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Culture

Gallimard édite un nouveau roman d’Alonso Cueto : La passagère du vent

Dans Avant l’aube, en 2005 déjà, Alonso Cueto se penchait sur le douloureux passé de son pays, le Pérou. Le Sentier Lumineux, la réaction des autorités politiques, les atrocités commises des deux côtés et plusieurs questions fondamentales : peut-on pardonner ? peut-on oublier ? Il revient avec un nouveau roman sur ce thème qu’il traite encore une fois avec une grande originalité. Il est un des auteurs pressentis pour les Belles latinas d’octobre 2019.

Photo : Gallimard

Traumatisé par le décès de sa mère, Ángel Serpa avait décidé d’entrer dans l’armée péruvienne. C’était au moment où le Sentier Lumineux imposait ses violences sur une grande partie du territoire. Ángel, simple soldat, avait dû obéir aux ordres et parfois donner le coup de grâce à des corps déjà inertes. Un jour, c’est justement cet ordre qu’il a reçu pour une jeune femme. Des années après sa démission, il mène à Lima une existence assez terne qui, vue de l’extérieur, pourrait sembler d’une sérénité absolue. Quand entre dans la petite boutique où il vend casseroles et verres une femme qu’il reconnaît comme ayant été sa victime, il a du mal à y croire puis, devant l’évidence, il entame un véritable chemin de croix qui ne sera fait que de questions : peut-il, veut-il tenter d’entrer en contact avec elle ? En a-t-il le droit, moral surtout ? La présence intermittente de la femme, toujours indéchiffrable, va l’obséder.

À l’opposé de tout manichéisme, Alonso Cueto navigue au cœur d’un doute tour à tour poisseux et incandescent, à l’image de l’esprit d’Ángel, et il fait en sorte que nous accompagnions le personnage, que nous nous collions à lui, que nous n’ayons pas plus que lui ces repères faciles qui sont le ressort des romans faciles. Ce que l’on comprend, ce que l’on partage, c’est cette perplexité par rapport à son problème moral. Son «autre vie», les combats de catch qu’il pratique certains soirs contre des hommes sur le retour, eux aussi blessés, d’une façon plus physique, par une vie que nous ignorons, n’aide pas à en savoir plus sur lui : le fait-il pour se prouver qu’il est quelqu’un ? Pour expier ? Par plaisir, comme il le dit ?

Si Ángel a du mal à diriger sa vie, Alonso Cueto maîtrise à la perfection son récit. L’apparente banalité ‒ banalité dans l’horreur, une horreur que nous connaissions avant d’entamer la lecture ‒ devient profondeur, puis élévation. Les croyances indiennes héritées des Incas à certains moments donnent à l’atrocité moderne une ouverture spirituelle d’une beauté saisissante. Un peuple qui a une autre manière d’exprimer son sens moral ne peut que ressentir différemment ses souffrances ; pour ce peuple, l’absence de l’être cher est synonyme de tout autre manque. «Orphelin» est dans leur langue le mot qui signifie aussi «Pauvreté». De même, penser que le passé est en réalité devant nous parce que nous le connaissons remet en cause tout notre système moral, chrétien et occidental. Ángel, lui, dans sa simplicité, peut servir de modèle : de terribles épreuves ont accompagné sa vie entière, elles sont là, pesantes, tout le temps, et pourtant des lueurs de vie se manifestent par intermittences, timides mais bien présentes, et il finit par savoir les entrevoir. La passagère du vent est à lire pour la multitude d’idées et pour leurs nuances et surtout pour les atmosphères changeantes, à l’image de toute vie. Un roman qui ne peut que marquer le lecteur.

Christian ROINAT

La passagère du vent de Alonso Cueto, traduit de l’espagnol (Pérou) par Aurore Touya, éd. Gallimard, 260 p., 22 €. Alonso Cueto en espagnol : La viajera el viento, ed. Planeta, Lima / El susuro de la mujer ballena, Planeta, Barcelona / La hora azul / Grandes miradas, ed. Anagrama. Alonso Cueto en français : Avant l’aube, éd. Michalon / La vie en mouvement (entretiens avec Mario Vargas Llosa), éd. Gallimard.

