Archives quotidiennes :

12 septembre 2019

En décembre prochain vingt mille participants sont attendus à la COP 25 au Chili

Du 2 au 13 décembre, le Chili tiendra la vingt-cinquième Conférence mondiale sur le climat à Santiago de Chili. D’après le sous-secrétaire de l’Intérieur Rodrigo Ubilla, l’événement attend une fréquentation de plus de vingt mille participants internationaux et d’environ cent mille participants chiliens aux activités du forum sur l’environnement.

Photo : Climate Chance

Différents fonctionnaires de l’État seront mobilisés tout au long de la conférence afin d’assurer la sécurité. Le ministère de la Santé, les carabiniers, la police judiciaire et les douaniers y seront notamment présents. « Sept commissions surveilleront la conférence pendant les vingt jours de son déroulement avec des standards de sécurité » affirme Ubilla. Celui-ci a également déclaré que le Chili est un pays qui subit régulièrement des catastrophes naturelles telles que les tremblements de terre ou les éruptions volcaniques. Les délégations internationales seront donc informées des risques liés à ces phénomènes. « Le Chili est prêt » a-t-il affirmé. Les services publics de santé seront également prévus en cas d’épidémies spéciales.

Par ailleurs, le Chili promet d’avancer dans la protection des océans et de l’Antarctique en tant que pays hôte de la conférence, ainsi que dans l’électro mobilité, les énergies renouvelables, l’économie circulaire et la préservation des forêts, des écosystèmes et de la biodiversité. D’ailleurs, le président chilien, Sebastián Piñera, a déclaré en juin qu’il mènera un plan de fermeture de huit centrales à charbon pour 2024 et leur retrait total pour 2040 afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Il souhaite encourager la production d’énergies renouvelables.

De plus, pour encourager les alternatives écologiques et durables, trente-six jeunes européens se rendront à la Conférence à Santiago de Chili en passant par la mer. Leur voyage durera sept semaines. Cette initiative sera subventionnée par le Ministère néerlandais des transports, des travaux publics et de la gestion des eaux ainsi que par la compagnie ferroviaire ProRail. Ils partiront de Scheveningen aux Pays-Bas le 2 octobre et arriveront à Rio de Janeiro à bord d’un voilier. Ils finiront le trajet en bus jusqu’à Santiago. 

Le Chili tend à être le pays à neutralité carbone d’ici 2050 et, de la même manière, à utiliser l’énergie électrique dans la totalité du transport public d’ici 2040 au lieu de 2050. 

Andrea RICO

Sept pays d’Amérique latine s’engagent à protéger l’Amazonie. Et la France ?

La Colombie, le Brésil, la Bolivie, l’Équateur, le Pérou, la Guyane et le Surinam ont signé un pacte pour la protection de la plus grande forêt tropicale au monde, lequel prévoit une surveillance par satellite et une intervention coordonnée en cas de sinistre. A l’occasion du sommet du G7, la France s’est mobilisée et a rassemblé les moyens de l’État et les aides offertes par le secteur privé, notamment le groupe de luxe LVMH et la Fondation Airbus.

Photo : GEO

Sept pays amazoniens ont signé vendredi un pacte pour la protection de la plus grande forêt tropicale au monde, lequel prévoit une surveillance par satellite et une intervention coordonnée en cas de sinistre, en réponse aux récents incendies qui ont ravagé des milliers de kilomètres carré de forêt. Colombie, Brésil, Bolivie, Équateur, Pérou, Guyana et Surinam sont parties prenantes de cet accord. Le Venezuela, qui n’avait pas été invité, et la France, dont le territoire d’outre-mer de Guyane compte aussi une vaste superficie amazonienne, manquaient à l’appel. Le président colombien Ivan Duque, hôte du sommet dans la ville de Leticia, a indiqué qu’il s’agissait d’un « mécanisme de coordination » et que les pays se réuniraient de nouveau lors de la conférence des Nations unies sur le climat en décembre.

« Nous signons un pacte, le Pacte de Leticia, pour nous organiser, travailler de façon harmonieuse sur des objectifs communs (…) qui nous engagent et nous poussent à protéger notre Amazonie », a déclaré le président colombien Ivan Duque, qui avait convoqué cette réunion en urgence avec son homologue péruvien Martin Vizcarra.

