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16 avril 2019

Entrée en vigueur de la nouvelle constitution cubaine : une garantie pour les libertés fondamentales ?

Après l’«élection» de Miguel Díaz-Canel à la tête du pays, en avril 2018, Cuba vient de franchir une nouvelle étape importante de son histoire. L’adoption de sa nouvelle constitution permet d’envisager une lente mais certaine transformation sociale, selon les affirmations de Raúl Castro, le 28 janvier 2012, lorsqu’il proposait de «laisser derrière [eux] le poids de l’ancienne mentalité et forger, avec une intention transformatrice et une grande sensibilité politique, la vision vers le présent et l’avenir de la Patrie».

Photo : Rafael Martínez Arias

Depuis le 10 avril, la propriété privée est reconnue dans la nouvelle constitution, ainsi que l’investissement des capitaux étrangers. Et si le «mariage pour tous» n’a pas été inscrit explicitement, en supprimant la définition du mariage comme «l’union entre un homme et une femme», le texte ouvre la voie à une possible reconnaissance légale à l’union homosexuelle. «C’est une étape fantastique et je m’en réjouis», avait déclaré une illustre militante de la cause, la députée Mariela Castro, fille de Raúl Castro.

La nouvelle législation représente incontestablement un signe d’ouverture, une transition impensable il y a quelques années, dans un régime qui est resté pratiquement figé dans le temps pendant soixante ans. Néanmoins, le secrétaire d’État Homero Acosta, coordinateur de la commission de rédaction du texte, rappelle que le projet ne visait pas essentiellement à établir une nouvelle constitution.

En effet, la reconnaissance de l’économie du marché, par exemple, n’est pas une réforme en soi, mais une base légale au modèle économique initié en 2008 par Raúl Castro, président à l’époque, qui avait autorisé l’activité privée chez les particuliers. Il s’agit donc d’une actualisation de la constitution de 1976, plus en accord avec les changements qui ont façonné le monde depuis quarante ans. Alors, malgré les réformes annoncées, à quoi le peuple cubain d’après le 10 avril peut-il croire ?

Car le nouveau projet plonge dans les fondations mêmes de l’État communiste révolutionnaire, surtout en ce qui concerne ses relations avec les États-Unis. Le point névralgique de la mentalité castriste, en effet, ne semble pas avoir évolué sur sa ligne politique dans le sens de la modération. Or, cette constatation est lourde d’inquiétude si l’on tient compte des récentes déclarations émises par Washington. Selon le chef de la diplomatie étasunienne, cette nouvelle constitution n’apporte aucun changement dans le régime cubain, «bloquant toute possibilité de réformes économiques terriblement nécessaires». Mike Pompeo a mis ainsi en garde ceux qui se laissent «duper par cet exercice» dont le seul objectif est d’entériner «la dictature du régime à parti unique».

Pour la Maison-Blanche, Cuba est l’un des derniers bastions de la gauche latino-américaine qui a gouverné ces vingt dernières années dans plusieurs pays d’Amérique latine et, avec le Venezuela et le Nicaragua, l’île fait partie d’une «troïka de la tyrannie». Et si la révolution bolivarienne est dans le collimateur des États-Unis depuis la présidence de G. W. Bush, tout porte à croire que Cuba pourrait subir dans un court délai les conséquences de son soutien à Caracas. Sur ce point, mi-février, Marco Rubio, un sénateur de Floride d’origine cubaine, avait mis en garde le président Díaz-Canel avec ce message lapidaire : «Bientôt ton tour.»

D’ailleurs, dans le contexte de la crise vénézuélienne, Donald Trump avait affirmé que «les jours du communisme étaient comptés au Venezuela, mais aussi au Nicaragua et à Cuba». De son côté, Raúl Castro s’est exprimé selon l’idéal de José Martí (1853-1895) contre les machinations des dirigeants de Washington : «Le ton des États-Unis est de plus en plus agressif, mais nous ne renoncerons à aucun de nos principes», a-t-il martelé avant d’ajouter que «nous avons fait savoir à l’administration américaine que Cuba n’a pas peur et continuera de construire l’avenir de la nation sans ingérence étrangère».

Avec ces déclarations, le frère du feu Fidel Castro ne fait que s’accrocher à l’habituelle et vaine logomachie qui se perpétue depuis la déclaration de La Havane, le 7 septembre 1960. Lors de ce grand rassemblement national, le «líder máximo» avait inauguré sa longue série de litanies armées de lances et brandissant des oriflammes anti-impérialistes : «L’Assemblée générale du peuple décide de condamner […] l’interventionnisme criminel des Yankees depuis plus d’un siècle contre les peuples d’Amérique et la tentative de préserver l’obsolète doctrine Monroe[1]

À présent, si l’adoption de la nouvelle constitution représente sans conteste un progrès vers ce qui devrait être une nouvelle Cuba, où la liberté de conscience et les manifestations des citoyens dans la vie publique ne seront plus considérées comme un délit, un pourcentage non négligeable de la population (soit environ 15%) n’est pas du même avis. C’est le cas du dissident Manuel Cuesta Morúa, qui a fait campagne pour le «Non» car le texte «met le Parti communiste au-dessus de la souveraineté du peuple […], exclut ceux qui ne suivent pas l’idéologie officielle […], et ancre pour les générations actuelles et futures un modèle du socialisme réel, qui a déjà été révoqué par l’histoire».

