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Culture

Rétrospective de l’œuvre de la Chilienne Valeria Sarmiento à la cinémathèque de Paris

Du 1er au 7 octobre 2018, la cinémathèque de Paris organise une rétrospective autour de l’œuvre de la réalisatrice chilienne Valeria Sarmiento à l’occasion de la sortie de son dernier film en date, Le Cahier noir. Un dialogue entre la réalisatrice et Jorge Arriagada, le compositeur de la musique de ses films, animé par Gabriela Trujillo, se tiendra également à la suite de la projection de Notre mariage le samedi 6 octobre à 14 h 30.

Photo : Le Cahier noir

De l’essai documentaire à la fiction, de la radiographie de la violence de genre au film en costumes, l’œuvre si rare de Valeria Sarmiento expose et retourne avec élégance et humour les stéréotypes féminins au tournant du XXIe siècle. Amour, folie, dévoration : la réalisatrice déploie en une quinzaine de films les codes du mélodrame pour exalter la délicieuse truculence du rapport entre les sexes. 

Née à Valparaíso, Valeria Sarmiento fait des études de cinéma. Elle réalise des courts métrages documentaires au Chili avant de prendre, avec son compagnon Raúl Ruiz, le chemin de l’exil obligé en 1973. Si elle s’est fait connaître en Europe comme monteuse des films de son célèbre époux (disparu en 2011), il est plus que temps de rappeler que, depuis près de quarante ans, elle n’a aussi cessé de travailler comme scénariste et réalisatrice.

La nostalgie n’est plus ce qu’elle était

Les premiers films qu’elle tourne en France sont des variations autour de l’exil, du déracinement et de l’identité. Suivant une démarche qu’elle qualifie elle-même, avec une immense modestie, d’expérimentale (Le Mal du pays en 1979 puis, la même année, Gens de nulle part, gens de toutes parts), Sarmiento approfondit par la suite sa recherche documentaire (notamment Carlos Fuentes, un voyage dans le temps en 1998 et Au Louvre avec Miquel Barceló en 2004).

Dans les années où elle a pu retourner au Chili, elle n’a cessé de s’intéresser à l’histoire des femmes du pays, comme dans le portrait rêvé de Maria Graham (2014), l’intrépide écrivaine. Mais pour marquer le retour (im)possible au pays natal, Valeria Sarmiento signe en 2008 Secretos, une comédie noire où elle dénonce la culture du faux-semblant au sein d’une société qu’elle n’a pas vu changer – pays perdu où le secret devient la norme. Vision à la fois émue et sans concession des Chiliens, elle y déploie la puissance de son ironie dans des scènes où le rire l’emporte sur l’hypocrisie.

Gardienne de la mémoire

Depuis la disparition de Ruiz, Valeria Sarmiento poursuit le travail du compagnon de sa vie. Elle dirige Les Lignes de Wellington (2012), projet interrompu par la mort du cinéaste où elle esquisse l’art de la guerre à travers la figure du duc de Wellington, commandant en chef des armées portugaise et britannique, un général obsédé par son image. Remodelant le projet initial, elle s’étend sur la manière dont les guerres napoléoniennes bouleversent les géographies – paysages et visages – insistant sur l’empreinte que laisse la guerre dans les rapports entre les hommes. Comme un dernier salut des membres de la «troupe» de Ruiz, certains acteurs viennent rendre hommage (Melvil Poupaud, John Malkovich, Chiara Mastroianni, Michel Piccoli, Catherine Deneuve, Isabelle Huppert), le temps d’une apparition mémorable, au réalisateur.

De même, en l’attente de la mise en production de son adaptation du roman de Roberto Bolaño La Piste de glace, Sarmiento dirige Le Cahier noir (2018), une préquelle des Mystères de Lisbonne de Ruiz (2010), laissée à l’état de projet par le scénariste Carlos Saboga. À nouveau, Sarmiento infléchit le feuilleton d’origine, s’écartant de la figure protéiforme d’un cardinal mystérieux pour se concentrer sur les rapports entre le jeune Sebastian et sa nourrice, incarnée par la sensuelle et ardente Lou de Laâge.

