représentation états-unienne, française et italienne était très (peut-être trop) présente et ne laissait pas assez de place aux autres cinématographies. Mais la Mostra se déroule dans un bel endroit. Un agréable Festival !

Alain LIATARD

Le documentaire « Gabriel et la montagne » du Brésilien Felipe Gamarano Barbosa pour se sentir vivant

Présenté à la semaine de la critique du Festival de Cannes cette année, Gabriel et la montagne a obtenu le prix « Révélation » remis par le cinéaste Kleber Mendonça Filho au brésilien Fellipe Gamarano Barbosa qui retrace le périple existentialiste en Afrique d’un jeune chercheur brésilien.

Photo : Allociné

Après dix mois de voyage et d’immersion au cœur de nombreux pays, son idéalisme en bandoulière, il rejoint le Kenya, bien décidé à découvrir le continent africain, jusqu’à gravir le mont Mulanje au Malawi, sa dernière destination. Gabriel était un camarade de classe du réalisateur, qui avait pris un congé sabbatique d’un an pour faire le tour du monde. Mais le film commence donc au dixième mois de son voyage. Gabriel, précise le réalisateur, étudiait les sciences économiques et voulait effectuer des recherches sur la pauvreté en Afrique en allant au contact des gens. Il voulait embrasser le monde avec ses rencontres et en gravissant les montagnes. Mais il ne se rendait pas compte que quoi qu’il en pensait, il restait un touriste qui exploitait un peu les personnes qui croisaient sa route. Je trouve que Barbosa n’a pas assez pris en compte cet aspect du personnage, fasciné par l’expérience de cet ami qui, c’est vrai, n’était pas cynique, et l’un des rares brésiliens à voyager en Afrique. Sortie le 30 août.

Allociné  

29e édition des États généraux du documentaire de Lussas en Ardèche

Comme chaque année, les fans du documentaire se réunissent depuis le dimanche 20 jusqu’au samedi 26 août au milieu des vignes dans le petit village de Lussas en Ardèche, pour aborder les différentes  facettes du documentaire.  Le thème cette année est de montrer les expériences  du regard avec les cinéastes Dominique Auvray et Vincent Dieutre. Il y a aussi des séminaires et des ateliers autour de la mémoire. On couvre aussi l’histoire du documentaire à travers le cinéma politique en Pologne et l’on met l’accent sur certains pays, cette année le Liban, qui porte encore les traces de son histoire violente et tragique, ou on révèle certains documentaristes. Le village reçoit beaucoup plus de festivaliers que sa population normale, ce qui en fait un lieu très convivial et permet les échanges. Le beau temps de cette année fait apprécier les projections du soir en plein air.

Alain LIATARD

Site Lussas

« Les filles d’Avril » et « La Région sauvage », deux films mexicains bien singuliers

Deux films mexicains, La région sauvage d’Amat Escalante et Les filles d’avril de Michel Franco sont en salle. Ce dernier a eu le prix du jury au dernier Festival de Cannes en mai dernier dans la section Un certain regard.

 « Les filles d’Avril », le remarquable film de Michel Franco

Quelle mère cette Avril ! Elle est Espagnole et vient, à la demande de ses deux filles qui vivent dans une paillotte au Mexique, les aider. En effet Valeria est enceinte et n’a que 17 ans et son copain aussi. Ils veulent garder le bébé mais ne savent  pas comment s’y prendre. À son arrivée Avril interprétée par la remarquable Emma Suárez va prendre les choses en main. « Cela a été un travail complexe, dit-elle, car j’ai dû lutter contre moi-même. Il ne fallait pas, comme le souligne Michel Franco, en faire une méchante. Il m’a fallu un effort de réflexion pour trouver le moyen d’imposer ce personnage et y faire adhérer le public, en jouant sur son instabilité, son manque de cohérence, mais aussi sa force de séduction. Et au-delà de ses agissements, avec l’idée que souvent lorsqu’on essaye de protéger nos enfants, on agit involontairement à l’encontre de ce qui serait le mieux pour eux, tout en ayant la certitude de leur venir en aide »

Pour gagner  en crédibilité les acteurs ont vécu ensemble dans la maison où le tournage s’est déroulé. « Elles ont appris à se connaître et ont créé des liens ensemble. À chaque nouvelle scène tournée, elles en savaient plus sur leur personnage et leur passé que moi-même… Elles m’ont étonné en m’expliquant des choses au sujet de leurs personnalités », explique le réalisateur.