Eduardo UGOLINI


[1] James Monroe (1758-1831), président des États-Unis de 1817 à 1825, proclama, dans un message au Congrès, ce qu’on a appelé la doctrine Monroe, laquelle préconise la préservation du continent américain contre des nouvelles interventions colonisatrices européennes, en particulier en Amérique latine. Cette doctrine, qui s’est transformée en politique de domination du continent, a été officiellement abandonnée mais elle explique l’attention que les États-Unis portent encore sur les affaires latino-américaines.

Les mystères de Panama dans San Perdido du Français David Zukerman

Encore un Français qui s’intéresse à l’Amérique latine ! David Zukerman est né à Créteil. Il décrit dans le premier roman qu’il publie un bidonville panaméen, San Perdido, et réussit un curieux mélange de documentaire et de quasi fantastique en suivant l’évolution d’un étrange personnage sorti de nulle part.

Photo : Éditions Calmann-Lévy

Nul ne sait d’où est venu ce garçon d’une dizaine d’années à la peau très noire, aux yeux très bleus, aux mains impressionnantes et qui ne parle pas. Felicia, qui a autour de 70 ans, arrivée bébé du Ghana, entame une relation de confiance absolue avec celui qu’elle a nommé La Langosta à cause de ces mains qui semblent avoir une force extraordinaire et qui savent tout faire.

On est vers la fin des années 1940, La Langosta grandit, isolé de tous, sans qu’on apprenne quoi que ce soit, sinon que sa seule présence éloigne tous les animaux et fait taire les oiseaux, et qu’on voit quelques injustices mystérieusement punies en silence.

La Langosta devient un grand adolescent, impressionne par son regard, par son silence et parce qu’il est rigoureusement impossible de deviner ce qu’il ressent, sauf, parfois, fugacement.

S’il est au centre du récit, le jeune Noir aux yeux si bleus est loin d’être seul : on voyage beaucoup dans San Perdido, non pour parcourir de grandes distances, mais à travers la société panaméenne. Du bidonville à la résidence du gouverneur qui n’a pas volé son surnom (Taureau panaméen), de la «maison» de Madame au cabinet de consultation du timide docteur Portillo-López, on croise des personnages souvent hauts en couleurs, tous très humains : les jeunes prostituées de chez Madame ont l’espoir, qui se réalise le plus souvent, d’un riche mariage avec un propriétaire terrien ou un commerçant de la ville, la vieille habitante du quartier le plus pauvre survit comme elle le peut, le récit linéaire devient puzzle.

Le réseau des relations entre ces personnages, qui appartiennent à toutes les classes sociales, du gouverneur aux Cimarrons, les descendants des esclaves noirs révoltés contre les «maîtres» européens, se tisse sous nos yeux, en même temps que croissent les tensions, que surgissent les violences. Mais le meilleur du roman, c’est la touche de mystère apportée par le grand Noir aux yeux bleus qui fait taire les oiseaux. On a tous, au fond de nous, l’espoir de croiser un jour LE redresseur de torts pur, fort, beau. Pourtant, le destin de celui-ci sera inattendu.

On pourra reprocher à David Zukerman de parfois s’éparpiller, quelques personnages sont superflus. Certes. Mais il fait vivre toute une communauté de façon si convaincante qu’on oubliera volontiers des passages un peu trop longs, un peu trop détaillés pour profiter du suspense et pour apprécier les tableaux et les portraits, tous réussis.

Bien qu’écrit en français par un Français, ce San Perdido pourrait être une très bonne prise de contact avec la littérature latino-américaine, la meilleure. Tout y est : réalisme mâtiné de fantastique, jeux de pouvoir avec la corruption comme moyen d’échanges, luttes sociales et amours tropicales. Une belle réussite.

Christian ROINAT

San Perdido de David Zukerman, éd. Calmann-Lévy, 450 p., 19,90 €.

Né en 1960 à Créteil, David Zukerman a été successivement ouvrier spécialisé, homme de ménage, plongeur, contrôleur dans un cinéma, membre d’un groupe de rock, comédien et metteur en scène. Pendant toutes ces années, il a également écrit une quinzaine de pièces de théâtre, dont certaines furent diffusées sur France Culture, et quatre romans qu’il n’a jamais voulu envoyer à des éditeurs. San Perdido fait partie des cinq finalistes du Grand Prix RTL-Lire 2019 (remporté par Joseph Ponthus).

Les Assises internationales du roman, un rendez-vous littéraire incontournable

Du 20 au 26 mai 2019 aux Subsistances, le rendez-vous est littéraire. Les Assises internationales du roman, festival lyonnais qui fête la littérature, réuniront journalistes, écrivains, artistes, chercheurs, scientifiques et penseurs du monde entier pour des débats, tables rondes et entretiens sur des questions littéraires. Plusieurs écrivains latino-américains seront notamment présents.

