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Cinéma

« Chili, la mémoire obstinée » le documentaire de Patricio Guzmán à l’Underground de Lyon

Chili, la mémoire obstinée de Patricio Guzmán, 1997. En 1974, Patricio Guzmán tourne « La Bataille du Chili » et prend le chemin de l’exil. Vingt-deux ans plus tard, il revient avec son film sous le bras, va de rencontres en projections, et tente de comprendre comment l’oubli imposé par Pinochet a pu détruire la mémoire d’un peuple. Que reste-t-il aujourd’hui du rêve qui avait porté Salvador Allende au pouvoir ? Lutter contre l’amnésie de son pays, en raviver la mémoire et dévoiler des pans de l’histoire dissimulés, tel est la tâche que s’assigne le grand réalisateur chilien, film après film. Prix du public au Festival International de Documentaire de Marseille en 1997.

d’après Opéra de Lyon

Le Brésil, grand vainqueur du Festival de Biarritz 2019 avec « La Fièvre » de Maya Da-Rin

Le festival Biarritz Amérique Latine vient de se terminer avec encore une victoire pour le cinéma brésilien. Après le prix pour Bacarau obtenu à Cannes en mai, la Concha de Oro à San Sebastián et deux autres prix pour Pacificado de Paxton Winters, c’est La Fièvre (A Febre) de Maya Da-Rin, (Brésil, France, Allemagne) qui obtint l’Abrazo du meilleur film. Le Prix du jury et celui du Syndicat Français de la Critique de Cinéma ont été décernés à La Vie invisible d’Eurídice Gusmão (A Vida invisível de Eurídice Gusmão) de Karim Aïnouz, (Brésil, Allemagne).

Photo : Allociné

Dans La fièvre, Justino, un amérindien Desana de 45 ans, est agent de sécurité dans le port de Manaus. Alors que sa fille se prépare à étudier la médecine à Brasilia, Justino est pris d’une fièvre mystérieuse. Maya Da-Rin n’était pas à Biarritz car elle vient de mettre au monde des triplés. Au Festival de Locarno où Regis Myrupu qui joue Justino avait obtenu le prix d’interprétation, elle avait déclaré à Cineuropa : « L’idée est née pendant le tournage de mes deux documentaires en Amazonie. J’ai rencontré plusieurs familles autochtones qui avaient quitté leurs villages pour s’installer en ville. Donc, d’une certaine manière, mon point de départ s’ancre dans des histoires vraies. Mais ce qui m’intéresse le plus avec ces histoires, c’est qu’elles mettent en scène des personnes que j’ai peut-être rencontrées dans mes activités quotidiennes. Nous savons que le cinéma a une propension à rendre exotique les peuples indigènes. Ils sont souvent perçus à travers un prisme romantique et positif. Cela dit, le projet initial était bien différent, par rapport au résultat final. Il a fallu six ans de travail acharné et d’innombrables voyages à Manaus avant de pouvoir commencer le tournage ». L’acteur Regis Myrupu n’est pas professionnel.

Il a postulé presque par hasard pour le rôle, car c’est un chaman. Il y a contraste dans le film entre la vie dans la forêt où les personnages sont au milieu de la nature, et le travail au port au milieu des containers. De même, la façon de traiter cette fièvre ne sera pas possible pour sa fille, qui pratique la médecine occidentale. Un film magnifique dont la date de sortie en France n’est pas encore fixée. Le film sera projeté à Paris à la Cinémathèque française le lundi 14 octobre à 19 h 30.