Soy Nero de Rafi Pitts programmé au festival Arte fait son cinéma

C’est un grand choix de films de qualité que propose le cinquième festival du cinéma d’Arte du 12 au 26 novembre. Le film d’ouverture concerne l’actualité latino-américaine. La caméra suit l’histoire de Nero, un jeune clandestin mexicain aux États-Unis qui cherche à intégrer l’armée pour obtenir sa carte de séjour. Le cinéaste franco-iranien Rafi Pitts nous montre l’état du monde actuel. 

Photo : Allociné

Nero, 19 ans, est un « dreamer » : fils d’immigrés illégaux mexicains aux États-Unis, il est né et a grandi à Los Angeles, avant d’être expulsé vers le pays de ses parents. Il veut repasser clandestinement la frontière pour devenir un « green card soldier« , ces recrues étrangères de l’armée américaine auxquelles la loi, depuis le 11-Septembre, garantit le droit de séjour. Après un premier échec, il parvient à franchir les murs qui séparent Tijuana de la Californie, alors que se déclenchent les feux d’artifice de la Saint-Sylvestre.

No man’s land
Avec une intensité de tous les instants, le Franco-Iranien Rafi Pitts nous plonge dans l’absurdité et l’urgence où se débat son jeune héros, entre deux no man’s land. Du premier poste frontière où, menotté, il est sommé de décliner son identité, au check-point à haut risque où il atterrit dans un désert du Moyen-Orient en compagnie d’autres parias, la caméra épouse son point de vue sur l’incompréhensible réalité qui l’entoure. Dédiée aux green card soldiers expulsés par les États-Unis pour des délits, même mineurs, après avoir risqué leur vie sous la bannière étoilée, cette fable humaniste d’une saisissante intelligence politique tourne le dos au naturalisme documentaire pour contempler de plus haut les frontières de notre monde. En contrepoint à la beauté méditative des images, Johnny Ortiz, fossette enfantine et regard sombre, insuffle presque sans mot dire une vitalité farouche à son personnage de proscrit.

D’après Arte Magazine

La dictature nous avait jetés là… un livre témoignage avec une portée universelle

Le dernier livre de María Poblete, La dictature nous avait jetés là…, publié en octobre chez Actes Sud Junior, est un récit d’exil autobiographique, écrit à hauteur d’enfant avec une portée universelle. Ce livre évoque donc l’histoire d’autres enfants, notamment chiliens, qui ont suivi en exil leurs parents et dont on a souvent ignoré les souffrances et difficultés.

Photo : Actes Sud

Maria Poblete vit à Paris et est née en 1964 au Chili, pays qu’elle a fui avec sa famille à la suite du coup d’état militaire du général Pinochet en 1973. Elle est arrivée en France à l’âge de neuf ans. Après des études de sociologie et d’ethnologie à Lyon, elle devient journaliste indépendante et se spécialise dans les sujets de sociétés, notamment sur les thèmes de la résistance et de la mémoire. Elle couvre l’actualité latino-américaine pour des radios nationales françaises (France Info, Radio France Internationale, Europe 1) et la presse audiovisuelle et écrite, à la fois française et chilienne. Elle collabore avec diverses publications grand public ou spécialisées dans l’enfance, la famille et l’éducation (L’Étudiant, Marie-Claire Enfants… ). Auteure d’ouvrages d’enquête, d’essais et de romans jeunesse, elle participe régulièrement à des résidences d’écrivain, parfois en milieu scolaire. Dans la collection Ceux qui ont dit non d’Actes Sud junior, elle est l’auteure de Lucie Aubrac, “Non au nazisme”, Simone Veil, “Non aux avortements clandestins” et Célestin Freinet, “Non à l’ennui à l’école” ainsi que co-auteure de Non à l’intolérance, Non à l’indifférence et Non à l’individualisme.

Lorsque le général Pinochet prend le pouvoir au Chili le 11 septembre 1973 à la suite d’un putsch, Maria a presque neuf ans (moins 45 jours). La radio des parents de Maria se met à grésiller : Pinochet avec sa voix inoubliable annonce les premières mesures pour le pays et le nouvel ordre militaire. Parents et enfants tremblent en écoutant. Les années de plomb qui suivent cet événement vont provoquer des milliers de mort, des disparitions, des tortures et le premier grand exil  chilien dont Maria et sa famille.  «En moins de temps qu’il n’en faut pour comprendre ce qui se trame, nous voilà à bord de l’avion. Avec mes sœurs, on se tient les mains, serrées. Le ventre serré lui aussi. Je m’endors comme chaque fois que j’ai peur, que je suis triste ou énervée. Je préfère m’éteindre et rêver. La nuit m’enveloppe. L’appareil me berce. Son ronronnement est étouffé par l’oxygène qui semble manquer. Personne ne dit un mot. Nous posons sur nos épaules le manteau du silence», nous dit la narratrice.

