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Culture

Il fait Partiellement nuageux sur le territoire chilien dans le nouveau roman d’Antoine Choplin

Après Radeau, Héron de Guernica, Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar ou La Nuit tombée, pour lequel il a reçu le prix France Télévisions en 2012, Antoine Choplin revient avec Partiellement nuageux, un court roman plein de poésie qui pose la question de la mémoire et de la reconstruction face à l’orage de la dictature chilienne –l’un de ces passés «qui ne passe pas»– à laquelle les non-dits d’une écriture intime n’apportent pas de réponse, seulement des accalmies entre deux tempêtes pour essayer d’avancer.

Photo : La fosse aux ours/Antoine Choplin

Chili. Santiago. Musée de la mémoire. Salle du 11 septembre 1973. Murmures de chars et bruits d’avions. Le palais de la Moneda est en flammes. Les bougies s’agitent devant le Mur des disparus. Salle de la documentation, Ernesto Guttierez rencontre Ema. Une femme aux longs cils noirs, une fossette en haut de la joue.Ernesto est astronome en territoire mapuche. Il est à Santiago pour une demande de subvention afin d’obtenir une lame de Schmidt et ainsi redonner vie à Walter, son télescope. Le portrait de Pauline le fixe des yeux. Mais Ema, que fait-elle ici, un gros classeur d’archives dans les bras ? Rencontre de deux âmes solitaires fragilisées par la dictature. Mais chacun a ses blessures et ses fantômes. De retour à Quidico, le visage d’Ema face à l’océan, Ernesto se remet à écrire des poèmes et à griffonner sur son cahier d’oiseaux.

À l’image des interactions entre les deux personnages, des regards échangés sans trop parler, «quelques mots sans suite le plus souvent bredouillés avec l’élan d’un élément de paysage», l’écriture de Partiellement nuageux est comme ces nuages épars qui se dessinent dans un ciel plus ou moins bleu. Des petites touches de poésie, des renseignements qui apparaissent en transparence entre deux averses, et un ciel encore lourd qui laisse ainsi planer le mystère sur le passé de chacun, mais sur l’avenir aussi. Des non-dits dangereux pour les personnages, pleins de saveur pour le lecteur.

Dans ce roman, tantôt les nuages sont cette masse qui assombrit pour signaler une menace, des soucis venant troubler le bonheur ou du moins esquisser une légère inquiétude ; tantôt ce sont ces étoffes couleur gris clair dont la transparence est seulement obscurcie par quelques impuretés avant de laisser place à de superbes percées de bleu. Telle est la narration imprécise, mais juste, de ce roman. Un récit fragmenté, aussi, à l’image de l’histoire tumultueuse du Chili. Des nuages sur la vérité, des nuages dans l’écriture car l’orage déclenché ce 11 septembre-là est encore si proche que, si bas, ils semblent vouloir écraser les générations suivantes.

À travers la rencontre de ces deux personnages profondément marqués par la grande histoire qui se mêle à la leur, l’auteur met en scène les conséquences de ce trouble passé, de ces non-dits, en faisant l’économie des mots, et rappelle que le travail de mémoire, au Chili comme dans les autres pays du Cône Sud, est long et difficile.

Partiellement nuageux, c’est également une écriture parlée, murmurée, chuchotée, pensée, qui suggère à la fois le trouble, la pudeur, les réflexions de deux personnages encore submergés par des interrogations restées sans réponse. Et la réponse n’est pas dans les étoiles. Ema et Ernesto doivent tracer ensemble le chemin possible vers la paix, leur paix. Un chemin délicat que l’écriture d’Antoine Choplin mime et ne dévoile qu’à moitié. Comme si les mots étaient comptés.

Marlène LANDON

Partiellement nuageux d’Antoine Choplin, La fosse aux ours, 134 p., 16 €.

Antoine Choplin, né en 1962, est depuis 1996 l’organisateur du festival de l’Arpenteur, en Isère, événement consacré au spectacle vivant et à la littérature. Il vit près de Grenoble, où il concilie son travail d’auteur, ses activités culturelles et sa passion pour la marche en montagne. Il est également l’auteur de plusieurs livres parus aux éditions de La fosse aux ours, notamment Radeau (2003, Prix des librairies Initiales), Léger fracas du monde (2005) et L’Impasse (2006).

Après les Belles Latinas d’octobre prochain, il figurera parmi les invités des Bellas Francesas de 2020.