Mais la réalisatrice intervient aussi comme mémorialiste, sauvegardant et permettant la projection des films de Ruiz. Telle Isis en quête du corps d’Osiris, elle remembre certains des très nombreux projets inachevés comme cette Telenovela errante (1990-2017), feuilleton erratique qui enferme en plusieurs sketchs les premières impressions, vivaces et drôles, du réalisateur lorsqu’il a pu tourner à nouveau dans son pays, ou encore son mythique premier film inachevé, El Tango del viudo (Le Tango du veuf, 1967).

La femme élémentaire

Véritable bijou documentaire, El Hombre cuando es hombre (1982) dépeint avec élégance et une inépuisable fierté créative la condition féminine en Amérique latine, à travers ses rites et ses tragédies. Dans ce moyen métrage tourné au Costa Rica par la force des choses (à l’époque, peu de pays de la région lui accordent un visa), elle magnifie la part inviolable de la femme désirante. Car être femme selon Valeria Sarmiento n’est pas une fatalité, mais plutôt l’origine d’une empreinte structurelle au monde. De ce fait, son matériau privilégié est le mélodrame, principal véhicule de stéréotypes qu’elle détourne allègrement.

Notre mariage (1985), premier long métrage de fiction, subvertit malgré lui le récit de la mythique Corín Tellado, figure majeure de la romance sentimentale hispanique. Son héroïne, naïve et rusée, a la force d’un poignard enveloppé dans un ruban de soie rose. Si la danseuse de Rosa la China (2002), mélodrame cubain flamboyant et baroque inspiré des feuilletons radio des années 1940, apparaît à la fois charnelle et tragique, telle une Salomé des Caraïbes, la protagoniste d’Amelia Lopes O’Neill (1990), quant à elle, devient la prêtresse profane d’un amour hors norme, fidèle jusqu’à la folie. Véritable allégorie hitchcockienne de la mémoire, Madeleine, l’héroïne de L’Inconnu de Strasbourg (1998), rend ses souvenirs à l’amant amnésique par l’étreinte amoureuse.

Filmés avec une sensualité inouïe, les rapports entre l’homme et la femme se heurtent dans l’œuvre de Sarmiento à l’espace intime et opaque de la famille et, surtout, au regard lubrique de la société puritaine qui condamne tout désir. Les films détaillent et exaltent le malentendu des sexes, comme dans la troublante adaptation du roman de la sulfureuse Mercedes Pinto, Elle (1995), qui avait inspiré l’un des plus grands films de Buñuel (Él, 1952). 

Valeria Sarmiento échappe à une certaine norme de l’art des femmes actuellement en vogue : qu’en est-il, semble-t-elle demander, de ces créatrices qui ont gardé un pouvoir d’égarement ? Alors, répondant à l’injonction d’une autre de ces femmes dont l’œuvre accède au point où le masculin et le féminin cessent d’être contradictoires : «Lâchez tout», et découvrez les films de Valeria Sarmiento !

Gabriela TRUJILLO*
D’après la Cinémathèque de Paris

  • Docteure en cinéma, spécialiste des avant-gardes latino-américaines et européennes

Du 20 au 23 septembre, le festival America accueille des auteurs latino-américains à Vincennes

Le festival America est devenu le rendez-vous bisannuel des auteurs nord-américains en France. Même si la programmation est principalement axée autour de la littérature de la zone anglophone du continent, elle offre aux amoureux de la langue castillane un panel d’auteurs à découvrir ou à retrouver avec plaisir. Parmi la longue liste d’écrivains figurent des auteurs venus du Mexique et de Cuba.

Photo : Paris Librairies

La première édition de 2002 et les sept suivantes ont été menées à bien grâce à des équipes de bénévoles motivés et à l’amour de la littérature de l’autre côté de l’Atlantique. Il ne s’agit pas pour cette structure d’organiser uniquement une série d’évènements le temps d’un week-end : elle propose également à des auteurs nord-américains de participer à des programmes de résidences d’écrivains. La neuvième édition du festival America de Paris, organisée à Vincennes, met cette année à l’honneur le Canada. Centrée autour des littératures nord-américaines, c’est une trentaine d’auteurs anglophones, francophones et hispanophones à retrouver du 20 au 23 septembre 2018.

