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Cinéma

L’histoire d’un cirque brésilien dans «O Grande Circo Místico» de Carlos Diegues

D’un amour contrarié entre un aristocrate et une envoûtante trapéziste naît un siècle de vie d’un cirque au Brésil, à travers plusieurs générations d’artistes audacieux, talentueux, passionnés, magiques et décadents. De l’inauguration en 1910 jusqu’à nos jours, les spectateurs suivent, avec l’aide de Célavi, le maître de cérémonie, les aventures et les amours de la famille Kieps, de leur apogée à leur décadence.

Photo : O Grande Circo Místico

«J’avais décidé de réaliser O Grande Circo Místico juste après avoir terminé Le plus grand amour du monde en 2006, explique Carlos Diegues, mais j’ai rencontré des difficultés dans sa gestation et sa production : plus que le scénario (l’adaptation du poème surréaliste de Jorge de Lima a été plus complexe que prévu), trouver l’argent nécessaire pour mener à bien ce projet a été laborieux… Toutefois, pendant ces douze ans, j’ai tourné trois documentaires, coproduit trois films d’autres réalisateurs et écrit un livre de 678 pages sur le cinéma brésilien. Je n’ai donc pas été inactif…»

«La culture brésilienne a toujours porté le baroque comme une tradition : dans la littérature (Guimaraes Rosa), la poésie (Jorge de Lima), la musique (Villa Lobos), l’architecture (Niemeyer), la peinture (Cicero Dias), etc… Pour moi, le cubain Alejo Capentier et le brésilien Jorge Amado sont les inventeurs du “réalisme magique” ; bien avant Gabriel García Márquez.  Avec O Grande Circo Místico, je voulais revenir à son esprit. Il existait dans Terra em transe de Glauber Rocha, Macunaima de Joaquim Pedro de Andrade, ou même dans mon film Os herdeiros, mais avait fini par être abandonné par le cinéma brésilien. À l’heure actuelle, les films des jeunes réalisateurs brésiliens sont très libres, chacun d’entre eux cherche une direction originale. Comme eux, je ne suis pas un cinéaste naturaliste car je crois que le naturalisme est incapable d’expliquer la culture brésilienne.»

«La musique a été écrite pour un ballet mis en scène au sud du Brésil dans les années 1980 mais qui n’a jamais été dansé sur scène à Rio ou São Paulo. Je ne l’ai jamais vu, mais en connaissais les chansons. J’adore la musique de Chico Buarque et Edu Lobo, mais peut-être plus encore l’œuvre de Jorge de Lima que j’ai toujours voulu porter à l’écran. Comme j’ai choisi ce poème, j’ai pensé que je pouvais utiliser quelques chansons du ballet, celles qui parlent du monde dans lequel on vit, qui met à l’épreuve chaque jour.»

Carlos Diegues, né en 1940, était le plus jeune et est actuellement le dernier représentant du cinema novo brésilien qui a vu éclore durant la décennie des années 1960 de très beaux films de Glauber Rocha, Joaquim Pedro de Andrade, Nelson Pereira dos Santos ou Rui Guerra.

Dans les années 1970, Diegues inaugure une période de grande popularité du cinéma brésilien avec Xica da Silva, qui bat le record du box-office à sa sortie ou Quilombo présenté à Cannes. Au début des années 1980, Carlos écrit et réalise Bye Bye Brésil, son film peut-être le plus connu. Il a tourné aussi une nouvelle version de Orfeu en 1999.

Le style de son film ressemble beaucoup à celui du chilien Alejandro Jodorowski. Nous sommes dans le baroque et l’esprit du réalisme magique. Cela peut sans doute dérouter certains spectateurs.

En salle le 22 août.

Alain LIATARD

Cycle autour du cinéma argentin : trois films incontournables diffusés en août sur Arte

Arte propose un cycle autour du cinéma argentin au cours du mois d’août. Seront ainsi diffusés le mercredi 22 août à 20 h 55 Dans ses yeux de Juan José Campanella, suivi à 23 h par le film El Clan de Pablo Trapero. Le cycle continue le mercredi 29 août à 20 h 55 avec le film Les Nouveaux Sauvages.

Photo : extrait de Dans ses yeux

Dans ses yeux, un thriller couronné de prix

1974, Buenos Aires. L’agent fédéral Benjamin Espósito enquête sur le meurtre sanglant d’une jeune femme. Vingt-cinq ans plus tard, il décide de consacrer un roman à cette affaire «classée». Son travail d’écriture le ramène au meurtre qui l’obsède depuis tant d’années, mais également à l’amour qu’il portait à sa collègue de travail, entre-temps devenue juge. Benjamin replonge ainsi dans une période sombre de l’Argentine, où les apparences étaient trompeuses.

La mémoire et l’histoire

«La mémoire me fascine ainsi que la façon dont des décisions prises il y a vingt ou trente ans peuvent nous affecter aujourd’hui. Cela peut aussi s’appliquer à la mémoire d’une nation. En tant que pays, alors que nous retrouvons maintenant notre mémoire des années 1970, nous savons que l’horreur a commencé à prendre forme avant la dictature militaire. L’histoire se déroule dans une Argentine où l’atmosphère est lourde et étouffante même pour les protagonistes. C’est également plus qu’une simple histoire policière. Le personnage principal essaie de résoudre ses problèmes personnels autant que l’enquête criminelle. Mon but était de poser cette question : cet homme qui marche vers nous, que sait-on de lui ? Qu’apprendrait-on de lui si on avait tout à coup un gros plan sur ses yeux ? Quels secrets nous raconteraient-ils ?», explique Juan José Campanella.

