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Cinéma

Un court métrage argentin primé au festival international du film d’animation d’Annecy

Depuis des années, les délégations latino-américaines sont fidèles au festival du film d’animation d’Annecy, avec des dizaines de réalisateurs et de producteurs faisant le déplacement pour concourir dans la compétition et présenter leurs œuvres au public.

Photo: Festival Annecy

Le festival du film d’animation d’Annecy s’est clôt le 16 juin, désignant comme l’un des gagnants de la catégorie court-métrages un film argentin, Pulsión de Pedro Casavecchia.

Pour cette 59ème édition, les latino-américains étaient encore une fois présents : près de deux centaines de professionnels du film animé se sont rendus dans la Perle des Alpes, avec en premiers de cordée les Brésiliens et Argentins ; sur la dizaine de films latino-américains en lice, 4 étaient argentins.

Dans la catégorie court-métrage, le film lauréat de Casavecchia était en lice avec une dizaine d’autres, mais fut seul latino aux côtés de Hideouser and Hideouser de la mexicaine Aria Covamonas. Plusieurs films chiliens, mexicains, équatoriens ont tenté leur chance dans la compétition mais sans remporter de prix.

Hormis les professionnels du secteur audiovisuel, plusieurs entreprises (et donc des investisseurs potentiels) ont aussi fait le déplacement. Cependant, malgré ces chiffres qui semblent importants, les productions sud-américaines n’ont constitué que 2% du total des œuvres en compétition. Ceci détonne avec l’édition 2018 du festival qui a connu une forte présence sud-américaine, du fait que le Brésil était l’invité d’honneur.

Les différentes activités de networking développées lors du festival entre les différentes délégations ont permis de générer des échanges entre producteurs de différents pays pour créer des fonds bilatéraux et aussi de connecter les délégations intrarégionales.

Alice DREILLARD

«Rêver les montagnes», collecte de fonds pour un nouveau regard sur le conflit colombien

Jonathan Bricheux est un jeune réalisateur belge particulièrement sensible à la lutte pour la protection des défenseurs des droits humains en Colombie. Depuis son premier voyage dans le pays en 2012, il y est retourné pour un projet de court-métrage ainsi que pour accompagner la mission d’observateurs internationaux lors des dernières élections présidentielles.

Photo : KissKissBankBank

L’aventure colombienne de Jonathan Bricheux commence en 2009, par la rencontre à Bruxelles de la famille Álvarez López. Angel et Lucero, un couple de leaders sociaux colombiens, sont arrivés en Belgique en 1999, fuyant le conflit armé. Quelques mois plus tard naît leur fils Andrés, qui depuis lors s’imagine la Colombie à travers le récit de ses parents.

En 2017, Jonathan part en tournage en Colombie avec Andrés, sur le chemin de ses racines. Le résultat est l’émouvant court-métrage La route du retour, un voyage adolescent dans l’histoire de ses parents et dans une lutte qui l’a menée à naître loin de leurs terres. Un chemin où son imaginaire se verra confronté à la réalité d’un pays touché par plus de 60 ans de conflit interne.

Également actif dans le «Comité Daniel Gillard», qui se bat pour le respect des droits humains et la justice sociale en Colombie, Jonathan Bricheux cherche aujourd’hui à retourner en Colombie avec Andrés afin de continuer de raconter cette histoire conditionnée par l’exil familial. Lors des trois dernières années, plus de 700 défenseurs des droits humains ont été assassinés en Colombie, rendant l’histoire de la famille Álvarez López plus actuelle que jamais.

Pour que ce projet devienne réalité, un appel aux dons a été lancé. Jusqu’au 27 juin, vous pouvez soutenir cette initiative via la plateforme de crowdfunding KissKissBankBank.

Romain DROOG

Je soutiens le projet

Rétrospective pour la semaine du cinéma chilien à la cinémathèque de Paris

La cinémathèque de Paris organise une semaine du cinéma chilien du 12 au 16 juin 2019. Avec une présentation d’ouvrages du XXIe siècle, des rencontres et conférences, cette rétrospective est l’opportunité de découvrir le Chili à travers sa culture cinématographique.

Photo : Cinémathèque

Le cinéma chilien a 122 ans d’histoire, mais il se développe à partir des années 1970 avec la fondation d’une cinémathèque nationale et d’un département de cinéma expérimental à l’Université du Chili. Depuis, la production de films a été minimale, surtout pendant la dictature de Pinochet entre 1973 et 1990 qui obligea de fameux cinéastes chiliens à effectuer la majeure partie de leur carrière à l’étranger. Parmi eux, on peut nommer Alejandro Jodorowsky, Raúl Ruiz ou encore Patricio Guzmán. Désormais, on peut constater une division dans l’histoire du cinéma chilien, avec l’émergence d’une nouvelle génération de réalisateurs nés dans les années 1970 qui font bouger la scène cinématographique du pays.

La cinémathèque de Paris retrace l’histoire cinématographique du Chili, qui depuis une décennie vit un renouveau artistique se traduisant par une présence remarquée dans les palmarès internationaux : l’Ours d’argent au festival de Berlin (Gloria de Sebastián Lelio en 2013 et El Club de Pablo Larraín en 2015), le Léopard de la meilleure réalisation à Locarno (Tarde para morir joven de Dominga Sotomayor Castillo en 2018) et l’Oscar du meilleur film étranger (Una mujer fantástica de Sebastián Lelio en 2018). Cette évolution est retracée dans cette rétrospective en dix films, où les auteurs manifestent un véritable aplomb créateur. Tous les films sélectionnés pour cette semaine témoignent des fractures historiques et sociales, qui nous permettent de reconnaître l’identité du cinéma chilien.

