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Culture

« Bacurau », une réalisation  de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles en salle le 26 septembre

Même s’il n’y avait qu’un seul film latino en compétition officielle cette année à Cannes, le beau  Bacurau de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles a reçu le Prix du jury ex æquo , présidé parAlejandro Gonzalez Iñárritu

Photo : Allocine

Kleber Mendonça Filho  avait été révélé avec  Les Bruits de Recife. Il avait déjà été en compétition à Cannes en 2016 avec  Aquarius,  portrait de sa ville Recife, prête à tout démolir, et portrait d’une femme de 60 ans qui se bat pour garder son appartement. Cette année, le film présenté au festival est  Bacurau.  « Bacurau »  signifie en portugais «  engoulevent », un oiseau crépusculaire et nocturne qui se camoufle très bien quand il se repose sur une branche d’arbre.  Juliano Dornelles  dresse le parallèle entre l’animal et le village :  « Il ne sera remarqué que s’il a lui-même envie d’apparaître. Le village de Bacurau se porte ainsi, il est intime du noir, il sait se cacher et attendre, et préfère même ne pas être aperçu. » 

Écrit par les deux réalisateurs, ce scénario de western, de film de fiction et de film de Cangacero était proposé en début de Festival et se déroule dans un futur proche… On arrive dans un village dans le sertão, qui porte le nom d’un oiseau de nuit, par une route jonchée de cercueils qui se brisent sous les roues d’un camion-citerne qui vient ravitailler des habitants, mis au régime sec par les puissances qui contrôlent les barrages de la région.  Teresa, interprétée par  Barbara Colen, a profité du camion pour revenir dans son village natal, à temps pour les obsèques de sa grand-mère,  Carmelita, doyenne de  Bacurau. Quelques jours plus tard, les habitants remarquent que le village a disparu de la carte…

Très diffèrent d’Aquarius, il s’agit d’un film qui se passe dans un futur de résistance. Mais le Nordeste a beaucoup changé, et le fascisme n’est pas très loin. Toute une population sera rayée de la carte. Il s’agit donc d’une fable politique, même si le film a été tourné avant les dernières élections. À la présentation d’Aquarius à Cannes, toute l’équipe du film n’avait pas hésité à sortir des panneaux marqués « Sauvez Dima ».

 Avec  Barbara Colen,  Sonia Braga en médecin alcoolique  et  Udo Kier en nazi américain. Un peu déroutant mais à voir à partir du 25 septembre. 

Alain LIATARD

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Un premier roman mexicain  : « Parmi d’étranges victimes » de Daniel Saldaña París

Un premier roman est le plus souvent regardé avec curiosité par le public et les critiques  : comment évoluera le jeune auteur  ? Corrigera-t-il ce qui est apparu comme défauts de jeunesse, confirmera-t-il l’originalité de ses phrases et de ses idées  ? Parmi d’étranges victimes est un peu hors du temps. Il est moderne (si ce mot veut dire quelque chose  !) et fait penser aux romans nord-américains de la grande époque hippie tout en se situant dans un Mexique plus vrai que le vrai.  

Photo : Editions Métailié

Un homme dont le principal souci est de décider qui l’emportera, de la poule qui erre sur le terrain vague voisin de chez lui ou de la secrétaire un peu rébarbative par son physique et son caractère, mais disposée à un rapprochement sentimental, cet homme ne peut être fondamentalement mauvais. Un peu bizarre peut-être. 

Rodrigo Saldívar, qui aurait pu briguer des postes prestigieux, est resté modeste « administrateur de connaissances » (c’est lui qui a créé le terme) dans un musée de Mexico, sans chercher à s’élever, cela ne l’intéresse pas du tout. D’ailleurs, que veut dire « s’élever »  ? Tout est tellement relatif. Sa petite vie lui convient, il collectionne les sachets de thé usagés et pratique au quotidien l’observation affectueuse de la poule d’à côté. 

Rodrigo est le rejeton de parents séparés qui vécurent, après le drame d’octobre 1968, le massacre des étudiants de la Place des Trois Cultures, la grande libération post-soixante-huitarde. Il en est l’exact opposé, et père et mère, mère surtout, ne comprennent pas ce « retour en arrière ». 

Assez vite, une longue parenthèse nous éloigne de cette atmosphère étouffante, une bouffée d’air frais et international qui présente des personnages jusque là inconnus qu’on retrouvera bientôt dans le contexte d’origine, le Mexique de ce pauvre Rodrigo. 

La province mexicaine vue par Daniel Saldaña París n’est pas plus enthousiasmante que la capitale. Le séjour du malheureux Rodrigo (mais est-il vraiment malheureux, au fond  ?) s’éternise dans une vague université perdue au milieu du désert, ce qui lui permet de nouer des liens, un peu lâches c’est vrai, avec des personnages sortant de son ordinaire et de découvrir une hypnose pas du tout catholique. 

