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Culture

À la une cette semaine : l’exposition «Quel amour !?» Images de Marseille et de Lisbonne

Chaque semaine, nous réservons un espace dédié aux événements et invitations. Il suffit de nous envoyer un courrier électronique avec des informations susceptibles d’intéresser nos internautes en indiquant simplement le titre de votre manifestation, le lieu, la date et l’heure, un visuel et un contact. Nous soulignons comme temps fort de la semaine 22 la riche programmation de la Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes qui démarre ce vendredi 25 et qui s’achèvera le dimanche 10 juin prochain. Voici le reste de la sélection de la semaine du 28 mai au 3 juin.

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25 – 31  MAI –  IVRY-SUR-SEINE

«Requiem des innocents», création dirigée par Marcos Malavia et la compagnie Sourous

Théâtre Clown. «Requiem des Innocents» est un texte qui réunis dix créatures clowns qui échouent dans un lieu où ils chercheront à comprendre le pourquoi et le comment de leur mort. Ils étaient innocents, ils ne savaient pas qu’ils pouvaient porter une marque ancestrale qui faisait d’eux des victimes de la violence. Ce spectacle est le fruit d’un atelier-laboratoire mis en place depuis un an par Marcos Malavia au Théâtre El Duende (en partenariat avec le Théâtre Victor Hugo de Bagneux et la Compagnie Sourous) avec un groupe des neuf comédiens, qui grâce à leurs clowns donnent vie à ce texte. Plus d’infos

25 MAI- 2 JUIN – 18 H 30 – MARSEILLE

La Quinzaine des Réalisateurs organisent des reprises dans des salles comme l’Alhambra à Marseille

Depuis plusieurs années, la Quinzaine des Réalisateurs organise des reprises afin de permettre au plus grand nombre de découvrir sa sélection de films. Ainsi, cette année encore, après le Festival de Cannes, les films de la 50e Quinzaine des Réalisateurs seront présentés à Marseille. Ce rendez-vous, c’est la possibilité offerte aux cinéphiles de la métropole marseillaise de découvrir en avant-première 20 longs métrages inédits dans de très bonnes conditions d’accueil et de projections. Plus d’infos

LUNDI 28 MAI – 19 H – PARIS

«Nouvelles du Pérou» – Présentation du livre par Ina Salazar aux éd. Magellan & Cie à la MAL

Eldorado ou le pays de l’or a longtemps fait rêver les Européens. Peut-être le plus secret, en tout cas l’un des plus méconnus des pays d’Amérique du Sud, le Pérou actuel fut l’épicentre de la fascinante civilisation inca qui, du XIIe au XVIe siècle, se déploya dans la cordillère des Andes, avant d’être annexé par les conquistadors espagnols. Les six cuentos (nouvelles) de ce volume, tous traduits de l’espagnol, reflètent subtilement les singularités de ce monde andin. Voir aussi l’agenda global de la Maison de l’Amrique latine de Paris. Plus d’infos

LECTURES ET LIVRES

Création de l’association «La Charca» sur la Métropole de Lyon – À découvrir sans modération sur facebook

C’est dans le but de promouvoir les cultures hispano-américaines dans toute leur diversité que vient de se créer, à Lyon, l’association «La Charca». Celle-ci centrera dans un premier temps son activité sur le livre et la lecture. Afin de permettre au plus grand nombre d’avoir accès à des productions culturelles venues de loin, elle mettra tout d’abord à disposition de ses membres une bibliothèque d’ouvrages en espagnol et en traduction française, et pour tous une librairie. Des textes méconnus en France à découvrir sans plus tarder. Plus d’infos

BANDE ANNONCE

Le prochain festival de Biarritz, 24 au 30 septembre prochain, invite l’Uruguay

Enserré entre deux voisins imposants, politiquement stable depuis la fin de la dictature dans les années 80, socialement progressiste, prospère d’un point de vue économique, l’Uruguay fait figure de phénomène. Berceau de Lautréamont et de Jules Supervielle, patrie du candombe et de la murga, copropriétaire du tango, sa culture riche et bigarrée rayonne bien au-delà de ses 3,5 millions d’habitants : l’Uruguay est le joyau secret de l’Amérique latine. Illuminée du soleil de la République orientale, l’affiche de cette année est inspirée du programme proposé. Plus d’infos

EXPOSITION

«Quel amour !?» Images de Marseille et de Lisbonne : une entité passionnée, foisonnante et contrastée

Forte de cette expérience et de ses 2 600 ans d’histoire, Marseille continue de miser sur la culture pour accélérer son développement et s’impose comme une métropole euro-méditerranéenne de premier plan. L’amour n’est-il pas la grande affaire de l’existence ? La seule qui, au dire de Stendhal, re-passionne la vie. Si l’unique mesure de l’amour ne peut être que la démesure, reconnaissons que les artistes, pour l’exprimer, savent convoquer le langage du désir dans sa démesure même. Entre exclamations et interrogations, «Quel Amour !?» laisse donc ouvertes toutes les voies et réponses imaginables pour les faire vivre dans le foisonnement de plus de 150 créations de 68 artistes, toutes générations confondues. Plus d’infos

Cannes 2018, un palmarès très éclectique. Retour sur les prix décernés par sections

Clap de fin pour la 71e édition du festival de Cannes qui, pendant douze jours, a dévoilé des artistes et des films du monde entier. Sur la scène du Grand Théâtre Lumière, le maître des cérémonies, Edouard Baer, a accueilli le jury des longs métrages, présidé par Cate Blanchett, pour l’annonce du palmarès 2018. Bref compte-rendu des prix décernés par compétition.

Photo : extrait d’Une affaire de famille, Palme d’Or

En compétition officielle, Cate Blanchett et son jury ont couronné de très beaux films. Une affaire de famille (Palme d’Or) du Japonais Hidokazu Kore-eda, un habitué de la sélection, est un film très étonnant sur une famille pauvre qui vit chez la grand-mère et qui recueille une petite fille battue. L’Iranien Jafar Panahi, assigné à résidence dans son pays, réalise, dans Trois visages, un voyage avec son actrice dans un petit village perdu à la recherche d’une gamine qui veut s’inscrire au conservatoire. Il a obtenu le prix du scénario ex-æquo avec l’italienne Alice Rohrwacher pour Heureux comme Lazzaro. Capharnaüm, de l’actrice libanaise Nadine Labaki, a ému le public et a obtenu le prix du jury. Signalons aussi la reconnaissance de Spike Lee pour son film Blackkklandsman sur le Ku Klux Klan. Le prix de la mise en scène est allé à Cold war, réalisé par le Polonais Pawel Pawlikowski. Les prix d’interprétation ont récompensé une actrice kazakh et un acteur italien. Une Palme d’or spéciale a été attribuée à Jean-Luc Godard, maintenant âgé de 87 ans, pour son film très expérimental Le Livre d’image.