El secreto de sus ojos de Juan José Campanella (Argentine/Espagne, 2009, 2h01mn, VF/VOSTF) – Scénario : Juan José Campanella, Eduardo Sacheri – Avec : Ricardo Darín (Benjamin Espósito), Soledad Villamil (Irene Menéndez Hastings), Carla Quevedo (Liliana Coloto), Pablo Rago (Ricardo Morales), Javier Godino (Isidoro Gómez) – Production : Tornasol Filös, Haddock Films, 100 Bares Producciones S.A. and El secreto de sus ojos A.I.E.

Meilleur film étranger, Oscars 2010 – Meilleur film étranger en langue espagnole et meilleure espoir féminin (Soledad Villamil), Goyas 2010.

Diffusé le mercredi 22 août à 20h55

El clan, un thriller violent et magnétique

Buenos Aires, 1982. Patriarche d’une famille modèle, Arquìmedes Puccio régente avec douceur son petit monde. Écarté des services de renseignement depuis le retour de la démocratie, Puccio a fait d’Alejandro, son fils cadet, le complice des lucratives activités criminelles qu’il mène pour son propre compte. Entouré d’amis riches, joueurs de rugby comme lui dans l’équipe d’un quartier huppé de la capitale, Alejandro lui fournit des informations sur ses camarades et leurs parents. Accompagné d’hommes de main, Puccio les enlève, les séquestre au sous-sol de la maison familiale et réclame de mirifiques rançons à leurs proches. Un jour, alors qu’il va être relâché, Ricardo Manoukian, l’une de leurs victimes, les reconnaît et menace de les dénoncer. Le jeune homme est retrouvé dans un champ avec trois balles dans la tête…

Noirs offices

S’inspirant d’un sordide fait divers qui a secoué l’Argentine au milieu des années 1980, Pablo Trapero brosse au travers de cette famille – apparemment – ordinaire le portrait psychologique d’un pays encore sous le coup de ses terribles années de dictature militaire et de leur kyrielle d’opposants disparus. Sous la coupe d’un pater familias qui fut informateur de la junte, son épouse (enseignante) et leurs quatre enfants (bien élevés) semblent aveugles et sourds aux crimes perpétrés sous leur toit. Impavide et glaçant, Arquìmedes Puccio – formidable Guillermo Francella – a beau élaborer ses plans au petit bonheur la chance, il fait aussi preuve d’une précision maniaque, consignant avec soin forfaits et rentrées d’argent dans le petit carnet qui scellera sa chute. Les flash-back qui ponctuent le récit ainsi qu’une bande originale aux tubes primesautiers, de Sunny Afternoon des Kinks à Just a Gigolo de David Lee Roth, contrebalancent l’atmosphère suffocante des scènes violentes. Produit par Pedro et Augustin Almodóvar, plébiscité par le public et la critique, un thriller magnétique dans la veine des Affranchis de Scorsese.

El clan de Pablo Trapero (Argentine/Espagne, 2015, 1h41mn, VF/VOSTF) – Scénario : Pablo Trapero, Esteban Student, Julian Loyola – Avec : Guillermo Francella (Arquìmedes Puccio), Peter Lanzani (Alejandro Puccio), Lili Popovich (Epifania Puccio), Giselle Motta (Silvia Puccio), Franco Masini (Guillermo Puccio), Gaston Cocchiarale (Marguila Puccio) – Production : El Deseo, Matanza Cine, Kramer & Sigman Films.

Lion d’argent, Mostra 2015 – Meilleur film ibéro-américain, Goya 2016, Meilleurs film, révélation masculine (Peter Lanzani), direction artistique, costumes et son, Académie des arts et sciences du cinéma d’Argentine 2015.

Diffusé le mercredi 22 août à 23h

Les Nouveaux Sauvages : six sketches à la violence assumée et libératrice

Les passagers d’un avion réalisent qu’ils connaissent tous le même homme et qu’un jour ou l’autre chacun l’a humilié. Une serveuse reconnaît dans un client l’homme abject qui a poussé son père au suicide. Le conducteur d’une guimbarde poussive refuse de se laisser doubler par Diego, au volant d’une puissante berline. À cause d’une mise en fourrière qu’il estime injustifiée, Simon, ingénieur en explosifs, manque l’anniversaire de sa fille. Pour éviter la prison à son fils chauffard, un homme d’affaires soudoie son employé de maison pour qu’il endosse la responsabilité de l’accident mortel. Le jour de leurs noces, Romina comprend qu’Ariel l’a trompée avec l’une des invitées…

Mauvais esprit

Produit par Augustin et Pedro Almodóvar – un bon signe ! –, le premier film de l’Argentin Damián Szifrón enchaîne dans ces six sketches de banales situations du quotidien qui dérapent vers un déchaînement de violence, qu’elle soit verbale, mentale ou physique. Les personnages hauts en couleur libèrent leurs plus bas instincts pour assouvir une inextinguible soif de vengeance. Plébiscité à sa sortie par le public, mais aussi par la critique, ce sommet de mauvais esprit à la portée universelle livre le tableau peu reluisant d’une société gangrénée tout autant par l’arbitraire, la corruption et l’arrogance de sa classe dominante que par l’irrépressible pulsion des plus faibles à relever la tête et cesser de se soumettre.