Roberto Bolaño a laissé des traces au Mexique  : sa généreuse influence semble se manifester chez Daniel Saldaña París, par exemple l’apparente banalité de la surface qui recouvre une profondeur certaine de ce qui est évoqué (vie quotidienne et psychologie qui ne sont jamais décrites ou commentées mais seulement énoncées parmi des actes ou des pensées), ou cette façon de faire vivre sous nos yeux des personnages secondaires, comme ces universitaires dont on a du mal à séparer la vacuité et la richesse ou encore les longues parenthèses dans le récit qui sont de véritables petits romans à l’intérieur du roman. 

Les contradictions qui caractérisent tous les personnages du roman, rendues très visibles par l’auteur mais dont ils sont inconscients, ne sont-elles pas une définition possible de tout humain  ? Chacun de nous est-il capable de découvrir la « trame de [son] existence », comme se demande Rodrigo  ? 

Parmi d’étranges victimes est un de ces premier romans qui, parce qu’il est tellement prometteur et original, oblige à attendre la suite  : El nervio principal, publié l’an dernier, a été chaleureusement accueilli par la critique mexicaine. 

Christian ROINAT 

Parmi d’étranges victimes de Daniel Saldaña París, traduit de l’espagnol (Mexique) par Anne Proenza, 288 p., ed. Métailié, 20 €. 

Daniel Saldaña París en espagnol  : En medio de extrañas víctimas / El nervio principal, ed. Sexto Piso, Madrid. 

Un concert de cumbia avec le trio AA’IN à l’Opéra Underground de Lyon

Le vendredi 27 septembre, à l’Opéra Underground de Lyon, se tiendra un concert de cumbia mêlant traditions vénézuéliennes et colombiennes. Aux confluences de deux pays à la fois voisins et distincts, la musique hybride de Rebecca Roger (chanteuse vénézuélienne), Sergio Laguado (guitariste colombien) et Felipe Nicholls (contrebassiste colombien) vous fera voyager dans l’imaginaire musical d’Amérique latine.  

Photo : Opéra Underground de Lyon

Le concert de cumbia, qui durera 1h30 à l’Opéra de Lyon samedi, est une proposition musicale ancrée dans plusieurs cultures. La chanteuse apporte les couleurs du Venezuela et les musiciens évoqués plus tôt donnent des tons colombiens à la musique produite. De fait, ils ont en commun un amour de la musique traditionnelle et créent une nouvelle tradition musicale. Leurs cultures musicales respectives se mêlent pour produire un nouveau type de musique. 

« Aa’in » signifie « âme » dans la langue indigène wayuu. Ce peuple vit sur un territoire ancestral qui chevauche justement le Venezuela et la Colombie, les deux pays représentés dans la musique proposée. Les artistes tentent de mettre en avant ce qui unit et rassemble les deux pays voisins. Une attention toute particulière est portée aux  joropos, ces rythmes des plaines colombiano-vénézuéliennes (ou llanos) où les frontières disparaissent pour laisser place à une musique internationale. Le groupe Aa’in, par son nom et sa musique, représente tout à fait cette union de deux cultures. 

 A cette occasion, Aa’in est rejoint par deux grands virtuoses vénézuéliens. Jorge Glem est un joueur de cuatro, un instrument national principalement utilisé dans des contextes folkloriques. Jorge l’applique aussi à la musique classique, au jazz et à toutes les musiques contemporaines. Vous pourrez aussi y admirer le maraquero Manuel Rangel, grand héritier de la tradition  Llanera  qui a produit les grands virtuoses d’une percussion trop méconnue. C’est une occasion à ne pas rater. 

Inès JACQUES  

Underground

Visa pour l’image 2019 : Guillermo Arias récompensé du Visa d’or pour son travail sur les caravanes de migrants

Le photographe mexicain Guillermo Arias (AFP) a remporté samedi 7 septembre le Visa d’or pour son travail sur les caravanes de migrants d’Amérique centrale qui se dirigent vers les États-Unis. C’est la troisième fois en cinq ans qu’un photographe de l’AFP décroche ce prix. Le festival Visa pour l’Image, qui a lieu à Perpignan du 7 au 15 septembre, est considéré comme le plus grand rassemblement photojournalistique au monde. Le reportage de Guillermo Arias, réalisé entre 2018 et 2019, sera exposé jusqu’au 15 septembre à Perpignan. 

Photo : Paris Mach

Interviewé par Laure Etienne pour Paris Match News, le photographe indépendant a déclaré  : « J’ai été très surpris. Les travaux de mes collègues finalistes [Ivor Prickett, Goran Tomasevic  et  Lorenzo Tugnoli] sont incroyables et puissants. En comparaison, le mien est plus discret.(…) Être invité par le festival et voir mon travail exposé, c’était déjà un rêve devenu réalité. Je suis vraiment heureux. » Il a ajouté : « Je suis très ému, très honoré, d’être récompensé par le plus prestigieux festival de photojournalisme au monde » à l’AFP après la remise du prix. 

