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Culture

Plongée dans le fantastique de l’horreur avec «Meurs, monstre, meurs» d’Alejandro Fadel

Sélectionné à Cannes l’année dernière dans la catégorie Un Certain Regard, Meurs, monstre, meurt est le second long-métrage du réalisateur Alejandro Fadel après Los Salvajes en 2012 (présenté pendant la Semaine de la Critique à Cannes). Pour son deuxième film, le réalisateur troque le western pour nous livrer un conte fantastique torturé et radical. Distribué par UFO, le film est  sorti en salle le 15 mai dernier.

Photo : Meurs, monstre, meurs

Dans une région reculée de la Cordillère des Andes, le corps d’une femme est retrouvé décapité. L’officier de police rurale Cruz mène l’enquête. David, le mari de Francisca, amante de Cruz, est vite le principal suspect. Envoyé en hôpital psychiatrique, il y incrimine sans cesse les apparitions brutales et inexplicables d’un Monstre. Dès lors, Cruz s’entête sur une mystérieuse théorie impliquant des notions géométriques, les déplacements d’une bande de motards, et une voix intérieure, obsédante, qui répète comme un mantra : «Meurs, Monstre, Meurs»…

Le baroque d’une esthétique où la folie devient palpable

Objet perturbant que ce film qui ne mâche pas ses moyens pour rappeler au spectateur ce qu’il est et ce dès sa scène d’ouverture : longues traînées de sang, gorge éventrée en gros plans… C’est un meurtre épouvantable encore tout chaud qui nous accueille après le générique, laissant planer avec lui une interrogation qui restera mystérieuse jusqu’au dénouement du film : dans ce territoire de contes de fées gothique, qui est  vraiment à l’origine de cette violence ?

À la manière du meurtrier présumé, cet homme épouvanté retrouvé dans les hauteurs des montagnes enneigées, la folie qui le contamine s’immisce en nous très vite après ce premier meurtre. Et il nous est souvent difficile de cerner ce qui appartient au réel de ce qui est fantasmé tant à l’écran les deux dimensions s’exécutent sous nos yeux dans la même atmosphère glauque, purulente et brumeuse qui définit toute l’esthétique du film. Les lieux de vie des habitants sont insalubres et la nuit, les teintes bleu, verte et rouge habillent les scènes de meurtres et de vie de nos protagonistes. En guise de décor, l’auteur réinvestit ses montagnes natales de la Cordillère des Andes comme pour Los Salvajes, son premier long-métrage. Il les filme à la manière du reste, comme un décor chargé de noirceur qui étend son ombre sur chaque individu. Dans tout ce macabre, Fadel apprécie la belle photographie et la beauté des artifices de sa mise en scène participe autant si ce n’est plus à l’irréel de cette histoire, au côté des compositions d’Alex Nante.  Ainsi les trombes d’eau qui se déversent à l’écran dans la scène du dernier meurtre forment un rideau opaque vertical qui strie le cadre et les personnages dans un expressionnisme baroque appuyé et sublime.

L’enquêteur Cruz, incarné par l’impressionnant Víctor López, participe à cette confusion avec son physique de bête, buffle au regard fatigué et à la gestuelle alourdie qui possède une voix d’outre-tombe ; organe extraordinaire qui nous fait douter de son appartenance au genre humain. Et le physique si singulier de son amante, incarnée par l’Argentine Tania Casciani, est terriblement troublant, comme son jeu désincarné. Pourtant, c’est chez ces deux créatures qu’éclot la douceur. Un amour naïf qui libère Cruz de sa torpeur habituelle le temps d’une séquence mémorable pour exécuter une chorégraphie troublante où son corps, toujours maladroit et si abîmé, redevient aérien, comme libéré des maux de cette intrigue tortueuse.

Oui le monstre existe, et c’est un monstre

L’enquête policière s’amuse à reprendre les codes du genre avec un certain classicisme. Meurtres en série dans un territoire isolé et meurtri (l’isolement avec le reste du monde n’a-t-il jamais été aussi puissant à l’écran que dans ses montagnes torturées ?), une enquête dirigée par un duo de policiers très différents, un village habité par les mystères… Autant d’éléments scénaristiques qui font la force du revival du cinéma policier à l’écran depuis vingt ans aux quatre coins du monde, chez des réalisateurs aussi talentueux que Bong Joon-Ho (Memories of murder) ou Alberto Rodríguez (La isla mínima). Il n’est pas difficile d’imaginer le malin plaisir pris par Fadel à inscrire son film dans cette longue tradition ; en y injectant malicieusement une intention rafraîchissante, il se permet aussi non sans prétention la construction d’un objet neuf.

Alejandro Fadel interroge la peur. Celle provoquée par le monstre, cet inconnu invisible peut-être fantasme de toute une population, qui contamine et tue ses habitants isolés. Ce paysage de montagne, c’est aussi le cadre d’une vie autarcique en proie souvent à la peur de l’inconnu, quel qu’il puisse être. Un dialogue avec des sujets actuels est possible en partant de cette idée, mais il n’est pas nécessaire d’approfondir la réflexion pour trouver du plaisir au film. Meurs, monstre, meurs est un film de monstre. Symbole de cette peur peut-être, il n’empêche que la créature existe, réellement. Rappelons-le, dans ce film, le monstre est un vrai monstre. Une créature organique immense et obscène rappelant des peintures affolantes de l’enfer autant que la beauté artisanale des créatures articulées disparues du cinéma d’horreur depuis bien longtemps au profit d’effets spéciaux parfois chaotiques. Et l’auteur se plaît à le laisser apparaître à l’écran pendant de longues minutes.

