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19 mars 2019

Imaginer le père dans Mon citronnier, le premier roman de Samantha Barendson

À quarante ans, après avoir connu l’expérience de la maternité et avoir surmonté un cancer, la narratrice de Mon citronnier, le roman autofictionnel de Samantha Barendson, prend conscience de la profondeur du vide que la disparition précoce de son père a laissé dans sa vie. Elle avait deux ans lorsqu’il est mort et n’en garde aucun souvenir. Quelques photos jaunies et une réticence à en parler de la part de la famille la poussent à chercher des réponses, à poser de nouvelles questions, à recueillir des témoignages. L’enquête devient quête existentielle, les non-dits y opposent une opacité persistante, mais l’obstination de la fille finira par percer le secret. Elle est un de nos écrivains invités aux prochaines Belles Latinas d’octobre 2019.

Photo : J. C. Lattès/Tanguy Guézo

Une petite fille d’abord, une adolescente rebelle ensuite, une femme aussi forte que fragile enfin. Une famille d’origine italienne, une histoire nomade, transitant par l’Espagne, l’Argentine, le Mexique, la France. Des langues qui se croisent, des lieux qui se succèdent. Et une quête qui traverse la vie. «Il paraît que, lorsqu’il est mort, il est allé au cimetière puis dans un jardin. Il paraît que, lorsqu’il est mort, il est devenu un citronnier.»

Texte choral, polyphonique, où la voix de la fille en convoque d’autres, multiples, qui se relèvent pour construire –pour reconstruire– la figure du disparu, le roman est avant tout une sorte d’impossible conversation intime entre une fille et son père, un dialogue fantasmatique où elle l’imagine une et mille fois, se demande quelles étaient ses habitudes, ses goûts, ses gestes. Quels auraient été ses mots s’il avait pu les lui dire, ses rêves et ses espoirs. Les grands-mères, les oncles, les tantes, sa femme, les amis : chacun apporte sa touche au portrait d’un homme beau, séduisant, joueur, volage, rieur et, néanmoins, angoissé par le futur de sa famille et qui ne finit pas de trouver sa voie.

La mort, accidentelle, le surprend pendant son sommeil et loin de tous ; et les étranges circonstances qui l’entourent cachent une vérité que la fille ne découvrira qu’à la fin de sa recherche. Entre-temps, le travail de mémoire oblige à repenser les liens qui unissent les membres de la famille, à dire ce qu’ils ne pouvaient ou ne savaient pas dire, à s’aimer autrement. Le père absent est aussi, en quelque sorte, le catalyseur qui les révèle les uns aux autres.

Samantha personnage, à l’égal de Samantha autrice et de Samantha personne historique qui n’obtiendra jamais de réponse à toutes ses questions, mais à la fin du parcours, elle aura récupéré des objets, des enregistrements, des documents, des récits, des vérités qui donnent au père absent une matérialité, une réalité nouvelles ; elle aura perforé les silences et les oublis, délibérés ou pas, et trouvé une paix jusqu’alors esquive.

La littérature argentine contemporaine est riche en récits d’enfants à la recherche de leurs parents. Et pour cause, dans un pays où la dictature des années 1970 a fait disparaître 30 000 personnes, la plupart jeunes, dont beaucoup avaient des enfants. Ces orphelins racontent aujourd’hui le drame de la disparition, et les formes que cette littérature adopte ne sont pas si différentes de celles choisies par Samantha Barendson. Son père n’est pas un desaparecido pour des raisons politiques, quoiqu’il aurait pu l’être. Mais l’expérience de ce vide fondateur n’est pas, en soi, si différente ; le texte s’intègre sans heurts dans ce corpus qui constitue déjà un sous-genre et au sein duquel on trouve aussi bien des histoires réelles que des histoires fictives.

La structure est, comme dans les autres cas, celle de l’enquête ; mais Samantha Barendson en fait quelque chose d’autre, plus intime et plus poétique. C’est le ton du discours qui se révèle d’une force et d’une efficacité remarquables : lucide, nostalgique, moqueur et lyrique à la fois. Elle trouve les mots pour le dire, elle trouve les mots pour se dire. Et cela, avec une sorte de sagesse et de liberté que seul l’amour peut produire ; car «il est trop tard pour combler mes vides mais il est encore temps pour stopper la déchirure et suturer enfin notre histoire familiale».

María A. SEMILLA DURÁN

Mon citronnier de Samantha Barendson, J. C. Lattès, Paris, 2017, 200 p., 17 €.

Née en 1976 en Espagne, de père italien et de mère argentine, Samantha Barendson vit aujourd’hui à Lyon. Elle travaille dans le monde scientifique, a publié des recueils de poèmes. Elle aime déclamer sur scène, un peu frustrée de n’être pas une chanteuse de tango.

