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3 avril 2019

Los Silencios, un film à la frontière du surnaturel réalisé par la Brésilienne Beatriz Seigner

Nuria, 12 ans, Fabio, 9 ans et leur mère Amparo arrivent sur une petite île au milieu de l’Amazonie, à la frontière entre le Brésil, la Colombie et le Pérou. Ils ont fui le conflit armé colombien dans lequel leur père avait disparu. Un jour, il réapparaît dans leur nouvelle maison. La famille est hantée par cet étrange secret et découvre que l’île est peuplée de compagnons de son père.

Photo : Los Silencios

Nous suivons une famille avec sa décomposition, mais aussi sa reconstruction à la suite des conflits colombiens. Au milieu de tout cela, les fantômes du passé resurgissent et s’invitent dans le quotidien à l’image du père de famille. Des fantômes qui apparaissent soudain, comme s’ils n’étaient jamais partis, et qui vont se mêler au monde, brisant la barrière entre réel et surnaturel.

«Nous avons tourné à la frontière entre le Brésil, le Pérou et la Colombie, plus précisément sur une petite île baptisée « la isla de la fantasia » explique Beatriz Seigner. Cette île est envahie par les eaux quatre mois par an et refait surface comme par magie le reste du temps… J’ai repensé à ma propre enfance. Mon père a dû vivre caché une partie de sa vie et je ne savais pas où… Parfois, il venait me chercher à la sortie de l’école. J’essayais de ne jamais imaginer l’endroit où il vivait reclus. J’avais du mal à en parler aux autres, c’était très effrayant pour moi…. Nous avons tout de suite eu une idée : suivre les mouvements de l’Amazone, la crue et décrue. Et nous l’avons appliquée au film lui-même, c’est-à dire que nous voulions qu’il y ait une interaction entre la réalité et le fantastique, que la réalité soit parfois immergée et que sa perception puisse être transcendée.»

«Ce film, je l’ai toujours vu comme un film où le sensoriel avait une place concrète, tout comme les fantômes ont une place concrète dans cette région insulaire. Comment survit-on après avoir perdu un être cher et peut-on pardonner à ceux qui nous l’ont pris ? En termes de mise en scène, ces questions impliquaient de ne pas être dans l’emphase, de ne faire aucun travelling, d’utiliser la musique a minima – qu’on entend juste au début et à la fin du film. Tout le reste repose sur des sons organiques et naturels : l’eau, le vent, le coassement des grenouilles, le bruissement des feuilles, du bois…»

Cette sensibilité enivrante et onirique coexiste avec un naturalisme prosaïque, en utilisant une photographie magnifique et une succession de plans fixes mettant le spectateur dans une position d’observateur. La thématique de la mort et de la perte d’un être cher est ici approchée avec beaucoup de douceur, beaucoup de nostalgie aussi, se démarquant par un festival de couleur et d’effets fluorescents se développant au cours de la narration. Il y a d’un coté la précarité matérielle des populations qui doivent fuiret leur détresse psychologique, causée par la disparition brutale d’êtres chers, laissés derrière elles dans leur fuite qui aboutira contre toute attente à un apaisement des esprits dans le bayou amazonien.

Réalisé avec beaucoup de force par une jeune réalisatrice, le film est très beau. Parler des morts et des disparus du conflit colombien de cette façon est une réussite. Sortie le 3 avril 2019.

Alain LIATARD

Los Silencios de Beatriz Seigner, Drame, Brésil, 1 h 29 – Voir la bande annonce

Hyperréaliste et sensible : Sous la grande roue, le nouveau roman de l’Argentine Selva Almada

On avait découvert son originalité en 2014 avec Avant l’orage. Puis Les jeunes mortes, mi-reportage, mi-roman, avait en 2015 fait ressortir encore davantage le talent qu’elle a de naviguer entre réalisme cruel et sensations d’étrangeté dominées par une question qui revient en permanence : qu’est-ce que l’être humain ? L’Argentine Selva Almada revient avec son deuxième roman dans lequel se confirme encore sa force et sa sensibilité.

Photo : NODAL Cultura/Métailié

Deux moribonds gisent au pied de la grande roue d’une fête foraine, dans un village ignoré de tous, sauf de ses habitants. Ce sont deux jeunes gens, tout juste sortis de l’adolescence. La bagarre a mal tourné. Depuis leur brouillard, dans la confusion de leur cerveau, se reconstituent leurs courtes existences, tellement semblables. On a toute une série de magnifiques portraits de gens modestes qui peuvent tour à tour être misérables et magnifiques : la reine de beauté locale qui rêve du grand amour et le jeune artisan qui aime un peu trop jouer et parier, on entre dans les familles qui ressemblent à des milliers d’autres.