Les spécialistes ont particulièrement salué son travail à la fois engagé et poétique. Pour Marielle Eudes, Directrice de la Photo à l’AFP, cette récompense « salue le travail au long cours de Guillermo, un photographe à la fois humble et extrêmement talentueux, qui porte un regard singulier, sensible, et toujours à la bonne distance sur les thématiques migratoires liées à la frontière. Il réalise depuis plusieurs années un travail extrêmement précieux pour documenter ce qui se passe sur cette frontière, qu’il a parcourue de très nombreuses fois. » 

Guillermo Arias est un photographe indépendant local qui travaille principalement sur les questions de migration. Dans son interview à Paris Match News, il a déclaré que « ce sujet constitue la part la plus importante de [s]on travail. [Il] habite à Tijuana au Mexique, les problématiques frontalières font partie de [s]on quotidien. [Il] avai[t] commencé à [s’]intéresser à cette question avant même de [s’]établir dans la ville. Entre autres lorsqu’[il] travaillai[t] pour Associated Press. ». 

Pour traiter de thématiques complexes comme les migrations, l’artiste a une méthode bien à lui  : « C’est le point de vue d’une personne qui vit sur place, qui connaît l’histoire et qui ne veut pas tomber dans les stéréotypes« , a-t-il déclaré en fin de semaine. « Mes images ne sont pas aussi dramatiques que si elles avaient peut-être été prises par un photographe occidental. Je n’aime pas l’idée de victimiser mes sujets, il y a assez de drame comme ça autour d’eux« , avait-il ajouté. 

Cette distance et cette pudeur relèvent d’un profond respect pour les migrants qu’il a accompagnés. Artiste engagé, il a suivi la première caravane de migrants d’Amérique centrale avec beaucoup d’intérêt. « J’ai voyagé avec la “caravane” pendant douze jours d’affilée, dans le sud du Mexique. La journée, je voyais ce qu’ils vivaient, mais le soir je les quittais. J’avais la chance de pouvoir avoir un vrai repas et de dormir dans une chambre. Ensuite, je les ai attendus dans le nord du pays. En tout, j’ai passé quatre mois à couvrir le sujet. » a-t-il déclaré dans son interview à Paris Match News. C’est ainsi qu’il considère son rôle de photographe. 

Le phénomène migratoire étudié dans son documentaire a démarré en 2018 et s’est renouvelé depuis. La première caravane de migrants d’Amérique centrale s’est formée et dirigée vers les États-Unis en 2018, il y a un an environ. C’était une nouvelle forme de migration  : la migration en masse. Les migrants recherchaient un travail, une vie meilleure, ils fuyaient la violence et la peur instaurées par les gangs et les narco-trafiquants au Mexique. 

Ce phénomène s’est renouvelé par la suite, ce qui a suscité la colère de Donald Trump et une augmentation des tensions entre les États-Unis et le Mexique. Selon le photographe Guillermo Arias, ce phénomène est mondial et doit être mis en lumière par les photographes. « Le plus important, c’est qu’on puisse donner de la visibilité à ce problème des migrants, qui est universel. Et si à travers les migrants centraméricains, on peut mettre la lumière sur tous les migrants du monde, c’est notre rôle« , a-t-il déclaré à l’AFP après avoir reçu sa récompense. 

Guillermo Arias succède à la française Véronique de Viguerie, la première femme à décrocher la récompense du  Visa d’or Paris Match News en 20 ans. C’était seulement la cinquième depuis la première édition du festival en 1989. 

Le festival récompense souvent des photographes engagés pour des causes dramatiques, mondiales et locales. Ainsi, le Belge Laurent Van der Stockt fut lauréat en 2017 pour sa couverture de la bataille de Mossoul en Irak. 

Lors de cette 31ème édition, les autres nominés pour le Visa d’or étaient le photographe irlandais Ivor Prickett (The New York Times) pour « La fin du califat » du groupe État islamique en Irak/Syrie, le Serbe Goran Tomasevic (Reuters) pour « Une autre guerre civile en Libye » et l’Italien Lorenzo Tugnoli (The Washington Post / Contrasto-Rea) pour la crise au Yémen. 

Francesco Anselmi (Contrasto) a reçu le Visa d’or de la presse quotidienne, Abdulmonam Eassa (AFP) le Visa d’or humanitaire du CICR, Frédéric Noy le prix de la Région d’Occitanie, William Albert Allard le Visa d’or d’honneur du Figaro Magazine et « made in france » (un documentaire réalisé pour le site d’investigation Disclose) pour le Visa d’or de l’information numérique France Info, entre autres. 

Guillermo Arias, le grand gagnant de ce festival, est un photographe à surveiller. Nous le retrouverons très certainement sur la place publique. « Je compte continuer à travailler sur la migration. Étant établi à Tijuana, j’habite pour ainsi dire dans mon sujet. » a-t-il déclaré dans son interview à Paris Match News. 

