Il est né le 5 février 1970 à Arpajon, est un danseur, producteur artistique et homme politique français élu député de l’Assemblée nationale en juillet 2024 dans la troisième circonscription de l’Essonne. Ce mardi dernier, il a fait une déclaration solennelle que nous partageons avec vous.
Mes chers collègues, bonjour, la séance est ouverte. L’ordre du jour appelle les questions au gouvernement. La première va être posée par M. Stevie Gustave pour le groupe écologiste et social.
Monsieur le ministre, nègre je suis, nègre je resterai, écrivait Aimé Césaire, député de la République française. Ces mots sont des mots de dignité. Ils nous rappellent qu’on peut être noir et français, qu’on peut venir d’un quartier populaire et diriger une ville, et qu’en République, ce n’est pas l’origine qui compte, c’est le suffrage universel. En démocratie, on combat un élu sur ses idées ou sur son bilan. Mais quand on attaque un élu pour sa couleur de peau ou pour son origine, ce n’est plus de la politique, c’est du racisme. Et quand cela vise des élus noirs qui accèdent à des responsabilités, il faut le dire clairement, c’est de la négrophobie.
Pendant longtemps, la République ne ressemblait pas encore à tout son peuple. Aujourd’hui, les choses changent. Des enfants d’ouvriers, des enfants d’immigrés, des enfants des quartiers populaires deviennent maires, adjoints, députés, élus. Et ce qui dérange encore certains, ce n’est pas ce que nous faisons, c’est simplement que nous soyons là. On parle souvent des enfants de la République, mais les enfants de la République ont des visages. Ils ont des prénoms. Et ces prénoms racontent la France. Bali, Chahidati, Anna, Leslie, Yaya, Mariam, Mohamed, Kwami, Ali, Mélissa, Adama, Bassi, Abdelkader, Idir, Landry.
Ces femmes et ces hommes ont été élus par le peuple français. Leur légitimité ne se discute pas, elle se respecte. Ma question est simple. Que compte faire le gouvernement pour lutter contre le racisme, la désinformation et toutes les tentatives de faire passer des élus pour illégitimes à cause de leur origine ou de leur couleur de peau ? Le gouvernement compte-t-il saisir l’ARCOM lorsque des médias laissent diffuser des propos racistes ou diffamatoires contre des élus de la République ? Quelles mesures comptez-vous prendre pour mieux accompagner et protéger les élus victimes de haine et de menaces ? Je vous remercie. Merci, monsieur le député.
La parole est à monsieur Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur.
Madame la présidente, mesdames et messieurs les députés, monsieur le député, évidemment, votre préoccupation, je la partage et l’ensemble du gouvernement la partage. Il ne m’a pas échappé que le premier prénom que vous avez nommé est celui du nouveau maire de Saint-Denis. Il ne m’a pas échappé cela, comme les propos qui ont été tenus par certains éditorialistes, chroniqueurs de la chaîne CNews, ne nous ont pas échappé non plus. Ce sont des propos qui sont ignobles, inacceptables, et je les ai dénoncés dès hier, dès hier matin, sur RTL. Ce sont des propos qui ne sont absolument pas acceptables. Je voudrais simplement vous dire également, monsieur le député, que la France que vous décrivez, c’est la France que nous avons tous ici en partage. C’est cette France-là que nous avons en partage. Ce n’est pas la nouvelle France, ce n’est pas la France qui serait en train de disparaître.
C’est la France de la République, c’est la France de la cohésion nationale, c’est la France qui reconnaît tous ses enfants, quelle que soit leur origine, qui reconnaît tous ses enfants. C’est cette France-là que nous voulons défendre et que nous défendrons. Alors évidemment, ces propos qui sont inacceptables peuvent relever d’incrimination pénale. Et évidemment, ces propos sont à l’étude, je peux vous le confirmer, nous sommes à l’étude, de savoir s’ils relèvent de l’appel à la discrimination raciale, de l’un jour public.
Et vous savez que le racisme, puisque c’est bien de cela dont il s’agit, qui n’est pas une opinion, qui est un poison, qui est un déni pénal, le racisme est souvent une circonstance aggravante. Alors vous nous interrogez également sur la saisine de l’ARCOM. Oui, l’ARCOM a été saisi par certains parlementaires, je vous le confirme. Nous suivons cela évidemment de très près, nous allons continuer à suivre cela de très près. Mais ces propos-là, ces propos-là, tels qu’ils ont été tenus, je peux vous assurer que comme ministre de l’Intérieur, et je m’adresse évidemment sous l’autorité du Premier ministre au nom de l’ensemble du gouvernement, nous allons les expertiser. S’il doit y avoir des poursuites pénales, il y aura des poursuites pénales. En tout cas, la France que vous décrivez, c’est la France que nous aimons, celle dans laquelle nous nous inscrivons, fiers et fidèles de porter les valeurs de la République.
D’après le service de presse de
l’Assemblée nationale


