Démarchandiser. Et si le mot qui peut changer nos vies était sous nos yeux depuis toujours ? Il peut surprendre. Il dit pourtant l’essentiel. Depuis quarante ans, la logique du marché s’est imposée comme l’horizon indépassable de nos sociétés : se loger, se soigner, apprendre, travailler, boire, vieillir, mourir, tout semble devenu affaire de prix.
Pourtant, jamais l’aspiration à la dignité, à la justice et à la fraternité n’a été aussi forte. Face à l’épuisement du modèle néolibéral, une question s’impose : que devons-nous arracher au marché pour rendre à chacun le pouvoir de vivre pleinement ? Notre histoire politique porte une réponse. Elle tient en un principe simple et radical : protéger le vivant, les liens humains, les bien…
Démarchandiser, c’est refuser que nos existences soient réduites à des transactions. C’est reconstruire des droits, des services publics, des solidarités. C’est reprendre la main sur nos démocraties et notre destin collectif. Dans ce livre, Boris Vallaud trace un chemin de résistance et de refondation pour la gauche, mais surtout un horizon pour le pays : refaire de nos vies autre chose que des marchandises.
Boris Vallaud est député des Landes et président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale. Il préside le groupe PS à l’Assemblée, refuse pour l’instant de faire ce pas décisif. Ce qui ne l’empêche d’en faire d’autres, certes plus petits mais dans la même direction, en faisant émerger une idée pour imprégner le débat présidentiel celle de la démarchandisation.
En quelques semaines, Boris Vallaud est presque devenu le premier opposant à Olivier Faure au sein du Parti socialiste. Principal motif de leur désaccord : la préparation de la présidentielle et tout particulièrement la très hypothétique « primaire de la gauche et des écologistes », soutenue par Olivier Faure et contestée par le député. Lui dit vouloir parler des « idées » avant de parler du candidat.
L’élu des Landes plaide pour que « la délibération démocratique » décide « de ce qui est essentiel, de ce qui a de la valeur et ce qui n’en a pas, de l’allocation des ressources, de la gestion des biens communs ». Selon lui, il ne faut pas laisser ce pouvoir « aux lois du marché le faire, parce que la loi du marché est toujours la loi du plus fort ». Celui qui se définit comme « socialiste et par ailleurs comme un réformiste radical » estime qu’un « certain nombre d’outils de la social-démocratie ont trouvé leurs limites, se sont essoufflés ». Boris Vallaud « pose la question des limites du modèle régulateur et social-démocrate tel qu’il a existé, c’est-à-dire prévenir, redistribuer, réparer ». Selon lui, « quand la société est mise au service du marché, la dernière bastille à prendre, c’est la démocratie elle-même ». Pour sortir de la « marchandisation », « il peut y avoir des nationalisations », mais « j’en propose en réalité très peu », souligne le député qui prône, comme le reste de son parti, la nationalisation des autoroutes.
À un an de la présidentielle, le Parti socialiste n’a pas encore de candidat désigné. Boris Vallaud ne souhaite pas de primaire. Avec Raphaël Glucksmann (Place publique), Yannick Jadot (Les Écologistes et une quarantaine d’autres élus, ils appellent à construire un « projet crédible et mobilisateur » pour 2027, notamment pour faire face au Rassemblement national. Le député des Landes veut rassembler la « gauche plurielle » autour de 10 ou 15 propositions pour l’élection présidentielle, mais aussi pour les législatives qui suivront.
Boris Vallaud le sait, sa proposition peut surprendre, mais il ne cache pas son ambition de séduire toute la gauche, modérée comme radicale, voire, même au-delà. Jean-Luc Mélenchon lui-même a reconnu « l’authentique point de vue anticapitaliste » de la notion, au point de proposer un débat sur le sujet à son auteur. Car, loin d’être un simple gadget destiné à faire exister Boris Vallaud dans le débat d’idées, le concept de démarchandisation s’inscrit bien dans une histoire de la pensée critique du capitalisme et du néolibéralisme.
Si la démarchandisation est bien un néologisme de Boris Vallaud, le socialiste reconnaît aisément l’influence de l’économiste hongrois Karl Polanyi (1886-1964) dans sa réflexion. En 1944 dans son ouvrage principal la Grande Transformation, Polanyi théorise une marchandisation du monde. Ce dernier considère que, pour que le capitalisme fonctionne, il est nécessaire qu’un certain nombre de piliers de nos sociétés soient considérés comme des marchandises alors qu’elles n’en sont pas, comme la terre (la nature), le travail (les êtres humains) et la monnaie. Il nomme ces domaines essentiels transformés en biens comme les autres, des « marchandises fictives ».
Espaces Latinos
Nos vies ne sont pas des marchandises – Manifeste pour la démarchandisation par Boris Vallaud aux éditions su Seuil, 237 p., 19,90 euros.