Arrivés à Paris, puis à Lyon, il leur faut tout recommencer : nouvelle langue, nouveau quartier, nouvelle école, nouveaux amis… Les Poblete vont devoir s’adapter à cette nouvelle société avec des habitudes si différentes des leurs tout en suivant de loin, avec inquiétude, la répression et la lutte qui s’installent dans leur pays natal. Maria, nous raconte une enfance et adolescence particulières.  Aujourd’hui, quarante-cinq ans plus tard, elle se souvient de ces années qui l’ont marquée pour toujours : le joug de la dictature, le départ précipité vers la France, la famille en danger, l’arrivée dans l’inconnu, la lutte pour s’intégrer, la sensation permanente d’inquiétude , la séparation des parents et inconfortable dépaysement, la dispersion de la famille. Un récit de vie intime et poignant sur la dictature et l’exil forcé . Une plongée dans le passé où les souvenirs surgissent avec tristesse et bouleversement.

Pour les adolescents, pour les adultes, ce livre est le récit d’une chute brutale : la fin des rêves et l’exil. Une histoire d’enfance qui pourrait être celle partagée par beaucoup d’enfants exiles ou immigrés d’hier et d’aujourd’hui. C’est un beau livre, indispensable en cette époque où ces mots exil, asile, immigration provoquent malaise et peurs dans nos sociétés. Parce que l’exil ce n’est pas un vain mot, ce n’est pas se déplacer d’une rive à une autre ou d’un pays à un autre, l’exil c’est s’arracher de son propre pays parce que c’est l’unique alternative qui reste pour échapper à l’oppression, à la guerre, à la famine, au malheur.

Ce livre évoque aussi l’histoire de l’accueil de l’époque, de la solidarité qui a tant aidé à soulager la souffrance et  à l’intégration de ces familles, tel un miroir de ce qu’aurait pu être l’«accueil» réservé aujourd’hui par la France et l’Europe aux «migrants». C’est un court roman de souvenir qu’il faut lire, tant il nous révèle notre propre  actualité. Un témoignage personnel basé sur des faits réels et à dimension universelle, écrit à hauteur d’enfant pour jeunes et adultes.

Olga BARRY

La dictature nous avait jetés là…  par Maria Poblete aux éditions Actes Sud Junior, 124 p.

Maria Poblet a écrit aussi : La Colonie du Docteur Schaefer, une secte nazie au pays de Pinochet, avec Frédéric Ploquin, Fayard, 2003 / Lucie Aubrac, Non au nazisme, (Collection « Ceux qui ont dit Non »), Actes Sud junior, 2008 / Simone Veil, Non aux avortements clandestins (Collection « Ceux qui ont dit Non »), Actes Sud junior, 2009 /  Sauvons la maternelle, avec Thérèse Boisdon, Bayard, 2009 / Comment mettre mon ado au travail, L’Étudiant, 2010 / Cannabis : comment aider mon ado à s’en sortir, L’Étudiant, 2011 /  Non à l’individualisme, Actes Sud junior, 2011 / Non à l’indifférence, Actes Sud junior, 2013

L’exposition Genesis de Sebastião Salgado quittera Paris en décembre

Comprendre le monde, ses origines, et réhabiliter la grandeur de la nature et sa beauté. Voilà ce que réalise Sebastião Salgado avec son exposition Genesis, à l’affiche de la fondation GoodPlanet depuis juin, et ce jusqu’en décembre. Ses photos montrent un monde fragile et à préserver. Genesis est la quête du monde des origines, celui qui a évolué pendant des millénaires avant d’être confronté au rythme de la vie actuelle, avant d’oublier ce qui fait de nous des êtres humains.

Photo : Polka

La Fondation GoodPlanet accueille l’exposition Genesis du photographe Sebastião Salgado à compter du 9 juin jusqu’au 16 décembre 2018. 60 photos grand format présentées en extérieur comme la quête du monde des origines par son auteur. « Avec Genesis, j’ai essayé de montrer la dignité, la beauté de la vie sous toutes ses facettes et le fait que nous avons tous la même origine » – Sebastião Salgado.