De la noirceur des esprits aux scènes oniriques, tout est à envisager comme une matière explicite qui se suffit à elle-même. Joli oxymore du film fantastique qui ne dit pas cette fois plus que ce qu’il montre. Comme une allégorie de la non signification qui tourne au ridicule la démarche psychanalytique des mastodontes du genre. Qui dynamite la narration en la rendant inefficace. En faisant du film un spectacle de sensations épidermiques, une expérience en deçà du verbe : la tentative de figer sur pellicule une horreur indicible. Tout tient dans la démarche de son auteur : «Plus que l’histoire en soi, ce qui m’intéresse, c’est l’arrangement des différents éléments. On ne peut pas continuer à exiger que le cinéma soit une machine à raconter des histoires. Il faut qu’on renonce à cette bataille et qu’on délègue cette fonction à la télévision… Le cinéma doit se nourrir d’autre chose s’il aspire à se renouveler.»

Et dans sa tentative de redéfinir ce qu’est le cinéma, Fadel ambitionne pour le spectateur un regard qui n’est sans doute pas tout à fait celui qui est posé. En s’inscrivant dans cette lignée du cinéma codifié, le risque est qu’il encadre naturellement le regard dans un cheminement de pensée bien rôdé qui n’induit peut-être pas le lâcher prise suffisant pour apprécier un tel film, ce qui aura tendance à le rendre hermétique pour bon nombre d’habitués du genre.

Finalement, Meurs, monstre, meurs propose un cinéma d’horreur tout à fait décomplexé où les poncifs du genre sont exacerbés au nom d’une esthétique suintante, vicieuse, sexuelle, soigneusement poussive. Certes, la narration se veut opaque, appelant à plus d’interrogations qu’elle ne propose de réponses, mais l’expérience sensorielle abstraite est généreuse. Elle signale une posture intransigeante, presque militante, qui offre un voyage brutal au pays des monstres dans une grammaire coulant de premier degré. Pour toutes ces qualités, le film d’Alejandro Fadel reste un bijou rafraîchissant et génialement novateur, le caprice d’un auteur exigeant toujours primé qu’on espère prolifique dans les années à venir.

Kévin SAINT-JEAN

Meurs, montre, meurs d’Alejandro Fadel, Thriller fantastique, Argentine, 1 h 39 – Voir la bande annonce

Rencontres et débats par l’Observatoire de l’Amérique latine à Paris

Animées par Jean-Jacques Kourliandsky, l’Observatoire de l’Amérique latine de la Fondation Jean-Jaurès organise trois rencontres autour de divers sujets internationaux : le racisme et le sexisme au Brésil, l’immigration et la vie politique colombienne. 

Photo : Iris et édition Anacaona

La Fondation Jean-Jaurès est à la fois un «think tank», un acteur de terrain et un centre d’histoire au service de tous ceux qui défendent le progrès et la démocratie dans le monde. Reconnue d’utilité publique, la Fondation prend en charge de servir l’intérêt général. Par la mobilisation de pouvoirs publics, des politiques, des experts et des citoyens, ils encouragent la rencontre de leurs idées et le partage des meilleures pratiques par des débats, des productions et des actions de formation. Issue de la Fondation, l’Observatoire de l’Amérique latine entend contribuer, à son échelle, à rétablir un intérêt mutuel distendu entre les progressistes français et latino-américains en organisant régulièrement des rencontres entre différentes personnalités d’Amérique latine et des responsables politiques et associatifs français. Il réfléchit, dans un cadre d’analyse et de prospective, aux grandes thématiques politiques nationales, régionales mais aussi internationales.

Dans le cadre de la Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes, la Fondation Jean Jaurès débute ses rencontres le 23 mai avec un débat autour le racisme et le sexisme dans le Brésil de actuel. La victoire à l’élection présidentielle du candidat d’extrême droite au Brésil, Jair Bolsonaro, ainsi que ses différentes prises de position, ont provoqué une très inquiétante augmentation de propos mais aussi d’actes racistes et sexistes. Autour de ses questions, sera programmé un débat à la Fondation avec l’activiste brésilienne Djamila Ribeiro. Sera également présente Paula Anacaona, directrice des Éditions Anacaona. Jean-Jacques Kourliandsky, directeur de l’Observatoire de l’Amérique latine de la Fondation, introduira et conclura le débat. La rencontre sera animée par Adèle Goliot, administratrice d’Autres Brésils. Rendez-vous le 23 mai de 18h30 à 20h30.

Attention : cette conférence est désormais complète, mais vous pouvez cependant la suivre en direct sur notre site le 23 mai à partir de 18h30 ! Si vous vous inscrivez ici, vous recevrez un message quelques heures avant le streaming pour vous le rappeler. 

Organisé en partenariat avec le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, le 28 mai le focus latinoaméricain continue avec un ciné-débat : la diplomatie au service de la liberté. D’abord avec la projection du documentaire «Visa pour le paradis», réalisé par Lillian Liberman Shkolnikoff, et suivi d’une intervention avec Jean Mendelson, ancien ambassadeur de France à Cuba. Le documentaire «Visa pour le paradis» est consacré à Gilberto Bosques, consul du Mexique à Marseille en 1940, qui parviendra, avec son équipe, à sauver plus de 20 000 Espagnols et plusieurs milliers de Juifs, Libanais, Allemands, Autrichiens, qui couraient alors le danger de perdre la vie dans une France occupée par le régime nazi. On peut y retrouver les témoignages de Gilberto Bosques et de ceux qui furent sauvés. La rencontre permettra également d’aborder la question du rôle des diplomates face à des situations de crise de cet ordre. Le débat sera animé par Jean-Jacques Kourliandsky. Rendez-vous le 28 mai de 18h30 à 20h30. Inscrivez-vous par e-mail pour participer à cet événement.

