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Cinéma

Y después, le nouveau songe de la réalisatrice chilienne Pamela Varela

Après son premier long-métrage El viaje de Ana réalisé en 2014, fiction construite autour de la recherche d’Andréa de Alphonse, épouse du poète chilien Francisco Contreras, la réalisatrice Pamela Varela revient avec un documentaire autobiographique pour le moment exclusivement sorti au Chili. Récit contemporain d’un pays encore bouleversé par les années de pouvoir du dictateur Pinochet, Y después raconte surtout l’éclosion de l’identité d’une franco-chilienne en exil.

Photo : Y después

Le film s’ouvre sur une constellation de petits points illuminant l’obscurité. Les étoiles. Puis prennent le relais des paysages désertiques photographiés en noir et blanc, à l’expression spectaculaire que Sebastião Salgado n’aurait pas rejeté. Le ciel et la terre se rejoignent dans une blancheur étouffante. Un regard vers l’immensité qui nous invite en quelques minutes à embrasser le récit personnel de la narratrice comme une traversée plus grande au cœur de l’histoire chilienne. C’est une histoire brodée de récits de vie et d’espérances qu’évoquent en premier les vers du poète Roberto Bolaño. Puis des témoignages d’hommes, de femmes, de Pamela Varela

«L’exil n’est pas un mot. C’est un vertige»

Le récit principal c’est le sien, jeune fille en 1973. Quand Pinochet prend le pouvoir au Chili dans la violence, elle doit fuir son pays pour s’installer en France et elle emporte dans son voyage un déchirement, la douleur aiguë d’un abandon. L’abandon de son pays, mais aussi de son père disparu, resté sur place.

Tiraillé entre deux cultures, en équilibre entre deux pays, c’est toute cette vie à l’identité incertaine que cet «oiseau étrange» nous raconte dans Y después. C’est une vie qui se construit sur des interrogations tandis que la petite fille grandit : est-elle vraiment chilienne en étant si loin de son pays, en Europe ? Et la quête d’identité que Pamela Varela interroge pose en filigrane celle de la légitimité de la souffrance : quelle est la réalité de sa douleur face à celle de ceux restés sur place depuis l’exil ? Son incapacité à comprendre qui elle est perdure jusqu’à sa rencontre avec d’autres exilés chiliens. Les récits qu’ils nous racontent alors, ceux qui nous apprennent qui ils sont et ce qu’ils ont vécu formulent finalement en écho une réponse à ce qu’elle deviendra.

Filmer un territoire de poésie

Tout au long du film, Pamela Varela convoque un imaginaire de tradition et de littérature chilienne. Elle appelle souvent El Roto à ses côtés, cette figure mythique de la tradition chilienne que l’on chante pour accompagner les danseurs de cueca. Et c’est ce folklore partagé par des générations de Chiliens vivant autour du monde qui permet à la narratrice de renouer, en compagnie d’autres, avec sa vie disparue.

La tradition musicale du Chili qui sert l’expression d’un peuple exilé autour du monde permet à Pamela Varela d’affirmer la complexité de son identité, elle qui n’aurait pu s’approprier cette tradition qu’en quittant son pays : «si j’étais restée, je n’aurais pas dansé.» Et la richesse du film repose pour beaucoup dans la profondeur de cette contradiction : c’est quitter le Chili qui lui a vraiment permis de redevenir chilienne.

Y después est un récit autobiographique qui s’écrit dans un langage poétique. Une écriture qui souvent donne au spectateur l’impression d’assister à la construction d’un rêve. Le lyrisme jaillit constamment du film, jouant des dimensions et de notre rapport au réel pour nous en distancer ou nous en rapprocher avec plus de puissance. C’est par exemple ce portrait photographique, immense, noir et blanc, qui habille un silence à la fin du film. Cette unique photographie qui impose la contemplation sereine après avoir provoqué un choc violent lors de sa découverte. Et qui vient, de manière apaisée, achever une quête de sens.

L’autobiographie au service de la mémoire chilienne

L’immortalisation de l’identité chilienne par la cueca, la tradition et la langue, sert aussi un récit mémoriel. Ce «film construit par strates sur vingt ans», comme l’explique la réalisatrice, c’est aussi un travail de recoupement de photographies et de vidéos, d’archives personnelles entrecoupées de témoignages de Chiliens exilés ou restés au pays. Les dizaines de voix recueillies dans le film cherchent à faire entendre ces deux histoires en parallèle, deux histoires conjuguées au pluriel, souvent au féminin, qui épousent la complexité d’une identité qui cherche à se reconstruire, tout en rendant audible les victimes des innombrables sévices subis. Et en un sens, cette quête de vérité rejoint un travail considérable débuté par des cinéastes comme Patricio Guzmán.