Un des thèmes principaux à constater est celui de la division sociale, dépeinte sous différentes coutures. Dans le cinéma chilien d’aujourd’hui, il est rare de voir deux personnages discuter d’égal à égal. Que ce soit à travers la question de la hiérarchie sociale (Nana, Sebastián Silva), les troubles sociaux liés à la dictature (Lucía, Niles Atallah) ou encore la violence sociale (Matar a un hombre, Alejandro Fernández Almendras). Ces films font écho à la dévastation sociale orchestrée sous la férule de Pinochet, lequel apparaît fort justement comme une ordure impeccablement costumée et cravatée dans No, le film sur le plébiscite de 1988 qui finit par le chasser du pouvoir.

À partir de cette rétrospective, on revisite des sujets très polémiques de la dernière décennie : la jouissance et l’amour, l’identité et la liberté individuelle, la transidentité, l’homosexualité et l’homophobie, les relations père-fils… Une nouvelle ère s’ouvre : c’est l’éclosion d’une société chilienne toujours tenaillée par ses contradictions, sous le regard d’une génération de cinéastes d’une stimulante maturité. Rendez-vous à partir du 12 jusqu’au 16 juin à la cinémathèque de Paris, 51 Rue de Bercy, 75012 Paris.

Amaranta ZERMEÑO

Pour plus d’informations, visitez le site de l’événement

L’Amérique latine primée au Festival de Cannes pour quatre films latinos

Même s’il n’y avait qu’un seul film latino en compétition officielle, le beau Bacurau de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles obtient l’un des deux prix du jury présidé par Alejandro Gonzalez Iñárritu.

Photo : Bacurau

Karim Aïtnouz, un autre brésilien reçoit le prix Un certain regard pour son mélodrame La vie invisible d’Euridice Gusmão. Quant au Guatémaltèque Cesar Díaz, il gagne la prestigieuse Caméra d’Or (meilleur premier film, toutes sections confondues) pour son Nuestras Madres sur les disparus de la dictature. Enfin Patricio Guzmán reçoit l’un des deux prix de L’œil d’Or pour son documentaire La cordillère des songes.

Prix du jury ex æquo Bacarau, du duo brésilien Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles

Kleber Mendonça Filho avait été révélé avec Les Bruits de Recife. Il avait déjà été en compétition à Cannes en 2016 avec Aquarius, portrait de sa ville Recife, prête à tout démolir et portrait d’une femme de 60 ans qui se bat pour garder son appartement. Aujourd’hui le film en compétition au festival est Bacurau. Écrit par les deux réalisateurs, ce scénario de western était proposé en début du Festival et se déroule dans un futur proche… On arrive dans un village dans le sertão, qui porte le nom d’un oiseau de nuit, par une route jonchée de cercueils qui se brisent sous les roues d’un camion-citerne qui vient ravitailler des habitants, mis au régime sec par les puissances qui contrôlent les barrages de la région. Teresa, interprétée par Barbara Colen, a profité du camion pour revenir dans son village natal, à temps pour les obsèques de sa grand-mère, Carmelita, doyenne de Bacurau. Quelques jours plus tard, les habitants remarquent que Bacurau a disparu de la carte… Très diffèrent d’Aquarius, il s’agit d’un film qui se passe dans un futur de résistance. Mais le Nordeste a beaucoup changé, et le fascisme n’est pas très loin. Il s’agit donc d’une fable politique, même si le film a été tourné avant les dernières élections. Avec Barbara ColenSonia Braga en médecin alcoolique et Udo Kier en nazi américain.

Caméra d’or pour César Diaz avec son premier film Nuestras Madres

Nuestras Madres de Cesar Díaz est un film franco-belge paru en 2013. Il a été projeté cette année au festival lors de la Semaine de la critique. Le pays vit au rythme du procès des militaires à l’origine de la guerre civile. Les témoignages des victimes s’enchaînent. Ernesto, jeune anthropologue à la Fondation médicolégale, travaille à l’identification des disparus. Un jour, à travers le récit d’une vieille femme indienne, Ernesto croit déceler une piste qui lui permettra de retrouver la trace de son père, guérillero disparu pendant la guerre. Nuestras Madres, premier film du Guatémaltèque Cesar Díaz, revient sur un épisode tragique de son pays, les disparus de la dictature militaire. Il le raconte à travers un jeune homme qui aide des femmes à retrouver et à identifier des disparus tout en recherchant son père. «Je faisais des repérages pour un documentaire dans un village où s’était produit un massacre lors de la guerre civile. Les femmes du village se sont tout de suite confiées, une vraie intimité s’est créée, autour d’évènements absolument dramatiques. Ça m’a bouleversé. Je voulais aussi raconter une histoire plus personnelle, qui me tenait à cœur, la relation entre une mère et son fils, la recherche du père, et c’est de là qu’est né le film. J’avais deux sujets, qui devaient cohabiter, il a fallu trouver l’équilibre, faire exister et évoluer ces deux trames narratives en même temps» explique le réalisateur à Cineuropa. D’une intense sobriété, d’une simplicité bouleversante, le film redonne une dignité à tous ces visages blessés et humiliés. Très bien écrit, le film a également obtenu le Prix du scénario de la SACD (Société des Auteurs).

