Archives mensuelles :

janvier 2019

Nicolás Maduro prêt à des législatives anticipées mais pas à remettre son mandat en jeu

Nous avons retardé nos parutions dans l’attente d’un article d’un de nos correspondants à Caracas. Nous avons décidé de garder ses impressions pour la prochaine newsletter et nous transcrivons ici une synthèse des dernières déclarations sur la crise institutionnelle vénézuélienne au cœur de l’actualité internationale de ces derniers jours.

Photo : El Popular

Dans une dépêche de ce mercredi, Euronews signale qu’il ne se passe plus un jour sans que la télévision d’État ne diffuse des images du président vénézuélien aux côtés des militaires. Le message est clair : le soutien de l’armée est sans faille. Nicolás Maduro continue aussi d’accuser les États-Unis. Donald Trump aurait donné l’ordre au «gouvernement colombien et aux mafias colombiennes» de le «faire tuer». «C’est la première fois dans l’histoire que ça arrive, a martelé Nicolás Maduro dans une interview. C’est dire le niveau de désespoir à la Maison blanche, parce qu’ils n’y arrivent pas avec le Venezuela. C’est très délicat. Qu’est-ce que je fais, moi ? J’exerce mon leadership, en tant que commandant en chef, constitutionnellement reconnu.»

L’homme fort du Venezuela se dit prêt à négocier avec l’opposition et à convoquer des législatives anticipées mais il exclut de remettre son mandat en jeu, se targuant d’avoir des soutiens de poids. «Nous avons le soutien de la Russie, à tous les niveaux, assure-t-il. Et nous le recevons avec beaucoup de satisfaction et de gratitude. Ce que j’ai demandé au président Poutine, c’est que l’on maintienne un contact permanent.» L’opposant Juan Guaidó compte, lui, sur le soutien des États-Unis et d’une bonne partie des pays occidentaux mais il joue gros. La Cour suprême lui a interdit de quitter le pays et a gelé ses comptes bancaires.

Pour sa part, le journal économique Les Échos se demande pourquoi la crise au Venezuela ne fait pas flamber les cours du pétrole. La crise au Venezuela n’affole apparemment pas les marchés pétroliers. Le prix du baril de WTI comme celui du brent étaient en hausse mercredi en fin d’après-midi. Mais en dépit de l’annonce d’un embargo américain sur les exportations de brut vénézuélien, les cours de l’or noir n’ont presque pas bougé depuis que l’opposant au régime chaviste a défié le chef de l’État.

Cette stabilité a de quoi surprendre. Le Venezuela dispose des plus importantes réserves de pétrole du monde et exporte un demi-million de barils par jour vers les États-Unis, son premier client, malgré la chute spectaculaire de la production ces dernières années provoquée par la déliquescence de ses infrastructures pétrolières.

Radio Canada revient quant à elle sur les partisans du président autoproclamé du Venezuela qui ont défilé mercredi à Caracas et dans de nombreuses autres villes sous forme de rassemblements entre midi et 14 h pour répondre à l’appel de Juan Guaidó et convaincre l’armée d’abandonner Maduro, avec des slogans comme «Forces armées, retrouvez votre dignité», «Guaidó président» ou «Maduro usurpateur» ; l’institution militaire constituant le pilier du pouvoir de Nicolás Maduro depuis 2013.

Les prochaines semaines seront décisives pour l’avenir du Venezuela qui se joue désormais sur la scène internationale. Où mèneront les pourparlers acceptés avec l’opposition et dans quelle mesure les médiateurs internationaux participeront ? Car si Nicolás Maduro se dit prêt à considérer des élections législatives anticipées, il ne faudrait pas oublier qu’il a réitéré son refus qu’une élection présidentielle ait lieu avant 2025. À suivre…

M. L.
D’après la presse

La lutte continue contre la corruption judiciaire au Pérou autour d’Odebrecht

Le président péruvien Martín Vizcarra a demandé au Congrès, le mercredi 2 janvier, d’adopter une loi déclarant le ministère public en situation d’urgence pour suspendre ses activités, et ainsi révoquer le procureur général Pedro Chávarry. Ce dernier a limogé le lundi 31 décembre 2018 deux procureurs enquêtant sur l’élite politique impliquée dans des pots-de-vin de la société Odebrecht, révocation qui a provoqué des manifestations dans plusieurs villes du pays.

Photo : Pedro Chávarry/La República

Martín Vizcarra a écourté son séjour au Brésil, où il devait assister à l’intronisation du président Jair Bolsonaro, et a annulé une réunion avec le secrétaire d’État des États-Unis, Mike Pompeo, afin de se joindre aux protestations contre l’éviction des deux procureurs.

Les procureurs Rafael Vela et José Domingo Pérez enquêtaient depuis six mois sur l’affaire Odebrecht. Leur éviction, au nom d’une supposée violation du «principe de réserve» et d’un «manque de rigueur», intervenait alors que fin décembre, José Domingo Pérez avait accusé le procureur général Chávarry de dissimulation et d’obstruction dans les enquêtes contre Odebrecht et contre la leader de l’opposition, Keiko Fujimori. L’équipe que dirigeait le procureur Vela était chargée d’enquêter sur quatre anciens présidents péruviens : Alejandro Toledo (2001-2006) qui a fui aux États-Unis et fait l’objet d’une demande d’extradition, Ollanta Humala (2011-2016) qui a été emprisonné pendant neuf mois, jusqu’en juin dernier, Alan García (1985-1990 et 2006-2011) qui a tenté d’obtenir, en vain, l’asile politique auprès de l’ambassade d’Uruguay, et Pedro Pablo Kuczynski (2016-2018) qui a démissionné en mars dernier. Dans le collimateur également, Keiko Fujimori, actuellement en détention préventive, accusée d’avoir reçu des versements illégaux d’Odebrecht lors de sa campagne électorale de 2011.