Aucun film latino n’était en compétition officielle si ce n’est Le Grand cirque mystique, présenté hors compétition et réalisé par le brésilien Carlos Diegues. Il aurait pu être signé par le chilien Alejandro Jodorowski. La vie de ce cirque durant un siècle, de sa grandeur à sa décadence, est remarquablement filmée.

Dans la section «Un certain regard», où le jury de Benicio del Toro a primé Border du Danois Ali Abbasi ; un film très curieux à la limite du fantastique dans lequel une douanière renifle les personnes pas très nettes. Le prix spécial du jury a été attribué au documentaire luso-brésilien Chuva é cantoria na aldeia dos mortos (Les morts et les autres) de João Salaviza et Renée Nader Messora ; l’histoire d’un jeune indigène Krahô vivant au nord du Brésil, qui fait des cauchemars depuis qu’il a perdu son père. Il doit organiser la cérémonie funéraire pour que l’esprit du père puisse rejoindre le village des morts et que le deuil prenne fin. Échappant à son devoir et refusant de devenir chaman, Ihjãc décide de s’enfuir vers la ville, loin de son peuple et de sa culture.

Le prix du jury pour l’interprétation a distingué le jeune belge Victor Polster pour sa remarquable performance d’hermaphrodite dans Girl de son compatriote Lukas Dhont. Le film a également reçu «La caméra d’or», prix prestigieux qui distingue le meilleur premier film toutes sections confondues et le prix de la presse.

À partir d’un fait historique, le film L’Ange décrit la vie d’un assassin, bel ange blond. Mais nous ne verrons pas les meurtres. Tout est suggéré. Pourtant, il manque quelque chose pour que nous soyons complètement satisfaits par ce film de l’Argentin Luis Ortega. Meurs, monstre, meurs est un film d’épouvante, deuxième film de l’Argentin Alejandro Fadel. En Patagonie, un monstre très laid tue des femmes en leur coupant la tète. Un inspecteur se lance à sa trace. On aurait mieux aimé ne pas voir la Bête, et que tout soit suggéré dans ces décors magnifiques de la région de Mendoza.

À la Quinzaine des Réalisateurs, qui fêtait cette année son cinquantième anniversaire, le film colombien de Cristina Gallego et de Ciro Guerra, Pájaros de Verano, était présenté en ouverture. C’est un film réussi sur les débuts du trafic de drogue en Colombie. Dans ce peuple Waayuu où le matriarcat est important, la demande américaine de marijuana des années 80 va introduire une guerre des clans. Se construit peu à peu un empire qui marque la fin d’une manière de vivre indigène. C’est la naissance des cartels de la drogue. Merveilleusement réalisé et parlé dans la langue des Wayuu, le film dévoile un aspect peu connu de l’histoire de la drogue en Colombie.

Los silencios de la brésilienne Beatriz Seigner est une histoire originale : une famille arrive sur une petite île au milieu de l’Amazonie, à la frontière du Brésil, de la Colombie et du Pérou. Elle a fui le conflit armé en Colombie. Cette île est un peu mystérieuse car nous ne savons pas vraiment qui sont les vivants ou les morts. Réalisé avec beaucoup de force par une jeune réalisatrice, le film est très beau. Parler des morts et des disparus du conflit colombien de cette façon est une réussite.

Cómprame un revólver de Julio Hernández Cordón se déroule dans un Mexique intemporel où une petite fille, pour aider son junkie de père, porte un masque pour cacher sa féminité.

El Motoarrebatador de l’Argentin Agustín Toscano raconte l’histoire d’un voleur à moto qui arrache le sac d’une vieille dame. Pris de remords, il va s’occuper d’elle, devenue amnésique. Le film est réalisé avec beaucoup d’humour. Il a été tourné dans la région de Tucumán où «notre caractère, dit le réalisateur, ressemble plus à ceux des pays voisins comme le Chili qu’à celui de Buenos Aires». Ce fut vraiment une bonne surprise.

Enfin, le film chilien de l’Universidad de Chile, El verano del león eléctrico réalisé par Diego Céspedes, a reçu des mains de Bruno Bonello le premier prix de le Cinéfondation du Festival de Cannes. Cette sélection comprenait 17 films d’étudiants en cinéma choisis parmi 2 426 candidats en provenance de 512 écoles de cinéma dans le monde. Plusieurs de ces films seront projetés à la Cinémathèque de Paris le 11 juin.

Beaucoup de films cette année mettaient l’accent sur la guerre ou la mort. Les films de Cannes sont toujours un reflet de la société. Bien entendu le Festival défend la liberté de création. Une sélection, comme celle des cinéastes de l’Acid, montre des films originaux.

À la Semaine de la Critique, un programme présentait quatre courts du Festival mexicain de Morelia, également projetés à Paris à la Maison du Mexique.

Il est toujours important que le temps soit agréable pendant le festival pour pouvoir faire au moins une heure de queue sous le soleil. Ce ne fut pas le cas cette année. Les invitées devaient geler dans leurs belles robes de couturiers sur le red carpet (car on ne dit plus tapis rouge). Les autres étaient au cinéma ou regardaient sur les écrans du Palais, par Smartphone interposé, la conférence de presse de Jean-Luc Godard, resté à Rolle, en Suisse.

Alain LIATARD

De multiples initiatives au-delà de la «semaine» de l’Amérique latine et des Caraïbes en France

Du 25 mai au 10 juin 2018, pour la cinquième année consécutive et sous l’impulsion du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, se tient la «semaine» de l’Amérique latine et des Caraïbes en France. Revenons sur l’histoire de cette initiative et profitons de cette occasion pour rendre hommage aux différentes institutions et organisations culturelles, telles que les Nouveaux Espaces Latinos, qui fourmillent tout au long de l’année pour enrichir le dialogue franco-latino-américain.

