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10 décembre 2019

Et maintenant, la Colombie sur les pas de Gilets Jaunes…

Il y a un peu plus d’un an, dans une France plus ou moins tranquille, éclatait un mouvement social que l’on sentait monter depuis des années, voire des décennies. De ce mouvement des Gilets jaunes, ce qui a fait le tour du monde et intéressé les médias, ce sont plus les excès de violence souvent portés par des éléments extérieurs que les revendications de fond. Du moins le pensait-on. Et pourtant, ces revendications se retrouvent aujourd’hui partout dans le monde  ! 

Photo : materx.iulm.it

Dans beaucoup de pays d’Amérique latine tournés naturellement vers la France (des pays encore calmes en avril/mai mais où le feu couvait) on s’interrogeait encore sur le pourquoi de ces évènements dans une contrée prospère et sensible aux problèmes des plus pauvres, la France de la Sécurité sociale, des 35 heures, sans grandes inégalités sociales apparentes  ; la France de la culture et du patrimoine. Et voilà que quelques mois plus tard à peine, les mêmes revendications, portées aussi par les syndicats, les travailleurs modestes, la petite classe moyenne rejoints par les étudiants ou les défenseurs de l’environnement, se sont répandues comme la poudre dans presque tous les pays d’Amérique latine  : le même malaise est partou t ! Mais il est polymorphe. 

Notre newsletter s’est déjà largement penchée sur les raisons des manifestations en Équateur puis au Chili et en Bolivie. Mais le 21 novembre, la Colombie rejoignait le chœur de la contestation mondiale des politiques gouvernementales, qu’elles soient néolibérales comme au Chili ou communistes comme celle que réfutent les étudiants d’Hong-Kong. 

Contre toute attente dans un pays qui semblait réconcilié avec lui-même après les accords de paix (hélas remis en cause par le président Ivan Duque élu en juin dernier et qui recueille aujourd’hui 69% d’opinions défavorables) et pour la première fois depuis les années 70, des centaines de milliers de personnes ont défilé pacifiquement le jeudi 21 novembre dans toutes les grandes villes de Colombie en dénonçant la politique présidentielle. Comme souvent, hélas, à ces marches spontanées se sont joints des casseurs, ce qui a terni le bilan de la journée avec une soixantaine de blessés.

Comme en France, les manifestants s’attaquaient aux velléités du gouvernement de flexibiliser le marché du travail, de rogner sur les retraites et d’en reculer l’âge d’accessibilité. Des grèves ont éclaté et sont toujours en cours. Mais la comparaison s’arrête là. Comme dans les pays voisins, les populations indiennes et noires ont aussi exprimé leur espoir que cesse la violence dans leurs territoires, qu’on arrête de les tuer, de les laisser dans leur immense isolement  car ils connaissent l’exode interne et les déplacements forcés depuis si longtemps… 

Car en Colombie c’est la question de la violence qui demeure primordiale et qui a jusqu’ici masqué tous les autres problèmes  : les accords de paix historiques avec les FARC, si difficilement conclus par le président précédent, Juan Manuel Santos, après plusieurs années de négociations (il a reçu pour cela le prix Nobel de la Paix) ne sont pas encore mis en œuvre car ils ont été jugés trop laxistes par son successeur.

Des leaders sociaux ou des anciens combattants des FARC sont assassinés, notamment dans le cadre d’une lutte anti-drogue renforcée (qui occupe presque toute la politique sécuritaire du gouvernement). L’annonce par le numéro deux des FARC, fin août, qu’il reprenait les armes aux côtés d’autres chefs rebelles pour non-respect des accords a entraîné la création d’une unité spéciale très répressive pour poursuivre les criminels sur tout le territoire  : l’insécurité, que l’on avait voulu un moment oublier, est réapparue en Colombie. Certes les FARC, on s’en souvient, s’étaient transformées en parti politique pour les dernières élections mais beaucoup se sont progressivement remises en marge de ce processus et une nouvelle guérilla se constitue. 

