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Guatemala

Entre procès et referendum national, le Guatemala sur le devant de la scène internationale

Généralement ignoré par la presse européenne, le Guatemala fait en ce moment la une des journaux centre-américains pour trois raisons : la mort du dictateur Efraín Ríos Montt, le procès en Suisse de l’ancien chef de la police guatémaltèque, Erwin Sperisen, et le referendum national sur le litige frontalier avec son voisin le Belize.

Photo : PanAm Post

Le général Efraín Ríos Montt prend le pouvoir par un coup d’État le 23 mars 1982. Il sera à son tour déposé par son ministre de la Défense, le général Oscar Mejía Víctores en août 1983. Entre-temps, il laisse un pays dévasté par une répression sanglante tant contre la guérilla de l’URNG (Unité révolutionnaire nationale guatémaltèque) que contre la population civile. Partant du postulat que «si la guérilla est parmi la population comme un poisson dans l’eau, et qu’il est impossible de capturer le poisson, il faut lui retirer l’eau», il fait raser 440 villages et provoque la mort de 200 000 personnes, dont 45 000 disparus peu à peu retrouvés au fil du temps dans de gigantesques charniers. Adepte de l’Église du Verbe, une secte évangélique venue de Californie, il s’acharne sur les populations Maya Quiché, Kaqchikel, Ixil ou Mam qu’il accuse de protéger la guérilla alors que celle-ci se ravitaille de force dans les villages puis se retire. Pris entre deux feux, la guérilla et les militaires, beaucoup de communautés mayas se réfugient dans les montagnes où elles sont pourchassées et anéanties par l’armée.

En 2013, les familles des victimes et les associations de défense des droits humains parviennent à ouvrir un procès contre le dictateur. Le 10 mai 2013, malgré la pression du président Otto Molina (lui-même ancien haut gradé militaire), des militaires et des partis de droite, la juge Jazmín Barrios  condamne Ríos Montt à cinquante ans de prison pour génocide et trente pour crimes contre l’humanité. Les recours incessants (plus de 150) déposés par ses avocats font que la Cour constitutionnelle accepte de «suspendre» le procès. Celui-ci devait reprendre le 19 avril 2018, mais Ríos Montt meurt le 1er avril. Comme ce fut le cas avec le général Pinochet, les manœuvres dilatoires de certains politiciens, la pression des militaires et le blocage par des secteurs du pouvoir judiciaire font que le dictateur Ríos Montt (décoré par le Pentagone US en 1985) n’a pas passé un seul jour en prison…

Le procès Sperisen à Genève

En 2005, trois prisonniers évadés de la prison El infiernito (le Petit enfer) sont repris par la police et exécutés sur place. En 2006, des dizaines de policiers et de militaires armés pénètrent dans la prison El Pavón pour reprendre la main sur celle-ci contrôlée de fait par les prisonniers. À la fin du jour, une dizaine de prisonniers sont morts, comme par hasard ceux que les autorités avaient qualifiés de «chefs». En 2007, trois députés salvadoriens sont assassinés par des policiers peu après leur entrée au Guatemala. Dans les trois cas, le directeur de la Police nationale civile (PNC) est Erwin Sperisen. Craignant un procès, il se réfugie en Suisse en vertu de sa double nationalité guatémaltèque-suisse.

Mais des parents des prisonniers assassinés déposent plainte contre lui. Il est arrêté à Genève en 2012, jugé coupable de participation aux assassinats et condamné à la prison à perpétuité en juin 2014. En appel devant la Chambre de révision de Genève le 12 mai 2015, sa condamnation est confirmée. Après un nouveau recours déposé en juin 2017, le procès final s’ouvre le 16 avril 2018. Sperisen s’en prend au procureur Yves Bertossa «qui veut régenter [son] pays depuis son petit bureau et qui n’est pas garant de la vérité». Il nie tout et ses avocats demandent l’acquittement. Le procureur, lui, fait remarquer que la défense n’a jamais démenti la présence de Sperisen sur les lieux ni expliqué ce qu’il y faisait. De plus, des photos le montrent dans la prison, en uniforme, arme au poing, aux côtés du ministre de l’Intérieur Carlos Vielmann (qui se réfugiera en Espagne).

Le verdit est tombé ce vendredi 27 avril. L’organisation suisse TRIAL International communique que la Cour de justice de Genève a reconnu Erwin Sperisen coupable de complicité d’assassinat commis sur sept prisonniers à la prison de Pavón en 2006. L’ancien chef de la police se voit condamné à une peine de 15 ans de prison. L’organisation salue ce verdict qui représente une étape importante dans la lutte contre l’impunité des crimes d’État.