Inès JACQUES

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Le peuple mexicain a perdu ses plus belles couleurs avec le décès de Francisco Toledo

L’artiste mexicain Francisco Toledo, reconnaissable par sa barbe blanche et ses cheveux noirs bouclés, est décédé ce jeudi 5 septembre. Il avait 79 ans. Cet artiste plasticien originaire de la région d’Oaxaca était un des plus grands artistes indigènes au monde. Certains le considéraient même comme l’héritier de Rufino Tamayo. Aussi connu pour son engagement pour les causes environnementale, indigène, sociale et culturelle au niveau local ; Francisco Toledo est une fierté nationale qui laisse son pays endeuillé et sans couleurs.

Photo : Thomas Bravo

« L’art est en deuil. Le maître Francisco Toledo est décédé, grand peintre originaire de (l’Etat de) Oaxaca, gardien extraordinaire de notre culture, nos coutumes, des traditions de notre peuple et défenseur de l’environnement », a écrit jeudi soir le président mexicain Andrés Manuel Lopez Obrador sur Twitter.

Francisco Toledo était avant tout un artiste aux multiples facettes. Il était explorateur de l’art. Il a été peintre, il a pratiqué la gravure, le travail de la céramique, la sculpture, la moulure, le collage, la fresque, l’aquarelle… Il était aussi un maître et éditait des livres.

« Toledo a (…) rendu poreuses les frontières entre les arts visuels, la littérature, le design, l’artisanat, l’architecture, le jeu, l’enseignement, l’engagement social et l’écologie », a écrit le ministère de la Culture pour présenter l’exposition Toledo Ve qui a lieu en ce moment à Mexico.

Son art se caractérise par le foisonnement animalier, l’érotisation de la réalité et l’inspiration indigène. Il ne recherchait pas la beauté mais plutôt la représentation d’une réalité quotidienne pas toujours belle et esthétique. D’où le choix des insectes, des iguanes, des poissons, des chèvres, des singes, des lézards, des crapeaux, etc. dans ses œuvres. Amoureux de la nature, des cultures indigènes et de sa région, il exprimait cet amour par son art.

C’était aussi un art figuratif engagé. Tout d’abord engagé parce que Francisco Toledo représentait une réalité quotidienne locale. En témoigne son œuvre intitulée « Barriendo Sapos » réalisée en 1971 qui montre une scène quotidienne de son enfance à Juchitan. Son engagement en art était ensuite social et politique. Il a par exemple élaboré et fait voler quarante-trois comètes avec les visages des étudiants disparus d’Ayotzinapa en 2014 selon la coutume locale des papalotes (terme venant du nahuatl papalotl qui signifie papillon) lors du Jour des Morts. Cette coutume est une manière de communiquer avec les morts car, selon les croyances, leurs âmes descendent sur Terre pour consommer les offrandes puis remontent dans le ciel. Francisco Toledo cherchait ainsi à protester contre le manque d’informations et de recherches pour retrouver ces étudiants et tentait de les chercher dans le ciel.

C’était enfin un artiste mondialement connu, dont les œuvres ont une côte exceptionnelle. Son tableau intitulé Tortuga poniendo huevos (Tortue pondant des œufs) s’est ainsi vendu à plus d’un million de dollars lors de la vente d’automne d’art latino-américain chez Christie’s à New York en 2018. Inspirateur de plusieurs générations d’artistes, Francisco Toledo a vu ses œuvres exposées à New York, Paris, Londres ou Tokyo.

Cependant, le plasticien ne doit pas sa popularité uniquement à son travail artistique. Il est reconnu pour son engagement pour la protection de l’environnement, la préservation des cultures indigènes et du patrimoine culturel local.

Afin de conserver et d’exporter la culture d’Oaxaca, il a fondé le Musée de l’art contemporain d’Oaxaca, l’Institut des Arts Graphiques d’Oaxaca et le Centre des arts de San Agustín. « Il a fait d’Oaxaca une des capitales culturelles non seulement du pays, mais de tout le continent (…). Ça a été le grand promoteur de la culture d’Oaxaca », a expliqué Nicolas Alvarado, médiateur culturel, à la chaîne locale Foro TV.

Son engagement social à l’échelle locale n’a cessé de croître face à la violence croissante au Mexique. « Je ne suis pas devin, mais je crois que la réalité de ce pays ne change pas (…). La réalité de ce pays est de plus en plus dramatique », avait-il déclaré à l’Agence France-Presse en août 2017 à ce sujet. « Il s’était aussi engagé contre les projets des promoteurs qui menaçaient le centre historique de la ville » a déclaré le New York Times. Francisco Toledo était ainsi un acteur majeur de la vie culturelle quotidienne à Juchitan.

Ce jeudi, dès l’annonce de sa mort par le gouvernement mexicain, de nombreux messages en son hommage ont été postés. Francisco Toledo a touché tous les publics, tant les personnalités politiques et artistiques très connues que le peuple mexicain. Étant donné la discrétion habituelle de l’artiste quant à sa vie privée, la famille de Francisco Toledo a demandé à ce qu’il n’y ait aucun hommage officiel. Elle a appelé au respect de l’homme qu’il était.

