Éditions Anacaona à Paris et la victoire de Lula : le Janonismeà l’assaut des réseaux

Si vous avez suivi la campagne brésilienne ces dernières semaines, difficile d’être passé à côté. Janones commençait une bonne partie de ses vidéos et messages WhatsApp par cette formule, devenue à la fois son cri de ralliement, un mème et quasiment la bande-son officielle du second tour. À tel point que les internautes ont commencé à plaisanter sur leur impossibilité de dormir tranquillement sans recevoir une nouvelle « mission » de Janones…

Après le premier tour, son canal WhatsApp Exército do Lula (Armée de Lula) a explosé jusqu’à dépasser les dix millions de membres (dont moi !). Vidéos à partager, commentaires à poster, mots-dièse à faire monter, personnes à inviter dans le groupe… Chaque jour, Janones donnait de nouvelles consignes. Le principe ? Reprendre certaines des méthodes qui avaient longtemps fait la force de l’extrême-droite brésilienne sur Internet (rapidité, décentralisation, multiplication des relais) et les retourner contre elle. Autrement dit : faire de chaque sympathisants un relais, capable de partager, commenter et faire émerger d’autres sujets dans la conversation.

Janones n’en était pas à son coup d’essai. Dès l’élection présidentielle de 2022, il s’était imposé comme l’une des figures les plus atypiques de la communication de Lula : vidéos très directes, langage populaire et obsession pour ce qui circulait réellement sur les réseaux. Quatre ans plus tard, la méthode a changé d’échelle. Et elle commence même à voyager. On parle désormais de janonisme culturel pour désigner la circulation de ces pratiques en dehors du Brésil : des communautés politiques qui s’organisent directement sur WhatsApp et les réseaux sociaux, avec leurs propres codes, leurs relais et leurs « missions ». Ce qui s’exporte n’est donc pas simplement la sympathie pour Lula. C’est une certaine idée de la communication politique : arrêter de considérer les réseaux comme une simple vitrine et commencer à les penser comme un espace d’organisation à part entière et indispensable.

Pessoal, urgente ! : le tuto brésilien a traversé l’Atlantique plus vite que prévu. Avec, déjà, quelques différences d’interprétation… En France, une consigne a notamment circulé : bloquer massivement les comptes d’extrême droite pour réduire leur visibilité. Janones défend plutôt une autre stratégie : ne pas interagir avec leurs contenus et simplement les ignorer. L’idée est simple : commentaires, partages ou réactions restent des formes d’engagement que les plateformes peuvent interpréter comme de l’intérêt, tandis que bloquer un compte modifie surtout ce que vous voyez vous-même. Derrière les « Urgent ! », les mèmes et les notifications à toute heure, le janonisme révèle surtout une conviction : la bataille politique se joue aussi sur les réseaux. Construire ses propres relais, réagir vite et mobiliser largement devient alors essentiel pour ne pas laisser l’espace numérique à nos adversaires.