Tout autre est La Vie invisible d’Eurídice Gusmão (A Vida invisível de Eurídice Gusmão) de Karim Aïnouz, présenté à Un certain regard à Cannes. Dans les années 1950 Eurídice et sa sœur Guida sont inséparables. Mais Guida va suivre un marin grec et lorsqu’elle reviendra enceinte, elle sera rejetée par ses parents. Eurídice veut entrer au conservatoire en classe de piano, mais mariée à un comptable, elle ne pourra exercer son talent. Les deux sœurs ne se rencontreront jamais. Adapté librement d’un roman de Maria Bethana, Aïnouz a déplacé le récit aux années 1950, avant le mouvement de libération des femmes. Elles sont soumises : la mère ment pour être en accord avec son mari, émigré portugais. Eurídice ne pourra jamais entrer au conservatoire. Seule Guida trouvera avec une femme noire qui garde les enfants un certain équilibre. Un très beau mélodrame sur lequel nous reviendront au moment de sa sortie prévue en décembre.

Le Prix du public a été décerné à La Llorona, le troisième film de Jayro Bustamante (Guatemala, France).

Même s’il parait différent des deux autres films, Ixcanul et Tremblements, Jayro Bustamente a voulu s’attaquer aux trois mensonges de la société guatémaltèque, concernant la vie des indiens Maya, le poids de la famille par rapport à l’homosexualité, enfin le pouvoir prêt à exterminer la population indienne. Un vieux général qui va passer en jugement pour génocide entend la pleureuse (la Llorona) la nuit. Bien entendu, il sera acquitté. Un jour une nouvelle domestique arrive car tous sont partis sauf une qui est là depuis vingt ans. Est-ce elle la Llorona ? car selon la légende seuls les coupables l’entendent pleurer. Pour tourner les scènes de manifestations, Jayro s’est appuyé sur l’association H.I.J.O.S. qui recherche toujours les disparus, car l’État ne fait rien. Le film devrait sortir au début 2020.

Nous avons présenté Litigante e Franco Lolli (Colombie) qui a fait l’ouverture de la Semaine de la Critique cannoise. Il sortira en France en décembre sous le titre Une mère incroyable : l’histoire d’une avocate, mère célibataire qui trouve l’amour au moment où sa propre mère meurt. L’exigence formelle transcende le cadre réaliste de son récit pour atteindre le plus profond des êtres, au cœur des émotions les plus vives et les plus pures. Sortie prévue prochainement.

Le film péruvien Canción sin nombre, de Melina León, (Pérou, Espagne, Etats-Unis) a obtenu la Mention spéciale du jury : Pérou, au plus fort de la crise politique des années 80. Georgina attend son premier enfant. Sans ressources, elle répond à l’annonce d’une clinique qui propose des soins gratuits aux femmes enceintes. Mais après l’accouchement, on refuse de lui dire où est son bébé. Décidée à retrouver sa fille, elle sollicite l’aide d’un journaliste qui accepte de mener l’enquête. C’est un film très simple tourné en noir et blanc.

La Broca (Pérou) des frères Daniel et Diego Vega (Pérou, Espagne, Colombie). Début des années 90 : Roberto quitte le Pérou plongé dans la violence pour rejoindre son père immigré et installé à Montréal avec sa nouvelle famille canadienne. Le père s’efforce de montrer à son fils sa meilleure version du rêve américain. Le film se passe entièrement à Montréal en hiver. Encore un film sur la famille. Ici ce sont les rapports père-fils qui sont mis en avant ; dans d’autres films, ce seront les rapports père-fille. La Broca laisse un bon souvenir après sa vision.

En ce qui concerne les courts métrages le jury a remis le Prix du meilleur court-métrage : O Mistério da carne de Rafaela Camelo, (Brésil) qui raconte la vie d’un dimanche. Le Prix du meilleur documentaire est allé à La Vida en común d’Ezequiel Yanco (Argentine, France) qui dépeint la vie d’une communauté indigène dans les plaines désertiques occidentales de l’Argentine alors que rode un puma. Le Prix du public a récompensé La Búsqueda de Daniel Lagares et Mariano Agudo, (Pérou, Espagne) ; trois personnes vivent encore dans la peur au Pérou vingt ans après la fin du conflit armé entre le Sentier Lumineux et l’État péruvien.

