« Teatro a Mil « un des grands festivals latino-américains

Les spectacles de l’édition 2026 du festival résonneront étrangement avec la victoire en décembre dernier à l’élection présidentielle du candidat d’extrême droite José Antonio Kast, qui entrera en fonction en mars prochain. Il est le fils d’un allemand, Michael Kast, officier nazi qui réussit à fuir l’Allemagne pour immigrer au Chili en 1950. Il y fonda une famille de dix enfants et développa une entreprise prospère de viandes séchées baptisée BavariaLa famille Kast défendait le gouvernement de Pinochet. Le frère aîné du nouveau président y fut d’ailleurs un jeune ministre.

C’est donc seulement trente-cinq ans après le départ du pouvoir de Pinochet, qu’une majorité de Chiliens a élu un président qui revendique pleinement son admiration pour le dictateur et son héritage. Kast a fait campagne principalement sur les thèmes de l’immigration, de l’insécurité et de la croissance économique. Son programme propose aussi de grandes coupes dans les budgets de l’État, dont les budgets de la culture, et une large déréglementation pour les entreprises, effaçant notamment des mesures liées à la protection de l’environnement. 

Cultiver la peur de l’étranger, utiliser la figure du migrant comme bouc émissaire, attaquer les mesures sociales, culturelles et écologiques… Ce sont les mêmes argumentaires, les mêmes programmes, adaptés à des contextes historiques et politiques différents, qui sont déjà à l’œuvre aujourd’hui aux États-Unis avec Donald Trump ou en Argentine avec Javier Milei.

On retrouve ces mêmes rhétoriques et stratégies chez les partis d’extrême droite du continent européen. Certains sont déjà au pouvoir, comme en Italie ou en Hongrie, d’autres s’en rapprochent, étant de plus en plus nombreux dans les parlements nationaux. Ils sont aidés, comme en France, par le développement de médias d’opinion d’extrême droite puissants, abusant de simplifications et de désinformations.

Dans les précédentes éditions du festival Teatro a Mil, j’ai découvert deux spectacles passionnants de l’auteur et metteur en scène chilien Guillermo Calderón. Avec « Villa », créé en 2011 et repris en 2023 pour le 50e anniversaire du coup d’État, il mettait en scène trois actrices qui débattaient sur l’avenir d’une maison en ruine qui avait servi de funeste lieu de torture sous Pinochet : la rénover pour en faire un lieu de mémoire ? la remplacer par un musée ou la laisser à l’abandon ? Avec «Vaca» (Vache, en espagnol) créé l’an passé, il saisissait dans une satire politique à l’humour noir, comment le désespoir politique gagnait une jeunesse marginalisée, en lutte pour sa survie sociale. Ces spectacles questionnent la société de façon sensible et nuancée, refusant les simplifications et invitant chaque personne du public à réfléchir par elle-même. Voilà une belle mission pour le théâtre d’aujourd’hui dans un monde où le fascisme revient en force et sous de multiples formes. 

L’épilogue de « La résistible ascension d’Arturo Ui »,pièce écrite en 1941 par le dramaturge allemand Bertolt Brecht en exil, ayant fui l’Allemagne nazie, est malheureusement d’une grande actualité : « Vous, apprenez à voir, plutôt que de rester les yeux ronds…