RSF condamne l’assassinat en Colombie, de Mateo Pérez Rueda, et alerte sur le silence imposé à la presse par les groupes armés en Antioquia

Mateo Pérez Rueda, âgé de 24 ans, dirigeait El Confidente, un média local de Yarumal qu’il avait lancé en 2021 et qui compte 4 400 abonnés sur Facebook. Ses collègues se souviennent de lui comme d’un jeune homme profondément lié à la vie culturelle de sa municipalité, actif dans l’atelier littéraire El sueño del pino, présent lors de festivals de poésie et engagé dans le reportage depuis des lieux où presque personne d’autre ne couvrait les événements. Selon les informations recueillies par RSF, Mateo Pérez Rueda s’était rendu à Briceño pour couvrir les récents affrontements entre l’armée colombienne et le Front 36, un groupe armé composé de dissidents de l’ancienne guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Sa disparition a été rendue publique le 6 mai.

Un jour plus tard, l’alerte institutionnelle concernant son cas confirmait qu’il s’était rendu dans la zone rurale de la municipalité pour couvrir les affrontements et soulignait la nécessité de garanties humanitaires afin de localiser le journaliste et d’apporter des réponses à sa famille. La récupération de son corps n’a été possible qu’au terme d’une mission humanitaire, mettant en évidence l’extrême difficulté d’accès au territoire. Cette opération conjointe du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et du Bureau du Défenseur du peuple de Colombie a permis de retrouver le corps du journaliste dans une zone rurale d’Antioquia, comme l’a confirmé le président Gustavo Petro sur son compte X.

“RSF condamne l’assassinat de Mateo Pérez Rueda et exprime sa solidarité avec sa famille, ses collègues et la communauté de Yarumal. Ce crime ne peut pas être traité comme un simple épisode de violence supplémentaire. Un journaliste était sur le terrain pour collecter de l’information, vérifier des faits et informer, puis il a disparu avant d’être assassiné. Tuer un reporter parce qu’il exerce son métier impose le silence à tout un territoire et prive une communauté de son droit à l’information. Les journalistes sont des civils et leur travail doit être respecté et protégé par toutes les parties au conflit. Informer ne peut jamais devenir un motif de disparition ou de mort. RSF appelle les autorités colombiennes à élucider rapidement l’assassinat du journaliste, à poursuivre tous les auteurs responsables, et à garantir la justice pour sa famille. Ce qui s’est produit à Briceño confirme que partout où le contrôle armé s’impose, le journalisme local reste exposé et les communautés deviennent de plus en plus isolées des informations dont elles ont besoin pour comprendre ce qui se passe sur leur propre territoire.