Il y eu aussi un focus sur la Patagonie, le portrait d’un cinéaste expérimental brésilien Julio Bressane, quelques avant-premières comme La Cordillère des Songes de Patricio Guzmán, qui sortira le 30 octobre. Le Festival c’est aussi les rencontres littéraires avec Cristian Perfumo, Mempo Giardinelli et Jorge Volpi, l’hommage à Francisco Coloane et une conférence de Néstor Ponce sur crime et littérature en Amérique Latine, sans oublier les rencontres de l’Institut des Hautes Études de l’Amérique Latine. Et puis il y avait le village avec ses stands d’artisanat, de spécialités culinaires, de cours de danse et des concerts. Après une journée d’ouverture maussade, le Septeto Santiaguero de Cuba a réussi à faire danser les 1 000 personnes de la salle de la gare du Midi. Une belle édition très sympathique avec plein de spectateurs satisfaits.

Alain LIATARD

Patricio Guzmán : « le Chili est paralysé par le néolibéralisme »

Patricio Guzmán a abandonné son pays à cause du coup d’État militaire et réside depuis lors en France. La Cordillère des songes, qui est sorti en mai dernier au Festival de Cannes, clôt une trilogie qui inclut aussi Nostalgie de la lumière (2010) et Le bouton de nacre (2015), le premier situé dans le désert d’Atacama au Nord et le second dans l’océan et la nature du Sud du Chili.

Photo : Culto La Tercera

Dans le documentaire La Cordillère des songes, le réalisateur chilien Patricio Guzmán réfléchit autour des blessures ouvertes dans son pays à la suite du coup d’État du général Augusto Pinochet en 1973 et sur ses conséquences : le néolibéralisme qui « paralyse » le pays et la Constitution de 1980. Le film a inauguré la section Horizons Latinos du festival de Cinéma de San Sebastián (au Nord de l’Espagne). À partir d’un regard poétique sur le paysage national, Guzmán évoque la « continuité » qui a maintenu jusqu’à aujourd’hui l’ordre imposé par les putschistes, car le néolibéralisme et la Constitution de 1980 « sont encore là », selon la presse.

« Le néolibéralisme est un système de domination qui provoque la paralysie, le Chili est paralysé, il n’y a pas de mouvements forts contre lui », a déclaré le réalisateur en rappelant que le Chili a été le premier champ d’expérimentation des économistes de l’école de Chicago, menée par Milton Friedman.

Dans le documentaire, c’est encore plus catégorique : « le triomphe de la dictature, c’est qu’ils ont vendu le pays », souligne la voix off du récit, qui alterne entre témoignages de plusieurs artistes chiliens, comme le sculpteur Vicente Garrido ou le réalisateur Pablo Salas, qui fournit une bonne partie des images d’archive de cette époque.

Le producteur voit cette immense chaîne montagneuse, qui occupe 80% du territoire chilien, comme symbole de « l’abandon de soi » d’un pays, puisqu’il s’agit d’un terrain presque inexploré et que les chiliens visitent à peine.

Le vulcanologue Álvaro Amigo, la chanteuse Javiera Parra ou l’écrivain Javier Baradit apportent d’autres témoignages inclus dans le documentaire et qui mettent l’accent surcette idée des Andes comme barrière qui protège et qui isole en même temps.

« Le Chili est le pays de l’isolement », dit Guzmán, qui jusqu’à il y a peu de temps n’avait jamais pénétré les Andes. « C’est une crête hostile, elle fait peur, et c’est la peur d’un pays qui vit effrayé, une peur qui se maintient aujourd’hui et où il y a eu une série de gouvernements qui n’ont pas résolu le problème de la mémoire ».

Lou BOUHAMIDI
D’après EFE

Traduction d’un article d’EFE publié dans El Mostrador le 21 septembre 2019.

