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Cinéma

Une version restaurée du classique Guantanamera en salle à partir du 17 octobre

Le cinéma cubain est à l’honneur ce mois-ci avec la ressortie en salle d’un joli classique. Dernier film de Tomás Gutiérrez Alea, Guantanamera est aussi sa seconde coréalisation avec Juan Carlos Tabío, un an après le succès de Fraise et chocolat (Ours d’argent de Berlin, 1994). Avec Guantanamera, les deux réalisateurs délaissent la capitale cubaine pour aller filmer le reste du pays dans une comédie-road-trip grinçante, à bord d’un corbillard fatigué.

Photo : Guantanamera

Suite au décès de la tante de son épouse, Adolfo trouve l’opportunité de mettre en pratique sa théorie bureaucratique : il accompagnera la défunte à sa dernière demeure. Une folle expédition qui lui fera traverser tout le pays, au rythme entraînant de la célèbre chanson «Guantanamera». La route sera longue, semée d’embûches et d’incroyables rencontres…

Dans un décor décrépi, le film démarre sur les échauffourées d’une réunion de bureaucrates autour d’une question à la fois fondamentale et si grotesque qu’elle pousse l’absurdité de la scène à la dérision : comment procéder au rapatriement et à l’enterrement des morts d’une région à l’autre du pays ? Avec ces quelques minutes, on pourrait penser que le film nous a présenté tout son objet : mise en lumière des coulisses d’un régime sclérosé qui ne pense qu’à faire des économies, mari en quête de pouvoir qui étouffe à ses côtés sa femme «faire-valoir», le tout teinté d’humour noir manié avec élégance. Tout est dit… enfin presque !

Une fois la solution trouvée pour le rapatriement des défunts, tata Yoyita vient à mourir. Voici alors son amant de toujours, sa nièce et son mari embarqués sur les routes de Cuba, bien décidés à ramener le corps à la maison en appliquant la méthode nouvellement adoptée. Le film prend alors une autre ampleur en devenant un road-trip fascinant en territoire socialiste cubain. Les personnages se multiplient et les habitants nous partagent à l’écran leur quotidien. Dans le film, chacun y va de sa méthode pour survivre, de la vente de bananes au bord de la route au restaurant illégal. Et dans ce contexte où les plus malins survivent, ce ne sont pas les hommes du régime les mieux lotis…

La beauté du film réside aussi dans la mise en scène poétique des relations contrariées. Car de la mort de tata Yoyita jaillit des frustrations. Celle de son amant d’abord, le vieux Cándido, mais aussi de sa nièce Georgina, voluptueuse professeure au chômage qui retrouve foi en elle et en sa liberté grâce à l’amour que lui porte un de ses anciens étudiants rencontrés en cours de route. Tout au long du film se dessine ainsi une poésie de l’amour en visions fantastiques, en échanges tendres et parfois très (trop ?) sirupeux, qui contraste avec les frasques répétées, vaudevillesques bien qu’absurdement réalistes de l’amant de Georgina. Bref, un film à la légèreté jamais tragique où même les déboires politiques de Mariano le fonctionnaire ne font jamais tout à fait de lui un personnage tragique.

Guantanamera est une comédie agréable et douce qui vaut le coup d’être (re)découverte. Pour sa ressortie en salle, le film bénéficie d’une très jolie copie restaurée qui mérite qu’on s’y plonge pour profiter autant des paysages cubains que de la reprise de la guarija-son «Guantanamera» qui accompagne et chante le récit tout au long du film.

Kévin SAINT-JEAN

L’autre Rio, un documentaire d’Émilie Beaulieu Guérette en marge des Jeux olympiques au Brésil

Plusieurs documentaires ont été tournés à l’occasion des Jeux olympiques de Rio 2016. Certains montraient comment des favelas furent violemment vidées de leurs occupants : 22 000 familles expropriées, «nettoyage» social pour préparer la venue des touristes, répression de travailleurs, militarisation des quartiers très défavorisés, corruption et détournement de fonds publics, façades rafraîchies uniquement pour les passages officiels, etc.

Photo : L’autre Rio

Ici, le point de vue de la réalisatrice canadienne Émilie Beaulieu Guérette est différent. Elle s’est intéressée à une communauté de déshérités qui vit dans un immeuble désaffecté, l’ancien IBGE (Institut brésilien de géographie et de statistiques). Dans cet édifice abandonné vivent cent familles sans eau courante ni collecte de déchets, tandis qu’à deux pas de là se déroulent les Jeux olympiques au stade Maracanã. Malgré la misère, les ordures, la violence des gangs et la militarisation du quartier, les occupants survivent.

Composé de longs plans-séquence, «le film oscille, explique la réalisatrice, entre le cinéma direct, caméra à l’épaule, dans le quotidien du squat et des entrevues frontales où les occupants – surtout des femmes – nous offrent une parole généreuse et intime qui ouvre une porte sur leur réalité méconnue. J’ai tenté de porter un regard sensible et humain sur une population extrêmement marginalisée, qui pourtant survit avec énormément de résilience, de courage et d’humour. Il s’agit d’un film engagé sans pourtant être pamphlétaire, qui pose des questions sur l’inégalité extrême des métropoles d’Amérique du Sud et la manière dont les Jeux olympiques sont imposés, en particulier dans des sociétés inégalitaires comme le Brésil.»