Y después est une œuvre qui multiplie les rôles, à coup de visées croisées. Tantôt autobiographique, tantôt récit plus large de l’exil chilien, toujours commandé par une narration poétique défiant les genres comme la réalisatrice aimait le faire dans son premier film. C’est aussi l’œuvre de toute une vie. D’une réalisatrice qui impose une écriture cinématographique envoûtante au lyrisme assumé. Aux côtés d’auteurs chiliens qui ont débuté avant elle, Pamela Varela construit sa voie dans le grand récit de la mémoire chilienne, aussi précieuse que redoutable à l’écran. Et en ce sens, Y después reste un film nécessaire pour l’histoire du Chili, et peut être plus encore pour l’histoire du documentaire.

Kévin SAINT-JEAN

Histoires de couple dans la campagne mexicaine avec Nuestro tiempo de Carlos Reygadas

Carlos Reygadas est l’enfant terrible du cinéma mexicain. Il abandonne sa carrière d’avocat international à l’âge de 30 ans pour réaliser dans sa famille Japon. Suivront Batalla en el cielo en 2004 et Lumière silencieuse en 2007. Il tourne ensuite dans sa maison avec sa propre famille Post tenebras lux en 2016. Cette fois encore, il a tourné avec sa famille, mais dans une autre maison, pour réaliser Nuestro tiempo.

Photo : Nuestro tiempo

Ce long film de 2h58 se passe dans une ferme qui élève des taureaux de combat. Esther est en charge de la gestion du ranch, tandis que son mari Juan, poète de renommée mondiale, s’occupe des bêtes. Lorsqu’Esther s’éprend du dresseur de chevaux, Juan se révèle alors incapable de rester fidèle à ses convictions.

«Lorsque l’on parle de l’amour qui existe au sein d’un couple… explique Carlos Reygadas, on se pose parfois la question épineuse de savoir ce qui distingue l’amour de la possession, la fidélité de la loyauté. Dans un monde sur le déclin où des taureaux se battent, entourés par une famille qui vit en harmonie et qui s’aime, mon film montre un couple qui fait face à ses problèmes d’une manière radicale. Il se confronte à sa destruction prochaine, provoquée par une relation extraconjugale. Juan veut vivre son sentiment de la manière la plus absolue qui soit et il espère la réciproque. Esther apparaît comme un catalyseur stimulant. La destruction peut aussi être partie prenante de l’amour mais un couple peut-il survivre à une telle crise sans que cela ne cause des dégâts irréparables ?»

Carlos Reygadas poursuit : «Nuestro tiempo n’est pas autobiographique comme pouvait l’être Lumière silencieuse mais il s’inspire de mes réflexions sur les nouveaux modes de communication. Les smartphones changent la nature de nos relations et particulièrement les rapports entre les hommes et les femmes. Je l’observe surtout chez les trentenaires. Cela n’a plus rien à voir avec mon époque. La jalousie et le voyeurisme qui en découlent, en sont les conséquences…

Ce récit, qui s’enracine dans un environnement sensoriel, peut être qualifié de « récit tactile ». Il démarre avant que le récit « intellectuel » ne prenne le relais. La narration tactile, qui précède la présentation des personnages principaux, permet d’éprouver la sensation du vent, de sentir la présence des animaux, d’entendre l’espagnol que l’on parle dans cette région du Mexique, de percevoir physiquement les corps. On commence par rentrer dans un contexte et c’est ce que j’apprécie le plus dans un film, au-delà de l’histoire elle-même. D’ailleurs, je considère que toutes les histoires ont déjà été racontées.

De mon point de vue, il est plus intéressant de lire une histoire que d’en voir une racontée au cinéma. La littérature est plus apte à raconter une histoire que le cinéma. Cependant, le cinéma peut véhiculer une sensation physique de l’existence, quand la littérature ne le peut pas. Avec une caméra et une équipe son, on peut capter le monde dans lequel on évolue. Il n’y a rien de mieux que le cinéma pour restituer cela.

Dans Nuestro tiempo, je tourne pour la première fois en numérique. On croit tous que le numérique consiste à appuyer sur un bouton mais c’est un médium très complexe, plus que la pellicule. Il faut vraiment bouger à l’intérieur du format, pousser les lignes, tirer les courbes pour les rendre plus nettes et aller au fond des choses. Le numérique est un labyrinthe dans lequel on peut trouver des choses incroyables.

Plus qu’une réflexion sur le couple, mon film prend une direction psychologique… À partir du moment où l’on échappe à la structure narrative classique et qu’on se départit de tout jugement moral, on peut vraiment orienter l’histoire vers un autre endroit qui a davantage à voir avec le mystère de l’existence… Je ne sais pas si ce film compte parmi les plus violents que j’aie réalisés jusqu’à présent, mais il est assurément violent, autant que la vie peut l’être parfois. Nous devons nous efforcer d’injecter de l’amour dans nos existences car l’amour est plus fort que la violence.»