Finalement, le 6 juin la Fondation vous invite à une rencontre autour de la vie politique colombienne. La victoire en 2018 à l’élection présidentielle colombienne d’Iván Duque, proche de l’ancien président Alvaro Uribe, semble avoir remis en cause l’accord de paix signé entre l’ancien président Juan Manuel Santos et les Farc. L’Observatoire de l’Amérique latine de la Fondation en débat avec trois éminents observateurs de la vie politique colombienne. Cette rencontre réunira Juan Carlos Ruiz Vasquez et Rubén Sánchez, professeurs de l’université del Rosario de Bogota, coauteurs de l’essai collectif «Notes au président colombien», et Angélica Montes Montoya, co-directrice du Grecol-ALC (Groupe de réflexion et d’études sur la Colombie-Amérique latine et Caraïbe). La rencontre sera également animée par Jean-Jacques Kourliandsky, directeur de l’Observatoire de l’Amérique latine de la Fondation. Rendez-vous le 6 juin de 18h30 à 20h30. Inscrivez-vous par e-mail pour participer à cet évènement.

D’après la Fondation Jean-Jaurès

Pour plus d’informations sur l’Observatoire et les événements à venir sur la Fondation Jean-Jaurès, 12 Cité Malesherbes, 75 009 Paris.

«De mères en filles» de Maria José Silveira, une histoire féminine du Brésil

C’est une vaste entreprise : l’intention de Maria José Silveira était de faire revivre par l’intermédiaire de plus de vingt femmes rien moins que tout un pays, le sien, le Brésil. La première, Inaiá, naît en 1500 ; la dernière citée, Amanda, était un bébé en 2002, quand le livre a paru dans son édition originale. De la conquête à l’actualité, les siècles défilent sous nos yeux, les changements historiques se matérialisant sous les traits de ces personnes. 

Photo : Babelio 

On comprend l’intérêt que présente une telle œuvre pour les Brésiliens (et encore davantage pour les Brésiliennes). Pour un Européen (ou une Européenne), la lecture en sera sans doute différente. On découvre pour commencer des pans entiers de l’histoire du pays probablement inconnus de la majorité : la guerre, vers 1645, entre Portugais, les «maîtres» d’alors, et Hollandais qui auraient bien aimé s’approprier une région pleine de richesses, n’est pas vraiment fixée dans notre mémoire collective. 

Les ambiances campagnardes d’un pays en formation sont parfaitement décrites, à une époque où la vie n’était facile pour personne. Sur des terres souvent ingrates, sous un climat inconnu des nouveaux arrivants, si on parvenait à s’enrichir pendant un certain temps, on pouvait aussi à tout moment tout perdre en un mois ou même en un jour. Dans ces conditions, le rôle des femmes est capital, bien qu’il ne soit que très rarement reconnu. 

Les métissages sont nombreux, c’est normal, on est au Brésil, les jeunes filles, les femmes, capables d’aimer, de haïr, de tuer, de créer, se ressemblent tout en ayant chacune leur personnalité. Certaines se distinguent, Sahy, fille d’Indienne et de Normand, Guilhermina aux cheveux de feu ou Lígia, «disparue» à 20 ans au moment de la terrible dictature. 

Les hommes aussi, maris, amants, pères toujours, font l’objet de portraits souvent soignés : ils se ressemblent tous un peu. Comme le féminisme, le machisme se transmet d’une génération à l’autre, la société est ainsi faite. 

Un lecteur européen regrettera probablement que la grande histoire du Brésil ne soit qu’évoquée un peu trop superficiellement : l’Empire, la République ne sont que des toiles de fond et ledit lecteur manque forcément de repères. Mais le long défilé de ces femmes (et de leurs conjoints), sans parvenir à constituer une fresque historique, acquiert le charme de la répétition. Ce défilé présente peu d’aspérités, les femmes ne sortent pas des normes qui leur étaient imposées par une société peu imaginative, leurs révoltes restent très limitées et, face aux mariages qui inévitablement tournent à la déception, elles réagissent toutes sans provoquer trop de vagues. Même les anarchistes ici sont des modérés ! 

À l’opposé de la plupart des auteurs latino-américains, Maria José Silveira, fille d’un député démocrate, refuse le spectaculaire, le bizarre ou la violence. Elle offre un tableau historique vaste et un peu trop lisse. 

Christian ROINAT 

De mères en filles de Maria José Silveira, traduit du portugais (Brésil) par Diniz Galhos, éd. Denoël, 480 p., 23,90 €. 

Maria José Rios Peixoto da Silveira Lindoso est écrivaine, traductrice et éditrice, née au Brésil à Jaraguá, Goiás en 1947. Fille de l’homme politique José Peixoto da Silveira (1913-1987), elle est diplômée de la Faculté de communication de l’Université de Brasilia. Elle a travaillé comme rédactrice publicitaire à São Paulo à partir de 1969. Persécutée par la dictature militaire, accusée de subversion en 1971, elle a vécu clandestinement avec son mari au Pérou jusqu’en 1973. Maria José Silveira rentre au Brésil en 1976 et fait des études de troisième cycle en sciences politiques à l’Université de São Paulo.

Les expositions «Lisières» et «Mimesis» à la Maison de l’Amérique latine de Paris

La Maison de l’Amérique latine à Paris reçoit David Solis et Marlov Barrios avec leur exposition Lisières et Mimesis, du 24 mai au 24 juillet 2019 à l’occasion de la 6e édition de la VI Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes en France.