On rappelle qu’Odebrecht est une entreprise brésilienne, qui opère dans la construction, la pétrochimie, la défense et la technologie, le transport et la logistique, le carburant et dans d’autres secteurs, qui aurait au cours des vingt dernières années versé des pots-de-vin à des fonctionnaires de 12 pays : Angola, Argentine, Colombie, Équateur, États-Unis, Guatemala, Mexique, Mozambique, Panama, Pérou, République dominicaine et Venezuela, afin d’obtenir des avantages en matière de marchés publics… Le scandale péruvien éclabousse toute l’élite politique actuelle, plus de 300 personnes et des dizaines d’entreprises.

La presse péruvienne a tiré à boulets rouges contre la décision du procureur général, et des centaines de personnes ont spontanément manifesté devant le siège du ministère public aux cris de «Dégage, Chávarry!». Dans un pays où les Péruviens méprisent les magistrats et les considèrent parfois comme indolents ou corrompus, les procureurs Vela et Pérez sont populaires. Les manifestants portent même des drapeaux péruviens avec le visage de Pérez imprimé à l’encre noire. Certaines radios l’ont nommé homme de l’année le dernier jour de 2018, date à laquelle il a été démis de ses fonctions.

Bien que Pedro Chávarry ait réintégré les deux procureurs dans leurs fonctions dès le 2 janvier, en expliquant avoir décidé cette réintégration «en prenant en considération la portée et l’importance des investigations liées à des délits de corruption de fonctionnaires et autres dans lesquels serait impliquée l’entreprise Odebrecht», et que le président ait déclaré aux journalistes qu’il en était satisfait, il n’en a pas pour autant annulé sa décision de révoquer le procureur général. Le projet de loi soumis au Congrès propose également qu’un procureur général temporaire dirige le ministère public jusqu’à l’élection d’un nouveau procureur général par le conseil de magistrats élu. La décision initiale de M. Chávarry de destituer les deux procureurs a provoqué une indignation populaire qui ne faiblit pas malgré son revirement ultérieur.

Le licenciement des procureurs mettait en péril l’accord signé avec Odebrecht en décembre. Les procureurs allaient recevoir toutes sortes d’informations des systèmes informatiques cryptés appelés «MyWebDay» et «Drousys» utilisés par Odebrecht pour protéger leurs pots-de-vin. L’entreprise de construction s’était également engagée à verser 181 millions de dollars en quinze ans à titre de réparation.

Même si Martín Vizcarra a déclaré qu’«Odebrecht ne devrait pas continuer à travailler au Pérou», il respecte cependant les autorités qui ont négocié un accord avec Odebrecht. La signature d’un accord de collaboration judiciaire entre l’entreprise brésilienne Odebrecht et l’équipe fiscale de l’affaire Lava Jato, prévue pour le 11 janvier, a été reportée en raison de la crise interne que traverse le ministère public. Pour l’instant, Pedro González Chávarry refuse de démissionner de son poste…

Catherine TRAULLÉ

Saudade, le premier roman d’Ursula Sila-Gasser sur fond d’amertume

Ursula Sila-Gasser est née un mois après mai 68. La question «d`où viens-tu ?» la désarçonne à chaque fois, car la réponse lui semble un peu compliquée. Ursula Sila-Gasser a grandi au Brésil et est désormais thérapeute à Genève. Elle a publié cet été son premier roman intitulé Saudade, qui parle d’exil géographique entre le Brésil et la Suisse, et d’exil intérieur, aux éditions Carnets Nord.

Photo : Carnets Nord

À travers une série de lettres rancunières et sans réponse adressées à un frère perdu de vue depuis longtemps, Mathilde retrace l’histoire de sa famille sur trois générations. Peu à peu, le procédé épistolaire s’efface et fait place aux souvenirs. En cherchant à se rappeler des faits et des anecdotes personnelles, la narratrice tente de comprendre le sentiment d’éloignement qu’elle ressent depuis son enfance.

L’histoire familiale est un va-et-vient incessant entre l’Europe et l’Amérique du Sud. Les grands-parents maternels allemands fuient l’inflation des années 1920 et s’installent au Brésil pour une vie meilleure. Les grands-parents paternels sont suisses, d’une famille de riches industriels. Les parents de Mathilde se rencontrent à Munich, avant de donner naissance à leur fille à Santiago au Chili. À la suite du coup d’État de Pinochet, ils s’exilent à São Paulo où ils restent une dizaine d’année pour mieux repartir vers la Suisse.

Ces déracinements successifs secouent quelque peu la narratrice qui évoque avec nostalgie les lieux de son enfance. Ou plutôt avec «saudade», ce mot typiquement portugais que l’on retrouve dans de nombreuses productions artistiques des cultures lusophones et qui exprime la présence ou le désir intense d’un manque, mélangeant tristesse et jouissance douce-amère.

Le roman dévoile subtilement les liens entre les membres de cette famille éclatée de part et d’autre de l’Océan Atlantique et la difficile construction d’une petite fille introvertie. Si le père est principalement imprévisible et terrorisant, le personnage de la mère s’avère aussi tendre que culpabilisante vis-à-vis de sa fille. Les pressions sociales et psychologiques, les regrets de l’enfance et les désillusions de l’âge adulte semblent ainsi écraser la narratrice qui cherche à trouver un sens à son existence. L’écriture et la parole seront un remède salvateur.