Émilie fait des allers-retours entre Montréal et Rio depuis douze ans et, depuis 2013, elle s’implique dans le droit au logement à Rio. «Il va sans dire que de tourner dans une favela à Rio de Janeiro est une expérience assez difficile puisque le territoire est contrôlé par les trafiquants de drogue et que les confrontations armées avec la police ou les rivaux d’autres factions sont monnaie courante. Maintenant, le squat IBGE n’existe plus. Il a été exproprié et démoli par le maire de Rio, Marcelo Crivella, en mai 2018. Il a promis de construire des logements sociaux sur le lieu du squat pour reloger les familles. Entre temps, les occupants reçoivent une allocation mensuelle (très minime) pour se reloger. J’ai eu la chance d’accompagner quelques familles dans la transition. Les familles vont plutôt bien mais les réactions sont partagées. La plupart ont trouvé des appartements dans la favela Mangueira, à proximité de l’IBGE, mais certains ont dû déménager ailleurs faute de trouver un logement à proximité.»

Le film est présenté par Extérieur Jour, une société de distribution spécialisée dans le genre documentaire et ayant pour but de diffuser les films documentaires d’auteurs québécois afin de les faire mieux connaître en France où ils sont rarement présentés.

Alain LIATARD

Bande annonce : AlloCiné

Palmarès de l’édition 2018 du festival Biarritz Amérique latine : La Flor, film-fleuve prix du jury

On peut se demander, alors qu’il faisait si beau à Biarritz et que la mer était calme, pourquoi plusieurs centaines de spectateurs se sont enfermées dans la salle de la Gare du Midi pour voir un film de quatorze heures (808 minutes exactement), intitulé La Flor de l’Argentin Mariano Llinás. Cette projection était l’événement du festival, comme cela l’avait déjà été en août au festival international du film de Locarno. Un film-fleuve de quatorze heures qui a remporté le prix du jury.

Photo : La Flor

Présenté en trois parties en début d’après-midi durant trois jours, ce film n’est pas une série, mais six histoires : quatre qui commencent et qui ne se terminent pas car elles s’arrêtent à mi-parcours ;la cinquième, elle, est complète, et quant à la sixième, elle commence au milieu et met un point final au film. Ces six histoires ont comme point commun quatre actrices, jouant à chaque fois un rôle différent. Le tournage du film a duré sept ans. Chaque histoire appartient à un genre différent : thriller, comédie musicale, science-fiction, film de sorcières ; hommage à la Partie de campagne de Jean Renoir (film lui-même incomplet).

Le film est vraiment réussi même si, sur la longueur, il y a quelques passages à vide. L’interprétation est très bonne et le film tient remarquablement par la qualité de la photographie et de la musique. Le jury, présidé par Laurent Cantet, le réalisateur de Retour à Ithaque (2014), lui a accordé le prix du jury doté de 3000 euros qui permettra au film, nous l’espérons, d’être vu en France.

C’est le film colombien de Cristina Gallego et de Ciro Guerra, Pájaros de verano, déjà présenté en ouverture à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes, qui a remporté l’Abrazo du festival, gratifié de 8000 euros pour faciliter sa sortie en France. C’est un film réussi sur les débuts du trafic de la drogue en Colombie. Dans ce peuple Wayuu où le matriarcat est important, la demande américaine de Marijuana des années 1980 va introduire une guerre des clans. Se construit peu à peu un empire qui marque la fin d’une manière de vivre indigène. C’est la naissance des cartels de la drogue. Merveilleusement réalisé et parlé dans la langue des Wayuu, le film nous montre un aspect peu connu de l’histoire de la drogue en Colombie.

Le prix du public est allé à l’émouvant film d’Álvaro Brechner, Compañeros (La Noche de 12 años), qui suit l’histoire de trois prisonniers, otages de la dictature uruguayenne, emprisonnés de 1973 à 1985, jetés dans de petites cellules sans pouvoir parler, voir ou dormir. Ils arriveront à lutter contre la folie. L’un, Mauricio Rosencof, devenu écrivain et dramaturge, racontera ses années horribles ; un autre deviendra le président de l’Uruguay de 2010 à 2015, José Mujica. En compagnie de Fernández Huidobro et Mauricio Rosencof, il communiquait en tapant sur les murs. Dans la rétrospective consacrée à l’Uruguay, un documentaire, El Círculo de José Pedro Charlo et Aldo Garay (2008) raconte leur histoire, ainsi que celle d’Henry Engler qui fut le chef des Tupamaros.

Cómprame un revólver de Julio Hernández Cordón se déroule dans un Mexique intemporel où une petite fille, pour aider son junkie de père qui garde un terrain de baseball, porte un masque dissimulant sa féminité. Le film est très impressionnant, surtout lorsque l’on voit deux groupes de trafiquants de drogue s’affronter, mieux armés que l’État mexicain lui-même.

Signalons aussi deux autres films au déroulement très lent : La Muerte del maestro, un très court film de José María Avilés, très beau, sur la nature équatorienne, et Malambo, el hombre bueno de l’argentin Santiago Loza, film passionnant sur un danseur de malambo, une danse dont l’origine vient des gauchos de la pampa.