Le Guatemala revendique la moitié du Belize à La Haye

Le dimanche 15 avril dernier, les Guatémaltèques étaient invités par referendum à répondre «oui ou non» à une proposition de règlement du litige frontalier avec le Belize devant la Cour internationale de justice (CIJ) située à La Haye aux Pays-Bas. Depuis le 19e siècle, le Guatemala revendique 11 000 km2 de territoire belizéen en vertu d’un traité signé avec la Grande Bretagne en 1859 que celle-ci n’a pas respecté. Selon ce traité, le territoire situé entre les fleuves Sibún et Sarstún, bien que guatémaltèque, était ouvert aux colons britanniques en échange de la construction par la Grande-Bretagne d’une route reliant la capitale Ciudad de Guatemala à Punta Gorda sur la côte atlantique (aujourd’hui en territoire bélizien). Non seulement cette route ne fut jamais construite mais la Grande-Bretagne déclara cette région, y compris le territoire au sud du Mexique, comme sa colonie sous le nom de Honduras britannique. Bien que le Guatemala réclame sans arrêt le retour de la partie située entre les deux fleuves, le gouvernement britannique octroie l’indépendance à sa «colonie» en 1981 sous le nom de Belize. Ce litige plus que centenaire fait aujourd’hui l’objet de négociations entre les deux pays qui accordent, en 2000, de présenter le dossier à la CIJ de La Haye. En 2008, le Premier ministre bélizien, Dean Barrow, propose que chaque pays réalise un referendum pour demander l’avis du peuple sur cette proposition de présenter le litige à la CIJ. Le referendum du 15 avril dernier est la réponse du Guatemala : un OUI massif (92 %), mais une abstention massive également : moins d’un électeur sur sept s’est déplacé… Peu suivi au Guatemala, il a été complètement ignoré au Belize.

Même si le Belize n’organisait pas de referendum ou si le peuple votait «Non», le Guatemala pourra toujours s’adresser à La Haye. Les accords signés avec la CIJ (une entité dépendant des Nations unies) permettent aux gouvernements signataires de s’adresser à elle sans obligation de referendum national. C’est pourquoi l’opposition guatémaltèque au président Jimmy Morales suspecte une opération de communication interne pour dévier l’attention des scandales de corruption et de violences en cours en ce moment. Le 18 avril dernier, dix-sept membres du Parlement européen de Bruxelles ont envoyé une lettre au président Morales «s’inquiétant» de la violence institutionnelle contre les défenseurs des droits humains et les journalistes en rappelant «qu’en 2017, il y a eu 483 agressions et 53 assassinats». Parmi les signataires, la Française Marie-Christine Vergiat, militante associative, députée européenne depuis 2009.

Jac FORTON

La lutte sans fin contre la corruption des gouvernants guatémaltèques. Quatre présidents mis en examen

Après la démission forcée de l’ancien président guatémaltèque Otto Pérez Molina et les accusations contre l’actuel président Jimmy Morales, c’est au tour des anciens présidents Álvaro Colom et Álvaro Arzú d’être mis en examen pour diverses affaires de corruption. Dénoncée depuis longtemps par les organisations de défense des droits de l’homme au sein du pays et à l’international, la corruption est un véritable fléau au Guatemala. 

Photo : elcaribe.com.co et revistaperrabravo.com

En 2015, le président Otto Pérez Molina (2012-2015) et sa vice-présidente Roxana Baldetti ont dû démissionner sous la pression de dizaines de milliers de Guatémaltèques qui, lassés de la corruption aux plus hauts niveaux de l’État, s’étaient réunis devant le palais présidentiel. Le président et sa vice-présidente étaient alors accusés de fraude fiscale, d’enrichissement personnel et d’association de malfaiteurs suite à un mécanisme de corruption appelé « La Ligne » (téléphonique), par laquelle des entrepreneurs contactaient un département secret des douanes pour « négocier » des taxes d’importation dont les sommes étaient ensuite réparties entre 28 hauts fonctionnaires, desquels faisaient partie Otto Pérez Molina et Roxana Baldetti. L’enquête avait été menée par le ministère public de la procureure Thelma Aldana, et la CICIG (Commission internationale contre l’impunité au Guatemala, une institution dépendant des Nations unies).

Álvaro Arzú, deuxième président accusé de corruption

Le 5 octobre dernier, la procureure Thelma Aldana et la CICIG demandaient à la justice de retirer à l’ancien président Álvaro Arzú (1996-2000), accusé de corruption, l’immunité dont il bénéficie du fait de sa position de maire de la capitale Ciudad de Guatemala, à la tête de laquelle il brigue actuellement son 5e mandat. Selon l’accusation, il aurait créé entre 2013 et 2015 de faux emplois au profit d’une entreprise appartenant à Byron Lima, un officier de sa sécurité, et les aurait payés avec des fonds municipaux. — Byron Lima, condamné à 20 ans de prison pour sa possible implication dans l’assassinat en 1998 de l’évêque progressiste Juan Gerardi, purgeait sa peine lorsqu’il a été lui-même assassiné en 2016. D’après l’accusation, M. Arzú aurait également utilisé des fonds municipaux pour financer sa campagne électorale en 2015. Début mars 2018, la cour d’appel de Guatemala a cependant refusé de lui retirer son immunité. Le ministère public envisage de faire appel devant la Cour constitutionnelle.

Álvaro Colom, troisième président sur la sellette pour corruption

L’ancien président Álvaro Colom (2008-2012) vient d’être arrêté sur une accusation de fraude dans l’achat de centaines d’autobus destinés au service public de transport de la capitale lors de son mandat (on parle de 30 millions d’euros). Les prix d’achat auraient été surévalués. De plus, le parti du président (la UNE, Union nationale de l’Espoir, social-démocrate) avait présenté un projet de loi qui exonérait de la TVA et d’impôts l’achat de 3 500 véhicules. Cette loi avait ensuite été votée par 107 des 109 députés présents ! Ce qui conforte l’opinion publique du « Tous pourris ! » Neuf des anciens ministres de l’époque, accusés d’être partie prenante dans cette fraude éventuelle, ont également été mis en examen. Il s’agit ici aussi d’une enquête menée par le ministère public et la CICIG, décidément très actifs dans la lutte contre la corruption.