Sergio & Sergei, un film cubain d’Ernesto Daranas au lendemain de la Guerre froide

1991 : la Guerre froide est terminée, l’URSS s’écroule. Sergei, un cosmonaute russe reste coincé dans l’espace, oublié par les Soviétiques qui ont bien d’autres soucis sur Terre… À Cuba, à l’aide d’un radioamateur, Sergio entre en contact par hasard avec Sergei et va tout mettre en œuvre pour le ramener sur terre. Mais Sergio est sur écoute et espionné…

Photo : Sergio & Sergei

Pour son troisième film après le succès de Chala, une enfance cubaine en 2015, film qui s’intéressait au problème de l’éducation abordé à travers le regard d’un enfant, Ernesto Daranas met en scène cette fois trois conceptions du monde en cette période «spéciale» qui voit s’écrouler l’URSS et réactiver le blocus états-unien. Voici la note d’intention du réalisateur Ernesto Daranas: «Bien que l’histoire se déroule pendant des circonstances dramatiques, Sergio & Sergei est une satire racontée avec nostalgie, probablement parce que ce furent pour moi des années heureuses. Mes enfants sont nés au ‘bon’ moment. L’argent que je gagnais en écrivant des centaines de pièces de théâtre par mois pour des shows radiophoniques n’était pas suffisant pour faire vivre ma famille grandissante. Il m’a fallu plusieurs échecs pour accepter de compléter les revenus de mes écrits par une distillerie clandestine installée sous mon propre toit. Sergio est donc un homme que je connais très bien ; quelqu’un qui va devoir affronter, d’un seul coup, le fait que son diplôme en philosophie marxiste (obtenu à Moscou) ne l’aidera pas à faire vivre son enfant. Sergio devra faire presque tout ce que j’ai été forcé de faire pendant ces années de privations. J’ai voulu raconter cette histoire telle que je l’ai vécue (ou telle que je m’en souviens ?), en montrant la manière précaire, folle et anonyme qui nous a permis de survivre aux moments les plus difficiles de notre histoire récente…»

«Sergio & Sergei est une comédie absurde, un hasard improbable qui a lié les vies de deux hommes naufragés à la fin de la Guerre froide. Alors que le cinéma est si technologique avec une pléthore d’effets spéciaux hyperréalistes, j’ai souhaité une approche différente. Le cosmos qui m’intéresse est plus humain que numérique. Il n’y avait rien de glamour sur Mir ; il n’y avait rien de glamour non plus dans nos vies, marquées par l’intolérance, le dogmatisme et la pauvreté. Alors comment est-ce possible que je trouve toujours autant de beauté dans le monde autour de moi ? Pourquoi n’ai-je pas perdu l’espoir que nous réussirons à redécouvrir ce que nous sommes vraiment en tant que nation et peuple ? Ce sont les questions auxquelles je voulais répondre dans ce film.»

Tomás Cao (Sergio) débute au cinéma en 2005 dans Habana Blues de Benito Zambrano, film dans lequel il interprète des numéros de comédie musicale. Il travaille depuis sur de nombreux films. Héctor Noas (Sergei) est l’un des acteurs de cinéma et de télévision les plus importants de Cuba. Il a travaillé dans plus d’une centaine d’œuvres, aussi bien à Cuba qu’à l’étranger, et il s’est essayé à presque tous les genres, depuis le théâtre au cinéma en passant par la télévision. Pour la France, il a notamment tourné dans la série TV de Jean Sagols, Terre Indigo. Aucun des deux ne parlait russe ! Ils s’étaient déjà retrouvés ensemble dans Chala.

Quant à l’Américain Ron Perlman, qui est aussi le coproducteur du film, on le connaît par ses rôles dans les films de Benicio del Toro en particulier dans la série Hellboy, mais il avait commencé sa carrière dans les films de Jean-Jacques Annaud. La mère de Sergio, interprétée par Ana Gloria Buduén, a aussi un rôle important car c’est elle qui s’occupe de trouver de la nourriture.

Bien entendu, les effets spéciaux du film sont simples, mais bien faits. Enfin, le film a obtenu le prix du public l’an passé au festival Cinélatino de Toulouse. Sur les écrans le 27 mars.

Alain LIATARD

Serge et Sergei de Ernesto Daranas, Cuba, Comédie, 1 h 33 – Allocine

Lumière sur la dictature uruguayenne dans Compañeros, un film d’Álvaro Brechner

1973, l’Uruguay bascule en pleine dictature. Trois opposants politiques sont secrètement emprisonnés par le nouveau pouvoir militaire. Jetés dans de petites cellules, on leur interdit de parler, de voir, de manger ou de dormir. Inspiré de la vie de José Mujica, Mauricio Rosencof et Eleuterio Fernández Huidobro, Compañeros (La noche de 12 años)est une histoire de survie et de résistance, mais plus encore l’histoire de la lutte existentielle de trois hommes qui, aux heures les plus sombres de leur vie, ont su puiser dans leur esprit la force de garder intactes leur humanité et leur espérance.

Photo : Compañeros

La dictature militaire de l’Uruguay commence avec le coup d’État du 27 juin 1973 et s’étend pendant 12 ans. En 1980, les militaires entament une relative ouverture politique, qui conduit finalement aux premières élections démocratiques en 1984. Avec un prisonnier politique pour 450 habitants, soit environ 6 000 détenus dans un pays de moins de 3 millions d’habitants, l’Uruguay a connu sous ce régime, qui a participé à la «guerre sale» du plan Condor, généralisée sur le continent, une des pires répressions politiques au monde. 116 morts (assassinés, morts en détention et «suicides») et 172 disparitions forcées ont été recensées jusqu’à présent. La torture y était généralisée –y compris sur les enfants.