Photo : Maison de l’Amérique latine  

Tous les deux formés d’abord dans l’architecture, David Solis et Marlov Barrios sont des artistes centre-américains qui, par la création de motifs élaborés, transmettent une ambiance mystique propre à leurs pays natals. À travers la nature et l’alliance syncrétique entre les mondes précolombien et contemporain, Solis et Marlov nous invitent à découvrir le Guatemala et le Panama par leurs diverses formes d’art.  Né à Panama en 1953, David Solis s’est installé à Montpellier pour développer sa carrière d’artiste. Même à distance, il demeure très présent dans le milieu culturel de sa ville natale. La galerie Habitante prend en charge de le représenter dès 1990 et durant les années qui suivirent. Depuis, le sujet de ses expositions se concrétise, les forêts denses, puis les troncs serrés et les rives deviennent sa matière première. C’est ce corpus d’œuvres «tropicales, urbaines et forestières» qui définit son style artistique. Un style qui pourrait se traduire comme un voyage à l’intérieur d’une nature secrète, humide et inatteignable par les hommes. Composée d’une cinquantaine d’œuvres (2008-2018), l’exposition Lisières à la Maison de l’Amérique latine est la première exposition monographique de David Solis à Paris.  

Marlov Barrios est né à Guatemala en 1980 et formé à Mexico. Il est le cofondateur du Taller Experimental de Gráfica de Guatemala (Atelier expérimental de graphique de Guatemala), association pour l’enseignement et la valorisation de la gravure. Il a aussi ouvert La Ruleta, un espace pour la promotion de l’art contemporain à Guatemala City. Jusqu’à présent, Barrios a présenté dix-sept expositions individuelles à Guatemala, à Mexico, au Costa Rica, ou encore au Salvador. Avec une formation similaire à celle de Solis, Barrios se démarque du reste de ses compatriotes artistes par sa pratique artisanale. Il utilise une convergence de la peinture à l’huile, les collages, le dessin à main levée et même la sculpture de bois. La Maison de l’Amérique latine à Paris invite Marlov Barrios à réaliser, dans le cadre de la 6e édition de la Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes, une «intervention in situ» qui recouvrira directement les murs de la Salle Asturias. Il s’agit d’une œuvre murale sans sketch préparatoire, concept qui la rend particulièrement originale et éphémère.  

La Maison de l’Amérique latine ne met pas seulement en relation deux artistes, mais deux pays, deux générations et deux manières de saisir la réalité pour la transposer au moyen artistique. Le rassemblement de Solis et Barrios permet au spectateur de choisir un univers auquel il pourra s’immerger et découvrir, par un nouvel angle, les différentes facettes de ces pays centre-américains. La réunion de Lisières et Mimesis transforme une visite au musée en une expérience visuelle qui par l’accumulation de plusieurs éléments semble enserrer le spectateur.  

Amaranta ZERMEÑO  
D’après la Maison de l’Amérique latine 

Lisières – David Solís / Mimesis – Marlov Barrios – du 24 mai au 24 juil 2019. Infos pratiques : du lundi au vendredi  de 10h à 20h, le samedi de 14h à 18h, fermé les dimanches et jours fériés. Le vendredi 31 mai de 14h à 18h. Entrée libre. 

En souvenir de Leopoldo Brizuela, un grand romancier et poète argentin

Le 14 mai 2019, Leopoldo Brizuela est mort jeune, à 55 ans, des suites d’un cancer aux intestins. Sitôt apprise, la nouvelle a causé une commotion. Il était un Grand des lettres argentines contemporaines, il était aussi quelqu’un de très aimé par tous ceux qui l’ont connu. Et je suis fière d’en avoir fait partie. 

Photo : Gustavo Garello

La photo est encore sur une étagère de ma bibliothèque. Elle a été prise lors de la présentation, que j’ai eu l’honneur de conduire dans le cadre des Belles Latinas, d’un roman magistral, Angleterre, cette fable, de l’écrivain argentin Leopoldo Brizuela. Je suis en train de parler devant le micro ; il me regarde d’un air amusé et avec un sourire bienveillant. Petit, brun, chaleureux, les yeux pétillants et néanmoins mélancoliques, humble et solidaire. Ainsi était Leopoldo. Et c’est si difficile de le dire comme cela, au passé.  

Poète, traducteur, romancier, enseignant, Leopoldo était né le 8 juin 1963 à La Plata, ville dans laquelle il a vécu la plupart de sa vie, ville qui est aussi le lieu où se déroulent certains de ses romans. Il avait gardé des souvenirs douloureux de son adolescence sous la dictature militaire des années 1970, dont quelques-uns ont probablement été exorcisés lors de son impeccable traduction à l’espagnol de Manèges, le très beau roman de Laura Alcoba. Il y a aussi fait ses études de lettres et de droit, inachevées probablement parce que la pulsion de l’écriture était plus forte. Je l’ai interviewé des années plus tard dans cette Université, il était à la fois ému et amusé de revenir comme écrivain consacré dans cet établissement qu’il avait fréquenté comme étudiant et qu’il avait quitté sans diplôme.  

Il avait suivi aussi une formation en chant et en musicologie avec la musicienne, compositrice et poétesse Leda Valladares, dont il accompagna pendant plusieurs années le travail de recherche, de compilation et d’interprétation de musiques folkloriques. Lors de sa visite à Lyon comme invité des Belles Latines, dans la soirée de clôture du Festival, il n’avait pas hésité à prendre la guitare et à partager avec nous une partie de son répertoire. 

En tant qu’écrivain il a été rapidement reconnu par le public et par le milieu. Les prix littéraires sont arrivés dès son premier roman, Tejiendo agua, publié lorsqu’il avait 17 ans, et distingué par la Fondation Fortabat en 1985. Suivront InglaterraUna fábula reconnu par le Prix Clarín en 1999, puis Lisboa, Un melodrama en 2010, Una misma noche remporte le Prix Alfaguara en 2012 et enfin Ensenada, Una memoria paraît courant 2018. Il a également publié la nouvelle El placer de la cautiva en 2000 et un volume de récits, Los que llegamos más lejos en 2011. 