Prix Un certain regard pour A vida invisível de Eurídice Gusmão de Karim Aïnouz

A vida invisível de Eurídice Gusmão (La vie invisible d’ Eurídice Gusmão) de Karim Aïnouz est un film venu tout droit du Brésil. D’après le roman de Martha Batalha, Guida et Euridice grandissent dans le quartier de Tijuca, à Rio, dans les années 1920. Elles sont filles d’un épicier primeur. Un jour, Guida disparaît. Euridice fait un «bon mariage» et épouse un employé de banque. Elle se doit alors de devenir une parfaite femme au foyer. Elle perçoit rapidement que s’occuper au mieux de sa maison et de ses deux enfants ne lui offre que bien peu de satisfaction. Pleine de talents, sa vie n’est qu’un combat face à des parents et un mari qui l’empêchent de s’épanouir en tant que musicienne, cuisinière, couturière émérite, etc. Guida, de son côté, est une fille mère qui doit affronter une vie rude afin de nourrir son fils, malade. Voici un superbe mélodrame brésilien qui retrace le destin de deux sœurs séparées par la vie, tout en évoquant la condition de la femme dans les années 1950, le temps qui passe et les rendez-vous manqués. La photo est magnifique.

Prix de l’œil d’or du documentaire ex aequo La cordillera de los sueños de Patricio Guzmán

C’est en Séance spéciale que La cordillera de los sueños (La cordillère des songes), film chilien, a été visionné au festival. «Patricio Guzmán a quitté le Chili il y a plus de quarante ans, lorsque la dictature militaire remplaça le Front populaire, explique Thierry Frémaux, mais il n’a pas cessé de réfléchir sur un pays, une culture, un espace géographique qu’il n’a jamais oublié. Après le Nord de “Nostalgie de la lumière” (2010) et le sud du “Bouton de nacre” (2015), il filme de près ce qu’il appelle “l’immense colonne vertébrale révélatrice de l’histoire passée et récente du Chili”. La Cordillera de los sueños est un poème visuel, une enquête historique, un essai cinématographique et une magnifique introspection intime et collective.» C’est la troisième partie d’une saga sur la mémoire et la nature chilienne dans le but de réunir à nouveau paysage, histoire, écosystèmes et politique. Ce nouveau documentaire dénonce l’amnésie collective de son pays sur la dictature de Pinochet à travers une ode au miracle géographique que sont les Andes filmées magnifiquement. La nature est majestueuse alors que les Chiliens n’ont qu’une envie, celle d’oublier le passé.

Alain LIATARD
Depuis le Festival de Cannes

Panorama des films latinos hors compétitions au Festival de Cannes

Cette année, la programmation du Festival de Cannes regroupait une dizaine de films latino-américains. Parmi eux Litigate de Franco Lolli (Colombie), Que sea ley de Juan Solanas (Argentine), Ceniza Negra de Sofía Quirós Ubeda (Costa Rica-Argentine-Chili-France) et Canción sin nombre de Melina León (Pérou).

Photo : Ceniza Negra – Smashleen Gutiérrez

Litigate de Franco Lolli, film colombien, a était visionné pour l’Ouverture de la Semaine de la critique. À Bogotá, Silvia, mère célibataire et avocate, est mise en cause dans un scandale de corruption. À ses difficultés professionnelles, s’ajoute une angoisse plus profonde. Leticia, sa mère, est gravement malade. Tandis qu’elle doit se confronter à son inéluctable disparition, Silvia se lance dans une histoire d’amour, la première depuis longtemps. Le réalisateur dresse le portrait d’une femme qui doit faire face à des situations complexes et urgentes, aussi bien dans sa vie professionnelle, familiale et personnelle. Mais c’est aussi un film sur la famille. Franco Lolli dans ce second film, transcende le cadre réaliste de son récit pour atteindre le plus profond des êtres, au cœur des émotions les plus vives et les plus pures, que seul le cinéma sait transmettre. Je l’ai interrogé et nous en reparlerons.

Que sea ley, Argentine, est le premier documentaire de Juan Solanas, fils du sénateur et cinéaste Fernando Pino Solanas. Présenté en séance spéciale, c’est le seul film qui représente l’Argentine cette année au Festival de Cannes. Son but : défendre les droits des femmes pour pouvoir décider de leur corps. Il a filmé tout seul pendant près de neuf mois, et a parcouru quatre mille kilomètres en voiture en passant par Jujuy, Santiago del Estero, Tucumán, Córdoba et d’autres provinces. «Je voulais montrer la réalité du droit des femmes». Car il y a encore une partie des sénateurs, soutenus par les évangélistes qui sont contre l’IVG. C’est un film très militant accompagné à la séance par un groupe de femmes argentines qui avaient fait le voyage pour soutenir le film.

Ceniza Negra (Cendre Noire) de Sofía Quirós Ubeda, Costa Rica-Argentine-Chili-France, a était projeté pendant la Semaine de la Critique. Selva, 13 ans, découvre qu’en mourant on ne fait que changer de peau. On peut se transformer en loup, en chèvre, en ombre, en tout ce que l’imagination permet. Une adolescente élevée dans la campagne par ses grands-parents apprend la vie à l’approche de leur mort. De cette dualité naît l’intérêt du film, son authenticité. Avec la perte de l’innocence viennent la conscience du corps et la sensualité.

Canción sin nombre de Melina León, Pérou, était aussi projeté pour la Semaine de la critique. Pérou, au plus fort de la crise politique des années 80. Georgina attend son premier enfant. Sans ressources, elle répond à l’annonce d’une clinique qui propose des soins gratuits aux femmes enceintes. Mais après l’accouchement, on refuse de lui dire où est son bébé. Décidée à retrouver sa fille, elle sollicite l’aide d’un journaliste qui accepte de mener l’enquête. C’est un film très simple tourné en noir et blanc.

Chicuarotes de Gael García Bernal, Mexique, visionné en Séance spéciale. «Acteur de premier rang chez Iñárritu ou Cuarón, Gael García Bernal est, avec Diego Luna, un fidèle de Cannes dont il fut membre du Jury en 2014. ‘‘Chicuarotes’’ est le deuxième long métrage de l’acteur, une plongée dans la société mexicaine à travers l’histoire d’adolescents sur lesquels il jette un regard tendre, à la mesure d’un pays éternel auquel le cinéma mexicain rend hommage film après film.»