Gael García Bernal à Lyon pour le Festival Lumière

L’acteur mexicain Gael García Bernal est un des invités de marque du prochain Festival Lumière de Lyon. La 11e édition du festival Lumière aura lieu du samedi 12 au dimanche 20 octobre, à Lyon. L’an dernier, 185 000 festivaliers ont assisté à 424 séances dans 60 lieux de la Métropole lyonnaise. 

Photo : Twitter

Le festival Lumière est devenu le rendez-vous mondial du cinéma de patrimoine. Une fois par an, c’est à Lyon, ville natale du Cinématographe, que le monde du cinéma célèbre sa vitalité et sa mémoire, à travers une visite contemporaine aux œuvres du passé (films restaurés, rétrospectives, invités, hommages…). Grâce à l’ensemble des salles de cinéma participantes, le festival rayonne dans toute l’agglomération lyonnaise et touche un large public.

Le dixième anniversaire du Festival Lumière se déroulera à Lyon et dans la métropole du 12 au 20 octobre prochain. C’est Francis Ford Coppola, le célèbre réalisateur du Parrain et d’Apocalypse now (dont la nouvelle version fera la clôture) qui recevra le prix Lumière, succédant à Jane Fonda. À cette occasion 15 de ses films seront projetés. À côté des rétrospectives André Cayatte (France), Lina Wertmullere (Italie), des hommages seront rendus à des personnalités : la comédienne américaine Frances McDormand, vue dans 3 Billeboards – Les panneaux de la vengeance, la comédienne française Marina Vlady, le comédien Daniel Auteuil, le comédien canadien Donald Sutherland, le cinéaste coréen Bong Joan-ho, palme d’or à Cannes avec Parasite qui présentera des films inconnus de son pays, le cinéaste italien Marco Bellocchio, le cinéaste britannique Ken Loach et enfin le mexicain Gael Garcia Bernal. Il présentera jeudi 17 en avant-première son film Chicuarotes sur deux adolescents des bidonvilles de Mexico. On pourra le revoir dans Amours chiennes, La mauvaise éducationCarnets de voyage, et No de Pablo Larraín. Une rencontre est prévue vendredi 18 à 11 h 30.

De nombreux films classiques très connus comme M. Le maudit de Fritz Lang, ou récemment restaurés comme Drôle de drame de Marcel Carné, feront la joie des cinéphiles. D’autres hommages, ciné-concerts, expositions, master class, nuits cinéma, films pour les familles et les enfants, marché DVD, librairie cinéma et ciné brocante auront également lieu. Ce sera la fête au cinéma.

Alain LIATARD

Succès du film brésilien « Pacificado » au Festival de San Sebastián

Une fois de plus, fidèle au rendez-vous depuis son inauguration en 1953, Saint-Sébastien, capitale de Guipuzcoa, organise son Festival international de cinéma. Le film brésilien « Pacificado » a gagné la Concha de Oro de la 67ème édition du Festival de San Sebastián.
 

Le film brésilien Pacificado de Paxton Winters vient de gagner la Concha de Oro à San Sebastián. Il obtient aussi deux autres prix, celui du meilleur acteur pour Bukasse Kabengele et celui de la meilleure photo pour Laura Merian. Le film raconte l’histoire d’une jeune fille de 13 ans qui va retrouver son père à sa sortie de prison et vivre dans une favela qui n’est plus sous surveillance depuis la fin des J.O. C’est le portrait intime d’une famille qui tente de trouver la paix. 

Le prix des Nouveaux réalisateurs est allé au film chilien Algunas bestias de Jorge Riquelme Serrano. Une famille débarque avec enthousiasme sur une île déserte de la côte sud du Chili avec le rêve de construire un hôtel de tourisme. Lorsque l’homme qui les a fait traverser le continent disparaît, la famille est piégée sur l’île. Souffrant du froid, sans eau ni assurance, l’esprit et les bonnes manières commencent à s’estomper pour révéler les bêtes cachées au sein de la famille. Deuxième long métrage de son réalisateur.