Photo : Freddie Marriage

Rodrigo Fresán, auteur argentin, sera de la partie. Ses critiques littéraires et romans à succès font de lui un homme talentueux et incontournable. Sa littérature fut reconnue de nombreuses fois par plusieurs prix mondiaux, tels que le Prix Roger Caillois et le Best Translated Book Award. Venez le rencontrer le mercredi 22 mai de 19h à 20h30 dans le cadre des Artisans de la Fiction.

Le lendemain, la librairie Ouvrir L’oeil à Lyon accueillera de 12h à 13h30 Daniel Galera. Écrivain brésilien, né à la fin des années 1970, il marque la littérature de sa génération. Son œuvre, traduite dans une douzaine de langues, représente l’originalité prodigieuse de cet auteur plein de ressources. Édité par les éditions Gallimard, le romancier pourra, lors de cette entrevue, vous livrer les secrets de Paluche ou bien de La Barbe ensanglantée

Le même jour, le festival se poursuit avec la présence de l’auteur Santiago Gamboa à la médiathèque de Tassin-la-Demi-Lune. Ce journaliste colombien rencontrera ses lecteurs pour parler de son œuvre. Ses nombreux reportages à travers le monde sont souvent au service de journaux latino-américains. La discussion pourra aussi tourner autour de ses romans, dont Nécropolis 1209, roman de 2010 ayant remporté le prix La Otra Orilla.

Si la rencontre avec les auteurs n’est pas votre priorité, venez participer aux conférences et débats proposés. D’humeur politique, venez donc à la soirée de fermeture du festival dédiée aux élections européennes. Les personnalités et écrivains présents livreront reportages, analyses et réactions à chaud au sujet des tout nouveaux élus.

Finalement, les Assises internationales du roman s’inscrivent dans la culture comme un festival littéraire innovant, dont il ne faut pas passer à côté.

Eulalie PERNELET

Site des Assises

Netflix obtient les droits pour adapter Cent ans de solitude en série télévisée

Netflix va créer une série télévisée inspirée du livre le plus reconnu de l’écrivain colombien Gabriel García Márquez, Cent ans de solitude, l’une des œuvres les plus significatives du XXe siècle, les plus lues et traduites actuellement. Ce chef-d’œuvre, considéré comme un classique du réalisme magique, sera pour la première fois adapté à l’écran depuis la sortie du roman en 1967.

Photo : Nancy Crampton

Cent ans de solitude est un roman qui souligne différents aspects de l’Amérique du Sud dans le cadre historique, géographique, socioculturel et surnaturel. De cette façon, Gabriel García Márquez montre un contexte latino-américain, ses problématiques et ses merveilles en suivant l’épopée de la famille Buendia sur sept générations et la ville imaginaire de Macondo où elle habite. Le roman a été traduit en 46 langues et a été reconnu comme la représentation du courant littéraire «réalisme magique».

Netflix a acheté les droits pour parvenir à produire la première version filmée du Prix Nobel de littérature de Gabriel García Márquez. Ce nouveau projet a été annoncé le mercredi 6 mars, date où l’auteur de ce roman aurait eu 92 ans. Les fils de l’auteur, Rodrigo et Gonzalo García Barcha, seront d’ailleurs les producteurs exécutifs de cette nouvelle initiative. Pour la promouvoir, Streaming a publié sur son compte Twitter une animation qui débute avec des papillons jaunes, ce qui est une particularité connue de l’écrivain.

Il faut rappeler que ce n’est pas la première fois qu’une œuvre de l’écrivain colombien est adaptée à l’écran. L’auteur a déjà eu plusieurs de ses romans dans ce cas tels que L’Amour aux temps du choléra (2007), De l’amour et autres démons (2010) et Mémoire de mes putains tristes (2011). En ce qui concerne l’adaptation de Cent ans de solitude, l’auteur avait toujours eu un regard négatif. En effet, dans les années 1970, le réalisateur, producteur et acteur mexicain Anthony Quinn avait essayé de le persuader d’en faire un film. Toutefois, Márquez avait répondu pendant une interview du canal de communication Film & Arts que la littérature et le cinéma étaient différents. C’est-à-dire que dans la littérature les lecteurs et lectrices peuvent imaginer et vivre l’histoire comment ils veulent. Dans le cinéma, au contraire, la marge de créativité est détruite et limitée. Les livres permettent aux lecteurs d’imaginer les personnages, les lieux, les ambiances ou les situations tels qu’ils sont, alors qu’au cinéma, l’information est déjà établie d’après le souhait des réalisateurs.

En outre, d’après les fils de l’auteur, l’histoire peut être amenée au film puisqu’il respecte les trois critères auxquels l’écrivain avait pensés pour l’adapter à l’écran. Le premier était qu’il soit tourné en espagnol, raison pour laquelle l’écrivain n’a pas voulu vendre le livre à Hollywood ; le deuxième était qu’il soit filmé en Colombie et, le dernier critère, qu’il soit en plusieurs épisodes pour qu’il n’y ait pas de perte d’informations du roman. C’est pourquoi ce sera une série télévisée afin de montrer toute l’information contenue dans le livre. Effectivement, le romancier n’était pas totalement opposé à l’idée d’amener le livre au grand écran même s’il était un peu réticent.