José Mujica, joué par l’acteur espagnol Antonio de la Torre, est né en 1935. Il fut guérillero des Tupamaros dans les années 1960-1970, ce qui lui vaut d’être fait prisonnier-otage de la dictature militaire. Il est alors détenu dans des conditions sordides (deux ans au fond d’un puits) de 1973 à 1985. Avec d’autres dirigeants des Tupamaros, il était continuellement torturé et menacé d’exécution par les militaires. Les otages étaient transférés de casernes en casernes, Mujica restant aux côtés de Fernández Huidobro et Mauricio Rosencof, avec qui il communiquait en tapant sur les parois. À sa libération, il s’engage en politique, est élu sénateur puis nommé ministre de l’Agriculture du gouvernement Vázquez, en 2005. Il devient ensuite président de la République uruguayenne de 2010 à 2015.

Mauricio Rosencof, joué par l’Argentin Chino Darín, est né en 1933, il est un journaliste, dramaturge, poète et écrivain uruguayen, qui a fait partie de la direction des Tupamaros. Il est élu en 1970 au comité exécutif, et devient dirigeant de la colonne 70. Elle s’occupait essentiellement d’actions politiques et non militaires (occupation des cinémas, distribution de propagande, occupation d’entreprises, distribution de vivres, etc.). Rosencof a finalement été arrêté en mai 1972 et gravement torturé. Après le coup d’État de juin 1973, il devient l’un des otages de la dictature militaire, avec huit autres dirigeants des Tupamaros et plusieurs Tupamaras. Il est détenu dans des conditions similaires à José Mujica, continuellement torturé et menacé d’exécution, déplacé de casernes en casernes. Il est libéré pendant la transition démocratique, en mars 1985. Rosencof vit aujourd’hui à Montevideo, où il est élu en 2005 directeur de la culture de la ville.

Eleuterio Fernández Huidobro, joué par Alfonso Tort Eleuterio, né en 1942, est un ex-dirigeant des Tupamaros, et sénateur uruguayen jusqu’à sa mort en 2016. Il est l’un des fondateurs et militant historique des Tupamaros. Il est arrêté une première fois en 1969, mais s’échappe en 1971 en même temps que 110 autres prisonniers, la plupart Tupamaros. Il est à nouveau arrêté en 1972 et ne devra sa vie sauve qu’à l’arrivée d’un juge sur les lieux de son arrestation. Il est détenu durant toute la dictature militaire aux côtés de José Mujica et Mauricio Rosencof, dans des conditions similaires, chacun isolé dans sa propre geôle. Après sa sortie, il a été élu sénateur, puis nommé ministre de la Défense de l’Uruguay en 2011. Il est décédé en août 2016.

Voici comment Álvaro Brechner a conçu son film adapté du roman Memorias del calabozo de Mauricio Rosencof et Eleuterio Fernández Huidobro : «Que reste-t-il d’un homme lorsqu’on lui enlève tout ? Coupé du monde, du temps, de tout élan, du moindre élément matériel auquel s’accrocher, il est progressivement trahi par ses propres sens. Pourtant, au fond de lui, il demeure une chose que l’on ne peut lui enlever : son imagination.»

«Compañeros est avant tout un voyage vers les ténèbres. Se basant sur des faits réels, ce film raconte l’histoire de trois personnages que l’on a dépossédés, douze ans durant, de tout ce qui les définissait en tant qu’individus. On les a soumis à une dégradation mentale et physique visant à les rendre fous et au-delà, à anéantir la résistance de leur être le plus intime. Ces hommes ont dû se réinventer à partir des vestiges de leur condition humaine, pour surmonter une des épreuves les plus effroyables que l’on puisse imaginer. L’écriture et la réalisation de ce film m’ont demandé quatre années de recherche et de documentation. Un des enjeux majeurs pour moi était qu’il ne s’agisse pas d’un film de prison, mais d’un voyage existentiel. Le projet des militaires était clair : « Puisque nous n’avons pas pu les tuer, nous allons les rendre fous. » Au-delà d’une méticuleuse reconstitution historique des faits, j’ai cherché à faire ressentir sur le plan esthétique et sensoriel l’expérience de la survie à la lutte intérieure que subissaient mes personnages.»

Né en 1976 à Montevideo, Álvaro Brechner vit à Madrid depuis 2000. C’est son troisième film après Sale temps pour les pécheurs (2009) et Mr Kaplan (2014). Le film est très émouvant en montrant comment la force de vivre a pu sauver ces trois hommes que guettait sans arrêt la folie. Pour cela, il a choisi une réalisation sobre et sans effet. L’interprétation est magistrale. Sortie le 27 mars.