Le festival propose une ouverture américaine sur des sujets de l’actualité mondiale et américaine, tels que la crise des migrants ou encore le rapport aux populations amérindiennes. De nombreuses rencontres sont organisées et de grands noms de la littérature hispanique seront conviés à non seulement donner leurs points de vue sur des réalités sociales et politiques, mais aussi à débattre sur des sujets artistiques. Les auteurs mexicains Emiliano Monge, Antonio Ortuño, Martín Solares et Aura Xilonen participeront à ces discussions, ainsi que les auteurs cubains Wendy Guerra, Vladimir Hernández et Karla Suárez. Nous aurons le plaisir de les écouter débattre lors de tables rondes et de conférences aux thématiques passionnantes et variées. Nous vous reproduisons la liste des sujets qui seront abordés par ces auteurs latino-américains.

Nina MORELLI

Thèmes politiques, historiques et philosophiques
Une société corrompue
Une odyssée vers la liberté
E… comme Exil : vivre autre part
F… comme Frontière : Passer la frontière
G… comme Guerre #2 : L’air de la guerre
H… comme Histoire #2 : Tours et détours de l’Histoire
P… comme Politique : Politiques fictions
R… comme Rêve américain : Que reste-t-il de l’American Dream ?

Thèmes sociaux
Les damnés de la Terre
La justice est un plat qui se mange froid
Une jeunesse tronquée
F… comme Femmes : portraits de femmes #1
H… comme Héroïne : Entre toutes les femmes
O… comme Origines : Là d’où je viens
P… comme Père : la place du père
S… comme Société : Le roman, miroir de la société #2
V… comme Violence : l’homme est un loup #1 et #2
V… comme Violence Sociale : Un monde sans pitié

Thèmes artistiques
A… comme Art : Pour l’amour de l’art
C… comme Corps : Écrire le corps
E… comme Écriture : l’art du roman
N… comme Noir : Toute la noirceur du monde
P… comme Personnages : Personnages en quête d’auteur
P… comme Polar : noir, c’est noir

Les éditions Insula soufflent leurs cinq bougies avec les dessins de l’Argentin Pedro Mancini

Les éditions Insula ont pour vocation de diffuser et de mettre en valeur les arts graphiques latino-américains auprès des lecteurs francophones. Elles le font de nouveau brillamment avec ce second recueil de dessin signé Pedro Mancini, Le Jardin incroyable, paru en septembre 2018. Pour fêter leurs 5 ans, les éditions Insula seront à l’honneur à la librairie Les Nouveautés à Paris, avec une séance de dédicace organisée autour de leur toute dernière parution.

Photo : Insula

Il était une fois un étrange royaume où les contes de fée pouvaient se transformer en cauchemar. Un monde parallèle gouverné par les lois de l’absurde et peuplé de personnages fantastiques qui partagent avec nous leurs petites misères quotidiennes.

Pedro Mancini a construit un univers poétique, nourri de surréalisme et d’humour noir, dans lequel les personnages de notre enfance rencontrent ses propres créatures. Puisant dans la tradition du dessin d’humour (Edward Gorey, Roland Topor), il nous parle de l’entrée dans l’âge adulte et tourne en dérision les apparences trompeuses et la fin de nos illusions.

Pedro Mancini, né à Buenos Aires en 1983, est un dessinateur argentin actif dans le milieu de l’autoédition depuis 2006. Le Jardin incroyable est son troisième ouvrage traduit en français après Alien Triste (Insula, 2016) et Derrière le bruit.

Les éditions Insula profitent donc de leurs 5 ans anniversaire pour recevoir Pedro Mancini en dédicace pour son nouvel ouvrage Le Jardin incroyable le 27 septembre, de 18 h à 20 h, à la librairie Les Nouveautés, 45 bis rue du Faubourg du Temple à Paris. Les éditions Insula sont également à l’honneur à la librairie depuis le 10 septembre, avec une vitrine surprise.