Photo : Présidence de la République

En France, en 2011, sous l’impulsion de l’ex-sénateur Jean-Pierre Bel, le 31 mai a été désigné comme date officielle de la «journée» nationale consacrée à l’Amérique latine. Quatre ans plus tard, le 4 juin 2015, le président François Hollande a tenu un discours à l’Élysée lors de la réception offerte à l’occasion de la semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes, dans lequel il souligne les liens entre la France et l’Amérique latine. «Notre proximité est due à l’histoire mais également à la géographie. C’est peu connu, y compris de mes compatriotes, la France, à travers ses collectivités des Antilles mais aussi la Guyane, fait partie de l’Amérique. Nous avons une longue frontière. La plus longue frontière de la France est en effet avec le Brésil et le Suriname. Je ne dis pas cela pour minimiser la relation forte que nous avons avec nos amis allemands ou espagnols mais c’est ainsi. […] Nous voulons aussi que la France fasse pleinement partie du continent latino-américain parce que nous portons des valeurs communes : valeurs d’indépendance, d’émancipation, de culture, de diversité, d’exception également pour nos langues que nous voulons offrir au monde. Nous voulons également que les défis de la planète, en particulier celui du réchauffement climatique, soient abordés ensemble

Bien que l’on parle de «journée» ou de «semaine» de l’Amérique latine, la présence du continent latino-américain est permanente en France. De nombreuses structures culturelles et associatives dont les moyens sont parfois très limités mais qui regorgent d’une force et d’une réactivité à toute épreuve, créent des événements dans le but de faire connaître la grande variété des expressions latino-américaines qu’elles soient cinématographiques, littéraires, musicales, photographiques ou encore théâtrales. Soulignons également les initiatives bilatérales, telles que le programme France-Colombie mis en place pour l’année 2017, qui se développent sur le plus long terme.

Cette semaine est aussi l’occasion d’adresser un clin d’œil à la Maison de l’Amérique latine de Paris, fondée en 1946 dans le sillage de la Résistance, sous l’impulsion du général de Gaulle et du ministère des Affaires étrangères et présidée depuis par Alain Rouquié, ancien ambassadeur de France au Salvador, au Mexique et au Brésil et directeur des Amériques et Caraïbes au ministère des Affaires étrangères. Haut lieu de la culture latino-américaine en France, cet espace culturel a fêté ses 70 ans en octobre 2016. À cette occasion, un numéro spécial du Monde, a été édité, comprenant une centaine de pages, sous le titre L’Amérique latine de A à Z. Aujourd’hui encore, le site web et la riche programmation culturelle de cette maison font d’elle un lieu incontournable des expressions latinos en France.

De son côté, depuis sa fondation en 1984 à Lyon, les Nouveaux Espaces Latinos n’ont jamais cessé de rayonner : une revue distribuée à l’échelle nationale, un site web dont la newsletter hebdomadaire diffuse les actualités du continent, et quatre festivals annuels aux programmations riches et créatives. Par ailleurs, toutes les mutations nécessaires ont été apportées à la structure pour en garantir la pérennité : on pense notamment au développement quotidien de toute la partie numérique qui a permis la création d’un réseau d’internautes et qui a donné lieu à la trimestrialisation de l’édition papier qui propose à présent davantage d’articles thématiques autour de la culture et des idées. L’implication quotidienne de bénévoles dévoués, depuis tant des années, témoigne vivement de la place que prend l’Amérique latine en France, où des réseaux se tissent pour véhiculer la flamme de sa présence.

Bien entendu Lyon et Paris ne sont pas isolées. Partout en France, de nombreuses villes manifestent régulièrement leur intérêt pour l’Amérique latine qui connaît désormais plusieurs temps forts tout au long de l’année. Le mois de mars, par exemple, laisse place aux festivals de cinéma latino-américains aux publics toujours plus nombreux. Pendant la période estivale, de nombreux évènements (on pense notamment au festival d’Avignon) convient des artistes du monde entier. La liste est longue, mais désormais, grâce aux technologies de la communication, les programmations culturelles autour de l’Amérique latine sont accessibles à tous.

En 2015 à l’Élysée, devant un parterre de représentants de la communauté franco latino-américaine, M. François Hollande terminait son discours par un vœu : «Voilà […] la signification que je voulais donner à cette Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes. Une semaine où les relations entre la France et votre continent sont portées à leur niveau d’excellence. Une semaine où nous multiplions les initiatives. Une semaine que nous aurions envie de prolonger pendant les 51 autres. Mais nous voulons aussi – et nous y sommes prêts – que chacun de vos pays puisse consacrer une semaine à la France et, pour commencer, un jour, un jour et une nuit. Nous en serions très heureux. Vive l’Amérique latine et vive la France !»

Januario ESPINOSA

  • Le discours complet, les photos ainsi que l’historique de La Semaine sont en ligne sur notre site. ICI

Le tennis féminin des années 1990 au cœur de «La Perfection du revers» de Manuel Soriano

On peut lire des romans sur le monde du football ou sur les championnats d’échecs, comme récemment Une partie d’échecs avec mon grand-père d’Ariel Magnus (éd. Rivage). Sur le tennis, c’est plus rare, et c’est un autre Argentin, Manuel Soriano, qui nous y invite, avec cette biographie de la joueuse argentine Patricia Lukastic, jeune prodige dans les années 90 qui a dû renoncer à sa carrière à 21 ans et qui, vingt ans plus tard, demande à l’auteur de l’aider à rédiger ses mémoires.

Photo : éd. Actes Sud

Patricia Lukastic, connue sous son surnom de Luka, est une joueuse argentine à peu près oubliée de nos jours, qui a eu une période de gloire relative dans les années 90. En 1993, elle est tout de même arrivée à la 12ème place mondiale, à 19 ans. Elle a abandonné sa carrière à l’âge de 21 ans.

Une vingtaine d’années plus tard, retirée dans une propriété quelque part en Uruguay, elle contacte le narrateur, un journaliste, car elle «souhaite raconter une histoire», son histoire, probablement.

Sans transition, on plonge dans l’univers des compétitions et dans la vie privée des joueurs de haut niveau, disons plutôt dans l’absence de leur vie privée. D’un hôtel à l’autre, dans des chambres qui se ressemblent toutes, avec pour seule ouverture un ailleurs qui leur est interdit matérialisé par la vue d’un étage élevé sur une ville qui leur restera étrangère, inconnue, et pour seule présence celle, intermittente, du père, Elián.

Elián est lui-même le fils d’un immigrant polonais qui a tout fait pour que ses deux fils aux cheveux trop blonds en Argentine fassent oublier leurs origines. Son parcours, assez chaotique, sa passion pour la compétition (les échecs dans son cas), une passion qui n’a débouché sur rien de glorieux, se transforment en un besoin de revanche qui passera par sa fille : elle devra réussir ce qui chez lui n’a été qu’une ébauche.

Rien n’est occulté, le caractère solitaire, parfois ombrageux, de Luka, les frustrations de son père, la violence des années d’apprentissage et de préparation de la future athlète, visiblement très douée, mais qui n’est encore qu’une enfant, ce qui est volontairement ignoré de tous, à commencer par elle-même. Pour parvenir au niveau souhaité, il faut souffrir, et le dressage des chiots est d’ailleurs identique… et aussi efficace, une courte scène le montre parfaitement : il s’agit d’obtenir une agressivité qui serait à la fois impitoyable et civilisée.