Ce film si long sur une relation de couple n’est jamais ennuyeux. Les images sont très belles et l’on suit facilement cette histoire tournée dans une très belle région, à Tlaxcala, sans effets spéciaux, précise le réalisateur, qui a également monté le film. Carlos Reygadas nous surprend à chaque film. Sur les écrans le 6 février.

Alain LIATARD

Portrait du monde de l’art dans Un coup de maître du réalisateur argentin Gastón Duprat

Les frères Duprat se sont fait connaître en 2008 avec le film L’Artiste et, en 2009, avec L’Homme d’à côté, tourné dans une maison de Le Corbusier. Mais c’est en 2016, avec Citoyen d’honneur, qu’ils remportent de nombreux prix dont un Goya en Espagne. Ils ont alors obtenu une reconnaissance internationale avec ce portrait d’un prix Nobel qui retourne dans son village natal. Tous leurs films, coréalisés par Mariano Cohn, tournent autour de l’art. Mais cette fois, avec Un coup de maître, Gastón Duprat est seul à la réalisation.

Photo : Un coup de maître

Arturo est le propriétaire d’une galerie d’art à Buenos Aires : un homme charmant, sophistiqué, mais sans scrupules. Il représente Renzo, un peintre loufoque et torturé qui traverse une baisse de régime. Leur relation est faite d’amour et de haine. Un jour, Renzo est victime d’un accident et perd la mémoire. Profitant de cette situation, Arturo élabore un plan audacieux pour les faire revenir sur le devant de la scène artistique.

«Le film, explique Gastón Duplat, parle de l’imposture dans le monde de l’art, mais aussi de l’amitié qui lie les personnages interprétés par Guillermo Francella et Luis Brandoni, deux grands acteurs qui livrent une interprétation mémorable. On y retrouve aussi Andrea Frigerio après son rôle dans Citoyen d’honneur, et Raúl Arévalo, acteur, mais aussi réalisateur du film La Colère d’un homme patient, triplement récompensé aux Goya en 2016. J’ai tourné pendant huit semaines à Buenos Aires, Rio de Janeiro et dans les paysages impressionnants de la région de Jujuy…»

«Nous sommes très différents avec Andrés (mon frère, scénariste du film) et Mariano (mon producteur). Nous représentons des générations et avons des origines éloignées, mais nous avons tous des goûts similaires quand il s’agit de réaliser des films. Le film est un très long retour en arrière. Cela nous a posé pas mal de problèmes. Ce flash-back était nécessaire parce qu’au début, Guillermo Francella (Arturo) explique qu’il est un assassin. La conséquence c’est que pendant tout le film, le public se demande quand et qui il va tuer.»

C’est ainsi que les toiles censées être l’œuvre de Renzo ont toutes été peintes par Carlos Gorriarena, un peintre décédé en 2007 ; que le tableau attribué à un certain Andrey Kahler est en fait l’œuvre du photographe et peintre Augusto Ferrari qui fut présenté à Arles en 2010 ; et qu’on peut admirer des tableaux d’Eduardo Stupia.

Le film tient énormément par son duo d’acteurs. Guillermo Francella avait interprété en 2010 un rôle dramatique dans le très remarqué Dans ses yeux de Juan José Campanella et, plus récemment, dans El Clan de Pablo Trapero. Il est très connu en Argentine pour ses rôles comiques ou dramatiques. Quant à Luis Brandoni, qui a été enlevé par les Escadrons de la mort durant la dictature, il continue à militer tout en poursuivant sa carrière de comédien.

Sur les écrans à partir du 6 février.

Alain LIATARD

Nouveaux regards sur les îles caraïbes au festival Cinélatino de Toulouse

La dynamique du cinéma des îles caraïbes a attiré la curiosité de Cinélatino qui a choisi de le mettre en lumière dans son focus. Si Cuba, la République dominicaine et Haïti font figures de locomotives, une myriade d’îles pointe leurs caméras dans le paysage cinématographique : Aruba, Trinidad et Tobago, Puerto Rico, Jamaïque, Curaçao, Guadeloupe, Martinique, Bahamas.

Photo :

Beaucoup révèlent comment des pays bousculés politiquement et socialement vivent les incertitudes de leur devenir. Des œuvres explorent la vie quotidienne, les drames personnels induits par les désastres économiques ou les conséquences des idéologies politiques, parfois avec humour, tendresse ou désespoir, mais toujours portés par une énergie neuve et la poésie. Les films de fiction, drames urbains ou récits de la mer, errances dans les campagnes, racontent des histoires ancrées dans cette région kaléidoscope. Il s’y parle de multiples langues, anglais, français, créoles et, à l’instar des mouvements littéraires de la créolité, le cinéma ne les renie pas, au contraire, il capte leur musicalité et leur inventivité.