Toutefois, les hommages informels se sont multipliés. Il y eut une réunion spontanée d’un groupe de personnes à l’Institut des Arts Graphiques en son hommage ainsi qu’un dépôt de fleurs au Palais des beaux-arts à Mexico. Et quoi de mieux, finalement, pour lui rendre hommage, que de se rendre à l’exposition « Toledo Ve » qui a lieu en ce moment à Mexico au Musée National des cultures populaires, et qui est justement dédiée à l’art de Francisco Toledo  ?

Inès JACQUES

CNN en espagnol

Retour sur le documentaire « Le grain et l’Ivraie » au cœur de l’actualité…

Photo : Allociné

Le film de Fernado Solanas Le grain et l’ivraie, sortie en avril dernier reste au cœur de l’actualité, Un de nos rédacteurs, économiste de formation, nous énumère les raisons pour voir de toute urgence ce documentaire.

L’Argentine est sur le point d’élire un nouveau président, dans un contexte de grave crise économique ; or l’agriculture est le moteur principal de cette économie. Ce modèle repose sur une désertification (humaine et végétale) des espaces ruraux, pour consacrer la terre à la production intensive du soja ou du coton (OGM l’un et l’autre) ; et un usage intensif des produits pesticides et engrais synthétiques.

C’est ce même modèle que le président brésilien Bolsonaro veut généraliser en Amazonie, par la déforestation (les incendies étant un moyen pour en accélérer l’implantation !). L’accroissement de la production qui en résulte (à moindre coût) nécessite de nouveaux débouchés ; d’où l’accord en cours de validation avec la communauté européenne.

Cela conduira à la remise en cause des modes de production agricole en Europe (dont le feu vert est en perspective pour faciliter le plus possible l’épandage des produits phytosanitaires, au ras des zones habitées). Et plus généralement une aggravation de la toxicité des produits alimentaires mis sur le marché.

Le film se contente de décrire comment l’agriculture argentine s’est modifiée en moins de 20 ans, par la destruction de l’environnement, la disparition de l’emploi rural et au détriment de la santé des habitants qui restent sur place… La description est impitoyable, et cela donne froid dans le dos. 

Une telle situation a contribué à la destruction de l’économie du pays ! Certes, le président sortant en est pour partie responsable ; mais les probables gagnants de la prochaine élection sont ceux qui ont gouverné durant l’implantation de ce nouveau modèle.

Remettre en cause de tels modèles passe nécessairement par des actions de masse pour peser sur les décisions politiques. Pour information, on peut mentionner le mouvement en cours d’implantation en France Nous voulons des coquelicots*, qui propose des actions au niveau de chaque commune pour lutter contre l’usage des pesticides

Michel SERUZIER

* Coquelicots

Sur le documentaire ici

Une colonie mennonite en Bolivie, au coeur du dernier roman de Miriam Toews

Dans une colonie mennonite, quelque part en Bolivie, entre 2005 et 2009, huit hommes ont drogué femmes, adolescentes et même enfants pour les violer. On expliquait ensuite à ces femmes analphabètes (leur religion le leur imposait) que c’était l’œuvre du diable et la rançon de leurs péchés. À partir de ces horreurs, Miriam Toews, elle-même née dans une communauté mennonite canadienne, a imaginé comment, les jours qui ont suivi l’arrestation des coupables, et en attendant leur probable retour grâce à une caution payée par les autres hommes, certaines victimes se réunissent secrètement pour envisager leur futur.

Photo : Carol Loewen

August Epp est né dans la colonie, mais ses parents en ont été exclus, ce qui a permis au garçon d’apprendre d’autres langues que le plantdietsh, celle parlée exclusivement sur place, mélange médiéval de langues d’Europe centrale, puis de faire des études universitaires, avant de réintégrer la colonie. Il est donc le seul homme à pouvoir noter, puis transcrire en anglais les paroles échangées par les femmes au cours de leur conseil secret.

Livrées pour la première fois à elles-mêmes, elles parlent sans lignes clairement tracées, de choses et d’autres, sans omettre les trois options qui s’ouvrent à elles : rester sans rien changer, au retour des hommes, quarante-huit heures plus tard, quitter la colonie ou y rester et se venger. Mais la décision est bien trop lourde pour être prise en quelques heures. Les deux jours seront nécessaires.

Comme le dit l’une d’elles, ce sont « des femmes sans voix (…), des femmes en dehors du temps et de l’espace », elles ne parlent même pas la langue du pays qu’elles habitent. La prise de conscience est lente, presque douloureuse, toute leur existence a été organisée pour qu’elles soient sans existence. Découvrir soudain que c’est faux est source d’une immense angoisse.

Qu’il est difficile de faire craquer le carcan d’une éducation aussi réductrice: elles ont beau vouloir s’évader (au moins par l’esprit), leur acquis refait surface : les hommes sont faits pour labourer la terre, les femmes pour se taire. Alors soudain prendre son envol semble inimaginable. August, qui ne sait pas labourer, qui n’a ni femme ni enfants, n’étant pas véritablement un homme, peut sans problème être présent dans cette assemblée exclusivement féminine.

Dans ce beau texte austère, sont évoqués l’obéissance, la culpabilité, l’éducation, l’espoir, la résilience, la prédestination, la responsabilité et, bien sûr, la foi. Autant dire qu’il parle en profondeur à chacune, à chacun de nous.