Durant le sommet de vendredi, auquel il a participé par visioconférence, le président brésilien Jair Bolsonaro a déclaré que ce pacte constituait une réaffirmation de la souveraineté de chacun des pays amazoniens. Il a dénoncé le mois dernier des « interférences » étrangères sur la question de l’Amazonie, ciblant particulièrement Emmanuel Macron avec lequel il s’est livré à une guerre de mots qui a viré à la crise diplomatique. « Nous devons prendre une position ferme de défense de la souveraineté afin que chaque pays puisse sur son territoire développer la meilleure politique pour la région amazonienne, et ne pas la laisser aux mains d’autres pays », a-t-il expliqué lors d’une vidéo-conférence depuis le Brésil.

Et la France ?

En dépit de son absence, la France participe aussi à la lutte contre les incendies en Bolivie. Après les décisions prises par le président Emmanuel Macron à l’occasion du sommet du G7, la France s’est mobilisée et a rassemblé les moyens de l’État et les aides offertes par le secteur privé, notamment le groupe de luxe LVMH et la Fondation Airbus. Les ministères de l’Europe et des Affaires étrangères (centre de crise et de soutien) et de l’Intérieur (sécurité civile) ont uni leurs moyens humains, budgétaires et logistiques afin de constituer une aide opérationnelle en direction de la Bolivie, à sa demande.

D’après La Tribune

Le peuple mexicain a perdu ses plus belles couleurs avec le décès de Francisco Toledo

L’artiste mexicain Francisco Toledo, reconnaissable par sa barbe blanche et ses cheveux noirs bouclés, est décédé ce jeudi 5 septembre. Il avait 79 ans. Cet artiste plasticien originaire de la région d’Oaxaca était un des plus grands artistes indigènes au monde. Certains le considéraient même comme l’héritier de Rufino Tamayo. Aussi connu pour son engagement pour les causes environnementale, indigène, sociale et culturelle au niveau local ; Francisco Toledo est une fierté nationale qui laisse son pays endeuillé et sans couleurs.

Photo : Thomas Bravo

« L’art est en deuil. Le maître Francisco Toledo est décédé, grand peintre originaire de (l’Etat de) Oaxaca, gardien extraordinaire de notre culture, nos coutumes, des traditions de notre peuple et défenseur de l’environnement », a écrit jeudi soir le président mexicain Andrés Manuel Lopez Obrador sur Twitter.

Francisco Toledo était avant tout un artiste aux multiples facettes. Il était explorateur de l’art. Il a été peintre, il a pratiqué la gravure, le travail de la céramique, la sculpture, la moulure, le collage, la fresque, l’aquarelle… Il était aussi un maître et éditait des livres.

« Toledo a (…) rendu poreuses les frontières entre les arts visuels, la littérature, le design, l’artisanat, l’architecture, le jeu, l’enseignement, l’engagement social et l’écologie », a écrit le ministère de la Culture pour présenter l’exposition Toledo Ve qui a lieu en ce moment à Mexico.

Son art se caractérise par le foisonnement animalier, l’érotisation de la réalité et l’inspiration indigène. Il ne recherchait pas la beauté mais plutôt la représentation d’une réalité quotidienne pas toujours belle et esthétique. D’où le choix des insectes, des iguanes, des poissons, des chèvres, des singes, des lézards, des crapeaux, etc. dans ses œuvres. Amoureux de la nature, des cultures indigènes et de sa région, il exprimait cet amour par son art.

C’était aussi un art figuratif engagé. Tout d’abord engagé parce que Francisco Toledo représentait une réalité quotidienne locale. En témoigne son œuvre intitulée « Barriendo Sapos » réalisée en 1971 qui montre une scène quotidienne de son enfance à Juchitan. Son engagement en art était ensuite social et politique. Il a par exemple élaboré et fait voler quarante-trois comètes avec les visages des étudiants disparus d’Ayotzinapa en 2014 selon la coutume locale des papalotes (terme venant du nahuatl papalotl qui signifie papillon) lors du Jour des Morts. Cette coutume est une manière de communiquer avec les morts car, selon les croyances, leurs âmes descendent sur Terre pour consommer les offrandes puis remontent dans le ciel. Francisco Toledo cherchait ainsi à protester contre le manque d’informations et de recherches pour retrouver ces étudiants et tentait de les chercher dans le ciel.