Gabriel VALLEJO

Saudade d’Ursula Sila-Gasser, Carnets Nord, 208 p., 15 €.

Après un doctorat en biochimie, Ursula Sila-Gasser a travaillé dans la recherche, espérant y étancher sa soif de sens et d’émerveillement. Mais sans doute à cause de son âme ébréchée, elle brise une éprouvette après l’autre. Elle préfère alors arrêter le massacre, réparer ses fêlures, suivre des formations en thérapie et utiliser son expérience et ses apprentissages pour aider d’autres personnes. Aujourd’hui, elle est heureuse de recevoir ses patients dans son cabinet en vieille ville de Genève. Dès qu’elle a un moment, elle plonge sa plume dans son vécu, ses rencontres, ses apprentissages. Elle en tire des fils, dont elle tisse de nouvelles histoires, qui, espère-t-elle, sauront panser d’autres âmes ébréchées.

La Transparence du temps, le nouveau roman du Cubain Leonardo Padura

Quelle joie de retrouver Mario Conde, l’ex-policier qui vit à La Havane, dont les enquêtes nous avaient aidés à connaître une ville attachante et malade, vivante pourtant, lumineuse et chaude, gangrenée par la misère et la corruption mais qui tient bon. Mario Conde se voit vieillir : encore un mois et il aura 60 ans… Est-on vieux à 60 ans ? La question, terrible pour lui, est mineure, en comparaison de celle qu’il aura à résoudre.

Photo : éditions Métailié/EITB

Un de ses anciens compagnons de lycée prend contact avec lui : il vient de se faire détrousser par celui qu’il croyait être un petit ami fiable et fidèle, mais qui n’était qu’un gigolo. Meubles et bijoux ont disparu avec une sculpture ancienne à laquelle il tenait beaucoup.

Les premiers épisodes de la série Mario Conde étaient brefs, la résolution du mystère allait bon train, toujours complétée par des remarques sur l’état de l’île au moment où le régime castriste donnait des signes de faiblesse, ce qui faisait leur richesse. Cette fois, Leonardo Padura prend son temps.

La Havane, en 2014, l’époque de l’enquête, est l’un des centres du roman et donne lieu à de longues et très impressionnantes descriptions d’un coin de rue dans le quartier historique ou dans un des bidonvilles qui ont poussé près de là depuis les années 1990. La maturité de Mario Conde, qui reste le double de Padura, partageant même avec lui sa date de naissance, lui ‒leur‒ permet de donner un avis éclairé sur la Révolution cubaine, son évolution et ses résultats contrastés. Tous les deux, protagoniste et auteur, sont toujours aussi clairvoyants et honnêtes par rapport à ce qui les entoure.

La recherche de Mario Conde n’est pas pour autant négligée. Où sont passés les bijoux qui ont potentiellement une jolie valeur ? Où est passée surtout la statue de la vierge dont on n’arrive pas à connaître l’origine de façon certaine ? Mais là, le narrateur se dissocie du personnage, il en sait bien plus que lui. Ayant bénéficié, depuis Les Brumes du passé (la dernière apparition de Mario Conde), de la double expérience de L’Homme qui aimait les chiens et de Hérétiques, romans purement historiques, il va fouiller dans un passé espagnol ou catalan (la statue est-elle d’origine catalane ou andalouse ?) et remonte à l’époque de la guerre civile jusqu’au Moyen Âge.

Le double documentaire accompagne alors la quête de la statue. La description d’une ville croulant de plus en plus sous la misère, pas seulement dans ses bidonvilles, mais conservant malgré tout quelques oasis de luxe comme les diverses résidences des collectionneurs d’art, alterne avec une évocation précise et détaillée des croisades, des origines diverses des images qualifiées de saintes puis de miraculeuses.

La lenteur de l’action et l’abondance de la partie historique peuvent surprendre le lecteur qui a fait de Mario Conde son proche depuis des années. Leonardo Padura a voulu aller au fond des choses, le curieux chapitre d’autocommentaire le confirme.

La Transparence du temps, nouvel épisode de la série des Mario Conde, permet en tout cas de retrouver un univers que Leonardo Padura nous a rendu familier, enrichi cette fois d’incursion dans un passé lointain, et de refaire un bout de route avec des personnages amis à jamais.

Christian ROINAT

La Transparence du temps de Leonardo Padura, traduit de l’espagnol (Cuba) par Elena Zayas, 448 p., 23 €. Leonardo Padura en espagnol : ses œuvres ont été éditées en Espagne par Tusquets. Leonardo Padura en français, chez Anne-Marie Métailié.

Leonardo Padura est né à La Havane en 1955. Diplômé de littérature hispano-américaine, il est romancier, essayiste, journaliste et auteur de scénarios pour le cinéma. Il a obtenu le Prix Café Gijón en 1997, le Prix Hammett en 1998 et 1999 ainsi que le Prix des Amériques Insulaires en 2002. Leonardo Padura a reçu le Prix Raymond Chandler 2009 pour l’ensemble de son œuvre. Il est l’auteur, entre autres, d’une tétralogie intitulée Les Quatre Saisons qui est publiée dans une quinzaine de pays. Ses deux derniers romans, L’Homme qui aimait les chiens (2011) et surtout Hérétiques (2014) ont démontré qu’il fait partie des grands noms de la littérature mondiale.  

