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janvier 2019

Concentration des médias et indépendance de la presse au Chili

La concentration des médias est aujourd’hui un des fléaux de la démocratie dans de nombreux pays. Limitant le pluralisme et l’indépendance de la presse, les propriétaires d’empires médiatiques usent de leur influence pour mettre au pas les rédactions et servirent leurs intérêts. En Amérique latine, ce phénomène n’est pas nouveau et est beaucoup plus puissant qu’en France. Et l’exemple du Chili est parlant.

Photo : El Ciudadano

Constitués depuis des années ou formés récemment, les empires de presse en Amérique latine ont une influence très forte sur la société et nous laissent voir ce qu’il advient lorsque l’État ne considère plus comme important le soutien à la presse indépendante et pluraliste. Il n’y a, au Chili, qu’une seule loi sur la liberté d’opinion et d’information, qui ne crée aucun obstacle à la concentration des médias et ne permet pas d’assurer un accès à une information de qualité.

Une concentration extrêmement forte

Le premier effet d’une absence de loi solide et du néo-libéralisme débridé permet ainsi à quelques groupes et personnalités de posséder la quasi-totalité des médias. Selon une étude de 2015, réalisée par Luis Adolfo Breull pour le Conseil national de télévision, quatre opérateurs contrôlent plus de 90 % du marché des médias chiliens. Il s’agit du plus haut pourcentage d’Amérique latine [1].

Dans le domaine télévisuel, l’indice de concentration atteint des sommets, autant en termes d’audience qu’en termes de revenus publicitaires. Dans le domaine de la presse écrite, nous avons affaire à un quasi-duopole, les journaux El Mercurio et La Tercera écrasants tous les autres titres. En s’intéressant à ces médias et à leurs propriétaires, il est aisé de constituer une courte liste de groupes et de personnalités concentrant ces médias.

Le cas le plus emblématique concerne la presse écrite. La famille Edwards est, en effet, bien implantée dans ce monde, et ce depuis des générations. Le patriarche Agustín Edwards, décédé en 2017, était à la tête d’un empire de presse qu’il a transmis à son fils aîné, lui aussi nommé Agustín. Cet empire de la presse ne compte pas moins de vingt-sept journaux et, au total, le groupe possédait en 2015 soixante-quatorze médias (presse, radios et digital).

Parmi les plus importants de ces médias, El Mercurio, Las Últimas Noticias, HoyxHoy et La Segunda, tous de diffusion nationale. Mais les titres de presse régionale ne sont pas en reste, puisque le groupe est implanté dans la quasi-totalité des grandes villes, telles qu’Antofagasta, Arica, Valparaíso, San Antonio, Iquique, Calama, Concepción, Temuco, Osorno, Valdivia et Chiloé, par exemple.

Mais la vraie force de cet empire est de conserver les apparences du pluralisme. La construction du groupe ne permet pas facilement au lecteur de savoir qu’il lit un journal contrôlé par la famille Edwards. Ainsi le groupe est propriétaire à la fois de La Estrella de Antofagasta, à travers une autre société qui édite le journal, et de l’édition locale du Mercurio.

De la même manière, un habitant de Valparaíso qui achèterait les quatre titres nationaux et les deux publications locales les plus lus, lirait quatre journaux contrôlés par Agustín Edwards. Dans cet exemple, les deux journaux qui ne seraient pas contrôlés par cette famille seraient La Tercera et La Cuarta. Ces journaux sont la propriété de COPESA, elle-même achetée par Corp. Group en 2000. Ce groupe est contrôlé par Alvaro Saieh, l’une des plus grosses fortunes du pays. En plus de La Tercera et de La Cuarta, COPESA est la propriétaire de La Hora, ainsi que du magazine Paula. Ainsi, dans le domaine de la presse écrite, deux hommes, Agustín Edwards et Alvaro Saieh, contrôlent, directement ou indirectement, 95 % des titres de presse écrite[2].