Jimmy Morales, actuel président, lui aussi accusé de corruption

Élu sur des promesses de « changement » et de « lutte contre la corruption », l’actuel président Jimmy Morales a bien déçu ses électeurs. Non seulement cette « lutte contre la corruption » est plutôt invisible, mais il est lui-même accusé de corruption par la procureure Aldana et la CICIG. M. Morales a voulu expulser le directeur de celle-ci, le Colombien Iván Velásquez, mais le tollé national et international l’a obligé à faire marche arrière. Ce qui prouve que le ministère public guatémaltèque, assisté par la CICIG est de plus en plus efficace dans sa bataille contre la corruption. La procureure Thelma Aldana avait demandé au Congrès de lever l’immunité présidentielle de Jimmy Morales pour pouvoir enquêter sur une accusation de financement électoral illicite en faveur du candidat présidentiel de l’époque. Non seulement le Congrès avait refusé, mais il avait approuvé une loi qui aurait permis à ses membres et au président de ne pas être envoyés en prison s’ils étaient condamnés pour les délits dont ils étaient accusés ! La Cour constitutionnelle a empêché que ces propositions deviennent des lois, mais depuis, toute l’administration cherche à expulser la CICIG et à démettre la procureure…

Dénoncée depuis longtemps par les organisations de défense des droits de l’homme au sein du pays et à l’international, la corruption est un véritable fléau au Guatemala. Ce qui indigne les citoyens, c’est qu’il semble que les plus corrompus se trouvent souvent aux plus hauts niveaux de l’État, ceux-là mêmes qui devraient lutter contre ce fléau. Reverra-t-on, malgré la répression violente, les électeurs redescendre dans la rue pour exiger de nouveau la démission du président ?

Jac FORTON

La lutte sans fin contre la corruption des gouvernants au Guatemala. Un troisième président mis en examen

Après la démission forcée de l’ancien président Otto Pérez Molina et les accusations contre l’actuel président Jimmy Morales, c’est au tour de l’ancien président Álvaro Colom d’être mis en examen pour une affaire de corruption liée à l’achat de centaines d’autobus sous son mandat.

Photo : Álvaro Colom/Voanews

En 2015, le président Otto Pérez Molina (2012-2015) et sa vice-présidente Roxana Baldetti durent démissionner devant le Palais présidentiel sous la pression de dizaines de milliers de Guatémaltèques lassés de la corruption aux plus hauts niveaux de l’État. Ils avaient été accusés de fraude fiscale, d’enrichissement personnel et d’association de malfaiteurs suite à un mécanisme de corruption appelé « La Ligne » (téléphonique) par laquelle des entrepreneurs contactaient un département secret des douanes pour « négocier » des taxes d’importation dont les bénéfices étaient ensuite répartis entre 28 hauts fonctionnaires dont le président et sa vice-présidente. L’enquête avait été menée par le Ministère public, la Procureure Thelma Aldana, et la CICIG (Commission internationale contre l’impunité au Guatemala, une institution dépendant des Nations unies). Les procès n’ont toujours pas été ouverts.

Jimmy Morales, actuel président, accusé de corruption

Élu sur « le changement » et « la lutte contre la corruption », l’actuel président Jimmy Morales a bien déçu ses électeurs. Non seulement, cette « lutte contre la corruption » est plutôt invisible mais il est lui-même accusé de corruption par la Procureure Aldana et la CICIG. Le directeur de celle-ci, le Colombien Iván Velásquez, est dans le viseur de Morales qui a voulu l’expulser du pays. Le tollé national et international l’a obligé à faire marche arrière. Ce qui prouve que le Ministère public guatémaltèque assisté par la CICIG sont de plus en plus efficaces dans leur bataille contre la corruption.

La Procureure Thelma Aldana avait demandé au Congrès de lever l’immunité présidentielle de Jimmy Morales pour pouvoir enquêter sur une accusation de financement électoral illicite en faveur du candidat présidentiel d’alors. Non seulement le Congrès avait refusé mais il avait approuvé une loi qui aurait permis au président ou aux membres du Congrès de ne pas être envoyés en prison s’ils étaient condamnés pour les délits dont ils étaient accusés ! La Cour constitutionnelle n’a pas permis que ces propositions deviennent lois mais, depuis, toute l’administration cherche à expulser la CICIG et à démettre la procureure…

Álvaro Colom, troisième président sur la sellette pour corruption

L’ancien président Álvaro Colom (2008-2012) vient d’être détenu sur une accusation de fraude dans l’achat de centaines d’autobus destinés au service public de transport de la capitale lors de son mandat (on parle de 30 millions d’euros). Les prix d’achat auraient été surévalués. De plus, le parti du président (la UNE, Union nationale de l’Espoir, social-démocrate) avait présenté un projet de loi qui exonérait de la TVA et d’impôts l’achat de 3 500 véhicules. Cette loi avait ensuite été votée par 107 des 109 députés présents ! Neuf des anciens ministres de l’époque, accusés d’être partie prenante dans cette fraude éventuelle, ont également été détenus et mis en examen. Tout cela conforte l’opinion publique du « Tous pourris ! ».

Il s’agit ici aussi d’une enquête menée par le Ministère public et la CICIG, décidément bien plus actifs dans la lutte contre la corruption que toutes les promesses électorales du président Morales ! La corruption est un fléau national au Guatemala dénoncé depuis longtemps par les organisations de défense des droits humains dans le pays et internationalement. Ce qui enrage les citoyens, c’est qu’il semble que les plus corrompus se trouvent toujours aux plus hauts niveaux de l’État, ceux-là mêmes qui devraient lutter contre ce fléau. Reverra-t-on, malgré la répression, les électeurs redescendre dans la rue pour exiger leur démission ?