Le passage vers une adolescence qui dans les faits ne peut pas se réaliser (un ou une jeune champion ou championne passe directement de l’enfance à une carrière d’adulte) est fait de hauts et de bas : un tournois gagné qui ne se répète pas peut être suivi par des mois de stagnation et de désespoir, plus encore pour le père que pour la fille. Il existe même un classement pseudo-officiel des pires parents de joueurs de tennis ! Il faut dire que, sans ressources particulières, les années d’entraînement, au moment où aucun sponsor ne s’est encore manifesté, coûtent une fortune.

On ne saura jamais ‒ et c’est heureux ‒ ce qui relève de la fiction, ce qui est authentique, ce que le temps a pu modifier des souvenirs probablement racontés par la vraie Patricia Lukastic au narrateur qui les aurait retranscrits et qui les offre sous cette forme romanesque. Ce qui est sûr, c’est que le lecteur a sous les yeux un superbe roman : la biographie d’une joueuse de tennis tombée dans l’oubli, un oubli général et une analyse très fine des relations entre une championne reconnue et son père, une recréation purement romanesque du récit d’une femme mûre, un document hyperréaliste sur la vie quotidienne d’une jeune vedette des courts. Un superbe roman, vraiment.

Christian ROINAT

La Perfection du revers de Manuel Soriano, traduit de l’espagnol (Argentine) par Delphine Valentin, éd. Actes Sud, 320 p., 22,50 € (version numérique 16,99 €). Manuel Soriano en espagnol : ¿Qué se sabe de Patricia Lukastic?, ed. Alfaguara, Buenos Aires.

Quand le rock était interdit au Mexique : portrait musical des années 90

«À quel moment le Mexique a-t-il été foutu?» peut-on se demander en utilisant la célèbre question que se pose Mario Vargas Llosa au début de son roman Conversation à la Cathédrale à propos de son pays, le Pérou. Beaucoup de Mexicains pensent que cela s’est passé dans la nuit du 2 octobre 1968, lors du massacre de Tlatelolco, quand ont été supprimées de nombreuses libertés, comme l’organisation de concerts de rock.

Photo : Trinity Mirror/Mirrorpix

Lors de l’organisation des Jeux olympiques d’été de Mexico de 1968, les étudiants ont réclamé un dialogue avec le président de l’époque, Gustavo Díaz Ordaz. La réponse du gouvernement est arrivée dix jours avant la célébration des Jeux, lors d’une manifestation pacifique : l’armée mexicaine a ouvert le feu sur les manifestants, donnant lieu à un massacre soldé par plusieurs centaines de morts. Tous les mouvements sociaux ont été interdits, des persécutions de la jeunesse ont été menées, par exemple la fermeture des «Hoyos Funki» –les trous funki étaient des petits espaces où l’on écoutait des groupes de rock– et surtout, l’interdiction faite aux artistes étrangers de se produire dans le pays.

Pour ma génération, dont la jeunesse s’est déroulée au cours des années 90, les concerts de rock étaient encore des évènements qui se produisaient sur d’autres planètes. Notre premier concert, nous y avons assisté grâce au film Stop Making Sense des Talking Heads projetaient dans les cinémas, annoncé par des affiches indiquant qu’il était interdit de danser sur les sièges. La vidéo du concert de The Cure in Orange est arrivée avec les premières vidéocassettes et on a appris que de vrais concerts étaient possibles en France. De plus, la fête avait lieu dans un ancien théâtre romain où l’on voyait de jeunes français qui dansaient le pogo ! Mais où était donc la police ? Pendant ce temps, au Mexique, on organisait des projections privées de ce concert avec des écrans multiples, pour imaginer que l’on dansait avec les Français.

Le premier artiste international qui s’est produit au Mexique n´a pas été très plébiscité par la jeunesse. Rod Stewart s’est présenté à Querétaro, loin de la ville de Mexico, pour décourager les gens de la capitale d’assister au concert. Malgré tout, il affichait complet. Le vrai miracle est arrivé en 1992, quand nous avons appris que The Cure serait à Monterrey, une ville proche du Texas, car Robert Smith, le chanteur, avait peur de prendre l’avion et voulait voyager en bus. Pour les habitants de la ville de Mexico, se rendre à ce concert a représenté un voyage épique, une nuit entière passée dans un train. À cette époque, le gouvernement prétendait qu’avec l’Accord de libre-échange nord-américain, le pays sortirait du tiers-monde «à la première minute du 1er janvier 1994», mais il n’avait pas prévu que ce jour serait plutôt marqué par le soulèvement de la guérilla de l’armée zapatiste.

Après le succès du concert de The Cure, sans heurts ni démêlés avec la police, tous les grands noms de la musique de l’époque sont venus au Mexique : Metallica, David Bowie, Madonna, Michael Jackson, Depeche Mode, et même des célébrités de la musique underground comme The Cramps, Ramones, Sepultura et Radiohead qui avait à l’époque un seul disque à son actif et qui s’est produit dans un local de karaoké à moitié vide.

Depuis l’année 2000, des concerts de rock ont lieu au Mexique chaque semaine, les festivals et la grande industrie se sont installés, même la bière Corona possède son propre festival. Se rendre à l’un de ces concerts ne représente plus une aventure extraordinaire. Mais qu’en est-il de ce début de dialogue avec le président demandé en 1968 ? ¡No tan rápido! (« Minute, papillon »), car on l’attend toujours.

Enrique ESCALONA

Enrique ESCALONA habite à Lyon. Il a écrit sur le rock au Mexique dans le livre Fuimos una banda de rock (Editorial Norma), qui a reçu le Prix National du roman de littérature jeunesse du Mexique en 2017. Son dernier livre, La moneda de la muerte, publié en 2018 aux Ediciones SM, est téléchargeable en version espagnole sur le site de la FNAC.

Sur les traces des réalisateurs latinos depuis le 71e festival de Cannes

Les Nouveaux Espaces Latinos suivent depuis bien des années le festival de Cannes. Un de nos spécialistes de cinéma, Alain Liatard, nous livre ici ses premières impressions du festival, qui a débuté exceptionnellement cette année un jour plus tôt, le mardi 8 mai, et qui devrait s’achever dimanche prochain en dévoilant les classiques palmarès établis par un jury présidé par l’actrice australienne Cate Blanchett. Récompensée deux fois aux Oscars pour Aviator de Martin Scorsese (2005) et Blue Jasmine de Woody Allen (2014), l’actrice australienne est la 12e femme à se voir confier la présidence cannoise.