Por el dinero d’ Alejo Moguillansky, Argentine, visionné lors de la Quinzaine des réalisateurs. Une misérable troupe argentine composée d’acteurs, de musiciens, de danseurs, de cinéastes et d’une petite fille s’embarque pour une tournée, quelque part, en Amérique latine. Si l’amour et l’argent sont deux mondes irréconciliables, le film sera l’histoire de cette tragédie. En deux mots il s’agit d’un film original et décevant, produit par El Pampero, le groupe qui a produit La Flor.

Sem seu sangre (Sick,sick, sick) de Alice Furtado, Brésil, projeté aussi durant la Quinzaine des réalisateurs. Silvia est une jeune fille introvertie lassée par son quotidien, entre famille et lycée. Elle semble chercher quelque chose qui la ferait se sentir plus vivante. Elle croit l’avoir trouvé en la personne d’Artur, un adolescent qui débarque dans sa classe après avoir été expulsé de plusieurs lycées. Silvia est fascinée par la vitalité d’Artur qui souffre pourtant d’une maladie grave, l’hémophilie. Ils s’immergent dans une coexistence intense et brève, que la mort accidentelle d’Artur interrompt. Silvia tombe malade, tandis que sa vie se transforme en un cauchemar étrange. Le deuil devient une obsession. Après une première partie intéressante, le film mélange la réincarnation, la puissance animale et encore une fois les zombies qui étaient très présents cette année à Cannes.

Des Zombies, donc, en ouverture du Festival de Cannes, on n’avait jamais vu cela. Mais le film de Jim Jarmusch The dead don’t die est aussi sorti sur 600 écrans en France. Cette année plein de grands noms se retrouvaient en compétition. Il y avait aussi des premiers films, et une importante participation de cinéastes femmes. On attendait beaucoup des dernières œuvres de Tarentino, Kechiche, Despleschin, Loach, Malick, Dolan ou Bellocchio. Ils ne se retrouvent pas au Palmarès. Les frères Dardenne tirent leur épingle du jeu par le prix spécial sur Le jeune Ahmed, un jeune fanatique islamique. On attendait une Palme d’Or pour Almodóvar. Il ne l’a pas cette fois encore, mais Antonio Banderas en double du cinéaste espagnol est émouvant. Le cinéaste palestinien Elia Suleiman a été soutenu par une mention spéciale. Par contre Céline Sciamma a obtenu le prix du scénario pour Portrait de la jeune fille en feu, la jeune Franco-Sénégalaise Mati Diop a obtenu le grand prix pour Atlantique, un premier film sur l’immigration, et Ladj Ly a reçu le prix du jury pour Les Misérables,son film sur les banlieues. La Palme d’Or est revenue un peu à la surprise générale au film sud-coréen parasite de Bong Joon Ho. Comme le dit le jury Art et Essai : C’est un film puissant, surprenant, divertissant, drôle et intelligent. Il est brillant sur tous les plans : mise en scène, direction d’acteurs, scénario très élaboré avec des rebondissements permanents. 

Alain LIATARD
Depuis le Festival de Cannes

Plongée dans le fantastique de l’horreur avec «Meurs, monstre, meurs» d’Alejandro Fadel

Sélectionné à Cannes l’année dernière dans la catégorie Un Certain Regard, Meurs, monstre, meurt est le second long-métrage du réalisateur Alejandro Fadel après Los Salvajes en 2012 (présenté pendant la Semaine de la Critique à Cannes). Pour son deuxième film, le réalisateur troque le western pour nous livrer un conte fantastique torturé et radical. Distribué par UFO, le film est  sorti en salle le 15 mai dernier.

Photo : Meurs, monstre, meurs

Dans une région reculée de la Cordillère des Andes, le corps d’une femme est retrouvé décapité. L’officier de police rurale Cruz mène l’enquête. David, le mari de Francisca, amante de Cruz, est vite le principal suspect. Envoyé en hôpital psychiatrique, il y incrimine sans cesse les apparitions brutales et inexplicables d’un Monstre. Dès lors, Cruz s’entête sur une mystérieuse théorie impliquant des notions géométriques, les déplacements d’une bande de motards, et une voix intérieure, obsédante, qui répète comme un mantra : «Meurs, Monstre, Meurs»…

Le baroque d’une esthétique où la folie devient palpable

Objet perturbant que ce film qui ne mâche pas ses moyens pour rappeler au spectateur ce qu’il est et ce dès sa scène d’ouverture : longues traînées de sang, gorge éventrée en gros plans… C’est un meurtre épouvantable encore tout chaud qui nous accueille après le générique, laissant planer avec lui une interrogation qui restera mystérieuse jusqu’au dénouement du film : dans ce territoire de contes de fées gothique, qui est  vraiment à l’origine de cette violence ?

À la manière du meurtrier présumé, cet homme épouvanté retrouvé dans les hauteurs des montagnes enneigées, la folie qui le contamine s’immisce en nous très vite après ce premier meurtre. Et il nous est souvent difficile de cerner ce qui appartient au réel de ce qui est fantasmé tant à l’écran les deux dimensions s’exécutent sous nos yeux dans la même atmosphère glauque, purulente et brumeuse qui définit toute l’esthétique du film. Les lieux de vie des habitants sont insalubres et la nuit, les teintes bleu, verte et rouge habillent les scènes de meurtres et de vie de nos protagonistes. En guise de décor, l’auteur réinvestit ses montagnes natales de la Cordillère des Andes comme pour Los Salvajes, son premier long-métrage. Il les filme à la manière du reste, comme un décor chargé de noirceur qui étend son ombre sur chaque individu. Dans tout ce macabre, Fadel apprécie la belle photographie et la beauté des artifices de sa mise en scène participe autant si ce n’est plus à l’irréel de cette histoire, au côté des compositions d’Alex Nante.  Ainsi les trombes d’eau qui se déversent à l’écran dans la scène du dernier meurtre forment un rideau opaque vertical qui strie le cadre et les personnages dans un expressionnisme baroque appuyé et sublime.