L’auteur poète et acteur haïtien James Noël se fera porte-paroles de ces questionnements artistiques féconds. À Cuba, le nouvel essor cinématographique doit beaucoup à l’énergie de ses réalisateurs-trices et producteurs-trices. Claudia Calviño, jeune productrice, qui accompagne ce mouvement depuis ces cinq dernières années avec une volonté tenace, sera à Toulouse pour en témoigner.

Le nouveau cinéma cubain et les films des îles caraïbes ont trouvé leur élan. Une vingtaine de films composera ce focus, scindé en deux sous-sections : «Renouveau du cinéma cubain» et «Émergences». Pendant le festival, vous pourrez ainsi rencontrer James Noël, Claudia Calviño, Heidi Hassan, Carlos Machado Quintela, Gilles Elie-Dit-Cosaque et bien d’autres invités…

Les 23 et 24 mars 2019, le week-end spécial Caraïbes vous invite au voyage avec de nombreuses activités proposées : présentation du focus par le comité de programmation, ateliers Jeune Public, initiation Bachata et Salsa cubaine, concerts, graff en live, nombreuses projections et rencontres avec les invités du focus. Rendez-vous dimanche 24 mars pour un brunch, où vous pourrez découvrir les spécialités caribéennes, suivi d’un grand bal qui vous fera danser au rythme des musiques latines. Et un jury Coup de cœur d’exception sera présent : l’incroyable Claudia Calviño, le labyrinthique Mariano Llinás et l’incontournable Édouard Waintrop.

La productrice Claudia Calviño et le réalisateur Mariano Llinás, incontournables du renouveau du cinéma latino actuel, accompagnés du célèbre critique, programmateur et écrivain, ex-délégué général de la Quinzaine des réalisateurs, Edouard Waintrop, composeront le jury. Ils remettront samedi 30 mars 2019 au cinéma Gaumont Wilson, le Grand Prix Coup de Cœur à l’un des douze films en compétition fiction, tous inédits en France.

Le Grand Prix Coup de Cœur consiste en une incitation à la distribution en France du film primé d’une valeur de 5000 €, répartit en une dotation de 3000 € pour le distributeur et d’une aide au sous-titrage d’une valeur de 2000 € par Le Joli Mai.

D’après Cinélatino

Claudia Calviño (1983 – Cuba), productrice aux Producciones de la 5ta Avenida, accompagne le mouvement du renouveau du cinéma cubain depuis ces cinq dernières années avec une volonté tenace. Elle présentera durant le festival ses dernières productions Yuli d’Icíar Bollain et Le voyage extraordinaire de Céleste García d’Arturo Infante.

Mariano Llinás (1978 – Argentine) est réalisateur, scénariste, membre du collectif El Pampero Cine, professeur à l’Universidad del Cine et co-directeur du magazine Revista de Cine. Ses œuvres et notamment son nouveau film La Flor seront présentées pendant le festival dans la section Otra Mirada.

Edouard Waintrop (1952 – France) a été critique de cinéma à Libération durant 29 ans, directeur des cinémas du Grütli à Genève, membre du comité de sélection du Festival international du film indépendant de Bordeaux, écrivain, délégué général à la Quinzaine des Réalisateurs de 2011 à 2018.

41e édition du festival international du court métrage de Clermont-Ferrand

Du 1er au 9 février prochains, des cinéastes viendront du monde entier présenter leur film – souvent le premier et pour la première fois – au Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand, dans une quinzaine de salles et amphis plein à craquer et une ambiance très propice à la naissance de collaborations et de projets de cinéma. C’est aussi le plus important rendez-vous mondial consacré aux films courts (moins de 60 minutes, rappelons-le). Plus de 3 500 professionnels français et étrangers sont attendus.

Photo : Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand

Quand l’esprit des affaires, par nature impatient et vorace, s’empare des affaires de l’esprit, c’est la liberté de création et de diffusion qui est mise en danger, avec l’aide de ce censeur redoutable qu’est l’audimat, dont on peut constater les dégâts, non seulement dans l’audiovisuel mais aussi dans un nombre croissant de disciplines et de manifestations culturelles.

Cette vision consumériste et cette marchandisation de la culture, quand elles sont couplées à un désengagement du financement public, entraînent progressivement les politiques culturelles dans une spirale régressive. Dans ce contexte, lucidité et détermination sont nécessaires pour continuer de faire vivre une action culturelle authentique, non superficielle, qui a pour objectif la création de richesses immatérielles, dont voici deux caractéristiques parmi ses nombreuses facettes : enrichissement intellectuel de nos publics et élévation qualitative de leur citoyenneté.