Venez nombreux célébrer les arts graphiques latino-américains !

D’après les éditions Insula

Pedro Mancini, Le Jardin incroyable, 72 p., noir & blanc, broché, 22,5 x 9 cm, 8 €.

Le réalisateur mexicain Alfonso Cuarón conquiert le monde et reçoit un Lion d’or à Venise

Le réalisateur mexicain est au centre de l’actualité cinématographique grâce à son nouveau long-métrage Roma, qui a remporté le Lion d’or à Venise. Cette récompense a suscité le débat dans le monde du cinéma car c’est la première fois qu’un film Netflix gagne un prix à l’un des principaux festivals européens. Mais qui est Alfonso Cuarón ? Voici son portrait et l’histoire de son parcours entre deux pays, le Mexique et les États-Unis.

Photo : France Soir

Depuis que son film Roma, produit par Netflix, a reçu un Lion d’or à Venise, le nom d’Alfonso Cuarón Orozco est sur toutes les lèvres. Le réalisateur mexicain de 56 ans a à son actif de nombreux succès cinématographiques et télévisuels et possède déjà plusieurs cordes à son arc, puisqu’il est également producteur et scénariste. Parmi ses films les plus connus, on retiendra La Petite princesse (1995), Y tu mamá también (2001), Harry Potter et le Prisonnier d‘Azkaban (2004), Les Fils de l’homme (2006) et Gravity (2013).

Sa passion pour le cinéma naît alors qu’il est encore enfant, à l’âge de 10 ans, grâce à sa mère qui le pousse à découvrir différents genres cinématographiques et à s’intéresser au monde de la culture. Dès lors, il s’exerce, à l’aide d’une caméra Super 8, et commence à filmer frénétiquement.

Son œuvre, à l’image de sa vie, vacille entre son Mexique natal et les États-Unis où il part travailler en 1991 pour réaliser des épisodes de la série Fallen Angels. C’est avec émotion qu’il parle de son dernier film, à composante autobiographique. Ce qu’il offre avec Roma, c’est une expérience cinématographique totale, pas une simple histoire racontée.

Roma est un film dramatique en noir et blanc qui retrace la vie d’une famille mexicaine de la classe moyenne dans les années 1970. Le réalisateur s’est accroché à ce long-métrage comme à un «gilet de sauvetage»[1] au milieu d’un «océan déchaîné». Il qualifie lui-même son travail de sociologique, car ce que l’on nous raconte dans ce film, au-delà d’un drame familial, c’est le Mexique d’il y a cinquante ans, avec tous ses problèmes, qui sont malheureusement encore d’actualité.

Alfonso Cuarón a grandi rue Tepeji, dans la colonia Roma, un quartier de Mexico. Lorsqu’il déambule dans la capitale, c’est la ville de son enfance qu’il voit : chaque recoin est associé à un passé lointain, chaque lieu fait l’objet de comparaisons. Il critique également les abus de la vie politique dont il a été témoin petit, et se réjouit que Mexico soit désormais une «référence culturelle dans le monde», une ville dans laquelle évoluent des «générations vibrantes, explosives». C’est cette capitale-là qui lui donne envie de se battre et d’apporter sa pierre à l’édifice. Alfonso Cuarón Orozco œuvre en effet pour une reconstruction complète de la ville à la suite de tremblements de terre. Il ne s’agit pas simplement d’un projet urbanistique et architectural mais plutôt d’un projet social. Ce qu’il veut, c’est un «mouvement civil» pour la capitale, il attend de la société civile qu’elle s’élève pour construire le Mexique du XXIe siècle.

Nina MORELLI

[1] Toutes les citations, traduites par l’auteure, sont extraites d’un entretien avec Alfonso Cuarón accordé à El País.

Leçon d’écriture dans Comment dessiner un roman du Mexicain Martín Solares

Martín Solares, né en 1970, a publié jusqu’à présent trois romans seulement, mais a consacré sa vie à la littérature dans ses activités d’enseignant, de critique et d’éditeur. Connaisseur sensible, il apporte dans ses écrits et ses interventions orales une distance non dépourvue d’humour. Il en fera bientôt profiter ses auditeurs, puisqu’il est l’invité en octobre de notre festival Belles Latinas.

