Archives quotidiennes :

19 septembre 2019

Xénophobie contre les Vénézuéliens en Colombie : Des chaussures devant la parlement…

Les autorités officielles de Colombie promeuvent une campagne contre la xénophobie envers les Vénézuéliens avant que la violence ne s’impose. Leur refuser une allocation au logement, leur lancer des cocktails Molotov et les menacer de mort sont certaines des pratiques qui témoignent d’une xénophobie palpable.

Photo : ACNUR

L’immigration et le grand nombre de Vénézuéliens en Colombie ont entraîné une série d’actions xénophobes qui alertent les autorités colombiennes. Ces actions incluent des agressions verbales aux vendeurs ambulants, le refus d’une location d’une embauche. Il est allégué, entre autres, que les médias sont les principaux véhicules de la peur et de l’incertitude car ils lient criminalité et arrivée des Vénézuéliens. Le directeur général de l’Immigration de Colombie, Christian Krüger, montre son inquiétude en s’exclamant que les Vénézuéliens arrivent en Colombie par la force à cause de la situation économique, sociale et politique du Venezuela ; beaucoup d’entre eux ont été même poursuivis par le gouvernement du président Nicolás Maduro

 Par ailleurs, d’après une étude menée par le Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés (HCNUR), les Colombiens ont exprimé beaucoup de messages de haine, de rejet et de peur vers les étrangers sur les réseaux sociaux. L’étude, ainsi, a trouvé des conversations qui généralisent et rendent invisible la situation que le Venezuela endure. Qui plus est, la recherche a montré qu’un grand nombre des Colombiens associent l’arrivée des étrangers avec le chômage, la criminalité, la prostitution et la vente de drogues. « Je suis titulaire d’un permis de séjour spécial et mes papiers sont tamponnés et certifiés. J’ai cherché du travail mais j’ai été humiliée et dénigrée. Je suis venue offrir un meilleur avenir à mes deux enfants, j’ai dû abandonner ma famille en sachant que mon père est malade et que je ne le reverrai peut-être plus jamais et devoir faire face à la xénophobie… Parfois, quand on me demande si je suis vénézuélienne, j’ai envie de dire non, même si mon âme me fait mal » dit une immigrante. 

Ainsi, pour y faire face, différentes chaussures ont été mises devant le bâtiment du Congrès colombien afin de sensibiliser les observateurs et repousser la xénophobie. Ces paires de chaussures représentent les kilomètres que les Vénézuéliens ont dû parcourir pour arriver en Colombie, ainsi qu’une histoire cachée derrière pour réaliser leurs rêves dans ce pays. « L’idée c’est de se mettre à la place de l’autre » dit Daly, un Vénézuélien déjà installé en Colombie depuis six ans. Certaines des chaussures appartiennent aux Vénézuéliens qui ont quitté leur pays à pied, d’autres en meilleur état appartiennent à ceux qui y étaient déjà établis et les ont données aux personnes qui viennent d’arriver. Bien que l’ONU affirme que la Colombie a bien accueilli les Vénézuéliens, il reste encore à sensibiliser contre la discrimination.

Andrea RICO

Le dictateur humilié : les vers du poète David Valjalo dédiés à Augusto Pinochet

Nous traduisons ici un article écrit par l’écrivain chilien Walter Garib, paru la semaine dernière dans El Clarín digital du 9 septembre, à propos d’un libelle grinçant du poète chilien David Valjalo à Augusto Pinochet. Walter Garib avait été invité aux Belles Latinas en 2012 ; il est auteur de romans et journaliste par correspondance.

Photo : Espaces Latinos

En 1974, David Valjalo écrivit un libelle sanglant adressé à Augusto Pinochet. À cette époque, le poète chilien résidait aux États-Unis depuis 1960 et les meutes de la dictature se lancèrent à sa recherche, supposant qu’il vivait au Chili. Pas un recoin du pays ne fut fouillé jusqu’aux sous-sols. L’affrontement du poète au satrape représentait le préjudice le plus grave contre l’image de celui qui tyrannisait le pays, en vertu de l’oligarchie, assassinant opposants et imposant une dictature dont la férocité était assumée. Il y avait des polémiques, mais souvent les mots ont un pouvoir plus mortifère que les armes. En temps voulu, Pinochet a lu la satire acerbe de Valjalo. L’un de ses conseillers civils qui l’accompagnait a signalé des années plus tard que le dictateur grommelait, tapait du poing sur son bureau et menaçait de descendre David Valjalo. Comme le tyran détestait la poésie, l’offense blessa sa vanité. Ici j’inclus l’exemplaire original, posé au-dessus de mon bureau, par les généreuses mains de la poétesse Gloria González Malgarejo. 