Le prix horizon est décerné à De nuevo otra vez, premier film réalisé par l’écrivaine, dramaturge et actrice argentineRomina Paula. Une jeune femme revient chez sa mère avec son enfant. Elle voudrait retrouver sa vie de célibataire. Elle cherche à comprendre qui elle est, retrouver ses origines et reconstruire une partie de l’histoire familiale. Une mention spéciale a été décernée à La bronca (Pérou) des Frères Diego et Daniel Vega qui est présenté cette semaine au Festival de Biarritz.

Alain LIATARD

Festival de San Sebastián

Le documentaire « Psychomagie » du franco-chilien Alejandro Jodorowsky 

Le cinéaste de 90 ans  Alejandro Jodorowsky revient avec un documentaire Psychomagie.  Voulant aller plus loin que la psychanalyse qui ne remonte dans l’inconscient de l’enfance que par la parole, il veut, au moyen d’actes théâtraux et poétiques s’adressant directement à l’inconscient, permettre par cette thérapie la libération des blocages. 

Photo : Allociné

Né à à Tocopilla au nord du Chili, fasciné par le film Les Enfants du Paradis, il décide de faire de la pantomime. Il vient en France en 1953 pour rencontrer André Breton et rentre dans la troupe du mime Marceau et met aussi en scène Maurice Chevalier. Il va au Mexique en 1965 et y fait du théâtre d’avant-garde. Avec Arrabal, dont il filme la pièce Fado Y Lis (1968), et Topor il crée le groupe Panique. Suivront El Topo au Chili en 1970, puis La montagne sacrée en 1973. N’arrivant plus à tourner après l’échec de Tusk et n’ayant pas touché une caméra depuis  Le voleur d’arc-en-ciel  en 1989, il se lance avec succès dans la B.D. en créant L’Incal avec Moebius et La caste des MétaBarons avec Juan Gimenez. Il devient le maître du Tarot de Marseille, non pour annoncer l’avenir, mais analyser le présent. Cinéaste et artiste multidisciplinaire, il est convaincu que l’art n’a de sens profond que s’il guérit et libère les consciences.

Le film présente des cas, depuis le premier jusqu’à certains spectaculaires dans un stade devant cinq-mille personnes, avec des patients très différents, que ce soit en France – parfois en public dans la rue –, au Mexique, ou en Espagne, n’hésitant pas à soigner le suicide d’un proche par un vol en parachute… Puis les gens viennent parler du résultat. Comme il s’agit d’art les interventions sont gratuites, contrairement à la psychanalyse. Mais il ne saurait former de disciples puisqu’il s’agit d’art. 

Au cours de son récit, il fait un retour sur chacun de ses films. Dans La Danse de la réalité (2013), c’est sur son enfance. Pour interpréter son père, il choisit son fils, et de nombreux autres membres de sa famille apparaissent dans le film, qui, comme toujours chez Jodorowsky, mêle ses souvenirs et ses rêves – souvent des cauchemars. Pour incarner sa mère, il choisit une chanteuse d’Opéra qui ne s’exprime que par des vocalises. Il n’hésite pas à faire appel à la magie et à l’ésotérisme. Ses films nous donnent parfois l’impression que nous sommes en train de voir certains films de  Fellini.  

Alain LIATARD

Psychomagie, un art pour guérir, documentaire d’Alejandro Jodorowsky (1 h 44). Sortie le 2 octobre.   Vois aussi Allociné

La première édition du Festival documentaire Amazonie et Caraïbes du 14 au 19 octobre

Le premier Festival international du Film documentaire Amazonie Caraïbes (FIFAC) se tiendra à Saint-Laurent du Maroni au camp de la déportation, en Guyane. C’est la première édition du festival créé par Frédéric Bellenay et dont le jury sera présidé par Patrick Chamoiseau. Cet événement va enfin donner de la visibilité aux productions des régions amazoniennes et caribéennes. 

