Disparition de Luis Puenzo, une grande figure du cinéma argentin

C’est avec La historia oficial que Puenzo accède à la reconnaissance internationale, son premier long métrage. Sorti en 1985, à peine deux ans après la fin de la dictature militaire argentine (1976-1983), le film s’impose comme l’un des premiers à aborder frontalement les crimes du régime, notamment la question des enfants volés aux opposants politiques. En 1986, il devient le premier long métrage argentin à remporter l’Oscar du meilleur film étranger, consacrant une œuvre profondément ancrée dans l’histoire nationale mais à la portée universelle. Le film entre alors en résonance avec le combat des Abuelas de la Plaza de Mayo, engagées dans la recherche des enfants disparus.

Avant ce succès, Luis Puenzo avait fait ses armes dans la publicité dès les années 1960. Fondateur de sa propre société, Luis Puenzo Cine, il y réalise courts métrages et spots publicitaires, développant un sens aigu de la narration visuelle. Cette expérience nourrit une filmographie qui, tout en s’ouvrant à l’international, reste traversée par des préoccupations politiques, historiques et existentielles.

Il signe ainsi Old Gringo, adaptation d’un roman de Carlos Fuentes, avec Jane Fonda et Gregory Peck, ou encore La peste, inspiré de l’œuvre d’Albert Camus, réunissant William Hurt et Robert Duvall. Plus tard, avec La puta y la ballena, il revient à un cinéma plus intime, confirmant son intérêt pour les tensions entre histoire collective et trajectoires individuelles.

Mais l’influence de Puenzo dépasse largement ses réalisations. Acteur engagé de la politique audiovisuelle en Argentine, il participe en 1994 à la rédaction de la loi sur le cinéma, qui garantit l’autonomie financière de l’Institut national du cinéma et des arts audiovisuels. Il est également membre fondateur de l’Académie des arts et des sciences cinématographiques de son pays et préside l’Institut National de Cinéma et Arts Audiovisuels entre 2020 et 2022, contribuant à structurer durablement l’industrie cinématographique nationale.

Avec sa disparition, le cinéma argentin perd l’un de ses auteurs les plus influents. En faisant dialoguer l’intime et le politique, Luis Puenzo aura contribué à transformer le cinéma en un véritable outil de mémoire. Son œuvre, portée par une exigence éthique autant qu’esthétique, demeure aujourd’hui une référence incontournable bien au-delà des frontières de l’Argentine.