« A bas bruit » dans le journal « Libération » de ce lundi 9 mars

Un futur dystopique où la culture ne serait pensée qu’en termes de rentabilité, de « popularité » et de thèmes « non clivants » : c’est ce qu’imaginait avec ironie l’actrice Camille Cottin dans son discours de présidente, lors de la dernière cérémonie des Césars. Dans les villes gérées par le Rassemblement national, ce futur existe déjà. Et pas seulement dans les municipalités qu’il dirige, mais aussi partout où ses thèses sont reprises et validées par la droite et le centre.

Comme le montre l’enquête de Libération, le travail de sape se fait à bas bruit, en s’en prenant principalement aux plus vulnérables. Or c’est dans les petites associations et troupes de théâtre, les festivals locaux et salles municipales, que la culture vit au plus près des publics. Faire disparaître ces artistes, c’est comme supprimer la recherche fondamentale en science : on n’en voit pas tout de suite les effets, mais on se prive de progrès à long terme. C’est se fermer tous les horizons. Les professionnels du secteur sont soumis aux injonctions des maires, hésitant entre se rebeller au prix d’être ostracisés ou faire le dos rond pour rester en place.

Face à la politique nationale peu ambitieuse qu’a menée pendant plusieurs années la ministre sortante Rachida Dati, l’échelon local, dans un contexte où le financement est très décentralisé, devient d’autant plus crucial. C’est là que la culture se vit et s’invente. Et puisqu’il faut bien le redire : non, en France, celle-ci n’est pas réservée à une élite. Elle est au contraire animée et vécue par une diversité de personnes, dont beaucoup sont précaires ou bénévoles.

On a aussi le droit de dire, sans se laisser abattre par le cynisme et le mercantilisme actuels, que la culture peut être accessible à tous sans rien perdre de son exigence. Il y a mille manières d’affaiblir le secteur, et sans doute une seule façon de le sauver : répéter inlassablement qu’une culture libre et ouverte est un service public, un cadeau pour les générations futures, et la seule garantie de la pérennité de la fameuse exception culturelle française.