Mais ces groupes de presse ne se contentent pas que de la presse écrite. La famille Edwards est ainsi propriétaire de la Radio Universo, tandis que COPESA contrôle les radios Duna et Zero. Dans le monde radiophonique, d’autres groupes interviennent. Le secteur est dominé par l’Église catholique qui, en 2015, contrôlait vingt-six radios dans le pays. Suit le groupe Iberoamericana Radio Chile, propriété du groupe espagnol Prisa, présent partout dans le monde. Il possède 15 % du journal français Le Monde, plusieurs médias en Espagne, au Portugal, au États-Unis, au Mexique, en Argentine, etc… Au Chili, le groupe possède ainsi neuf stations radios.

Deux autres grands groupes sont particulièrement influents dans les médias chiliens. D’un côté, Andrónico Luksic, dont la famille est la plus riche du Chili, contrôle deux radios, mais surtout deux chaînes de télévision parmi les plus regardées, Canal 13 et UC-TV, et leurs filiales. De l’autre, le groupe Bethia, propriété de la famille Solari, possède deux radios et les chaînes de télévision Méga et ETC. Dans ce paysage audiovisuel, les groupes Warner Media et Albavision, tous deux nord-américains, se partagent les autres chaînes d’importance, CNN, Chv et La Red.

Un impact concret sur la vie du pays

Cette emprise des grands groupes sur les médias se traduit très concrètement dans la réalité. Nous ne donnerons que quelques exemples parmi les plus flagrants. Le groupe Luksic, en plus des médias, est actif dans le domaine de la banque, de la boisson, de l’énergie et des mines. Dans ce dernier domaine, il contrôle notamment la mine Los Pelambres, dans le nord du pays. Cette mine fut le théâtre, l’été dernier, de manifestations, qui furent traitées par-dessus la jambe par Tele13, la section d’information de Canal 13, propriété de Luksic. Cet exemple a de quoi inquiéter quand l’on sait que le groupe travaille dans des domaines stratégiques souvent au cœur de conflits sociaux, tels que l’exploitation de pétrole, de gaz ou le transport maritime.

Un autre exemple est historique, ici, au Chili. En 1970, au moment de l’arrivée au pouvoir de Salvador Allende, Agustín Edwards, à l’époque homme le plus fortuné du pays, s’installa aux États-Unis. Il continua de diriger l’entreprise El Mercurio tout en se rapprochant de la CIA. Il fût ainsi un des agents de l’opération Mockingbird visant à déstabiliser le gouvernement d’Allende [3]. Le Comité Church du Sénat américain a par ailleurs confirmé le financement du Mercurio par les États-Unis.

Durant la dictature militaire, Edwards, de retour au Chili, fût un proche et ardent défenseur du régime, occultant les violations des droits humains. Son journal apporta son soutien au régime militaire et à Pinochet jusqu’à la fin. La transition démocratique n’a pourtant pas fait trembler Edwards et son journal. La persécution de la presse sous la dictature et les difficultés économiques ont littéralement coulées les journaux plus critiques.

Rendue incontournable, la famille Edwards a pris bien soin de nettoyer le discours du journal et d’entretenir des liens étroits avec la sphère politique post-dictature. En 1996, le président Eduardo Frei et sa compagne assistèrent au dîner d’anniversaire d’Agustín Edwards. Ensuite, à l’occasion du centenaire du journal, le 1er juin 2000, la famille Edwards invita le gratin de la société chilienne à la Casa Piedra, une de ses propriétés. S’y rendirent les commandants en chef des Forces armées et des Carabineros, le président de la Cour suprême, le président du Sénat, le président de la Chambre des députés et le président de la République, Ricardo Lagos. Ces trois derniers sont issus de la Concertación, le bloc de centre-gauche au pouvoir de 1990 à 2010 qui est né au moment de la transition[4].