Un univers à la Mad Max dans Cómprame un revolver, un film de Julio Hernández Cordón

Le Mexicano-Guatémaltèque Julio Hernández Cordón, le réalisateur du réussi Las Marimbas del infierno (film de 2010 qui n’a pu sortir qu’en janvier 2018), a présenté à Cannes l’an passé Cómprame un revólver. Quelque part au Mexique, dans un décor de western et dans un monde submergé par la violence, où les femmes se prostituent et sont tuées, une fille porte un masque de Huck et une chaîne autour de sa cheville pour cacher sa féminité, car on raconte que les filles disparaissent ou sont tuées. Elle aide son père, un junkie tourmenté, à prendre soin d’un terrain de baseball abandonné où jouent des dealers. Puis ils assistent à une grande fête en l’honneur du baron local de la drogue.

Photo : Cómprame un revólver

En recréant un univers sombre et pesant avec très peu de moyens, Julio Hernández Cordón parvient à exprimer avec efficacité l’horrible oppression des narcotrafiquants sur la population mexicaine. Le monde créé par le cinéaste est fort, sombre, oppressant et heureusement parsemé de quelques belles images oniriques, qui viennent illuminer le récit et permettent aux spectateurs de respirer.

Le film évite ainsi tout manichéisme. Le père a beau être courageux et faire tout son possible pour cacher sa fille, il ne reste pas moins complice du système des narcos en étant lui-même toxicomane. Seul le personnage de Huck, référence au chef-d’œuvre de la littérature américaine Huckleberry Finn de Mark Twain apporte un peu d’espoir dans cet univers.

«À l’origine, explique Julio Hernández Cordón, je pensais à une adaptation d’Huckleberry Finn, située dans un futur apocalyptique aux décors minimalistes. Et puis quelqu’un m’a suggéré que le personnage central soit une petite fille. J’ai pensé à mes filles, et j’ai voulu leur écrire une histoire, la lettre d’un père qui se sait imparfait mais empli d’un amour profond pour elles. Et le seul héritage qu’il peut leur offrir, est celui de la survie. Cómprame un revólver est une histoire d’amour, de paternité dans un espace sans règle. Le royaume de la loi du plus fort, où rien n’a d’importance si ce n’est tromper la mort.»

«Cette histoire parle de ce Mexique conflictuel et sauvage, où les institutions sont invisibles et où la vie des gens dépend de l’humeur des criminels. La forme du film repose sur l’improvisation, du tournage jusqu’aux dialogues. Il n’y a pas eu de répétition et la plupart des acteurs ne sont pas des professionnels…»

Pour trouver le terrain de base-ball, il ajoute : «Près de la mer, j’ai trouvé un terrain immense où on élevait des crevettes. En voyant les canaux, j’ai tout de suite pensé à Mark Twain et à La Nuit du chasseur. Un lieu extrêmement poétique et cinématographique. En m’y promenant, je me suis senti plongé dans mon histoire. Je me suis souvenu de quand j’étais enfant et que je regardais un endroit que j’aimais, j’avais envie d’y jouer ; d’y inventer un jeu et de profiter de l’endroit.»

Ce curieux film est très impressionnant, surtout lorsque l’on voit deux groupes de trafiquants de drogue s’affronter, mieux armés que l’État mexicain. Sortie le 27 mars.

Alain LIATARD

Cinéma du Réel 2019 : 41e édition du Festival international de films documentaires

Créé en 1978 par la Bibliothèque Publique d’Information (BPI) au Centre Pompidou, le festival Cinéma du Réel est organisé depuis 1984 en collaboration avec l’association les Amis du Cinéma du Réel. L’objectif principal est de faire la promotion et la diffusion des films documentaires. C’est un des plus importants festivals du film documentaire, de renommée nationale et internationale, qui permet la rencontre entre les professionnels du documentaire et le public. Du 15 au 24 mars 2019 se tiendra la 41e édition de ce Festival international de films documentaires à Paris avec une sélection de films sur l’Amérique latine.

Photo : Cinéma du Réel

Dans différents lieux, au Centre Pompidou, au Luminor Hôtel de Ville et au Forum des Images, seront projetés plus de 150 films, regroupant plus de 120 réalisatrices et réalisateurs et 30 nationalités différentes seront représentées.

Les films sont répartis en plusieurs sections : «Compétition internationale», «Section française», «Kevin Jerome Everson», «Fabriquer le cinéma», «Front(s) Populaire(s)» et «Focus Yolande Zauberman». Plusieurs jurys décerneront différents prix, dont ceux de la «Compétition internationale», du «Longs métrages», du «Courts métrages», et du prix «Jeunes Publics».