Célébration de la 3ᵉ édition de la Nuit des idées au Musée Rufino Tamayo de Mexico

Le 31 janvier prochain se tiendra la troisième édition de la Nuit des idées au Musée Rufino Tamayo de Mexico, où des spécialistes français et mexicains de différentes disciplines débattront sur «L’urgence des bouleversements» pour faire face aux enjeux globaux. La journée de réflexion collective débutera à partir de 18 h et sera dirigée par l’écrivain Francis Marmande Charlas. Elle comprendra des projections cinématographiques, des concerts ainsi que des performances artistiques.

Photo : La Nuit des idées

La Nuit des idées est née à Paris en 2016 à l’initiative de l’Institut français, dans le cadre d’une rencontre exceptionnelle entre des intellectuels français et internationaux, pour discuter et débattre des grands enjeux actuels.

Chaque dernier jeudi de janvier, la libre circulation des idées et des connaissances est célébrée par des conférences, des rencontres, des tables rondes, des projections, des performances artistiques, entre autres, autour d’un seul thème partagé par les pays participants.

Cette année, des centres culturels, des universités, des musées, des centres d’art et des cinémas de plus de cent vingt villes et de soixante-dix pays participeront à l’échange d’idées sur le thème «Faire face au présent».

Pour l’édition 2019 au Musée Tamayo, les philosophes Cynthia Fleury et Jorge Linares réfléchiront sur les changements qu’impliquent les technologies dans nos sociétés. La participation de Federico César Lefranc Weegan, professeur de Droit, et de Constanza Gómez-Mont, consultante en développement, sera également l’opportunité de mieux comprendre les transformations que peuvent apporter les nouvelles technologies.

Des académiciens tels que la philosophe Catherine Larrère, connue pour avoir introduit en France le concept d’éthique environnementale, l’historien et spécialiste des problèmes liés à l’eau au Mexique, Juan Humberto Urquiza, et le biologiste Constantino de Jesús Macías García débattront d’un point de vue global et, chacun depuis l’étendue de son domaine d’expertise, sur les enjeux que suppose le changement climatique. Les documentaires Xochimilco, le dernier souffle de Mexico et Demain illustreront et proposeront plusieurs solutions aux enjeux globaux du présent, d’après un communiqué.

Quant au sujet des migrations, la journée accueillera le géographe français Laurent Faret, le journaliste photographe Javier García, l’avocate et présidente du Conseil national pour prévenir la discrimination (Conapred en espagnol) Alexandra Haas Paciuc et l’anthropologue Yerko Castro Neira.

La projection du documentaire La Cuisine des patrons de Javier García, qui raconte l’histoire d’un groupe de femmes dans l’État de Veracruz venu en aide aux migrants centraméricains, accompagnera la discussion.

En plus de ces tables rondes, l’on réfléchira au travers de l’art avec les morceaux de musique contemporaine programmés par Eric Namour et François Bonnet, l’imprimerie mobile de Nuria Montiel, le concert de Jac Berrocal et Vincent Epplay, et la performance de Guillermo Santamarina.

La cérémonie d’inauguration de la Nuit des idées sera présentée par l’ambassadrice de France au Mexique Anna Grillo, ainsi que par le directeur du Musée Tamayo Juan Gaitán.

D’après Excelsior
Traduit par Lou Bouhamidi

JMJ au Panama : la visite du pape marquée par les scandales sexuels et la crise vénézuélienne

Du mercredi 23 au dimanche 27 janvier, le pape François s’est rendu au Panama pour la 34e édition des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ). Sa venue a été marquée à la fois par le contexte régional de crise politique et par celui de crise au sein de l’Église catholique moderne. Il a ainsi pu aborder plusieurs thèmes clés tels que les enjeux migratoires, l’engagement de la jeunesse et son désintéressement pour l’Église catholique, une priorité de son pontificat.

Photo : RTVE

La tradition catholique est profondément ancrée en Amérique latine, résultat des colonisations précoces par les Européens. Cependant, l’Église du pape François se voit de plus en plus délaissée par les jeunes au profit de l’Église évangéliste qui progresse rapidement. Les scandales sexuels participent d’autant plus à ce désintéressement croissant qui se traduit par une baisse des ordinations et des fidèles.

Ces JMJ s’inscrivent dans le prolongement du synode d’octobre dernier consacré aux jeunes. Comment les attirer vers l’Église catholique malgré les nombreux scandales et de nouveaux modes de vie ? Le pape François reconnait que l’Église «n’a pas su écouter» ses fidèles. Pour autant, il refuse d’évoquer la fin du célibat et la prêtrise féminine. Plusieurs victimes d’abus ont demandé à s’entretenir avec le pape. Cette visite prépare également la réunion des prélats qui aura lieu en février au Vatican sur «la protection des mineurs».

Les JMJ sont également une occasion pour le souverain pontife d’affirmer sa volonté de se rapprocher des jeunes. Il a d’abord tenu à rendre visite à ceux qui sont considérés en marge de la société. Ainsi la cérémonie pénitentielle du vendredi a eu lieu dans une prison afin d’y confesser les jeunes détenus et l’Angélus de la messe de clôture s’est déroulée auprès de jeunes malades du sida.

Le pape François reflète donc l’image d’une Église ouverte qui n’oublie pas ses fidèles, même en marge. De plus, il encourage la jeunesse catholique à «réaliser le rêve que le seigneur a rêvé pour eux» dès maintenant et à s’engager, même en politique, lors de l’homélie de la messe de clôture.