Ricardo Lagos, dans son discours, rendit hommage à son hôte tout en rappelant le trouble passé du journal. Les passages déplaisants furent coupés dans l’édition du lendemain. Ce type de célébrations dans lesquelles se retrouvent hommes d’État et patrons de presse sont monnaie courante depuis la chute de la dictature.

Ainsi les liens entre empire de presse et les politiques sont nombreux. Par ailleurs, les politiques encouragent parfois la concentration des médias, notamment lorsqu’ils vendent des médias publics, comme ce fût le cas du journal La Nación.

Les quelques médias «indépendants»

Toutefois, quelques médias font de la résistance. La radio Bío-Bío, à diffusion nationale, est ainsi une des rares stations populaires à ne pas être liée à de grands groupes. Fondée en 1966 à Concepción, cette radio resta jusque dans les années 1990 une radio locale avant de s’étendre. L’entreprise Bío-Bío Comunicaciones comprend la radio Bío-Bío, les radios locales Punto 7 et El Carbón, ainsi qu’une chaîne de télévision et une télévision sur internet. Cette entreprise est toujours la propriété de la famille de son fondateur, Nibaldo Mosciatti Moena, décédé en 2007. Ses fils, Tomás et Nibaldo Mosciatti Olivieri, dirigent aujourd’hui la radio qui est l’un des seuls voire le seul média populaire «indépendant». Le fait que ces stations ne soient pas détenues par un grand groupe garantit une dose de diversité et permet tout de même une information plus indépendante que dans le reste de la presse.

Malgré tout, il faut garder à l’esprit qu’au Chili même les médias indépendants sont en lien avec certaines puissances. Ainsi Nibaldo Mosciatti a reçu le prix Embotelladora Andina pour le journalisme. La remise du prix est l’occasion pour ces journalistes de défendre l’importance de l’indépendance de la presse. Mais ce prix, créé sous la dictature, est entaché de plusieurs éléments troublants.

D’une part, la remise de ce prix permettait au monde du journalisme, de la politique et de l’économie de se rencontrer. Plusieurs anciens présidents assistèrent aux cérémonies et le prix fût régulièrement remis par des membres du gouvernement. Mais, plus grave, ce prix était décerné par Embotelladora Andina, la filiale chilienne de Coca-Cola. Parmi le jury on pouvait trouver, entre autres, des représentants de Coca-Cola et les directeurs des écoles de journalismes de quatres universités dont trois sont privées.

L’émergence des médias digitaux a également permis de développer une presse moins soumise aux pressions des mondes politiques et économiques. El Mostrador est le premier média digital ayant obtenu le même statut juridique que le reste de la presse au Chili. Ce statut, obtenu en 2003, fut combattu par le reste du monde médiatique. Le journal met en avant son indépendance et sa défense du pluralisme. Toutefois, ce journal n’échappe pas à quelques ennuis. Le président du directoire du journal, Germán Olmedo, a eu et a des intérêts dans d’autres industries, notamment le papier. Ce type de liens entre un journal et d’autres domaines économiques pourrait mettre en danger l’indépendance de la rédaction lors du traitement de certaines thématiques en lien avec ces industries.

Un autre exemple de média indépendant qui a toutefois des liens avec des puissances d’argent est le Centro de Investigación Periodistica (CIPER). Ce média digital se fait le héraut du journalisme d’investigation depuis 2007. Sous la forme d’une fondation à but non-lucratif, les journalistes de CIPER ont porté à la connaissance de la population plusieurs informations sur des affaires importantes. Dernièrement, ce sont les journalistes de CIPER qui ont révélé de nombreux éléments mettant en cause les forces de l’ordre dans l’affaire Catrillanca.