Sauve qui peut le court métrage se situe dans cette catégorie de manifestations culturelles. Au cours de notre histoire, nous avons prouvé, à maintes occasions, notre capacité d’anticipation et d’adaptation mais c’est avant tout notre indépendance qui garantit la pérennité de notre vocation première : la défense et la promotion du court métrage, sous toutes ses formes, depuis sa création jusqu’à sa diffusion.

Notre parfaite connaissance du territoire régional fait de nous un médiateur culturel de proximité incontournable et nous sommes reconnus dans le monde entier comme le premier expert international du format court. Les quarante ans du festival international du court métrage ont été un succès public et professionnel avec 165 000 entrées (nouveau record de fréquentation) et plus de 3 500 accrédités venus du monde entier. S’il est le temps fort de l’activité de l’association, le festival et son impact économique ne sont que la partie visible de l’iceberg. Tout au long de l’année, Sauve qui peut le court métrage fait vivre toute une partie de l’économie locale et régionale, en faisant appel régulièrement à des entreprises d’Auvergne-Rhône-Alpes. La Commission du film Auvergne se fait le relais de l’attractivité du territoire et des compétences des techniciens locaux auprès des boîtes de production du monde entier.

Pour mesurer le poids des retombées économiques directes et indirectes des différents secteurs d’activité, on prend en compte l’effet multiplicateur : ce qu’un euro investi induit de retombées diverses en aval. Et bien c’est la culture qui arrive en tête de tous les secteurs d’activité[1] (mais cela, nos grands décideurs font trop souvent mine de l’ignorer) !

Nous continuerons en 2019 à préparer notre projet de la Cité du Court, en posant déjà les premières pierres de ses grands principes : l’accompagnement de la création, en renforçant notre rôle de capteur d’émergence, un nouveau projet de résidence d’écriture en partenariat avec les Musées départementaux de l’Allier et le Conseil régional ; la transmission de l’éducation aux images à un jeune public encore plus large, avec la création des Petits Ateliers ; la diffusion du court, encore et toujours, avec de nouveaux programmes clés en main aux diffuseurs en salles à toutes les échelles.

En 2019, une nouvelle convention pluripartite et pluriannuelle sera signée avec nos collectivités territoriales qui nous renouvellent ainsi leur confiance et leur soutien dans notre projet associatif. Donc, par anticipation, nous remercions vivement la Ville de Clermont-Ferrand, Clermont Auvergne Métropole, le Conseil départemental du Puy-de-Dôme, le Conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes et la Direction régionale des affaires culturelles Auvergne-Rhône-Alpes.

2018 a été l’année de l’inscription de la chaîne des Puys et de la faille de la Limagne au patrimoine mondial de l’Unesco, grâce à l’engagement et à la ténacité du Conseil départemental du Puy-de-Dôme. Ce site naturel exceptionnel est un bien commun, au même titre que notre festival et l’ensemble de ses prolongements. Entre ces deux pôles du Bien Commun -patrimoine naturel et patrimoine immatériel et culturel-, il existe de nombreux espaces à combler ou à réorienter pour se mettre à rêver d’un nouvel humanisme. Bon festival à toutes et à tous ! Découvrez le programme du festival

Jean-Claude SAUREL, Président
& l’équipe de Sauve qui peut le court métrage


[1] Interview de Françoise Benhamou et «La parabole des Tuileries ou pourquoi l’économie de la culture a ses propres règles», Le Monde, 9 mars 2012.

L’Ange, un film argentin de Luis Ortega retraçant l’itinéraire d’un célèbre tueur en série

Buenos Aires, 1971. Carlitos est un adolescent de 17 ans au visage d’ange à qui personne ne résiste. Ce qu’il veut, il l’obtient. Au lycée, sa route croise celle de Ramón. Ensemble, ils forment un duo trouble au charme vénéneux. Ils s’engagent sur un chemin fait de vols, de mensonges où tuer devient bientôt une façon de s’exprimer…

Photo : L’Ange

Luis Ortega s’est inspiré de l’histoire de Carlos Robledo Puch, plus connu sous le nom de «L’ange noir», qui assassina entre 1971 et 1972 onze personnes d’une balle dans le dos ou pendant leur sommeil. Pour lui, la mort était une notion abstraite. Ses origines sociales, son solide environnement familial, et ses bonnes manières constituaient une formidable couverture pour commettre ses crimes. Mais le plus déconcertant était sa beauté physique : un visage angélique avec des boucles blondes.

«Carlitos, explique Luis Ortega, se comporte comme une star. Il a le sentiment d’être filmé. Il cherche à capter l’attention de Dieu et à l’impressionner. Il est convaincu que tout est mis en scène et que même la mort n’est pas réelle. Il marche comme le ferait une légende vivante, vole comme un danseur, et méprise la nature parce qu’il est convaincu que le destin est une pure construction.»