LAmérique latine, un continent en crise marqué par l’émigration ?

Au-delà de l’évocation des thématiques propres à l’Église, le pape a également tenu à se positionner sur des sujets de politique internationale et a premièrement abordé la question migratoire dans l’avion en direction du Panama. Il qualifie de «folie» le projet de construction du mur à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, grande promesse de campagne de Donald Trump. Il a ensuite évoqué ces questions devant les jeunes du monde entier et plus particulièrement devant les Latino-Américains pour qui la question migratoire a une résonance tout particulière.

Le pape se veut porteur d’une Église qui ne «ne stigmatise pas» mais qui «favorise une culture qui sait accueillir, protéger, promouvoir et intégrer» face à une jeunesse poussée à l’exil. Le souverain pontife a donc évoqué les raisons de cette émigration, parmi lesquelles la violence endémique, la corruption, les activités criminelles, le féminicide et les crises politiques majeures qui secouent le continent. La crise politique sans précédent au Venezuela opposant Nicolás Maduro et Juan Guaidó, président autoproclamé, est restée vive dans les esprits lors de ces JMJ. Ainsi on a pu lire de nombreuses banderoles appelant à la prière pour le peuple vénézuélien.

Lisa GAUTHIER

Vers une nouvelle situation de guérilla en Colombie face aux accords de paix ?

L’attentat du 17 janvier dernier, perpétué contre l’École de police à Bogotá, et qui a fait 21 morts et plusieurs dizaines de blessés, a finalement été revendiqué par l’ELN (Ejército de Liberación Nacional), un groupe guérillero qui mène une guerre contre l’État colombien depuis 1964. Toutes les forces politiques colombiennes, à gauche comme à droite, dont l’ancienne guérilla des FARC, aujourd’hui transformée en parti politique, ont condamné l’attentat dans les termes les plus fermes. Nous reproduisons ici une tribune de l’IRIS.

Photo : Amambay News

Dauphin politique de l’ex-président Alvaro Uribe, l’actuel président colombien Iván Duque avait mené sa campagne présidentielle de 2018 en critiquant les accords de paix signés en novembre 2016 entre le gouvernement du président Juan Manuel Santos et les FARC. Il s’était aussi opposé au nouveau processus de négociation entamé avec l’ELN depuis février 2017.

Si les auteurs de l’attentat pensaient que leur acte obligerait le président Duque à relancer les négociations de paix, leur pari a échoué. L’attentat a fourni une raison de poids au nouveau gouvernement pour annoncer la fin des pourparlers avec la guérilla. La «paix complète» qui avait pour but la fin des hostilités avec les deux grands groupes insurgés de Colombie n’aura donc pas lieu cette fois-ci.

Il se pose cependant une autre question qui a déjà des sérieuses retombées internationales. Au-delà de la fin des négociations, le gouvernement colombien a demandé que Cuba, siège des pourparlers de paix, lui livre les membres de la délégation de l’ELN pour que ceux-ci soient jugés pour actes terroristes en Colombie. Le problème est que cette exigence va à l’encontre du «protocole en cas de rupture des négociations» qui a été signé par le gouvernement colombien, l’ELN et les six pays garants initiaux : le Brésil, le Chili, Cuba, l’Équateur (garant jusqu’en avril 2018), la Norvège et le Venezuela (garant jusqu’en septembre 2018).

Or ce protocole existe précisément pour que les délégations puissent, dans l’éventualité de désaccords insurmontables, retourner indemnes dans leurs théâtres d’opérations. Sans protocole de ce type, aucune négociation de paix ne serait possible nulle part. Tous les pourparlers qui ont eu lieu en Colombie depuis les années 1980 ont été dotés de protocoles de ce genre qui ont d’ailleurs été appliqués à la lettre chaque fois que les négociations n’ont abouti à rien.

Il faut ajouter que, mis à part un bref cessez-le-feu en septembre 2017, les négociations entre le gouvernement colombien et l’ELN se sont déroulées sur toile de fond d’affrontements fréquents. Un des représentants des pays garants admettait, en 2017, qu’à la table des négociations, «on ne parle pas des morts»[i].

La réponse du gouvernement cubain ne s’est pas fait attendre. Après avoir condamné l’attentat, Cuba a confirmé qu’elle «agirait en strict respect des Protocoles des dialogues de paix signés par le gouvernement [colombien] et l’ELN». Cuba n’extraderait pas les guérilleros vers la Colombie.

Face à la réponse cubaine, le président Duque a insisté qu’on «ne pouvait justifier un protocole qui empêcherait que justice soit faite». Il a aussi fait remarquer que son gouvernement n’était plus, de fait, en pourparlers avec la guérilla, et que pour autant ce protocole n’était plus applicable. Plusieurs analystes colombiens ont rétorqué que s’il était vrai qu’aucun représentant du gouvernement colombien ne se trouvait à La Havane au moment de l’attentat, certains contacts avaient néanmoins été maintenus et qu’aucune rupture officielle n’avait été annoncée[ii].

Reste les autres pays garants. La Norvège, qui a joué un rôle fondamental dans le processus de paix avec les FARC et dans les négociations avec l’ELN, a rappelé au gouvernement colombien, par le biais d’une note verbale assez ferme, qu’elle avait «accepté d’assumer la responsabilité d’être un pays garant», qu’elle «prenait très au sérieux cette responsabilité et la confiance en elle déposée», qu’elle avait signé le protocole ; avant d’ajouter : «en tant que facilitateur et garant conséquent, la Norvège doit respecter ses engagements»[iii]. La position de la Norvège, pays légitime en matière de négociation de paix du fait de son expérience accrue dans plusieurs processus de ce genre, aura surement un impact dans certains cercles diplomatiques.