En ce qui concerne les documentaires, c’est le film brésilien sur la performeuse Linn de Quebrada, Bixa travesty, réalisé par Claudia Priscilla et Kiko Golfman, qui remporta le prix décerné par le jury présidé par la cinéaste colombienne Catalina Villar.

Les rencontres littéraires de cette année étaient consacrées à Karla Suárez (Cuba), accompagné d’un hommage au journaliste et écrivain uruguayen Juan Carlos Onetti (1909-1994).

Nous signalons enfin que, cette année encore, le village du 27e Festival Biarritz Amérique latine était très animé jusque tard dans la nuit avec sa musique et ses boutiques d’artisanat, sans oublier le très beau concert du Daniel Mille quintet consacré à Astor Piazzolla.

Alain LIATARD

Domingo, un film brésilien autour de l’investiture de Lula par Fellipe Barbosa et Clara Linhart

Le 1er janvier 2003, au Sud du Brésil, pas très loin de Porto Alegre, Laura, matriarche d’une famille de la haute bourgeoisie, retrouve les siens dans leur maison de campagne, pour le repas du nouvel an. Mais en ce jour d’investiture du Président Lula, rien ne se passe comme prévu. Tout semble se dérégler dans la propriété : les domestiques renâclent, la maison se délabre à vue d’œil, et les névroses et secrets de trois générations surgissent.

Photo : Domingo

Domingo est le premier film que Fellipe Barbosa et Clara Linhart coréalisent ensemble. Pour Casa Grande, que Fellipe a réalisé seul, Clara était assistante réalisation, puis productrice pour Gabriel et la montagne présenté à Cannes l’an passé. Là, ils sont tous les deux producteurs et réalisateurs. Ce film se déroule dans la maison d’enfance du scénariste Lucas Paraizo.

Le problème du film, c’est que ces bourgeois ne sont pas très sympathiques, même si les réalisateurs essaient de nous montrer le contraire. Laura, la grand-mère, toujours propriétaire de la maison, tente d’exprimer son autorité en passant son temps à boire. Ses deux fils ne sont guère agréables non plus, et leurs adolescents ne pensent qu’au sexe. Même les serviteurs sont conservateurs !

Tout au long de cette journée, la télévision et la radio racontent les manifestations autour de l’investiture de Lula. Ces bourgeois craignent le pire et le film montrera à la fin que, six mois plus tard, rien n’aura changé dans la famille. Clara Linhart raconte : «Le Sud du Brésil, c’est l’élevage et l’abattage bovin, la tradition de la viande séchée. Les conditions de travail, mais aussi l’esclavage, y ont été pires qu’ailleurs, ce qui n’est pas peu dire concernant le Brésil. Dans ce type de domaine résidaient maîtres et esclaves. L’actrice qui joue Valentina est née dans cette ville et elle nous a dit combien ça la choque que l’on continue de louer ces maisons pour organiser des fêtes et des mariages, comme dans le film, sur ces terres imprégnées de souffrance et de la mémoire de l’esclavage.»

D’un point de vue cinématographique, on ne peut s’empêcher de penser à La ciénaga (2001), le nom d’une propriété campagnarde où deux familles viennent passer leurs vacances, réalisé par la cinéaste argentine Lucrecia Martel. Celle-ci a toujours une énorme influence sur le cinéma sud-américain et est vraiment l’inspiratrice de nombreuses œuvres.

Alain LIATARD

Fellipe Barbosa et Clara Linhart

Rétrospective de l’œuvre de la Chilienne Valeria Sarmiento à la cinémathèque de Paris

Du 1er au 7 octobre 2018, la cinémathèque de Paris organise une rétrospective autour de l’œuvre de la réalisatrice chilienne Valeria Sarmiento à l’occasion de la sortie de son dernier film en date, Le Cahier noir. Un dialogue entre la réalisatrice et Jorge Arriagada, le compositeur de la musique de ses films, animé par Gabriela Trujillo, se tiendra également à la suite de la projection de Notre mariage le samedi 6 octobre à 14 h 30.

Photo : Le Cahier noir

De l’essai documentaire à la fiction, de la radiographie de la violence de genre au film en costumes, l’œuvre si rare de Valeria Sarmiento expose et retourne avec élégance et humour les stéréotypes féminins au tournant du XXIe siècle. Amour, folie, dévoration : la réalisatrice déploie en une quinzaine de films les codes du mélodrame pour exalter la délicieuse truculence du rapport entre les sexes. 

Née à Valparaíso, Valeria Sarmiento fait des études de cinéma. Elle réalise des courts métrages documentaires au Chili avant de prendre, avec son compagnon Raúl Ruiz, le chemin de l’exil obligé en 1973. Si elle s’est fait connaître en Europe comme monteuse des films de son célèbre époux (disparu en 2011), il est plus que temps de rappeler que, depuis près de quarante ans, elle n’a aussi cessé de travailler comme scénariste et réalisatrice.

La nostalgie n’est plus ce qu’elle était

Les premiers films qu’elle tourne en France sont des variations autour de l’exil, du déracinement et de l’identité. Suivant une démarche qu’elle qualifie elle-même, avec une immense modestie, d’expérimentale (Le Mal du pays en 1979 puis, la même année, Gens de nulle part, gens de toutes parts), Sarmiento approfondit par la suite sa recherche documentaire (notamment Carlos Fuentes, un voyage dans le temps en 1998 et Au Louvre avec Miquel Barceló en 2004).