Ce projet a aussi été influencé par Alfonso Cuarón, Guillermo del Toro et Alejandro González Iñárritu, tous des cinéastes latino-américains qui ont encouragé les héritiers du romancier à produire le film. Maintenant, c’est Netflix qui affronte le défi d’adapter le roman en série télévisée. Est-ce que Netflix pourra transmettre et conserver la même essence de l’histoire telle qu’elle est dans le roman ?

Andrea M. RICO PARRA

Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, a été arrêté à l’ambassade d’Équateur à Londres

Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, a été arrêté ce jeudi 11 avril à l’ambassade d’Équateur à Londres où il se réfugie depuis 2012. La justice britannique l’a déclaré coupable d’avoir violé les conditions de sa liberté provisoire. Il se voit aussi confronté à une demande d’extradition des États-Unis.

Photo : Victoria Jones

Le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, a été arrêté le jeudi 11 avril à Londres par Scotland Yard, concluant brusquement les sept ans de refuge dans l’ambassade équatorienne de Grande-Bretagne. Des vidéos ont révélé comment Scotland Yard sortait un Assange de longue barbe blanche de l’ambassade. 

Le gouvernement équatorien a suspendu la citoyenneté octroyée à Assange en 2017 et lui a révoqué l’asile, permettant aux policiers britanniques de pénétrer dans l’ambassade. À travers son compte Twitter, l’actuel président de l’Équateur Lenín Moreno a annoncé : «L’Équateur a décidé souverainement de retirer l’asile diplomatique à Julian Assange pour avoir violé à plusieurs reprises des conventions internationales et le protocole de cohabitation.»

L’expulsion de Julian Assange de l’ambassade d’Équateur est à la fois une histoire de perte de confiance entre les deux comme le reflet d’un tournant politique du pays andin. Le gouvernement de l’ancien président a interdit à Assange de s’immiscer dans des affaires de politique extérieure, condition qu’il n’a pas respectée. De plus, il y a eu une diffusion de photos, vidéos et conversations privées de l’actuel président équatorien par WikiLeaks. Quelques jours après, la plateforme de diffusion de documents confidentiels a donné des pistes qui indiquaient que le président Moreno allait bientôt retirer la protection diplomatique donnée par son prédécesseur Rafael Correaet qu’un accord entre le Royaume-Uni et l’Équateur autorisant l’arrestation d’Assange était en cours. 

«La patience de l’Équateur est arrivée à sa limite», a déclaré Moreno, soulignant les activités irrégulières d’Assange et défendant la retraite d’asile comme décision souveraine. La Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques précise qu’une intervention des forces de l’ordre du pays hôte est possible «avec le consentement du chef de la mission», soit ce qui s’est passé ce jeudi. Le 11 avril, l’Équateur a laissé les policiers britanniques accéder à l’ambassade.

Malgré les fortes déclarations du président contre Assange, le dirigeant a garanti avoir fait un compromis avec le Royaume-Uni pour que celui-ci ne puisse pas être extradé dans un pays où il pourrait faire face à la peine de mort.

Le service de police métropolitain de Londres a indiqué qu’Assange était détenu «dans un commissariat du centre de Londres où il restera, avant d’être mené au tribunal de Westminster Magistrates’ Court dès que possible». Il a été arrêté par la police de Londres par un mandat délivré en juin 2012 par la justice britannique pour non-présentation au tribunal, mais aussi en vertu d’une demande d’extradition américaine pour «piratage informatique» en collaboration avec Chelsea Manning. Avoir arrêté Assange ouvre une nouvelle porte pour les investigations concernant l’interférence de l a Russie dans les élections présidentielles américaines de 2016, affaire où ce dernier s’est vu involucré.

L’arrestation de Julian Assange a déclenché de fortes réactions de différents acteurs. Le Rapporteur spécial sur la torture des Nations unies, Nils Melzer, s’était dit alarmé par les informations selon lesquelles une arrestation était imminente et que, s’il était extradé, M. Assange pourrait être exposé à «un risque réel de graves violations de ses droits de l’homme, notamment sa liberté d’expression, son droit à un procès équitable et l’interdiction des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants». L’ancien président équatorien, Rafael Correa, est aussi intervenu dans l’affaire et a utilisé son compte Twitter pour exprimer son mécontentement : «Cela met la vie d’Assange en danger et humilie l’Équateur. Jour de deuil mondial.»

Les événements de jeudi dernier et les possibles conséquences que pourrait affronter Julian Assange ouvrent un débat sur ce que cette affaire symbolise pour la liberté de la presse. Si Assange est voulu par le gouvernement des États-Unis, c’est à cause de son implication dans la divulgation de documents confidentiels du pays. Est-ce que son arrêt voudrait dire une limitation des méfaits gouvernementaux que les médias peuvent dévoiler ?