Genesis

Genesis est la quête du monde des origines, celui qui a évolué pendant des millénaires avant d’être confronté au rythme de la vie actuelle, avant d’oublier ce qui fait de nous des êtres humains. Cette exposition nous présente des paysages, des animaux et des peuples qui ont su échapper au monde contemporain. Elle met à l’honneur ces régions vastes et lointaines où, intacte et silencieuse, la nature règne encore dans toute sa majesté. On peut s’abreuver à la splendeur des régions polaires, des forêts tropicales, des savanes, des déserts torrides, des montagnes dominées par des glaciers et des îles solitaires. Si certains climats sont trop froids ou arides pour la plupart des formes de vie, on trouvera dans d’autres régions des animaux et des peuples qui ne pourraient survivre sans cet isolement. Ils forment ensemble une incroyable mosaïque où la nature peut s’exprimer dans toute sa grandeur. Les photographies de Genesis aspirent à révéler cette beauté. L’exposition constitue un hommage à la fragilité d’une planète que nous avons tous le devoir de protéger.

                                                                                         Lélia WANICK SALGADO
                                                                                                                 Commissaire

Sebastião Salgado

Économiste de formation, Sebastião Salgado commence sa carrière de photographe à Paris en 1973. Il travaille successivement avec les agences Sygma, Gamma et Magnum Photos jusqu’en 1994, lorsque ensemble avec Lélia Wanick Salgado ils fondèrent l’agence de presse Amazonas images, exclusivement vouée à son travail photographique. Il voyage dans plus de 100 pays pour ses projets photographiques qui, au-delà de nombreuses publications dans la presse, furent ensuite pour la plupart présentés dans les livres tels que Autres Amériques (1986), Sahel, l’homme en détresse (1986), La main de l’homme (1993), Terra (1997), Exodes et Les enfants de l’exode (2000), Africa (2007), Genesis (2013), Terres de café (2015) et Koweït, un désert en feu (2016). Des expositions itinérantes de ces travaux ont été et continuent d’être présentées à travers le monde. Sebastião Salgado a reçu de nombreux prix, il est Ambassadeur de Bonne Volonté pour l’UNICEF, membre honoraire de The Academy of Arts and Science aux États-Unis et élu à l’Académie des beaux-arts – Institut de France le 13 avril 2016 au fauteuil de Lucien Clergue.

D’après la
Fondation GoodPlanet

Des Mochicas aux Incas: Le Pérou archéologique dans le Val d’Oise

Le musée archéologique du Val d’Oise vous propose de vous évader en Amérique latine ! Partez à la découverte des civilisations pré-incas et incas et parcourez deux mille ans d’Histoire au cœur du Pérou archéologique. Un espace découverte introduit ce voyage par une carte interactive, de la musique andine, des jeux et des livres pour une immersion totale. Jusqu’au 15 septembre 2019.

Photo : Musée archéologique du Val d’Oise

Le voyage commence cent ans avant notre ère par une expédition en terre nazca, sur les traces des mystérieux géoglyphes. Elle se poursuit chez les Mochicas connus notamment pour la très riche tombe du seigneur de Sipán, qui a livré de nombreuses parures en or et dont vous découvrirez une reconstitution grandeur nature. Votre exploration se prolonge en compagnie des peuples architectes Huari et Tiahuanaco, puis auprès des Chimús. Après avoir emprunté le mythique chemin de l’Inca, le périple s’achève à Cuzco, théâtre des conflits face aux conquistadors…

Cette exposition présente les traits culturels propres à chacune de ces civilisations finalement peu connues, illustrés par des objets phares, reproductions officielles des musées péruviens. Des collections archéologiques originales, provenant du musée du Quai Branly, sont également exposées en regard de vestiges valdoisiens contemporains. Un espace découverte introduit ce voyage par une carte interactive, de la musique andine, des jeux et des livres pour une immersion totale. Pour les plus jeunes, des contenus accessibles et des outils ludiques jalonnent le parcours pour une expérience vivante et dynamique.