Jac FORTON

Au Guatemala, encore une victoire du peuple contre la corruption de la classe politique

Indignation populaire : non seulement le président de la République du Guatemala, Jimmy Morales, qui avait été élu sur un programme de lutte contre la corruption, doit faire face à des accusations de… corruption ainsi que son fils et son frère, mais le Congrès de la nation, vote des lois qui protègent les privilèges des députés. Les réactions citoyennes les obligent à faire marche arrière.

Se débarrasser des accusateurs

Le Ministère public (MP) et la justice guatémaltèques sont, depuis 2007, soutenus et conseillés par la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala (CICIG) sous les auspices des Nations unies. Son rôle : assister la justice à désarticuler le crime organisé et les appareils clandestins qui souvent sont dirigés et organisés aux plus hauts niveaux de l’État. La CICIG a réussi à former de nouvelles générations de juges intègres qui n’ont pas peur d’affronter les hauts niveaux de corruption qui pourrissent l’État depuis des générations. De nombreux fonctionnaires, ministres ou hommes d’affaires mafieux sont ainsi démasqués et jugés. On comprend que les corrompus de l’élite guatémaltèque détestent la CICIG.

Morales accusé de financement illégal

Fin août dernier, Thelma Aldana, présidente du MP, et Iván Velásquez, directeur de la CICIG, présentent devant la Cour suprême de justice (CS) un acte d’accusation contre le président Jimmy Morales pour financement illégal pendant la campagne électorale de 2015, alors qu’il était secrétaire-général du parti FCN (Front de convergence Nation) qui l’avait mené à la présidence. Il réagit brutalement : le 27 août dernier, il signe un décret qui décide de l’expulsion du Guatemala du directeur de la CICIG, le Colombien Iván Velásquez. Suite au tollé général provoqué au Guatemala, à l’étranger (1) et aux Nations unies, le dossier passe à la Cour Constitutionnelle qui annule le décret : Velásquez peut rester à la tête de la CICIG. Acte suivant, la Cour Suprême accorde la constitution d’une Commission d’enquête parlementaire qui doit décider si oui ou non le Congrès doit voter la continuité ou l’annulation de l’immunité présidentielle. Une annulation de l’immunité ouvrirait la voie à une procédure judiciaire. Début septembre, cette commission recommande au Congrès de retirer l’immunité du président. Ses arguments : le refus du FCN de rendre compte au Tribunal électoral, comme l’exige la loi, des contributions financières reçues par le parti ; elles n’apparaissent même pas dans ses livres comptables, alors que Jimmy Morales en était le secrétaire-général.

La corruption gagne le vote

Une cinquantaine d’organisations de la société civile réunie dans l’Alliance pour les Réformes rappelle alors aux députés que « les citoyens sont lassés par la corruption, les négociations à portes fermées et l’inefficacité des institutions… C’est le moment pour les députés de montrer leur engagement envers la justice et leur respect des droits humains » (2).  Si les organisations sociales et politiques approuvent l’ouverture d’une enquête contre la corruption, ce n’est pas du tout le cas des députés ! En effet, les partis politiques au Guatemala ressemblent plus à l’entreprise d’un seul homme pour se faire élire et jouir des privilèges des élites qu’à de véritables positions politiques. Plusieurs ex-secrétaires généraux se sentent visés ; et s’ils tombent, ils entraînent nombres « d’honorables » avec eux. Aussi, les congressistes se serrent les coudes autour de leurs privilèges : sur les 158 députés, 104 votent contre le retrait de l’immunité, à peine 25 pour…

Indignation et colère de la population

Non seulement le Congrès sauve le président mais il sauve aussi les … congressistes ! 107 de ceux-ci votent vite un décret de modification du Code pénal qui permet que « les secrétaires généraux des partis politiques ne puissent plus être jugés pour financements illégaux », une véritable amnistie déguisée. « Tous les mêmes », « Non aux pactes d’impunité »… Des centaines de personnes se rassemblent devant le Congrès et bloquent la sortie de 130 congressistes pendant 18 heures. Il faut une intervention musclée de la police pour ouvrir un chemin à des bus pour « libérer » les députés.

Les députés font marche arrière

Le 14 septembre, des milliers de personnes se rassemblent devant le palais présidentiel. C’est la première grande manifestation de colère publique depuis 2015 quand des dizaines de milliers de personnes avaient exigé et obtenu la destitution du président Otto Molina et de sa vice-présidente Roxana Baldetti, pour corruption. De son côté, Transparency International annonce qu’elle demandera la suspension du Congrès guatémaltèque devant le Parlement latino-américain (Parlatino) et l’Union interparlementaire. Du coup, les députés font marche arrière et annoncent l’annulation du décret.

Le Ministère public, la CICIG, les organisations civiles et les citoyens continuent à lutter contre la corruption. Les citoyens appellent à une manifestation massive et une grève générale ce mercredi 20 septembre, qui exigent la démission du président et des 107 députés qui ont voté les décrets.

Jac FORTON

(1) En France, voir le communiqué commun du 12 septembre 2017 signé par le Collectif Guatemala, France Amérique latine, Collectif Solidarité Guatemala de Toulouse et Terre des Hommes France.  (2) Un communiqué publié par l’agence de presse en ligne CERIGUA le 6 septembre 2017.