Relatos salvajes de Damián Szifrón (Argentine/Espagne, 2014, 1h52mn, VF/VOSTF) – Scénario : Damián Szifrón, Germán Servidio – Avec : Ricardo Darín (Simon), María Marull (Isabel), Darío Grandinetti (Salgado), Juliette Zylberberg (la serveuse), Rita Cortesa (la cuisinière), Leonardo Sbaraglia (Diego), Oscar Martinez (Mauricio), Erica Rivas (Romina), Diego Gentile (Ariel) – Production : El Deseo, Telefe, Kramer & Sigman Films, en association avec Corner Producciones.

Meilleur film étranger, Bafta Awards 2016 – Meilleur film étranger en langue espagnole, Goya 2015.

Diffusé le mercredi 29 août à 20h55

D’après ARTE

Les rencontres professionnelles Biarritz Amérique latine Lab entre Français et Latino-américains

Vitrine reconnue des cinémas latino-américains, le Festival Biarritz Amérique Latine est aussi un espace de coopération entre producteurs français et créateurs latino-américains. Les rencontres professionnelles du festival se structurent sous le label de Biarritz Amérique Latine Lab / BAL-LAB autour de deux pôles : un pôle «résidences» autour du partenariat avec Lizières, et un pôle «rencontres de coproduction».

Photo : O som dos sinos 

Depuis 2014, le festival est partenaire de la Résidence Lizières, dirigée par l’artiste pluridisciplinaire Ramuntcho Matta. L’un des réalisateurs sélectionnés à Biarritz est choisi lors du festival pour participer à la résidence d’écriture pour son prochain projet. Depuis 2015, grâce au soutien de la région Nouvelle-Aquitaine, les réalisateurs latino-américains présents à Biarritz ont la possibilité de présenter un projet en écriture ou en développement à des producteurs établis dans la région dans le cadre des rencontres de coproduction. Les réalisateurs et producteurs latino-américains dont un film est sélectionné au festival ont la possibilité de proposer un projet (documentaire ou fiction, court ou long métrage) pour la résidence de Lizières et/ou pour les rencontres de coproduction.

À ce jour, plus de vingt professionnels européens (producteurs néo-aquitains, autres producteurs, fonds d’aide, partenaires) sont venus à Biarritz pour y participer. 31 projets de films en développement ont été présentés entre 2015 et 2017.

Entrée en résidence des lauréates 2017

L’année dernière, vous aviez découvert en compétition le documentaire O som dos sinos de Marcia Mansur et Marina Thomé. Les deux réalisatrices ont remporté le prix Lizières pour leur prochain projet documentaire, A dupla naturaleza da luz.

Ce nouveau projet traitera des inégalités d’accès aux besoins fondamentaux au Brésil, en particulier de l’électricité. Le propos croise d’autres problématiques fondamentales de la société brésilienne, comme les droits indigènes ou la question environnementale.

Marcia Mansur et Marina Thomé entreront en résidence au mois d’août pour six semaines afin de mener à bien leur projet. Les deux réalisatrices poursuivent avec ce nouveau documentaire leur travail avec la société de production brésilienne Estudio Crua.

D’après Biarritz Amérique latine

«Femmes du chaos vénézuélien», un documentaire de la Franco-vénézuélienne Margarita Cadenas

De plus en plus de documentaires sortent en salles. Après le très beau Jericó, le vol infini des jours, de la Colombienne Catalina Mesa, sur les écrans depuis le 20 juin, c’est au tour de ce film, Femmes du chaos vénézuélien, réalisé par Margarita Cadenas, de dresser le portrait de cinq femmes vénézuéliennes.

Photo : Femmes du chaos vénézuélien

«Le projet de mon documentaire est né dans l’urgence, explique Margarita Cadenas, comme un devoir moral qui s’imposait à moi de témoigner de la situation actuelle au Venezuela. En tant que réalisatrice franco-vénézuélienne, je ne pouvais pas rester insensible ni inactive face à la crise majeure qui frappe mon pays. Un pays que j’ai connu par le passé riche, beau, prospère, et que je vois aujourd’hui sombrer de plus en plus dans le chaos.» 

«Dans mon enfance, le Venezuela était (et demeure) le pays dont la réserve de pétrole est la plus importante au monde, sans parler de ses autres ressources naturelles. C’était l’un des pays leader d’Amérique latine, avec un développement, une croissance économique et des avancées technologiques impressionnantes. C’était une sorte de « terre promise ». Aujourd’hui, le pays vit la plus grande crise de son histoire.» 

«Même si je me suis beaucoup investie émotionnellement dans le film, mon but était de transmettre un constat objectif sur la situation insupportable que vivent les Vénézuéliens, plongés dans un climat politique asphyxiant et une émigration massive. J’ai suivi cinq femmes fortes dans leur vie de tous les jours avec l’idée que chacune d’entre elles incarnaient un aspect du dysfonctionnement de la société vénézuélienne. Trois d’entre elles se battent à présent pour leur survie dans un pays au bord de l’anarchie. Les deux autres sont parties construire un avenir plus sûr dans un autre pays…» 

«Cependant, le film a une certaine dimension subversive étant donné que l’armée nous avait formellement interdit de filmer l’intérieur des hôpitaux ou les enseignes des supermarchés, nous obligeant à filmer de manière clandestine. Toute critique jugée « antipatriotique » était également interdite à l’enregistrement. Pour ces raisons, l’équipe technique a préféré rester dans l’anonymat.» 