Photo : Forbes México/Christian Bourgois

Dans Comment dessiner un roman, Martín Solares écrit et, comme le dit le titre, dessine, ce qu’est pour lui un roman. On peut prendre ce livre comme une leçon d’écriture, c’en est une, mais surtout comme une leçon de lecture. Le lecteur que nous sommes, assis, le livre entre les mains, a l’impression de sentir sur son épaule une main amicale ou fraternelle et, derrière lui, une ombre bienveillante qui lui glisse des conseils pour l’aider à mieux approcher du cœur de ce vice impuni dont se régalait Valery Larbaud, lire !

Sous les multiples exemples pris dans les œuvres d’auteurs américains ou européens pour la plupart se cachent des questions qui ressembleraient à «Tu as remarqué ceci ou cela ? Que peut-on ressentir si les premiers mots du roman sont : … ?».

Il existe un mot qui m’a personnellement toujours paru épouvantable lorsqu’il est appliqué à la création littéraire : la technique de l’écrivain. Je n’ai pourtant jamais trouvé de mot précis pour évoquer la façon de faire du créateur. Martín Solares ne parle que de cela, en faisant abstraction de tout ce que cela pourrait présenter de barbare. Tout est naturel sous sa plume : certains écrivent vite (et bien), d’autres pourraient ressembler à des tâcherons, peu importe si l’œuvre ainsi créée est bonne.

Autre richesse de cette étude, les multiples pistes données par des Umberto Eco, Gérard Genette ou Maurice Blanchot, qui ne donnent qu’une envie : les lire ou les relire. Pourtant, on ne pourra reprocher à Martín Solares aucune pointe de pédanterie, aucune supériorité qu’il nous imposerait : lui et nous sont ce qu’on pourrait appeler des «gens normaux, ordinaires», vous ou moi. Il reste jusqu’au bout le grand frère qui en sait tout de même un peu plus que nous mais qui ne cherche qu’à partager.

Par l’exemple de la longue et ardue rédaction de Pedro Paramo, le mythique roman de Juan Rulfo, il nous fait pénétrer au cœur des mystères réputés insondables de la création, nous montre comment à partir de presque rien on peut faire naître un chef d’œuvre.

On ne regrette qu’une chose, en lisant Comment dessiner un roman, c’est de ne pas avoir Martín Solares à proximité, on aimerait tant pouvoir réagir face à lui à certaines affirmations, lui poser quelques questions (les inévitables romanciers qui nous semblent indispensables et qui ne sont pas cités !), lui reprocher certaines prises de position, lui signaler nos sourires admiratifs en étudiant ses croquis-définitions de romans connus, lui faire part de notre adhésion globale !

Christian ROINAT

Comment dessiner un roman de Martín Solares, traduit de l’espagnol (Mexique) par Christilla Vasserot, éd. Christian Bourgois, 160 p., 15 €.
Martín Solares en espagnol : Cómo dibujar una novela, Era / Los minutos negros / No manden flores, Random House.
Martín Solares en français : Les minutes noires / N’envoyez pas de fleurs, éd. Christian Bourgois.

L’Allemagne rend au Pérou un masque en or de l’époque précolombienne

L’Allemagne a rendu au Pérou un masque funéraire en or datant du VIIIe siècle issu de la culture précolombienne Sicán, après un processus judiciaire de près de vingt ans, a rapporté jeudi le ministère de la Culture du Pérou. Nous reproduisons ici un article de France 24.

Photo : France 24

La livraison, effectuée à l’ambassade du Pérou à Berlin, met fin à une longue lutte juridique et diplomatique des autorités péruviennes pour récupérer des pièces faisant partie du patrimoine culturel de leur pays.

«Je suis heureuse de recevoir l’un des biens les plus emblématiques des cultures du nord du Pérou, un masque Sicán», a déclaré la ministre de la Culture, Patricia Balbuena, dans un communiqué.

La ministre péruvienne a reçu le document archéologique de la main du plénipotentiaire de l’État libre de Bavière devant l’État fédéral, Rolf-Dieter Jungk, a indiqué le ministère.