Les faux pas du président guatémaltèque Jimmy Morales. Il est accusé de corruption par une entité des Nations unies

Accusé de corruption, le président guatémaltèque a exigé l’expulsion immédiate du chef de la Commission internationale contre l’impunité (CICIG), une entité sous les auspices des Nations unies qui soutient le Ministère Public, provoquant un scandale international. Le Tribunal constitutionnel a bloqué l’expulsion.

Élu sur un programme de lutte contre la corruption, le président Jimmy Morales est lui-même accusé de corruption par le  Ministère Public guatémaltèque (MP) et la CICIG, un organe des Nations  unies dont l’objectif est de renforcer la justice guatémaltèque  dans sa lutte contre l’impunité des crimes commis pendant la guerre civile, les structures du crime organisé et la corruption dans l’État. Morales est accusé du financement illégal de son parti FCN-Nación pendant la campagne électorale de 2015 qui l’a mené à la présidence. D’autres partis ont également été accusé de financements occultes.

La procureure générale du Ministère Public, Thelma Aldana, et le chef de la CICIG, le Colombien Iván Velásquez, ont demandé à la Cour suprême l’ouverture d’une procédure de retrait de l’immunité présidentielle (antejuicio) afin de pouvoir accuser le président devant un tribunal. La Cour suprême a déjà accepté de recevoir la plainte. En réponse à cette action du MP et de la CICIG, le président Morales a commis l’erreur majuscule d’exiger la sortie immédiate du chef de la CICIG, provoquant une crise institutionnelle et un barrage d’opposition à cette mesure aux niveaux national et international. Erreur politique d’autant plus grave qu’une accusation de corruption vise également son fils et son frère, ce qui  naturellement donne lieu à des soupçons de réaction personnelle plutôt qu’institutionnelle.

Les déboires du chef de l’État ont encore augmenté lorsque le Tribunal constitutionnel a bloqué l’ordre d’expulsion de Velásquez et empêché la police de mettre son ordre à exécution. La police a cependant retiré tous les agents de protection de la CICIG l’exposant ainsi à des attaques du crime organisé. Il faut dire que de nombreux hommes d’affaires et plusieurs parlementaires et hauts fonctionnaires de l’État sont dans le collimateur du MP et de la justice pour corruption. Le MP, aidé par la CICIG, a formé une nouvelle génération de juges qui sont intègres et n’ont pas peur d’accuser des personnalités. La lutte contre l’impunité continue…

Jac FORTON

Des volontaires français protègent des personnes menacées de mort au Guatemala

Objectif : donner l’espace de sécurité nécessaire aux personnes et aux organisations qui agissent pour faire respecter les accords de Paix de 1996 et les droits humains au Guatemala. Le collectif Guatemala et Acoguate, des associations à but non-lucratif, soutiennent les organisations de droits humains et le mouvement social et indigène guatémaltèque dans leurs efforts pour construire un État de droit.

Il s’agit d’assurer une présence physique lors des réunions ou des manifestations de mouvements qui militent en faveur des droits humains, et de fournir un accompagnement protecteur à des personnes directement menacées du fait de leur engagement dans la lutte pour la justice et la démocratie. Le Collectif Guatemala, dont les grands axes d’intervention sont la sensibilisation et l’information du public français, soutient ces actions d’accompagnement international.

Qu’est-ce que l’accompagnement international ?

C’est un outil de l’Intervention Civile de Paix, c’est-à-dire l’intervention non armée sur un terrain de conflit d’une organisation venant accomplir des missions d’observation, d’information, d’interposition ou de médiation de proximité en vue de prévenir ou de faire cesser la violence, promouvoir les valeurs des droits humains et de la démocratie, affirmer les droits de chaque partie et créer les conditions d’une solution politique du conflit. Il s’agit de « transformer » le conflit de telle sorte que le moyen de sa résolution ne soit plus l’action violente mais l’action non-violente. Dans cette perspective, il ne s’agit pas seulement de faire cesser les violences qui sont les conséquences du conflit mais aussi les violences qui en sont les causes, engendrées par les structures politiques, économiques ou sociales qui créent des situations d’oppression, d’exploitation ou d’aliénation.

Accompagnement dissuasif

Les accompagnateurs assurent une présence lors de manifestations de paysans ou de familles de disparus, lors du déplacement de certaines personnalités menacées, lors de réunion de travail entre défenseurs des droits humains, ou encore lors d’exhumations de fosses communes. Il peut aussi s’agir d’accompagner, dans leur vie de tous les jours ou au tribunal, des victimes d’exactions ou encore d’accompagner des groupes de paysans qui viennent négocier au sujet de conflits liés à l’accaparement des terres. Ainsi, les accompagnateurs deviennent littéralement des « gardes du corps » de militants menacés. Cette présence continue cherche à exercer une dissuasion à l’égard des acteurs qui voudraient mener des exactions contre ces personnes. Tout acteur politique soucieux de sa respectabilité internationale doit en effet tenir compte de l’impact que pourrait avoir auprès de l’opinion publique du pays d’origine des volontaires le meurtre de l’un d’entre eux.