C’était enfin un artiste mondialement connu, dont les œuvres ont une côte exceptionnelle. Son tableau intitulé Tortuga poniendo huevos (Tortue pondant des œufs) s’est ainsi vendu à plus d’un million de dollars lors de la vente d’automne d’art latino-américain chez Christie’s à New York en 2018. Inspirateur de plusieurs générations d’artistes, Francisco Toledo a vu ses œuvres exposées à New York, Paris, Londres ou Tokyo.

Cependant, le plasticien ne doit pas sa popularité uniquement à son travail artistique. Il est reconnu pour son engagement pour la protection de l’environnement, la préservation des cultures indigènes et du patrimoine culturel local.

Afin de conserver et d’exporter la culture d’Oaxaca, il a fondé le Musée de l’art contemporain d’Oaxaca, l’Institut des Arts Graphiques d’Oaxaca et le Centre des arts de San Agustín. « Il a fait d’Oaxaca une des capitales culturelles non seulement du pays, mais de tout le continent (…). Ça a été le grand promoteur de la culture d’Oaxaca », a expliqué Nicolas Alvarado, médiateur culturel, à la chaîne locale Foro TV.

Son engagement social à l’échelle locale n’a cessé de croître face à la violence croissante au Mexique. « Je ne suis pas devin, mais je crois que la réalité de ce pays ne change pas (…). La réalité de ce pays est de plus en plus dramatique », avait-il déclaré à l’Agence France-Presse en août 2017 à ce sujet. « Il s’était aussi engagé contre les projets des promoteurs qui menaçaient le centre historique de la ville » a déclaré le New York Times. Francisco Toledo était ainsi un acteur majeur de la vie culturelle quotidienne à Juchitan.

Ce jeudi, dès l’annonce de sa mort par le gouvernement mexicain, de nombreux messages en son hommage ont été postés. Francisco Toledo a touché tous les publics, tant les personnalités politiques et artistiques très connues que le peuple mexicain. Étant donné la discrétion habituelle de l’artiste quant à sa vie privée, la famille de Francisco Toledo a demandé à ce qu’il n’y ait aucun hommage officiel. Elle a appelé au respect de l’homme qu’il était.

Toutefois, les hommages informels se sont multipliés. Il y eut une réunion spontanée d’un groupe de personnes à l’Institut des Arts Graphiques en son hommage ainsi qu’un dépôt de fleurs au Palais des beaux-arts à Mexico. Et quoi de mieux, finalement, pour lui rendre hommage, que de se rendre à l’exposition « Toledo Ve » qui a lieu en ce moment à Mexico au Musée National des cultures populaires, et qui est justement dédiée à l’art de Francisco Toledo  ?

Inès JACQUES

CNN en espagnol

Retour sur le documentaire « Le grain et l’Ivraie » au cœur de l’actualité…

Photo : Allociné

Le film de Fernado Solanas Le grain et l’ivraie, sortie en avril dernier reste au cœur de l’actualité, Un de nos rédacteurs, économiste de formation, nous énumère les raisons pour voir de toute urgence ce documentaire.

L’Argentine est sur le point d’élire un nouveau président, dans un contexte de grave crise économique ; or l’agriculture est le moteur principal de cette économie. Ce modèle repose sur une désertification (humaine et végétale) des espaces ruraux, pour consacrer la terre à la production intensive du soja ou du coton (OGM l’un et l’autre) ; et un usage intensif des produits pesticides et engrais synthétiques.

C’est ce même modèle que le président brésilien Bolsonaro veut généraliser en Amazonie, par la déforestation (les incendies étant un moyen pour en accélérer l’implantation !). L’accroissement de la production qui en résulte (à moindre coût) nécessite de nouveaux débouchés ; d’où l’accord en cours de validation avec la communauté européenne.

Cela conduira à la remise en cause des modes de production agricole en Europe (dont le feu vert est en perspective pour faciliter le plus possible l’épandage des produits phytosanitaires, au ras des zones habitées). Et plus généralement une aggravation de la toxicité des produits alimentaires mis sur le marché.

Le film se contente de décrire comment l’agriculture argentine s’est modifiée en moins de 20 ans, par la destruction de l’environnement, la disparition de l’emploi rural et au détriment de la santé des habitants qui restent sur place… La description est impitoyable, et cela donne froid dans le dos. 