On comprend donc combien la Colombie peine à sortir de ce conflit de plus de 50 ans, conflit qui oblitérait les inégalités criantes en matière d’éducation et de santé, de très bon niveau sur le plan international mais essentiellement privées et extrêmement coûteuses. 

D’où ces manifestations aujourd’hui, totalement inhabituelles dans ce pays depuis les années soixante-dix et qui ne faiblissent pas. Elles sont comme ailleurs fortement portées par les jeunes et, si l’on déplore plusieurs morts (notamment à Buenaventura, la ville «  chaude  » du bord du Pacifique), dont celle d’un étudiant, Dilan Cruz, devenu le symbole du mouvement, elles restent essentiellement pacifiques. 

Un des syndicats d’enseignants très actif, FECODE, rappelle que la Colombie «  s’est convertie en une démocratie où une minorité d’entrepreneurs et de bureaucrates est favorisée tandis que la majorité doit financer leurs privilèges  », comme au Chili pourrait-on ajouter … Mais ce qui particularise cette démocratie c’est qu’un pourcentage important du PIB s’est vu employé depuis des décennies à la sécurité et non à des réformes sociales.

Le président Duque, face à la poursuite des manifestations et des mouvements de grève, a peu à peu accepté le dialogue, d’abord essentiellement avec ses ministres des Finances, du Travail et du Commerce, avec les élus, puis, mardi dernier, avec des délégués, et se dit prêt à une inflexion de sa politique très libérale mais aucun accord n’a été conclu : avocats, syndicalistes, étudiants, indigènes ou instituteurs étaient encore des milliers à défiler ce mercredi, notamment à Bogotá, Cali et Medellín, casseroles et cuillères à la main pour participer au « cacerolazo », ces concerts devenus habituels depuis trois semaines. Le dialogue national annoncé par le président Iván Duque aura-t-il lieu  ? 

Claire DURIEUX 

Un tango parisien : Le Carrasco « H » Quartet à la maison de l’Amérique latine de Paris

Photo : eltangoysusinvitados.com

Ce vendredi 13 décembre, à la Maison de l’Amérique latine (Paris 7), les airs porteños envahissent l’ambiance de la ville lumière avec les sons du tango du Carrasco « H » Quartet, un groupe trentenaire formé à Paris avec pour but d’apporter l’essence argentine en France

Formé par Juan Carlos Carrasco en 1984, le groupe met en valeur les qualités classiques du tango en s’inspirant aussi d’innovateurs tels que Astor Piazzolla. Ce groupe de renommée internationale est composé de son fondateur, Carrasco « H », au piano et à la direction, Yohann Juhel au bandonéon, Bernard Cazauran à la contrebasse et Christian Brièreau violon. 

La Maison de l’Amérique latine invite ce groupe pour un concert ce vendredi 13 à 21h dans son espace du 7èmearrondissement de Paris (métro Solférino), pour continuer à soutenir la mémoire tanguera de la ville, apportée par le groupe.

Nicolas BONILLA

La Casa de Santa Fé-Paris : Tarifs Paf : 12€ – réduit 8€ – Réservations indispensables SITE

Un temps suspendu règne à Santiago depuis quelques jours…

Il règne au Chili, depuis quelques jours, une situation étrange : tout semble suspendu à des décisions qui ne se prennent pas, celles qui permettraient soit une sortie par le haut de la crise sociale, débutée il y a maintenant cinquante jours, soit une fin de non-recevoir de la part des autorités, refusant un premier pas dans la prise en compte des attentes populaires pour un changement du modèle économique et social. 

Photo : thepublicsradio.org

L’actuelle constitution y est pour quelque chose puisque le pouvoir exécutif est entre les mains d’un président qui n’a pas la majorité au parlement et qui n’est plus soutenu que par 5% de la population (selon les dernières enquêtes d’opinion). Le principe est alors celui du consensus, et c’est ce qui a été recherché pour engager le processus d’un changement de constitution  ; mais seulement entre les parlementaires, et sans tenir compte des attentes de la «  rue  », laquelle a crié à la trahison… et continué à manifester. 