Everybody Knows
d’Asghar Farhadi (Espagne – 2 h 12)

Asghar Farhadi diplômé des universités de Téhéran et de Tarbiat Modarres, étant le jeune iranien s’intéressa d’abord à l’écriture théâtrale avant de se tourner vers le cinéma. Multipliant les collaborations avec plusieurs réalisateurs, Farhadi connaît une année 2008 extrêmement productive en tant que scénariste. Il écrit en effet un film Tambourine, puis travaille respectivement sur les scénarios de Shab et de Canaan ainsi qu’en 2009, le cinéaste participe à l’écriture du film de Masud Kimiai : Mohakeme dar khiaban. Il réalise la même année À propos d’Elly pour lequel il reçoit l’Ours d’argent du meilleur réalisateur à Berlin. En 2011, Une Séparation, il reçoit notamment l’Ours d’Or du meilleur film, le César et l’Oscar du meilleur film étranger. En 2013 sort en salles Le Passé, premier film du réalisateur tourné en France. Le metteur en scène retourne ensuite en Iran et livre Le Client, qui présente au festival de Cannes 2016 où il obtient le prix d’interprétation masculine pour Hosseiniet le prix du scénario, apporte également à Farhadi le deuxième Oscar de sa carrière. Fort de ce succès international, le réalisateur pose sa caméra en Espagne pour un projet qu’il tente de mettre sur pied depuis de nombreuses années. Porté par le couple star Penélope Cruz et Javier Bardem, Everybody Knows ausculte le poids du passé et des secrets au sein du noyau familial. Ce thriller psychologique est présenté en compétition au 71e Festival de Cannes, dont il a fait par ailleurs l’ouverture. A l’occasion du mariage de sa soeur, Laura revient avec ses enfants dans son village natal au coeur d’un vignoble espagnol. Mais des évènements inattendus viennent bouleverser son séjour et font ressurgir un passé depuis trop longtemps enfoui.

Les Oiseaux de passage (Pájaros de verano)
de Ciro Guerra et Cristina Gallego (Colombie – 2 h 05)

Dans les années soixante-dix, en Colombie, une famille d’indigènes Wayuu se retrouve au cœur de la vente florissante de marijuana à la jeunesse américaine. Quand l’honneur des familles tente de résister à l’avidité des hommes, la guerre des clans devient inévitable et met en péril leurs vies, leur culture et leurs traditions ancestrales. C’est la naissance des cartels de la drogue. Ciro Guerra a réalisé trois films dont Les Voyages du vent et L’Étreinte du serpent. Cristina Gallego est productrice et enseignante dans différentes écoles de cinéma.

Les silences (Los silencios
de Beatriz Seigner (Brésil – 1 h 28)

 Nuria, 12 ans, Fabio, 9 ans, et leur mère Amparo arrivent sur une petite île au milieu de l’Amazonie, à la frontière du Brésil, de la Colombie et du Pérou. Ils ont fui le conflit armé colombien, dans lequel leur père a disparu. Un jour, celui-ci réapparait dans leur nouvelle maison. La famille est hantée par cet étrange secret et découvre que l’île est peuplée de fantômes. Il s’agit du second film de Beatriz Seigner, par ailleurs scénariste de Walter Salles. Avec Marleyda Soto, Enrique Diaz, Maria Paula Tabares Peña, Adolfo Savinino.

L’Ange (El Angel)
de Luis Ortega (Argentine – 2 h 06) – Section «Un certain regard»

Buenos Aires, 1971. Carlitos est un adolescent de 17 ans au visage d’ange à qui personne ne résiste. Ce qu’il veut il l’obtient. Au lycée, sa route croise celle de Ramon. Ensemble ils forment un duo trouble au charme vénéneux. Ils s’engagent sur un chemin fait de vols, de mensonges où tuer devient bientôt une façon de s’exprimer. Luis Ortega est né dans une famille d’artistes. Son père Palito Ortega est un chanteur populaire argentin qui s’est également essayé au cinéma (acteur, réalisateur et compositeur), sa mère Evangelina Salazar et sa soeur Julieta Ortega sont actcrices et son frère Emanuel Ortega compositeur. Le jeune homme fait ses premiers pas dans la réalisation en 2003 avec La Caja negra, un film sensible sur les relations familiales et la difficulté d’être avec les autres.

O Grande circo Místico
de Carlos Diegues (Brésil – 1 h 45)

 Ce film est le 18e film de Carlos Diegues, l’un des plus importants noms de la culture et du cinéma brésilien. Inspiré d’un poème de Jorge de Lima, célèbre poète brésilien, et avec la bande musicale écrite par Chico Buarque et Edu Lobo, le filme raconte l’histoire de cinq générations d’une même famille du cirque. Depuis l’inauguration du Le Grand Cirque Mystique en 1910 jusqu’à aujourd’hui, le spectateur suivra avec l’aide de  » CELAVI « , le maitre de cérémonie qui n’a jamais vieilli, les aventures et les amours de la famille de leur début jusqu’à leur décadence et la fin surprenante. Un film dans lequel la réalité et la fantaisie marchent ensemble. Réalisateur de films comme Ganga Zumba ou Quilombo, Carlos Diegues est avec son compère Glauber Rocha l’un des fers de lance du « cinéma novo », mouvement brésilien qui connut son apogée dans les années 60 au Brésil. Il prend ensuite un virage radical dans sa carrière et se démarque de l’interprétation brute de la réalité sociale prônée par ce genre engagé, en décidant quelque vingt après, de s’ouvrir à un enthousiasme revendiqué. Ce changement d’esthétique lui offre les honneurs de Cannes où il est sélectionné trois fois, notamment pour Bye Bye Brazil en 1980. Si le style a pu changer, ses convictions ne se sont quant à elles pas étiolées et les thèmes de ses films restent fortement marqués par une approche critique et passionnée de la vie au Brésil aujourd’hui.

Meurs, monstre, meurs (Muere, monstruo, muere)
d’Alejandro Fadel (Argentine – 1 h 49) – Section «Un certain regard»

Dans une région reculée de la Cordillère des Andes, le corps d’une femme est retrouvé décapité. L’officier de police rurale Cruz mène l’enquête. David, le mari de Francisca, amante de Cruz, est vite le principal suspect. Envoyé en hôpital psychiatrique, il y incrimine sans cesse les apparitions brutales et inexplicables d’un Monstre. Dès lors, Cruz s’entête sur une mystérieuse théorie impliquant des notions géométriques, les déplacements d’une bande de motards, et une voix intérieure, obsédante, qui répète comme un mantra : «Meurs, Monstre, Meurs».