Dans les années où elle a pu retourner au Chili, elle n’a cessé de s’intéresser à l’histoire des femmes du pays, comme dans le portrait rêvé de Maria Graham (2014), l’intrépide écrivaine. Mais pour marquer le retour (im)possible au pays natal, Valeria Sarmiento signe en 2008 Secretos, une comédie noire où elle dénonce la culture du faux-semblant au sein d’une société qu’elle n’a pas vu changer – pays perdu où le secret devient la norme. Vision à la fois émue et sans concession des Chiliens, elle y déploie la puissance de son ironie dans des scènes où le rire l’emporte sur l’hypocrisie.

Gardienne de la mémoire

Depuis la disparition de Ruiz, Valeria Sarmiento poursuit le travail du compagnon de sa vie. Elle dirige Les Lignes de Wellington (2012), projet interrompu par la mort du cinéaste où elle esquisse l’art de la guerre à travers la figure du duc de Wellington, commandant en chef des armées portugaise et britannique, un général obsédé par son image. Remodelant le projet initial, elle s’étend sur la manière dont les guerres napoléoniennes bouleversent les géographies – paysages et visages – insistant sur l’empreinte que laisse la guerre dans les rapports entre les hommes. Comme un dernier salut des membres de la «troupe» de Ruiz, certains acteurs viennent rendre hommage (Melvil Poupaud, John Malkovich, Chiara Mastroianni, Michel Piccoli, Catherine Deneuve, Isabelle Huppert), le temps d’une apparition mémorable, au réalisateur.

De même, en l’attente de la mise en production de son adaptation du roman de Roberto Bolaño La Piste de glace, Sarmiento dirige Le Cahier noir (2018), une préquelle des Mystères de Lisbonne de Ruiz (2010), laissée à l’état de projet par le scénariste Carlos Saboga. À nouveau, Sarmiento infléchit le feuilleton d’origine, s’écartant de la figure protéiforme d’un cardinal mystérieux pour se concentrer sur les rapports entre le jeune Sebastian et sa nourrice, incarnée par la sensuelle et ardente Lou de Laâge.

Mais la réalisatrice intervient aussi comme mémorialiste, sauvegardant et permettant la projection des films de Ruiz. Telle Isis en quête du corps d’Osiris, elle remembre certains des très nombreux projets inachevés comme cette Telenovela errante (1990-2017), feuilleton erratique qui enferme en plusieurs sketchs les premières impressions, vivaces et drôles, du réalisateur lorsqu’il a pu tourner à nouveau dans son pays, ou encore son mythique premier film inachevé, El Tango del viudo (Le Tango du veuf, 1967).

La femme élémentaire

Véritable bijou documentaire, El Hombre cuando es hombre (1982) dépeint avec élégance et une inépuisable fierté créative la condition féminine en Amérique latine, à travers ses rites et ses tragédies. Dans ce moyen métrage tourné au Costa Rica par la force des choses (à l’époque, peu de pays de la région lui accordent un visa), elle magnifie la part inviolable de la femme désirante. Car être femme selon Valeria Sarmiento n’est pas une fatalité, mais plutôt l’origine d’une empreinte structurelle au monde. De ce fait, son matériau privilégié est le mélodrame, principal véhicule de stéréotypes qu’elle détourne allègrement.

Notre mariage (1985), premier long métrage de fiction, subvertit malgré lui le récit de la mythique Corín Tellado, figure majeure de la romance sentimentale hispanique. Son héroïne, naïve et rusée, a la force d’un poignard enveloppé dans un ruban de soie rose. Si la danseuse de Rosa la China (2002), mélodrame cubain flamboyant et baroque inspiré des feuilletons radio des années 1940, apparaît à la fois charnelle et tragique, telle une Salomé des Caraïbes, la protagoniste d’Amelia Lopes O’Neill (1990), quant à elle, devient la prêtresse profane d’un amour hors norme, fidèle jusqu’à la folie. Véritable allégorie hitchcockienne de la mémoire, Madeleine, l’héroïne de L’Inconnu de Strasbourg (1998), rend ses souvenirs à l’amant amnésique par l’étreinte amoureuse.

Filmés avec une sensualité inouïe, les rapports entre l’homme et la femme se heurtent dans l’œuvre de Sarmiento à l’espace intime et opaque de la famille et, surtout, au regard lubrique de la société puritaine qui condamne tout désir. Les films détaillent et exaltent le malentendu des sexes, comme dans la troublante adaptation du roman de la sulfureuse Mercedes Pinto, Elle (1995), qui avait inspiré l’un des plus grands films de Buñuel (Él, 1952). 

Valeria Sarmiento échappe à une certaine norme de l’art des femmes actuellement en vogue : qu’en est-il, semble-t-elle demander, de ces créatrices qui ont gardé un pouvoir d’égarement ? Alors, répondant à l’injonction d’une autre de ces femmes dont l’œuvre accède au point où le masculin et le féminin cessent d’être contradictoires : «Lâchez tout», et découvrez les films de Valeria Sarmiento !