Alain LIATARD
D’après les éléments historiques du dossier de presse

Compañeros de Alvaro Brechner, Drame, Uruguay, 2 h 02, Allocine

«La mine hier et aujourd’hui en Amérique latine», le nouveau numéro de la revue Caravelle

Pluridisciplinaire, la revue Caravelle, fondée en 1963 par Frédéric Mauro, Paul Mérimée et Jean Roche, a pour objets principaux les études littéraires, l’histoire sociale et culturelle et les autres champs des sociétés et de la culture hispano-américaines. Trilingue (français, espagnol, portugais), elle publie des numéros thématiques, soit sur l’ensemble latino-américain, soit sur un pays ou un groupe de pays du sous-continent. À raison de deux numéros par an, elle publie en avril son 111e numéro consacré aux activités minières en Amérique latine.

Photo : Pérou/Jean-Claude Gerez

Au tournant du troisième millénaire, la reprise des activités minières dans de nombreux pays latino-américains fait écho à l’importance que ce secteur a pu avoir durant la période coloniale, aussi bien sur un plan social et économique que géopolitique.

La question des retombées en termes de développement des espaces concernés, d’impacts environnementaux et d’amélioration (ou pas) des conditions de vie des populations locales, s’articule avec celle du rôle joué par les autorités (quel que soit le niveau territorial de gestion politique) et par les entreprises étrangères qui pilotent les sites miniers et, ce faisant, bien souvent, la vie socio-économique locale.

Ce triptyque d’acteurs –État, entreprises, populations locales– constitue la pierre angulaire de l’organisation matérielle et politique de l’activité minière. Cette dernière interroge la relation aux ressources locales et à leur exploitation, qui dépendent de schémas socio-culturels très divers et dont les enjeux sont profitables ou subis selon le groupe d’acteurs.

Les jeux de pouvoir et les liens qui unissent ces acteurs se situent entre résistance et légitimation, appui et rejet ; ils sont portés à la fois par les discours et les actions qui configurent les modalités de l’activité minière et ses retombées socio-spatiales.

Martine Guibert, qui a coordonné ce nouveau numéro de la revue Caravelle, est maître de conférences au département de géographie – aménagement – environnement de l’université Toulouse Jean Jaurès. Elle est aussi membre du laboratoire de recherche Dynamiques rurales, UMR 104 UTM / INP-ENSAT / ENFA.

D’après Caravelle

Revue Caravelle, N°111, 2018 – Presses universitaires du Midi PUM

Mon meilleur ami, un film sur l’adolescence en Argentine de Martin Deus

Lorenzo est un adolescent agréable et studieux qui vit dans une petite ville de Patagonie. Un jour, son père décide d’accueillir sous leur toit Caíto, un jeune garçon frondeur et mystérieux, fils d’un ancien ami. D’abord méfiant, Lorenzo, qui a à peu près le même âge que Caíto, va peu à peu se rapprocher de lui sans soupçonner les conséquences de cette nouvelle amitié… Mais Caíto a un secret.

Photo : Mon meilleur ami

Le cinéma latino-américain s’intéresse beaucoup aux histoires d’adolescence et plus particulièrement aux relations père-fils. C’est souvent pour échapper à de gros problèmes. Ici, ce n’est pas tout à fait le cas car Caíto vient en Patagonie dans la famille de Lorenzo, envoyé par son père. Est-ce que cette nature, très belle mais venteuse, va calmer les sentiments?

«Mon meilleur ami, explique le réalisateur Martin Deus, est une histoire empreinte de nombreux souvenirs personnels de ma propre adolescence et aussi inspirée de mes rêves les plus intimes. Je n’ai jamais vécu en Patagonie mais j’ai commencé à écrire le scénario avec un souvenir vague de vacances passées là-bas il y a plusieurs années. Je souhaitais un lieu sorti de mon imaginaire, plus inventé que réel. C’est une histoire qui se déroule davantage dans le monde intérieur du personnage principal que dans un lieu géographique précis. Je souhaitais que l’environnement soit une métaphore subtile, quelque chose de beau, naturel et pur, mais aussi douloureusement solitaire.»

«Longtemps, l’adolescence m’a obsédé. Je lui ai dédié quelques courts métrages, un film et une infinité de choses écrites que j’ai gardées dans mon ordinateur. Maintenant j’ai 38 ans et je crois que j’ai dépassé ces questionnements liés à l’adolescence. Mais je reste fasciné par cet âge où tout est nouveau, tout est à découvrir, où beaucoup de choses ne sont pas encore définies, notamment en ce qui concerne les émotions… Lorenzo est aussi à l’âge où il commence à se découvrir et il vit ses sentiments dans la confusion et le débordement, mais c’est davantage une histoire d’oppositions que d’affinités avec l’autre personnage. C’est une relation beaucoup plus intime, plus singulière et, assurément, moins sexuelle. Caíto et Lorenzo sont si différents que, si des circonstances exceptionnelles ne les avaient pas contraints à vivre ensemble, ils ne seraient jamais devenus amis.»

Le réalisateur Martin Deus est né à La Plata, en Argentine, en 1979. Il a étudié le cinéma à l’École internationale de cinéma de San Antonio de Los Baños, à Cuba. Ses courts métrages ont été sélectionnés dans plus de cinquante festivals internationaux. Mon meilleur ami est son premier long métrage sélectionné à Cannes Junior. Sortie le 27 mars.