Le réalisateur Michel Franco est né à Mexico en 1979. C’est son sixième film après le très intéressant Después de Lucía remarqué à Cannes  et San Sebastián en 2012, et  Cronic tourné aux États-Unis et prix du meilleur scénario à Cannes 2015. Très doué, il est aussi le producteur  en particulier du film de Lorenzo Vigas, Desde Allá qui a obtenu le Lion d’Or de Venise en 2015. Tous ses films recherchent toujours une toile de fond teintée de gris. Une « jeune fille que j’ai vu dans les rues de Mexico, m’a inspiré car c’était une image qui contenait tout : la jeunesse, l’avenir, un probable désastre, beaucoup d’espoir ; et ces contrepoints m’ont fasciné. J’insiste vraiment sur le fait qu’au Mexique, il y a un nombre particulièrement élevé de jeunes filles enceintes ». Pour  rendre le film de façon remarquable, Michel Franco a de nouveau fait appel au chef opérateur belge Yves Cape qui a très bien su rendre compte de la lumière du film, loin du gris du récit. À voir à partir du 2 août prochain.

« La région sauvage » d’Amat Escalante son film le moins réussi 

Amat Escalante, est avec Carlos Reygadas le second cinéaste terrible du cinéma mexicain. Il surprend avec ce film, entre chronique réaliste, drame provocant et thriller fantasmagorique. Il faut dire aussi que c’est sans doute son film le moins réussi. Ce film sur la sexualité qui envoie des gens au fond du bois pour rencontrer un Alien conçu comme une espèce de poulpe qui remplit de plaisir, jusqu’au jour que ça ne l’intéresse plus. On aurait aimé que les personnages soient plus fouillés, en particulier les deux femmes sous la coulpe du machisme qui désirent vraiment s’émanciper. Il faut dire que notre sévérité vient du fait que le premier film d’Amat Escalante, Sangre, réalisé en 2005, était une parfaite réussite. En salle depuis le 19 juillet.

Alain LIATARD

Bande-annonce de deux films : Allociné

« Une femme fantastique », un film du réalisateur chilien Sebastián Lelio, à ne pas manquer

Sebastián Lelio réalise en 2016 son quatrième film, après en particulier le très réussi Gloria sorti en 2014. Ici, il a obtenu l’Ours d’argent à Berlin pour le scénario écrit avec Gonzalo Maza. Il s’est toujours intéressé aux problèmes dans les familles puisque son premier film s’appelait La sagrada familia. Mais ici, il se tourne vers un personnage pas comme les autres puisque Marina est transsexuelle.

Marina vit avec Orlando, de vingt ans son aîné. Lorsqu’il meurt soudainement, Marina subit l’hostilité des proches de celui-ci : une « sainte famille » qui rejette tout ce qu’elle représente. Marina va se battre, avec la même énergie que celle dépensée depuis toujours pour devenir la femme qu’elle est : forte, courageuse, digne …

 « Avec Une femme fantastique, j’ai voulu répondre à cette question : que se passe-t-il quand on meurt dans les bras de la mauvaise personne ? Je trouvais ce point de départ très puissant…  Un jour, j’ai eu une autre intuition, celle de choisir une femme transgenre. Ce fut le déclic. Je trouvais l’idée exaltante mais j’avais un petit problème car je ne connaissais rien au sujet… Daniela Vega a été la troisième personne que nous avons rencontrée. En sortant du rendez-vous, je me suis dit que c’était tout à fait impossible de faire le film sans une actrice transgenre. Pour moi, cela aurait été une aberration, un anachronisme esthétique dans une époque où l’on voit émerger un nouveau paysage des genres. Faire l’inverse m’aurait rappelé les débuts du cinéma, quand les noirs avaient l’interdiction de jouer dans des films et les comédiens blancs se mettaient en scène, grimés en noir. »

Le Chili est un pays qui n’accepte pas les différences. Plusieurs films récents ont abordé le sujet. « Une femme fantastique arrive plus de 25 ans après la fin de la dictature, mais dans un pays qui reste profondément injuste, où la démocratie a beaucoup de carences. La rupture sociale reste là, comme un héritage du régime de Pinochet. C’est un pays qui fait preuve d’un capitalisme sauvage. Le film a effectivement lieu dans ce contexte-là. En termes de capitalisme, Marina est un être improductif. Elle n’est pas capable de procréer et donc de donner naissance à un autre employé, à un autre consommateur. Elle vit pour la beauté du geste. »  Un film qui ne peut nous laisser indifférent car filmé avec beaucoup de délicatesse.