Mais cette fondation fonctionne grâce à de nombreux dons, et, en 2017, elle a reçu un peu plus de 59 millions de pesos (environ 96 000 dollars) de COPESA. Le propriétaire de COPESA, M. Saieh, est également le propriétaire de plusieurs journaux dans lesquels la présidente de la Fondation CIPER a travaillé par le passé[5]. Mónica González, la présidente, a également reçu le prix Embotelladora Andina. On trouve également dans la liste des donateurs le groupe colombien SURA, actif au niveau latino-américain dans la banque, l’énergie et la construction, entres autres. Enfin, l’université privée Diego Portales a apporté à la fondation un peu plus de 50 millions de pesos (81 500 dollars) dans le cadre d’un partenariat entre son école de journalisme et CIPER. Cela s’est fait d’autant plus facilement que Carlos Peña González, vice-président de la fondation, est aussi recteur de l’université Diego Portales et chroniqueur pour El Mercurio. CIPER entretient donc des relations avec les médias plus classiques et des puissances économiques industrielles et commerciales, ce qui pourrait entrer en conflit avec sa volonté affichée d’être indépendant.

Le monde médiatique chilien est ainsi presque entièrement verrouillé par les grands groupes de presse. Par ailleurs, ces groupes appartiennent à des personnes dont le profil est très similaire. Ce sont des hommes, «blancs», hétérosexuels et catholiques. En effet, plusieurs d’entre eux sont liés à l’Église, notamment au travers de la congrégation Les Légionnaires du Christ.

Ces éléments sont loin d’être anecdotiques. En effet, de multiples fractures parcourent la société. La rivalité entre l’Église catholique et les évangélistes se doublent d’une fracture sociale, les évangélistes étant plus populaires, les catholiques étant associés aux classes plus aisées.

Par ailleurs, cette norme se heurte aujourd’hui aux mutations de la société. Les populations indigènes revendiquent une spécificité culturelle et l’immigration amène une plus grande diversité. De plus, la communauté LGBTI se bat contre le conservatisme pour faire reconnaître ses droits, de la même façon que les femmes réclament aujourd’hui la place qui leur est due. Toutes ces populations ne se reconnaissent que très peu dans ces personnalités de pouvoir et dans les lignes éditoriales qu’ils défendent.

Pour toutes ces raisons, le fait que les médias soient possédés par un faible nombre de personnes ayant presque toutes le même profil est inquiétant. Au-delà du profil, cette oligarchie médiatique partage également les mêmes intérêts et la même idéologie. Enfin, comme nous avons pu le voir dans le cas d’Agustín Edwards, les patrons de presse n’ont pas que de l’influence, mais un pouvoir réel, direct, sur la vie du pays. Tout cela renforce encore l’influence de cette minorité de la population dans le débat démocratique et ne laisse que peu de place aux opinions divergentes.

Namai et Rai BENNO
Depuis Santiago du Chili


[1] « Informe revela que la concentración de medios en Chile es una de las más altas de la región », El Desconcierto, 24 août 2016. Consultable en ligne

[2] « Informe revela que la concentración de medios en Chile es una de las más altas de la región », El Desconcierto, 24 août 2016. Consultable en ligne

[3] Federico López, Chile: El Mercurio y la CIA, Archivo Chile, 2005 et Peter Kornbluh, Agustín Edwards Eastman: Un obituario desclasificado, CIPER, 24 avril 2017.

[4] « Como la influencia de Agustín Edwards aumentó con la llegada de la Concertación », El Mostrador. Consultable en ligne

[5] Financement de la Fondation CIPER disponible sur leur site.

Rêve et littérature avec La Part rêvée de l’Argentin Rodrigo Fresán

Après La Part inventée, Rodrigo Fresán poursuit sa trilogie en naviguant dans l’onirisme sans pour autant s’éloigner du réel qu’est l’existence humaine et continue de creuser le même sillon, toujours aussi profond et aussi brillant, dans la «pure littérature». Sommeil et rêve (il n’y a qu’un seul mot en espagnol), raison et délire, insomnie et création, tout cela est bien au rendez-vous, surprenant par une culture universelle, entre chanson, films et romans.