Un volet social aurait également dû être négocié, pour engager des modifications dans la répartition des richesses. Mais c’est actuellement l’impasse. Car une partie importante de la droite, descendante d’Augusto Pinochet, s’y refuse vigoureusement, soutenue en cela par les ministres désignés par le président ; et même si une partie de la droite y était favorable (y compris des industriels, le président de la banque centrale, ainsi que certains députés), l’heure n’est plus au consensus dans ce domaine. 

Le seul consensus récemment obtenu n’a concerné que le vote en urgence de lois renforçant les pouvoirs de la répression contre les «  casseurs  » : allant jusqu’à de lourdes peines de prison pour ceux qui lanceraient des pierres, mettraient des graffitis sur les abribus ou porteraient un foulard devant le visage (pourtant utilisés pour se protéger des gaz lacrymogènes).

Quant aux conditions dans lesquelles se prépare la mise en œuvre de l’accord pour une nouvelle constitution, la commission technique paritaire désignée pour cela vient de constater formellement des impasses concernant la composition et les modalités de désignation des membres de la future assemblée constituante (dont le principe doit être validé par le référendum prévu le 26 avril prochain). 

Ces carences dans la gouvernance du pays pèsent lourd dans l’ambiance actuelle, encore alourdie par les actions violentes d’une minorité de « casseurs ». Certains espèrent encore un geste significatif en faveur des revendications portées par une grande partie de la population (bien au-delà de ceux, nombreux, qui prennent toujours le risque d’aller manifester)  ; mais d’autres ont le sentiment d’un échec probable du mouvement dans sa forme actuelle. Or cela signifierait la «  victoire  » de la frange la plus réactionnaire du pays, inconsciente que la partie ne serait que remise, probablement encore plus brutale. Et c’est l’analyse faite par ceux de la droite qui acceptent l’idée d’introduire des changements, conduisant nécessairement à une modification dans la répartition des richesses, et donc à une modification significative de la politique fiscale. 

Dans ce contexte se pose en plus la question de savoir qui sont ces casseurs  ; la droite avance l’hypothèse d’une action concertée de narcotrafiquants, qui financeraient les jeunes des quartiers qu’ils contrôlent pour en renforcer l’autonomie vis-à-vis des pouvoirs publics. Mais l’analyse de sociologues est malheureusement encore plus préoccupante  : c’est la prise de conscience par la partie la plus démunie de la jeunesse que son avenir est de toutes façons sans issue dans cette société. Ils sont nombreux dans cette situation, et ils en prennent collectivement conscience  !

Michel SÉRUZIER
Depuis Santiago du Chili 

Au Pérou, la cheffe  de l’opposition Keiko Fujimori, est sortie de prison

Après treize mois de détention provisoire, accusée d’avoir reçu des fonds dans le cadre du scandale Odebrecht, la Cour Constitutionnelle péruvienne a ordonné la remise en liberté de Keiko Fujimori. Oui à la libération, mais pas encore innocentée.

Photo : la-Corix.com

« Je continuerai de répondre à l’enquête comme je l’ai toujours fait » a déclaré Keiko Fujimori le vendredi 29 novembre peu après avoir été libérée de la prison de Santa Monica, à Lima. Reste à savoir maintenant si la leader de Fuerza Popular, qui a été libérée après un recours mais qui fait toujours l’objet d’une enquête judiciaire, réussira l’énorme pari de redonner à son parti la crédibilité et la cohésion que ce procès menace d’ébranler.

Alors que d’autres cas de corruption plongent le Pérou dans l’une de ses crises institutionnelles les plus graves de son histoire (sept membres du Conseil National de la Magistrature, organisme chargé de nommer et de destituer les juges et les procureurs, ont été impliqués dans des affaires de corruption), l’affaire Odebrecht a mis, en effet, la principale force d’opposition fujimoriste dans une situation difficile.