Traduit en plusieurs langues, son œuvre suit la plupart du temps le fil de mémoires historiques et culturelles entremêlées, qui mettent en rapport des cultures, des pays, des identités plurielles et complexes. L’Histoire de son pays, l’Argentine, est toujours présente de manière oblique ou explicite ; les images de l’horreur imposée par la dernière dictature militaire sont évoquées parfois sans les nommer, ou par l’entremise d’autres instances similaires datant du XIXe siècle, ce qui permet à l’auteur dans Inglaterra, Una fábula, de produire des représentations synthétiques et très puissantes de la souffrance des populations. Notamment lorsqu’il suggère l’analogie entre le génocide perpétré contre les peuples originaires du sud du pays et les exécutions et disparitions des années 1970. La racine de la violence politique est mise en évidence, ainsi que ses connotations racistes et discriminatoires. Mais il se projette aussi vers d’autres horizons, en produisant des croisements éclairants entre l’Angleterre et l’Argentine, entre Lisbonne et Buenos Aires dans Lisboa, Un melodrama, entre le tango et le fado. Tout cela dans un contexte historique souvent secoué par des crises, ce qui lui permet de sonder les imaginaires et de révéler les arcanes de l’âme humaine, si semblables au-delà des différences. Les deux derniers romans sont plus étroitement liés à l’Histoire argentine et à deux périodes clés : la dictature des années 1976-1983 et la chute du deuxième gouvernement de Perón en 1955. 

Au-delà des sujets choisis, Leopoldo était un écrivain exigeant. La structure de ses romans était complexe et proliférante, les voix multiples et contrastées, la prose somptueuse, baroque, parfois incantatoire ; le ton, unique et immédiatement reconnaissable. Leopoldo se refusait au minimalisme à la page, il fouillait dans l’expérience comme un explorateur des profondeurs, et dans la langue comme un chercheur de trésors cachés. Et il trouvait toujours la pépite d’or du sentiment ou du mot juste.  

Tu vas nous manquer, Leopoldo. Ta simplicité, ta tendresse, ton engagement politique à côté des Mères de la Place de Mai ; tes blessures aussi, souvent sublimées, toujours présentent. Nous continuerons à te lire, c’est promis. 

María A. SEMILLA DURÁN

Leopoldo Brizuela est né en 1963 à La Plata (Argentine). Romancier, poète et traducteur, il a écrit son premier roman Tejiendo agua à l’âge de 17 ans. En 1999, Angleterre : une fable obtient le Prix Clarín et le prix de la Ville de Buenos Aires et est traduit en France aux éditions José Corti, qui publient également Le Plaisir de la captive. Leopoldo Brizuela, dont les livres sont traduits dans de nombreuses langues, vivait à Buenos Aires, où il a travaillé comme critique littéraire et dirige plusieurs ateliers d’écriture. Son dernier livre en français : La Nuit recommencée traduit de l’espagnol (Argentine) par Daniel Iaculli (2014).

 

«Des hommes en noir», le roman de Santiago Gamboa au tour de prêches et spectacle

La religion a depuis la «conquête» espagnole toujours été à la base des sociétés américaines. Depuis le milieu du XXe siècle, le catholicisme tout puissant  a cédé du terrain, remplacé à peu près partout par les Églises nord-américaines, celles qui mêlent prêches et spectacle, paillettes et doctrine. C’est vers cet univers que nous amène Santiago Gamboa dans son nouveau roman, mais certains religieux de son livre ne sont pas immaculés.

Photo : Universitad de Guadalajara

Tout commence par une fusillade à l’arme lourde en pleine nature, loin de Bogotá, avec l’arrivée soudaine d’un mystérieux hélicoptère. Dans le village proche, personne n’a rien vu, rien entendu. Pourtant un jeune garçon prévient la police de manière anonyme. Quand une journaliste indépendante, Julieta Lezama cherche à en savoir plus ni elle ni son ami, le procureur d’origine indienne Edilson Jutsiñamuy ne trouvent la moindre trace officielle de «l’incident». Accompagnée par Johana, son assistante, Julieta se rend sur place, dans la région du Cauca. Après des années d’horreurs, la paix est revenue. On ne parle plus des FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie) ni des paramilitaires. Les nouveaux conquérants de la zone sont les Églises évangéliques. L’argent qu’elles peuvent tirer de la nouvelle situation, de la paix à construire, les a attirées. 

Or la paix nouvelle est toute relative et il se pourrait bien que ces nouvelles Églises ne soient pas totalement extérieures à ces troubles sur lesquels enquêtent Julieta et Jutsiñamuy. Entre deux ou trois drôles de coïncidences et le charme troublant du chef d’une de ces Églises, Julieta lutte pour s’accrocher à une réalité qui lui échappe. Le recours aux mignonnettes de gin l’aide-t-il ou augmente-t-il le déséquilibre qui la menace et dont elle est consciente ? 

Une vague de disparitions dans la région concerne toutes des agents de sécurité. Il faut croire qu’il se passe des choses étranges, si même ceux-là, qui sont censés assurer la sécurité, deviennent des victimes ! La double enquête qui s’en suit, celle officielle du procureur et celle personnelle de la journaliste, s’oriente vers les ressources de cette Église pentecôtiste. Église qui, de toute évidence, n’est pas dans la misère. En Guyane, en France donc, les mines d’or plus ou moins légales sont attirantes… 

Santiago Gamboa parvient à réconcilier ces extrêmes. Il montre que ce qui semble irréconciliable (la soif de l’or et Dieu) peut ne faire qu’un. Il serait capable de rendre sympathiques un orpailleur illégal et un de ces pasteurs évangéliques qui sont en train de conquérir un continent entier. Une bonne dose de religion(s), une base de polar, une pincée de violence et la mafia à volonté, sans oublier suffisamment de sentiment, d’amitié, de confiance et d’empathie pour lier l’ensemble, cela donne ce savoureux cocktail littéraire. Santiago Gamboa est très fort pour les mélanges équilibrés. À la fin de la lecture, il reste un petit goût amer, loin d’être désagréable. 