Au traître Pinochet

Quand tu voudras dire « petit connard », 
Et que tu voudras ajouter « gros connard », 
Et « assassin » et « pédé », 
Ou changer encore une fois, je préfère « félon ». 
Si tu y penses, au chacal, « grosse merde » ; 
Aux putains et bienheureux, « le coureur de jupons » ;
Hyène famélique au grand crêpe ; 
Cerveau de porc. 
Quand tu voudras dire « fils de pute »
Je recommande le corollaire suivant. 
Deux mots résument tout, 
Dis « Augusto Pinochet » et de cette façon, 
Tu as dit plus que tout un dictionnaire. 

Lautaro del Valle. 

Par précaution, David avait signé la raillerie sous pseudonyme ; cependant, au bout d’un certain temps, on connut son identité. Quelqu’un l’avait envoyé des États-Unis au Chili, laquelle fut reproduite à l’infini de manière clandestine, à savoir en pamphlets, revues, tracts, créant légitimement la paranoïa dans les appareils de répression de la dictature. Et même, des auteurs-compositeurs la mirent en musique. De plus en plus, on voyait des inconnus au siège de la Société des Écrivains, située à un pâté de maison de la place d’Italie de Santiago, qui affirmaient être écrivains néophytes, pendant qu’ils demandaient à voir David Valjalo, car ils désiraient connaître un poète international. 

À cette occasion, la romancière Teresa Hamel déclara : « Jamais nous n’avions vu tant d’écrivains analphabètes pulluler à notre siège ». La dictature n’avait pas voulu fermer la maison de la Société des Écrivains. Ainsi, elle démontrait au monde entier qu’au Chili, la liberté d’expression existait et qu’elle ne poursuivait pas les idées ni la créativité, bien qu’elle la contrôlât jour et nuit. Les taupes, étrangères à la corporation, assistaient toujours aux réunions du mardi. Et dans quel pays existe-t-il la liberté d’expression, suivant cette analyse ? Là où il n’y en a pas, on frappe ceux qui la réclament. Là où elle existe, personne n’y fait attention. 

David Valjalo, les gens croyaient l’avoir vu à plusieurs endroits dans le pays, que ce soit déguisé en prêtre, chanteur ambulant ou vendeur de breloques. On en vint à penser qu’il se cachait en Auracanie, où une maîtresse mapuche l’aurait caché dans des endroits secrets, proches du lac Budi. Même les éventuelles guérillas qui disaient opérer dans le secteur contre la dictature ne disposaient pas d’une telle clandestinité. 

David Valjalo, installé à cette époque dans la ville de Los Angeles, aux États-Unis, de 1960 à 1990, publiait la revue « Littérature chilienne en exil » et jouissait de l’amitié des écrivains de ce pays. La dictature civilo-militaro-patronale n’avait pas éclaté dans notre pays, qu’il avait commencé à organiser des comités de soutien, dont le travail jouissait d’une résonnance internationale. 

Cette histoire est encore d’actualité, à voir comment la poésie, dans notre pays, a démontré sa vitalité croissante au fil dans ans, développant ces formes pour exprimer et chanter la beauté, la joie, la douleur et les émotions, sans lesquelles il n’est pas possible de vivre. En 1988, David Valjalo serait venu au Chili, en tant que correspondant d’un quotidien anglais, où il eut l’opportunité de s’entretenir avec Pinochet en raison du plébiscite. Au comble de son audace, il l’aurait questionné sur le célèbre libelle qui l’humiliait, et le dictateur lui aurait répondu que les présidents se voient toujours exposés à ce genre de situations ; qu’il n’en voulait pas à David Valjalo, qu’il aimerait rencontrer, pour montrer qu’il ne lui était pas antipathique et qu’il n’était pas tel qu’on le jugeait. Quand on interrogeait Valjalo sur cette histoire, il souriait et se contentait de répondre : « La fiction possède un charmesupérieur à la réalité et sans elle, la littérature serait comme les prévisions météo »

Il est de notre devoir d’assumer les mots du poète mort à Santiago en 2005, pendant que son œuvre, parmi laquelle figurent aussi narration et essai, continue à vivre, grandit et est étudiée dans divers pays, tandis que le satrape, objet de la raillerie lapidaire, sombre dans le fumier du mépris. 