Service presse Val d’Oise

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Carte blanche à l’artiste argentin Tomás Saraceno au Palais de Tokyo à Paris

Du 17 octobre 2018 au 6 janvier 2019, l’exposition On Air, au Palais de Tokyo à Paris, se présente comme un écosystème en mouvement, accueillant une chorégraphie à plusieurs voix entre humains et non-humains, où les œuvres révèlent les rythmes et trajectoires communs, fragiles, et éphémères qui unissent ces mondes. On Air se construit grâce à la multitude de ces présences, animées et inanimées, qui y cohabitent. C’est ainsi particulièrement au travers des activités de l’Aerocene, un projet artistique interdisciplinaire initié par l’ArgentinTomás Saraceno, qui cherche à réactiver un imaginaire commun afin de collaborer éthiquement avec l’atmosphère et l’environnement, que les visiteurs sont invités à s’engager collectivement dans un exercice d’harmonisation planétaire.

Photo : Palais de Tokyo – Paris

L’exposition est comme un ensemble, qui révèle la force des entités qui peuplent l’air et la manière avec laquelle elles nous affectent : du dioxyde de carbone (CO2) à la poussière cosmique, des infrastructures et fréquences radio à de nouveaux couloirs de mobilité aériens. Ces histoires invisibles, qui composent la nature dont nous faisons partie, nous invitent à repenser poétiquement notre manière d’habiter le monde – et à réévaluer notre manière d’être humain.

Alors que les activités industrielles prédatrices exploitent la Terre, épuisent ses ressources et menacent d’entières écologies, ON AIR célèbre de nouvelles manières d’imaginer une planète libérée de frontières et d’énergies fossiles, au travers de nouveaux modes de production de la connaissance. De cette manière, l’exposition répond aux défis posés par l’Anthropocène, terme proposé pour décrire une époque de la Terre dans laquelle nous vivons désormais, et qui a débuté lorsque les activités humaines ont eu un impact global sur l’écosystème terrestre. C’est ainsi particulièrement au travers des activités de l’Aerocene, un projet artistique interdisciplinaire initié par Tomás Saraceno, qui cherche à réactiver un imaginaire commun afin de collaborer éthiquement avec l’atmosphère et l’environnement, que les visiteurs sont invités à s’engager collectivement dans un exercice d’harmonisation planétaire.

ON AIR réunit une grande variété de collaborateurs, rassemblant des institutions scientifiques, des groupes de recherches, des activistes, des communautés locales, des visiteurs, des musiciens, des philosophes, des animaux non-humains, des phénomènes célestes, qui participent tous à la vie de l’exposition. Des ateliers, des concerts, des séminaires ouverts au public enrichissent régulièrement une exposition transformée en une vaste «jam-session cosmique», résonnant au rythme des rencontres et d’assemblées nées de nouvelles solidarités entre espèces.

Les journées « ON AIR live with… »

L’exposition ON AIR, qui réunit quotidiennement un chœur de voix humaines et non-humaines, accueille pendant toute sa durée des événements qui viennent l’enrichir et la métamorphoser, et particulièrement au cours des trois journées «ON AIR live with…», un vendredi par mois, lors desquelles les visiteurs sont invités à prendre part à d’autres formes de conversation. À chacune de ces occasions, le 26 octobre, 23 novembre, et 14 décembre, un séminaire rassemble chercheurs, activistes et artistes au sein des espaces d’exposition, des workshops sont proposés au public ainsi que des concerts exceptionnels et inédits de «jamming with spiders» d’Alvin Lucier, Eliane Radigue et Evan Ziporyn.

Tomás Saraceno

Tomás Saraceno est né en 1973 à Tucumán en Argentine. Il vit et travaille sur et au-delà de la planète Terre. Après avoir obtenu un master en architecture à l’École Supérieure des Beaux-Arts de la Nation Ernesto de la Carcova à Buenos Aires, Tomás Saraceno a poursuivi ses études en Europe, en étudiant les beaux-arts à la Städelschule de Francfort puis en suivant le master d’art et d’architecture de l’IUAV de Venise. Depuis, l’artiste vit et travaille à Berlin. En 2009, il a été montré à la 53ème Biennale de Venise.

Parmi ses dernières expositions personnelles majeures, peuvent être citées «Cloud cities», présentée à la Hamburger Bahnhof de Berlin en 2011, «On Space Time Foam», au HangarBicocca de Milan en 2012. La même année, l’artiste a réalisé une installation in situ de Cloud City sur le toit du Metropolitan Museum of Art à New York. Depuis 2013 le K21 Ständenhaus de Düsseldorf expose son installation aérienne In Orbit et en 2016, l’exposition «Stillness in Motion. Cloud cities» a été montrée au San Francisco Museum of Modern Art. Il a effectué une résidence au Centre National d’Études Spatiales (2014–2015), au Centre d’art, science et technologie du MIT (2012 ongoing) et à l’atelier Calder (2010), parmi d’autres. Ses œuvres font partie des collections du MoMA, New York ; SFMOMA, San Francisco ; Walker Art Center, Minneapolis ; Nationalgalerie, Staatliche Museen zu Berlin, Berlin.