Le type de films que l’on a l’occasion de voir dans ce festival est essentiellement le documentaire, l’essai ou encore l’expérimentation. Ainsi, la diversité des genres et des formes d’approches cinématographiques mondiales sont mises en valeur. Le festival met l’accent sur le patrimoine et la mémoire du genre, en organisant notamment des rétrospectives, et les fait dialoguer avec la création contemporaine.

Chaque année, il fait découvrir de jeunes talents, et de nombreux réalisateurs sont révélés sur la scène internationale et sont aujourd’hui connus du grand public. Après la projection des films, un débat est proposé entre le spectateur et les réalisateurs.

L’Amérique latine au Cinéma du Réel

Pour cette 41e édition, le Cinéma du Réel accueillera une dizaine de films sur l’Amérique latine. Les pays à l’honneur cette année seront le Brésil, le Chili, l’Argentine et le Mexique, avec les films suivants :

  • A Rosa azul de novalis réalisé par Gustavo Vinagre et Rodrigo Carneiro (2019 / Brésil / 70 min)
  • Diz a ela que me viu chorar de Maíra Bühler (2019 / Brésil / 85 min)
  • Vivir alli no es el infierno, es el fuego del desierto. La plenitud de la vida, que quedo ahi como un arbal, réalisé par Javiera Véliz Fajardo (2018 / Chili, Brésil / 58 min)
  • Altiplano de Malena Szlam (2018 / Chili, Argentine, Canada / 15 min)
  • Los sueños del castillo, réalisé par René Ballesteros (Chili, France / 71 min)
  • Blue Boy de Manuel Abramovich (2019 / Allemagne, Argentine / 18 min)
  • Chaco réalisé par Daniele Incalcaterra et Fausta Quattrini (2012 / Argentine, France / 99 min)
  • El impenetrable de Daniele Incalcaterra et Fausta Quattrini (2019 / Argentine, Suisse, Guinée-Bissau / 23 min)
  • Una corriente salvaje, réalisé par Nuria Ibáñez Castañeda (2018 / Mexique / 75 min)

À cette occasion seront donc projetés 7 longs métrages et 3 courts métrages. Le film A Rosa Azul de Novalis de Gustavo Vinagre et Rodrigo Carneiro (2019) fait partie de la section «Compétition internationale» et les films Chaco (2012) et El Impenetrable (2019), tous deux des réalisateurs Daniele Incalcaterra et Fausta Quattrini, seront dans la section «Front(s) Populaire(s)».

Différents thèmes seront abordés, comme ceux de l’homosexualité, de la misère, de la drogue, de l’amour, de la nature, du temps qui passe, de l’exploitation minière, des prisons, de l’écologie, mais aussi des peuples indigènes et de la pêche.

Ces dix films nous permettront ainsi de voir ce qu’il se fait actuellement sur le continent latino-américain, en ce qui concerne la création documentaire. Et nous approcherons ces nouvelles sensibilités artistiques et singulières, de ces différents réalisateurs et réalisatrices, avec beaucoup d’envie.

Joan COSTE
D’après Cinéma du Réel

Le Brésil par une Italienne : Au pays qui te ressemble de Lisa Ginzburg

On le sait bien, la littérature n’a pas de frontières. Lisa Ginzburg, philosophe, traductrice (de Shakespeare, entre autres) et journaliste, née en Italie et exerçant en France, raconte une histoire d’amour, de passion et de malheur avec un danseur brésilien. L’autobiographie n’est pas loin, mais Au pays qui te ressemble est un roman, parfaitement écrit, élégant et poignant et l’une des meilleures descriptions du Brésil provincial, quotidien, vivant et étouffant.

Photo : Sophie Bassouls/Éditions Verdier

La narratrice, une Italienne qui travaille en France pour des chaînes de télévision, amoureuse absolue mais lucide de Ramos, un danseur brésilien de candomblé, va à la rencontre de la famille, du quartier, du pays de l’homme qu’elle aime. Pedra Forte, la favela poussiéreuse de son enfance, a façonné le jeune garçon qui a grandi parmi ses neuf frères et sœurs dans l’ombre de la religion afro-brésilienne. Des mères, il en a eu plusieurs, Yvonne, la «vraie», débordée avec ses dix enfants, Maria, la sœur aînée qui avait un temps remplacé, plus qu’aidé, Yvonne, et Helena, mãe do santo, espèce de prêtresse du candomblé à qui Yvonne avait confié l’enfant qui montrait des dons divers qui se confirment plus tard.

La jeune femme subit une véritable fascination pour Ramos et autant pour son univers, un pays débordant de vitalité dans lequel la mort n’est jamais éloignée. Tout est compliqué pour elle, cette découverte multiple, les quartiers, les gens, la famille du mari, les façons de vivre, et puis sa situation : au cours de plusieurs séjours toujours trop brefs, elle n’est pas seulement dans le pays de son mari pour des raisons personnelles, elle doit en même temps préparer un futur documentaire sur le frevo, une forme de samba. Comment trier dans tout cela, et faut-il trier ?, se demande-t-elle. Ramos se montre souvent fuyant quand il est dans son milieu, c’est ce qu’elle ressent, mais elle-même est-elle naturelle ? Il n’est plus du tout le même homme qu’en Europe. Qu’il est difficile d’aimer, dit la chanson canadienne. Oui, mais elle veut aimer Ramos. Y parviendra-t-elle ?