La mise en scène de Luis Ortega colle merveilleusement à l’insouciance meurtrière de son héros et est remarquablement mise en lumière par le chef opérateur Julián Apezteguia. L’interprétation de Lorenzo Ferro qui a l’âge du rôle et dont c’est le premier film est remarquablement légère, et est l’incarnation parfaite de l’amoralité la plus totale. À ses cotés, en plus massif et plus viril, Ramón, incarné par Chino Darín, le fils de Ricardo Darín, aussi beau que son père, est issu d’un milieu de petits escrocs. C’est toute une troupe que met en scène ce quatrième long-métrage de Luis Ortega, sélectionné dans la catégorie «Un certain regard» à Cannes en 2018, où il impressionna les festivaliers.

On comprend aussi que ce sujet ait pu intéresser Pedro Almodóvar, qui est coproducteur de ce film qui se déroule juste avant l’arrivée de la dictature (1976-1983). Signalons que Carlos Robledo Puch, condamné à perpétuité, est à ce jour le plus ancien prisonnier argentin. Sortie le 9 janvier 2019.

Alain LIATARD

Luis Ortega Salazar, né le 12 juillet 1980 à Buenos Aires, est un réalisateur et scénariste argentin. Il a suivi des cours de cinéma à l’Universidad del Cine à Buenos Aires. Il a écrit le scénario de son film Black Box quand il avait 19 ans. Son travail au cinéma a été bien reçu par les critiques de films. Diana Sanchez a dit «Avec seulement deux longs métrages… Luis Ortega est déjà considéré comme l’une des voix directoriales argentines les plus impressionnantes et originales. Son premier long métrage, Black Box, se démarquait des critiques sociales qui caractérisaient les films argentins contemporains.»

La Vie comme elle vient, une comédie familiale du Brésilien Gustavo Pizzi

Irène, mère de famille brésilienne de Petrópolis, a des journées bien remplies. Entre quatre garçons, un mari rêveur, une sœur au bord de la crise de nerfs et une maison qui prend l’eau, elle tâche de tout orchestrer. Quand son aîné de 17 ans, recruté par une équipe de hand-ball, annonce son départ pour l’Europe, Irène est prise de court…

Photo : La Vie comme elle vient

Gustavo Pizzi a écrit le scénario avec son épouse, Karine Teles, qui joue également le rôle d’Irène. Ils ont décidé que la caméra virevolterait autour d’Irène et des autres personnages pour décrire les situations…

Quand «dans la vie, les choses arrivent, explique le réalisateur, vous devez faire avec, un point c’est tout. Mais dans le film je voulais montrer autre chose que de la souffrance : de l’espoir. Cette famille n’est pas riche mais elle ne vit pas non plus dans les favelas. Ils luttent pour une vie meilleure. Les femmes brésiliennes doivent davantage se battre. Ce sont elles qui font tourner la maison. Beaucoup d’hommes abandonnent leurs familles ou, comme Klaus, se plaignent de devoir travailler toute la journée et rêvent d’une affaire juteuse qui leur garantissent une rente. Les femmes sont plus pragmatiques, et finissent par dire : « Bien, continue de rêver, mais il faut payer les factures maintenant. » Irène et sa sœur Sonia sont de cette trempe-là. C’est difficile et injuste. Mais dans la vie, même dans ce genre de moments, on peut trouver de la joie, un sentiment de bonheur et d’accomplissement.»

«Quand on travaille avec des enfants, on a moins de temps et c’est difficile de capter leur attention pendant plusieurs heures. Je ne pouvais pas faire beaucoup de prises. Il faut penser en permanence à comment améliorer les choses pour eux et être à l’affût de tout instant intéressant. Le fait que les jumeaux soient nos propres enfants, Francisco et Arthur, nous a bien aidés…. Par exemple, je ne leur ai jamais donné le scénario. Mais, je leur décrivais la situation et ce que j’attendais d’eux. L’atout cependant, de tourner avec des enfants : c’est instantanément très réel. Ils vivent ces situations, alors que les adultes réfléchissent beaucoup trop.»

C’est une comédie familiale plutôt légère remarquablement interprétée par Karine Teles (que l’on avait vu dans Une Seconde mère) et bien agréable à regarder avec des personnages qui ont beaucoup de mal à vivre leurs espoirs et leurs rêves dans le monde d’aujourd’hui. Sortie le 26 décembre.

Alain LIATARD

L’art du retable dans Mon père, un film péruvien d’Alvaro Delgado-Aparicio bientôt en salle

Ce film raconte l’histoire de Segundo, un garçon de 14 ans formé par son père à l’art du retable afin qu’il devienne à son tour artisan. Au cours de cet apprentissage, Segundo découvre l’orientation sexuelle de son père et doit apprendre à l’accepter également, au sein de la communauté traditionnelle des Andes du Pérou où ils vivent.