Tomás Saraceno a présenté son travail pour la première fois au Palais de Tokyo en février 2015 dans l’exposition «Le Bord des Mondes», puis a proposé le séminaire Aerocene et le workshop «Museo Aerosolar», en écho à la COP21 en décembre 2015. On a retrouvé son œuvre Du sol au soleil d’octobre 2017 à janvier 2018 dans l’exposition «Voyage d’Hiver», hors les murs du Palais de Tokyo dans les jardins du château de Versailles.

D’après le Palais de Tokyo

La légende de Santiago, le nouveau polar du Chilien Boris Quercia

Il n’y a pas qu’en Europe que les migrants sont un sujet de discussion et de polémiques. On le sait moins ici, mais l’Amérique latine, et pas seulement dans la zone Mexique-Amérique centrale, est aussi le théâtre de vagues d’émigration des pays les plus pauvres vers ceux qu’ils imaginent plus favorisés. À Santiago comme ailleurs, ils sont victimes de manifestations de racisme qui peuvent dégénérer. Pour la troisième fois, on retrouve Santiago Quiñones, le flic chilien, mûrissant, problématique et sympathique, dont on aura du mal à savoir si ses ennemis principaux sont professionnels ou personnels.

Photo : Wikimedia Commons/Asphalte

Le pauvre Quiñones est au fond d’un gouffre matériel et mental, et le premier chapitre l’enfonce encore plus. Difficile de faire pire, et pourtant il y parvient ! Ce n’est pas la bonne volonté qui lui fait défaut, malgré quelques travers : sa fidélité n’est pas exemplaire, sa consommation de substances non autorisées ne diminue que lentement et il n’est pas à l’abri d’une éventuelle bavure, y compris dans sa vie personnelle.

Il connaissait depuis un certain temps l’existence d’une «deuxième famille» qu’avait son père, phénomène assez fréquent en Amérique latine, il savait qu’il avait un demi-frère et ce Gustavo, qui ne lui plaît pas du tout, s’impose à lui. Une complication de plus !

Pendant ce temps, les crimes contre les étrangers se multiplient et les milieux d’extrême droite se réjouissent des violences perpétrées contre eux, on croise même des punks-nazis, de l’eau de Javel est trouvée dans des yaourts achetés dans une supérette d’un quartier défavorisé, et commence à apparaître un logo représentant deux balais entrecroisés qui signifie : «Nous nettoierons le Chili des envahisseurs étrangers.» L’ombre d’un autre cadavre, beaucoup plus proche de Santiago, plane sur toute cette enquête et se réveille dans ses pensées, s’atténue, jamais très longtemps, pour mieux revenir.

Heureusement, il reste des zones de lumière, comme cette juge d’instruction nommée dans l’affaire, qui est une connaissance de Quiñones : qu’il est bon de se rendre de petits services mutuels, en toute discrétion ! Surtout si l’on connaît les faiblesses de l’autre. Une jeune (et jolie) témoin peut aussi donner un coup de pouce au malheureux flic.

Comme à son habitude, Boris Quercia pense en même temps que son personnage, inspiré par les dérives du pays dans lequel ils vivent. Il le fait par petites touches, jamais pesantes, d’autant plus qu’il ne manque jamais d’humour, un humour du genre vachard en général. Et le Santiago du titre n’est pas que la ville, c’est aussi Quiñones, auquel la légende de flic pourri bourré de coke colle à la peau, un flic pourri qui est en même temps, qu’il le veuille ou non, membre d’une famille un peu éclatée qui pourrait se recomposer et qui le nomme lui-même, justement, le Décomposé. Jusqu’à quel point est-elle valable, cette légende, c’est aussi ce que raconte ce polar haletant et désabusé.

Christian ROINAT

La légende de Santiago de Boris Quercia, traduit de l’espagnol (Chili) par Isabel Siklodi, éd. Asphalte, 256 p., 21 €. Boris Quercia en espagnol : La sangre no es agua, ed. Mondadori, Santiago (2019) / Santiago Quiñones, tira / Perro muerto, ed. Mondadori, Santiago. Boris Quercia en français : Les rues de Santiago / Tant de chiens (Grand Prix de Littérature policière 2016), éd. Asphalte.