Barry Pollack, un des avocats d’Assange, se dit préoccupé pour l’avenir des journalistes. Il accuse les États-Unis de faire «un effort sans précédent pour extrader un journaliste accusé de publier des informations véridiques. Les journalistes autour du monde devraient être profondément troublés par ces charges». 

Assange aura le droit de contester dans les tribunaux britanniques la sollicitude d’extradition des États-Unis. L’extradition d’Assange par les États-Unis est un long et dur procès qui pourrait durer plus d’un an.

Monica GIORDANELLI

Réflexions sur le film uruguayen Compañeros, en salle depuis trois semaines

En 1973, l’Uruguay plonge dans une dictature implacable. Trois opposants politiques, dirigeants du groupe Tupamaros, sont arrêtés. Considérés comme des otages, ils seront transférés de caserne en caserne, violemment torturés, privés de nourriture, empêchés de dormir et d’accomplir leurs besoins vitaux, jetés parfois dans des cellules de moins de deux mètres carrés. Après leur libération en 1985 et le retour à la démocratie, José Mujica deviendra président de l’Uruguay en 2010. Eleuterio Fernández Huidobro sera nommé sénateur puis ministre de la Défense, et l’écrivain Mauricio Rosencof deviendra directeur de la culture de la ville de Montevideo.

Photo : Ojo de Pajaro – M. Singer

Pourquoi le film sort-il en ce moment sur les écrans, une quarantaine d’années après les faits ? Bien qu’il repose sur un fond historique, le cinéaste, lors d’interviews, déclare qu’il n’a pas voulu faire, à proprement parler, un film politique, l’Homme est au centre de son film. Il s’est surtout intéressé aux thèmes de l’enfermement, de la solitude et de la folie. Le film repose sur des faits réels, sur des entretiens avec d’anciens détenus, dont les trois protagonistes et leur famille. Il s’inspire du livre Memorias del calabozo (Mémoires du cachot) écrit par Eleuterio Fernández Huidobro et Mauricio Rosencof, livre de témoignages que les deux amis s’étaient promis d’écrire s’ils réussissaient à sortir de cet enfer.

Leur amitié les soude. Enfermés dans des cellules contiguës, ils communiquent en morse par petits coups donnés contre le mur, se soutiennent, discutent, s’envoient des poèmes, jouent aux échecs malgré la souffrance causée à leurs doigts. Les rares visites de leurs parents, la mère, les enfants, autant de moments de grâce qui les encouragent à vivre. Mauricio Rosencof se sauve grâce à sa culture et à son imagination surveillée par la raison. Sa réputation d’écrivain lui vaut d’écrire des lettres d’amour pour quelques soldats, ce qui adoucit un peu ses conditions de vie. José Mujica semble la personne la plus affectée, ce sera sa mère, puis une psychiatre qui l’encourageront à lutter. Lutter pour vivre, devenir un «Prophète de la vie», «Vivre, c’est ça le plus dur» écrira plus tard Rosencof. Vivre pour leur engagement, pour ce qui adviendra ensuite, pour témoigner. Ce film est un véritable plaidoyer pour les droits de l’homme.

La violence et la torture sont abordées avec beaucoup de pudeur, elles transparaissent chez les acteurs, à qui il faut rendre hommage, car ils se sont approchés au plus près de cette expérience et en ont souffert dans leur corps et leur être. Ils ont réussi à traduire ce voyage au cœur des ténèbres. Le projet des militaires était de rendre fous les prisonniers, de les déshumaniser.

Privés de la lumière du jour, de tout contact avec l’extérieur sauf lors de rares visites, ils perdent la notion du temps, confondent les jours, n’ont plus de futur, le temps est marqué par leurs besoins vitaux : manger, aller aux toilettes, survivre. Grâce aux mouvements de caméra, à l’utilisation de la lumière et à celle de la musique, le cinéaste parvient à restituer le silence, l’enfermement, la perte des sensations qui les mènent au bord de la folie. Quand les prisonniers sont libérés, la très belle fin du film, soutenue par la musique de la chanson «The sound of silence» de Simon and Garfunkel, nous sort de la nuit pour nous emmener vers l’avenir et la lumière. Un film sur la fraternité, profondément humain, qui dénonce tout régime de terreur engendré par une dictature.

Mauricio Rosencof publiera plus tard El Bataraz, récit poétique et surréel où il relatera son expérience d’enfermement. Avec pudeur et humour, l’auteur nous entraîne vers un voyage à l’intérieur de ce qu’il a vécu. Seule la poésie pouvait rendre compte du silence et de l’indicible. Tout se brouille, la personne, sous un soleil de plomb, devient un oranger, plonge ses racines dans la terre. Ici tout est métaphore. Pour ne pas devenir fou, il invente un double, un coq de combat, «el bataraz», avec qui il dialogue. La parole le sauve. Il faut vivre, résister pour continuer à lutter. Homme de grande culture, il nous invite à une méditation sur le temps, le mal, ce qui fait notre humanité. Il fait œuvre de mémoire. Un livre qui ne cesse d’émouvoir, une odyssée humaine.

Françoise DUBUIS

Compañeros d’Álvaro Brechner, Drame, Uruguay, 2 h 02 – Voir la bande annonce

Lire aussi la chronique d’Alain Liatard publiée dans notre news de la semaine du 10 avril.