Photo : Allocine

«Mon intention, raconte le réalisateur, était tout d’abord de réfléchir et de comprendre ce qu’il se passe lorsque la figure paternelle que nous admirons s’effondre. Comment cela affecte-t-il la recherche de notre propre identité, quand on a 14 ans et que l’on vit dans une petite communauté isolée ? Car il y a à la fois ce sentiment de vide et de dépendance, qui peut rendre inconciliable les notions de tolérance et d’acceptation. Et au-delà de la relation de parenté, le film se plonge dans l’existence humaine de manière plus large, en termes de lutte comportementale, entre une voie moderne et alternative, et un ordre traditionnel et conventionnel. Beaucoup de ces questions ont commencé à me hanter, c’est pourquoi j’ai décidé de faire ce film.»

Pour ce qui est de l’art du retable, «c’est un art populaire andin sophistiqué fait de plâtre et de pommes de terre, présenté sous forme de boîtes à histoires portables qui illustrent des fêtes religieuses, historiques et culturelles. Ce sont des portails de vie. Plus vous les contemplez, plus vous découvrez de détails qui changent la vision initiale que vous aviez eue. Je n’oublierai jamais la première fois que j’ai parlé à un maître de retables. Il m’a dit que nous avions un métier similaire, qu’il me fallait une caméra pour pratiquer mon activité, tandis que lui avait sa caméra dans sa tête. Aussi, les retables ont une grande importance dans cette histoire car pour fabriquer des retables, il faut hériter de votre père ou de vos ancêtres. Sans cet héritage, vous ne pouvez devenir un maître dans les Andes. Ce métier est transmis uniquement à travers le patrimoine et les générations.»

Nous sommes dans une belle région montagneuse du Pérou où l’on vit de manière traditionnelle et plutôt archaïque, au milieu des moutons, avec encore la justice corporelle et des fêtes importantes, qu’elles soient religieuses ou laïques. Pour aller vendre les petits personnages des retables (qui ressemblent à nos santons), il faut descendre sur la route au milieu de la poussière et faire du stop pour aller jusqu’à la ville.

Alvaro Delgado-Aparicio, après des études en psychologie à la London School of Economics and Political Science, et en Sciences de la conception et de l’innovation au Massachusetts Institute of Technology, participe en tant que psycho-logisticien aux programmes communautaires de transformations sociales dans le secteur minier péruvien. Il se tourne ensuite vers la mise en scène à Londres et réalise deux courts-métrages avant Retablo. Le film a été tourné en quechua, langue que le réalisateur ne parle pas. Les répétitions étaient donc en espagnol avant de filmer en quechua. Sortie le 19 décembre.

Alain LIATARD

Le monde de la lucha libre mexicaine dans Cassandro, the Exótico ! de Marie Losier

Dans le monde bariolé et flamboyant de la lucha libre, Cassandro est une star aussi incontournable que singulière. Il est le roi des Exóticos, ces catcheurs mexicains travestis qui dynamitent les préjugés dans un sport pourtant fortement machiste. Malgré ses mises en plis, son mascara et ses paupières impeccablement maquillées, Cassandro est un homme de combat extrême, maintes fois champion du monde, qui pousse son corps aux limites du possible. Pas un combat sans qu’il ne soit en sang ou blessé. Pourtant, après vingt-six ans de vols planés, d’empoignades et de pugilats sur le ring, il ne souhaite pas s’arrêter.

Photo : AlloCiné

«À chacun de mes voyages à Mexico City, mon attirance pour la Lucha Libre [le nom général du catch mexicain, NDLR], que j’avais découverte des années auparavant à travers le cinéma, s’était accentuée. C’est tout ce que j’aime : un monde théâtral excessif et drôle, des «personnages» de cinéma bigger than life, des costumes multicolores et scintillants, des cris, du suspense, des prouesses acrobatiques spectaculaires et par-dessus tout, c’est un moment d’allégresse regroupant toutes les classes sociales avec leurs héros du ring ! C’est le deuxième sport le plus populaire au Mexique après le foot, et les catcheurs y sont vénérés comme des légendes vivantes par le public en liesse. C’est une véritable religion ! Tout le monde est réuni et «vit» le jeu à fond, les vieux, les jeunes, c’est merveilleux. Je suis, par ailleurs, comme le public mexicain lui-même, très sensible au mystère de ces hommes musclés et masqués qui ne révèlent jamais leur identité ni dans la vie ni sur le ring. Il y a là tout un univers de sons et de couleurs qui donne une envie folle de filmer», explique la réalisatrice Marie Losier.