Rappelons que Keiko (« fille bénie » en japonais) avait été arrêtée en octobre 2018 à la demande du parquet péruvien, accusée d’avoir organisé « un stratagème pour commettre un crime » et d’avoir « blanchi » de l’argent illicite pour financer sa campagne présidentielle de 2011. Selon les enquêtes, la fille de l’ancien président Alberto Fujimori avait financé une partie de la campagne présidentielle avec de l’argent versé par le géant du bâtiment Odebrecht. En 2017, des anciens dirigeants de l’entreprise brésilienne, aujourd’hui au cœur d’un scandale de pots-de-vin pour obtenir des chantiers en Amérique latine, ont déclaré avoir remis 1,2 millions de dollars en 2011. L’argent avait été « collecté » dans des cocktails, ce qui a valu à l’affaire Keiko Fujimori le nom de « Case cocktails ». 

L’ancien patron d’Odebrecht au Pérou, Jorge Barata, a reconnu avoir donné de l’argent à deux des dirigeants du parti de Keiko, Jaime Yoshiyama et Augusto Bedoya, dont les maisons ont été perquisitionnées en mars dernier. Jorge Barata avait également avoué à la justice péruvienne avoir « contribué » aux campagnes électorales d’Ollanta Humala (2011-2016), Alejandro Toledo (2001-2006) et Pedro Pablo Kuczynski, l’ex-chef de l’État élu en 2016 qui a démissionné en mars 2018 sur fond de scandale de corruption. 

Battu lors du second tour dans ses deux candidatures à la présidence (2011 et 2016), l’image du parti de la droite populiste est en chute libre et au bord d’une grave crise interne. Depuis sa défaite de justesse face à M. Kuczynski en 2016, Keiko, âgée de 44 ans, dirige l’opposition sur fond de rivalité avec son petit frère, Kenji Fujimori, 40 ans. Celui-ci est devenu une personnalité politique de premier plan, bien que pour la majorité de péruviens il soit l’enfant gâté de la dynastie Fujimori, laquelle est présente dans la vie politique péruvienne depuis trois décennies.

Le fils chéri des Fujimori a été éclaboussé par une affaire de corruption passive, révélée par une vidéo le 20 mars 2018, où on peut le voir en train de négocier un achat de votes lors de la procédure de destitution de l’ancien président Pedro Pablo Kuczinski. De son côté, sa soeur Keiko a déclaré qu’elle n’arrêtera pas de se battre pour réaliser son rêve de gouverner le Pérou, et a demandé que le Congrès lève l’immunité parlementaire de son frère. « Ce n’est pas une lutte contre la corruption, mais une lutte pour le pouvoir » a répliqué Kenji a propos de cette guerre fratricide. 

Or, dans le cadre d’une croisade inédite contre la corruption endémique qui ronge son pays depuis des décennies, l’actuel président Martin Vizcarra a proposé d’anticiper les élections parlementaires et présidentielles d’un an, soit en avril 2020 au lieu de 2021. Par conséquent, le mandat actuel des députés, ainsi que son propre mandat, prendra fin le 28 juillet prochain. C’est lui-même qui l’a annoncé, dans son message à la nation, le 28 juillet, à l’occasion du 198e anniversaire de l’indépendance du Pérou. Aussi, M. Vizcarra a précisé, et à plusieurs reprises, qu’il ne serait pas candidat à la prochaine élection présidentielle. 

En attendant la suite de son procès, Mme Fujimori a dit : « j’ai vécu l’événement le plus douloureux de ma vie », en référence à son séjour en prison. Elle est disposée à coopérer avec la justice selon son avocat, qui considère cette décision comme un « abus de droit ». En réalité, Keiko se considère victime de « persécution politique ». Mais un réconfort pour elle peut être de croire qu’au-dessus de la justice des hommes existe une autre justice suprême, à caractère divin, comme l’a écrit Mathieu dans son Evangile (V, 10) : « heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des cieux est à eux ».