Chacune de ces femmes représente un problème majeur de la crise : la pénurie alimentaire, le manque de moyens dans les hôpitaux, les prisonniers politiques, le manque d’eau, l’injustice et la délinquance. Elles se sont livrées sans masque. On voit aussi la vie à Caracas dont le seul travail devient la recherche d’un moyen pour survivre, souvent de petits trafics. On achète ce que l’on trouve, même si on n’en a pas besoin, pour faire ensuite du troc avec d’autres produits, comme le montre la séquence sur le trafic des couches. Par rapport aux difficultés des citoyens, on entend à la radio la langue de bois du pouvoir. Depuis le début du tournage, la situation a encore empiré.

À l’écran depuis le 4 juillet, le film est soutenu par Amnesty International et Human Right Watch. Il a participé à de nombreux festivals internationaux de films documentaires et de droits de l’homme (Prague, Genève, Londres, Copenhague, Francfort, La Hague, New York).

Alain LIATARD

Pour plus d’informations sur le film, visitez le site qui lui est dédié : https://www.femmesduchaosvenezuelien.com

«Zama», un film argentin réalisé par Lucrecia Martel d’après le roman d’Antonio Di Benedetto

XVIIIe siècle. Le magistrat espagnol don Diego de Zama, isolé dans le Gran Chaco, espère une lettre du vice roi du Río de la Plata signifiant sa mutation pour Buenos Aires. Souffrant de l’éloignement de sa famille, de l’ennui de son travail de fonctionnaire et du manque de reconnaissance de sa hiérarchie, son impulsivité et son manque de sens des relations sociales le conduisent d’échec en échec. Il vit dans un état second qui finit par entraîner chez lui une fièvre tropicale l’emportant de plus en plus loin de la réalité. Sa plongée dans la folie est exprimée par de subtiles nuances à la fois brillantes et inquiétantes. Superbement filmé, ce film historique propose une critique incisive des préjugés sociaux et raciaux qui trouve une forte résonance contemporaine.

Photo : Zama/Sens Critique

Lucrecia Martel est une grande cinéaste et c’est peut-être ce coté Désert des Tartares qui l’a intéressée dans le roman d’Antonio Di Benedetto publié à l’origine en 1956 et récemment réédité. Comme toujours chez Lucrecia Martel, le rythme est lent, les cadrages serrés, le montage très travaillé. Formellement, l’image est très belle, opposant les intérieurs très sombres et les personnages confinés à la beauté des extérieurs extrêmement bien choisis. Puis l’image devient différente lorsque le protagoniste quitte son travail pour se lancer dans des endroits insalubres.

C’est donc une œuvre remarquable, un peu rigide, dont la beauté formelle est à couper le souffle. Ce n’est que le quatrième film de la réalisatrice qui avait commencé sa carrière avec des courts métrages. En 2001, elle réalise son premier long métrage, La Ciénaga. Son second film, La Niña santa, portrait d’une adolescente, est présenté en compétition à Cannes en 2004. Elle est d’ailleurs membre du jury présidé par Wong Kar-wai en 2006. Elle y présente en 2008 son troisième long métrage, La Femme sans tête. Elle enseigne le cinéma et a une énorme influence sur les cinéastes argentins et latino-américains actuels.

«Lorsque j’ai terminé La Femme sans tête, explique Lucrecia Martel, j’ai eu la sensation d’arriver au bout de quelque chose. Par ailleurs, je souhaitais m’immerger dans le monde d’autres auteurs avec, dans un premier temps, l’adaptation de la bande-dessinée El Eternauta (L’Éternaute), puis celle de Zama. La spécificité de Zama est que ce roman est une véritable invention linguistique ; dans l’ordre des mots, dans les temps utilisés, il y a un pouvoir à l’œuvre qui a de lourdes conséquences sur le corps. Je m’en suis rendue compte à l’écriture des dialogues. Toute l’équipe a travaillé à reconstituer l’esprit de Di Benedetto. Nous n’avons pas hésité à inventer notre XVIIIe siècle […]. Nous voulions des lieux d’époque, mais pas seulement. Nous avons constitué une équipe de Brésiliens : Karen Pinheiro et ses amazones nous ont apporté l’architecture religieuse de la région de la Chiquitanía, mais nous l’avons utilisée pour des bâtiments non religieux. Karen a également utilisé les couleurs des sables d’Empedrado, dans la province de Corrientes. Le bâtiment gouvernemental a été filmé à Chascomús, en plein hiver

En salle le 11 juillet !

Alain LIATARD

Quand l’animation chilienne se voit récompensée de l’autre côté du globe

Du 11 au 16 juin 2018, le festival international du film d’animation d’Annecy a battu son plein. Pendant une semaine, ce sont plus de deux cents films sélectionnés qui ont été diffusés de part et d’autre de la ville. Lors de la cérémonie de clôture, le jury a dévoilé son palmarès. Dans la catégorie long métrage, c’est le cinéma chilien qui a obtenu la mention du jury pour La Casa Lobo, un film atypique réalisé par Cristóbal León et Joaquín Cociña. Revenons sur  cette création originale qui a fait trembler les membres du jury. 

