Des propos controversés de la présidente de Costa Rica Laura Fernández

Pour rappel, le Nicaragua est dirigé depuis 2007 par Daniel Ortega et son épouse Rosario Murillo. Un système politique qui justement a pu faire l’objet de nombreuses contestations, notamment de la part d’organisations internationales et des autres Etats, qui ont remis en question la validité de ses trois dernières élections. Dès les élections de 2021 au Nicaragua, les prédécesseurs de Fernández ont désavoué le scrutin, dans le cadre d’un communiqué du Ministère des Affaires Étrangères dénonçant « l’absence des conditions et garanties requises pour certifier la transparence, la crédibilité, l’autonomie, la liberté, la légalité et l’inclusivité des élections ».

De la même manière, des ONG comme Amnesty International et Human Rights Watch ont dénoncé les assassinats politiques, la répression, les disparitions et exils forcés des opposants politiques, mais également la fermeture d’universités, les violations répétées des droits de l’Homme… Dans un communiqué du 3 octobre 2025, le Comité des disparitions forcées de l’ONU affirme : « Ces disparitions forcées semblent être ordonnées depuis les plus hautes autorités et sont conçues pour instiller la peur dans la société, envoyant le message que quiconque exprime une opinion différente peut encourir le même sort ».  

Dans ce contexte, des figures éminentes de la vie politique costaricienne ont pu s’exprimer sur les déclarations de la présidente. En tête de file, connue à travers l’Amérique Latine, l’ancienne dirigeante du Costa Rica Laura Chinchilla, qui « demande pardon à ses frères et sœurs nicaraguayens pour les horribles déclarations de la présidente de [son] pays ». Chinchilla critique entre autres, dans cet effort de conciliation avec le régime Ortega par Fernández, le passage sous silence de la mort en détention du dirigeant miskito Brooklyn Rivera, qui a suscité une forte réaction internationale, que ce soit au sein de l’Organisation des Etats Américains ou d’organismes de défense des droits de l’Homme. Des propos qui trouvent une oreille attentive dans la région, d’autant plus que Chinchilla a été faite observatrice du Comité International Olympique auprès des Nations Unies, ce qui lui donne la possibilité d’assister aux réunions de l’Assemblée générale et d’y prendre la parole.  

Parmi les anciens présidents, le centriste Luis Guillermo Solis, à la tête du pays de 2014 à 2018, s’exprime lui-aussi sur les réseaux sociaux : « Je déplore les propos de la présidente Laura Fernandez à propos des relations entre le Costa Rica et le Nicaragua. Ils révèlent une profonde ignorance quant aux violations atroces des droits de l’Homme que la dictature Ortega-Murillo – un régime hypocrite qui se maintient à travers les bains de sang et la violence – a imposé à des centaines de Nicaraguayens ». De la même manière, les exilés Nicaraguayens ayant fui le régime, et notamment au Costa Rica qui en est un des principaux pays d’accueil, ont fustigé ces déclarations. C’est le cas de Carlos Fernando Chamorro, directeur de Confidencial, et journaliste exilé depuis 2021 au Costa Rica, qui a qualifié ces propos offensants et de déconnectés de la réalité politique Nicaraguayenne.  

Cela dit, on pourrait considérer que la nouvelle présidente, dont l’arrière-grand-père était Nicaraguayen, s’inscrit dans la lignée de Chaves quant à sa stratégie diplomatique vis-à-vis de son voisin. Au cours de la même interview, Fernandez affirme sa volonté de maintenir « une relation harmonieuse » avec le Nicaragua, suivant finalement la ligne établie par son prédécesseur. Cela peut avoir pour objet, selon l’économiste et politiste Marco Aurelio Pena, de protéger les potentiels investissements Nicaraguayens au Costa Rica, mais aussi d’éviter une vague migratoire due à un énième conflit diplomatique avec le régime Ortega. Pour autant, ne pas reconnaître que le régime est une dictature est significatif politiquement, et ce d’autant plus que le Costa Rica a remplacé le Nicaragua au secrétariat général du Système d’intégration centraméricain (SICA).