Alain LIATARD

Mon meilleur ami de Martin Deus, Drame, Argentine, 1 h 30 – Allociné

Imaginer le père dans Mon citronnier, le premier roman de Samantha Barendson

À quarante ans, après avoir connu l’expérience de la maternité et avoir surmonté un cancer, la narratrice de Mon citronnier, le roman autofictionnel de Samantha Barendson, prend conscience de la profondeur du vide que la disparition précoce de son père a laissé dans sa vie. Elle avait deux ans lorsqu’il est mort et n’en garde aucun souvenir. Quelques photos jaunies et une réticence à en parler de la part de la famille la poussent à chercher des réponses, à poser de nouvelles questions, à recueillir des témoignages. L’enquête devient quête existentielle, les non-dits y opposent une opacité persistante, mais l’obstination de la fille finira par percer le secret. Elle est un de nos écrivains invités aux prochaines Belles Latinas d’octobre 2019.

Photo : J. C. Lattès/Tanguy Guézo

Une petite fille d’abord, une adolescente rebelle ensuite, une femme aussi forte que fragile enfin. Une famille d’origine italienne, une histoire nomade, transitant par l’Espagne, l’Argentine, le Mexique, la France. Des langues qui se croisent, des lieux qui se succèdent. Et une quête qui traverse la vie. «Il paraît que, lorsqu’il est mort, il est allé au cimetière puis dans un jardin. Il paraît que, lorsqu’il est mort, il est devenu un citronnier.»

Texte choral, polyphonique, où la voix de la fille en convoque d’autres, multiples, qui se relèvent pour construire –pour reconstruire– la figure du disparu, le roman est avant tout une sorte d’impossible conversation intime entre une fille et son père, un dialogue fantasmatique où elle l’imagine une et mille fois, se demande quelles étaient ses habitudes, ses goûts, ses gestes. Quels auraient été ses mots s’il avait pu les lui dire, ses rêves et ses espoirs. Les grands-mères, les oncles, les tantes, sa femme, les amis : chacun apporte sa touche au portrait d’un homme beau, séduisant, joueur, volage, rieur et, néanmoins, angoissé par le futur de sa famille et qui ne finit pas de trouver sa voie.

La mort, accidentelle, le surprend pendant son sommeil et loin de tous ; et les étranges circonstances qui l’entourent cachent une vérité que la fille ne découvrira qu’à la fin de sa recherche. Entre-temps, le travail de mémoire oblige à repenser les liens qui unissent les membres de la famille, à dire ce qu’ils ne pouvaient ou ne savaient pas dire, à s’aimer autrement. Le père absent est aussi, en quelque sorte, le catalyseur qui les révèle les uns aux autres.

Samantha personnage, à l’égal de Samantha autrice et de Samantha personne historique qui n’obtiendra jamais de réponse à toutes ses questions, mais à la fin du parcours, elle aura récupéré des objets, des enregistrements, des documents, des récits, des vérités qui donnent au père absent une matérialité, une réalité nouvelles ; elle aura perforé les silences et les oublis, délibérés ou pas, et trouvé une paix jusqu’alors esquive.

La littérature argentine contemporaine est riche en récits d’enfants à la recherche de leurs parents. Et pour cause, dans un pays où la dictature des années 1970 a fait disparaître 30 000 personnes, la plupart jeunes, dont beaucoup avaient des enfants. Ces orphelins racontent aujourd’hui le drame de la disparition, et les formes que cette littérature adopte ne sont pas si différentes de celles choisies par Samantha Barendson. Son père n’est pas un desaparecido pour des raisons politiques, quoiqu’il aurait pu l’être. Mais l’expérience de ce vide fondateur n’est pas, en soi, si différente ; le texte s’intègre sans heurts dans ce corpus qui constitue déjà un sous-genre et au sein duquel on trouve aussi bien des histoires réelles que des histoires fictives.

La structure est, comme dans les autres cas, celle de l’enquête ; mais Samantha Barendson en fait quelque chose d’autre, plus intime et plus poétique. C’est le ton du discours qui se révèle d’une force et d’une efficacité remarquables : lucide, nostalgique, moqueur et lyrique à la fois. Elle trouve les mots pour le dire, elle trouve les mots pour se dire. Et cela, avec une sorte de sagesse et de liberté que seul l’amour peut produire ; car «il est trop tard pour combler mes vides mais il est encore temps pour stopper la déchirure et suturer enfin notre histoire familiale».

María A. SEMILLA DURÁN

Mon citronnier de Samantha Barendson, J. C. Lattès, Paris, 2017, 200 p., 17 €.

Née en 1976 en Espagne, de père italien et de mère argentine, Samantha Barendson vit aujourd’hui à Lyon. Elle travaille dans le monde scientifique, a publié des recueils de poèmes. Elle aime déclamer sur scène, un peu frustrée de n’être pas une chanteuse de tango.