Une telle situation a contribué à la destruction de l’économie du pays ! Certes, le président sortant en est pour partie responsable ; mais les probables gagnants de la prochaine élection sont ceux qui ont gouverné durant l’implantation de ce nouveau modèle.

Remettre en cause de tels modèles passe nécessairement par des actions de masse pour peser sur les décisions politiques. Pour information, on peut mentionner le mouvement en cours d’implantation en France Nous voulons des coquelicots*, qui propose des actions au niveau de chaque commune pour lutter contre l’usage des pesticides

Michel SERUZIER

* Coquelicots

Sur le documentaire ici

Une colonie mennonite en Bolivie, au coeur du dernier roman de Miriam Toews

Dans une colonie mennonite, quelque part en Bolivie, entre 2005 et 2009, huit hommes ont drogué femmes, adolescentes et même enfants pour les violer. On expliquait ensuite à ces femmes analphabètes (leur religion le leur imposait) que c’était l’œuvre du diable et la rançon de leurs péchés. À partir de ces horreurs, Miriam Toews, elle-même née dans une communauté mennonite canadienne, a imaginé comment, les jours qui ont suivi l’arrestation des coupables, et en attendant leur probable retour grâce à une caution payée par les autres hommes, certaines victimes se réunissent secrètement pour envisager leur futur.

Photo : Carol Loewen

August Epp est né dans la colonie, mais ses parents en ont été exclus, ce qui a permis au garçon d’apprendre d’autres langues que le plantdietsh, celle parlée exclusivement sur place, mélange médiéval de langues d’Europe centrale, puis de faire des études universitaires, avant de réintégrer la colonie. Il est donc le seul homme à pouvoir noter, puis transcrire en anglais les paroles échangées par les femmes au cours de leur conseil secret.

Livrées pour la première fois à elles-mêmes, elles parlent sans lignes clairement tracées, de choses et d’autres, sans omettre les trois options qui s’ouvrent à elles : rester sans rien changer, au retour des hommes, quarante-huit heures plus tard, quitter la colonie ou y rester et se venger. Mais la décision est bien trop lourde pour être prise en quelques heures. Les deux jours seront nécessaires.

Comme le dit l’une d’elles, ce sont « des femmes sans voix (…), des femmes en dehors du temps et de l’espace », elles ne parlent même pas la langue du pays qu’elles habitent. La prise de conscience est lente, presque douloureuse, toute leur existence a été organisée pour qu’elles soient sans existence. Découvrir soudain que c’est faux est source d’une immense angoisse.

Qu’il est difficile de faire craquer le carcan d’une éducation aussi réductrice: elles ont beau vouloir s’évader (au moins par l’esprit), leur acquis refait surface : les hommes sont faits pour labourer la terre, les femmes pour se taire. Alors soudain prendre son envol semble inimaginable. August, qui ne sait pas labourer, qui n’a ni femme ni enfants, n’étant pas véritablement un homme, peut sans problème être présent dans cette assemblée exclusivement féminine.

Dans ce beau texte austère, sont évoqués l’obéissance, la culpabilité, l’éducation, l’espoir, la résilience, la prédestination, la responsabilité et, bien sûr, la foi. Autant dire qu’il parle en profondeur à chacune, à chacun de nous.

Christian ROINAT

Ce qu’elles disent de Miriam Toews, traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné, éd. Buchet-Chastel, 232 p., 19 €.

Miriam Toews est née en 1964 dans une communauté mennonite du Manitoba, au Canada. Elle est l’autrice de plusieurs romans et a été lauréate de nombreux prix littéraires, notamment du Governor General’s Award. Elle vit au Canada. Ce qu’elles disent est son premier roman à paraître chez Buchet/Chastel, et le troisième à paraître en France après Drôle de tendresse (Seuil, 2006) et Pauvres petits chagrins (Bourgois, 2015).

Mélenchon, Lula, Iglesias appellent à « la fin des procès politiques »

Nous publions une tribune du dernier Journal du Dimanche. Dans une déclaration commune, plus de deux cents personnalités, parmi lesquelles Jean-Luc Mélenchon, mais aussi les anciens présidents Luiz Inácio Lula da Silva (Brésil) et Rafael Correa (Équateur) ou encore le secrétaire général de Podemos Pablo Iglesias (Espagne), appellent à la « vigilance pour défendre les victimes » du « lawfare », un concept qui désigne une instrumentalisation politique de la justice.  « Nous invitons à la vigilance pour défendre les victimes de ce type d’opération quelle que soit leur appartenance politique », écrivent-ils.