Invité par Espaces latinos, Mauricio Rosencof a présenté son livre El Bataraz lors des Belles Latinas de 2011. El Bataraz de Mauricio Rosencof, traduit de l’espagnol par Philippe Poncet et Frida Rochocz aux éditions Folies d’encre (2011).

Filmer les espoirs et la solitude d’une femme de chambre avec La Camarista de Lila Avilés

Après avoir été projeté aux Rencontres de Toulouse et pendant les Reflets du cinéma ibérique et latino-américain au Zola de Villeurbanne, La Camarista vient d’être récompensé par le Colibri d’or aux Rencontres du cinéma sud-américain de Marseille. Le premier film de la jeune réalisatrice mexicaine Lila Avilés, chaudement accueilli à l’international (récompensé au Morelia Festival de Mexico, La Orquidea de Cuenca et au Festival Listapad de Minsk), sort avec Bodega Films dans les salles françaises ce mercredi 17 avril.

Photo : La Camarista

Eve, une jeune femme de chambre travaille dans un luxueux hôtel de la ville de Mexico. Pour trouver la force et le courage nécessaires d’affronter sa monotonie quotidienne, elle s’abandonne à diverses fantaisies à travers les objets personnels laissés par les invités de l’hôtel.

«Le théâtre m’a apporté l’humain, le cinéma l’expérience formelle de la photo»

La jeune réalisatrice Lila Avilés a derrière elle une belle carrière de metteuse en scène et d’actrice de théâtre. Autodidacte, le 7eart est nouveau pour elle et La Camaristadevient par coïncidence heureuse son premier film, fruit d’une longue gestation née de la lecture de l’album photo HôteldeSophie Calleet d’abord monté sur les planches.

Si elle les délaisse pour la caméra dans ce projet qui aura été nourri de plusieurs années de recherche et d’interrogations, on ressent toujours le théâtre dans le choix de direction du film. Les plans sont longs, fixes, laissent aux émotions des acteurs le champ libre d’éclore sous nos yeux, au rythme du «temps réel», si rarement présent dans la fiction. Tout est attente, «pour que la chose se déclenche» comme le dit la réalisatrice. Un geste qui apporte la vie à des personnages qu’on sent empêchés par le monde extérieur.

Cadrer la solitude

Ce regard documentaire rend intacte la vie d’Evelia. Cette femme de chambre, autant personnage que son lieu de travail ; cet immense hôtel de luxe dans le ventre duquel elle passe ses journées enfermées. Silencieuse, Eve est toujours précise dans la réalisation de ces dizaines de mouvements mécaniques reproduits à l’infini dans ces chambres austères sans vie, qui vomissent les draps souillés, les vêtements désordonnés, les déchets de toutes formes des résidents fantômes. Tableau parfois grotesque, car excessif, d’un chaos qui pourtant ne peut être que de nature humaine…

Le choix cru du réalisme documentaire est accompagné par une caméra figée dans les murs de l’hôtel qui enserrent souvent Evelia dans des espaces confinés à l’intérieur d’un second cadre très serré. Une esthétique de la claustrophobie qui rend minuscule le corps de la jeune femme souvent seule. Dans cette immense structure de 42 étages, le silence règne dans les pièces vides. Quand elles sont habitées, c’est par des résidents mornes, malheureux, tournés sur eux-mêmes, et qui traversent Evelia comme un courant d’air. Elle qui se tient prête à agir pour améliorer leur havre de paix, pérenniser leur vie d’introverti.

La Camarista filme la solitude en enserrant les corps dans un cadre étouffant au rythme lent des journées qui se répètent dans l’absence de socialisation. D’ailleurs si l’on cherche de la vie, on l’a retrouve par l’entremise des objets dérobés par Evelia plutôt que dans les corps inertes de leurs propriétaires.

Une société féminine

La société des camaristas est une société de femmes et la moitié du casting est jouée par des actrices non professionnelles. Ce qui importait à Lila Avilés, c’était de retrouver à l’écran des femmes «tendres, empathiques» comme elle en a souvent rencontrées dans les nombreux hôtels qu’elle a arpenté en repérage. Il faut dire que le pari est réussi.

Découverte dans le film mexicain La Tirisia (Jorge Pérez Solano, 2014), Gabriela Cartol incarne l’actrice principale dans La Camarista. L’actrice nippo-mexicaine est parfaite dans son rôle de femme de ménage presque jeune fille dans son attitude, la tête baissée, fermée au monde, raccourcie dans sa tenue lâche et inesthétique. Elle est tout aussi juste pour incarner la figure de changement quand elle trouve la force dans la seconde moitié du film d’emprunter une trajectoire incertaine, guidée par son désir d’accomplissement professionnel et humain. Gabriela Cartol arrive à transmettre à l’écran cette dualité cathartique que vivent les êtres désireux d’expérimenter l’inconnu.