Un univers à la Mad Max dans Cómprame un revolver, un film de Julio Hernández Cordón

Le Mexicano-Guatémaltèque Julio Hernández Cordón, le réalisateur du réussi Las Marimbas del infierno (film de 2010 qui n’a pu sortir qu’en janvier 2018), a présenté à Cannes l’an passé Cómprame un revólver. Quelque part au Mexique, dans un décor de western et dans un monde submergé par la violence, où les femmes se prostituent et sont tuées, une fille porte un masque de Huck et une chaîne autour de sa cheville pour cacher sa féminité, car on raconte que les filles disparaissent ou sont tuées. Elle aide son père, un junkie tourmenté, à prendre soin d’un terrain de baseball abandonné où jouent des dealers. Puis ils assistent à une grande fête en l’honneur du baron local de la drogue.

Photo : Cómprame un revólver

En recréant un univers sombre et pesant avec très peu de moyens, Julio Hernández Cordón parvient à exprimer avec efficacité l’horrible oppression des narcotrafiquants sur la population mexicaine. Le monde créé par le cinéaste est fort, sombre, oppressant et heureusement parsemé de quelques belles images oniriques, qui viennent illuminer le récit et permettent aux spectateurs de respirer.

Le film évite ainsi tout manichéisme. Le père a beau être courageux et faire tout son possible pour cacher sa fille, il ne reste pas moins complice du système des narcos en étant lui-même toxicomane. Seul le personnage de Huck, référence au chef-d’œuvre de la littérature américaine Huckleberry Finn de Mark Twain apporte un peu d’espoir dans cet univers.

«À l’origine, explique Julio Hernández Cordón, je pensais à une adaptation d’Huckleberry Finn, située dans un futur apocalyptique aux décors minimalistes. Et puis quelqu’un m’a suggéré que le personnage central soit une petite fille. J’ai pensé à mes filles, et j’ai voulu leur écrire une histoire, la lettre d’un père qui se sait imparfait mais empli d’un amour profond pour elles. Et le seul héritage qu’il peut leur offrir, est celui de la survie. Cómprame un revólver est une histoire d’amour, de paternité dans un espace sans règle. Le royaume de la loi du plus fort, où rien n’a d’importance si ce n’est tromper la mort.»

«Cette histoire parle de ce Mexique conflictuel et sauvage, où les institutions sont invisibles et où la vie des gens dépend de l’humeur des criminels. La forme du film repose sur l’improvisation, du tournage jusqu’aux dialogues. Il n’y a pas eu de répétition et la plupart des acteurs ne sont pas des professionnels…»

Pour trouver le terrain de base-ball, il ajoute : «Près de la mer, j’ai trouvé un terrain immense où on élevait des crevettes. En voyant les canaux, j’ai tout de suite pensé à Mark Twain et à La Nuit du chasseur. Un lieu extrêmement poétique et cinématographique. En m’y promenant, je me suis senti plongé dans mon histoire. Je me suis souvenu de quand j’étais enfant et que je regardais un endroit que j’aimais, j’avais envie d’y jouer ; d’y inventer un jeu et de profiter de l’endroit.»

Ce curieux film est très impressionnant, surtout lorsque l’on voit deux groupes de trafiquants de drogue s’affronter, mieux armés que l’État mexicain. Sortie le 27 mars.

Alain LIATARD

Cinéma du Réel 2019 : 41e édition du Festival international de films documentaires

Créé en 1978 par la Bibliothèque Publique d’Information (BPI) au Centre Pompidou, le festival Cinéma du Réel est organisé depuis 1984 en collaboration avec l’association les Amis du Cinéma du Réel. L’objectif principal est de faire la promotion et la diffusion des films documentaires. C’est un des plus importants festivals du film documentaire, de renommée nationale et internationale, qui permet la rencontre entre les professionnels du documentaire et le public. Du 15 au 24 mars 2019 se tiendra la 41e édition de ce Festival international de films documentaires à Paris avec une sélection de films sur l’Amérique latine.

Photo : Cinéma du Réel

Dans différents lieux, au Centre Pompidou, au Luminor Hôtel de Ville et au Forum des Images, seront projetés plus de 150 films, regroupant plus de 120 réalisatrices et réalisateurs et 30 nationalités différentes seront représentées.

Les films sont répartis en plusieurs sections : «Compétition internationale», «Section française», «Kevin Jerome Everson», «Fabriquer le cinéma», «Front(s) Populaire(s)» et «Focus Yolande Zauberman». Plusieurs jurys décerneront différents prix, dont ceux de la «Compétition internationale», du «Longs métrages», du «Courts métrages», et du prix «Jeunes Publics».

Le type de films que l’on a l’occasion de voir dans ce festival est essentiellement le documentaire, l’essai ou encore l’expérimentation. Ainsi, la diversité des genres et des formes d’approches cinématographiques mondiales sont mises en valeur. Le festival met l’accent sur le patrimoine et la mémoire du genre, en organisant notamment des rétrospectives, et les fait dialoguer avec la création contemporaine.