Christian ROINAT

Des hommes en noir de Santiago Gamboa, traduit de l’espagnol (Colombie) par François Gaudry, éd. Métailié, 368 p., 21 €.  

Santiago Gamboa est une des voix les plus puissantes et originales de la littérature colombienne. Né en 1965, il étudie la littérature à l’université de Bogotá, la philologie hispanique à Madrid, et la littérature cubaine à La Sorbonne. Journaliste au service de langue espagnole de rfi, correspondant à Paris du quotidien colombien El Tiempo, il fait aussi de nombreux reportages à travers le monde pour des grands journaux latino-américains. Sur les conseils de García Márquez qui l’incite à écrire davantage, il devient diplomate au sein de la délégation colombienne à l’unesco, puis consul à New Delhi. Il vit ensuite un temps à Rome. Après presque trente ans d’exil, en 2014, il revient en Colombie, à Cali, prend part au processus de paix entre les farc et le gouvernement, et devient un redoutable chroniqueur pour El Espectador. 

La vendetta d’une jeunesse colombienne dans «Matar a Jesús» de Laura Mora

Sortie en salle le 8 mai, Matar a Jesus met en scène un thriller haletant qui nous plonge dans une Colombie de violence et de révolte vaine, paysage devenu terriblement familier à nos yeux de spectateur. On découvre cet univers à travers Paula, une jeune étudiante, est témoin de l’assassinat de son père, un professeur d’université activiste, en pleine rue de Medellín. Désespérée face à l’inaction de la police, Paula prend les choses en main lorsqu’elle croise par hasard Jesús, le jeune sicario qui a tué son père. Entre désir de vengeance et compassion, elle se rapproche de lui.

C’est un premier film largement autobiographique que signe Laura Mora. Directement inspirée de l’assassinat de son père auquel elle assiste complètement impuissante au début des années 2000, elle décide de recréer la Medellín des années 2000 dans ce drame qui se construit sur l’impatience du désir de vengeance. Avec Jesús et Paula, ce sont deux jeunesses qui se font face. L’une pauvre, issue des barrios, ces quartiers qui enserrent la ville au sommet des collines et une jeunesse de la plaine qui va à l’université, à soif de combat politique, s’épanouit, libre et créative. Isolées l’une de l’autre, séparées par la géographie qui épouse les fractures sociales, les deux pans de cette jeunesse colombienne partagent néanmoins une même soif d’amusement et c’est la nuit qui lie leurs deux réalités et qui permet à Paula de retrouver le meurtrier de son père.

Giovanny Rodriguez incarne à merveille Jesus, ce jeune homme somnolent et désabusé qui passe ses journées à zoner et à s’entraîner au tir. Éloigné de sa famille, car craignant les représailles, il vit en marge de la société à l’inverse de Paula qui habite une demeure familiale cossue. Quand Paula retrouve les sicarios on découvre une bande qui tue par dépit plus que par soif de sang, comme-ci elle ne savait rien faire d’autre. On se surprend à découvrir que ce ne sont que de jeunes garçons blasés qui tuent le temps à jouer avec des armes, à faire des soirées ou des tours en motos, à se prendre pour des adultes sans en avoir encore les intentions. Et que finalement ces deux jeunesses ne sont pas si éloignées l’une de l’autre et donc que l’acte de mort n’enlève en rien l’empathie que peu à peu l’on ressent pour la bande de désœuvrés que forment Jesus et ses amis.

Condamner à pardonner

Le film de vengeance se mue en drame social dans une séquence de bascule où Paula en appelle au soutien de Jesús pour se protéger de la violence de Medellín. L’ennemi de toujours devient alors un précieux allié. Toute la schizophrénie qui va alors la tirailler c’est celle qui semble en quelque sorte condamner aussi les Colombiens à s’affronter pour des enjeux qui les dépassent, sur lesquels ils n’ont aucune emprise. On sent très fort que le véritable ennemi du film c’est cette police corrompue tout à fait complice des sicarios, la pauvreté structurelle et l’absence de sécurité dans les rues de la ville ; tout autant de maillons d’une chaîne que forme la société de Medellín et qui comme le meurtre de son père, trouvent leur justification dans la fatalité d’une situation politique complexe inébranlable.

Comme autant de contes moraux contemporains, toute une filmographie latino-américaine fait le constat depuis plusieurs années des conséquences de la vengeance personnelle (Tuer un homme, La Familia…). En captant cet esprit du temps sourd et implacable, ces œuvres où la tragédie individuelle règne dressent par leur ressemblance une situation homogène dans toute l’Amérique latine. Matar a Jesús s’inscrit dans cette tradition de récit. Malgré le meurtre de son père, se construit peu à peu dans l’esprit de Paula la voie d’une rédemption. Et avec elle l’acceptation que rien ne peut être fait par ses propres moyens, surtout pas par la violence. Une rédemption qui la condamne à pardonner, qui condamne aussi tout Medellín à se construire sur un socle instable et brutal.

Dans la lignée d’autres réalisateurs avant elle, Laura Mora interroge les séquelles que laissent ces tragédies personnelles sur la jeunesse et qui finissent par faire société. Dans cet exercice pourtant, Matar a Jesús reste fragile parce que beaucoup trop bien rôdé, trop à l’aise dans cette grammaire habituellement déployée. Le film réinvestit le sujet sans réelle prise de risque ou fulgurance si l’on omet l’esthétique onirique qui accompagne les minutes de liberté que s’offre la bande de sicarios ; gamins blasés qui sillonnent les routes la nuit à dos de motos bruyantes en équilibre sur une roue. Passé ces quelques parenthèses d’insouciance tapageuse, tel un décor immuable, Medellín redevient la belle emprisonnée, figée dans une esthétique devenue trop familière à l’écran, qui appelle en conséquence un traitement beaucoup trop prévisible.