Ce sont les femmes qui s’en sortent le mieux, dignes, intelligentes, efficaces. La beauté de ces portraits vient en particulier de leur normalité ; elles hausseraient les sourcils, étonnées, si on leur disait qu’elles sont les «héroïnes» d’un roman. Et pourtant elles le sont.

Les chapitres, très courts, très denses, font alterner dans une construction rigoureuse les sensations des six personnages principaux, les deux adolescents et leurs parents. Chaque page est une scène familiale volée à l’intimité qui met sous un éclairage froid un bref geste de tendresse filiale ou un mouvement de violence soudaine d’un mari qui pourtant est au fond un brave homme.

Les deux adolescents sont nés le même jour dans le même village, leurs pères eux aussi se connaissent depuis toujours. Ils ne savent plus ce qui avait motivé la haine réciproque qui les a opposés toute une vie et qui s’est maintenue au fil du temps. Les jeunes gens, après des années d’amitié innocente, ont fini par adopter le schéma imposé.

Selva Almada nous emmène dans un tableau hyperréaliste de la province argentine, mais qui pourrait être ailleurs, presque partout en fait, tant elle va en profondeur pour décrire non seulement Marciano et Pajarito, les deux ados, leurs parents et leurs frères et sœurs, mais tout jeune défavorisé, toute famille de quartier ou de village pauvre, tout être humain, jeune ou vieux qui lutte pour exister et qui le fait sans panache, sans orgueil et sans complexe, naturellement. Il y a aussi quelque chose de la tragédie antique dans ce roman : le destin inexorable qui s’acharne, mais ce n’est pas sur des dieux, des demi-dieux ou des «héros», c’est sur des gens ordinaires, et ils subissent peut-être avec plus de dignité que les protagonistes d’Eschyle ou de Sénèque.

Selva Almada, qui s’est penchée sur les terribles cruautés faites aux filles et aux femmes et qui continue à militer sans répit contre toute violence machiste, prouve une nouvelle fois avec Sous la grande roue qu’elle compte parmi les très grands créateurs argentins.

Christian ROINAT

Sous la grande roue de Selva Almada, traduit de l’espagnol (Argentine) par Laura Alcoba, éd. Métailié, 176 p., 18 €. Selva Almada en espagnol : Ladrilleros, ed. Mardulce, Buenos Aires / Chicas muertas / El mono en el remolino (notas de rodaje), ed. Literatura Random House / El viento que arrasa, ed. Mardulce, Madrid. Selva Almada en français : Après l’orage / Les jeunes mortes, éd. Métailié.

Selva Almada est née en 1973 à Villa Elisa (Entre Ríos) et a suivi des études de littérature à Paraná, avant de s’installer à Buenos Aires, où elle anime des ateliers d’écriture. Son premier roman, Après l’orage (Métailié), a reçu un excellent accueil critique.

Mundo en fuego, rencontres théâtrales France-Mexique à Lyon du 15 au 19 avril

Dans le cadre de la collaboration entre le Nouveau Théâtre du 8e (NTH8), le Centro Universitario de Teatro de Mexico (CUT) et l’ENSATT de Lyon impulsée par la metteuse en scène Sylvie Mongin-Algan, une semaine de représentations, d’échanges et d’expérimentations théâtrales aura lieu du 15 au 19 avril 2019. Après la traduction de trois textes d’auteurs français, signés Laura Tirandaz, Julie Rossello-Rochet, Guillaume Poix, et leur création à Mexico en octobre 2018 avec la Génération 2016 des comédiens du CUT, ces trois spectacles seront présentés à l’ENSATT, Terzieff de Lyon.

Photo : NTH8

De jeunes dramaturges mexicains et français, durant trois jours, questionneront quotidiennement l’actualité internationale, comme une revue de presse poëlitique et rhapsodique. Cette coopérative éphémère épluchera la presse du jour, la mettra en lien avec la ville de Lyon et le quartier des États-Unis, écrira en quelques heures une série de courts textes, drames brefs, poèmes, manifestes, et chansons. À partir de ces matériaux divers, chaque soir se fera ainsi entendre en un cabaret polyphonique, kaléidoscopique et polyglotte, les secousses, les incertitudes, les fulgurances et les espoirs de notre monde contemporain, et comment on les chante de l’un et de l’autre côté de l’Atlantique.