Chaque année, il fait découvrir de jeunes talents, et de nombreux réalisateurs sont révélés sur la scène internationale et sont aujourd’hui connus du grand public. Après la projection des films, un débat est proposé entre le spectateur et les réalisateurs.

L’Amérique latine au Cinéma du Réel

Pour cette 41e édition, le Cinéma du Réel accueillera une dizaine de films sur l’Amérique latine. Les pays à l’honneur cette année seront le Brésil, le Chili, l’Argentine et le Mexique, avec les films suivants :

  • A Rosa azul de novalis réalisé par Gustavo Vinagre et Rodrigo Carneiro (2019 / Brésil / 70 min)
  • Diz a ela que me viu chorar de Maíra Bühler (2019 / Brésil / 85 min)
  • Vivir alli no es el infierno, es el fuego del desierto. La plenitud de la vida, que quedo ahi como un arbal, réalisé par Javiera Véliz Fajardo (2018 / Chili, Brésil / 58 min)
  • Altiplano de Malena Szlam (2018 / Chili, Argentine, Canada / 15 min)
  • Los sueños del castillo, réalisé par René Ballesteros (Chili, France / 71 min)
  • Blue Boy de Manuel Abramovich (2019 / Allemagne, Argentine / 18 min)
  • Chaco réalisé par Daniele Incalcaterra et Fausta Quattrini (2012 / Argentine, France / 99 min)
  • El impenetrable de Daniele Incalcaterra et Fausta Quattrini (2019 / Argentine, Suisse, Guinée-Bissau / 23 min)
  • Una corriente salvaje, réalisé par Nuria Ibáñez Castañeda (2018 / Mexique / 75 min)

À cette occasion seront donc projetés 7 longs métrages et 3 courts métrages. Le film A Rosa Azul de Novalis de Gustavo Vinagre et Rodrigo Carneiro (2019) fait partie de la section «Compétition internationale» et les films Chaco (2012) et El Impenetrable (2019), tous deux des réalisateurs Daniele Incalcaterra et Fausta Quattrini, seront dans la section «Front(s) Populaire(s)».

Différents thèmes seront abordés, comme ceux de l’homosexualité, de la misère, de la drogue, de l’amour, de la nature, du temps qui passe, de l’exploitation minière, des prisons, de l’écologie, mais aussi des peuples indigènes et de la pêche.

Ces dix films nous permettront ainsi de voir ce qu’il se fait actuellement sur le continent latino-américain, en ce qui concerne la création documentaire. Et nous approcherons ces nouvelles sensibilités artistiques et singulières, de ces différents réalisateurs et réalisatrices, avec beaucoup d’envie.

Joan COSTE
D’après Cinéma du Réel

Le Brésil par une Italienne : Au pays qui te ressemble de Lisa Ginzburg

On le sait bien, la littérature n’a pas de frontières. Lisa Ginzburg, philosophe, traductrice (de Shakespeare, entre autres) et journaliste, née en Italie et exerçant en France, raconte une histoire d’amour, de passion et de malheur avec un danseur brésilien. L’autobiographie n’est pas loin, mais Au pays qui te ressemble est un roman, parfaitement écrit, élégant et poignant et l’une des meilleures descriptions du Brésil provincial, quotidien, vivant et étouffant.

Photo : Sophie Bassouls/Éditions Verdier

La narratrice, une Italienne qui travaille en France pour des chaînes de télévision, amoureuse absolue mais lucide de Ramos, un danseur brésilien de candomblé, va à la rencontre de la famille, du quartier, du pays de l’homme qu’elle aime. Pedra Forte, la favela poussiéreuse de son enfance, a façonné le jeune garçon qui a grandi parmi ses neuf frères et sœurs dans l’ombre de la religion afro-brésilienne. Des mères, il en a eu plusieurs, Yvonne, la «vraie», débordée avec ses dix enfants, Maria, la sœur aînée qui avait un temps remplacé, plus qu’aidé, Yvonne, et Helena, mãe do santo, espèce de prêtresse du candomblé à qui Yvonne avait confié l’enfant qui montrait des dons divers qui se confirment plus tard.

La jeune femme subit une véritable fascination pour Ramos et autant pour son univers, un pays débordant de vitalité dans lequel la mort n’est jamais éloignée. Tout est compliqué pour elle, cette découverte multiple, les quartiers, les gens, la famille du mari, les façons de vivre, et puis sa situation : au cours de plusieurs séjours toujours trop brefs, elle n’est pas seulement dans le pays de son mari pour des raisons personnelles, elle doit en même temps préparer un futur documentaire sur le frevo, une forme de samba. Comment trier dans tout cela, et faut-il trier ?, se demande-t-elle. Ramos se montre souvent fuyant quand il est dans son milieu, c’est ce qu’elle ressent, mais elle-même est-elle naturelle ? Il n’est plus du tout le même homme qu’en Europe. Qu’il est difficile d’aimer, dit la chanson canadienne. Oui, mais elle veut aimer Ramos. Y parviendra-t-elle ?