Entre neutralité et ingérence : un équilibre difficile à réaliser

Les volontaires n’ont qu’un statut de touriste même si les autorités ne sont, en général, pas dupes sur la nature de leurs activités. Trois principes guident, en conséquence, leur action. Neutralité/ impartialité : Les membres d’une intervention civile doivent surtout rester impartiaux et équitables mais pas neutres. Les accompagnateurs ne s’impliquent pas dans les affaires internes des organisations accompagnées. Ils ne leur fournissent ni ressources, ni matériel, ni même savoir-faire. La présence internationale n’est là qu’en tant qu’observatrice et accompagnatrice afin que les personnes accompagnées puissent effectuer leur travail en sécurité. Non-ingérence : Cet aspect aussi est problématique car l’intervention est en elle-même une ingérence.

La justification de cette ingérence proviendrait d’une responsabilité universelle de chaque citoyen à faire respecter les droits humains. En même temps, ce principe reste valable pour les accompagnateurs dans la mesure où ils n’interviennent que sur invitation des acteurs de la société civile qui se sentent menacés, et leur installation dans les pays concernés ne peut se faire sans le consentement au moins tacite des États d’accueil. Les volontaires doivent toujours rester dans la légalité. Les populations civiles locales doivent rester seules responsables d’une réconciliation éventuelle. Non-violence : Les volontaires ne sont jamais armés ; les associations et personnalités protégées sont toujours accompagnées en fonction du caractère pacifique de leur travail. Cet aspect non-violent doit être affiché clairement de la part de la mission afin d’éviter les réactions de méfiance de la part des populations civiles et de créer un climat de confiance favorisant la coopération.

Jac FORTON

* Sur base de témoignages du Collectif Guatemala

 

 

 

À vingt ans des accords de paix, une analyse du Collectif Guatemala de Paris

En cette fin décembre 2016, le Guatemala célèbre les vingt ans des accords de paix qui mirent fin à l’un des conflits armés internes les plus longs et sanglants de toute l’Amérique latine. Pour le Collectif Guatemala, – une association dont l’objectif est le soutien aux organisations de droits humains et au mouvement social et indigène guatémaltèques –  force est de constater que la paix instaurée par les Accords de 1996 est une paix faite à la mesure de « l’alliance qui a gagné la guerre » : celle des militaires et de l’élite économique.

Photo : Terdav

La paix des vainqueurs (1).  Comme tous les anniversaires, celui-ci appelle à dresser un bilan, à évaluer ce qui a fonctionné et ce qui a échoué, à identifier les bonnes pratiques et les erreurs à ne pas répéter. Comme l’affirme Fernando Solís, économiste et coordinateur de la revue El Observador, « l’implantation du modèle de démocratie » a produit un changement structurel, qui a débouché sur un nouveau « modèle d’accumulation », calqué sur le modèle néolibéral du consensus de Washington (2). Une fois l’obstacle de la guérilla écarté, le gouvernement a pu abaisser les barrières douanières pour faciliter le commerce international et favoriser l’afflux de capital étranger.

Parallèlement, de larges pans de l’économie nationale ont été privatisés ou libéralisés, notamment dans les secteurs des mines, du pétrole et de l’électricité. Dans ce contexte, se sont formées des alliances entre des familles de l’oligarchie guatémaltèque et des entreprises transnationales, autour de trois grands axes d’accumulation : les monocultures (palmier à huile, canne à sucre, caoutchouc etc.), les industries extractives (mines et pétrole) et mégaprojets d’infrastructures (centrales hydroélectriques, routes, ports, aéroports).

Une nouvelle ère de pillage ?   Entreprises transnationales, centrales hydroélectriques, mines… des termes au centre de la « conflictivité sociale » et des violations des droits humains ces dernières années. Les accords de 1996, censés établir une paix « ferme et durable », ont donc en réalité ouvert la voie à une « nouvelle ère de pillage », voire à un « quatrième génocide » pour certaines organisations mayas. Les peuples autochtones sont en effet les premières victimes du système actuel, leurs territoires attirant la convoitise des entreprises extractives, soutenues par l’État, tandis que les dispositions en leur faveur contenues dans les accords de paix sont loin d’avoir été mises en œuvre.

Cette « nouvelle ère » repose néanmoins toujours sur des fondements forgés dans le feu de la lutte contre-insurrectionnelle, lorsque les grands entrepreneurs, craignant pour leur sécurité et leurs intérêts, soutinrent politiquement, économiquement et militairement les juntes militaires. Une alliance fluctuante et contradictoire, laissant parfois la place à des confrontations ouvertes, mais qui sait se recomposer lorsque les circonstances l’exigent. Dernier exemple en date, l’offensive conjointe d’ex-militaires proches du président Jimmy Morales, d’entrepreneurs mis en cause par la justice, de fonctionnaires du gouvernement précédent et de députés, afin de reprendre la présidence du Congrès et de bloquer ainsi toute réforme du système politique et perpétuer le pillage de l’État. Dans le reste du pays, cette alliance se traduit par la perpétuation des techniques de contre-insurrection, utilisées non plus pour combattre la guérilla mais désarticuler l’opposition aux projets qui accaparent les terres et utilisent les ressources naturelles. Vingt ans après, le Guatemala est là pour nous rappeler que la paix peut être la continuation de la guerre par d’autres moyens.

Cyril BENOIT

(1) Un article publié dans le bulletin Solidarité Guatemala n° 219 du Collectif Guatemala. Intertitres et mise en page de Jac Forton.   (2) Sebastián Escalón, La nueva era del saqueo, Plaza Pública du 6 novembre 2016.

