Avant même de parler de nos rencontres du mois de novembre, il me semblait important de partager avec vous ce soulagement immense que beaucoup d’entre nous ont ressenti ! Et de partager également avec vous quelques explications sur cette victoire inspirante… Ce second tour brésilien nous a tenus en haleine jusqu’au bout. Le 25 octobre, Lula a finalement remporté l’élection face à Flávio Bolsonaro, après avoir terminé derrière lui au premier tour. Et si cette remontada s’est jouée dans les urnes, elle s’est aussi jouée sur les réseaux sociaux. Au centre de cette bataille : André Janones et le fameux janonisme dont tout le monde parle…
Pessoal, urgente ! — Les gars, c’est urgent !
Si vous avez suivi la campagne brésilienne ces dernières semaines, difficile d’être passé à côté. Janones commençait une bonne partie de ses vidéos et messages WhatsApp par cette formule, devenue à la fois son cri de ralliement, un mème et quasiment la bande-son officielle du second tour. À tel point que les internautes ont commencé à plaisanter sur leur impossibilité de dormir tranquillement sans recevoir une nouvelle « mission » de Janones…
10 millions de membres actifs
Après le premier tour, son canal WhatsApp Exército do Lula (Armée de Lula) a explosé jusqu’à dépasser les dix millions de membres (dont moi !). Vidéos à partager, commentaires à poster, mots-dièse à faire monter, personnes à inviter dans le groupe… Chaque jour, Janones donnait de nouvelles consignes. Le principe ? Reprendre certaines des méthodes qui avaient longtemps fait la force de l’extrême-droite brésilienne sur Internet (rapidité, décentralisation, multiplication des relais) et les retourner contre elle. Autrement dit : faire de chaque sympathisants un relais, capable de partager, commenter et faire émerger d’autres sujets dans la conversation.
Mais le janonisme n’est pas né en 2026
Janones n’en était pas à son coup d’essai. Dès l’élection présidentielle de 2022, il s’était imposé comme l’une des figures les plus atypiques de la communication de Lula : vidéos très directes, langage populaire et obsession pour ce qui circulait réellement sur les réseaux. Quatre ans plus tard, la méthode a changé d’échelle. Et elle commence même à voyager. On parle désormais de janonisme culturel pour désigner la circulation de ces pratiques en dehors du Brésil : des communautés politiques qui s’organisent directement sur WhatsApp et les réseaux sociaux, avec leurs propres codes, leurs relais et leurs « missions ». Ce qui s’exporte n’est donc pas simplement la sympathie pour Lula. C’est une certaine idée de la communication politique : arrêter de considérer les réseaux comme une simple vitrine et commencer à les penser comme un espace d’organisation à part entière et indispensable.
Avec déjà quelques mots lost in translation
Pessoal, urgente ! : le tuto brésilien a traversé l’Atlantique plus vite que prévu. Avec, déjà, quelques différences d’interprétation… En France, une consigne a notamment circulé : bloquer massivement les comptes d’extrême droite pour réduire leur visibilité. Janones défend plutôt une autre stratégie : ne pas interagir avec leurs contenus et simplement les ignorer. L’idée est simple : commentaires, partages ou réactions restent des formes d’engagement que les plateformes peuvent interpréter comme de l’intérêt, tandis que bloquer un compte modifie surtout ce que vous voyez vous-même. Derrière les « Urgent ! », les mèmes et les notifications à toute heure, le janonisme révèle surtout une conviction : la bataille politique se joue aussi sur les réseaux. Construire ses propres relais, réagir vite et mobiliser largement devient alors essentiel pour ne pas laisser l’espace numérique à nos adversaires.
Paula ANACAONA
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