L’enquêteur Cruz, incarné par l’impressionnant Víctor López, participe à cette confusion avec son physique de bête, buffle au regard fatigué et à la gestuelle alourdie qui possède une voix d’outre-tombe ; organe extraordinaire qui nous fait douter de son appartenance au genre humain. Et le physique si singulier de son amante, incarnée par l’Argentine Tania Casciani, est terriblement troublant, comme son jeu désincarné. Pourtant, c’est chez ces deux créatures qu’éclot la douceur. Un amour naïf qui libère Cruz de sa torpeur habituelle le temps d’une séquence mémorable pour exécuter une chorégraphie troublante où son corps, toujours maladroit et si abîmé, redevient aérien, comme libéré des maux de cette intrigue tortueuse.

Oui le monstre existe, et c’est un monstre

L’enquête policière s’amuse à reprendre les codes du genre avec un certain classicisme. Meurtres en série dans un territoire isolé et meurtri (l’isolement avec le reste du monde n’a-t-il jamais été aussi puissant à l’écran que dans ses montagnes torturées ?), une enquête dirigée par un duo de policiers très différents, un village habité par les mystères… Autant d’éléments scénaristiques qui font la force du revival du cinéma policier à l’écran depuis vingt ans aux quatre coins du monde, chez des réalisateurs aussi talentueux que Bong Joon-Ho (Memories of murder) ou Alberto Rodríguez (La isla mínima). Il n’est pas difficile d’imaginer le malin plaisir pris par Fadel à inscrire son film dans cette longue tradition ; en y injectant malicieusement une intention rafraîchissante, il se permet aussi non sans prétention la construction d’un objet neuf.

Alejandro Fadel interroge la peur. Celle provoquée par le monstre, cet inconnu invisible peut-être fantasme de toute une population, qui contamine et tue ses habitants isolés. Ce paysage de montagne, c’est aussi le cadre d’une vie autarcique en proie souvent à la peur de l’inconnu, quel qu’il puisse être. Un dialogue avec des sujets actuels est possible en partant de cette idée, mais il n’est pas nécessaire d’approfondir la réflexion pour trouver du plaisir au film. Meurs, monstre, meurs est un film de monstre. Symbole de cette peur peut-être, il n’empêche que la créature existe, réellement. Rappelons-le, dans ce film, le monstre est un vrai monstre. Une créature organique immense et obscène rappelant des peintures affolantes de l’enfer autant que la beauté artisanale des créatures articulées disparues du cinéma d’horreur depuis bien longtemps au profit d’effets spéciaux parfois chaotiques. Et l’auteur se plaît à le laisser apparaître à l’écran pendant de longues minutes.

De la noirceur des esprits aux scènes oniriques, tout est à envisager comme une matière explicite qui se suffit à elle-même. Joli oxymore du film fantastique qui ne dit pas cette fois plus que ce qu’il montre. Comme une allégorie de la non signification qui tourne au ridicule la démarche psychanalytique des mastodontes du genre. Qui dynamite la narration en la rendant inefficace. En faisant du film un spectacle de sensations épidermiques, une expérience en deçà du verbe : la tentative de figer sur pellicule une horreur indicible. Tout tient dans la démarche de son auteur : «Plus que l’histoire en soi, ce qui m’intéresse, c’est l’arrangement des différents éléments. On ne peut pas continuer à exiger que le cinéma soit une machine à raconter des histoires. Il faut qu’on renonce à cette bataille et qu’on délègue cette fonction à la télévision… Le cinéma doit se nourrir d’autre chose s’il aspire à se renouveler.»

Et dans sa tentative de redéfinir ce qu’est le cinéma, Fadel ambitionne pour le spectateur un regard qui n’est sans doute pas tout à fait celui qui est posé. En s’inscrivant dans cette lignée du cinéma codifié, le risque est qu’il encadre naturellement le regard dans un cheminement de pensée bien rôdé qui n’induit peut-être pas le lâcher prise suffisant pour apprécier un tel film, ce qui aura tendance à le rendre hermétique pour bon nombre d’habitués du genre.

Finalement, Meurs, monstre, meurs propose un cinéma d’horreur tout à fait décomplexé où les poncifs du genre sont exacerbés au nom d’une esthétique suintante, vicieuse, sexuelle, soigneusement poussive. Certes, la narration se veut opaque, appelant à plus d’interrogations qu’elle ne propose de réponses, mais l’expérience sensorielle abstraite est généreuse. Elle signale une posture intransigeante, presque militante, qui offre un voyage brutal au pays des monstres dans une grammaire coulant de premier degré. Pour toutes ces qualités, le film d’Alejandro Fadel reste un bijou rafraîchissant et génialement novateur, le caprice d’un auteur exigeant toujours primé qu’on espère prolifique dans les années à venir.