Eduardo UGOLINI 

« L’Amérique ibérique : des découvertes aux indépendances » de Michel Bertrand

Michel Bertrand, professeur d’histoire et directeur de la Casa de Velázquez à Madrid, nous livre une somme dense et imposante sur la période allant de la découverte des Amériques aux indépendances, soit une période allant de 1492 à 1808.

Photo : bishopspalace.org

Dans cette histoire revisitée, les mots sont piégés. « Découverte » s’écrit avec des guillemets car lorsque les Européens mettent pied à terre, de manière inattendue, ils rencontrent un autre monde, des civilisations complexes et sophistiquées. En Europe, pour la commémoration du Vème centenaire de la découverte des Amériques, on a usé de l’expression « rencontre de deux mondes », outre-Atlantique on lui préfère celle du « choc » de deux mondes. 

En 1992, les célébrations du « Vème centenaire » de cette «  découverte  » ont été riches en hésitations, interrogations, débats, polémiques, tant il est vrai que des deux côtés de l’Atlantique, il s’agissait de renommer les choses pour ne pas ajouter aux malheurs des amérindiens vaincus après une longue domination sans partage. 

Un tournant historiographique 

Les commémorations de 1992 ont donc eu le grand mérite d’ouvrir un tournant historiographique critique et de bousculer les approches européo-centrées. L’histoire coloniale ibéro-américaine s’en est trouvée enrichie de nombreuses synthèses mais surtout l’approche de cette histoire a évolué  : «  au cœur de la démarche historienne se situe l’humain, l’acteur ou encore l’action, jusqu’alors renvoyés au statut de lucioles illusoires  ». 

En outre, les travaux de Serge Gruzinski, en particulier, ont décloisonné les regards, élargi les horizons, porté l’attention sur les circulations et les connexions entre les deux rives de l’Atlantique. Après l’économie, la nouvelle histoire prenait à son compte le concept de globalisation pour relire le passé de la «  quatrième partie du monde  », ainsi nommée en 1507 par Martin Waldseemüller, un cartographe de Saint-Dié. 

Une approche globale

Michel Bertrand aborde de manière très précise les différentes étapes de la découverte d’un continent, de sa colonisation et de sa gestion aux plans spirituel, économique, politique, culturel et anthropologique. Mais il ouvre le champ en situant l’expansion coloniale au cœur des enjeux atlantiques européens qui opposent, au XVIIIe siècle, l’Angleterre et la France. Enfin, les processus indépendantistes sont revisités à partir de travaux récents, selon une approche globale, à distance des  récits patriotiques ou des épopées anticolonialistes. 

Ce manuel a le mérite d’offrir à ses lecteurs un large panorama des évolutions historiographiques les plus récentes, de rendre compte des débats nouveaux qui animent la communauté des américanistes depuis une vingtaine d’années. Il propose aussi des descriptions très documentées par des approches micro-historiques sur les modes de sociabilité, les motivations des acteurs et les réseaux sociaux, spirituels, familiaux et financiers dans le monde des élites coloniales de plus en plus métissées. 

On dispose désormais d’un ouvrage de référence pour aborder, dans leurs profondeurs historiques, les sociétés de l’Amérique ibérique d’hier et d’aujourd’hui, avec des schémas d’étude renouvelés.

Maurice NAHORY

L’Amérique ibérique. Des découvertes aux indépendances de Michel Bertrand, Ed. Armand Colin, 272 p., 27€ 

Sanseverino fait la une de la dernière édition de « La Salida », le magazine du tango argentin

Fondée en 1994 « Le Temps du Tango » est une association culturelle loi 1901, agréée Éducation Populaire. Sa mission : faire connaître le tango argentin sous toutes ses formes : danse, musique, littérature, arts plastiques. Dans la dernière livraison une grande interview du musicien Sanseverino. 