Guatemala : le comédien Jimmy Morales officiellement investi président

Jeudi dernier, le Guatemala a officiellement accueilli au pouvoir Jimmy Morales, outsider des élections présidentielles d’octobre, après avoir battu l’ex-première dame Sandra Torres en obtenant 68 % des suffrages. Bien que surprenante, la victoire de cet ancien comédien de 46 ans n’était cependant pas imprévisible au sein d’un pays miné par la corruption et la violence.

Avant d’être un homme d’état, Jimmy Morales – né James Ernesto Morales Cabrera – est un homme de spectacle. Humoriste, comédien, animateur et producteur de cinéma connu du grand public, il est entre autres diplômé en administration des entreprises et en communication. Ce père de trois enfants, qui a également étudié la théologie, débute en politique en 2011, au sein du parti de droite Acción de Desarrollo Nacional, en se présentant à la mairie de Mixco, une ville de la banlieue de Ciudad de Guatemala. Il est par la suite choisi par le Front de Convergence National pour représenter son parti aux élections présidentielles en 2015 et créé la surprise lors du premier tour en récoltant 23,99 % des votes puis en s’imposant au deuxième tour face à Sandra Torres.

De la fiction à la réalité

Jimmy Morales, président ? Pas si imprévisible que ça si l’on en croit le grand écran. Il avait en effet incarné un cow-boy sur le point de devenir président au cinéma, quelques années auparavant. Novice en politique, son inexpérience aura finalement été son point fort dans cette course à la présidence sur fond de scandale politique. Morales succède ainsi à Alejandro Maldonado Aguirre, qui avait pris la relève de Otto Perez Molina suite à sa démission en septembre dernier, poussé par la vague de manifestations populaires à l’encontre de son gouvernement en réaction à son implication dans l’affaire de La Línea. Arrêté conjointement avec sa vice-présidente Roxana Baldetti, il est accusé d’association de malfaiteurs, de fraude douanière et de corruption passive pour avoir participé à un vaste réseau de pots-de-vin qui aurait détourné plus de 3,8 millions de dollars. Profitant du climat de méfiance et de mécontentement, Jimmy Morales fait alors campagne sous la bannière “Ni corrompu, ni voleur”, en opposition à la sphère politique du pays gangrenée par la corruption.

Cependant, malgré une victoire écrasante, il va sans dire que Jimmy Morales compte un certain nombre de détracteurs. Affilié au FCN-Nación, un parti minoritaire de droite fondé par d’anciens militaires en 2008, il est accusé par l’opposition de représenter “la vieille garde de militaires douteux”, soupçonnés d’assassinats massifs de communautés indigènes durant la guerre civile entre 1960 et 1996. Soulignons également que Morales est un évangéliste assumé aux valeurs particulièrement conservatrices qui place en haut de ses principes “la crainte de Dieu” etla famille avant tout” ; une rigueur qui annonce son positionnement sur les questions de l’avortement ou du mariage homosexuel.

Et après ?

Le nouveau président a prêté serment le 14 janvier puis a délivré un discours réitérant sa promesse de transparence et d’honnêteté envers le peuple guatémaltèque afin de lutter contre la corruption. Parmi les objectifs principaux à atteindre au cours de son mandat, il a également insisté sur sa volonté de réduire la malnutrition chronique de 10 %, d’améliorer l’approvisionnement des hôpitaux en médicaments et sur l’importance de réformes en matière d’éducation. Des défis à relever qui risquent de nécessiter des alliances puisque le FCN reste très minoritaire au sein du Parlement : il ne dispose en effet que de 11 sièges sur 158. Enfin, la situation financière délicate de l’État risque de l’obliger à rester sous la coupe des États-Unis qui fournit chaque année une aide conséquente à la région. Joe Biden, présent lors de la cérémonie d’investiture, a ainsi conditionné le versement de l’aide de 750 millions de dollars par la lutte contre la corruption et l’immigration illégale. Jimmy Morales dispose de quatre ans pour relever le défi, espérons-le, avec succès.

Lucie DUBOEUF

Une élection présidentielle rejet des politiciens : le comédien Jimmy Morales grand vainqueur !

Le premier tour du 6 septembre dernier avait apporté son lot de surprises. Le second tour de ce 25 octobre n’en a apporté aucune. Le ras-le-bol des Guatémaltèques envers la corruption de leur classe politique a ouvert la voie au comédien Jimmy Morales qui obtient 67,44 % des voix, loin devant les 32,56 % de son opposante Sandra Torres.

Les élections présidentielles ont eu lieu dans un climat de ras-le-bol des citoyens envers les politiciens suite à de sinistres affaires de corruption englobant les plus hauts niveaux de l’État. Rattrapé par la corruption, le président Otto Pérez Molina et sa vice-présidente Roxana Baldetti avaient été obligés de démissionner sous la pression de dizaines de milliers de citoyens qui, perdant toute peur de la répression, ont manifesté pendant plusieurs semaines devant le Palais présidentiel, un événement qui marque un changement historique dans le rapport des citoyens avec leur classe politique

Un 1er tour à surprises

Le 6 septembre, première surprise : le vainqueur est Jimmy Morales, du FCN (Frente Convergencia Nacional), un administrateur d’entreprises et comédien, avec 23,85 % des voix. Deuxième surprise : alors que l’on estimait que la participation citoyenne serait faible en vertu des manifestations de rejet de la politique par la population, le taux de participation atteint les 70 %, un des plus élevés de l’histoire récente. Troisième surprise : alors que le candidat Manuel Baldizón du parti LIDER (Libertad Democrática Renovada), notaire, économiste et docteur en droit, devançait ses rivaux dans les sondages, c’est Sandra Torres du parti UNE (Unión Nacional de la Esperanza), qui emporte la seconde place avec 19,76 % des voix devant Baldizón (19,64 %) !