Photo : Seuil/César Cid

Quand on entre dans l’univers de Rodrigo Fresán, on sait immédiatement que c’est du jamais vu, du jamais lu, qui nous attend. Et on n’est pas déçus ! Engendré par le plus grand des hasards quelques minutes avant que la mère, renversée par une voiture, ne tombe dans un coma profond dont elle ne sortira jamais, le narrateur, qui s’autodéfinit comme excrivain a donc passé neuf mois en communication directe avec une semi-morte, a partagé ses sensations et ses rêves les plus secrets. Coma, sommeil, rêves, vie, l’excrivain nous entraîne dans un monde cotonneux et coloré, silencieux et vivant, troublant et passionnant.

On ira mettre le pied sur la lune en compagnie d’une étrange famille dont tous les membres ont des prénoms mixtes et l’histoire (les faits historiques, avérés ou non, tel ce premier voyage sur la lune) se mêle au rêve, au cinéma (Bonjour, Stanley Kubrick !) ou à la littérature. Ainsi Vladimir Nabokov n’achève pas un projet de scénario pour Hitchcock… Jusqu’où Fresán nous emmènera-t-il dans ce délire pourtant tout à fait réaliste, réel même, le rêve lui-même est bien réel, non ?

Le délire en question tourne aussi beaucoup autour des Hauts de Hurlevent lu, relu, su, réécrit par une Pénélope qui vit du et dans le rêve, il tourne autour de Feu pâle, roman de Nabokov publié en 1961. Du rêve, on passe à la création, à la littérature.

On ne sait plus où est le centre, d’ailleurs il y en a plusieurs qui se chevauchent, comme dans les beaux kaléidoscopes, le narrateur omnipotent glisse à l’occasion vers l’actualité pour dénoncer les nouveaux moyens de «communication» qui conduisent à l’isolement de chacun, il rend hommage à Bob Dylan et à Enrique Vila-Matas… Cette impression possible de désordre, le lecteur la ressent, elle fait partie du «contrat» qui fait partager le cours de sa pensée, pas forcément logique, bien qu’elle soit cohérente, à l’intérieur de La Part rêvée et aussi d’un livre à l’autre. C’est lui, le maître d’œuvre, à nous de le suivre… et d’attendre la troisième partie, La parte recordada, qui pourrait se traduire, d’après la traductrice Isabelle Gugnon, par La Part remémorée.

Christian ROINAT

La Part rêvée de Rodrigo Fresán,traduit de l’espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon, Seuil, 576 p., 26 €. Rodrigo Fresán en espagnol : La parte soñada / La parte inventada / El fondo del cielo / Jardines de Kensington / Vidas de santos / La velocidad de las cosas / Historia argentina / Mantra, ed. Literatura Random House / Esperanto, ed. Tusquets. Rodrigo Fresán en français : Esperanto, Gallimard : Mantra / La vitesse des choses / Vies de saint, éd. Passage du Nord-Ouest / Histoire argentine / Les jardins de Kensington / Le fond du ciel / la part inventée, Seuil.

Rodrigo Fresán est né en 1963 à Buenos Aires. En 1991, il publie son premier livre, Histoire argentine, qui est aussitôt un best-seller. En 1999, il s’installe à Barcelone où il travaille comme critique littéraire. Nourri de culture anglo-saxonne, de Philip K. Dick à John Cheever, il impose, avec Les Jardins de KensingtonMantra et Le Fond du ciel, une œuvre vertigineuse, fertile en rêves et en visions, qui fait de lui un écrivain atypique, transgresseur et incontournable. Il a reçu en 2017 le prix Roger-Caillois et, en 2018, La Part inventée a été couronné aux États-Unis par le Best Translated Book Awards.