Gabriela TRUJILLO*
D’après la Cinémathèque de Paris

  • Docteure en cinéma, spécialiste des avant-gardes latino-américaines et européennes

Le réalisateur mexicain Alfonso Cuarón conquiert le monde et reçoit un Lion d’or à Venise

Le réalisateur mexicain est au centre de l’actualité cinématographique grâce à son nouveau long-métrage Roma, qui a remporté le Lion d’or à Venise. Cette récompense a suscité le débat dans le monde du cinéma car c’est la première fois qu’un film Netflix gagne un prix à l’un des principaux festivals européens. Mais qui est Alfonso Cuarón ? Voici son portrait et l’histoire de son parcours entre deux pays, le Mexique et les États-Unis.

Photo : France Soir

Depuis que son film Roma, produit par Netflix, a reçu un Lion d’or à Venise, le nom d’Alfonso Cuarón Orozco est sur toutes les lèvres. Le réalisateur mexicain de 56 ans a à son actif de nombreux succès cinématographiques et télévisuels et possède déjà plusieurs cordes à son arc, puisqu’il est également producteur et scénariste. Parmi ses films les plus connus, on retiendra La Petite princesse (1995), Y tu mamá también (2001), Harry Potter et le Prisonnier d‘Azkaban (2004), Les Fils de l’homme (2006) et Gravity (2013).

Sa passion pour le cinéma naît alors qu’il est encore enfant, à l’âge de 10 ans, grâce à sa mère qui le pousse à découvrir différents genres cinématographiques et à s’intéresser au monde de la culture. Dès lors, il s’exerce, à l’aide d’une caméra Super 8, et commence à filmer frénétiquement.

Son œuvre, à l’image de sa vie, vacille entre son Mexique natal et les États-Unis où il part travailler en 1991 pour réaliser des épisodes de la série Fallen Angels. C’est avec émotion qu’il parle de son dernier film, à composante autobiographique. Ce qu’il offre avec Roma, c’est une expérience cinématographique totale, pas une simple histoire racontée.

Roma est un film dramatique en noir et blanc qui retrace la vie d’une famille mexicaine de la classe moyenne dans les années 1970. Le réalisateur s’est accroché à ce long-métrage comme à un «gilet de sauvetage»[1] au milieu d’un «océan déchaîné». Il qualifie lui-même son travail de sociologique, car ce que l’on nous raconte dans ce film, au-delà d’un drame familial, c’est le Mexique d’il y a cinquante ans, avec tous ses problèmes, qui sont malheureusement encore d’actualité.

Alfonso Cuarón a grandi rue Tepeji, dans la colonia Roma, un quartier de Mexico. Lorsqu’il déambule dans la capitale, c’est la ville de son enfance qu’il voit : chaque recoin est associé à un passé lointain, chaque lieu fait l’objet de comparaisons. Il critique également les abus de la vie politique dont il a été témoin petit, et se réjouit que Mexico soit désormais une «référence culturelle dans le monde», une ville dans laquelle évoluent des «générations vibrantes, explosives». C’est cette capitale-là qui lui donne envie de se battre et d’apporter sa pierre à l’édifice. Alfonso Cuarón Orozco œuvre en effet pour une reconstruction complète de la ville à la suite de tremblements de terre. Il ne s’agit pas simplement d’un projet urbanistique et architectural mais plutôt d’un projet social. Ce qu’il veut, c’est un «mouvement civil» pour la capitale, il attend de la société civile qu’elle s’élève pour construire le Mexique du XXIe siècle.

Nina MORELLI

[1] Toutes les citations, traduites par l’auteure, sont extraites d’un entretien avec Alfonso Cuarón accordé à El País.

Le cinéaste mexicain Alfonso Cuarón au Festival Lumière à Lyon du 13 au 21 octobre 2018

Alors qu’il présente cet automne son nouveau film, le très attendu Roma, long métrage aux inspirations autobiographiques dans le Mexico du début des années 1970, Alfonso Cuarón, l’un des «co-fondateurs» du festival Lumière puisqu’il s’y rendit dès la première année, revient à l’occasion de sa dixième édition. Après l’hommage à Guillermo del Toro l’an dernier, c’est une nouvelle occasion de saluer l’extraordinaire génération du cinéma mexicain.

Photo : Festival Lumière

C’est en 2001 qu’Alfonso Cuarón s’est fait remarquer sur la scène internationale avec Y tu mamá también, avec Gael García Bernal et Diego Luna. Attaché au royaume de l’enfance et remarqué pour son adaptation du classique de la littérature britannique La Petite princesse en 1995, le cinéaste mexicain a aussi réalisé De grandes espérances (1998), ainsi qu’Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban (2004), film qui lui apporte la consécration internationale.

Toujours imprévisible, il s’est tourné vers des projets audacieux qui furent de grandes réussites, d’abord avec Les Fils de l’homme (2006) puis avec Gravity (2013). Ces deux films de science-fiction signent un tournant significatif dans sa carrière. C’est avec Gravity qu’il a obtenu l’Oscar du meilleur réalisateur ainsi que six autres récompenses.

Si son exploration de genres aux antipodes les uns des autres force l’admiration, c’est la capacité de Cuarón à décortiquer le rapport de l’Homme à un monde en crise, ainsi que sa façon d’exister coûte que coûte comme auteur, et comme mexicain, à l’intérieur du système de production désormais mondialisé, qui font de lui l’un des cinéastes les plus passionnants du moment. Avec un retour sur son travail, une master class et l’avant-première de son nouveau film, Roma, c’est une belle visite que propose le festival Lumière. Et une grande fierté de l’accueillir.