L’ex-president Lula Da Silva : Le Monde du 13 septembre publie un premier entretien à un média français depuis son incarcération.

Photo : Heuler Andrey

« Non, la justice  ne doit pas servir d’arme de persécution politique. Pourtant c’est devenu le cas aujourd’hui presque partout dans le monde. Déjà, avec la criminalisation des lanceurs d’alerte, des syndicalistes, des militants écologistes et des participants aux manifestations interpellés arbitrairement, les droits des citoyens ont beaucoup reculé. Le maintien de l’ordre libéral coûte cher à la démocratie. À présent, un seuil est en train d’être franchi. C’est ce que l’on appelle la tactique du « lawfare ». Il s’agit de l’instrumentalisation de la justice pour éliminer les concurrents politiques. 

« Le « lawfare » enferme les débats politiques dans les cours de justice […] il fausse le déroulement des élections ».

Le « lawfare » commence avec des dénonciations sans preuves, se prolonge dans d’obsédantes campagnes de dénigrement médiatique et oblige ses cibles à d’interminables justifications sans objet. Puis c’est la prison et les amendes. Le « lawfare » enferme les débats politiques dans les cours de justice. Pour finir, il fausse le déroulement des élections qui ne sont plus vraiment libres. Les exemples sont nombreux. Citons, en Amérique du Sud, le Brésilien Lula, condamné sans preuve et empêché de se présenter à l’élection présidentielle. Son « juge », Sergio Moro, est devenu depuis ministre de la Justice du président d’extrême droite Jair Bolsonaro. Mais aussi l’Équatorien Rafael Correa et l’Argentine Cristina Kirchner, persécutés sans trêve. 

Citons, en Afrique, le Mauritanien Biram Dah Abeid, emprisonné sur une dénonciation sans preuve retirée au bout de plusieurs mois de détention. Et encore l’avocat égyptien Massoum Marzouk, opposant au régime de Sissi emprisonné sur le prétexte fallacieux de charges antiterroristes. Il y aussi le cas de Maurice Kamto, arrivé deuxième à la dernière élection présidentielle au Cameroun et emprisonné depuis janvier dernier, ou l’ancien député gabonais Bertrand Zibi, condamné à six ans de prison. 

« Nous appelons à la coopération mondiale des résistances juridiques ». 

Citons, en Europe, le Français Jean-Luc Mélenchon, poursuivi sans preuve et jugé pour rébellion, ou le Russe Serguei Oudaltsov, dirigeant du Front de gauche, condamné à quatre ans et demi de prison pour avoir organisé des manifestations contre le pouvoir. Citons, en Asie, le Cambodgien Kem Sokha, principal leader de l’opposition emprisonné à la veille des élections législatives de 2017. Ou l’acharnement judiciaire aux Philippines contre la sénatrice Leila de Lima, figure de l’opposition. 

De nombreuses voix se sont élevées dans le monde pour dénoncer cette situation : des groupements de juristes, des autorités religieuses comme le pape François, des figures de la défense des droits de l’homme, des dirigeants syndicalistes ou politiques. Notre déclaration commune salue ces protestations. Nous invitons à la vigilance pour défendre les victimes de ce type d’opération quelle que soit leur appartenance politique. Nous appelons à la coopération mondiale des résistances juridiques. Nous demandons que soient dénoncés devant l’opinion publique les gouvernements et les magistrats comme le juge Sergio Moro, au Brésil, qui acceptent de jouer ce rôle néfaste aux libertés individuelles et politiques. » 

L’ex-president Luiz Inacio Lula da Silva : Le Monde du 13 septembre publie un premier entretien à un média français depuis son incarcération.