Les échanges entre les artistes mexicains qui se sont emparés des textes français, les rencontres entre comédiennes et comédiens de l’ENSATT, du NTH8 et de la CUT, seront autant d’occasions de s’interroger sur les spécificités du théâtre mexicain contemporain. Comment et pourquoi faire du théâtre au Mexique ? Comment le théâtre s’inscrit-il aujourd’hui dans la société mexicaine ? Quelle est son histoire ? Quels sont ses enjeux ? Ses difficultés ? Ses combats ? Comment les engagements des jeunes artistes de théâtre mexicains peuvent-ils interroger les nôtres, questionner les nôtres et réciproquement ?

Trois jeunes dramaturges mexicains, Oscar Chapa, Luisa Manero Serna et Adolfo Sánchez seront également invités, aux côtés des étudiants du département Écrivains Dramaturge de l’ENSATT et des trois dramaturges français, à questionner quotidiennement l’actualité internationale, les incertitudes, les drames et les fulgurances de notre monde contemporain. Dans l’espoir que de nouvelles collaborations puissent naître de ces moments partagés et qu’un théâtre résolument international s’invente et s’affirme entre Lyon et Mexico.

Samuel GALLET
Écrivain – dramaturge de l’ENSATT

En savoir plus sur les rencontres théâtrales France-Mexique

L’obscurité règne au Venezuela, grande inquiétude pour les habitants

Les pannes de courant semblent faire partie de la vie de tous les jours des Vénézuéliens. Les coupures ont commencé à s’accentuer depuis le 7 mars, jour où la panne de courant a été la plus longue de l’histoire du pays, soit cinq jours pour certaines régions. À la suite de cette coupure, le gouvernement a assuré que le problème avait été résolu. Mais, peu de temps après, des coupures cette fois-ci plus sporadiques ont eu lieu tout au long du mois de mars. Le gouvernement vénézuélien a décidé de prendre des mesures particulières.

Photo : Atilio A. Boron

Nicolás Maduro a annoncé dimanche 31 mars un plan de rationnement électrique de 30 jours pour faire face à cette véritable crise électrique. Le plan est accompagné par un approvisionnement en eau, puisqu’une grande majorité des Vénézuéliens n’ont pas encore d’eau dans leurs maisons. Cependant, l’Association vénézuélienne d’ingénierie électrique et mécanique (AVIEM) a souligné que, sans une profonde intervention dans les centrales électriques, le problème pourrait demeurer pendant des années. «Ce problème va continuer, la situation est gravissime, il y aura d’autres pannes de courant et du rationnement […]. Tout le système électrique produit à peine entre 5500 et 6000 mégawatts quand il devrait en produire 34000» a expliqué le président de l’AVIEM Winston Cabas.

Il ajoute que l’industrie électrique vénézuélienne manque de main-d’œuvre qualifiée puisque «plus de 25000 travailleurs qualifiés du secteur ont quitté le pays depuis 2015». Finalement, les explications crédibles des pannes électriques brillent par leur absence. Le ministre de la Communication Jorge Rodríguez et Nicolás Maduro accusent le président par intérim Juan Guaidó et les États-Unis d’avoir orchestré des «attaques électromagnétiques» contre les centrales électriques. Il y a même certaines figures du gouvernement qui essayent de proposer quelques explications fantaisistes. Une membre de l’Assemblée nationale constituante, María Alejandra Díaz, a expliqué que les États-Unis ont utilisé le même virus électrique que dans le film Die Hard IV de Bruce Willispour saboter les centrales électriques au Venezuela.

Guaidó radié

Le contrôleur général du Venezuela Elvis Amoroso a annoncé jeudi 28 mars que le président par intérim Juan Guaidó est désormais radié et ne peut exercer des fonctions publiques pendant quinze ans. D’après Amoroso, «on présume une falsification des documents de ses déclarations de patrimoine et d’avoir reçu de l’argent d’institutions internationales sans le notifier». Il ajoute que Guaidó «a réalisé 91 voyages à l’extérieur du pays sans autorisation de l’Assemblée nationale pour un montant de 310 millions de bolivars (83700 euros au taux de change officiel) qu’il ne peut pas justifier avec son salaire de fonctionnaire public». Quant à Guaidó, il qualifie cela de «farce» et «qu’il n’existe pas une telle interdiction».

Il est aussi pertinent de souligner que de nombreux fonctionnaires publics du gouvernement chaviste sont accusés, preuves à l’appui, de corruption. L’exemple le plus révélateur est celui de l’ancien trésorier de la nation (et garde du corps de l’ancien président Hugo Chávez) Alejandro Andrade. Il a été condamné en 2018 à 10 ans de prison après avoir avoué avoir reçu un milliard de dollars (890 millions d’euros) en pots-de-vin. Le Département du Trésor des États-Unis a procédé à la confiscation et à la vente de ses biens en territoire américain. Ils ont par exemple confié à la compagnie CWS Marketing de vendre les 14 chevaux qu’Andrade avait aux États-Unis ; on estime que la vente aux enchères a permis de recueillir 1,23 million de dollars (un million d’euros). Difficile de justifier ces sommes faramineuses avec son salaire de fonctionnaire public !