Traduit par Lou BOUHAMIDI
d’après Walter GARIB pour El Clarín Digital (Chili)

David Valjalo (Iquique, 1924 – Santiago, 2005) était poète, essayiste, romancier et anthologiste. Il a vécu à l’étranger trente ans, de 1960 à 1990, et a été éditeur de la revue Littérature chilienne en exil, ensuite appelée Littérature chilienne, création et critique, publication qui atteint les 14 ans d’édition sans interruption à Los Angeles (Californie) et à Madrid (Espagne). Sa poésie a été traduite en anglais, français, allemand, roumain et portugais. Il a également été nommé Directeur du Teatro de Cámara de Californie où il présenta du théâtre classique et les Expositions de Poésie en Scène, spectacles qui méritèrent les éloges du New York Times. Il a aussi été Directeur de la Société des Écrivains du Chili et Vice-président de l’Ateneo de Santiago.

Des écrivains argentins contre la censure au Brésil  et en particulier le maire de Rio de Janeiro

L’Union d’Écrivaines et d’Écrivains d’Argentine ont exprimé leur dégoût face à la croisade  homophobe  lancée par le maire évangéliste de Rio de Janeiro, Marcelo  Crivella, qui a décidé que la bande dessinée  Avengers : The  children’s  crusade(Avengers : La croisade des enfants)  ne pourrait pas être vendue à la Biennale du Livre de Rio de Janeiro, le plus grand événement littéraire du Brésil. L’entité qui regroupe les auteurs argentins a rejeté “une mesure à ce point rétrograde” *

Photo : Espaces Latinos

En tant que membres de la communauté littéraire et culturelle argentine, nous rejetons la censure et la saisie d’oeuvres  au contenu LGBTQI+ mise en œuvre par le maire Marcelo  Crivella, un fonctionnaire du gouvernement de  Jair  Bolsonaro, à la Biennale du Livre de Rio de Janeiro, déclarent les écrivains qui ont signé la pétition. L’interdiction plus que symbolique d’un baiser gay sur la couverture d’une bande dessinée représente une claire avancée répressive des politiques de la droite homophobe du président du Brésil et son alliance avec l’Église Universelle représentée par le fonctionnaire carioca. » Crivella, évêque évangélique et chanteur de gospel qui avait auparavant qualifié l’homosexualité de « comportement malin » dans un livre qu’il avait publié en 1999 sur son expérience comme missionnaire dans différents pays africains , a expliqué que « des livres comme celui-ci (au sujet de la bande dessinée Marvel) doivent être cachés dans un sac plastique noir zippé avec un avertissement à l’extérieur. ». Il a ajouté sur son compte Twitter  : « Il ne s’agit pas de censure ou d’homophobie, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent. À la Biennale, le thème des bandes dessinées a un objectif clair  : aller dans le sens des mesures du Statut de l’Enfance et de l’Adolescence. Nous voulons seulement préserver nos enfants, lutter en faveur des familles brésiliennes et respecter la loi. » 

Le livre censuré, écrit par Allan Heinberg et illustré par Jim Cheung, fait partie d’une série de nouvelles créée en 2005 à partir de jeunes personnages dérivés des super héros de Marvel, Les Avengers. L’œuvre, qui explore des thèmes variés comme l’homosexualité, a gagné de nombreux prix dans le monde. Elle a pour protagonistes deux gays  : Wiccan et Hulkling. Les déclarations de Crivella ont soulevé une vague d’indigations. Le ministre de la Cour Suprême, Celso de Mello, a qualifié la tentative de censure de « fait gravissime ». « Sous le signe d’un retour en arrière (…) une ère nouvelle et sombre s’annonce », affirma-t-il dans un communiqué envoyé au Folha de São Pablo. « Ca n’était jamais arrivé à cette Biennale, c’est une tentative horrible de censure », a déclaré Flavio Moura, de l’éditorial Todavía. « Nous rejetons tout acte de censure », a manifesté Luis Schwarcz, de la Compagnie des Lettres, une des plus grandes maisons éditoriales du Brésil. Il a aussi critiqué les tentatives pour « inscrire la société brésilienne au Moyen-Âge ». Après la croisade des inspecteurs de la Biennale, certains mirent bien en évidence toutes les œuvres au contenu LGBT qu’ils avaient à vendre en signe de protestation.   