Le Chili a exprimé au contraire son «appui total au gouvernement colombien et sa ferme détermination de poursuivre en justice les responsables de cet acte terroriste brutal», sans rien dire de précis sur la potentielle rupture du protocole. Quant au Brésil, il n’a encore rien dit. Il est facile d’imaginer que les diplomates d’Itamaraty, le prestigieux ministère brésilien des Affaires étrangères, croisent les doigts pour que le président Jair Bolsonaro ne se prononce pas.

L’opinion des élites de la diplomatie mondiale n’est sans doute pas le souci le plus criant du président Duque, plus préoccupé par une opinion publique colombienne fortement interpellée par l’attentat du 17 janvier. Pourtant, la position du président Duque face à Cuba ne fait pas l’unanimité dans un pays marqué par une tradition légaliste de longue date. Toute l’opposition, au centre-droit comme à gauche, s’accorde sur le manque de sérieux d’un gouvernement qui se doit de respecter les engagements de l’État colombien.

L’opinion éditoriale du quotidien colombien El Espectador du 22 janvier est accablante : «C’est de cette façon que le gouvernement Duque va traiter les pays alliés qui ont été fondamentaux pour les négociations ? En les mettant dos au mur ? Ces pays ont prêté leur crédibilité pour que les deux parties puissent avoir confiance, que des règles définies au préalable soient dûment respectées. Comment peut-on aujourd’hui exiger qu’ils violent ces règles et, s’ils ne cèdent pas, laisser entendre qu’ils sont des facilitateurs du terrorisme ?»

Cette nouvelle crise latino-américaine s’insère dans le contexte de forte polarisation aux accents prononcés de guerre froide, notamment signalée par Jean-Jacques Kourliandsky sur le site de l’IRIS. Le regain des pressions contre Cuba, accélérées aujourd’hui par les revers successifs de la gauche dans le sous-continent, joue sans doute beaucoup. Aux États-Unis, l’influent sénateur républicain Marco Rubio a tweeté que «les leaders [de l’ELN] vivent à Cuba sous la protection du régime» et «opèrent depuis le Venezuela […] Tous deux des États qui parrainent le terrorisme». Le secrétaire général de l’Organisation des États américains, Luis Almagro, en campagne depuis peu contre le gouvernement cubain et à la recherche de votes pour sa réélection, a lui aussi soutenu la demande d’extradition colombienne.

Hormis la reprise d’une guerre fratricide qui a déjà fait beaucoup de morts, la conséquence de ces événements sera d’empêcher toute possibilité de pourparlers de paix dans un futur immédiat. La guérilla de l’ELN ne s’empressera pas de rejoindre une table de négociation ; les pays voisins ne se hâteront guère à se porter volontaires. Il faut espérer que ce retour à la violence ne colonisera pas le post-conflit dans le cas des accords avec les FARC. Certains indices nous mènent à penser que c’est déjà le cas.

Quant à sa dimension internationale, cette nouvelle couche d’animosité vient s’ajouter au contexte de mésententes latino-américaines croissantes qui menacent de façon de plus en plus alarmante la stabilité régionale.

Guillaume LONG
D’après l’IRIS

[i] Conversation avec le représentant anonyme d’un pays garant.

[ii] Voir en particulier https://lasillavacia.com/blogs/mi-plebi-si-tio/es-valida-la-exigencia-cuba-de-que-entregue-los-negociadores-del-eln-69646

[iii] Note verbale du Royaume de Norvège du 22 février.

Trois brigades latino-américaines au rendez-vous mondial de la gastronomie à Lyon

Du 26 au 30 janvier 2019, la 19e édition du Salon international de la restauration, de l’hôtellerie et de l’alimentation (Sirha) se tiendra à l’Eurexpo de Lyon et prend de l’ampleur avec un hall supplémentaire de 10 000 m², permettant d’accueillir les 3 000 exposants et marques des 12 secteurs représentés (de l’alimentation aux services), et de proposer aux 200 000 professionnels du monde entier (dont 20 000 chefs) une offre encore plus large et plus variée. Trois brigades latinos participent cette année au concours, venant d’Argentine, du Chili et du Brésil.

Photo : DR

«Nous enregistrons une forte croissance d’exposants internationaux, puisqu’ils représenteront un quart du nombre total d’exposants au Sirha 2019. Au fil des années, l’événement a pris une place unique dans l’univers de la restauration et de l’hôtellerie et est devenu un grand rendez-vous de l’alimentation au niveau mondial» souligne Marie-Odile Fondeur, Directrice générale du Sirha.

Mais le salon est célèbre pour ses 24 concours. Les plus prestigieux sont les épreuves Traiteur qui mettent en compétition douze pays dont le Brésil et le Mexique, la coupe de la Pâtisserie avec 63 candidats de 21 pays dont trois d’Amérique latine (Argentine, Chili, Mexique). Mais le plus mondialement connu est le Bocuse d’Or qui rassemble 24 candidats de 24 pays qui s’affronteront en 5h35. À l’initiative du chef Paul Bocuse, le Bocuse d’Or réunit tous les deux ans depuis 1987 des jeunes talents de la gastronomie internationale pour distinguer les chefs les plus prometteurs de leur génération.