Bilan du rapport des Nations unies et de la réunion de l’OEA

Le rapport de la visite de Michelle Bachelet, la Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme de l’ONU, est sans doute la preuve irréfutable que le régime de Maduro ne respecte pas les droits de l’homme. Depuis le siège des Nations unies à Genève, Bachelet a expliqué que, dans le pays, il y a des tortures, des assassinats, mais aussi une violente crise humanitaire que le gouvernement nie catégoriquement. Elle a souligné à plusieurs reprises que la grande majorité de ces crimes étaient commis par les Forces d’actions spéciales (ou FAES) et par les «colectivos» (groupes paramilitaires armés).

Michelle Bachelet déclare alors que «les assassinats présentent un schéma similaire et ont lieu pendant des perquisitions illégales réalisées par la FAES, par la suite, les rapports officiels montrent qu’il y a eu un affrontement armé même si les témoins expliquent que les victimes ne portaient pas d’armes». Il faut souligner que, depuis janvier, la FAES a assassiné 37 personnes dans les zones les plus pauvres de Caracas

En 2018, on compte 205 assassinats également perpétrés par ces forces spéciales. En revanche, elle a aussi mis en évidence que la crise économique et sociale du Venezuela s’est accentuée davantage à la suite des sanctions américaines qui ont commencé en janvier. Du côté du régime de Nicolás Maduro, le vice-président du parti socialiste Diosdado Cabello a simplement déclaré que Bachelet a «envoyé une commission qui s’est contentée de lire ce que l’opposition lui a donné. Nous savions déjà que cette personne qui a gouverné pendant 8 ans sous la constitution du dictateur Pinochet allez faire cela». Le même jour, lors d’une réunion de l’OEA à Washington, le lieutenant vénézuélien Ronald Alirio Dugarte Silva a dévoilé une vidéo inédite des tortures qui ont lieu au siège de la Direction générale de contre-intelligence militaire (DGCIM). Vidéo où l’on peut aussi observer les conditions déplorables des prisonniers.

Les emprisonnements arbitraires au Venezuela s’accentuent

Le dernier emprisonnement a été celui de Roberto Marrero, chef de cabinet du président par intérim Juan Guaidó, par le Service d’Intelligence (Sebin), sous prétexte qu’il faisait partie d’un groupe terroriste. D’après le ministre de la Justice Néstor Reverol, Marrero était un des membres principaux d’un groupe terroriste qui visait à détruire des hôpitaux et des métros dans tout le pays. Le rapport officiel a montré que Marrero avait dans son appartement des fusils d’assauts et des grenades. Guaidó a déclaré que cette détention de Marrero montre à quel point le régime de Maduro est désespéré puisqu’ils ne peuvent pas l’incarcérer : «Comme ils ne peuvent pas incarcérer le président par intérim, ils prennent les membres les plus proches. Quoi qu’il arrive, on va rester ici.» Guaidó lui-même a également été victime d’une détention arbitraire le 13 janvier lorsque des membres du Sebin ont interpellé sa voiture ; il a été libéré peu de temps après.

Pendant cette même semaine, la juge María Lourdes Afiuni a été finalement condamnée à 5 ans de prison pour «corruption spirituelle». Ce terme qui peut paraître fictif désigne le «crime» dont cette juge a été accusée en 2009 lorsque l’ex-président du Venezuela Hugo Chávez l’a déclaré coupable pendant une émission télévisée pour avoir supposément aidé l’homme d’affaires Eligio Cedeño à fuir le pays. Chávez avait exigé 30 ans de prison, mais finalement elle a été condamnée à 5 ans dix ans après.

Ce qui rend ce verdict incroyable c’est qu’ils n’ont pas trouvé de preuves qui mettent en relation la juge et l’homme d’affaires, mais les juges l’ont accusé quand même de «corruption spirituelle» et pour sentir du «plaisir» lorsqu’elle a reçu des pots-de-vin, dont les preuves n’ont pas été présentées. «La justice criminelle au Venezuela vient d’entrer dans l’histoire. Elle a condamné la juge Afiuni de corruption spirituelle. C’est comme accuser quelqu’un de meurtre sans l’existence du mort» a déclaré l’avocat d’Afiuni, José Amalio Graterol, peu de temps après sur son compte Twitter.