Le youtubeur brésilien, Felipe Neto, a acheté quatorze milles publications aux thématiques LGBT et les a distribuées gratuitement samedi dernier à la Biennale. Elles portaient un adhésif qui disait  : « Ce livre n’est pas approprié pour les personnes retardées, rétrogrades et pleines de préjugés ». Neto a monté une vidéo sur sa chaîne, dans laquelle il explique pourquoi il a offert des milliers de livres  : « J’espère que, bien qu’ils n’aient pas de sympathie pour la cause homosexuelle, ils comprennent le niveau de censure et de répression que représente cette décision. Ceci est un message pour Crivella  : je l’ai fait pour que vous compreniez que vous n’avez pas les ressources nécessaires pour réprimer la population en 2019 ». 

Inès JACQUES 

Petition signée par Claudia  Piñeiro,  Ángel a Pradelli, Horacio  Convertini, María Sonia  Cristoff, Gabriela Cabezón  Cámara, Cecilia  Szperling, Enzo  Maqueira, Gonzalo Unamuno,  Alejandra  Laurencich,  Belén  López  Peiró, Gloria  Peirano, Alejandro  Horowicz Elsa  Drucaroff, Débora  Mundani, Carla  Maliandi, María  Inés  Krimer, Gabriela Franco et Eduardo  Mileo, entre autres.  

D’après un article traduit de Silvina Friera publié dans l’éditorial Página 12 le 10 septembre 2019.

« Bacurau », une réalisation  de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles en salle le 26 septembre

Même s’il n’y avait qu’un seul film latino en compétition officielle cette année à Cannes, le beau  Bacurau de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles a reçu le Prix du jury ex æquo , présidé parAlejandro Gonzalez Iñárritu

Photo : Allocine

Kleber Mendonça Filho  avait été révélé avec  Les Bruits de Recife. Il avait déjà été en compétition à Cannes en 2016 avec  Aquarius,  portrait de sa ville Recife, prête à tout démolir, et portrait d’une femme de 60 ans qui se bat pour garder son appartement. Cette année, le film présenté au festival est  Bacurau.  « Bacurau »  signifie en portugais «  engoulevent », un oiseau crépusculaire et nocturne qui se camoufle très bien quand il se repose sur une branche d’arbre.  Juliano Dornelles  dresse le parallèle entre l’animal et le village :  « Il ne sera remarqué que s’il a lui-même envie d’apparaître. Le village de Bacurau se porte ainsi, il est intime du noir, il sait se cacher et attendre, et préfère même ne pas être aperçu. » 

Écrit par les deux réalisateurs, ce scénario de western, de film de fiction et de film de Cangacero était proposé en début de Festival et se déroule dans un futur proche… On arrive dans un village dans le sertão, qui porte le nom d’un oiseau de nuit, par une route jonchée de cercueils qui se brisent sous les roues d’un camion-citerne qui vient ravitailler des habitants, mis au régime sec par les puissances qui contrôlent les barrages de la région.  Teresa, interprétée par  Barbara Colen, a profité du camion pour revenir dans son village natal, à temps pour les obsèques de sa grand-mère,  Carmelita, doyenne de  Bacurau. Quelques jours plus tard, les habitants remarquent que le village a disparu de la carte…

Très diffèrent d’Aquarius, il s’agit d’un film qui se passe dans un futur de résistance. Mais le Nordeste a beaucoup changé, et le fascisme n’est pas très loin. Toute une population sera rayée de la carte. Il s’agit donc d’une fable politique, même si le film a été tourné avant les dernières élections. À la présentation d’Aquarius à Cannes, toute l’équipe du film n’avait pas hésité à sortir des panneaux marqués « Sauvez Dilma ».

Avec  Barbara Colen,  Sonia Braga en médecin alcoolique  et  Udo Kier en nazi américain. Un peu déroutant mais à voir à partir du 25 septembre. 

Alain LIATARD

SITE

Au Nicaragua, les évêques appellent à garder espoir. Des belles paroles ?

À l’occasion des festivités nationales, la Conférence épiscopale du Nicaragua a adressé un message de soutien «aux fidèles chrétiens catholiques, et aux hommes et aux femmes de bonne volonté». Un message d’encouragement et d’accompagnement spirituel bienvenu dans le climat social très tendu au Nicaragua. 