À chaque édition, la finale de la compétition est le résultat de sélections nationales et continentales. Les candidats sont jugés par des chefs émérites sur leur capacité technique mais aussi en fonction de la créativité, de l’audace et de l’innovation qu’ils déploient. Chacun d’entre eux doit ainsi mettre en œuvre les codes de la grande cuisine tout en valorisant sa tradition et son héritage culinaire national. Résultat mercredi 30 en fin de journée.

Alain LIATARD

Salon Sirha

Le sang et les larmes de la corruption après l’explosion d’un oléoduc au Mexique

Tlahuelilpan, État d’Hidalgo, Mexique. 60, 80, 94… Le nombre de victimes de l’explosion d’un oléoduc, le 20 janvier 2019, s’est aggravé au fil des jours. Les images sont spectaculaires et dramatiques. Elles ont fait le tour du monde. Sans doute ont-elles attiré l’attention plus ou moins distraite de téléspectateurs voyeurs. Mais au delà ? Que disent ces reportages chocs ? Comment cette explosion ? Pourquoi ? Pourquoi toutes ces victimes ?

Photo : Infobae

La rumeur avait fait rapidement le tour de cette petite ville de 20 000 habitants située à 100 kilomètres au nord de Mexico. Le porte-à-porte, WhatsApp, annonçaient la bonne nouvelle. L’essence est gratuite, l’essence coule à flots, il suffit de venir la chercher. À quelques centaines de mètres, prés du collège de bacheliers de l’État d’Hidalgo, d’un canal d’irrigation et d’un champ de luzerne. La ruée avait été immédiate. Des centaines de gens simples, seaux et bidons en plastique en mains, s’étaient précipités sur le lieu indiqué.

Un témoin raconte : «L’odeur d’essence couvrait tout. Le carburant se gazéifiait au-dessus du champ de luzerne. Des gens s’évanouissaient, incommodés. L’essence s’échappait d’une fuite et se déversait dans le canal d’irrigation. Tout autour, des nuées de personnes venues en motos ou même avec leurs voitures. Beaucoup utilisaient leurs téléphones portables. Le danger d’explosion était évident. Je suis parti en courant. Cinq minutes plus tard tout sautait[1].»

Reste à savoir qui a ouvert les vannes de la canalisation. Et pourquoi cette personne l’a fait. L’enquête le dira. Peut-être. Une certitude : il s’agit d’un acte malveillant. Qui n’a pas été commis par les malheureux qui se sont précipités sur l’aubaine d’une collecte de carburant gratuite. Mais pourquoi donc ce «cadeau» empoisonné, qui a effectivement coûté la vie à près de 100 personnes ?

Le pétrole est l’une des richesses naturelles du Mexique. L’une de ses ressources stratégiques. Pour son économie et ses exportations. Une richesse symbolique, nationalisée par le président Lázaro Cárdenas en 1938. Géré par une société publique préservée depuis par tous les présidents mexicains, la Pemex (Pétroles mexicains). Mais qui est aussi au cœur de bien des convoitises. Convoitises extérieures, et en particulier des États-Unis voisins qui, à de multiples reprises, ont demandé sa privatisation, ou au minimum son ouverture au capital étranger. Convoitises internes également. Ayant attiré toutes sortes de délinquants en cols blancs et de petits trafiquants.

On a donné un nom à ces détournements de combustibles, huachicol. Et à ses acteurs celui de huachicoleros. C’est un mot bien castillan, en dépit des apparences. Venant du latin aquati, mouillé d’eau. En d’autres termes il s’agit d’un liquide adultéré et par extension volé. À grande échelle. Les estimations publiées signalent plus de 47 000 oléoducs victimes de pontages de janvier à octobre 2018. Dans 27 États de la fédération. Les chiffres sont en augmentation continue depuis l’année 2000. Cette année là, il y avait eu 155 pontages dans 17 États. La Pemex aurait perdu 60 milliards de pesos.

Il y a beaucoup de petites mains. Mais aussi des bandes organisées. Les mêmes d’ailleurs que l’on retrouve dans le trafic de stupéfiants. Le nom des Zetas et de Jalisco Nueva Generación sont le plus souvent cités. Mais aussi des complicités bancaires. Pour permettre le blanchiment de l’argent de ce pétrole volé. Et bien d’autres. Au sein de la Pemex, des pouvoirs locaux et de la police. Un policier huachicolero, interrogé par un journaliste, reconnaît «que ce qu’[il] fait n’est pas bien, mais que l’attrait de l’argent a été le plus fort». «Policier, explique-t-il, je gagnais 5400 pesos mensuels [270 dollars]. Huachicolero, je touche 500 000 pesos [25 000 dollars].»

AMLO, Andrés Manuel López Obrador, président depuis le 1er décembre 2018, a décidé de tordre le cou à la corruption. Pour rendre sa légitimité à l’État et aux règles de droit. Et ainsi dégager les moyens financiers donnant aux autorités les moyens d’une politique d’investissements publics dont le pays a besoin. La bataille a été engagée le 27 décembre 2018. Plusieurs oléoducs ont été fermés. Pour vérification et élimination des pontages. L’armée a été envoyée dans les installations de la Pemex. Des camions citernes ont été mobilisés pour alimenter les stations-service. Ils circulent en convois escortés par les forces de sécurité. Des cadres de la Pemex, complices de détournement, ont été arrêtés. 24 centres bancaires couvrant les activités des huachicoleros ont été bloqués dans les États de Guanajuato, Puebla, Hidalgo, Querétaro, et Mexico Ville.