Le masque était entre les mains de la justice allemande et avait été saisi par Interpol en 1999, dans la ville allemande de Wiesbaden. Ensuite, un processus judiciaire a commencé.

«En [décembre] 2016, le tribunal régional de Munich ordonne la libération du masque Sicán, confisqué par le bureau du procureur de Munich et autorise sa remise à notre pays», a indiqué le ministère de la Culture sur son compte Twitter.

Le Pérou avait signalé la disparition de la pièce en 1999. Le trésor retrouvera son pays d’origine dans les prochaines semaines. La culture Sicán s’est développée sur la côte nord du Pérou entre les VIIIe et le XVe siècles.

D’après France24
Traduit par Marlène LANDON

Méjico, le nouveau roman noir du Mexicain Antonio Ortuño aux éditions Christian Bourgois

L’histoire et la petite histoire se mêlent dans ce nouveau roman du Mexicain Antonio Ortuño, dont La file indienne avait attiré notre attention en 2016. Le Mexique de la fin du XXe siècle jusqu’à l’époque contemporaine, puis vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Espagne des années 1920, au moment de la dictature de Primo de Rivera ou de la guerre civile constituent le fond de ce récit multiple.

Photo : sinembargo.mx/Christian Bourgois

La première scène nous plonge dans un enchevêtrement de passions, de jalousies et de petits trafics. On est à Guadalajara en 1997. Tout s’éclaircit très vite, et très vite on comprend qu’on est loin des hauteurs de l’Olympe : les trafics minables autour du syndicat des cheminots sont vraiment pitoyables, comme les amours dérisoires et les jalousies qui en résultent mais qui pourtant se terminent en hécatombes.

L’ambiance qui règne parmi les Espagnols des années 1920 n’est pas plus noble. Les luttes politiques s’accompagnent davantage d’insultes personnelles que de querelles idéologiques, même si elles sont bien présentes aussi. C’est à cette époque que se font et se défont des relations personnelles avec comme toile de fond les grands drames qui se préparent, la guerre civile et quarante ans d’une dictature féroce. Les inimitiés qui naissent là ne s’éteindront pas. On change d’atmosphère en passant de Madrid bombardée à Guadalajara menacée par les violences. La vision par un Latino-américain d’une Espagne dominée par le fascisme est assez différente de celle d’un lecteur européen, plus habitué aux versions opposées, celle «officielle» du temps de Franco et celle, plus «historique», proposée par les chercheurs extérieurs au franquisme.

On change d’ailleurs constamment d’atmosphère, les genres littéraires se mêlent, cela pourrait ressembler à une saga, l’histoire de trois générations d’une famille, cela pourrait être un roman historique, et c’est un parfait thriller, un roman sur la violence quotidienne. La superposition de ces diverses couches fait la richesse et crée une belle originalité, ce qui fait ressortir le fond de ce qu’a voulu montrer Antonio Ortuño : la complexité, faite d’un empilement de paradoxes, des relations ente le Mexique et l’Espagne, la mère qui a apporté la destruction, les sentiments d’infériorité imposés, subis pendant des siècles, qui remontent à Cortés. Éternelle question : de qui descendent les Mexicains ? À qui doivent-ils leur identité ? Cette identité revendiquée existe-t-elle ? Désir et aversion ne s’ajoutent pas l’un à l’autre, ils se confondent. Méjico, qui se lit comme un bon roman noir, prouve qu’action et réflexion profonde ne sont pas ennemies, bien au contraire.

Christian ROINAT

Méjico de Antonio Ortuño, traduit de l’espagnol (Mexique) par Marta Martínez Valls, éd. Christian Bourgois, 256 p., 18 €. Antonio Ortuño en français : La file indienne, éd. Christian Bourgois, 240 p., 18 €.