Un 2e tour sans surprise…

Entre les deux tours, les deux candidats avaient énoncé les mêmes promesses : promouvoir la transparence dans la gestion publique, améliorer l’administration et les services publics, en particulier le système de santé. Ils s’opposent tous deux à la légalisation de l’avortement et font la cour aux églises évangéliques qui représentent une partie croissante de la population. Ils ont évidemment promis de lutter contre la corruption et l’évasion fiscale. Lors des débats, plutôt que de défendre leurs programmes, les deux candidats ont surtout attaqué le rival.

Sandra Torres

Torres fut l’épouse de l’ancien président Álvaro Colom (2008 -2012). Celui-ci ne pouvant se présenter pour un second mandat (la Constitution l’interdit), et son épouse non plus (membre de la famille du président), ils avaient divorcé pour que Torres puisse briguer le poste aux élections de 2011. Mais c’est Otto Molina qui l’emporta. La sœur, une fille et une nièce de Torres ont eu des problèmes avec la justice pour fraude fiscale ou lien avec le narcotrafic… Le parti UNE de Sandra Torres est considéré de centre-centre droit. Sa méthode de campagne électorale fut de visiter les municipalités : moins de grands meetings, mais plus proche de la population. Le problème fut que si de nombreux maires lui ont déclaré leur soutien, les administrés, eux, ayant perdu toute confiance dans les politiciens, votèrent en masse pour le comédien !

Jimmy Morales 

Le candidat Morales eut l’habileté de se placer aux côtés des citoyens en déclarant :Je fais partie des mécontents de ce système et je m’engage fermement au côté de la clameur populaire pour commencer à faire les choses autrement… Cette clameur veut une réforme de la Loi électorale et des Partis politiques et exige des changements ”. Il a aussi promis de “donner leur indépendance aux pouvoirs et aux institutions nationales, bref d’éradiquer la culture de corruption et d’impunité au Guatemala. Morales n’a aucune expérience politique ni de véritable parti organisé pour le soutenir, ainsi que peu de députés au Congrès. Il faudra qu’il s’allie avec un ou d’autres partis et son choix sera un signe de son orientation politique. Le côté plus sombre du nouveau président est que son parti fut créé en 2008 par des vétérans militaires de la guerre civile et qu’il est soutenu par le général José Luis Ayuso, ancien président de l’Association des vétérans et militaires du Guatemala (AVEMILGUA), un groupe d’anciens militaires d’extrême droite. On sait aussi que Morales est un conservateur très religieux, proche des évangéliques. Après sa victoire au premier tour, il avait déclaré que “certains diront que c’est la chance, d’autres que c’est providentiel ; je préfère penser que Dieu nous a aidé et nous a béni.

Jac FORTON

Ciudad de Guatemala : le quartier Cambray II enseveli sous une coulée de boue

Les pluies torrentielles de la journée du jeudi 1er octobre ont provoqué un gigantesque éboulement du Cerro Cambray qui a enseveli le quartier de Cambray II à Santa Catarina Pinula, un bourg situé dans une cuvette à quelques kilomètres à l’est de l’aéroport de la capitale guatémaltèque.

Selon la Coordination Nationale pour la Réduction des Désastres (CONRED), l’effondrement de tonnes de boues et de rochers a enseveli 125 maisons et l’on craignait un moment que plus de 600 personnes aient disparu. Lundi midi, les sauveteurs avaient retrouvé 80 corps mais les autorités craignent que le nombre de victimes dépasse la centaine. La CONRED avait prévenu les autorités de Pinula que les habitants de ce quartier étaient en danger mais les gens qui habitent là, n’ayant nulle part d’autre où aller, ne voulaient pas déménager. La ville de Guatemala est entourée de profonds ravins dont les pentes escarpées et les fonds de vallée sont habités par des milliers de personnes, en général des pauvres venus des campagnes pour trouver du travail. En cas de pluies, ce genre de désastre n’est pas rare. Ce qui le rend exceptionnel ici, c’est le nombre de victimes. Les autorités ont immédiatement dépêché de forts contingents de pompiers, secouristes, police et armée pour creuser la montagne de boue à la recherche de survivants.

Lundi soir, le nombre de disparus a été réévalué à environ 350 personnes. Les secours continuent à creuser à la pelle mais les autorités ont déjà annoncé que “passées les 72 heures après le désastre, les normes internationales considérant qu’il ne pouvait plus y avoir de survivants après cette période, elles enverraient le matériel lourd pour dégager les gravats et retrouver les corps. Certains sauveteurs estiment que c’est trop rapide, qu’il y a toujours la possibilité de retrouver des survivants pendant au moins 5 ou 6 jours. Ce débat, cette différence de conception du “temps de survie” est une constante dans ce genre de situation. La solidarité nationale, comme c’est souvent le cas dans ces circonstances où que ce soit dans le monde, s’est à nouveau manifestée : des centaines de personnes se sont présentées pour aider aux recherches et les Guatémaltèques se sont mobilisés pour remplacer les biens perdus des victimes. Le grand problème maintenant : où reloger les survivants ?

Jac FORTON

Photos : © Journaux Libre et Siglo XXI
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