Photo : La Casa Lobo

Une jeune femme nommée Maria trouve refuge dans une maison après avoir échappé à une secte de fanatiques religieux allemands au Chili. Comme dans un rêve, la maison réagit aux émotions de Maria et transforme son séjour en cauchemar.

Dans La Casa Lobo, on trouve bien un grand méchant loup et des petits cochons, et même une sorte de Boucles d’Or en guise d’héroïne, mais ce film d’animation chilien n’a pas grand chose à voir avec le conte traditionnel, ni la version que Walt Disney en a donnée en 1933…

Le film débute par une série d’images d’archives des années 1960 vantant les mérites d’un miel produit au sud du Chili, dans une enclave abritant une communauté agricole. Le narrateur, doté d’un fort accent teuton, s’adresse au spectateur en lui disant qu’il ne faut pas croire toutes les rumeurs qui circulent sur cette colonie. Il se propose ensuite de nous raconter la fameuse fable, revisitée par ses soins.

Il y est question de Maria, une jeune femme qui a commis une bêtise en laissant s’échapper trois petits cochons de leur enclos et qui, pour éviter d’être punie, a fui l’enclave agricole. Elle se réfugie dans la première maison venue, dans la forêt, mais les choses ne se passent pas tout à fait comme prévu. Les murs se transforment, changent d’apparence, tout comme Maria et les trois petits cochons qui prennent une forme humaine et à qui elle donne des noms, comme s’il s’agissait de ses propres enfants. Finalement, on comprend qu’elle est contrainte de retourner dans la colonie pour y recevoir son châtiment…

Évidemment, quand c’est le loup lui-même qui raconte sa version de l’histoire, on se doute que la morale de ce conte est à prendre avec des pincettes. Le loup, en l’occurrence, représente Paul Schäfer, un ancien caporal SS qui, après la Seconde guerre mondiale, a fui à la fois les procès des criminels nazis et les accusations de pédophilie et de viols sur mineurs, commis sous couverture d’une association caritative. L’homme s’est installé, comme beaucoup d’anciens dignitaires nazis, en Amérique du Sud, au Chili plus exactement, où il a créé la Colonia Dignidad. Là, il a formé une véritable secte dédiée à sa cause, où il a pu continuer à violer des enfants en toute impunité. Il a aussi ouvert les portes de sa colonie aux miliciens du dictateur Augusto Pinochet pour qu’ils puissent torturer discrètement les opposants au régime. Charmant monsieur…

Le film évoque tout cela non pas frontalement –ce qui serait sans doute insoutenable– mais sous couvert de la fable, avec la distance permise par l’animation, du dessin animé peint directement sur les murs de cette «Casa Lobo» à l’animation de figurines en papier mâché, image par image. Cela ressemble un peu à un cauchemar dans lequel tout semble flou, instable, effrayant. Les objets changent de place, le papier peint se déchire pour donner vie aux figurines. Il y a quelque chose d’un peu fou, de malsain, de pervers dans cet univers. Il est clair que, dans ce Chili des années 1960-1970, la Colonia Dignidad n’était pas le seul danger pour les jeunes femmes rebelles. Hors des murs, elles étaient confrontées à la misère, l’oppression, les violences des milices et de la police secrète de Pinochet. Et comme ceux-ci étaient évidemment de mèche avec Schäfer et ses sbires, les fuyardes avaient vite fait de retourner au bercail, où elles étaient sévèrement punies, sinon froidement exécutées.

On ne peut qu’être admiratifs du travail accompli par les deux jeunes réalisateurs du film, Cristóbal León et Joaquín Cociña, qui on travaillé plus de sept ans sur ce projet un peu «loco». Ils ont dû ruser pour obtenir des subventions, puis pour donner vie, image par image, à cette fable fascinante et terrifiante. Assez logiquement, leur film repart de Berlin avec une récompense. Le jury Caligari lui a accordé son prix, récompensant le meilleur film de la catégorie «Forum».

D’après Angle de vue

«Jericó, le vol infini des jours», un documentaire de la Colombienne Catalina Mesa

La réalisatrice, Catalina Mesa, est allée à la rencontre de femmes dans le petit village de Jericó, situé dans l’Antioquia en Colombie, pas très loin de Medellín. D’âges et de conditions sociales différentes, les huit portraits de femmes du film documentaire Jericó, le vol infini des jours évoquent les joies et les peines de leurs existences, tour à tour nostalgiques, pudiques ou impudiques. Leurs histoires se dévoilent ainsi que leurs espaces intérieurs, leur humour et leur sagesse, leurs prières et leur rapport au sacré.

Photo : Jericó, le vol infini des jours

Jericó est un feu d’artifice coloré de paroles, de musique, d’humanité et de féminité. Dès le début du documentaire, ce qui frappe, c’est la beauté des lieux, ces maisons colorées surplombées par une statue du Christ au sommet de la colline. Puis on va rentrer à l’intérieur et faire d’autres découvertes. Non seulement les extérieurs sont beaux, mais les intérieurs révèlent ces femmes et leurs préoccupations. Elles sont âgées et, pour la plupart, très croyantes.