À côté d’Evelia, le film regorge de figures féminines. C’est cette cliente aisée, mondaine et loquace, seule avec son bébé dans sa chambre d’hôtel qui se lie d’amitié avec elle, devenue sa nourrice à temps partiel. C’est aussi Minitoy, l’excentrique et truculente camarista qui sort Evelia de son isolement, incarnée avec brio par Teresa Sanchez. Son personnage si plaisant nourrit le film de son énergie en réponse au silence d’Evelia comme dans un jeu de miroir. L’actrice qui vient du théâtre a séduit Lila Avilés par sa malice et son charme si bien qu’elle devrait être présente dans le prochain film de la réalisatrice.

Ces deux exemples incarnent la multiplicité des figures représentées même si, comme les clients de l’hôtel, elles ont toutes pour point commun d’être seules à l’écran. L’homme est la grande inconnue. Comme la figure de l’amant, la figure paternelle est souvent manquante et Evelia comme la cliente élève ainsi seule leur enfant. Mais l’ambition du film, aussi féminine qu’elle puisse être, se défend de toute posture féministe.«

«Gagner, c’est une invention»

L’engagement de Lila Avilés, on ne le retrouve pas dans la construction d’un discours sur la société mexicaine, mais dans la capacité à laisser Evelia s’exprimer par son corps et ses décisions. C’est la trajectoire qu’elle poursuit dans sa quête d’identité qui interdit le pathos et évite le portrait social, bien qu’il nous est rendu difficile de ne pas y voir une pièce de la mosaïque complexe de la société mexicaine.

Le film propose une lecture réaliste sans radicalité, sans cibler d’adversaires aux revers que rencontre Evelia. Tout n’est pas désespéré pour elle d’ailleurs et il se joue en effet un équilibre jusqu’à la fin qui empêche le couperet du déterminisme. Cet équilibre si cher à la réalisatrice qui rappelle à l’écran que les réussites ne sont que celles que l’on s’accorde à soi-même : «Chacun sait quand il gagne et quand il perd.»

Kévin SAINT-JEAN

La Camarista de Lila Avilés, Drame, Mexique, 1h42 – Voir la bande annonce 

Le nouvel Atlas de l’Amérique latine aux éditions Autrement désormais en librairie

Avec plus de 80 titres constamment remis à jour, et une dizaine de nouveautés annuelles, les atlas Autrement forment une bibliothèque de référence à la fois unique et indispensable. Écrits par les plus grands spécialistes et illustrés par les meilleurs cartographes, les atlas abordent l’histoire, la géopolitique ou les grandes questions sociétales de manière claire, pédagogique et moderne. Ce mercredi 17 avril est dans toutes les bonnes librairies un nouvel Atlas de l’Amérique latine. Un continent en pleine turbulence.

Photo : Atlas de l’Amérique latine

Ce nouvel Atlas est sous la direction d’Olivier Dabène, de Frédéric Louault et d’Aurélie Boissière. Olivier Dabène est professeur à Sciences Po Paris et président de l’Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes. Frédéric Louault est professeur de sciences politiques à l’université libre de Bruxelles, chercheur au Cevipol de l’ULB et co-directeur du Centre interdisciplinaire d’études des Amériques. Enfin, Aurélie Boissière est géographe-cartographe indépendante et collabore régulièrement aux atlas des éditions Autrement.

Cette cinquième édition présente et analyse les défis auxquels l’Amérique latine doit faire face aujourd’hui. Les 120 cartes et infographies offrent un panorama complet de la situation du continent, dont sa croissance ralentie et ses populations ébranlées. L’Atlass’intéresse aussi à des problématiques telles que la possibilité ou non d’un retour à la stabilité politique et aussi à la place de l’Amérique latine dans la mondialisation.

Pour vous donner un avant-goût de cette nouvelle édition, s’en suit l’introduction de l’ouvrage intitulée «La naissance hasardeuse de l’Amérique latine» : «Le continent américain doit son nom à une série de hasards et d’approximations. La déformation du prénom d’un modeste navigateur florentin est à l’origine de la grande comédie des méprisesdu début du XVIe siècle, selon l’élégante expression de Stefan Zweig (Amerigo, 1941), qui aboutit à dépouiller Christophe Colomb des mérites d’avoir accosté le premier un monde qu’il confondit avec les Indes. Évoquant en 1503 dans ses récits de voyage un Nouveau Monde (mundus novus) et non les Indes, Albericus Vespucius apparaît rapidement aux yeux de ses contemporains comme un découvreur.»

«Lorsqu’un éditeur de Saint-Dié publie en 1507 une Introduction à la cosmographie, où est suggéré que le nouveau monde s’appelle America puisque c’est Amerigo qui l’a découvert, les cartographes, astronomes et érudits, puis le grand public, contribuent au baptême collectif du continent. L’expression Amérique latine, pour sa part, a été inventée en 1856 par un Chilien et un Colombien vivant à Paris et fréquentant les milieux politiques attachés à la dimension latine (français, espagnol et italien) de leur combat pour la république. L’expression est reprise à peine quelques années plus tard sous le Second Empire, et sert l’ambition stratégique de Napoléon III qui souhaite aider les nations latines d’Amérique et positionner la France contre l’Espagne, la Grande-Bretagne et les États-Unis. Sa conquête du Mexique avec l’empire de Maximilien (1863-1867) est l’éphémère concrétisation de ce rêve.»