Christian ROINAT

Ce qu’elles disent de Miriam Toews, traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné, éd. Buchet-Chastel, 232 p., 19 €.

Miriam Toews est née en 1964 dans une communauté mennonite du Manitoba, au Canada. Elle est l’autrice de plusieurs romans et a été lauréate de nombreux prix littéraires, notamment du Governor General’s Award. Elle vit au Canada. Ce qu’elles disent est son premier roman à paraître chez Buchet/Chastel, et le troisième à paraître en France après Drôle de tendresse (Seuil, 2006) et Pauvres petits chagrins (Bourgois, 2015).

Mélenchon, Lula, Iglesias appellent à « la fin des procès politiques »

Nous publions une tribune du dernier Journal du Dimanche. Dans une déclaration commune, plus de deux cents personnalités, parmi lesquelles Jean-Luc Mélenchon, mais aussi les anciens présidents Luiz Inácio Lula da Silva (Brésil) et Rafael Correa (Équateur) ou encore le secrétaire général de Podemos Pablo Iglesias (Espagne), appellent à la « vigilance pour défendre les victimes » du « lawfare », un concept qui désigne une instrumentalisation politique de la justice.  « Nous invitons à la vigilance pour défendre les victimes de ce type d’opération quelle que soit leur appartenance politique », écrivent-ils.

L’ex-president Lula Da Silva : Le Monde du 13 septembre publie un premier entretien à un média français depuis son incarcération.

Photo : Heuler Andrey

« Non, la justice  ne doit pas servir d’arme de persécution politique. Pourtant c’est devenu le cas aujourd’hui presque partout dans le monde. Déjà, avec la criminalisation des lanceurs d’alerte, des syndicalistes, des militants écologistes et des participants aux manifestations interpellés arbitrairement, les droits des citoyens ont beaucoup reculé. Le maintien de l’ordre libéral coûte cher à la démocratie. À présent, un seuil est en train d’être franchi. C’est ce que l’on appelle la tactique du « lawfare ». Il s’agit de l’instrumentalisation de la justice pour éliminer les concurrents politiques. 

« Le « lawfare » enferme les débats politiques dans les cours de justice […] il fausse le déroulement des élections ».

Le « lawfare » commence avec des dénonciations sans preuves, se prolonge dans d’obsédantes campagnes de dénigrement médiatique et oblige ses cibles à d’interminables justifications sans objet. Puis c’est la prison et les amendes. Le « lawfare » enferme les débats politiques dans les cours de justice. Pour finir, il fausse le déroulement des élections qui ne sont plus vraiment libres. Les exemples sont nombreux. Citons, en Amérique du Sud, le Brésilien Lula, condamné sans preuve et empêché de se présenter à l’élection présidentielle. Son « juge », Sergio Moro, est devenu depuis ministre de la Justice du président d’extrême droite Jair Bolsonaro. Mais aussi l’Équatorien Rafael Correa et l’Argentine Cristina Kirchner, persécutés sans trêve. 

Citons, en Afrique, le Mauritanien Biram Dah Abeid, emprisonné sur une dénonciation sans preuve retirée au bout de plusieurs mois de détention. Et encore l’avocat égyptien Massoum Marzouk, opposant au régime de Sissi emprisonné sur le prétexte fallacieux de charges antiterroristes. Il y aussi le cas de Maurice Kamto, arrivé deuxième à la dernière élection présidentielle au Cameroun et emprisonné depuis janvier dernier, ou l’ancien député gabonais Bertrand Zibi, condamné à six ans de prison. 

« Nous appelons à la coopération mondiale des résistances juridiques ». 

Citons, en Europe, le Français Jean-Luc Mélenchon, poursuivi sans preuve et jugé pour rébellion, ou le Russe Serguei Oudaltsov, dirigeant du Front de gauche, condamné à quatre ans et demi de prison pour avoir organisé des manifestations contre le pouvoir. Citons, en Asie, le Cambodgien Kem Sokha, principal leader de l’opposition emprisonné à la veille des élections législatives de 2017. Ou l’acharnement judiciaire aux Philippines contre la sénatrice Leila de Lima, figure de l’opposition. 

De nombreuses voix se sont élevées dans le monde pour dénoncer cette situation : des groupements de juristes, des autorités religieuses comme le pape François, des figures de la défense des droits de l’homme, des dirigeants syndicalistes ou politiques. Notre déclaration commune salue ces protestations. Nous invitons à la vigilance pour défendre les victimes de ce type d’opération quelle que soit leur appartenance politique. Nous appelons à la coopération mondiale des résistances juridiques. Nous demandons que soient dénoncés devant l’opinion publique les gouvernements et les magistrats comme le juge Sergio Moro, au Brésil, qui acceptent de jouer ce rôle néfaste aux libertés individuelles et politiques. » 

L’ex-president Luiz Inacio Lula da Silva : Le Monde du 13 septembre publie un premier entretien à un média français depuis son incarcération.