Alain LIATARD
Depuis Cannes

Histoires de migraines dans «Anomalie des zones profondes du cerveau» de Laure Limongi

Si l’algie vasculaire de la face n’a pas empêché César de conquérir la Gaule, elle a aussi donné matière à Laure Limongi pour écrire un roman. Anomalie des zones profondes du cerveau constitue un témoignage original sur cette maladie, plus communément appelée « migraine du suicide », sur ses symptômes et les existences profondément marquées par cette « épée de Damoclès qui se plante dans le crâne, juste derrière l’œil, avec une certaine régularité ». Laure Limongi a participé en mars dernier aux 6e Bellas Francesas organisées par Espaces Latinos au Pérou et en Colombie.

Photo : ActuaLitté/Flickr

À la frontière entre science et littérature, de brefs récits aux contenus et aux tonalités multiples s’enchaînent et retracent l’histoire de cette maladie, « forme aiguë de céphalée », « affection rare concernant une à trois personnes pour mille – en population générale, selon les pays -, extrêmement douloureuse et invalidante. Elle se manifeste sur l’une des moitiés de la tête. Sans en connaître les causes, on évoque une anomalie des zones profondes du cerveau ».

Mais quelle est cette anomalie des zones profondes du cerveau qui constitue le fil conducteur du dernier roman de Laure Limongi ? Une maladie imperceptible à l’œil nu, malgré les nombreuses tentatives de la narratrice de l’apercevoir sur son visage, entre quelques prises au photomaton. Avoir l’air en bonne santé, alors que c’est pourtant « comme avoir un pic à glace enfoncé derrière l’œil ». Faire face aux crises sans traitement efficace. Il y a bien les drogues, mais…

Dès l’incipit, c’est un flot de paroles discontinu qui essaie de définir aveuglément les symptômes de la maladie : « Ça commence comme un orage », « comme une gêne du côté gauche », « ça prend la mâchoire », « on ne sait pas si ça va s’arrêter »… Georges Sand, André Gide, Franz Kafka, Guy de Maupassant, Roland Barthes, Gustave Flaubert, Antonin Artaud… sont autant d’auteurs qui en ont souffert. Laure Limongi explore ainsi la maladie sous tous ses aspects : son histoire, les périodes de crise, les traitements, ceux proposés par les laboratoires, inefficaces, et les effets positifs de diverses drogues.

Il existerait même une typologie du migraineux. Un certain Friedman remarque par exemple que les migraineux ont dû mal à exprimer leur agressivité. D’autres l’imaginent hyperactif, ordonné, méticuleux ou très anxieux, alors que la narratrice établit sa propre liste, du migraineux bordélique au migraineux manuel en passant par le migraineux apathique, hors de ces portraits aux traits caricaturés qui stigmatisent l’individu.

Les listes, d’ailleurs, ne manquent pas dans Anomalie des zones profondes du cerveau, au point de devenir, au fil des pages, un mode d’écriture récurrent mis en œuvre par Laure Limongi. Parmi elles, la liste des vingt-sept choses à savoir et des vingt-sept lieux à voir avant de mourir, d’après Internet.

Entre ces listes, des considérations en apparence désordonnées, les théories d’éminents scientifiques, qui se glissent entre les pages d’un récit en italique dans lequel la narratrice fixe quelques épisodes d’un séjour amoureux passé dans un chalet en Suisse, sur les rives du lac Léman. À tous ces propos enchaînés au sein d’une trame nerveuse aux multiples connexions synaptiques, des propos parfois drôles, parfois poétiques, un seul fil conduit la trame du roman : l’exploration de la maladie à travers une écriture fractionnée, soumise aux aléas des crises de migraine. Mais, à tous les migraineux, soyez sereins : « aujourd’hui, tout va bien. »

Marlène LANDON

Anomalie des zones profondes du cerveau, de Laure Limongi, éd. Grasset, 208 p., 17 €.

Originaire de Bastia, Laure Limongi a quitté l’île de beauté pour poursuivre ses études de lettres sur la métropole, d’abord à Aix-en-Provence puis à Paris. Écrivaine, éditrice, performeuse et professeur de création littéraire à l’École Supérieur d’Art et de Design du Havre, elle aime transmettre la littérature sous toutes ses formes. Auteure d’une dizaine d’ouvrages, ses écrits se suivent mais ne se ressemblent pas. En 2006, elle publie Fonction Elvis, une véritable fiction autour du mythe du King. En 2013, c’est au pianiste Glenn Gould qu’elle rend hommage avec son livre intitulé Soliste. Son dernier roman, Anomalie des zones profondes du cerveau, sorti en 2015, traite quant à lui de la migraine et a été sélectionné pour le Prix Médicis de la même année.

À la une de la semaine : rendez-vous aux Assises internationales du roman de Lyon

Chaque semaine, nous réservons un espace dédié aux événements et invitations. Il suffit de nous envoyer un courrier électronique avec des informations susceptibles d’intéresser nos internautes en indiquant simplement le titre de votre manifestation, le lieu, la date et l’heure, un visuel et un contact. Nous soulignons comme temps fort de la semaine les Assises internationales du roman de Lyon. Voici la sélection de la semaine du 21 au 27 mai.

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21 – 27 MAI –  LYON

Assises internationales du roman organisées à Lyon par la Villa Gillet. Découvrez le programme

Comment l’enquête produit-elle de l’écriture ? Où en est-on avec l’art de la comédie aujourd’hui ? Comment les écrivains parviennent-ils à traduire l’intensité de l’adolescence ? Autant de questions auxquelles tenteront de répondre écrivains, philosophes mais aussi historiens et journalistes, réunis autour de tables rondes. Parmi eux, Ian McEwan, Alice Zeniter, Erwan Larher, Philippe Jaenada, Claire Messud, Marie-Hélène Lafon, Leïla Slimani, Kossi Efoui… Six écrivains venus d’Amérique latine seront aussi au rendez-vous. Plus d’infos

MARDI 22 MAI – 18 H 30 – PARIS

Ciné-débat à la fondation Jean Jaurès : projection du documentaire «Colombie, une affaire de terre»

Le 27 mai 2018, les Colombiens vont élire leur président. Cette élection va décider du futur de l’accord avec les Farc signé en 2016, et des dividendes éventuels de la paix. Pour en débattre, la Fondation vous invite à la projection d’un documentaire, Colombie, une affaire de terre qui sera suivie d’un débat animé par Angelica Pérez, secrétaire de l’association Hilvanando la memoria, et Jean-Jacques Kourliandsky. Plus d’infos