En parlant de la famille de Ramos, elle dit qu’elle souhaite rester neutre, «être à l’extérieur, à condition de rester à l’intérieur», sans même voir la contradiction. Et elle agit de la même façon avec le pays tout entier : malgré son honnêteté, elle sera toujours une Italienne amoureuse perdue dans un univers qui n’est pas le sien.

Elle vit plongée dans les sensations et se demande tout le temps comment les transposer : voilà peut-être la grande réussite de ce roman, transposer une cruelle réalité, c’est justement ce qu’elle fait pour nous.

Comment se délite un amour-passion, lentement, par des riens qui s’ajoutent les uns aux autres, d’une féroce crise de jalousie injustifiée à de longs moments d’apaisement, voilà ce que montre Lisa Ginzburg, avec énormément de sensibilité mais sans la moindre mièvrerie.

Je le disais, on voit bien, dans Au pays qui te ressemble l’universalité de la littérature : aux manières de vivre, au Brésil et en Europe s’ajoute une grande richesse de thèmes (mieux vaut ne pas en dire plus), Lisa Ginzburg  passe de l’un à l’autre avec élégance pour réussir un roman profond et émouvant.

Christian ROINAT

Au pays qui te ressemble de Lisa Ginzburg, traduit de l’italien par Martin Rueff, éd. Verdier, 224 p., 19,50 €.

Lisa Ginzburg est née en 1966. Elle vit et travaille à Paris. Au pays qui te ressemble est son premier roman traduit en français.

Cent jours pour l’homme du peuple mexicain, Andrés Manuel López Obrador

En juillet dernier, Andrés Manuel López Obrador (AMLO) arrivait largement en tête du scrutin présidentiel au Mexique. Avec 53% des voix, AMLO surplombait tous ses adversaires et devint le président le plus largement soutenu par la population de toute l’histoire mexicaine. Il brisait de la même façon l’hégémonie du Partido Revolucionario Institucional (PRI) sur les institutions du pays et obtint une majorité écrasante au Parlement mexicain.

Photo : Televisa

Andrés Manuel López Obrador se fit élire porté par son projet de quatrième transformation et le mouvement MORENA, (Movimiento de Regeneracion Nacional). En décembre dernier, après cinq mois de transition, il succéda à Enrique Peña Nieto, qui laissa son poste avec 18% d’opinions favorables et un mandat entaché par la montée de l’insécurité et de la violence dans tout le pays, ainsi que de nombreux scandales de corruption au sein de ses troupes. Après plus de cent jours au pouvoir, la cote de popularité d’AMLO au sein de la société mexicaine reste extrêmement élevé (près de 80% d’opinions favorables). Attardons-nous sur les principales mesures mises en place par le nouveau gouvernement.

Programmes sociaux

Il avait été élu sous le slogan «Los pobres, primero», dans un pays où 50% de la population vit en situation de pauvreté. Parmi les mesures phares de son budget pour 2019, AMLO annonçait le déblocage de 6 milliards de dollars pour soutenir les jeunes, via un système de bourses, à poursuivre leur éducation ainsi que se former en entreprise. De l’autre côté de l’échelle générationnelle, le budget prévoit également une aide financière universelle aux personnes âgées et handicapées. Pour les travailleurs les plus pauvres, une revalorisation du salaire minimum à hauteur de 16% fut également mise en route (bien que celui-ci reste un des plus faibles d’Amérique latine).

Infrastructure et grands projets

Une des promesses de campagne d’AMLO fut de lancer une grande consultation populaire sur la construction pharaonique du nouvel aéroport de México. En octobre dernier se tint cette consultation qui s’opposa en grande majorité à cette construction (70%) et AMLO se rangea derrière l’opinion des électeurs. Avançant des raisons de corruption dans l’attribution des contrats et des motifs écologistes, le chantier de l’aéroport -construit déjà à 30%- s’arrêta du jour au lendemain.

Dans la foulée, le nouveau président annonça le lancement du projet du Train Maya, une ligne de chemin de fer devant relier les différents sites touristiques et poumons économiques de la Riviera Maya, dans le sud-est du pays. Un investissement colossal de plusieurs milliards d’euros, approuvé par un référendum citoyen dans la région à 89%.