Les signataires : 

Adolfo Pérez Esquivel, prix Nobel de la paix, Argentine 
Hebe de Bonafini, présidente de l’association des Mères de la place de Mai, Argentine, prix Sakharov de l’Union européenne 
Ignacio Ramonet, écrivain, journaliste et président d’honneur d’ATTAC, Espagne 
Aminata Traoré, essayiste, Mali 
Manon Aubry et Martin Schirdewan, co-présidents du groupe GUE au Parlement européen, France et Allemagne 
Shumona Sinha, romancière, prix de l’Académie Française, Inde 
Eugenio Raul Zaffaroni, juge à Cour Intéramericaine des Droits de l’Homme, Argentine 
Rashida shams al Din, journaliste, Soudan 
Janak Chaudhari, secrétaire général du syndicat GEFONT, Népal 
Luiz Inácio Lula da Silva, ex-président de la République fédérative du Brésil 
Rafael Correa, ex-président de la République d’Équateur 
Pepe Mujica, ex-président de la République orientale de l’Uruguay 
Pablo Iglesias, député, secrétaire général de Podemos, Espagne 
Lucia Topolanski, vice-présidente de l’Uruguay 
Jane Vargas, dirigeante du syndicat de la construction NUDCW, Philippines 
Almir Narayamoga Surui, chef de la tribu Paiter Surui, Brésil 
Marisa Matias, ancienne candidate à la présidence de la République, Portugal 
Le groupe des députés de la France Insoumise à l’Assemblée Nationale et la délégation Insoumise au Parlement européen 
Esther Benbassa, sénatrice 
André Chassaigne, président du groupe Gauche démocrate et républicaine à l’Assemblée nationale 
Noël Mamère, ancien candidat écologiste à l’élection présidentielle 
Marion Esnault, porte-parole de l’association écologiste ANV-COP21 
Vikash Dhorasoo, ancien joueur de l’équipe de France de football 
Jean Ziegler, vice-président du comité consultatif du Conseil des Droits de l’Homme aux Nations Unies, Suisse 
Edward Bond, dramaturge, Royaume-Uni 
Pipo Delbono, metteur en scène, Italie 
Biram Dah Abeid, chef de file de l’opposition, prix des Droits de l’Homme des Nations Unies, Mauritanie 
Thomas Porcher, économiste 
Arié Alimi, avocat au barreau de Paris 
Hamma Hammami, porte-parole du Front populaire, Tunisie 

Le film « Yvonne » de Marina Rubino à la Maison de l’Amérique latine de Paris

Photo : Misiones Online

Yvonne Pierron est née en Alsace en 1928. Entrée très vite comme sœur des Missions étrangères, elle émigre en 1955 en Argentine puis est forcée à l’exil, dès 1976, au Nicaragua, jusqu’en 1984. Surnommée Hermana Yvonne, elle a marqué les esprits et les consciences dans son combat contre toutes les oppressions. 

 Parfois institutrice et/ou infirmière, Yvonne Pierron parcourt le pays en se plaçant toujours du côté des plus faibles. En Patagonie, avec la communauté Mapuche, à Buenos Aires dans les villas miserias, à Corrientes avec les paysans des « Ligues agraires », ces mouvements syndicaux d’origine rurale catholique dans lesquelles les agriculteurs, petits et moyens, s’unissent afin de mieux s’opposer aux grands propriétaires terriens et aux monopoles commerciaux. Lors de la terrible dictature militaire qui s’abat sur l’Argentine entre 1976 et 1983, elle est recherchée par les répresseurs et devra s’exiler en 1978, exfiltrée par l’Ambassade de France, échappant ainsi au sort qui attendait ses deux coreligionnaires Alice Domon et Léonie Duquet

C’est alors qu’elle se rend au Nicaragua, jusqu’en 1984, où elle découvre les préceptes de la révolution sandiniste qui lui font écrire que « redonner du pouvoir au peuple c’est (…) lui donner des armes intellectuelles pour ne plus se laisser soumettre ». Elle appliquera ces convictions en revenant en Argentine, fondant une communauté éducative à Pueblo Illia (province de Misiones). Yvonne fut aussi et bien sûr de tous les combats pour les droits de l’homme, toujours prête à se lever afin de dénoncer les injustices contre les opprimés. Jamais en reste pour défiler avec les Mères et les Grands-mères de la Place de Mai, elle fut un des piliers pour dénoncer les horreurs perpétrées par la dictature militaire argentine. 

Décédée le 28 mars 2017 à l’âge de 89 ans, le sénat argentin a tenu à honorer sa mémoire en mars dernier. En 2005, Hermana Yvonne avait été décorée de la Légion d’honneur. Elle repose aujourd’hui à Pueblo Illia. 

Le « Collectif argentin pour la mémoire » lui rend hommage avec la projection du film Yvonne (2019), de l’Argentine Marina Rubino, à la Maison de l’Amérique latine ce 20 septembre à 19h. 

Fabrice BONNEFOY 

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