MARDI 22 MAI – 19 H – PARIS

Musique de los llanos orientales de la Colombie par une dizaine de jeunes musiciens de passage en France

L’Ambassade de Colombie en France vous invite au Concert des Jeunes Artistes de Puerto Carreño qui se déroulera dans l’auditorium de l’Institut Cervantes de Paris le 22 mai prochain à 19h. Ce groupe de jeunes musiciens vous fera découvrir les différents rythmes du folklore llanero et de la musique traditionnelle colombienne. À cette occasion,«Los Cantos de los Llanos Orientales», qui ont été reconnus comme Patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO en 2017. Entrée gratuite mais réservations obligatoiresPlus d’infos

MERCREDI 23 MAI – 18 H 30– PARIS

Courts-métrage mexicains au festival du film de Morelia à l’Instituto Cultural de Mexico 

Après la projection cannoise dans le cadre de la Semaine de la Critique, l’Instituto Cultural de Mexico a le plaisir de vous inviter à la rencontre-table ronde autour de la sélection de court-métrages du 15e festival international du film de Morelia, avec la participation des réalisateurs Delia Luna Couturier (Tierra de Brujas, Mar de Sirena), Eduardo Esquivel (Lo que no se dice bajo el sol) et Miguel Labstida Gonzalez (Aguas tranquilas Aguas profundas) accompagnés de Jean-Pierre Garcia (Jury court-métrage au FICM 2017). Plus d’infos

JEUDI 24 MAI – 19 H – PARIS

Le Centre culturel péruvien (CECUPE) très actif pour la Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes en France

Le CECUPE fut fondé le 10 avril 1986 pour faire connaître le Pérou sous ses différents aspects culturels et de faire vivre la culture péruvienne chez les Péruviens de Paris tout en les aidant à leur intégration. Il participe aussi au développement de l’aide humanitaire. Les manifestations sont assurées dans des locaux parisiens amis de leurs activités. La grande majorité des manifestations sont gratuites. Pour la première manifestation, rencontre avec Pedro Pablo Alayza sur l’Art du sud-andin Tiahuanaco. Plus d’infos

VENDREDI 25 MAI – 21 H– PARIS

«Rêveries – Au bord du fleuve sans fin» avec Wladimir Beltran à la Maison de l’Amérique latine de Paris

Quelque part, au sud du « Sud où il n’y a plus de sud », dans un endroit mystérieux, plein de volcans et de forêts primitives, au bord du fleuve « Sans Fin », un enfant vit des histoires merveilleuses. Des histoires fantastiques mais réelles, rêvées mais bien vivantes, bercées par les chants de grenouilles ; avec des gros chiens comme des cerbères ; des fous qui deviennent oiseaux ; des voleurs sombres mais gentils et des lutins espiègles. Où l’Apocalypse et le courroux des cieux font trembler la terre ! Ces rêveries perdurent jusqu’à l’adolescence et elles fusionnent avec les peines de cœur et les utopies de jeunes rêveurs de ce bout du monde troublé par les éléments en furie et par les cœurs en révolte depuis la nuit des temps ! Rêveries au bord du fleuve Sans Fin est un récit bercé par la musique et le chant de ce bout du monde austral ! Wladimir Beltran crée son quatrième seul en scène. Plus d’infos

À LA UNE DU MONDE

Lula : « Pourquoi je veux à nouveau être président du Brésil », une tribune parue dans le journal Le Monde ce vendredi 18 mai

L’ancien chef de l’État brésilien purge depuis le 7 avril une peine de douze ans et un mois de prison infligée à la suite d’un procès précipité l’accusant de « corruption passive » et de « blanchiment d’argent ». Dans une tribune au « Monde », il dit ce qui le pousse à se présenter en octobre. Luiz Inácio Lula da Silva, dit « Lula », est emprisonné dans une cellule de la police fédérale de Curitiba, dans le sud du Brésil, où officie le célèbre juge anticorruption Sergio Moro. Plus d’infos

EXPOSITION

«Quel amour !?» est à l’image des villes de Marseille et de Lisbonne : une entité passionnée, foisonnante et contrastée

Forte de cette expérience et de ses 2 600 ans d’histoire, Marseille continue de miser sur la culture pour accélérer son développement et s’impose comme une métropole euro-méditerranéenne de premier plan. L’amour n’est-il pas la grande affaire de l’existence ? La seule qui, au dire de Stendhal, re-passionne la vie. Si l’unique mesure de l’amour ne peut être que la démesure, reconnaissons que les artistes, pour l’exprimer, savent convoquer le langage du désir dans sa démesure même. Entre exclamations et interrogations, « Quel Amour !? » laisse donc ouvertes toutes les voies et réponses imaginables pour les faire vivre dans le foisonnement de plus de 150 créations de 68 artistes, toutes générations confondues. Plus d’infos

Des héros donquichottesques et une plume tendre dans «La Nuit de l’Usine» d’Eduardo Sacheri

Auteur du roman, puis du scénario du film oscarisé en 2009 Dans ses yeux, Eduardo Sacheri publie peu, occupé par son métier de professeur de collège. Les deux romans déjà sortis en France (Petits papiers au gré du vent et Le bonheur c’était ça) nous avaient séduits. La Nuit de l’Usine, Prix Alfaguara 2016, confirme les immenses qualités de cet homme discret. Humour sensible, suspense, ambiance de polar classique et de crise sociale, tout cela fait de ce roman une des grandes révélations de l’année.

Photo : éd. Héloïse d’Ormesson

Tout commence la nuit de la Saint-Sylvestre de l’an 2000… L’Argentine se débat dans une de ses pires crises économiques. À O’Connor, un village perdu de la province de Buenos Aires, près de General Villegas (où est né le grand Manuel Puig), on parle de pesos au cours du dollar, de désertification rurale et d’une possible création d’emplois. À l’échelle des mille habitants du lieu, si l’on crée une coopérative, ce ne sera sûrement pas des centaines de postes nouveaux, au mieux quinze ou vingt… Le ton est donné : ce n’est pas une épopée qui va commencer. Et pourtant… Une épopée serait-elle réservée aux héros glorieux et irréprochables ? Eduardo Sacheri démontre que non !