Politique énergétique

Dès sa prise de pouvoir, AMLO prit à bras le corps un des problèmes endémiques de la politique énergétique du Mexique : le huachicoleo ou le vol de combustible. Ce trafic de pétrole à grande échelle était organisé au sein même de Pemex, la compagnie pétrolière publique, depuis de nombreuses années. Chaque jour, c’étaient 80 000 barils de pétrole qui disparaissaient du réseau énergétique mexicain pour un manque à gagner de plusieurs milliards de dollars. À l’heure actuelle, malgré de graves problèmes de planification et de pénurie dans les stations-services de plusieurs États mexicains et notamment dans la capitale, la lutte entamée par AMLO semble porter ses fruits, avec des chiffres de huachicoleo en chute libre.

Néanmoins, sa politique énergétique s’est principalement focalisée sur une récupération de l’industrie pétrolière nationale dans le but d’atteindre l’autonomie énergétique. L’ONG Greenpeace souligne le manque d’ambition du nouveau président en matière d’énergie renouvelable après la diminution draconienne des assignations budgétaires liées à ces questions et l’annulation de plusieurs marchés publics visant à développer ces secteurs.

Droits de l’homme et lutte contre l’insécurité

C’était un des gestes forts des premiers jours de gouvernement d’AMLO. Dans son premier décret officiel en tant que président, il créa la «Commission pour la Vérité» afin de relancer l’enquête sur la disparition en 2014 des 43 étudiants d’Ayotzinapa, visage sur la scène internationale de la violence organisée qui ravage le pays depuis de nombreuses années. L’établissement de cette Commission est un symbole fort de réunification du pays, approuvé par la CIDH (Comisión Interamericana de Derechos Humanos). Les prochains mois nous diront la portée de ce nouvel outil pour ce défi majeur, dans un pays qui compte plus de 37 000 personnes disparues.

En ce qui concerne la sécurité, malgré sa promesse de campagne de retirer les militaires des rues, la Défense fut la principale privilégiée du budget d’AMLO avec une augmentation de son budget de 11%. D’autre part, y a quelques jours, la totalité des 32 parlements locaux votait en faveur de la création d’une Guardia Nacional, une police à caractère militaire, qui devrait compter 150 000 hommes dans cinq ans.

Politique internationale

AMLO avait annoncé que sa politique étrangère se limiterait à défendre les intérêts mexicains là où sa présence serait nécessaire. Depuis le début de son mandat, il n’a encore effectué aucun déplacement à l’étranger, privilégiant un passage de tous les États du pays.

Pour autant, sa voix est dissonante par rapport à la majorité des pays latino-américains sur la question vénézuélienne. La présence de l’actuel président du Venezuela à sa cérémonie d’investiture fut largement questionnée et il se distancia du Groupe de Lima qui jugeait illégitime la prise de pouvoir de Nicolás Maduro en janvier dernier. Se retranchant derrière l’historique politique de non-intervention du Mexique sur la scène internationale, il rata pourtant le coche de pouvoir se définir comme une force régionale de médiation quand Juan Guaidó refusa sa proposition d’intermédiaire.

Le style de présidence

La popularité d’un homme politique dépend largement de sa communication, et cela AMLO l’a bien compris. Se faisant élire comme représentant des classes oubliées du pays, il se définit comme un président simple et proche des gens. Il refusa de s’installer aux Pinos, la maison présidentielle et il baissa son salaire de 27%. Depuis sa prise de pouvoir, tous les jours, à 7 heures du matin, ses conférences de presse sont devenues un rituel pour les journalistes. Ces prises de parole quotidiennes au lever du jour sont une manière de reprendre en main l’agenda médiatique de la journée.

Conclusions

«Bien que ce soit seulement le début du chemin vers le progrès et la justice, nous avons commencé à écrire le prologue du grand chantier de la transformation national», concluait AMLO lors de son discours-bilan après cent jours au pouvoir. En effet, de nombreux enjeux ont déjà été mis sur la table en quelques mois. Néanmoins la lutte contre la corruption, les inégalités et l’insécurité au Mexique est un travail de longue haleine, demandant des mesures à court et long-terme.

L’une des principales caractéristiques des premiers mois d’AMLO au pouvoir fut l’austérité imposée aux institutions et aux gouvernants politiques. Il s’est opéré un vrai changement d’esthétique des institutions publiques, une promesse d’austérité qu’il avait défendue lors de sa campagne. Ces mesures ne sont pas seulement symboliques car elles permettent de renouer la confiance de la société mexicaine avec la fonction publique, confiance largement rompue ces dernières années. Dans la narrative présidentielle, le peuple est remis au centre des stratégies politiques et depuis l’ascension d’AMLO au pouvoir, le débat public n’a jamais autant été si vif au sein de la société mexicaine.