Kévin SAINT-JEAN

Meurs, montre, meurs d’Alejandro Fadel, Thriller fantastique, Argentine, 1 h 39 – Voir la bande annonce

La vendetta d’une jeunesse colombienne dans «Matar a Jesús» de Laura Mora

Sortie en salle le 8 mai, Matar a Jesus met en scène un thriller haletant qui nous plonge dans une Colombie de violence et de révolte vaine, paysage devenu terriblement familier à nos yeux de spectateur. On découvre cet univers à travers Paula, une jeune étudiante, est témoin de l’assassinat de son père, un professeur d’université activiste, en pleine rue de Medellín. Désespérée face à l’inaction de la police, Paula prend les choses en main lorsqu’elle croise par hasard Jesús, le jeune sicario qui a tué son père. Entre désir de vengeance et compassion, elle se rapproche de lui.

C’est un premier film largement autobiographique que signe Laura Mora. Directement inspirée de l’assassinat de son père auquel elle assiste complètement impuissante au début des années 2000, elle décide de recréer la Medellín des années 2000 dans ce drame qui se construit sur l’impatience du désir de vengeance. Avec Jesús et Paula, ce sont deux jeunesses qui se font face. L’une pauvre, issue des barrios, ces quartiers qui enserrent la ville au sommet des collines et une jeunesse de la plaine qui va à l’université, à soif de combat politique, s’épanouit, libre et créative. Isolées l’une de l’autre, séparées par la géographie qui épouse les fractures sociales, les deux pans de cette jeunesse colombienne partagent néanmoins une même soif d’amusement et c’est la nuit qui lie leurs deux réalités et qui permet à Paula de retrouver le meurtrier de son père.

Giovanny Rodriguez incarne à merveille Jesus, ce jeune homme somnolent et désabusé qui passe ses journées à zoner et à s’entraîner au tir. Éloigné de sa famille, car craignant les représailles, il vit en marge de la société à l’inverse de Paula qui habite une demeure familiale cossue. Quand Paula retrouve les sicarios on découvre une bande qui tue par dépit plus que par soif de sang, comme-ci elle ne savait rien faire d’autre. On se surprend à découvrir que ce ne sont que de jeunes garçons blasés qui tuent le temps à jouer avec des armes, à faire des soirées ou des tours en motos, à se prendre pour des adultes sans en avoir encore les intentions. Et que finalement ces deux jeunesses ne sont pas si éloignées l’une de l’autre et donc que l’acte de mort n’enlève en rien l’empathie que peu à peu l’on ressent pour la bande de désœuvrés que forment Jesus et ses amis.

Condamner à pardonner

Le film de vengeance se mue en drame social dans une séquence de bascule où Paula en appelle au soutien de Jesús pour se protéger de la violence de Medellín. L’ennemi de toujours devient alors un précieux allié. Toute la schizophrénie qui va alors la tirailler c’est celle qui semble en quelque sorte condamner aussi les Colombiens à s’affronter pour des enjeux qui les dépassent, sur lesquels ils n’ont aucune emprise. On sent très fort que le véritable ennemi du film c’est cette police corrompue tout à fait complice des sicarios, la pauvreté structurelle et l’absence de sécurité dans les rues de la ville ; tout autant de maillons d’une chaîne que forme la société de Medellín et qui comme le meurtre de son père, trouvent leur justification dans la fatalité d’une situation politique complexe inébranlable.

Comme autant de contes moraux contemporains, toute une filmographie latino-américaine fait le constat depuis plusieurs années des conséquences de la vengeance personnelle (Tuer un homme, La Familia…). En captant cet esprit du temps sourd et implacable, ces œuvres où la tragédie individuelle règne dressent par leur ressemblance une situation homogène dans toute l’Amérique latine. Matar a Jesús s’inscrit dans cette tradition de récit. Malgré le meurtre de son père, se construit peu à peu dans l’esprit de Paula la voie d’une rédemption. Et avec elle l’acceptation que rien ne peut être fait par ses propres moyens, surtout pas par la violence. Une rédemption qui la condamne à pardonner, qui condamne aussi tout Medellín à se construire sur un socle instable et brutal.

Dans la lignée d’autres réalisateurs avant elle, Laura Mora interroge les séquelles que laissent ces tragédies personnelles sur la jeunesse et qui finissent par faire société. Dans cet exercice pourtant, Matar a Jesús reste fragile parce que beaucoup trop bien rôdé, trop à l’aise dans cette grammaire habituellement déployée. Le film réinvestit le sujet sans réelle prise de risque ou fulgurance si l’on omet l’esthétique onirique qui accompagne les minutes de liberté que s’offre la bande de sicarios ; gamins blasés qui sillonnent les routes la nuit à dos de motos bruyantes en équilibre sur une roue. Passé ces quelques parenthèses d’insouciance tapageuse, tel un décor immuable, Medellín redevient la belle emprisonnée, figée dans une esthétique devenue trop familière à l’écran, qui appelle en conséquence un traitement beaucoup trop prévisible.

Kévin SAINT-JEAN

Matar a Jesús de Laura Mora, Drame, Colombie, 1 h 39 – Voir la bande d’annonce

«Hard Paint», un film brésilien de Marcio Reolon et Filipe Matzembacher

Le film Hard Paint de Marcio Reolon et Filipe Matzembacher est au cinéma depuis le 15 mai. Depuis son exclusion de l’université, Pedro vit reclus chez lui à Porto Alegre. Son seul contact avec l’extérieur, il l’a à travers sa webcam lorsqu’il s’exhibe sous le nom de «Neon boy» contre de l’argent. Devant son objectif, il sait comment susciter le désir de ses admirateurs par un subtil jeu de lumières et de peintures colorées qu’il étale sur son corps nu. L’image est étrangement psychédélique, irréelle, hypnotiqueUn jour quand il s’aperçoit qu’un autre jeune homme imite ses performances, il décide de rencontrer son mystérieux rival, ce qui va bouleverser son quotidien solitaire. 