Huit voisins décident d’investir dans le rachat d’une usine abandonnée pour sortir de la misère. Mais lorsqu’ils découvrent quelques mois plus tard qu’ils ont été la cible d’une vaste escroquerie orchestrée par un homme d’affaires local, ils n’ont plus qu’une idée en tête : obtenir justice. Commence alors une épopée abracadabrante pour récupérer leurs biens, à l’heure où l’Argentine plonge dans la détresse sociale…

L’Argentine s’enfonce dans la crise, la télévision montre les clients qui frappent les rideaux de fer des banques car ils n’ont désormais plus le droit de retirer plus de 250 dollars par semaine. Eduardo Sacheri montre les ravages de la crise chez les plus modestes, ceux qui possédaient un petit revenu qui leur est à présent interdit. Dans le village, la majorité souffre et quelques uns, un en fait, nommé Manzi, fait mieux que survivre, ses relations, ses informateurs lui sont d’une grande aide. Pour Manzi, la lutte pour la vie est inévitable, nécessaire, naturelle. Quand il provoque la ruine de quelques concitoyens, il ne fait qu’appliquer la loi naturelle : survivre. Ce qu’il n’a pas imaginé, c’est que ses huit victimes n’accepteront pas de se laisser plumer.

Le modeste meneur est un ancien footballeur qui a eu son heure de gloire autrefois et qui est revenu dans son village pour tenir une station service qui lui permet de vivre, avec sa femme et son fils, jusqu’à ce que Manzi ouvre la sienne, miraculeusement au bord d’une rocade qui n’existe pas encore, mais qui ne va pas tarder, Manzi est un des rares à le savoir. Ses compagnons lui ressemblent, deux frères fusionnels, pleins de bonne volonté mais à l’intelligence carrément limitée, un petit patron et son fils dont il méprise la nonchalance et un brave homme inadapté socialement.

On va trouver des méchants vraiment méchants et des gens bien, et même très bien, pourtant Eduardo Sacheri refuse la caricature : chacun a ses problèmes, ses zones d’ombre et de lumière. Même à des milliers de kilomètres de O’Connor, on se sent forcément chez soi, à côté de ces malheureux qui, d’une façon ou d’une autre, nous ressemblent par leurs faiblesses, leur optimisme et leurs doutes. Les huit hommes n’ont vraiment rien de surhommes, mais en faisant fonctionner leur cerveau, et surtout en mettant en commun leurs idées, leurs erreurs et leurs questions, ils avanceront sur un chemin parsemé d’obstacles. Jusqu’où ? Le roman sait rester réaliste et surtout il est rempli d’un humour tendre, plein d’empathie pour ces personnages, uniquement des hommes, comme dans les grands films hollywoodiens qui débordent de testostérone, sauf qu’ici, elle est curieusement détournée : la virilité réelle ne consiste pas qu’à rouler des mécaniques ! Et les efforts quasi surhumains eux aussi du « méchant » pour défendre son bien mal acquis sont un régal supplémentaire.

En refermant le livre, on a énormément de mal à quitter ce groupe d’amis, à les laisser continuer à vivre une vie ordinaire qui a été illuminée par des aventures dignes des plus grands. Il est rare que soient réunies autant de qualités dans un roman qui ne cherche au départ qu’à faire passer un bon moment à ses lecteurs. Contrat parfaitement réussi.

Christian ROINAT

La Nuit de l’Usine d’Eduardo Sacheri, traduit de l’espagnol (Argentine) par Nicolas Véron, éd. Héloïse d’Ormesson, 441 p., 22 €. Eduardo Sacheri en espagnol : El secreto de sus ojos / Papeles en el viento / La noche de la Usina, ed. Alfaguara / Los traidores y otros cuentos, ed. RBA, Barcelone. Eduardo Sacheri en français : Petits papiers au gré du vent / Le bonheur c’était ça, éd. Héloïse d’Ormesson.

«La conspiration des médiocres», le dernier roman noir d’Ernesto Mallo

Le dernier roman noir traduit en français d’Ernesto Mallo (qui a participé au festival Belles Latinas en 2009) nous offre une plongée dans l’Argentine des années soixante-dix, juste avant le coup d’État des militaires. On y côtoie les milices d’extrême droite de la triple A et leurs méthodes de voyous, un policier intègre aidé d’un légiste et d’une jeune traductrice : ils veulent la vérité sur la mort d’un vieil Allemand. Tout ceci nous entraîne dans de palpitantes scènes d’action et une belle histoire d’amour tragique.

Photo : Diario Público/éd. Rivages

Roman noir, oui ! Tout est sombre, oppressant, la ville de Buenos Aires a peur, les gens se terrent, les rues se vident à la nuit tombée, on se réfugie devant la télévision. Des policiers armés jusqu’aux dents sillonnent la ville à bord de leur Falcon, tuent, montent des opérations punitives contre les étudiants, arrêtent et torturent dans des entrepôts clandestins. Parmi les opposants, certains résistent, préparent des attentats, les réussissent ; ce qui déchaîne davantage colère et violence vengeresse.

L’écriture est très cinématographique. Par petites séquences, on suit les actions des uns et des autres, l’auteur désigne par leurs patronymes les policiers, les commissaires, les « terroristes », rendant l’ensemble très réaliste et très vivant. Le style est haché, nerveux, très percutant, et le rythme donné s’avère très efficace.

Apparaissent aussi des personnages attachants dont Lascano, le policier intègre qui agace ses chefs et ses collègues moins scrupuleux, et le légiste Fuseli qui traque la vérité. Et Lascano rencontre Marisa, une jeune juive traductrice qui va l’aider dans son enquête.

Et heureusement, il y a la belle histoire d’amour qu’elle vit avec Lascano, des moments de détente dans le delta du Tigre qui permettent au couple et à nous, lecteurs, de souffler un peu. Cependant, l’actualité reprend vite le dessus, les événements se précipitent, Lascano est dans le collimateur de ses chefs et va indirectement mettre Marisa en danger.

La fin sera double : historique avec le récit complet de la débâcle de la triple A et plus confidentielle avec la destinée du couple. Nous refermons le roman sur une très belle page émouvante. Quant à la mort du vieil Allemand, Böll, il faut relire le premier chapitre pour résoudre l’énigme : la solution était sous nos yeux, mais introuvable à la première lecture !

Voilà un roman très intéressant : suspense, scènes d’angoisse, lourde atmosphère générale, sensation que tout bascule dans la corruption et la violence et en contrepoint les personnages positifs et courageux pour qui l’on tremble tout au long du récit, tant ils semblent seuls et fragiles face à la meute de tueurs.

Cette fiction se révèle aussi un bon reportage sur ces sombres années qui précèdent un avenir encore plus funeste pour l’Argentine.

Louise LAURENT

La conspiration des médiocres d’Ernesto Mallo, traduit de l’espagnol (Argentine) par Olivier Hamilton, éd. Rivages, 135 p. ,18 €.

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