Alain LIATARD

P.S. Sont encore dans certains bons cinémas : Rara  de Pepa San Martin sorti le 22 juin, Patagonia, el infierno d’Emiliano Torres, sorti le 28 juin, Kóblic de Sebastián Borenstein, le 5 juillet, en attendant Les filles d’Avril de Michel Franco, qui sortira le 2 août. On peut donc voir de bons films latinos cet été sur les écrans ! Voir aussi Allocine

« Patagonia, el invierno » un film du réalisateur argentin Emiliano Torres en salle cette semaine, salué par la critique

Patagonia El Invierno d’Emiliano Torres, réalisateur argentin, qui sort en France le 28 juin et qui a obtenu l’an passé, le prix spécial du jury au festival Donostia à San Sebastián et le prix du jury au festival Biarritz Amérique latine 2016.

Au sud de la Patagonie, les exploitations sont si vastes que leurs propriétaires qui y viennent, ne s’y posent qu’en avion. Les saisonniers eux, entassés à l’arrière de vieux 4×4, y arrivent comme les moutons. Douze heures de travail harassant par jour, de l’alcool et des putes de temps en temps sont les seuls plaisirs. Pour le vieil Evans (Alejandro Sieveking, remarquable, qui a obtenu le prix d’interprétation masculine à Biarritz), l’heure de la retraite a sonné. Il doit céder la place à un jeune qui veut amener sa famille, mais cet ancien, trop solitaire, au visage buriné y a passé sa vie et quel ailleurs l’attend ?

C’est toute la souffrance d’hommes frustes et fatalistes qui transparaît à travers ce drame, opposé à la bonne conscience d’exploiteurs, contremaitres, intermédiaires ou propriétaires. « Il y a dix ans, explique le réalisateur, j’ai travaillé sur un documentaire tourné en Patagonie et un jour j’ai été pris dans une tourmente de neige. J’ai alors trouvé refuge dans une estancia où vivait un contremaître d’origine anglo-saxonne dans la plus grande solitude. C’est là-bas qu’est née l’esquisse de cette histoire. »  La nature, l’espace, le climat, la neige sont évidemment des éléments très importants pour ce film qui pourrait de ce fait ressembler au documentaire et qui a été primé aussi pour sa photographie.

Le tournage du film, une coproduction entre l’Argentine et la France, s’est déroulé à El Chaitén, El Calafate et Rio Gallegos. Il s’est fait en deux temps : deux semaines en hiver, puis le reste l’été suivant du fait des conditions climatiques très difficiles. Il s’est entouré pour ce premier film de deux acteurs déjà reconnus, Christian Salguero (Paulina, La Patota) qu’il est allé chercher dans la province de Misiones au nord-est pour le rôle de Jara, et Alejandro Sieveking (El Club) un acteur de théâtre chilien pour interpréter Evans et qui s’est fort justement prêté au jeu. Ce monde est un monde d’hommes, solitaires, souvent célibataires, en tout cas sans leur famille. « En Patagonie vivent des gens silencieux qui souvent ne parlent qu’à leurs chiens, leurs chevaux, leur bétail », raconte Emiliano Torres.

Et les relations qui régissent cet univers n’ont guère changé depuis des siècles et sont restées féodales, voire esclavagistes, la seule nouveauté étant le 4 x 4. Le propriétaire est loin, souvent c’est un étranger, là en l’occurrence un Français et son estancia est sous la coupe d’un régisseur sans scrupules. Emiliano Torres, né à Buenos Aires en 1971, a bénéficié de l’aide, en postproduction, du programme Ciné en Construction (San Sebastián et Toulouse)  pour finaliser son film. Un très beau film à ne pas manquer !

Alain LIATARD

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