Photo : Fifac

C’est dans le cadre de la politique de soutien de France Télévisions aux festivals documentaires en Outre-Mer qu’est né le FIFAC. Après la création du FIFO (Festival International du Film documentaire Océanien) en Polynésie il y a 16 ans, le FIFAC donne une visibilité nouvelle aux documentaires locaux. France Télévisions retransmettra la cérémonie d’ouverture sur la 1. Toutes les productions réalisées il y a moins de trois ans et traitant de la zone géographique composée par la Guyane, l’Amazonie et les Caraïbes seront représentées. De nombreux thèmes sont abordés : le social, l’économique, l’ethnologique, l’animalier, l’historique, le culturel, le patrimonial, entre autres. De plus, tant les documentaires que les documents digitaux pourront participer au festival.

Durant ces trois jours, le camp de déportation sera aménagé en village. Deux salles de projection, des projections en plein air, un marché artisanal et des conférences seront à disposition du public. 

Le FIFAC présentera treize documentaires et autant de documents digitaux : Breaking the cycle (Trinidad et Tobago), Douvan jou ka leve (Haïti), El país roto (Vénézuela), Fabulous (Guyane), Flag (Guyane), Ka’apor, le dernier combat (Bolivie/France), Last Street (Jamaïque), Modelo Estereo (Colombie/France), Scolopendres et papillons (Martinique), Spears from all sides (Équateur), Tournés vers la Mecque (Guadeloupe), Unti les origines (Guyane) et Vertige de la chute (France/Brésil). Plus de 150 personnes seront présentes, tant des réalisateurs que des journalistes ou des représentants des chaînes de télévisions. Frédéric Bellenay, président de l’association AFIFAC, a déclaré : « Durant une semaine, on va diffuser 13 films en compétition avec des prix et 8 ou 9 films dans ce que l’on appelle écran parallèle. Tous ces films seront projetés en plein air ici au camp de la transportation. » 

Le jury sera présidé par le romancier martiniquais Patrick Chamoiseau. Les autres membres du jury viennent de différentes secteurs : Mehdi Lalaoui (réalisateur et écrivain), Laurence Magloire (réalisatrice), Laurence Mayerfeld (directrice du réseau France 3), Véronique Kanor (réalisatrice), Serge Poyotte (réalisateur) et Fanny Glissant (réalisatrice). Cinq prix seront remis par le jury international : celui du Meilleur documentaire, le Prix spécial du jury, le Prix du public, le Prix des lycéens et le Prix du meilleur contenu digital. 

De même que le FIFO, le FIFAC tend à valoriser la création documentaire locale et à dynamiser l’industrie et la production de la région. La variété de réalisations et de personnalités présentes a pour but de représenter la diversité des peuples, des cultures du bassin amazonie-caraïbes. Ce type de festival – d’autant plus que les documentaires seront visibles sur les antennes de France Télévisions – permet de faire découvrir de nouvelles cultures au public. 

Sophie Charles, la maire de Saint-Laurent du Maroni, a déclaré à ce sujet : « Tout d’abord de la production, de la production locale et mettre en avant ce que nous savons faire et aussi développer tout un circuit autour de ce festival, qui permettra d’avoir de la formation pour les jeunes et puis aussi de la connaissance dans les établissements scolaires, et aussi des films qui vont circuler dans le département. » 

Finalement, ce tout nouveau festival recherche une légitimité internationale. Avec ses projections, ses ateliers et ses rencontres, il devrait devenir un rendez-vous culturel professionnel international. Les prochaines éditions devraient permettre une promotion internationale de la production documentaire et digitale locale. 