Catalina connaissait ce village et y était déjà allée, puisque c’était celui de sa grand-tante. Pour les besoins du film, elle a loué une maison qu’elle a occupé trois mois. «Il était différent des autres parce que toutes les communautés religieuses, venues d’Europe, s’y étaient installées. De sorte que l’éducation des enfants y était meilleure que dans les villages voisins. C’est pour cette raison qu’on appelle Jericó, « l’Athènes du sud-ouest d’Antioquia ». Quand je suis arrivée dans le petit centre historique, j’ai découvert tous les poètes locaux. Comme c’est un village qui a été fondé en 1851 –ce qui est relativement récent–, on regarde toujours vers l’avenir, sans se retourner sur le passé. Que ce village, perché dans les montagnes, ait gardé toutes ses archives est extraordinaire. J’ai commencé à lire plus de 300 poèmes. Les vers que l’on peut lire en exergue du film sont de Oliva Sossa de Jaramillo : « Mon noble Jericó est beau, enclavé dans la montagne, le mont touche l’infini… » J’ai choisi cette strophe car elle fait écho à d’autres poèmes évoquant la montagne touchant le ciel. C’est une réalité que l’on ressent à Jericó.»

Ces femmes abordent peu les problèmes politiques, mais on apprend que l’Armée de libération nationale a tué le fils de l’une d’elles et qu’un poulet s’appelle Mafioso ! Cependant, le film se termine avec une lueur d’espoir, grâce à la fête des cerfs-volants qui vont peut-être toucher le ciel.

Enfin, il faut ajouter la qualité de la musique : ce sont des chansons que ces femmes écoutaient. S’ajoutent des morceaux interprétés par la pianiste Teresita Gómez. «Elle a mis à l’honneur des compositeurs colombiens de la fin du 19e siècle et du 20e siècle. Cela correspondait parfaitement à l’époque et à la génération que je souhaitais mettre en valeur. Le travail autour de la musique était presque ethnographique. Un morceau cubain a néanmoins été intégré comme s’il était Colombien car il s’inscrivait profondément dans mon histoire familiale», précise Catalina Mesa. Il est rare que l’on prenne autant de plaisir, mais c’est le cas pour ce documentaire primé en particulier au festival Cinelatino de Toulouse par le jury et le public.

Alain LIATARD

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«Le voyage de Lila», une belle première pour la Colombienne Marcela Rincón González

Réalisé par Marcela Rincón González, en coproduction avec le studio uruguayen Palermo Animación, Le voyage de Lila est le premier long-métrage d’animation colombien dirigé par une femme. À mi-chemin entre le monde réel et l’imaginaire, du Calí des années 1990 à la «Forêt du Souvenir», en passant par le «désert des souvenirs perdus», Lila nous transporte dans une aventure haute en couleur, à la conquête de la mémoire.

Photo : Le voyage de Lila

Lila vit dans un livre pour enfants, un conte merveilleux dont elle est le personnage principal. Un beau jour, elle est arrachée à ses pages et propulsée dans le monde réel, menacée par les «oiseaux de l’oubli». Elle entreprend alors un voyage magique à la rencontre de Ramón, un jeune garçon qui autrefois aimait lire le conte de Lila et qui est le seul à pouvoir la sauver. Mais Ramón a grandi, il ne lit plus de contes pour enfants et ne se consacre qu’à son ordinateur. Comment le convaincre de sauver Lila des profondeurs de l’oubli ?

Entre la nostalgie de l’enfance, de l’insouciance, et l’envie de rendre hommage à la culture colombienne et au pouvoir de l’imagination, Marcela Rincón González nous plonge dans un univers onirique qui a déjà fait le tour du monde. De l’Amérique latine à la Corée du Sud en passant par la Pologne, le long-métrage a fait partie des sélections de nombreux festivals et a été largement récompensé en Colombie et au Chili.

«Le film s’adresse aux enfants de 6 ans et plus, ayant déjà eu un contact avec la lecture et l’écriture, car on retrouve une certaine complexité dans la trame de l’histoire : il faut qu’ils puissent comprendre que le personnage est issu d’un livre et qu’il est en train de tomber dans l’oubli […]. De plus, l’histoire se déroule à une époque où la technologie n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui, où les enfants n’utilisaient pas leurs téléphones portables pour résoudre leurs problèmes, mais expérimentaient la vie de manière différente, plus près des livres et des bibliothèques», explique la réalisatrice dans une interview accordée au journal national colombien El tiempo.

Bien qu’il semble dans un premier temps destiné aux plus jeunes, Le voyage de Lila, dont l’univers se rapproche de celui créé par Hayao Miyazaki dans Le voyage de Chihiro, transcende les frontières et les générations. Il raconte la fabuleuse rencontre entre des personnages de fiction et leurs lecteurs et immerge le spectateur dans une aventure initiatique et symbolique qui rend hommage à la littérature, au pouvoir de la lecture, tout en véhiculant un message important sur la transmission et la mémoire.

Laura CHANAL

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Le Brésil à l’honneur en juin au Festival international du film d’animation d’Annecy

La riche programmation du Festival international du film d’animation d’Annecy, qui se déroulera du 11 au 16 juin prochain, vient d’être dévoilée, avec 218 films, issus de 93 pays, en sélection officielle et des avant-premières très attendues. Rendez-vous important de l’image en mouvement, le festival propose une sélection officielle avec un panel de films d’animation utilisant des techniques diverses : dessins animés, papiers découpés, pâte à modeler, stop motion, 3D… classés dans différentes catégories, du long au court métrage, en passant par les films de télévision et de fin d’études.

