Musicienne d’entre les mondes, la flûtiste et chanteuse argentine Diana Baroni présente une œuvre hybride et inclassable qui mêle librement musiques anciennes, expressions populaires de tradition orale, corpus poétiques, sources historiques et partitions contemporaines hautement expérimentales.
Photo : Guadalupe Miles
Exigeante, intuitive, punk, onirique ou baroque… Pourquoi choisir quand tout bruisse d’un supplément d’âme ? “L’art, c’est ce qui résiste” écrit Gilles Deleuze : un mantra pour Diana Baroni qui défie l’élitisme, le confort et les chemins convenus depuis ses débuts sur la scène expérimentale de Buenos Aires. Ce sens de l’indiscipline, la musicienne l’hérite de son grand-père, anarchiste de la première heure, et de sa mère, militante communiste engagée contre la dictature. Portée par l’insoumission intellectuelle de ses parents et de leurs amis, artistes ou militants, Diana Baroni perçoit très tôt la puissance politique de l’art et du beau. Installé en France depuis 2002, elle est membre fondateur et flûte solo de Café Zimmermann ; Diana appartient désormais à la génération des grands interprètes issus de la Schola Cantorum Basiliensis. Ses disques, consacrés à l’œuvre instrumentale de Jean Sebastian Bach entre autres, sont aujourd’hui une référence d’interprétation historique pour la presse et la musique ancienne.
Sa curiosité l’amène à explorer d’autres horizons : au carrefour de multiples langages, Diana explore les musiques traditionnelles et contemporaines à travers un éventail de projets hybrides et envoûtants. Aux côtés des artistes aussi hors normes qu’elle, comme le Brodsky Quartet, Tunde Jegede, Simon Drappier, Ronald Martin Alonso, Jasser Haj Youssef, et en partenariat avec Royaumont ou l’Opéra de Lyon, Diana s’applique à multiplier les points de rencontres entre des espace-temps poétiques et musicaux au fil de ses albums.
Donner du corps à l’émotion et du souffle à des objets rares, c’est la mission de l’art pour Diana Baroni qui continue, en passeuse prolifique, de tenir tête à l’élitisme institutionnel. Sur scène, Diana apparaît aux festivals et théâtres européens phares comme Innsbruck, Saint-Denis, Prague, au Théâtre de la Ville, Musikverein Wien, et au-dèla de l’Europe, en Chine, Japon, Argentine, Colombie, Brésil, Pakistan et plusieurs pays de l’Afrique, soutenue par l’Institut Français.
« Madre Selva » ode à la mère terre, ode a la nature par Diana Baroni avec l’Ensemble Vedado de Ronald Martin Alonso
Pensé comme un rituel, Madre Selva – évocation de la mère forêt, nature originelle à la fois nourricière et indomptable – est un parcours musical et poétique entre l’Amérique latine, les Caraïbes et l’Europe, mêlant chants traditionnels, poésies et rythmes anciens. Les voix portent des chants dédiés à la terre, à l’eau, au cycle du jour et de la nuit, à la vie et à la mort. Percussions, souffle et pulsations incarnent une musique vivante et enracinée. Du chant dédié à la Pachamama, figure de la Terre nourricière dans les cultures andines, aux musiques de l’aube et du crépuscule, de la finesse baroque à l’énergie des traditions orales, Madre Selva Selva fait dialoguer les cultures, les langues et les époques autour d’un même geste musical.
L’Alchimie musicale
Conçu comme une traversée, le programme réunit un répertoire ancré dans l’héritage ancestral de l’Amérique latine : des Andes au Mexique, des Caraïbes aux plateaux boliviens. Il se nourrit de l’oralité et de pièces portées par des poètes ou des compositeurs contemporains. En mêlant au récit des traditions musicales et spirituelles variées, certaines chansons sont en langues indigènes, telles que le nahuatl ou le quechua, et rentrent en dialogue avec des sources plus anciennes issues de l’histoire ibérique et européenne, présentes dans certaines références du programme.
Par la poésie, le rythme, la danse, la plainte ou la célébration, notre répertoire met à l’honneur les éléments qui constituent l’origine du monde, l’eau, la terre, le feu et l’air, mais aussi son abondance, sa beauté, les fruits qu’elle nous concède. Cette traversée s’appuie sur une équipe artistique choisie pour son lien avec des traditions de transmission, qu’elles soient issues du Moyen Orient, des traditions latines ou des griots africains. Dialogue inédit de cultures, Madre Selva propose un espace artistique commun qui relie les mémoires au-delà des frontières. Les percussions occupent une place structurante du programme mises en lumière par le jeu de Keyvan Chemirani et la couleur des tambours cubains d’Abraham Mansfarroll. Autour d’elles se déploie le tissage des cordes, la viole de gambe de Ronald Martin Alonso, la kora de Tunde Jegede, ainsi que la jarana et les aérophones pré-colombiens de Rafael Güel Frías, entrelaçant chaque tableau à l’intérieur du récit. Au cœur de cette matière, la voix de Diana Baroni tisse un fil qui nous conduit dans un voyage intemporel.
Concert de lancement « Madre Selva », le vendredi 10 avril à 20 h au Le 360 Paris, 32 rue Myrtha, 75018 Paris – Métro Château Rouge.
Réservations : https://le360paris.com/porfolio/diana-baroni-ensemble-vedado-ronald-martin-madre-selva/
Plus d’information le site dianabaroni.com