Nicolás OLIVARES PEREDA

Visite de la cacique Tanoné en France pour parler de la situation écologique en Amazonie

Voilà 100 jours que Jair Bolsonaro est président du Brésil. À cette occasion, la cacique Ivanice Pires Tanoné, âgée de 64 ans, invitée par les éditions Actes Sud et Planète Amazone, visitera la France du 5 au 20 avril. Son souhait est de livrer une prise de conscience sur la situation écologique de l’Amazonie.

Photo : Ito Waia

Cette cacique représente son peuple Kariri Xocó à Alagoas depuis plus de trente ans. Véritable gardienne de la nature, elle replante des arbres, seule. Reforestation qui sert à la protection des derniers hectares de forêt sacrée des terres de son peuple. Or sa lutte contre la déforestation et l’assèchement du fleuve San Francisco n’est pas entendue par le président Jair Bolsonaro.  Ce président menace les minorités indigènes. Leur culture et les écosystèmes dont ils dépendent sont alors en danger.

Alors que les minorités autochtones sont plus que jamais incomprises par leur gouvernement, la cacique Tanoné cherche du soutien en France. Lors de sa visite, elle portera également la voix de l’Alliance des Gardiens de Mère Nature. Mouvement lancé par la COP 21, pour la paix, la justice climatique et les générations futures. En parallèle, la cacique assurera la promotion de l’ouvrage Paroles des peuples racines – Plaidoyer pour la Terre, un livre de Sabah Rahmani qui rassemble les témoignages de 19 représentants autochtones dans le monde, mais qui représente aussi la Déclaration de l’Alliance des Gardiens et Enfants de la Terre Mère, pacte signé à Brasília par 200 indigènes et alliés de 30 pays. 

Pendant sa campagne présidentielle, Bolsonaro a déclaré que «les indiens n’auront plus un centimètre de terres en plus». Depuis son investiture au gouvernement brésilien, les terres indigènes sont désormais à la merci de l’agro-business, de l’industrie minière et des grands complexes de barrages. Cela représente la violation de la Constitution de 1988 et de la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail.

Lors de son appel en France, la cacique livrera plusieurs conférences. Première conférence le mercredi 10 avril lors de la «Up Conférences» à Hasard Ludique, Paris. Seconde conférence le lendemain à l’occasion des «100 jours de Bolsonaro» à l’Espace Niemeyer, Paris. Dernière conférence le mercredi 17 avril lors de la conférence «S.O.S. d’un Brésil indigène en détresse» à l’Espace Jean Dame de la Capitale française.

Eulalie PERNELET

L’Homme à la moto, le second long métrage de l’Argentin Agustín Toscano

Tucumán, en Argentine. Miguel tente de joindre les deux bouts en pratiquant le vol à l’arraché depuis sa moto. Un jour, alors qu’il dérobe son sac à une vieille dame, il la blesse grièvement. Rongé par la culpabilité, il tente de soulager sa conscience en s’occupant d’elle, sans lui dévoiler son identité. Mais plus il devient proche de sa victime, plus il s’empêtre dans ses mensonges et craint de lui révéler la vérité…

Photo : L’Homme à la moto

Agustín Toscano est né en 1981 à San Miguel de Tucumán. Comédien, scénariste et metteur en scène de théâtre et de cinéma, il a fait ses études à l’université nationale de Tucumán et à l’école de cinéma, vidéo et télévision de la même ville. Son premier long métrage, Los Dueños, coréalisé par Ezequiel Radusky, a été présenté à la 52e édition de la Semaine de la Critique en 2013 à Cannes où il a obtenu une mention spéciale du jury. Le film a également remporté le Condor d’argent du meilleur premier long métrage décerné par l’association des journalistes de cinéma d’Argentine. L’Homme à la moto est son deuxième long métrage.

«El Motoarrebatador, explique le réalisateur,s’inspire d’un événement qui s’est produit il y a plus de dix ans : deux motards ont traîné ma mère sur plusieurs centaines de mètres en essayant de lui dérober son portefeuille. À partir de ce souvenir, j’ai développé une intrigue imaginaire que j’ai mis du temps à élaborer. J’ai eu l’idée d’un voleur qui regrettait son geste et, à partir de là, j’ai écrit l’histoire d’un homme tourmenté par la culpabilité. C’est le parcours d’un homme poursuivi par son ombre et par sa conscience. Je pourrais dire que c’est l’histoire de deux personnes au travers desquelles les limites des préjugés sociaux, l’idée du bien et du mal, la dichotomie entre victimes et auteurs sont franchies. C’est un film qui navigue dans les complexités de l’esprit humain mais sur le ton de la comédie.»