Les Peintures de la voix, le monde aztèque en images, un ouvrage de Jean-Paul Duviols

Saviez-vous que les Aztèques consignaient leur savoir par écrit ? Saviez-vous qu’ils avaient inventé une sorte de papier et qu’ils possédaient déjà une certaine forme d’alphabet, ou du moins une écriture leur permettant de représenter les sons ? Quelque chose de tout cela a-t-il pu échapper aux flammes de la destruction systématique de la conquête des Amériques, ordonnée au XVIe siècle ? Nous connaissons les pyramides, les statues, les masques, et autres types de vestiges archéologiques de cette civilisation culturellement très riche, mais les supports écrits sont très peu nombreux, et c’est peut-être la raison de leur méconnaissance.

Photo : Chandeigne/MAL

Les «peintures de la voix», l’expression –originellement de Voltaire– désigne ce mode de représentation fascinant, inclassable, où se mêlent les images symboliques et les glyphes, les couleurs et les signes. Nombre de chercheurs, depuis le XIXe siècle, s’y sont penchés et, malgré tout, leur étude et leur interprétation restent encore incomplètes.

L’organisation thématique de l’ouvrage nous invite ainsi, à travers les dessins et les reproductions qui apparaissent au fil des images, à retracer «visuellement» l’histoire des Aztèques à travers les jalons les plus importants : les rituels, le calendrier, l’organisation de la société… Les images sont accompagnées de textes courts qui donnent un cadre explicatif aux représentations, et nous permettent de décrypter ce que nos yeux européens ne peuvent comprendre : l’absence de perspective, les formes sacrées, l’évolution des dessins au fur et à mesure des années avec l’évidente européanisation des représentations…

C’est ainsi une nouvelle perspective de l’histoire des Aztèques que nous offre Jean-Paul Duviols, spécialiste de littérature et civilisation latino-américaine à l’université de la Sorbonne, à travers ce «livre d’images», qui se veut guide didactique et non ouvrage scientifique, et qui révèle la facette iconographique du monde mexicain préhispanique. Initier le lecteur contemporain à ces mondes disparus, ou presque, en l’invitant à y jeter un nouveau regard, c’est le véritable objectif de ce livre qui, en plus d’être intéressant et riche, est beau et agréable à parcourir.

Clémence DEMAY

Les Peintures de la voix, le monde aztèque en images de Jean-Paul Duviols, éditions Chandeigne, 320 p., 29 €.

Un nouveau guide dans la Bibliothèque du Voyageur de Gallimard consacré à la Colombie

Après l’Argentine, l’Amérique du Sud, le Brésil, le Chili, l’Équateur et le Pérou, la Colombie est le septième ouvrage de la Bibliothèque du Voyageur des éditions Gallimard consacré au continent sud-américain. Vous pourrez y découvrir l’histoire de cette «terre de Colomb baignée dans le sang des héros», qui a forgé un peuple chaleureux, au caractère bien trempé, comme en témoignent ses chantres Gabriel García Márquez, Fernando Botero et Shakira, ainsi que des cartes et des plans, un carnet pratique et les itinéraires à emprunter.

Photo : Gallimard Loisirs

Domestiquée par les cultures précolombiennes San Agustín et Tierradentro ; enrichie par les civilisations «dorées» Tumaco-La Tolita, Tolima et Nariño ; «découverte» par le navigateur Christophe Colomb ; colonisée par les Conquistadors ; émancipée par Simón Bolívar ; meurtrie par deux siècles de conflits internationaux, de guerres civiles, de guérillas et de violence… Telle est l’histoire de la Colombie.

Itinéraires 

De l’héroïque Cartagena de Indias, perle coloniale des Caraïbes, à l’envoûtante Barichara, charmant village d’altitude aux basses maisons chaulées ; du désert côtier de La Guajira, royaume des Amérindiens Wayúu et des flamants rouges, à la forêt humide de l’Amazonas, domaine d’un tiers des espèces animales et végétales de la planète ; du Museo deI Oro de Bogota, écrin d’un prodigieux trésor préhispanique, à la Plaza Botero de Medellín, scène ouverte aux voluptueuses sculptures de Fernando Botero ; de Johnny Cay, atoll isolé de L’archipel de San Andrés, à Cali la Reine de la vallée, capitale mondiale de la salsa… véritable Eldorado, la Colombie et ses formidables richesses émerveilleront tant les passionnés d’histoire que les férus de sports extrêmes et les amoureux du farniente. 