«Les errements des voyageurs du XVIe siècle et les stratégies concurrentes des puissances européennes trois siècles plus tard ne relèvent pas de la simple anecdote. Elles illustrent le mode de formation historique du continent. À partir de la rencontre entre deux mondes, empreinte de violence destructive et spoliatrice, le destin de l’Amérique latine s’est souvent joué depuis l’extérieur. L’Atlas de l’Amérique latine revient aux origines historiques et géographiques d’un mode de développement inégal et excluant qui a engendré de profondes disparités sociales. Il s’attache aussi à mettre en lumière les expressions culturelles et religieuses qui ont accompagné les trajectoires historiques des pays et modèlent aujourd’hui leur identité.»

«L’Amérique latine est depuis ses origines le continent des contrastes. Aux degrés élevés de frustration sociale ne répondent que peu de mouvements sociaux d’envergure ; aux taux de violence élevés, peu de guerres. Le modernisme architectural reconnu côtoie un habitat précaire, la compétitivité de l’agrobusiness est aux antipodes de la détresse des paysans sans terre, le métissage culturel et le racisme sont présents. Des styles politiques traditionnels (clientélisme, populisme, enclaves autoritaires) et des pratiques de démocratie participative innovantes cohabitent. Au premier abord, les rencontres entre archaïsme et modernité peuvent surprendre, voire déstabiliser. Comprendre l’Amérique latine contemporaine, c’est pourtant accepter de l’appréhender dans sa pluralité, son dynamisme, sa complexité.»

«Cet atlas donne à voir les contrastes à travers l’histoire, la géographie, les ressources, la démographie, le développement, la dimension culturelle et politique, ainsi que les rapports de l’Amérique latine avec le monde. Le XXIe siècle s’est ouvert en Amérique latine dans un climat d’optimisme. Le continent se caractérisait par une communauté de valeurs et de pratiques démocratiques. La croissance économique accompagnée de politiques redistributives a engendré des progrès sociaux sans précédent. Après une décennie euphorique, l’Amérique latine a pourtant de nouveau basculé dans une période de crise et de polarisation politiques qui assombrissent son avenir.»

D’après les éditions Autrement

Sommet mondial sur le climat : le Chili installe le Conseil des Présidents de la COP 25

Le Président chilien, Sebastián Piñera, a présenté le «Conseil des Présidents pour la COP 25», un groupe de travail qui assistera la présidence chilienne du Sommet mondial sur le climat à Santiago du 2 au 13 décembre prochain. La COP 25 devait être à l’origine présidée par le Brésil qui s’est désisté officiellement en raison de «restrictions budgétaires».

Photo : Kacker Pempel

«Je tiens à remercier très sincèrement la participation, la disposition et l’attitude de ce groupe de travail, qui, nous l’espérons, nous aideront à faire de la COP 25 un sommet qui démontre le sérieux et la responsabilité de notre pays, mais qui contribue grandement à ce que toute l’humanité modifie le cours, corrige les erreurs», a déclaré le Président chilien, Sebastián Piñera, en installant le «Conseil des Présidents pour la COP 25» que son pays accueillera du 2 au 13 décembre prochain. La «Pré-Cop», la réunion ministérielle préparatoire qui se tient quelques semaines avant, sera organisée par le Costa Rica. 

Un seul objectif assigné à cette COP 25, accélérer le processus afin de contenir le réchauffement climatique entre 1,5 et 2°C, comme fixé par l’Accord de Paris qui a couronné la COP 21 de Paris en décembre 2015. Ce qui est n’est pas encore à portée de main, et c’est peu dire.

«Du point de vue des lois de la physique et de la chimie, la limitation du réchauffement planétaire à 1,5°C est possible, mais il faudrait, pour la réaliser, des changements sans précédent», écrivait en octobre dernier le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Selon ce dernier, avec un réchauffement de 1,5°C, les vagues de chaleur augmenteraient de 3°C, et de 4°C avec un scénario de 4°C.

La montée du mercure est surtout synonyme de perte de la diversité génétique planétaire. Avec de telles températures, poursuit le Giec, entre 4 et 8% de l’ensemble des espèces de vertébrés perdraient plus de la moitié de leurs habitats naturels. Il en est de même pour 16% des plantes avec un réchauffement de 2°C.

Cependant, l’ONU avait annoncé, en février dernier, «un paquet de décisions» pour la mise en œuvre de l’Accord de Paris qui «prend en compte les spécificités de chaque pays».

Interrogé à Katowice, lors de la COP 24 en décembre 2018, par Le Matin, Bouzekri Razi, directeur des changements climatiques au secrétariat d’État au Développement durable, avait énuméré les points de discorde parmi lesquels les engagements financiers et l’appui devant profiter aux pays du Sud. 

Sur cette question, il a été décidé de la reconduction, jusqu’en 2025, des 100 milliards de dollars par an que les pays les plus avancés transfèrent aux pays en développement pour des actions d’adaptation et d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre.

D’après Le Matin

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