Tourné en 65mm et sublimé par un noir & blanc cristallin, Roma puise dans les souvenirs familiaux de Cuarón pour dépeindre la société mexicaine des années 1970 au cœur d’une capitale bouillonnante et à travers un formidable portrait de femmes. «Il s’agit du premier film dans lequel je peux complètement intégrer tout ce que je souhaite transmettre au cinéma. On y trouve plusieurs formes et couleurs d’émotions que je travaille depuis mes débuts comme réalisateur», confiait-il récemment au magazine IndieWire.

Le film a été sélectionné aux festivals de Venise, de Telluride, de Toronto et de New York. La présentation au festival Lumière constituera l’avant-première française. Également présent l’an dernier, Alfonso Cuarón avait présenté un film expérimental de 1964, La fórmula secreta de Rubén Gámez. «Et c’est à Lyon que je voulais présenter mon film au public français» nous a-t-il déclaré.

D’après le Festival Lumière

Le film documentaire mis en lumière aux États généraux de Lussas en Ardèche

Dans le village de Lussas, en Ardèche, du 19 au 25 août se tiennent les États généraux du film documentaire qui fêtent leur 30e édition. Fidèle aux valeurs suivies par la manifestation dès 1989, le festival reste non-compétitif. La ligne éditoriale des États généraux est profondément marquée par trois axes de programmation : les séminaires et ateliers, les rencontres professionnelles qui proposent des temps privilégiés d’échange entre les différentes catégories professionnelles, et les programmations films.

Photo : Emmanuel Le Reste

La sélection «Expériences du regard», confiée comme l’an dernier à Dominique Auvray et Vincent Dieutre, s’intéresse tout particulièrement à la production francophone européenne de l’année et met en avant des œuvres récentes et peu diffusées. «Histoire de doc» renforce la dimension de formation à travers la programmation d’œuvres de référence ou de patrimoine. «Fragments d’une œuvre» propose des rétrospectives d’auteurs confirmés ou la découverte de la filmographie de jeunes auteurs. «Route du doc» propose de faire le point sur l’évolution du documentaire hors de nos frontières. Et les séances plein air du soir n’oublient pas les films à caractère plus événementiel…

Cinq salles et une vidéothèque proposent parallèlement des séances en matinée, après-midi et soirée. Les stages professionnels alternent séances à huis clos et parcours sur la manifestation. En soirée, les séances plein air, les projections dans les villages environnants et les projections chez l’habitant enrichissent encore la programmation.

Au niveau historique, on fera la découverte du cinéma documentaire en R.D.A. qui ne fut pas seulement un cinéma de propagande. On verra aussi comment les cinéastes de l’ex-Yougoslavie ont filmés ces dix dernières années. Ce n’est qu’un aperçu du programme qui recevra de nombreux invités. Et le soir, des séances en plein air montreront des films qui seront bientôt sur les écrans.

Pleins feux sur l’Uruguay à Biarritz en septembre prochain

La 27e édition du festival Biarritz Amérique latine se tiendra du 24 au 30 septembre prochains. Cinéma, musique, photographie, littérature… Cette année, le programme du festival fait rayonner la culture uruguayenne avec la projection d’une dizaine de films qui rend hommage à la créativité de ses cinéastes.

Le Festival Biarritz Amérique Latine est un festival de référence pour le cinéma latino-américain. Il propose trois compétitions de films longs-métrages, courts-métrages, et documentaires. Outre les films en compétition, le festival présente chaque année des focus autour de différentes thématiques.

Le festival propose également de découvrir la culture latino-américaine sous d’autres formes avec des rencontres littéraires, des rencontres animées par l’IHEAL (Institut des Hautes Études de l’Amérique latine), des expositions et des concerts. Le fameux Village du festival, lieu de convivialité et d’échanges situé face à l’océan, permet d’assister aux expositions, aux conférences et tous les soirs aux concerts gratuits. Il est ouvert de 9 h à 2 h du matin.

Alain LIATARD

Voir la bande annonce du festival

L’histoire d’un cirque brésilien dans «O Grande Circo Místico» de Carlos Diegues

D’un amour contrarié entre un aristocrate et une envoûtante trapéziste naît un siècle de vie d’un cirque au Brésil, à travers plusieurs générations d’artistes audacieux, talentueux, passionnés, magiques et décadents. De l’inauguration en 1910 jusqu’à nos jours, les spectateurs suivent, avec l’aide de Célavi, le maître de cérémonie, les aventures et les amours de la famille Kieps, de leur apogée à leur décadence.