Ainsi, selon Luc de Saint-Sernin, en charge du conseil éditorial Pôle Outre-Mer et coordonnateur du festival, « l’idée c’était de se dire que chaque année on va organiser un festival, dans lequel il y aura une compétition de films, des films qui viennent de partout, de la Caraïbe et de l’Amazonie, et puis en même temps ce seront des réunions de travail. Cela va créer un rendez-vous annuel et nous on veut que ce festival soit un festival de référence dédié au documentaire. » 

Inès JACQUES

Fifac 

Occuper et résister. Le singulier festival « Le Brésil en Mouvements » à Paris

Occuper et résister. Telle est la teneur donnée au festival Brésil en Mouvements à l’heure où l’Amazonie brûle et les droits des peuples brésiliens reculent. Du 25 au 29 septembre 2019, cinq jours de films documentaires, débats et rencontres, pendant lesquels le festival entend bien porter la voix de la résistance brésilienne face à l’ethnocide et écocide légiféré par le gouvernement de Jair Bolsonaro.

Photo : Brésil en mouvements

En ouverture mercredi 25, le film Chāo de Camila Freitas. Un hymne à l’occupation et la résistance orchestré par des familles d’agriculteurs et des paysans brésiliens, regroupés au sein du Mouvement des Sans Terres (MST), qui bataille pour une réforme agraire et lutte pour vivre de leurs terres.

Le film Auto de Resistência de Natasha Neri et Lula Carvalho diffusé en avant-première jeudi 26, ouvre un débat pleinement d’actualité sur les violences policières opérées au Brésil, juste après la mort d’une fillette de 8 ans, tuée par balle perdue dans une favela de Rio dimanche dernier. Le film est suivi d’un débat en présence d’Assa Traoré et de Marinete da Silva, mère et avocate de Marielle Franco, assassinée en 2018 à Rio, et en l’honneur de qui la ville de Paris a inauguré samedi dernier, un parc dans le 10ème arrondissement. Un mois après le G7 à Biarritz et les feux en Amazonie, perpétués par une déforestation au service de l’agrobusiness international, Marinete da Silva nous rappelle aussi « qu’on ne peut pas continuer de fermer les yeux sur les crimes commis en Amazonie, car nous sommes tous impliqués. ».

Vendredi 27 septembre, les femmes autochtones en lutte sont sous les projecteurs. En partenariat avec Amnesty International, plusieurs courts métrages mettent en lumière le courage de ces femmes. Au travers ce type de rendez-vous, nous pouvons « rendre plus autochtones les écrans. Nous avons besoin de soutien pour dénoncer ce génocide légiféré qui touche tout le monde, car si les indigènes meurent, la terre meurt. Et si elle ne meurt pas d’un conflit de territoires, elle mourra d’intoxication alimentaire. », défend Célia Xakriabá, militante et représentante de l’APIB (Articulation des Peuples Indigènes au Brésil).

Mises en relief samedi 28, les luttes LGTBQI+ se rencontrent autour des films Indianara de Aude Chevalier-Beaumel et Marcelo Barbosa, et Sair do Armario de Marina Pontes. Enfin dimanche, posée au centre, la question « D’où va le Brésil ? », propose un éclairage sur le Brésil depuis l’élection de Jair Bolsonaro, mettant en perspective les atteintes à la démocratie et la montée des résistances.

Au cinéma les 7 Parnassiens à Paris, le festival Brésil en Mouvements organisé par l’association Autres Brésils, choisit d’occuper les écrans pour soutenir la résistance des mouvements sociaux brésiliens à travers une programmation cinématographique plurielle et émancipatrice.

Cécile GATINEAU

Plus d’informations sur Brésil en mouvements

« Bacurau », une réalisation  de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles en salle le 26 septembre

Même s’il n’y avait qu’un seul film latino en compétition officielle cette année à Cannes, le beau  Bacurau de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles a reçu le Prix du jury ex æquo , présidé parAlejandro Gonzalez Iñárritu

Photo : Allocine

Kleber Mendonça Filho  avait été révélé avec  Les Bruits de Recife. Il avait déjà été en compétition à Cannes en 2016 avec  Aquarius,  portrait de sa ville Recife, prête à tout démolir, et portrait d’une femme de 60 ans qui se bat pour garder son appartement. Cette année, le film présenté au festival est  Bacurau.  « Bacurau »  signifie en portugais «  engoulevent », un oiseau crépusculaire et nocturne qui se camoufle très bien quand il se repose sur une branche d’arbre.  Juliano Dornelles  dresse le parallèle entre l’animal et le village :  « Il ne sera remarqué que s’il a lui-même envie d’apparaître. Le village de Bacurau se porte ainsi, il est intime du noir, il sait se cacher et attendre, et préfère même ne pas être aperçu. » 