La franco-chilienne Anita Tijoux et son rap conscient qui fait du bien à l’Amérique latine

Dans la salle du théâtre municipal de Valparaíso, le 17 août dernier, le public était jeune, et féminin. Les places vendues étaient assises, la fosse comptait de nombreuses rangées de fauteuils rouges du plus bel effet. Mais un concert de hip-hop s’écoute rarement assis. Dans la fosse ou aux galeries de ce théâtre art déco des années 1930, les gens se pressaient contre la scène. Ici, un seul agent de sécurité interdit l’accès à l’escalier qui mène à la scène.

Photo : Radiozero

Six musiciens pour accompagner celle qui est sans doute la rappeuse la plus connue et la plus appréciée du Chili. Anita Tijoux, née à Lille de parents exilés à la suite du coup d’État de 1973, est aujourd’hui la figure de proue du hip-hop chilien et latino-américain, ayant conquis les scènes du monde entier.

Après avoir chanté avec le groupe Makiza (quatre albums au compteur), elle se lance en solo en 2007 et a depuis sorti quatre albums de hip-hop, et s’est récemment lancée dans un nouveau projet, le chant de boléro au sein de Roja y Negro.

Son hip-hop enragé frappe et fait danser. Les cuivres sont tour à tour jazzy, rythmique comme en funk ou mélodique, le guitariste passe avec aisance (et en changeant de guitare) du solo de rock au boléro. Car il ne s’agit pas que de hip-hop : Anita Tijoux, dans sa combinaison old school, rend aussi hommage au poète Victor Jara et chante quelques boléros.

Dans ces moments-là, on oublie presque le rap. Sa voix est claire, chaude, juste, avec des envolées soul qui donne la chair de poule. Lorsqu’elle rappe et donne la priorité au rythme, Anita Tijoux ne grime pas sa voix, ne la force pas. Elle rappe, mais avec naturel, sans auto-tune.

Une vraie star, adulée par son public qui reprend en chœur ses textes. Et quels textes ! Antipatriarca, Partir de Cero, Shock, Somos Sur… Côte à côte, les générations se côtoient et chantent ensemble, en particulier les femmes qui se retrouvent dans les textes anti-patriarcal. Aucun doute, Anita les réunit.

Et quand elle prend enfin le foulard vert du mouvement pro-avortement que lui tendait une petite fille sur les épaules de sa mère, une clameur s’élève. Quelques mots pour se redonner courage dans ce combat difficile, puis, le foulard autour du cou, Anita continue. Un peu plus tard, une étudiante monte sur scène, donne un flyer à la chanteuse avant d´être reconduite dans la fosse par la sécurité. Anita Tijoux l’appelle «cariño» et lit le tract au public : une réunion aura lieu dans la dernière université occupée par les mouvements féministes. Avec Anita Tijoux, la politique n’est pas que dans les textes.

Rai BENNO
Depuis Valparaíso

Le cinéaste mexicain Alfonso Cuarón au Festival Lumière à Lyon du 13 au 21 octobre 2018

Alors qu’il présente cet automne son nouveau film, le très attendu Roma, long métrage aux inspirations autobiographiques dans le Mexico du début des années 1970, Alfonso Cuarón, l’un des «co-fondateurs» du festival Lumière puisqu’il s’y rendit dès la première année, revient à l’occasion de sa dixième édition. Après l’hommage à Guillermo del Toro l’an dernier, c’est une nouvelle occasion de saluer l’extraordinaire génération du cinéma mexicain.

Photo : Festival Lumière

C’est en 2001 qu’Alfonso Cuarón s’est fait remarquer sur la scène internationale avec Y tu mamá también, avec Gael García Bernal et Diego Luna. Attaché au royaume de l’enfance et remarqué pour son adaptation du classique de la littérature britannique La Petite princesse en 1995, le cinéaste mexicain a aussi réalisé De grandes espérances (1998), ainsi qu’Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban (2004), film qui lui apporte la consécration internationale.

Toujours imprévisible, il s’est tourné vers des projets audacieux qui furent de grandes réussites, d’abord avec Les Fils de l’homme (2006) puis avec Gravity (2013). Ces deux films de science-fiction signent un tournant significatif dans sa carrière. C’est avec Gravity qu’il a obtenu l’Oscar du meilleur réalisateur ainsi que six autres récompenses.