Photo : La Croix

Dans une déclaration commune, les évêques du Nicaragua ont rappelé que «la vérité et le pardon sont les fondements et le chemin vers la paix». Ils ont choisi de s’exprimer dimanche 15 septembre, à l’occasion de la fête nationale commémorant l’indépendance du Nicaragua, mais aussi de la fête de la Vierge des Douleurs. «Après près d’un an et demi de souffrance et de douleur, nous avons vécu dans notre propre chair la Passion de Notre Seigneur Jésus Christ», déclarent-ils. 

Sans pointer du doigt ni porter d’accusation, le message des évêques vise avant tout à soutenir spirituellement les catholiques en leur proposant de se poser les bonnes questions dans une situation de crise dont le pays n’arrive pas à se sortir. Se présentant comme des compagnons de route, ils proposent des réponses éclairées par la foi.  

Le texte met à plat les interrogations existentielles qui tourmentent les esprits : «Comment pardonner tant de cruauté subie, et est-il impossible de panser toutes ces blessures ?», «Est-il possible d’aimer ceux qui ferment les portes de leur cœur  au Christ ? Comment garder l’espérance quand tout porte à croire qu’il n’existe aucun pouvoir capable de résoudre notre crise ? Que faire quand la voix de la société civile ne compte pas ? » L’épiscopat se fait porte-parole des masses citoyennes qui demandent du changement et des réformes profondes. «Les inégalités économiques, le chômage et la corruption semblent être des maux endémiques difficiles à corriger, condamnant plusieurs groupes sociaux à être injustement exclus et à rester invisibles, comme le sont les migrants, les femmes, les jeunes, les personnes handicapées, les groupes ethniques, etc…» 

Dans leur message, les évêques mettent en lumière le cas de conscience que rencontrent les catholiques nicaraguayens qui travaillent pour des institutions qui ne correspondent pas à leur valeur mais qui les tiennent par la faim. 

Ces questions sont aussi essentielles pour trouver un terrain ferme où entreprendre la reconstruction de la société nicaraguayenne  :  «Comment contribuer à la résolution de problèmes sociaux et politiques urgents et répondre au grand défi de la pauvreté et de l’exclusion ? Comment le faire dans un pays qui traverse une crise politique, sociale et économique profonde, dans lequel semble s’initier une nouvelle étape, avec les défis qu’elle introduit pour le vivre-ensemble démocratique ? ». 

Selon eux, une des racines du malaise au Nicaragua est la crise de confiance qui, en agissant comme un  «virus», a contaminé toutes les relations quotidiennes. Perte de confiance en les autorités, perte de confiance en les institutions, perte de crédit quant à la viabilité des projets politiques… Cette méfiance s’est répandue, introduisant des tensions dans les familles, éloignant chacun de son prochain et créant des groupes fermés et isolés.  «C’est impossible de grandir dans la méfiance  !», soulignent les évêques. 

Au contraire, il faudrait valoriser la confiance avec la «culture de la rencontre» qui induit l’attitude plus active de prendre soin de l’autre, le faire grandir avec sa liberté.  «Il ne s’agit pas seulement de « tolérer » autrui mais de « célébrer » nos différences, en les exprimant  librement, avec prudence et respect, pour enrichir la richesse de nos idées et valeurs» écrivent les évêques, en reprenant des principes souvent mis en valeur par le Pape François. 

Les évêques s’adressent tout spécialement aux jeunes, qu’ils encouragent à continuer d’apporter leur pierre à l’édifice national «par leurs études et leurs formations, avec leur énergie et leur soif de justice et de liberté avec tous les moyens pacifiques à leur portée». Pour cela, ils se réfèrent au discours du Pape François, au cours des Journées Mondiales de la Jeunesse à Rio de Janeiro  en 2013 : «Ne vous placez pas en queue de l’histoire, soyez les protagonistes ! Manifestez-vous en avant ! Marchez en avant ! Bâtissez un monde meilleur, un monde de frères, un monde de justice, d’amour, de paix, de fraternité solidaire !». 