Écrit par les deux réalisateurs, ce scénario de western, de film de fiction et de film de Cangacero était proposé en début de Festival et se déroule dans un futur proche… On arrive dans un village dans le sertão, qui porte le nom d’un oiseau de nuit, par une route jonchée de cercueils qui se brisent sous les roues d’un camion-citerne qui vient ravitailler des habitants, mis au régime sec par les puissances qui contrôlent les barrages de la région.  Teresa, interprétée par  Barbara Colen, a profité du camion pour revenir dans son village natal, à temps pour les obsèques de sa grand-mère,  Carmelita, doyenne de  Bacurau. Quelques jours plus tard, les habitants remarquent que le village a disparu de la carte…

Très diffèrent d’Aquarius, il s’agit d’un film qui se passe dans un futur de résistance. Mais le Nordeste a beaucoup changé, et le fascisme n’est pas très loin. Toute une population sera rayée de la carte. Il s’agit donc d’une fable politique, même si le film a été tourné avant les dernières élections. À la présentation d’Aquarius à Cannes, toute l’équipe du film n’avait pas hésité à sortir des panneaux marqués « Sauvez Dilma ».

Avec  Barbara Colen,  Sonia Braga en médecin alcoolique  et  Udo Kier en nazi américain. Un peu déroutant mais à voir à partir du 25 septembre. 

Alain LIATARD

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Retour sur le documentaire « Le grain et l’Ivraie » au cœur de l’actualité…

Photo : Allociné

Le film de Fernado Solanas Le grain et l’ivraie, sortie en avril dernier reste au cœur de l’actualité, Un de nos rédacteurs, économiste de formation, nous énumère les raisons pour voir de toute urgence ce documentaire.

L’Argentine est sur le point d’élire un nouveau président, dans un contexte de grave crise économique ; or l’agriculture est le moteur principal de cette économie. Ce modèle repose sur une désertification (humaine et végétale) des espaces ruraux, pour consacrer la terre à la production intensive du soja ou du coton (OGM l’un et l’autre) ; et un usage intensif des produits pesticides et engrais synthétiques.

C’est ce même modèle que le président brésilien Bolsonaro veut généraliser en Amazonie, par la déforestation (les incendies étant un moyen pour en accélérer l’implantation !). L’accroissement de la production qui en résulte (à moindre coût) nécessite de nouveaux débouchés ; d’où l’accord en cours de validation avec la communauté européenne.

Cela conduira à la remise en cause des modes de production agricole en Europe (dont le feu vert est en perspective pour faciliter le plus possible l’épandage des produits phytosanitaires, au ras des zones habitées). Et plus généralement une aggravation de la toxicité des produits alimentaires mis sur le marché.

Le film se contente de décrire comment l’agriculture argentine s’est modifiée en moins de 20 ans, par la destruction de l’environnement, la disparition de l’emploi rural et au détriment de la santé des habitants qui restent sur place… La description est impitoyable, et cela donne froid dans le dos. 

Une telle situation a contribué à la destruction de l’économie du pays ! Certes, le président sortant en est pour partie responsable ; mais les probables gagnants de la prochaine élection sont ceux qui ont gouverné durant l’implantation de ce nouveau modèle.

Remettre en cause de tels modèles passe nécessairement par des actions de masse pour peser sur les décisions politiques. Pour information, on peut mentionner le mouvement en cours d’implantation en France Nous voulons des coquelicots*, qui propose des actions au niveau de chaque commune pour lutter contre l’usage des pesticides

Michel SERUZIER

* Coquelicots

Sur le documentaire ici

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