Les signataires : 

Adolfo Pérez Esquivel, prix Nobel de la paix, Argentine 
Hebe de Bonafini, présidente de l’association des Mères de la place de Mai, Argentine, prix Sakharov de l’Union européenne 
Ignacio Ramonet, écrivain, journaliste et président d’honneur d’ATTAC, Espagne 
Aminata Traoré, essayiste, Mali 
Manon Aubry et Martin Schirdewan, co-présidents du groupe GUE au Parlement européen, France et Allemagne 
Shumona Sinha, romancière, prix de l’Académie Française, Inde 
Eugenio Raul Zaffaroni, juge à Cour Intéramericaine des Droits de l’Homme, Argentine 
Rashida shams al Din, journaliste, Soudan 
Janak Chaudhari, secrétaire général du syndicat GEFONT, Népal 
Luiz Inácio Lula da Silva, ex-président de la République fédérative du Brésil 
Rafael Correa, ex-président de la République d’Équateur 
Pepe Mujica, ex-président de la République orientale de l’Uruguay 
Pablo Iglesias, député, secrétaire général de Podemos, Espagne 
Lucia Topolanski, vice-présidente de l’Uruguay 
Jane Vargas, dirigeante du syndicat de la construction NUDCW, Philippines 
Almir Narayamoga Surui, chef de la tribu Paiter Surui, Brésil 
Marisa Matias, ancienne candidate à la présidence de la République, Portugal 
Le groupe des députés de la France Insoumise à l’Assemblée Nationale et la délégation Insoumise au Parlement européen 
Esther Benbassa, sénatrice 
André Chassaigne, président du groupe Gauche démocrate et républicaine à l’Assemblée nationale 
Noël Mamère, ancien candidat écologiste à l’élection présidentielle 
Marion Esnault, porte-parole de l’association écologiste ANV-COP21 
Vikash Dhorasoo, ancien joueur de l’équipe de France de football 
Jean Ziegler, vice-président du comité consultatif du Conseil des Droits de l’Homme aux Nations Unies, Suisse 
Edward Bond, dramaturge, Royaume-Uni 
Pipo Delbono, metteur en scène, Italie 
Biram Dah Abeid, chef de file de l’opposition, prix des Droits de l’Homme des Nations Unies, Mauritanie 
Thomas Porcher, économiste 
Arié Alimi, avocat au barreau de Paris 
Hamma Hammami, porte-parole du Front populaire, Tunisie 

Le film « Yvonne » de Marina Rubino à la Maison de l’Amérique latine de Paris

Photo : Misiones Online

Yvonne Pierron est née en Alsace en 1928. Entrée très vite comme sœur des Missions étrangères, elle émigre en 1955 en Argentine puis est forcée à l’exil, dès 1976, au Nicaragua, jusqu’en 1984. Surnommée Hermana Yvonne, elle a marqué les esprits et les consciences dans son combat contre toutes les oppressions. 

 Parfois institutrice et/ou infirmière, Yvonne Pierron parcourt le pays en se plaçant toujours du côté des plus faibles. En Patagonie, avec la communauté Mapuche, à Buenos Aires dans les villas miserias, à Corrientes avec les paysans des « Ligues agraires », ces mouvements syndicaux d’origine rurale catholique dans lesquelles les agriculteurs, petits et moyens, s’unissent afin de mieux s’opposer aux grands propriétaires terriens et aux monopoles commerciaux. Lors de la terrible dictature militaire qui s’abat sur l’Argentine entre 1976 et 1983, elle est recherchée par les répresseurs et devra s’exiler en 1978, exfiltrée par l’Ambassade de France, échappant ainsi au sort qui attendait ses deux coreligionnaires Alice Domon et Léonie Duquet

C’est alors qu’elle se rend au Nicaragua, jusqu’en 1984, où elle découvre les préceptes de la révolution sandiniste qui lui font écrire que « redonner du pouvoir au peuple c’est (…) lui donner des armes intellectuelles pour ne plus se laisser soumettre ». Elle appliquera ces convictions en revenant en Argentine, fondant une communauté éducative à Pueblo Illia (province de Misiones). Yvonne fut aussi et bien sûr de tous les combats pour les droits de l’homme, toujours prête à se lever afin de dénoncer les injustices contre les opprimés. Jamais en reste pour défiler avec les Mères et les Grands-mères de la Place de Mai, elle fut un des piliers pour dénoncer les horreurs perpétrées par la dictature militaire argentine. 

Décédée le 28 mars 2017 à l’âge de 89 ans, le sénat argentin a tenu à honorer sa mémoire en mars dernier. En 2005, Hermana Yvonne avait été décorée de la Légion d’honneur. Elle repose aujourd’hui à Pueblo Illia. 

Le « Collectif argentin pour la mémoire » lui rend hommage avec la projection du film Yvonne (2019), de l’Argentine Marina Rubino, à la Maison de l’Amérique latine ce 20 septembre à 19h. 