Les évêques appellent les fidèles à ne pas baisser les bras et à garder espoir. Ils donnent des exemples de figures saintes qui ont aimé sans limite dans l’adversité de régimes oppresseurs : Saint Oscar Romero et Frère Odorico d’Andrea. Ils affirment qu’aujourd’hui plus que jamais, le Nicaragua doit être capable d’aimer «en réponse au système de haine et de mort en place, qui dissimule l’action de Dieu»

Cécile MÉRIEUX,
Cité du Vatican

Notre opinion

Ces belles paroles suffiront-elles à mettre en oeuvre suffisamment de moyens pour redresser la situation politique et économique d’un pays en crise ? Derrière l’exhortation à l’amour universel, on peut aussi y voir une incitation ténue à l’insurrection, et un appel à l’aide dirigé à la jeunesse. Espérons que l’assise religieuse ait un impact sur les décisions politiques.

 Lou BOUHAMIDI

Un premier roman mexicain  : « Parmi d’étranges victimes » de Daniel Saldaña París

Un premier roman est le plus souvent regardé avec curiosité par le public et les critiques  : comment évoluera le jeune auteur  ? Corrigera-t-il ce qui est apparu comme défauts de jeunesse, confirmera-t-il l’originalité de ses phrases et de ses idées  ? Parmi d’étranges victimes est un peu hors du temps. Il est moderne (si ce mot veut dire quelque chose  !) et fait penser aux romans nord-américains de la grande époque hippie tout en se situant dans un Mexique plus vrai que le vrai.  

Photo : Editions Métailié

Un homme dont le principal souci est de décider qui l’emportera, de la poule qui erre sur le terrain vague voisin de chez lui ou de la secrétaire un peu rébarbative par son physique et son caractère, mais disposée à un rapprochement sentimental, cet homme ne peut être fondamentalement mauvais. Un peu bizarre peut-être. 

Rodrigo Saldívar, qui aurait pu briguer des postes prestigieux, est resté modeste « administrateur de connaissances » (c’est lui qui a créé le terme) dans un musée de Mexico, sans chercher à s’élever, cela ne l’intéresse pas du tout. D’ailleurs, que veut dire « s’élever »  ? Tout est tellement relatif. Sa petite vie lui convient, il collectionne les sachets de thé usagés et pratique au quotidien l’observation affectueuse de la poule d’à côté. 

Rodrigo est le rejeton de parents séparés qui vécurent, après le drame d’octobre 1968, le massacre des étudiants de la Place des Trois Cultures, la grande libération post-soixante-huitarde. Il en est l’exact opposé, et père et mère, mère surtout, ne comprennent pas ce « retour en arrière ». 

Assez vite, une longue parenthèse nous éloigne de cette atmosphère étouffante, une bouffée d’air frais et international qui présente des personnages jusque là inconnus qu’on retrouvera bientôt dans le contexte d’origine, le Mexique de ce pauvre Rodrigo. 

La province mexicaine vue par Daniel Saldaña París n’est pas plus enthousiasmante que la capitale. Le séjour du malheureux Rodrigo (mais est-il vraiment malheureux, au fond  ?) s’éternise dans une vague université perdue au milieu du désert, ce qui lui permet de nouer des liens, un peu lâches c’est vrai, avec des personnages sortant de son ordinaire et de découvrir une hypnose pas du tout catholique. 

Roberto Bolaño a laissé des traces au Mexique  : sa généreuse influence semble se manifester chez Daniel Saldaña París, par exemple l’apparente banalité de la surface qui recouvre une profondeur certaine de ce qui est évoqué (vie quotidienne et psychologie qui ne sont jamais décrites ou commentées mais seulement énoncées parmi des actes ou des pensées), ou cette façon de faire vivre sous nos yeux des personnages secondaires, comme ces universitaires dont on a du mal à séparer la vacuité et la richesse ou encore les longues parenthèses dans le récit qui sont de véritables petits romans à l’intérieur du roman. 

Les contradictions qui caractérisent tous les personnages du roman, rendues très visibles par l’auteur mais dont ils sont inconscients, ne sont-elles pas une définition possible de tout humain  ? Chacun de nous est-il capable de découvrir la « trame de [son] existence », comme se demande Rodrigo  ? 

Parmi d’étranges victimes est un de ces premier romans qui, parce qu’il est tellement prometteur et original, oblige à attendre la suite  : El nervio principal, publié l’an dernier, a été chaleureusement accueilli par la critique mexicaine. 

Christian ROINAT 

Parmi d’étranges victimes de Daniel Saldaña París, traduit de l’espagnol (Mexique) par Anne Proenza, 288 p., ed. Métailié, 20 €. 