La mise en place de mesures sociales de grande envergure est l’autre caractéristique qui peut expliquer l’énorme popularité du nouveau président mexicain. Ces programmes sont un signal encourageant car ils ont comme objectif de revaloriser les classes les plus démunies grâce à la formation professionnelle, l’éducation et une amélioration de leur pouvoir d’achat, afin de trouver d’autres chemins que ceux de la violence et la drogue. Il n’empêche que, dans les mois qui viennent, AMLO va devoir définir clairement le modèle économique qu’il souhaite pour pouvoir financer ces mesures.

Dans de nombreux domaines, il va devoir également affronter ses propres contradictions. Si un système de consultations citoyennes est mis en place, il doit être réglementé, transparent et représentatif pour atteindre une certaine légitimité.

Un double discours est également visible sur la question des droits de l’homme et de la lutte contre l’insécurité où, d’un côté, López Obrador entame le processus indispensable de réconciliation nationale entre les victimes de violence et l’État et, d’un autre, utilise les vieilles recettes des anciens présidents en privilégiant la mise en place d’un nouveau corps armé pour lutter contre la violence alors que les forces de l’ordre sont impliqués dans de nombreux cas de violences, de tortures et de disparitions forcées.

La même constatation peut être faite en matière de politiques énergétiques où, sous couvert de retrouver l’autonomie énergétique du pays, il parie sur une vision privilégiant l’utilisation du pétrole et rabaisse le budget des politiques d’énergie renouvelable et de protection de l’environnement. Protection de l’environnement qui était pourtant au cœur de son argumentaire pour l’annulation de la construction du nouvel aéroport de Mexico. Ce double discours opère également dans la promotion d’un pays plus prospère tout en coupant abondamment dans les budgets destinés aux universités, à la recherche et à la culture, trois piliers indispensables au développement social et économique.

Finalement, en matière de politique internationale, AMLO, qui a comme modèle l’ancien président brésilien Lula, se refuse pourtant à assumer la force historique potentielle que pourrait avoir son mandat en Amérique latine. Sur un continent largement passé à droite de l’échiquier politique, sa voix dissonante aurait pu marquer une nouvelle impulsion, mais elle peine hélas à se faire entendre.

Cent jours sont passés et AMLO peut toujours compter sur un soutien social (presque) sans faille. Cette popularité inédite est à la fois une chance et une malédiction, tant les espoirs de la population mexicaine sont grands pour que son gouvernement transforme le pays de fond en comble. AMLO compare souvent son modèle de quatrième transformation du Mexique aux mouvements historiques de l’Indépendance, la Réforme ou la Révolution mexicaine, et en mettant la barre si haut, la société mexicaine espère de lui qu’il soit à la hauteur de ces enjeux.

Romain DROOG

Colombie et lutte contre le narcotrafic : quand le glyphosate tombe du ciel

Pendant plusieurs années, la Colombie a eu recours à une méthode pour le moins controversée pour lutter contre le narcotrafic : l’épandage de glyphosate à haute concentration largué par avion sur les plantations de coca. Catastrophique pour l’environnement et pour les paysans, cette pratique avait été interdite en 2015 mais pourrait bien reprendre. C’est en tout cas le souhait du président colombien.

Photo : El Economista

Alors qu’en France et plus largement en Europe, le glyphosate enflamme les débats pour savoir quand interdire cet herbicide et comment le remplacer, il est pendant ce temps allègrement utilisé en Colombie par l’armée et la police militaire. Premier producteur de cocaïne au monde, la Colombie a depuis longtemps usé de la méthode forte pour détruire les plantations de coca, matière première de la cocaïne. Jusqu’en 2015, les États-Unis –premier pays consommateur de cocaïne dans le monde– ont même mis à disposition des autorités colombiennes des avions militaires pour pulvériser des tonnes de glyphosate sur les plantations de coca sans se soucier ni de l’environnement ni des paysans vivant aux alentours.

Cette pratique avait été suspendue par la Cour constitutionnelle colombienne après que l’Organisation mondiale de la santé a classé le glyphosate comme cancérigène probable en 2015. Depuis, la destruction des plantations de coca se faisait par l’arrachage ou la fumigation manuelle. Mais l’expansion des plantations depuis 3 ans et les pressions exercées par les États-Unis de Donald Trump ont conduit le président colombien Iván Duque à demander le jeudi 7 mars 2019 à la Cour constitutionnelle de modifier sa décision de 2015 sur la suspension des pulvérisations aériennes de glyphosate.

Pourtant, cette stratégie brutale s’est avérée inefficace puisqu’elle n’a jamais permis de venir à bout du narcotrafic et elle a fait payer un lourd tribut aux populations locales. Entre 2005 et 2014, 1 200 000 hectares auraient été traités avec du glyphosate, alors que la superficie des champs de coca n’a diminué que de 14 000 hectares. Avec des dosages de glyphosate concentrés jusqu’à 44% dilués dans l’eau avec d’autres substances chimiques (loin de la limite des 3% préconisée par le fabriquant), les fumigations aériennes sont vivement dénoncées par les populations colombiennes qui habitent à proximité des plantations, par des groupes de chercheurs et des associations de défense des droits de l’homme.