À propos de ce guide

Cet ouvrage est une traduction-adaptation de la nouveauté Insight Guide : Colombia, créée en 2017. Dans l’univers du guide de voyages des années 1970, les Insight Guides innovaient radicalement en alliant l’image au texte. Le lecteur bénéficiait ainsi d’une approche culturelle plus complète. Aujourd’hui, alors qu’Internet apporte une quantité inextinguible d’informations, nos ouvrages allient textes et images permettant d’affiner ces qualités incontournables : savoir et discernement. Grâce à l’expérience et aux connaissances de nos auteurs, correspondants et photographes, ces objectifs sont atteints.

Un guide pratique

Ce guide de voyage est conçu pour répondre à 3 objectifs : informer, guider et illustrer. Dans cette optique, l’ouvrage est divisé en 3 sections, identifiables grâce à leurs bandeaux de couleur placés en haut de page. Chacune d’elles vous permettra d’appréhender le pays et vous guidera dans le choix de vos visites, son histoire et son peuple, de votre hébergement, de vos activités culturelles et sportives. La section Histoire & Société, repérable à son bandeau orange, relate l’histoire culturelle et environnementale du pays sous forme d’articles fouillés qui retracent l’histoire et la politique de la Colombie, ainsi que de Zoom sur… et de Grand angle, des thématiques spécifiques à la Colombie.

La section Itinéraires, signalée par des bandeaux de couleurs différentes pour chaque région, livre sous forme de circuits une sélection de sites et de lieux incontournables à découvrir. Chaque site est localisé sur une carte à l’aide d’une pastille numérotée. La section Carnet pratique, soulignée par un bandeau jaune, fournit, quant à elle, toutes les informations nécessaires pour connaître les différents aspects de la Colombie, préparer votre voyage (formalités, comment s’y rendre…), pour vous déplacer dans le pays, vous loger, vous restaurer et plus encore…

D’après les éditions Gallimard

Colombie, trad. de l’anglais par Sophie Brun et Sophie Paris, Gallimard Loisirs, coll. Bibliothèque du voyageur, 336 p., 29,50 €.

Le Mythe national mexicain à travers les manuels scolaires d’histoire aux éditions L’Harmattan

La collection «Manuels scolaires et sociétés» des éditions L’Harmattan s’enrichissent d’un nouvel ouvrage intitulé Le Mythe national mexicain à travers les manuels scolaires d’histoire ; une étude de Rachel Mihault, professeure certifiée d’espagnol et coach scolaire, également docteure en études ibériques et latino-américaines à l’Université de Perpignan.

Photo : L’Harmattan/DR

La nation est une construction politique et idéologique que l’on fait reposer sur un territoire, une langue, une culture, éventuellement une religion, et un État communs. L’école est un puissant instrument de construction et de renforcement de la nation, en particulier à travers l’enseignement de l’histoire et de la géographie. Au Mexique, le gouvernement maîtrise parfaitement les outils de transmission du récit historique, puisqu’il est responsable depuis 1959, à travers la Comisión Nacional de los Libros de Texto Gratuitos, de la création, de l’impression et de la distribution des manuels scolaires à tous les élèves des écoles publiques du pays. Il est par conséquent très intéressant d’étudier le discours de ces manuels d’histoire. C’est ce que nous nous proposons de faire ici. Nous nous intéresserons aux quatre générations de manuels d’histoire de l’enseignement primaire édités depuis 1959 afin d’identifier quels sont les principes et les valeurs qu’ils transmettent et nous tenterons de démythifier quelque peu le discours officiel.

Professeure certifiée d’espagnol et coach scolaire, Rachel Mihault est docteure en études ibériques et latino-américaines de l’Université de Perpignan.Elle mène actuellement une étude visant à mettre en lumière les parcours de jeunes gens qui s’épanouissent dans leurs vies professionnelles après avoir fait des études littéraires. Elle est par ailleurs présidente de l’association Les Collecteurs, qui milite pour un lire actif et ouvert sur le monde.

D’après les éditions L’Harmattan

Le Mythe national mexicain à travers les manuels scolaires d’histoire de Rachel Mihault, L’Harmattan, coll. Manuels scolaires et sociétés, 254 p., 25,50 €.

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