Daniel Saldaña París en espagnol  : En medio de extrañas víctimas / El nervio principal, ed. Sexto Piso, Madrid. 

Un concert de cumbia avec le trio AA’IN à l’Opéra Underground de Lyon

Le vendredi 27 septembre, à l’Opéra Underground de Lyon, se tiendra un concert de cumbia mêlant traditions vénézuéliennes et colombiennes. Aux confluences de deux pays à la fois voisins et distincts, la musique hybride de Rebecca Roger (chanteuse vénézuélienne), Sergio Laguado (guitariste colombien) et Felipe Nicholls (contrebassiste colombien) vous fera voyager dans l’imaginaire musical d’Amérique latine.  

Photo : Opéra Underground de Lyon

Le concert de cumbia, qui durera 1h30 à l’Opéra de Lyon vendredi, est une proposition musicale ancrée dans plusieurs cultures. La chanteuse apporte les couleurs du Venezuela et les musiciens évoqués plus tôt donnent des tons colombiens à la musique produite. De fait, ils ont en commun un amour de la musique traditionnelle et créent une nouvelle tradition musicale. Leurs cultures musicales respectives se mêlent pour produire un nouveau type de musique. 

« Aa’in » signifie « âme » dans la langue indigène wayuu. Ce peuple vit sur un territoire ancestral qui chevauche justement le Venezuela et la Colombie, les deux pays représentés dans la musique proposée. Les artistes tentent de mettre en avant ce qui unit et rassemble les deux pays voisins. Une attention toute particulière est portée aux  joropos, ces rythmes des plaines colombiano-vénézuéliennes (ou llanos) où les frontières disparaissent pour laisser place à une musique internationale. Le groupe Aa’in, par son nom et sa musique, représente tout à fait cette union de deux cultures. 

 A cette occasion, Aa’in est rejoint par deux grands virtuoses vénézuéliens. Jorge Glem est un joueur de cuatro, un instrument national principalement utilisé dans des contextes folkloriques. Jorge l’applique aussi à la musique classique, au jazz et à toutes les musiques contemporaines. Vous pourrez aussi y admirer le maraquero Manuel Rangel, grand héritier de la tradition  Llanera  qui a produit les grands virtuoses d’une percussion trop méconnue. C’est une occasion à ne pas rater. 

Inès JACQUES  

Underground

Visa pour l’image 2019 : Guillermo Arias récompensé du Visa d’or pour son travail sur les caravanes de migrants

Le photographe mexicain Guillermo Arias (AFP) a remporté samedi 7 septembre le Visa d’or pour son travail sur les caravanes de migrants d’Amérique centrale qui se dirigent vers les États-Unis. C’est la troisième fois en cinq ans qu’un photographe de l’AFP décroche ce prix. Le festival Visa pour l’Image, qui a lieu à Perpignan du 7 au 15 septembre, est considéré comme le plus grand rassemblement photojournalistique au monde. Le reportage de Guillermo Arias, réalisé entre 2018 et 2019, sera exposé jusqu’au 15 septembre à Perpignan. 

Photo : Paris Mach

Interviewé par Laure Etienne pour Paris Match News, le photographe indépendant a déclaré  : « J’ai été très surpris. Les travaux de mes collègues finalistes [Ivor Prickett, Goran Tomasevic  et  Lorenzo Tugnoli] sont incroyables et puissants. En comparaison, le mien est plus discret.(…) Être invité par le festival et voir mon travail exposé, c’était déjà un rêve devenu réalité. Je suis vraiment heureux. » Il a ajouté : « Je suis très ému, très honoré, d’être récompensé par le plus prestigieux festival de photojournalisme au monde » à l’AFP après la remise du prix. 

Les spécialistes ont particulièrement salué son travail à la fois engagé et poétique. Pour Marielle Eudes, Directrice de la Photo à l’AFP, cette récompense « salue le travail au long cours de Guillermo, un photographe à la fois humble et extrêmement talentueux, qui porte un regard singulier, sensible, et toujours à la bonne distance sur les thématiques migratoires liées à la frontière. Il réalise depuis plusieurs années un travail extrêmement précieux pour documenter ce qui se passe sur cette frontière, qu’il a parcourue de très nombreuses fois. » 

Guillermo Arias est un photographe indépendant local qui travaille principalement sur les questions de migration. Dans son interview à Paris Match News, il a déclaré que « ce sujet constitue la part la plus importante de [s]on travail. [Il] habite à Tijuana au Mexique, les problématiques frontalières font partie de [s]on quotidien. [Il] avai[t] commencé à [s’]intéresser à cette question avant même de [s’]établir dans la ville. Entre autres lorsqu’[il] travaillai[t] pour Associated Press. ». 