Photo : Free copyright

Plus de six mille amateurs de tango ont adhéré à l’association depuis sa création (dont mille adhérents à jour de cotisation), venant de toute la France et d’une vingtaine de pays : Allemagne, Angleterre, Argentine, Autriche, Belgique, Canada, Colombie, Danemark, Espagne, États Unis, Irlande, Israël, Italie, Japon, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Suisse, Taïwan, Thaïlande, Turquie… Une équipe dynamique, professionnelle et volontaire, aujourd’hui composée de dix responsables bénévoles venus d’horizons divers (industrie, enseignement, santé, éducation, banque, profession artistique) et d’une quinzaine de bénévoles occasionnels participant aux activités de l’association. 
 
Des activités ouvertes à tout public : cours de danse, stages, pratiques, bals, concerts, conférences, manifestations artistiques et culturelles, publications, revue bimestrielle « La Salida »…Bref, le tango argentin des pieds à la tête. La dernière édition, n° 116, datée décembre 2019-janvier 2020 est en cours de distribution postale. En couverture un grand entretien avec Sanseverino qui a réalisé son dernier album en totale fusion avec Tangomotán

D’après Le Temps du Tango

La Salida

Un documentaire sur Pepe Mujica et Noam Chomsky auquel vous pouvez apporter votre soutien

Que peut-il arriver quand deux leaders disruptifs et critiques se retrouvent pour discuter de l’état actuel de la société ? C’est une des questions que le mexicain Saúl Alvídrez Ruiz s’est posée. Il a décidé de créer un projet qui permettrait aux nouvelles générations d’avoir une perspective différente sur la manière de faire changer les choses pour construire un futur meilleur.  

Photo : greenme.it

Pour y parvenir, il a passé cinq années à perfectionner son idée. Il lui est venu à l’esprit que la discussion idoine pourrait réunir deux des plus grands esprits actuels remarquables : le philosophe et linguiste américain Noam Chomsky et l’ex-président d’Uruguay Pepe Mujica.  Chomsky, fort de ses 90 ans, est reconnu mondialement comme étant le père de la linguistique moderne. Professeur émérite du MIT (Massachusetts Institute of Technology), il a écrit plus d’une centaine de livres. Mujica, quant à lui, âgé de 84 ans, a été l’un des présidents les plus aimés en Uruguay grâce à sa cohérence politique. Il a été un guerrillero des Tupamaros dans les années soixante, fait prisonnier pendant près de 15 ans, puis a lutté afin d’arriver à la tête de son pays.  

Après de grands efforts, Alvídrez est parvenu à réunir les deux hommes, le temps d’un week-end, dans l’ancienne maison de l’ex-président à Montevideo pour qu’ils échangent sur des sujets politiques, sur des problématiques sociales contemporaines et sur d’autres thèmes. La rencontre donnera lieu au documentaire Chomsky & Mujica.  «  [Le documentaire] explore l’amour, la vie, la liberté, le pouvoir et les principaux défis du XXIème siècle aux côtés de deux personnages extraordinaires dont les chemins ne s’étaient jamais croisés jusqu’alors  », fait remarquer le réalisateur sur la page internet du documentaire.  

Le documentaire est actuellement en post-production mais ses créateurs essayent de récolter des fonds pour pouvoir le terminer. Pour ce faire, ils ont lancé une campagne sur Kickstarter pour que quiconque cherche à appuyer leur cause puisse le faire. Sur cette page, une vidéo explique le pourquoi de sa requête et fait le point sur les avancées du documentaire.  

Pour l’instant, Chomsky & Mujica a récolté plus de 27 000 dollars, ce qui dépasse l’objectif financier initial qui était fixé à 19 000 dollars pour couvrir le processus de post-production, qui inclut le traitement des images, la composition d’une bande-son originale, l’illustration, la correction des couleurs, les dessins, le traitement sonore et les crédits. Puisque le montant désiré a d’ores-et-déjà été atteint, le film est attendu pour mars 2020.  Cependant, le financement participatif sera encore disponible sur la plateforme jusqu’à la mi-décembre. L’idée est d’atteindre désormais un objectif encore plus élevé : celui de récolter 38 000 dollars. Avec cet argent, le réalisateur compte diffuser son documentaire dans des festivals internationaux.  