Kévin SAINT-JEAN

Matar a Jesús de Laura Mora, Drame, Colombie, 1 h 39 – Voir la bande d’annonce

L’exposition «La recherche du rayon vert» d’Allan Villavicencio à Paris

Le mexicain Allan Villavicencio expose sa nouvelle collection «La recherche du rayon vert» à la Maëlle Galerie à Paris, du 5 avril au 25 mai 2019. L’exposition porte sur l’œuvre de l’artiste qui est selon lui «Gênante, fragmentée et débraillée». L’artiste a été deux fois lauréat de la Bourse Jeune Créateur. Depuis peu il est membre de la Bourse nationale des artistes «FONCA» (Système national des créateurs du Mexique).  

Photo  : Rodrigo Terreros et Maëlle Galerie  

Né à Querétaro en 1987, Allan Villavicencio est diplômé en arts visuels de l’École Nationale des arts plastiques à l’UNAM (Université Nationale Autonome du Mexique). Le jeune artiste a déjà exposé en Colombie, au Pérou, en Angleterre, et en France. Pendant presque dix ans d’expérience, il a accumulé plusieurs lauréats d’art. Aujourd’hui, il fait partie d’une nouvelle génération d’artistes visuels qui commencent à se démarquer dans la scène mexicaine. Inspiré de son quartier d’enfance, Villavicencio insiste sur l’importance de ses premières expériences avec l’art urbain. Il s’attarde surtout sur le concept d’expression à travers le graffiti. «L’école où j’ai fait mes études par exemple, était rembourrée par des tags faits avec l’aérosol, tous crées avec beaucoup d’habilité. De plus, c’était intéressant d’être témoin de la dispute entre les autorités scolaires qui peignaient les murs de gris pendant le matin, et les tagueurs qui trouvaient un mur prêt pour s’exprimer pendant la nuit. C’est ce bruit visuel et la manière de marquer leur territoire qui m’interpellaienten mettant en évidence les fragments et les couleurs des différentes couches de peinture.» Affirme-t-il.  

Ce sont les éléments fragmentés et inachevés qu’Allan Villavicencio incorpore dans ses outils de travail. Sa vision artistique reste très antagonique par rapport aux modèles basiques de l’art, puisqu’il tente de se démarquer de l’apparence esthétique. Villavicencio cherche tout le contraire en essayant d’atteindre un style bâclé et brut. Ses œuvres d’art ne suivent pas un prototype spécifique, mais conservent un point commun : l’artificialité. De puissantes couleurs néon prédominent dans ses peintures, parfois celles-ci contrastent avec des couleurs plus sombres. Cela peut créer une tension dans l’esprit des spectateurs. L’artiste joue aussi avec les limites des formes et des couleurs pour créer des paysages qu’il qualifie de «virtuels», du fait de la «surabondance» qu’il exprime dans ses toiles.  

Face aux difficultés du marché artistique mexicain que Villavicencio qualifie «d’élitiste», l’artiste a trouvé la manière de s’adapter. Avec Andrew Birk et Matías Solar, il est le cofondateur du projet Fuego, un atelier dans la ville de Mexico qui est à la fois un espace de travail et un lieu d’exhibition. Son objectif est celui de créer un espace plus intime pour l’artiste invité, et d’exposer trois ou quatre fois par an. Jusqu’à présent, ils ont collaboré avec des artistes nationales et internationales, telles que Ana SegoviaKorakrit ArunanondchaiSol Calero, et Dafna Maimo

La dernière exposition de Villavicencio, La recherche du rayon vert, est une nouvelle méthodologie pour saisir l’art. L’artiste expérimente les limites conventionnelles qui définissent où commence et où termine l’œuvre d’art. Enfin, il tente de  «penser à l’extérieur du cadre et au champ visuel dans lequel s’inscrit une peinture.» C’est donc la Maëlle Galerie qui devient la scène de cette expérience artistique. En invitant le public à devenir un acteur et à s’immerger dans l’univers de son œuvre, Villavicencio partage ce qu’il a construit.   

Amaranta ZERMEÑO

Plus d’informations sur l’exposition. 

«Hard Paint», un film brésilien de Marcio Reolon et Filipe Matzembacher

Le film Hard Paint de Marcio Reolon et Filipe Matzembacher est au cinéma depuis le 15 mai. Depuis son exclusion de l’université, Pedro vit reclus chez lui à Porto Alegre. Son seul contact avec l’extérieur, il l’a à travers sa webcam lorsqu’il s’exhibe sous le nom de «Neon boy» contre de l’argent. Devant son objectif, il sait comment susciter le désir de ses admirateurs par un subtil jeu de lumières et de peintures colorées qu’il étale sur son corps nu. L’image est étrangement psychédélique, irréelle, hypnotiqueUn jour quand il s’aperçoit qu’un autre jeune homme imite ses performances, il décide de rencontrer son mystérieux rival, ce qui va bouleverser son quotidien solitaire. 

Photo  : Hard Paint  

Les réalisateurs Marcio Reolon et Filipe Matzembacher expliquent la motivation et la volonté qui leur ont permit de créer ce film : «Quand nous nous sentons abandonnés par ceux qui quittent Porto Alegre. Le contact virtuel que l’on peut garder avec certaines personnes nous semble insuffisant. C’est notamment cette idée d’une identité fictive qui nous a motivé pour certains aspects du personnage principal, Pedro, en particulier la question de la dualité entre le monde matériel et le monde virtuel représenté par ‘‘Neon Boy’’. Enfin, notre processus d’écriture a été affecté par un turbulent mouvement politique et social, caractérisé par l’affaiblissement de la démocratie brésilienne et la montée en puissance du conservatisme, en plus des vagues de préjugés au Brésil et dans le monde. Cela nous a remplis de colère et de désespoir qui ont imprégné le film. Ces sentiments nous ont guidé pendant l’écriture du script…Pedro a un côté fragile et délicat, mais aussi une pulsion agressive en lui. Le titre Hard Paint fait référence à cela. La peinture, elle, accentue le côté ‘‘performance’’ loin des standards établis, de quelqu’un qui se démarque de l’ordinaire, mais est constamment menacé par un monde hostile et violent.» 