Pour traiter de thématiques complexes comme les migrations, l’artiste a une méthode bien à lui  : « C’est le point de vue d’une personne qui vit sur place, qui connaît l’histoire et qui ne veut pas tomber dans les stéréotypes« , a-t-il déclaré en fin de semaine. « Mes images ne sont pas aussi dramatiques que si elles avaient peut-être été prises par un photographe occidental. Je n’aime pas l’idée de victimiser mes sujets, il y a assez de drame comme ça autour d’eux« , avait-il ajouté. 

Cette distance et cette pudeur relèvent d’un profond respect pour les migrants qu’il a accompagnés. Artiste engagé, il a suivi la première caravane de migrants d’Amérique centrale avec beaucoup d’intérêt. « J’ai voyagé avec la “caravane” pendant douze jours d’affilée, dans le sud du Mexique. La journée, je voyais ce qu’ils vivaient, mais le soir je les quittais. J’avais la chance de pouvoir avoir un vrai repas et de dormir dans une chambre. Ensuite, je les ai attendus dans le nord du pays. En tout, j’ai passé quatre mois à couvrir le sujet. » a-t-il déclaré dans son interview à Paris Match News. C’est ainsi qu’il considère son rôle de photographe. 

Le phénomène migratoire étudié dans son documentaire a démarré en 2018 et s’est renouvelé depuis. La première caravane de migrants d’Amérique centrale s’est formée et dirigée vers les États-Unis en 2018, il y a un an environ. C’était une nouvelle forme de migration  : la migration en masse. Les migrants recherchaient un travail, une vie meilleure, ils fuyaient la violence et la peur instaurées par les gangs et les narco-trafiquants au Mexique. 

Ce phénomène s’est renouvelé par la suite, ce qui a suscité la colère de Donald Trump et une augmentation des tensions entre les États-Unis et le Mexique. Selon le photographe Guillermo Arias, ce phénomène est mondial et doit être mis en lumière par les photographes. « Le plus important, c’est qu’on puisse donner de la visibilité à ce problème des migrants, qui est universel. Et si à travers les migrants centraméricains, on peut mettre la lumière sur tous les migrants du monde, c’est notre rôle« , a-t-il déclaré à l’AFP après avoir reçu sa récompense. 

Guillermo Arias succède à la française Véronique de Viguerie, la première femme à décrocher la récompense du  Visa d’or Paris Match News en 20 ans. C’était seulement la cinquième depuis la première édition du festival en 1989. 

Le festival récompense souvent des photographes engagés pour des causes dramatiques, mondiales et locales. Ainsi, le Belge Laurent Van der Stockt fut lauréat en 2017 pour sa couverture de la bataille de Mossoul en Irak. 

Lors de cette 31ème édition, les autres nominés pour le Visa d’or étaient le photographe irlandais Ivor Prickett (The New York Times) pour « La fin du califat » du groupe État islamique en Irak/Syrie, le Serbe Goran Tomasevic (Reuters) pour « Une autre guerre civile en Libye » et l’Italien Lorenzo Tugnoli (The Washington Post / Contrasto-Rea) pour la crise au Yémen. 

Francesco Anselmi (Contrasto) a reçu le Visa d’or de la presse quotidienne, Abdulmonam Eassa (AFP) le Visa d’or humanitaire du CICR, Frédéric Noy le prix de la Région d’Occitanie, William Albert Allard le Visa d’or d’honneur du Figaro Magazine et « made in france » (un documentaire réalisé pour le site d’investigation Disclose) pour le Visa d’or de l’information numérique France Info, entre autres. 

Guillermo Arias, le grand gagnant de ce festival, est un photographe à surveiller. Nous le retrouverons très certainement sur la place publique. « Je compte continuer à travailler sur la migration. Étant établi à Tijuana, j’habite pour ainsi dire dans mon sujet. » a-t-il déclaré dans son interview à Paris Match News. 

Inès JACQUES

SITE 

Articles par mois

Articles par catégorie