Photo : O Grande Circo Místico

«J’avais décidé de réaliser O Grande Circo Místico juste après avoir terminé Le plus grand amour du monde en 2006, explique Carlos Diegues, mais j’ai rencontré des difficultés dans sa gestation et sa production : plus que le scénario (l’adaptation du poème surréaliste de Jorge de Lima a été plus complexe que prévu), trouver l’argent nécessaire pour mener à bien ce projet a été laborieux… Toutefois, pendant ces douze ans, j’ai tourné trois documentaires, coproduit trois films d’autres réalisateurs et écrit un livre de 678 pages sur le cinéma brésilien. Je n’ai donc pas été inactif…»

«La culture brésilienne a toujours porté le baroque comme une tradition : dans la littérature (Guimaraes Rosa), la poésie (Jorge de Lima), la musique (Villa Lobos), l’architecture (Niemeyer), la peinture (Cicero Dias), etc… Pour moi, le cubain Alejo Capentier et le brésilien Jorge Amado sont les inventeurs du “réalisme magique” ; bien avant Gabriel García Márquez.  Avec O Grande Circo Místico, je voulais revenir à son esprit. Il existait dans Terra em transe de Glauber Rocha, Macunaima de Joaquim Pedro de Andrade, ou même dans mon film Os herdeiros, mais avait fini par être abandonné par le cinéma brésilien. À l’heure actuelle, les films des jeunes réalisateurs brésiliens sont très libres, chacun d’entre eux cherche une direction originale. Comme eux, je ne suis pas un cinéaste naturaliste car je crois que le naturalisme est incapable d’expliquer la culture brésilienne.»

«La musique a été écrite pour un ballet mis en scène au sud du Brésil dans les années 1980 mais qui n’a jamais été dansé sur scène à Rio ou São Paulo. Je ne l’ai jamais vu, mais en connaissais les chansons. J’adore la musique de Chico Buarque et Edu Lobo, mais peut-être plus encore l’œuvre de Jorge de Lima que j’ai toujours voulu porter à l’écran. Comme j’ai choisi ce poème, j’ai pensé que je pouvais utiliser quelques chansons du ballet, celles qui parlent du monde dans lequel on vit, qui met à l’épreuve chaque jour.»

Carlos Diegues, né en 1940, était le plus jeune et est actuellement le dernier représentant du cinema novo brésilien qui a vu éclore durant la décennie des années 1960 de très beaux films de Glauber Rocha, Joaquim Pedro de Andrade, Nelson Pereira dos Santos ou Rui Guerra.

Dans les années 1970, Diegues inaugure une période de grande popularité du cinéma brésilien avec Xica da Silva, qui bat le record du box-office à sa sortie ou Quilombo présenté à Cannes. Au début des années 1980, Carlos écrit et réalise Bye Bye Brésil, son film peut-être le plus connu. Il a tourné aussi une nouvelle version de Orfeu en 1999.

Le style de son film ressemble beaucoup à celui du chilien Alejandro Jodorowski. Nous sommes dans le baroque et l’esprit du réalisme magique. Cela peut sans doute dérouter certains spectateurs. En salle le 22 août.

Alain LIATARD

Bande annonce : Allo

Cycle autour du cinéma argentin : trois films incontournables diffusés en août sur Arte

Arte propose un cycle autour du cinéma argentin au cours du mois d’août. Seront ainsi diffusés le mercredi 22 août à 20 h 55 Dans ses yeux de Juan José Campanella, suivi à 23 h par le film El Clan de Pablo Trapero. Le cycle continue le mercredi 29 août à 20 h 55 avec le film Les Nouveaux Sauvages.

Photo : extrait de Dans ses yeux

Dans ses yeux, un thriller couronné de prix

1974, Buenos Aires. L’agent fédéral Benjamin Espósito enquête sur le meurtre sanglant d’une jeune femme. Vingt-cinq ans plus tard, il décide de consacrer un roman à cette affaire «classée». Son travail d’écriture le ramène au meurtre qui l’obsède depuis tant d’années, mais également à l’amour qu’il portait à sa collègue de travail, entre-temps devenue juge. Benjamin replonge ainsi dans une période sombre de l’Argentine, où les apparences étaient trompeuses.

La mémoire et l’histoire

«La mémoire me fascine ainsi que la façon dont des décisions prises il y a vingt ou trente ans peuvent nous affecter aujourd’hui. Cela peut aussi s’appliquer à la mémoire d’une nation. En tant que pays, alors que nous retrouvons maintenant notre mémoire des années 1970, nous savons que l’horreur a commencé à prendre forme avant la dictature militaire. L’histoire se déroule dans une Argentine où l’atmosphère est lourde et étouffante même pour les protagonistes. C’est également plus qu’une simple histoire policière. Le personnage principal essaie de résoudre ses problèmes personnels autant que l’enquête criminelle. Mon but était de poser cette question : cet homme qui marche vers nous, que sait-on de lui ? Qu’apprendrait-on de lui si on avait tout à coup un gros plan sur ses yeux ? Quels secrets nous raconteraient-ils ?», explique Juan José Campanella.

El secreto de sus ojos de Juan José Campanella (Argentine/Espagne, 2009, 2h01mn, VF/VOSTF) – Scénario : Juan José Campanella, Eduardo Sacheri – Avec : Ricardo Darín (Benjamin Espósito), Soledad Villamil (Irene Menéndez Hastings), Carla Quevedo (Liliana Coloto), Pablo Rago (Ricardo Morales), Javier Godino (Isidoro Gómez) – Production : Tornasol Filös, Haddock Films, 100 Bares Producciones S.A. and El secreto de sus ojos A.I.E.

Meilleur film étranger, Oscars 2010 – Meilleur film étranger en langue espagnole et meilleure espoir féminin (Soledad Villamil), Goyas 2010.