Elle poursuit : «Il faut imaginer le courage qu’il a fallu à cet homme pour apparaître sur le ring, non seulement en étant ouvertement gay, couvert de plumes et de maquillage dans un sport si machiste, mais en plus pour le faire sans masque ! Si les Exóticos existaient avant lui, tous, majoritairement hétérosexuels, singeaient une homosexualité grossière et burlesque, presque homophobe, alors que lui en a fait une cause nationale, un cheval de guerre sincère et bouleversant. Une acceptation, une revendication de lui-même entière et sans concession qui a depuis fait école. Il repousse les frontières, il est très ouvert aux autres, solidaire, conscient de la fragilité de sa survie.»

Pour montrer ce portrait très attachant – et qui nous en apprend beaucoup sur ce sport et sur ce personnage sur le fil, ou sur la frontière (Cassandro est Texan mais a fait sa carrière à Juárez au Mexique) –, Marie Losier utilise une technique expérimentale : tournage en 16 mm à l’ancienne avec des couleurs saturées, des trucages. Elle ajoute : «J’aime les trucages caméra, les filtres, les optiques différentes et même kaléidoscopiques. J’aime les techniques du début du cinéma, des Méliès, des Cocteau, des Jack Smith. Le choix de la pellicule est un travail sur la matière — film, sur la mythologie — film aussi.»

Le film a été sélectionné à Cannes dans la section de l’ACID – une association née en 1992 de la volonté de cinéastes de s’emparer des enjeux liés à la diffusion des films, à leurs inégalités d’exposition et d’accès aux programmateurs et spectateurs – et aussi, entre autres, au Rencontres documentaires de Lussas en Ardèche. Il est en salle depuis le 5 décembre.

Alain LIATARD

Cassandro, l’exotique documentaire de Marie Losier (France – 1 h 13 ) – Urban distribution. 

José, le film guatémaltèque de Cheng Li, primé au 40e festival des 3 Continents de Nantes

Cette année, neuf films ont tenté de décrocher un prix. À l’issue de la projection du film Tel Aviv on fire de Sameh Zoabi présenté en avant-première au Grand T à Nantes, le jury de cette 40e édition a remis les prix suivants : Montgolfière d’Or à Mémoires of my body de Garin Nugroho (Indonésie), Montgolfière d’argent à Three adventures of brooke de Yuan Qing (Chine), et mention spéciale du jury à José de Cheng Li (Guatemala).

Photo : Festival 3 Continents

José, 19 ans, vit seul avec sa mère, œuvrant chacun de son côté à de petits métiers pour assurer leur ordinaire : elle vendant sans licence des sandwichs, lui rabattant à un carrefour les clients potentiels vers un restaurant. Sa rencontre avec Luis, venu de la Côte pacifique du pays pour gagner sa vie comme manœuvre sur des chantiers de construction à Guatemala City, conduit José à réinvestir la part intime mais cachée de son existence.

Film guatémaltèque réalisé par Cheng Li, chinois résidant aux États-Unis, José parvient à faire glisser sur un même plan l’attention qu’il porte à son personnage principal à travers l’usage récurrent de plans fixes et une distance à lui qui installe son histoire dans l’épais tissu social et urbain qui l’entoure jusqu’à une poignante scène de clôture. Parvenant à neutraliser une menace naturaliste au bord de laquelle le film se tend, le jeu des acteurs non professionnels l’alimente d’un élan contrôlé mais convaincant, donnant aux hésitations des personnages, et Enrique Salanic à celui de José, leur juste poids. 

Chaque année depuis 1979, à la fin du mois de novembre à Nantes, le Festival des 3 Continents propose des films de fictions et des documentaires d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. Cette spécialisation géographique, pionnière en son temps, ne résume pas l’identité du Festival, elle est une des formes de ce qui l’anime et le distingue : la passion et la curiosité, le goût de la découverte et des rencontres, l’amour des films du Sud et la volonté de les servir.

Depuis sa création, le Festival des 3 Continents a constamment fait preuve d’un flair certain dans sa programmation. De nombreux hommages ont fait date : Raj Kapoor (Inde) en 1984, nouvelle vague argentine dès 1997 et à nouveau en 2002, Melvin Van Peebles en 1979 (USA), Tolomouch Okeev (Kirghistan) en 2002, Satyajit Ray (Inde) en 2006…

La Compétition a également ses titres de gloire : Souleymane Cissé (Mali) en 1979, Hou Hsiao-hsien (Taïwan) en 1984, Abbas Kiarostami (Iran) en 1987, Wong Kar-wai (Hong-Kong) en 1991, Tsai Ming-liang (Taïwan) en 1993, Jia Zhang-ke (Chine) en 1998 et bien d’autres encore… Le Festival des 3 Continents a été et restera un lieu de découvertes et de rencontres, un lieu d’échange et de passion.

Service de presse
Festival des 3 Continents de Nantes

Voir aussi l’article de Kevin Saint-Jean sur le festival 3 Continents de Nantes

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