«Contextuellement, il s’agit aussi d’une radiographie de la périphérie de Tucumán, la ville la plus petite et la plus surpeuplée d’Argentine. C’est un lieu quasi surréaliste où la police peut décider de se mettre en grève et où les habitants peuvent piller les supermarchés et en repartir sur leurs motos, chargées des marchandises qu’ils ont volées. Tucumán est à la périphérie de la périphérie, pourrait-on dire avec une certaine ironie, car l’Argentine est à la périphérie du monde réel.»

«Nous avons tourné en juin et juillet 2017, dans la province de Tucumán, au nord de l’Argentine, dont je suis originaire. Nous avons tourné dans des quartiers périphériques, très marginaux, avec d’énormes décharges d’ordures, mais aussi des collines imposantes, plantées de citronniers, qui représentaient un véritable contrepoint dramatique. Je voulais montrer l’environnement de mon personnage comme s’il s’agissait d’un véritable paysage intérieur désertique… Tout est allé dans le sens du film. Même la météo. Nous avons pu filmer des poursuites avec de vrais flics, tourner à l’intérieur de la prison, utiliser un supermarché entier comme décor. C’était merveilleux de recevoir l’appui de tant de gens, du gouvernement de Tucumán et de la municipalité. Très peu de films sont tournés dans cette région. Cela a généré une énergie très spéciale dont j’ai appris à en tirer profit.»

Cette histoire est très bien filmée et le réalisateur a donc su utiliser les lieux de cette ville de Tucumán. L’interprétation est bonne également car Agustín Toscano avait déjà filmé avec les mêmes protagonistes et les avait mis en scène au théâtre. Sortie le 3 avril 2019.

Alain LIATARD

L’homme à la moto d’Agustín Toscana, Drame, Uruguay-Argentine, 1 h 33. Voir la bande annonce

Aussi en salle cette semaine : Tito et les oiseaux, un film d’animation brésilien

Tito a 10 ans et vit seul avec sa mère. Lorsqu’une étrange épidémie commence à se propager dans la ville, transformant les gens en pierres chaque fois qu’ils ont peur, Tito comprend que le remède pourrait être lié aux recherches que son père avait faites avec des oiseaux. Accompagné par ses amis, il se donne alors pour mission de sauver le monde.

Tito et les oiseux de Gustavo Steinberg, Drame, Brésil, 1 h 13. Voir la bande annonce

Cent vingt dénonciations de violences sexistes publiées contre des journalistes mexicains

Entre le 23 et le 26 mars, le compte Twitter @periodistasPUM, de l’organisation Periodistas Unidas Mexicanas (Journalistes mexicaines unies), a publié 120 dénonciations de violences sexistes qui impliquent des journalistes, rédacteurs en chef, photographes, chroniqueurs et dirigeants de divers médias de communication mexicains. Onze hommes ont été signalés par plus d’une femme, a révélé l’organisation. SUITE

Photo : Twitter/@periodistasPUM

Après la diffusion le samedi 23 mars de dénonciations de violences sexistes dans le milieu littéraire sous le hashtag #MeTooEscritoresMexicanos (Me Too Écrivains Mexicains), les Periodistas Unidas Mexicanas ont décidé de promouvoir le hashtag #MeTooPeriodistasMexicanos (Me Too Journalistes Mexicains), pour recevoir des témoignages d’agressions machistes dans les médias. Le compte Twitter a publié 120 dénonciations, parmi lesquelles 119 dont l’agresseur fut un homme et seulement un cas où elle fut une femme. De plus, 11 hommes ont été signalés par plus d’une personne pour avoir exercé des violences sexistes.

Des 37 médias signalés comme lieux de travail des agresseurs dans les accusations, quatre se sont prononcés sur le sujet. L’agence CIMAC a annoncé une enquête interne pour éviter que se répètent ces conduites, telle celle attribuée à un ex-rédacteur en chef ; le réseau Red de Periodistas de a Pie s’est engagé à concevoir un protocole de conduite en cas de harcèlement sexuel après que trois de ses collaborateurs ont été dénoncés ; alors que Chilango y Más por Más ont informé de la suspension des postes de deux de ses trois collaborateurs signalés, pendant le déroulement des enquêtes et avant une prise de décision définitive.

«Dans le collectif PUM, nous avons donné la parole aux femmes victimes de violences, en leur apportant une protection, en cohérence avec les raisons à l’origine de la formation de notre groupe. Notre travail a consisté à mettre en évidence un problème qui se produit fréquemment dans l’exercice de nos fonctions depuis très longtemps, dans une totale impunité», rappelle le groupe.