Diffusé le mercredi 22 août à 20h55

El clan, un thriller violent et magnétique

Buenos Aires, 1982. Patriarche d’une famille modèle, Arquìmedes Puccio régente avec douceur son petit monde. Écarté des services de renseignement depuis le retour de la démocratie, Puccio a fait d’Alejandro, son fils cadet, le complice des lucratives activités criminelles qu’il mène pour son propre compte. Entouré d’amis riches, joueurs de rugby comme lui dans l’équipe d’un quartier huppé de la capitale, Alejandro lui fournit des informations sur ses camarades et leurs parents. Accompagné d’hommes de main, Puccio les enlève, les séquestre au sous-sol de la maison familiale et réclame de mirifiques rançons à leurs proches. Un jour, alors qu’il va être relâché, Ricardo Manoukian, l’une de leurs victimes, les reconnaît et menace de les dénoncer. Le jeune homme est retrouvé dans un champ avec trois balles dans la tête…

Noirs offices

S’inspirant d’un sordide fait divers qui a secoué l’Argentine au milieu des années 1980, Pablo Trapero brosse au travers de cette famille – apparemment – ordinaire le portrait psychologique d’un pays encore sous le coup de ses terribles années de dictature militaire et de leur kyrielle d’opposants disparus. Sous la coupe d’un pater familias qui fut informateur de la junte, son épouse (enseignante) et leurs quatre enfants (bien élevés) semblent aveugles et sourds aux crimes perpétrés sous leur toit. Impavide et glaçant, Arquìmedes Puccio – formidable Guillermo Francella – a beau élaborer ses plans au petit bonheur la chance, il fait aussi preuve d’une précision maniaque, consignant avec soin forfaits et rentrées d’argent dans le petit carnet qui scellera sa chute. Les flash-back qui ponctuent le récit ainsi qu’une bande originale aux tubes primesautiers, de Sunny Afternoon des Kinks à Just a Gigolo de David Lee Roth, contrebalancent l’atmosphère suffocante des scènes violentes. Produit par Pedro et Augustin Almodóvar, plébiscité par le public et la critique, un thriller magnétique dans la veine des Affranchis de Scorsese.

El clan de Pablo Trapero (Argentine/Espagne, 2015, 1h41mn, VF/VOSTF) – Scénario : Pablo Trapero, Esteban Student, Julian Loyola – Avec : Guillermo Francella (Arquìmedes Puccio), Peter Lanzani (Alejandro Puccio), Lili Popovich (Epifania Puccio), Giselle Motta (Silvia Puccio), Franco Masini (Guillermo Puccio), Gaston Cocchiarale (Marguila Puccio) – Production : El Deseo, Matanza Cine, Kramer & Sigman Films.

Lion d’argent, Mostra 2015 – Meilleur film ibéro-américain, Goya 2016, Meilleurs film, révélation masculine (Peter Lanzani), direction artistique, costumes et son, Académie des arts et sciences du cinéma d’Argentine 2015.

Diffusé le mercredi 22 août à 23h

Les Nouveaux Sauvages : six sketches à la violence assumée et libératrice

Les passagers d’un avion réalisent qu’ils connaissent tous le même homme et qu’un jour ou l’autre chacun l’a humilié. Une serveuse reconnaît dans un client l’homme abject qui a poussé son père au suicide. Le conducteur d’une guimbarde poussive refuse de se laisser doubler par Diego, au volant d’une puissante berline. À cause d’une mise en fourrière qu’il estime injustifiée, Simon, ingénieur en explosifs, manque l’anniversaire de sa fille. Pour éviter la prison à son fils chauffard, un homme d’affaires soudoie son employé de maison pour qu’il endosse la responsabilité de l’accident mortel. Le jour de leurs noces, Romina comprend qu’Ariel l’a trompée avec l’une des invitées…

Mauvais esprit

Produit par Augustin et Pedro Almodóvar – un bon signe ! –, le premier film de l’Argentin Damián Szifrón enchaîne dans ces six sketches de banales situations du quotidien qui dérapent vers un déchaînement de violence, qu’elle soit verbale, mentale ou physique. Les personnages hauts en couleur libèrent leurs plus bas instincts pour assouvir une inextinguible soif de vengeance. Plébiscité à sa sortie par le public, mais aussi par la critique, ce sommet de mauvais esprit à la portée universelle livre le tableau peu reluisant d’une société gangrénée tout autant par l’arbitraire, la corruption et l’arrogance de sa classe dominante que par l’irrépressible pulsion des plus faibles à relever la tête et cesser de se soumettre.

Relatos salvajes de Damián Szifrón (Argentine/Espagne, 2014, 1h52mn, VF/VOSTF) – Scénario : Damián Szifrón, Germán Servidio – Avec : Ricardo Darín (Simon), María Marull (Isabel), Darío Grandinetti (Salgado), Juliette Zylberberg (la serveuse), Rita Cortesa (la cuisinière), Leonardo Sbaraglia (Diego), Oscar Martinez (Mauricio), Erica Rivas (Romina), Diego Gentile (Ariel) – Production : El Deseo, Telefe, Kramer & Sigman Films, en association avec Corner Producciones.

Meilleur film étranger, Bafta Awards 2016 – Meilleur film étranger en langue espagnole, Goya 2015.

Diffusé le mercredi 29 août à 20h55

D’après ARTE

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