Dans le film documentaire Colombie, poison contre poison datant de 2016, le journaliste Marc Bouchage a notamment recueilli les témoignages des victimes en Colombie et à la frontière avec l’Équateur. Il y montre les ravages des fumigations : enfants malades ou morts nés, destruction des plantations vivrières de cacao et de papaye, mort du bétail, peaux brûlées et explosion des cancers… La reprise des épandages ferait ainsi payer à nouveau le prix fort aux paysans pauvres, premières victimes de la lutte contre le narcotrafic.

Mise à part la suspension des épandages, d’autres facteurs expliquent d’ailleurs la hausse des plantations de coca : la dévaluation du peso colombien face au dollar ; la chute des cours de l’or qui a amené les habitants des campagnes à préférer la culture de la coca aux mines clandestines ; et l’espoir suscité par le programme de substitution des narco-plantations prévu par l’accord de paix de 2016 avec l’ex-guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Ce programme aurait ainsi entraîné comme effet pervers une hausse des déclarations des terres concernées dans l’espoir de bénéficier de ce dispositif…

Gabriel VALLEJO

Le film Colombie, poison contre poison, de Marc Bouchage et Maud Rieu, 52 minutes, 2016 est en accès libre ici. Autoproduit, le documentaire a été sélectionné dans une quinzaine de festivals de cinéma d’Amérique latine et d’Europe. Il a reçu le prix du meilleur moyen métrage étranger au Festival international du film des droits humains de Sucre, en Bolivie (2017) et le prix du Public au festival Documental : l’Amérique latine par l’image (2017), à Lyon, en France.

Le célèbre acteur Salvador del Solar devient Premier ministre du Pérou

Ce lundi 11 mars, le président du Pérou, Martín Vizcarra, a nommé le célèbre acteur Salvador del Solar au poste de Premier ministre, en remplacement de César Villanueva, dont il a accepté la démission le vendredi 8 mars. Salvador del Solar change donc de registre, et va diriger le deuxième gouvernement de Vizcarra, qui fêtera sa première année au pouvoir le 23 mars prochain.

Photo : Tele Sur

M. Villanueva a officiellement donné sa démission pour des raisons personnelles. La version officieuse veut qu’il ait été vivement critiqué par le président Vizcarra pour son voyage effectué fin février au Portugal et en Espagne, où il assistait à des manifestations culturelles, pendant que des pluies abondantes ravageaient des maisons, des ponts et des routes dans des dizaines de villes péruviennes.

Au Pérou, il est habituel que les présidents renouvellent leur gouvernement lorsque leur cote de popularité baisse, et Vizcarra a chuté de sept points en mars (56% de satisfaits, selon un sondage de la firme Datum International).

Salvador del Solar est né le 1er mai 1970 à Lima. Il a étudié au Colegio Santa María Marianistas de Lima, et a obtenu son diplôme d’avocat à l’université Pontificale Catholique du Pérou en 1994. Il a également obtenu une maîtrise en relations internationales à l’université de Syracuse, dans l’État de New York.

Il a été nommé ministre de la Culture par Pedro Pablo Kuczynski en 2016, mais a démissionné fin 2017, après que Kuczynski a accordé la grâce à l’ancien président Alberto Fujimori, qui purgeait une peine de 25 ans d’emprisonnement pour crimes contre l’humanité (quelques mois plus tard, un juge a annulé la grâce et Fujimori est retourné en prison).

Mais Salvador del Solar est surtout connu au Pérou pour sa carrière d’acteur et de réalisateur. Il a joué dans de nombreux films péruviens ou colombiens, téléfilms et séries, la plus célèbre d’entre elles étant Narcos, diffusée par Netflix. Il a réalisé en 2015 le film Magallanes, inspiré du roman La Pasajera de l’écrivain péruvien Alonso Cueto, qui a été nominé aux Goya Awards en Espagne dans la catégorie du meilleur film ibéro-américain, et a été récompensé dans différents festivals. Ce film est un amer portrait des ravages du conflit armé interne qui a secoué le Pérou dans les années 1980 et 1990 entre le groupe terroriste Sendero Luminoso et les forces armées.

Même si aucun changement majeur n’est attendu dans la politique générale du gouvernement, que peut-il apporter ?

Del Solar sait que sa force est d’être un bon communicant et il veut l’exploiter au maximum. Il a la réputation d’être un homme de dialogue, engagé dans la lutte contre la discrimination et favorable au modèle économique qui favorise les partenariats public-privé.