«Le changement viendra des entreprises de presse qui assument leurs responsabilités pour garantir des espaces sans violence pour les femmes, en appliquant une politique de zéro tolérance face au harcèlement sexuel, en créant et faisant respecter les protocoles adéquats pour traiter les plaintes de ces conduites illégales et inappropriées qui entravent le développement professionnel et affectent la vie personnelle, en développant des mécanismes de dénonciation sûrs et fiables, et en mettant en place des mesures préventives pour lutter contre ce type de violence», a conclu PUM.

D’après Aristegui Noticias
Traduit par Cécile Spanu

L’origine du pisco : l’éternelle dispute entre le Chili et le Pérou autour de l’appellation

Le pisco, résultat d’une distillation de cépages particuliers, se déguste en cocktail savamment préparé avec du sirop de sucre de canne, du jus de citron vert et du blanc d’œuf qui lui donne cette écume moussante en surface. Ce savoureux alcool de raisin est au cœur de la tourmente. En effet, Chili et Pérou se disputent l’antériorité et la propriété de l’appellation «pisco». Cette querelle ancestrale, amplifiée par l’expansion des exportations, reflètent des enjeux à la fois politiques, économiques, et culturels.

Photo : DR

Début mars, durant son voyage à Lima, le ministre de l’Agriculture du Chili Antonio Walker a proposé à son homologue péruvien, Gustavo Mostajo, que le Pérou accepte la dénomination d’origine du pisco à la fois pour le Pérou et le Chili : «Notre proposition est que les deux pays se complètent et reconnaissent réciproquement la dénomination d’origine des deux pays sur le marché international.»

Cette proposition fut rejetée par le gouvernement péruvien. Le ministre de la Culture, Rogers Valencia, réagit : «La dénomination pisco consiste en trois points : premièrement, l’espace géographique où se cultivent les raisins du pisco. Deuxièmement, la manière de produire le pisco, et enfin que le pisco se fasse avec la variété de raisin adapté. S’il n’y a ni la variété d’origine, ni le respect du processus de fabrication, alors la dénomination pisco n’est pas recevable.»

Ces litiges entraînent pour les deux pays des coûts importants dus aux démarches juridiques entamées, notamment sur les marchés asiatiques, en Thaïlande et en Inde, pays d’exportation.

Une querelle déjà ancienne

En 2016, un scandale télévisé avait déjà mis le pisco sur le devant de la scène. Le présentateur chilien Christian Pino avait alors eu le malheur de parler de «pisco peruano», ce qui lui a valu un licenciement de la part de la chaîne télévisée Canal 24 Horas pour «perte de confiance».

Ce licenciement a coïncidé avec la sortie du livre El pisco nació en Chile, de Pablo Lacoste, historien argentin ayant réalisé des recherches sur l’épineux sujet et selon qui l’origine serait élucidée. Comme preuve, il avance un document de 1733 extrait des Archives nationales de Santiago relatif à l’inventaire des biens de l’hacienda La Torre (Vallée de l’Elqui), qui mentionne trois jarres de «pisco». Pour l’historien, l’utilisation du terme «pisco» à cette date, soit un siècle avant que le Pérou ne l’emploie, prouve donc l’origine chilienne de cette alcool.

Face à cette argumentation, les Péruviens répliquent avec le testament de Pedro Manuel El Griego, daté du 30 avril 1613, enregistré chez le notaire Francisco Nieto à Ica (Pérou) et conservé dans les Archives de Lima. Ce document recense la présence de trente cuves et d’un tonneau remplis d’arguadiente (eau-de-vie) et du matériel de distillation nécessaire à sa fabrication. Par ailleurs, la région portuaire de Pisco est depuis plus de 400 ans le siège d’une importante exportation de l’«aguardiente de Pisco». Ce à quoi Pablo Lacoste réplique qu’il faut bien distinguer l’aguardiente du pisco.

Pisco, ville et région péruviennes

Cependant, l’appellation s’appuie en général sur le nom de la zone géographique d’où est issu le produit en question. Or, la région de Pisco est bel et bien au Pérou même si les Chiliens ont rebaptisé en 1936 le village de La Unión en Pisco pour renforcer leurs droits à l’appellation.

Au-delà de l’aspect identitaire, cette querelle reflète également des enjeux économiques. Le Chili dépasse le Pérou autant en termes de production du pisco –36 millions de litres contre 9 millions– que de consommation par habitant –2,3 litres contre 0,22 litre. Aussi la bataille des marchés internationaux avec l’appellation pisco est de taille. Les États-Unis et l’Union européenne importent du pisco d’origine péruvienne et chilienne. Et pour ajouter du piment à la querelle : le Chili est le premier importateur de pisco péruvien.