Fabrice BONNEFOY 

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Archives des enfants perdus, le nouveau roman de Valeria Luiselli

Valeria Luiselli est une des voix les plus originales d’Amérique latine. Née au Mexique, elle vit désormais aux États-Unis. Après avoir écrit et publié en espagnol, c’est maintenant en anglais qu’elle s’exprime littérairement.

Photo : Espaces Latinos / L’Olivier

Il y a d’abord la narratrice, d’origine mexicaine, elle a une fille (5 ans au début du roman), née d’une relation précédente sur laquelle on en dit le moins possible. Et il y a son mari, lui-même père d’un garçon (10 ans) dont la mère est morte au moment de l’accouchement et dont on ne parlera pas plus. On ne se pose plus la question de savoir qui est à qui, eux quatre formant une famille de quatre personnes.

Leur «travail» a réuni la narratrice et son époux, chargés d’enregistrer les sons de New-York, chacun avec sa propre conception. Il va à l’aventure, saisissant ce que la grande ville lui offrait de sons divers, elle ayant conservé l’esprit de la journaliste qu’elle n’avait cessé d’être. La mission s’était achevée et, dans un moment charnière de leur vie personnelle, elle vient de décider d’adapter ses projets personnels pour le suivre dans le sud des États-Unis. C’est cette longue errance à quatre que Valeria Luiselli décrit dans ces petits détails quotidiens avec, en particulier, ses pensées sur le couple, la famille, la place des enfants et le rapport de tout cela avec la littérature, les prédécesseurs marquants comme Kerouac qui a rôdé dans des endroits semblables, ou le roman pour enfants qu’on lit à la fillette.

Leur «travail» continue d’être un lien entre eux, lui est sur la piste des Apaches, plus par attirance personnelle que pour le rapport avec ses recherches, elle qui se rapproche du Sud, de la frontière avec le Mexique, où elle devrait faire avancer une enquête à propos des migrants en général, et en particulier de deux fillettes mexicaines séparées de leur mère qui a lancé un cri d’alarme : faute d’obtenir l’autorisation de séjour aux États-Unis où travaille pourtant la maman, elles ont été refoulées et on a perdu toute trace d’elles.

Avec une minutie d’entomologiste, Valeria Luiselli observe chaque minuscule changement dans l’attitude des enfants, du mari ou d’elle-même, pour en déduire le plus souvent que le groupe pourrait se défaire, mais en réalité Archives des enfants perdus possède plusieurs axes, la longue et lente traversée des États-Unis, les questions sur la famille et surtout ces enfants qu’on sait perdus (les petites victimes de l’émigration vers le Nord), ceux qu’on a crus capables de vaincre (les Guerriers Aigles, chez les Apaches, autrefois) et, qui sait, le garçon et la fillette, obligés de subir une vie absolument pas tragique dans sa forme, mais qui pourrait avoir de graves conséquences pour leur avenir personnel.

Chacun à sa manière est un archiviste en dehors de la fillette, trop jeune (encore qu’elle soit aussi en train de se créer ses souvenirs personnels) : le père qui enregistre les sons, la mère qui accumule les références pour ses fiches-reportages, et le garçon qui photographie le présent sans bien savoir ce qu’il fera de ses Polaroids.

L’histoire intercalée d’un groupe de 7 enfants (au tout début de leur tragique odyssée), qui se rapprochent, guidés par un «responsable», du Nord rempli de promesses, passe parfois au premier plan, créant un doute pour le lecteur : où est la fiction ? Le garçon et la fillette sont-ils plus ou moins réels que les enfants qui voyagent sur le toit des wagons ? Tout finit par se réunir pour se fondre en une grave élégie.

Un peu puzzle, un peu tragédie, un peu roman d’apprentissage, un peu dénonciation d’injustices parmi les plus graves, l’offense faite à l’enfance, Archives des enfants perdus est une œuvre grandiose, parfaitement réussie.

Christian ROINAT

Archives des enfants perdus de Valeria Luiselli, traduit de l’anglais (États-Unis) par Nicolas Richard, éd. de l’Olivier, 480 p., 24 €. Valeria Luiselli en français : Des êtres sans gravité, éd. Actes Sud / L’histoire de mes dents / Raconte-moi la fin, éd. de l’Olivier.

Valeria Luiselli est née en 1983 à Mexico. Elle est l’auteur d’un roman, Des êtres sans gravité (Actes Sud, 2013), ainsi que d’un recueil d’essais et de récits encore inédit en français, Papeles falsosL’Histoire de mes dents (Éditions de l’Olivier, 2017) a reçu le Los Angeles Times Prize, le Azul Prize et a été finaliste du National Book Critic Circle Award, et a fait de son auteur l’un des écrivains les plus prometteurs de sa génération. En 2017, elle publie aux États-Unis Raconte-moi la fin, un essai consacré à son expérience d’interprète dans les tribunaux américains de l’immigration. Ce livre rencontre un très grand succès critique et public, et paraît en 2018 aux Éditions de l’Olivier dans la collection de non-fiction, « Les Feux ».  Valeria Luiselli vit dorénavant à Harlem et écrit en anglais.

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