Le soutien financier minimal est de 5 dollars et chaque don donne lieu à une contrepartie. Ceux qui veulent contribuer à hauteur de plus de 300 dollars recevront le documentaire dans une édition spéciale et auront également la possibilité de discuter par chat avec le réalisateur du projet pendant une heure.  

Valeria MURCIA VALDÉS
 Traduit par Nina Morelli

Version en espagnol

L’édition complète des « Chroniques » de Clarice Lispector

Antoinette Fouque, la créatrice des éditions Des Femmes, s’est de tout temps intéressée à l’œuvre de Clarice Lispector, une des plus grandes créatrices du Brésil, dont l’influence ne s’est jamais tarie dans son pays et dans le reste de l’Amérique. En dehors de sa correspondance, qui sera peut-être publiée un jour, Des Femmes peut se glorifier de proposer désormais aux lecteurs français ses œuvres complètes, nouvelles, romans et aujourd’hui ces chroniques publiées dans divers organes de presse entre 1967 et 1977. 

Photo : Lithub.com / Ed. Des Femmes

Elle parle de tout, ou presque, dans ces chroniques qui fuient systématiquement les règles généralement imposées par le genre. Une chronique doit ‒ devrait ‒ traiter d’un sujet unique qui est la base des réflexions de l’auteur. Elle doit ‒ devrait ‒ entrer dans un cadre, toujours le même d’une semaine, ou d’un jour, à l’autre  : tant de lignes, un style reconnaissable, ce qui pousse le lecteur vers un certain confort (il se retrouve facilement dans ses habitudes) qui peut finir par ressembler à une paresse intellectuelle. Or Clarice Lispector brise cela  : parfois un seul texte occupe la livraison de la semaine, parfois ils sont trois ou quatre, courts, sans aucun lien entre eux. Elle jouit de la liberté que lui ont donnée les responsables éditoriaux, et qu’ils en soient remerciés  ! Comme l’esprit de l’auteure est non seulement libre mais particulièrement ouvert, c’est un régal d’une richesse inouïe qu’elle offre généreusement à ses lecteurs des années 60 ou 70, un régal qui n’a pas pris une ride. 

S’il y a un sujet sur lequel elle évite de s’attarder, c’est l’actualité, la politique, à une époque où le Brésil était en grande souffrance. Il lui arrive néanmoins de faire exception si des êtres humains sont concernés, des Indiens d’Amazonie en danger par exemple. Ailleurs, elle dit son impossibilité d’écrire sur le Vietcong, non, elle se sent trop hors de ces réalités. Belle honnêteté à une époque où chacun avait son avis sur le sujet  ! Ce n’est probablement pas une espèce d’autocensure, cela permet en outre de laisser hors du temps ses considérations sur la littérature, sur la création, sur les petits bonheurs ou malheurs du quotidien. Ainsi, quand elle fait le portrait d’une voisine, d’un chauffeur de taxi, dix ou quinze lignes, quelques phrases, un court dialogue, et cinquante ans plus tard, sur un autre continent (et dans une autre langue) la personne évoquée est vivante sous nos yeux. 

Alors, comment lire ces plus de cinq cents chroniques  ? Premièrement avoir 24 heures sur 24, nuit comprise, le volume à portée de main. Ensuite, de temps en temps viendra l’envie, le besoin de l’ouvrir au hasard de préférence. Mais la démarche peut s’avérer dangereuse  : il est facile de se laisser prendre au piège. On est parti pour lire deux, trois chroniques et on ne  peut arrêter avant la vingtième  ! C’est un danger tellement rempli de promesses qu’il faut l’affronter sans retenue  ! 

Christian ROINAT 

Chroniques. Édition complète de Clarice Lispector, traduites du portugais (Brésil) par Claudia Poncioni, Didier Lamaison, Jacques et Teresa Thériot, avec une préface de Marina Colasanti et une postface de Pedro Karp Vasquez. Ed. Des Femmes, 473 p., 25 €. 

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