Pedro est hors du temps et essaie de se construire un monde. On s’en rend compte lorsqu’il va chez son ami où il rencontre une communauté chaleureuse et accueillante, qui lui fait totalement défaut. Le film montre beaucoup avec justesse et émotion la vie surprenante de cette homme. Jamais voyeurs, les réalisateurs réussissent leur tour de force pour raconter une histoire en transmettant avec beaucoup de sensibilité et une réelle précarité et violence. 

 Alain LIATARD 

Hard Paint de Marcio Reolon et Filipe MatzembacherDrame, Brésil, 1 h 58 – Voir la bande d’annonce

Bilan du festival littéraire Bellas Francesas au Pérou et au Chili

Du 22 au 30 avril 2019 s’est déroulée au Pérou et au Chili la 7e édition du festival littéraire Bellas Francesas. Différentes institutions académiques et culturelles ont accueilli les écrivaines invitées pour une série de rencontres, échanges et animations.  

Photo : Victoria Larraín

La 7ème édition du festival littéraire Bellas Francesas a pris place au Pérou et au Chili. Cette année, le festival a accueilli l’écrivaine et interprète judiciaire franco-hongroise, Nina Yargekov, écrivaine du roman Double Nationalité pour lequel elle remporte le prix de Flore en 2016, ainsi que pour la première fois, une artiste graphique, l’illustratrice Catherine Meurisse.  Les rencontres au Pérou se sont déroulées à Lima mais aussi à Trujillo. Les premiers jours de leur séjour à Lima, les invitées ont pu participer à des rencontres au sein des structures françaises présentes dans la capital : le lycée français de Lima mais aussi l’Alliance Française.

Au Lycée Français de Lima elles ont échangé auprès les élèves de la classe de première sur le thème de la création du personnage, à la fois en bande-dessinée et en littérature. Le soir, elles ont participé à une rencontre littéraire organisée à l’Alliance Française pour une séance de dédicace. Nina Yargekov a également rencontré une classe d’étudiants de l’Alliance Française de La Molina de manière plus informelle pour un échange privilégié.  

Le 23 avril en partenariat avec le ministère de la culture, la maison de la littérature péruvienne, l’Alliance Française et l’ambassade Française, s’est annoncé la première édition du Concours National du Roman Graphique. En tant qu’illustratrice Catherine Meurisse s’est trouvée au sein de l’animation de la soirée. Le concours promeut la formation et la reconnaissance des artistes du genre du roman graphique au Pérou. Elle cherche à développer une nouvelle tradition littéraire et artistique à la portée d’un public divers ainsi qu’à mettre en valeur d’importantes œuvres péruviennes en les adaptant en bande dessinée.  

Plus tard dans la semaine Nina Yargekov et Catherine Meurisse sont sorties de Lima pour aller à Trujillo et Cuzco respectivement et pouvoir visiter les autres Alliances Françaises du pays.  A Trujillo, Nina Yargekov a rencontré des étudiants en traduction de l’Université César Vallejo, et plus tard a fait une intervention à l’Alliance Française de Trujillo sur le thème du bilinguisme et de la créativité littéraire.  

A Cuzco, Catherine Meurisse a participé à une table ronde avec des illustrateurs Cuzquéniens traitant à la fois de la bande-dessinée et du dessin de presse. C’est à cette occasion où l’illustratrice et les participants ont pu discuter et comparer les différentes visions artistiques du Pérou et de la France.  Plus de 300 personnes ont assisté les rencontres organisées lors de l’édition 2019 de Bellas Francesas au Pérou.  

Pour la deuxième partie du festival les auteurs se sont réunies à nouveau pour aller au Chili où elles ont pu visiter Santiago et Valparaiso. Les intervenantes ont été accueillies dans plusieurs université du pays notamment à l’Université Alberto Hurtado, l’Université Catholique du Chili et l’Université de Valparaiso. Les étudiants en art et littérature ont profité de cet échange avec Catherine Meurisse et Nina Yargekov respectivement.  

Le procès artistique a été au cœur de la discussion entre Catherine Meurisse et les étudiants d’illustration de l’Université Catholique du Chili. En discutant sa trajectoire en tant qu’artiste les étudiants ont pu échanger sur ce qu’inspire l’artiste et comment aborder un nouveau projet.  

De l’autre côté l’intervention de Nina Yargekov s’est faite dans le cadre du cours de littérature «Les genres du Moi». Les étudiants en question, avaient analysé en cours les trois premiers chapitres du dernier roman de Yargekov, Double Nationalité. Cela a permis aux étudiants de discuter avec aisance sur l’écriture et comment se crée un personnage de fiction inspiré de la vie de l’auteur en question.  

 Elles ont également été invitées à participer avec les professeurs Paloma Domínguez et Waldo Koza de l’université Catholique du Chili de Viña del Mar à un panel autour du thème «Les formes de l’autofiction». A travers leur parcours professionnel les invités ont pu conseiller et faire découvrir aux étudiants les réalités du métier.  

De plus, l’Institut français au Chili a mis en place une programmation culturelle pour avoir l’opportunité d’échanger avec Catherine Meurisse et Nina Yargekov hors cadre universitaire. La librairie française Le Comptoir et la Bibliothèque du Centre culturel Gabriela Mistral ont été le plateau pour les rencontres avec les autrices. Présentations, conversations, ateliers, dédicaces, ont permis au public de partager et découvrir à fond leurs ouvrages, leur processus créatif et leur travail en tant que productrices d’œuvres littéraires.  

Monica GIORDANELLI

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