Photo  : Hard Paint  

Les réalisateurs Marcio Reolon et Filipe Matzembacher expliquent la motivation et la volonté qui leur ont permit de créer ce film : «Quand nous nous sentons abandonnés par ceux qui quittent Porto Alegre. Le contact virtuel que l’on peut garder avec certaines personnes nous semble insuffisant. C’est notamment cette idée d’une identité fictive qui nous a motivé pour certains aspects du personnage principal, Pedro, en particulier la question de la dualité entre le monde matériel et le monde virtuel représenté par ‘‘Neon Boy’’. Enfin, notre processus d’écriture a été affecté par un turbulent mouvement politique et social, caractérisé par l’affaiblissement de la démocratie brésilienne et la montée en puissance du conservatisme, en plus des vagues de préjugés au Brésil et dans le monde. Cela nous a remplis de colère et de désespoir qui ont imprégné le film. Ces sentiments nous ont guidé pendant l’écriture du script…Pedro a un côté fragile et délicat, mais aussi une pulsion agressive en lui. Le titre Hard Paint fait référence à cela. La peinture, elle, accentue le côté ‘‘performance’’ loin des standards établis, de quelqu’un qui se démarque de l’ordinaire, mais est constamment menacé par un monde hostile et violent.» 

Pedro est hors du temps et essaie de se construire un monde. On s’en rend compte lorsqu’il va chez son ami où il rencontre une communauté chaleureuse et accueillante, qui lui fait totalement défaut. Le film montre beaucoup avec justesse et émotion la vie surprenante de cette homme. Jamais voyeurs, les réalisateurs réussissent leur tour de force pour raconter une histoire en transmettant avec beaucoup de sensibilité et une réelle précarité et violence. 

 Alain LIATARD 

Hard Paint de Marcio Reolon et Filipe MatzembacherDrame, Brésil, 1 h 58 – Voir la bande d’annonce

«Le chant de la forêt» de Renée Nader Messora et João Salaviza

Renée Nader Messora et João Salaviza sont les deux réalisateurs du film Le chant de la forêt. Ce drame, qui est en salle depuis le 8 mai, est le récit de Ihjãc, un jeune indigène brésilien.

Photo : Ad Vitam

Ce soir, dans la forêt qui encercle ce village du Cerrado au nord du Brésil, le calme règne. Ihjãc, un jeune indigène de la tribu Krahô marche dans l’obscurité, il entend le chant de son père disparu qui l’appelle. Il est temps pour lui d’organiser la fête funéraire qui doit libérer son esprit et mettre fin au deuil. Habité par le pourvoir de communiquer avec les morts, Ihjãc refuse de devenir chaman. Tentant d’échapper à son destin, il s’enfuit vers la ville et se confronte alors à une autre réalité : celle d’un indigène dans le Brésil d’aujourd’hui. 

Les Krahô sont les habitants traditionnels du Cerrado et, ayant longtemps vécu dans cet environnement, ils y ont développé un savoir écologique sophistiqué, transmis de génération en génération. Situé au nord-est de l’état de Tocantins, à  1000 kilomètres de  Brasilia, le territoire indigène Krahô s’étend sur 3200 kilomètres carrés. Il est considéré comme l’une des zones les plus importantes de la «savane préservée» du Brésil : le Cerrado. Outre son extraordinaire biodiversité, le Cerrado est connu comme le «berceau des eaux» car il héberge les sources des principaux bassins hydrographiques de l’ensemble du pays. Cependant, cette zone subit une importante dégradation causée par l’expansion progressive des cultures et de l’élevage du bétail. D’innombrables espèces de plantes et d’animaux y sont en voie de disparition, cet écosystème faisant actuellement partie des points de la planète les plus sensibles et les plus menacés en matière de biodiversité. 

En 2009, Renée Nader Messora se rend dans le nord du Brésil où elle visite pour la première fois un village Krahô, elle y retournera plusieurs fois avec son compagnon João Salaviza, et une caméra 16 mm (la zone est trop humide pour utiliser du matériel numérique). Ils vont s’installer et réaliser un film, « Pendant neuf mois (entre  le printemps 2016 et l’hiver 2017), nous avons vécu dans l’une de ces maisons, tout le monde savait que nous mangions la même nourriture qu’eux, que nous nagions et que nous nous baignions dans la même rivière. Notre vieille caméra 16mm n’était ni intrusive, ni omniprésente, elle est restée la plupart du temps à l’intérieur de son boîtier. La vie au quotidien du village, sa routine était beaucoup plus importante que le film lui-même. 

Vitor était en charge du son. C’est un anthropologue qui parle un peu la langue, il est originaire de Brasilia et il vit dans ce village depuis longtemps ». Ne parlant pas la langue, les réalisateurs n’ont compris parfois ce qui était dit qu’au moment du montage. Il n’ya a pas vraiment de mise en scène, mais seulement la volonté de suivre et vivre leurs rituels.  Personnages de l’altérité, les morts sont dangereux, car ils veulent emmener leurs parents vivants avec eux. «  Il est nécessaire, explique l’anthropologue portugaise Manuela Carneiro da Cunha  dans Os mortos e os outros que les proches oublient leurs morts, afin qu’ils puissent à leur tour oublier les vivants. C’est pourquoi les Krahôs organisent une cérémonie de fin de deuil, le Pàrcahàc («la bûche des morts») pour pleurer leurs morts une dernière fois, fêter leur âme à l’aide de chants et de danses et, ainsi, leur permettre de partir vers leur nouveau village ». 

Le film, dès les premières scènes, est empreint d’une grande poésie visuelle et l’utilisation de la couleur est importante pour montrer cet univers onirique. Le Chant de la Foret a obtenu l’an passé à Cannes le prix spécial du Jury, dans la section Un certain regard. À voir à partir du 8 mai. 