Les bénéficiaires de ces trafics ont réagi. Des camions citernes ont été volés. Les détournements d’essence continuent. Perçages et obturation des canalisations alternent dans la même journée. Les voleurs enfin n’hésitent pas à prendre la population à témoin et en otage, au risque de provoquer la mort d’innocents comme à Tlahuelilpan. En dépit des pénuries provoquées par cette bataille, 74,5% des Mexicains, selon un sondage du quotidien Universal, appuient AMLO et le gouvernement fédéral.

AMLO, qui joue sa crédibilité et son projet, est décidé à poursuivre son combat anti-corruption jusqu’au bout. «Je m’en fiche, a-t-il déclaré, qu’on me dise messianique, il faut en finir avec la corruption. […] Nous devons arracher à la racine ce mal […] pour purifier la vie du pays […] L’honnêteté doit devenir la cadre de notre vie et du gouvernement.» Conscient des risques personnels qu’il prend en poursuivant ce combat, AMLO a publiquement signalé qu’il ne se déplacera plus en hélicoptère ou en avion.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY


[1] El Sol de México, 21 janvier 2019.

Nouveaux regards sur les îles caraïbes au festival Cinélatino de Toulouse

La dynamique du cinéma des îles caraïbes a attiré la curiosité de Cinélatino qui a choisi de le mettre en lumière dans son focus. Si Cuba, la République dominicaine et Haïti font figures de locomotives, une myriade d’îles pointe leurs caméras dans le paysage cinématographique : Aruba, Trinidad et Tobago, Puerto Rico, Jamaïque, Curaçao, Guadeloupe, Martinique, Bahamas.

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Beaucoup révèlent comment des pays bousculés politiquement et socialement vivent les incertitudes de leur devenir. Des œuvres explorent la vie quotidienne, les drames personnels induits par les désastres économiques ou les conséquences des idéologies politiques, parfois avec humour, tendresse ou désespoir, mais toujours portés par une énergie neuve et la poésie. Les films de fiction, drames urbains ou récits de la mer, errances dans les campagnes, racontent des histoires ancrées dans cette région kaléidoscope. Il s’y parle de multiples langues, anglais, français, créoles et, à l’instar des mouvements littéraires de la créolité, le cinéma ne les renie pas, au contraire, il capte leur musicalité et leur inventivité.

L’auteur poète et acteur haïtien James Noël se fera porte-paroles de ces questionnements artistiques féconds. À Cuba, le nouvel essor cinématographique doit beaucoup à l’énergie de ses réalisateurs-trices et producteurs-trices. Claudia Calviño, jeune productrice, qui accompagne ce mouvement depuis ces cinq dernières années avec une volonté tenace, sera à Toulouse pour en témoigner.

Le nouveau cinéma cubain et les films des îles caraïbes ont trouvé leur élan. Une vingtaine de films composera ce focus, scindé en deux sous-sections : «Renouveau du cinéma cubain» et «Émergences». Pendant le festival, vous pourrez ainsi rencontrer James Noël, Claudia Calviño, Heidi Hassan, Carlos Machado Quintela, Gilles Elie-Dit-Cosaque et bien d’autres invités…

Les 23 et 24 mars 2019, le week-end spécial Caraïbes vous invite au voyage avec de nombreuses activités proposées : présentation du focus par le comité de programmation, ateliers Jeune Public, initiation Bachata et Salsa cubaine, concerts, graff en live, nombreuses projections et rencontres avec les invités du focus. Rendez-vous dimanche 24 mars pour un brunch, où vous pourrez découvrir les spécialités caribéennes, suivi d’un grand bal qui vous fera danser au rythme des musiques latines. Et un jury Coup de cœur d’exception sera présent : l’incroyable Claudia Calviño, le labyrinthique Mariano Llinás et l’incontournable Édouard Waintrop.

La productrice Claudia Calviño et le réalisateur Mariano Llinás, incontournables du renouveau du cinéma latino actuel, accompagnés du célèbre critique, programmateur et écrivain, ex-délégué général de la Quinzaine des réalisateurs, Edouard Waintrop, composeront le jury. Ils remettront samedi 30 mars 2019 au cinéma Gaumont Wilson, le Grand Prix Coup de Cœur à l’un des douze films en compétition fiction, tous inédits en France.

Le Grand Prix Coup de Cœur consiste en une incitation à la distribution en France du film primé d’une valeur de 5000 €, répartit en une dotation de 3000 € pour le distributeur et d’une aide au sous-titrage d’une valeur de 2000 € par Le Joli Mai.

D’après Cinélatino

Claudia Calviño (1983 – Cuba), productrice aux Producciones de la 5ta Avenida, accompagne le mouvement du renouveau du cinéma cubain depuis ces cinq dernières années avec une volonté tenace. Elle présentera durant le festival ses dernières productions Yuli d’Icíar Bollain et Le voyage extraordinaire de Céleste García d’Arturo Infante.

Mariano Llinás (1978 – Argentine) est réalisateur, scénariste, membre du collectif El Pampero Cine, professeur à l’Universidad del Cine et co-directeur du magazine Revista de Cine. Ses œuvres et notamment son nouveau film La Flor seront présentées pendant le festival dans la section Otra Mirada.

Edouard Waintrop (1952 – France) a été critique de cinéma à Libération durant 29 ans, directeur des cinémas du Grütli à Genève, membre du comité de sélection du Festival international du film indépendant de Bordeaux, écrivain, délégué général à la Quinzaine des Réalisateurs de 2011 à 2018.

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