En parlant de la famille de Ramos, elle dit qu’elle souhaite rester neutre, «être à l’extérieur, à condition de rester à l’intérieur», sans même voir la contradiction. Et elle agit de la même façon avec le pays tout entier : malgré son honnêteté, elle sera toujours une Italienne amoureuse perdue dans un univers qui n’est pas le sien.

Elle vit plongée dans les sensations et se demande tout le temps comment les transposer : voilà peut-être la grande réussite de ce roman, transposer une cruelle réalité, c’est justement ce qu’elle fait pour nous.

Comment se délite un amour-passion, lentement, par des riens qui s’ajoutent les uns aux autres, d’une féroce crise de jalousie injustifiée à de longs moments d’apaisement, voilà ce que montre Lisa Ginzburg, avec énormément de sensibilité mais sans la moindre mièvrerie.

Je le disais, on voit bien, dans Au pays qui te ressemble l’universalité de la littérature : aux manières de vivre, au Brésil et en Europe s’ajoute une grande richesse de thèmes (mieux vaut ne pas en dire plus), Lisa Ginzburg  passe de l’un à l’autre avec élégance pour réussir un roman profond et émouvant.

Christian ROINAT

Au pays qui te ressemble de Lisa Ginzburg, traduit de l’italien par Martin Rueff, éd. Verdier, 224 p., 19,50 €.

Lisa Ginzburg est née en 1966. Elle vit et travaille à Paris. Au pays qui te ressemble est son premier roman traduit en français.

Le cinéaste mexicain Alejandro González Iñárritu, président du prochain Festival de Cannes

Pour la première fois de son histoire, le jury de la compétition du Festival de Cannes sera présidé par un Mexicain. C’est le cinéaste Alejandro González Iñárritu qui officiera lors de la 72édition de la plus importante manifestation cinématographique mondiale, qui se tiendra du 14 au 25 mai 2019. À noter que c’est la seconde fois seulement dans l’histoire du festival que la présidence du jury échoit à un Latino-Américain après l’écrivain guatémaltèque Miguel Ángel Asturias en 1970.

Photo : Voici

Alejandro González Iñárritu, 55 ans, succédera à Cate Blanchett, dont le jury avait décerné l’an dernier la Palme d’or à Une affaire de famille du Japonais Hirokazu Kore-eda. Une transition d’autant plus remarquée que l’actrice australienne était à l’affiche de Babel, film choral d’Iñárritu qui avait reçu le prix de la mise en scène à Cannes en 2006.

«Dès le début de ma carrière, le Festival de Cannes a été important pour moi, explique le réalisateur.» En effet, le cinéaste s’était vu décerner à Cannes le grand prix de la semaine de la critique en 2000 pour son premier long métrage Amours chiennes (Amores Perros) qui relate trois histoires croisées dans la capitale mexicaine.

«Je suis honoré et ravi d’y revenir cette année, et immensément fier de présider le jury, poursuit-il. Le cinéma coule dans les veines de la planète, et ce Festival en est le cœur. Avec le jury, nous aurons le privilège d’être les premiers spectateurs des nouveaux films de nos collègues cinéastes venus du monde entier. C’est un véritable plaisir et une grande responsabilité, que nous assumerons avec passion et dévouement.»

Alejandro González Iñárritu, après des débuts au Mexique comme présentateur vedette d’une radio musicale, s’est dirigé vers la création de publicités et de courts métrages pour la télévision mexicaine, puis a rencontré le scénariste Guillermo Arriaga, avec qui il a réalisé Amores Perros (2000), le premier de ses six longs métrages. Suivra ensuite 21 grammes (2003), son premier film américain avec Sean Penn, et puis Babel (2006) avec Brad Pitt, où l’on suit quatre histoires sur trois continents, et Biutiful (2010), réflexion autour de la paternité avec Javier Bardem.

Dans ses films, Iñárritu dépeint des univers sombres où les destins se croisent. Il a été nommé sept fois aux Oscars, pour chacun de ses films. Il a reçu quatre statuettes, dont celle du meilleur réalisateur pour Birdman avec Michael Keaton en 2015, explorant l’ego d’un acteur, ainsi que pour The Revenant en 2016, histoire d’un trappeur que rien n’arrête pour survivre, incarné par Leonardo DiCaprio. En 2017, il a conçu Carne y Arena, la première œuvre en réalité virtuelle à figurer dans la sélection officielle à Cannes et qui lui a par ailleurs valu son cinquième Oscar.

«En plus d’être un cinéaste audacieux et un auteur toujours surprenant, Alejandro est aussi un homme de convictions, un artiste de son temps. Nous avons toujours été heureux de l’accueillir sur la Croisette et, en 2017, particulièrement fiers de présenter en Sélection officielle Carne y Arena, son installation de réalité virtuelle qui évoquait la question des migrants avec beaucoup de force et d’humanité», ont salué les organisateurs du festival, Pierre Lescure et Thierry Frémaux.

Alain LIATARD

Festival de Cannes : SITE

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