Il a déclaré sur Canal N qu’il voulait «reprendre une pratique devenue très difficile dans le pays qui consiste à dialoguer, à écouter et à mieux communiquer quels sont les problèmes et les défis». Il a également ajouté qu’il fallait «continuer à nettoyer la maison et à mettre fin à la corruption».

D’autre part, le nouveau gouvernement Vizcarra se distingue par sa parité, et pour la première fois, un des ministres est ouvertement homosexuel. Il est de tradition au Pérou que tous les ministres mettent leur poste à la disposition du président, qui peut ainsi les confirmer ou les remplacer, à l’occasion du changement du Premier ministre.

Le nouveau gouvernement est donc composé de neuf femmes et neuf hommes, alors que le précédent ne comptait que cinq femmes parmi les 18 postes. «Pourquoi est-il important qu’il y ait neuf femmes dans un gouvernement mixte au Pérou? Parce qu’il est important que nos filles grandissent en sachant qu’elles peuvent incarner l’autorité, puisque depuis des siècles les hommes pensent que l’autorité leur revient, et qu’il est encore difficile pour nous de respecter les femmes dans notre société», a souligné Del Solar dans son entretien avec Canal N.

Le Premier ministre du Pérou se présente comme un homme politique centriste, favorable aux accords de libre-échange et également aux «efforts déployés par la Commission Vérité et Réconciliation (sur le terrorisme subi au Pérou entre 1980 et 2000), dans le respect des droits de l’homme».

En tant que Premier ministre, ou officiellement président du Conseil des ministres, Del Solar devient le porte-parole du gouvernement péruvien et sera chargé de la coordination entre les membres du gouvernement. En outre, il prendra en charge les relations de l’exécutif avec les autres pouvoirs de l’État. Peut-être travaille-t-il déjà son meilleur rôle au Pérou.

Catherine TRAULLÉ

La police s’en prend à des manifestants et à des journalistes au Nicaragua

Des policiers anti-émeutes s’en sont pris violemment samedi à Managua à plusieurs journalistes et à des dizaines d’opposants au gouvernement du président Daniel Ortega qui s’apprêtaient à manifester pour réclamer la libération de tous les «prisonniers politiques», selon France 24 dont nous reproduisons ici un article.

Photo : Infobae

Pourchassés par les forces de l’ordre, les manifestants et les journalistes venus couvrir le rassemblement avaient trouvé refuge dans les locaux d’une banque, dans le sud de la capitale, lorsque les policiers ont pénétré sur le parking et ont fait usage de leurs armes.

«Ils attaquent l’édifice avec des gaz lacrymogènes et ils tirent», a témoigné un vidéaste de l’AFP, Luis Sequeira. Ce dernier avait déjà été agressé une heure auparavant par des policiers qui lui ont volé son matériel et ont tenté de l’interpeller.

Peu après l’incident, qui n’a pas fait de blessé, les journalistes, dont des reporters de l’AFP, ont réussi à quitter les lieux, mais la zone était toujours bouclée par la police, ont-ils témoigné.

Selon l’opposition, au moins 30 personnes ont été interpellées pour avoir tenté de participer à la manifestation lancée à l’appel du bloc d’opposition Unidad Nacional Azul y Blanco (UNAB).

Parmi elles, figurent un ancienne guérillera sandiniste, Monica Baltodano et sa sœur, Sofana Arce, selon leur famille. Deux membres de la délégation de l’opposition, qui participe depuis le 27 février aux pourparlers avec le gouvernement, auraient également été arrêtés.

Des centaines de policiers anti-émeutes avaient été déployés tôt dans la matinée à Managua afin d’empêcher les participants de se joindre à la manifestation, la première organisée par l’opposition depuis octobre, date à laquelle les rassemblements d’opposants ont été interdits par la police. Elle visait à réclamer la libération de tous les détenus emprisonnés pour avoir participé à des manifestations anti-gouvernementales.

Plus de 600 «prisonniers politiques» sont toujours détenus dans le pays, selon l’opposition qui considère comme «insuffisante» la libération de 150 opposants depuis la reprise du dialogue. La police avait annoncé vendredi qu’elle n’autoriserait pas cette marche.

Après trois jours de blocage, l’opposition a accepté jeudi de reprendre les négociations avec le gouvernement à la suite de la promesse du pouvoir de libérer des opposants. Seul le représentant des étudiants n’a pas rejoint la table des pourparlers, ces derniers réclamant «des faits».

Ce dialogue vise à trouver une issue à la crise politique qui secoue le pays depuis près de onze mois et a fait plus de 325 morts, essentiellement dans les rangs de l’opposition.

L’ex-guérillero Daniel Ortega, âgé de 73 ans, est au pouvoir depuis 2007. Il est accusé par ses opposants d’avoir mis en place avec son épouse et vice-présidente Rosario Murillo une dictature corrompue et népotique.

D’après France 24

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