Alain LIATARD

Le chant de la forêt de Renée Nader Messora et João Salaviza, Drame, Brésil, 1 h 54 – Voir la bande-annonce

Le film «La Cordillera de los sueños» du Chilien Patricio Guzmán au Festival de Cannes

À l’occasion de la 72e édition du festival de Cannes, Patricio Guzmán est invité pour présenter son film La Cordillera de los sueños (La Cordillère des songes). Le film de la sélection officielle sera projeté le 17 mai à 19 h 45. Ce long métrage sur la cordillère des Andes est la troisième partie d’une série de films sur des paysages emblématiques du Chili. 

Photo  : Rodrigo González – Festival de Cannes

Ce n’est pas la première fois que Patricio Guzmán vient au festival pour présenter l’un de ses films. Cette année, il revient avec son film La Cordillera de los sueños, la troisième partie d’une saga sur la mémoire et la nature chilienne. Cette trilogie a débuté à Cannes en 2010, lorsque Nostalgia de la luz a été créée. Puis Le bouton de la nacre, produit en 2015, a plongé les spectateurs dans les mers méridionales pour réunir à nouveau paysages, histoire, écosystèmes et politique contingente. Dans ce documentaire, le cinéaste dénonce le génocide humain localisé en pleine Patagonie humide. Quatre années se sont ensuite écoulées jusqu’à ce que La Cordillera de los sueños soit présenté dans la section «Projections spéciales» du Festival de Cannes qui se déroulera du 14 au 26 mai. Ce nouveau film a été directement produit au Chili par la société chilienne BF Distribution en Amérique latine. Alexandra Galvis, la directrice de Market Chile, une société associée à BF, affirme que «la chaîne de rêves de Patricio Guzmán concrétise l’intérêt des alliés des producteurs latino-américains. Les cinématographies dans la région sont une priorité pour nous». 

La Cordillera de los sueños présente à nouveau un paysage emblématique du Chili. Patricio Guzmán s’exprime ainsi : «La chaîne de montagnes est pour moi l’épine dorsale du Chili. Et j’ai décidé de l’explorer pour trouver des traces de ce pays qui reste encore dans ma mémoire.» Il continue en expliquant que «le film parle de cela, mais aussi d’un Chili très actuel, et pas seulement d’histoires passées». Finalement Guzmán ne sait pas lui-même si ce troisième film conclura la série. 

À travers ses engagements, Patricio Guzmán donne de l’intérêt à son pays d’origine, le Chili. «Pour nous, les Chiliens, les Andes sont un sortilège de mystères. C’est dans les rêves de notre enfance et quand nous sommes à l’étranger et que nous ouvrons les yeux et qu’il n’y a rien, c’est un signal d’alarme. C’est une chaîne de montagnes qui définit notre caractère» exprime le réalisateur en continuant d’expliquer que «les Andes séduisent pour leur magie, pour leur extension brutale. Pour leur contact permanent avec quiconque». 

Patricio Guzmán Lozanes est né à Santiago au Chili le 11 août 1941. Après des études de cinéma à l’École officielle de l’art cinématographique de Madrid, il devient réalisateur. Expatrié à Paris avec son épouse Renate Sachse, il réalise de nombreux documentaires autour du Chili du XXe siècle. Il se fait alors peu à peu connaître. Dans les années 1970, le gouvernement de Salvador Allende l’intéresse. Il utilise cette inspiration pour réaliser La Bataille du Chili, une trilogie documentaire durant laquelle il collabore avec Chris Marker. Cette œuvre, reconnue par le «Prix du Syndicat des critiques français» comme meilleur court métrage en 1976, devient peu à peu une base de son cinéma. 

Dans la suite de sa carrière, ses œuvres seront de nouveau honorées. En 1991, lors du festival du film d’Amiens, Guzmán reçoit pour La Croix du Sud la mention honorable du «prix OCIC». Lors de ses multiples parutions au festival du documentaire de Marseille, il reçoit deux fois le «Grand prix» en 1992 et en 2001, et reçoit le «Prix du public» en 1997. Son long métrage Le Bouton de nacre, sorti en 2015, reçoit l’année suivante le «Prix du meilleur documentaire» lors de la 21e cérémonie des prix Lumières de Paris. Finalement, la même année, l’ensemble de son œuvre est récompensée par le «Prix Charles-Brabant» de la Société civile des auteurs multimédia. Cette année, lors du festival de Cannes, pas de récompense attendue pour le réalisateur, mais une grande visibilité sera accordée à La Cordillera de los sueños

Un autre film latino-américain sera projeté au Festival de Cannes. Il s’agit du long métrage sur Diego Maradona, légende du football argentin, réalisé par Asif Kapadia. En 2008, Diego Maradona était déjà apparu sur le tapis rouge de Cannes grâce au documentaire à son intention d’Emir Kusturica. Cette année, le sportif de haut niveau sera de nouveau présent lors des festivités. Le documentaire est réalisé à partir de 500 heures d’images inédites issues d’archives personnelles du footballeur.

Le réalisateur s’est efforcé de raconter le récit d’un homme né dans les quartiers les plus pauvres de Buenos Aires, qui a connu une forte célébrité lors de sa victoire pour la Coupe du monde de football en 1986. Asif Kapadia s’est aussi intéressé aux heures plus sombres de la vie de Diego Maradona. Le contraste des événements vécus par le sportif livre un film complet et sensationnel. 

Eulalie PERNELET 

La Cordillera de los sueños de Patricio Guzmán, documentaire, Chili, 1 h 25 – Plus d’infos sur le site du Festival de Cannes

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