Photo : Festival international du film d’animation d’Annecy

Pour cette 42e édition, le pays à l’honneur sera le Brésil. «Nous souhaitons ainsi souligner, déclare Marcel Jean, délégué artistique, l’émergence d’une véritable cinématographie, qui a donné au Festival deux Cristal du long métrage au cours des cinq dernières années : Rio 2096 : A Story of Love and Fury de Luiz Bolognesi en 2013 et Le Garçon et le monde d’Alè Abreu en 2014. Cela sans compter le court métrage Guida de Rosana Urbes, prix Jean-Luc Xiberras de la première œuvre et mention spéciale du prix Fipresci en 2015. L’animation brésilienne s’est donc distinguée à Annecy pendant trois éditions consécutives du Festival. Il s’agit d’une affiche exceptionnelle qui, à elle seule, justifie notre volonté d’explorer plus en profondeur la production nationale…. Nous souhaitons que 2018 soit l’occasion de célébrer l’énergie culturelle du Brésil, montrer comment ce grand territoire est une puissante source de création, comment les animateurs brésiliens ont su y puiser une expression singulière et forte.»

Le festival est donc l’occasion de découvrir trois programmes de courts métrages, panorama de la production brésilienne, qui abordent des sujets de société tels que la déforestation, le sexe, la sensualité ou encore la musique, ainsi qu’un programme de séries télé et de films de commande, plusieurs longs métrages et une exposition sur l’art numérique.

Vingt-trois longs métrages ont été sélectionnés, dont dix en compétition avec, notamment, Miraï, ma petite soeur de Mamoru Hosoda (que l’on verra d’abord à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes), Parvana, une enfance en Afghanistan de Nora Twomey (qui sort le 27 juin) et Funan de Denis Do, seul film français en course pour le Cristal d’or.

Trois films latinos seront présentés : Virus tropical de Santiago Caicedo (Colombie), qui raconte l’histoire de Paola, née d’un père prêtre et d’une mère qui ne peut plus avoir d’enfants, qui grandit entre l’Équateur et la Colombie dans une famille haute en couleurs. Dans La casa lobo de Cristóbal León et Joaquín Cociña (Chili), une jeune femme nommée Maria trouve refuge dans une maison après avoir échappé à une secte de fanatiques religieux allemands au Chili. Enfin, Tito et les oiseaux de Gabriel Matioli, Yazbek Bitar, André Catoto Dias et Gustavo Steinberg (Brésil) suit la vie d’un garçon de dix ans qui s’est donné pour mission de sauver le monde d’une étrange épidémie : les gens tombent malades de peur.

Les courts métrages seront comme chaque année très présents à travers cinq sélections : Off-Limits (8), Perspectives (18), Jeune public (10), Fin d’études (48) et, en compétition internationale, quarante-six films en lice, dont deux films latinos : Guaxuma de Nara Normande (Brésil, France) et Afterwork de Luis Usón et Andrés Aguilar (Équateur, Espagne, Pérou).

Les chaînes de télévision viennent aussi présenter leurs grilles et compléter leur catalogue au Marché international du film d’animation. Si le soleil est au rendez-vous, vous apprécierez les projections en plein air au Pâquier, au bord du lac. C’est donc une très riche programmation qui attend les amoureux du cinéma d’animation, dont de nombreux films s’adressent désormais d’abord aux adultes.

Alain LIATARD

Cannes 2018, un palmarès très éclectique. Retour sur les prix décernés par sections

Clap de fin pour la 71e édition du festival de Cannes qui, pendant douze jours, a dévoilé des artistes et des films du monde entier. Sur la scène du Grand Théâtre Lumière, le maître des cérémonies, Edouard Baer, a accueilli le jury des longs métrages, présidé par Cate Blanchett, pour l’annonce du palmarès 2018. Bref compte-rendu des prix décernés par compétition.

Photo : extrait d’Une affaire de famille, Palme d’Or

En compétition officielle, Cate Blanchett et son jury ont couronné de très beaux films. Une affaire de famille (Palme d’Or) du Japonais Hidokazu Kore-eda, un habitué de la sélection, est un film très étonnant sur une famille pauvre qui vit chez la grand-mère et qui recueille une petite fille battue. L’Iranien Jafar Panahi, assigné à résidence dans son pays, réalise, dans Trois visages, un voyage avec son actrice dans un petit village perdu à la recherche d’une gamine qui veut s’inscrire au conservatoire. Il a obtenu le prix du scénario ex-æquo avec l’italienne Alice Rohrwacher pour Heureux comme Lazzaro. Capharnaüm, de l’actrice libanaise Nadine Labaki, a ému le public et a obtenu le prix du jury. Signalons aussi la reconnaissance de Spike Lee pour son film Blackkklandsman sur le Ku Klux Klan. Le prix de la mise en scène est allé à Cold war, réalisé par le Polonais Pawel Pawlikowski. Les prix d’interprétation ont récompensé une actrice kazakh et un acteur italien. Une Palme d’or spéciale a été attribuée à Jean-Luc Godard, maintenant âgé de 87 ans, pour son film très expérimental Le Livre d’image.