Cette querelle identitaire n’est donc pas prête de s’éteindre. Alors autant poursuivre le débat autour d’un verre de pisco… chilien ou péruvien. «Salud» !

Alexandra JAUMOUILLÉ

Exposition du Chilien Francisco Sepúlveda à la Galerie des Tuiliers jusqu’à fin juin

Après avoir étudié le dessin, la peinture et la gravure à l’École des Beaux-Arts de Santiago puis à l’Atelier Wifredo Lam où il explore les techniques expérimentales de la gravure, Francisco Sepúlveda expose depuis 1995 régulièrement en France, en Suisse, en Allemagne, aux États-Unis et en Amérique latine. Les œuvres de ce jeune artiste figurent déjà dans quelques collections publiques et le Grand Prix Azart 2009 du magazine éponyme vient de lui être décerné. La Galerie des Tuiliers lui consacre une exposition à Lyon du 4 avril au 29 juin 2019. Une nouvelle exposition est annoncée à Tarascon à partir du 11 juillet prochain.

Photo : Galerie des Tuiliers

L’artiste d’origine chilienne Francisco Sepúlveda (né en 1977) jouit d’une reconnaissance internationale. Peintre et graveur formé aux Beaux-Arts de Santiago du Chili, sa ville natale, il développe un corpus plongeant dans ses racines latino-américaines. Ses œuvres récentes sont empreintes de cette verve narrative qui le caractérise. Un univers foisonnant traduit dans des compositions solidement peintes. Une lisibilité qui porte cependant ses énigmes. Comment interpréter ces personnages décrits avec précision, acteurs de contes chimériques ?

Sepúlveda conjugue l’héritage des anciennes civilisations et une inventivité détonante. Symboles et fétichisme habitent ses personnages d’une puissance invocatrice qui s’impose dans une merveilleuse simplicité. Les images iconiques se détachent sur des fonds colorés, elles-mêmes formes pures et plates sans modèle soulignées par le contour de la ligne qui souligne chaque élément pour laisser s’épancher la couleur luxuriante, généreuse, posée en aplats joyeux.

Cette économie de moyens et une manière franche qu’a l’artiste d’interrompre le récit, lui permettant d’en tirer parti pour mieux le relancer. La mise en scène ne refuse ni l’hyperbole ni la césure pour s’affranchir du réel. Seule compte l’efficacité de la narration qui bouscule le regard. Une peinture pure, aux lointaines résonances avec l’esthétique pop. Les gros plans, leur juxtaposition sont d’une audace formelle en accord avec le climat onirique et surréel de sa peinture. Dans un espace délibérément sobre, l’ellipse est une des clés ouvrant la porte de cet univers intemporel. Sa vision du monde lui permet d’affirmer le sujet dans sa peinture, qui se retrouve également dans sa pratique de la gravure en couleurs.

D’après Lydia HARAMBOURG,
La Gazette de Drouot

«Exubérante, mystérieuse et magique à la fois, l’œuvre polymorphe de Sepúlveda foisonne de références à ses racines sud-américaines et aux différentes cultures auxquelles il a été exposé lors de ses nombreux et incessants voyages. Les critiques se sont penchés sur son travail et parlent de la Galaxie Sepúlveda, la palette des dieux et ils le comparent avec un ogre joyeux au rire tonitruant, un géant vorace et insatiable, qui dévore des univers, s’en repaît, pour mieux n’en modeler qu’un : le sien, unique, éclatant, fascinant.», Micheline Vorbe – Images entre rêve et réalité.

«Voici des années maintenant que je suis le travail de Francisco Sepúlveda, artiste d’origine chilienne qui n’a rien perdu de ses racines latino-américaines, ni de son humour. Dans ses toiles, les images s’installent comme dans un surgissement depuis ce seuil subtil qui sépare le rêve de la réalité. Des plans de couleur et une atmosphère surréelle l’aident à composer une œuvre sillonnée d’une charge onirique très significative. Sepúlveda recrée son propre univers dans un espace volontairement sobre, articulé à partir d’une grande économie de moyens plastiques et où ses figures acquièrent une présence sans équivoque.», Antonio Segui, Arcueil, octobre 2011.

Ses personnages énigmatiques se baladent dans des scènes dénudées où tout est possible. À la diversité des sujets répond la multiplicité des interprétations. Sepúlveda entreprend d’éla­borer son monde pour exorciser un imaginaire foisonnant dans lequel les mythes et les légendes se mêlent pour réécrire le quotidien. C’est plein d’humour et de dérision mais ce qu’il ra­conte ne peut l’être que par la peinture.

D’après la Galerie des Tuiliers

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