Si son exploration de genres aux antipodes les uns des autres force l’admiration, c’est la capacité de Cuarón à décortiquer le rapport de l’Homme à un monde en crise, ainsi que sa façon d’exister coûte que coûte comme auteur, et comme mexicain, à l’intérieur du système de production désormais mondialisé, qui font de lui l’un des cinéastes les plus passionnants du moment. Avec un retour sur son travail, une master class et l’avant-première de son nouveau film, Roma, c’est une belle visite que propose le festival Lumière. Et une grande fierté de l’accueillir.

Tourné en 65mm et sublimé par un noir & blanc cristallin, Roma puise dans les souvenirs familiaux de Cuarón pour dépeindre la société mexicaine des années 1970 au cœur d’une capitale bouillonnante et à travers un formidable portrait de femmes. «Il s’agit du premier film dans lequel je peux complètement intégrer tout ce que je souhaite transmettre au cinéma. On y trouve plusieurs formes et couleurs d’émotions que je travaille depuis mes débuts comme réalisateur», confiait-il récemment au magazine IndieWire.

Le film a été sélectionné aux festivals de Venise, de Telluride, de Toronto et de New York. La présentation au festival Lumière constituera l’avant-première française. Également présent l’an dernier, Alfonso Cuarón avait présenté un film expérimental de 1964, La fórmula secreta de Rubén Gámez. «Et c’est à Lyon que je voulais présenter mon film au public français» nous a-t-il déclaré.

D’après le Festival Lumière

Porteños, Melingo, Macha et El Bloque Depresivo en concert à l’Opéra de Lyon en octobre

Le jeudi 18 octobre 2018 à 20 h à la grande salle de l’Opéra de Lyon se tiendra un concert underground entre Buenos Aires et Valparaiso, de port en port, avec Melingo, Macha et Bloque Depresivo et la participation spéciale du Quatuor Wassily. Une belle occasion de découvrir la culture des Porteños, habitants des ports et éternels voyageurs intérieurs, en présence d’artistes latino-américains cultes, dignes ambassadeurs mais aussi perpétuels rénovateurs de leurs cultures.

Photo : Opéra de Lyon

Que ce soit à Buenos Aires, Montevideo, Veracruz ou Valparaiso les grands ports d’Amérique latine ont toujours été des hauts lieux de rencontres où se brassent les rythmes et mélodies aux origines les plus variées – musiques que les musiciens de lupanars se sont traditionnellement empressés de réinterpréter à leur manière. C’est souvent ainsi que sont nés des styles nouveaux parfois appelés à devenir les musiques emblématiques de leurs ports respectifs, tels que le tango ou la cueca.

Porteños rend hommage à deux des plus grandes villes portuaires d’Amérique du Sud : Buenos Aires et Valparaiso. Deux villes où les habitants se reconnaissent officiellement comme porteños. Deux villes qui allient une fierté citadine à un goût public pour des musiques locales bigarrées d’imports.

Natif de Buenos Aires, Melingo est une sorte de poète cubiste du tango. Sa voix grave et rocailleuse rappelle plus Tom Waits que Carlos Gardel, et c’est peut-être justement pour ça qu’il est un des musiciens les plus à même de représenter la modernité d’un tango toujours urbain et toujours en évolution. Clarinettiste classique, puis guitariste chanteur de rock reconverti, Melingo a redécouvert le tango de sa ville natale il y a une quinzaine d’années. Au cours de ses cinq disques, il a réinventé un tango personnel nourri de l’histoire de Buenos Aires.

Bloque Depresivo est le nouveau groupe de Aldo Asenjo (aka MACHA) leader et chanteur du groupe culte chilien Chico Trujillo. Profondément ancré dans la culture de Valparaiso, le répertoire de Bloque Depresivo est nourri des classiques portuaires et des compositions de Macha qui expriment un désespoir réinterprété avec le Bonheur pervers des poètes dont partager la douleur est un sacerdoce. Valses, ballades et boléros se côtoient – pour le plaisir du public chilien qui ne semble pas connaître de plus grande joie que de pleurer sa douleur à tue‑tête.

D’après l’Opéra de Lyon
Pensez à réserver !

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