Aucun film latino n’était en compétition officielle si ce n’est Le Grand cirque mystique, présenté hors compétition et réalisé par le brésilien Carlos Diegues. Il aurait pu être signé par le chilien Alejandro Jodorowski. La vie de ce cirque durant un siècle, de sa grandeur à sa décadence, est remarquablement filmée.

Dans la section «Un certain regard», où le jury de Benicio del Toro a primé Border du Danois Ali Abbasi ; un film très curieux à la limite du fantastique dans lequel une douanière renifle les personnes pas très nettes. Le prix spécial du jury a été attribué au documentaire luso-brésilien Chuva é cantoria na aldeia dos mortos (Les morts et les autres) de João Salaviza et Renée Nader Messora ; l’histoire d’un jeune indigène Krahô vivant au nord du Brésil, qui fait des cauchemars depuis qu’il a perdu son père. Il doit organiser la cérémonie funéraire pour que l’esprit du père puisse rejoindre le village des morts et que le deuil prenne fin. Échappant à son devoir et refusant de devenir chaman, Ihjãc décide de s’enfuir vers la ville, loin de son peuple et de sa culture.

Le prix du jury pour l’interprétation a distingué le jeune belge Victor Polster pour sa remarquable performance d’hermaphrodite dans Girl de son compatriote Lukas Dhont. Le film a également reçu «La caméra d’or», prix prestigieux qui distingue le meilleur premier film toutes sections confondues et le prix de la presse.

À partir d’un fait historique, le film L’Ange décrit la vie d’un assassin, bel ange blond. Mais nous ne verrons pas les meurtres. Tout est suggéré. Pourtant, il manque quelque chose pour que nous soyons complètement satisfaits par ce film de l’Argentin Luis Ortega. Meurs, monstre, meurs est un film d’épouvante, deuxième film de l’Argentin Alejandro Fadel. En Patagonie, un monstre très laid tue des femmes en leur coupant la tète. Un inspecteur se lance à sa trace. On aurait mieux aimé ne pas voir la Bête, et que tout soit suggéré dans ces décors magnifiques de la région de Mendoza.

À la Quinzaine des Réalisateurs, qui fêtait cette année son cinquantième anniversaire, le film colombien de Cristina Gallego et de Ciro Guerra, Pájaros de Verano, était présenté en ouverture. C’est un film réussi sur les débuts du trafic de drogue en Colombie. Dans ce peuple Waayuu où le matriarcat est important, la demande américaine de marijuana des années 80 va introduire une guerre des clans. Se construit peu à peu un empire qui marque la fin d’une manière de vivre indigène. C’est la naissance des cartels de la drogue. Merveilleusement réalisé et parlé dans la langue des Wayuu, le film dévoile un aspect peu connu de l’histoire de la drogue en Colombie.

Los silencios de la brésilienne Beatriz Seigner est une histoire originale : une famille arrive sur une petite île au milieu de l’Amazonie, à la frontière du Brésil, de la Colombie et du Pérou. Elle a fui le conflit armé en Colombie. Cette île est un peu mystérieuse car nous ne savons pas vraiment qui sont les vivants ou les morts. Réalisé avec beaucoup de force par une jeune réalisatrice, le film est très beau. Parler des morts et des disparus du conflit colombien de cette façon est une réussite.

Cómprame un revólver de Julio Hernández Cordón se déroule dans un Mexique intemporel où une petite fille, pour aider son junkie de père, porte un masque pour cacher sa féminité.

El Motoarrebatador de l’Argentin Agustín Toscano raconte l’histoire d’un voleur à moto qui arrache le sac d’une vieille dame. Pris de remords, il va s’occuper d’elle, devenue amnésique. Le film est réalisé avec beaucoup d’humour. Il a été tourné dans la région de Tucumán où «notre caractère, dit le réalisateur, ressemble plus à ceux des pays voisins comme le Chili qu’à celui de Buenos Aires». Ce fut vraiment une bonne surprise.

Enfin, le film chilien de l’Universidad de Chile, El verano del león eléctrico réalisé par Diego Céspedes, a reçu des mains de Bruno Bonello le premier prix de le Cinéfondation du Festival de Cannes. Cette sélection comprenait 17 films d’étudiants en cinéma choisis parmi 2 426 candidats en provenance de 512 écoles de cinéma dans le monde. Plusieurs de ces films seront projetés à la Cinémathèque de Paris le 11 juin.

Beaucoup de films cette année mettaient l’accent sur la guerre ou la mort. Les films de Cannes sont toujours un reflet de la société. Bien entendu le Festival défend la liberté de création. Une sélection, comme celle des cinéastes de l’Acid, montre des films originaux.

À la Semaine de la Critique, un programme présentait quatre courts du Festival mexicain de Morelia, également projetés à Paris à la Maison du Mexique.

Il est toujours important que le temps soit agréable pendant le festival pour pouvoir faire au moins une heure de queue sous le soleil. Ce ne fut pas le cas cette année. Les invitées devaient geler dans leurs belles robes de couturiers sur le red carpet (car on ne dit plus tapis rouge). Les autres étaient au cinéma ou regardaient sur les écrans du Palais, par Smartphone interposé, la conférence de presse de Jean-Luc Godard, resté à Rolle, en Suisse.

Alain LIATARD

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