Christian Roinat, ancien professeur à l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne et membre de notre équipe de rédaction, a créé un blog América nostra / nos Amériques (AnnA) qui est en ligne depuis quelques jours et en libre accès. Dans la présentation de son blog, il signale que la plupart des textes présentés dans le blog ont été publiés dans nos newsletters – auxquelles il participe depuis une dizaine d’années. Il ne nous reste rien d’autre à ajouter, si ce n’est que bons vents à AnnA. 

3ᵉ édition du festival culturel chilien Activa tu presente con memoria

Le festival culturel chilien Activa tu presente con memoria, dédié à l’expression artistique collaborative liée aux problématiques mémorielles, a lancé sa troisième édition du 9 au 18 janvier 2019 au sein de l’espace culturel Federico Ramírez de la ville de Concepción (région du Biobío).

Photo : Loreto Heredia/Activa tu presente con memoria

Le festival aborde la problématique de la construction du récit mémoriel liée aux nombreuses disparitions causées par la dernière dictature chilienne conduite par Pinochet dans les années 1973 et 1990. Quel est le rôle et comment se construit la mémoire collective aujourd’hui ? Les initiatives artistiques mises à l’honneur à l’occasion de ce festival révèlent la mémoire comme un espace de partage et de création d’un récit national et communautaire. Le festival Activa tu presente con memoria a réuni des intervenants de tous horizons, chercheurs et artistes invités à débattre sur ce thème et à contribuer à la construction de ce récit.

Contrairement aux versions précédentes, qui envisageaient des expériences métropolitaines, cette année, le festival s’est concentré exclusivement sur la région du Biobío, rassemblant l’échange d’initiatives locales gérées principalement par des femmes. Mêlant expérience mémorielle et dimension locale, le festival a réuni la danse, le théâtre, la photographie, les arts visuels, le patrimoine urbain, la psychologie, les musées et les arts sonores parmi d’autres disciplines.

Outre le focus régional, le festival met l’accent sur l’importance de la collecte, la conservation, et la circulation des mémoires personnelles au gré des initiatives artistiques et culturelles. Il redéfinit la mémoire collective comme un processus inachevé qui nécessite la contribution de chaque récit personnel pour l’enrichir.

Cette mémoire collective est récoltée de diverses manières et sur une multitude de supports : pièces sonores, archives audiovisuelles, improvisation théâtrale, mais aussi expérience éditoriale. Prenons en exemple le projet Cuadernos de memorias, les carnets de mémoire, tenus par des femmes membres de l’Association des parents de détenus disparus de Concepción. «Sept histoires de vie, sept femmes, âgées de 57 à 83 ans, des mères, des filles et des amies, toutes à la recherche de leur mari ou de leur frère», explique Alejandra Villarroel, directrice et promotrice de l’initiative. Cette expérience redonne une visibilité à la mémoire à travers son écriture.

En valorisant la production de récits mémoriels et en travaillant sur les archives locales, le festival Activa tu presente con memoria a un double objectif de prise de conscience et de construction collaborative de la mémoire collective de la région du Biobío.

Astrid MORIN

Retrouvez toute la programmation du festival

Nouvelles attaques contre les libertés démocratiques au Nicaragua

Poursuivant sa politique consistant à museler toute expression critique vis-à-vis du gouvernement Ortega-Murillo, une majorité de députés à l’Assemblée nationale du Nicaragua a voté le 12 décembre le retrait de la personnalité juridique du Centre nicaraguayen des droits humains (CENIDH). Le procédé expéditif adopté, qui de surcroît viole les règles administratives en vigueur dans le pays, constitue un pas de plus dans le verrouillage des libertés démocratiques et révèle, s’il en était encore besoin, le glissement accéléré, au cours des huit derniers mois, vers un État policier. Nous reproduisons ici un communiqué rédigé par le Collectif Guatemala.

Photo : El Diario de Victoria

Cette mesure, qui a également touché l’organisation politique «Hagamos Democracia» (et avant l’ONG «Centro de Información y Servicios de Asesoría en Salud» dirigée par Ana Quirós, citoyenne nicaraguayenne d’origine costaricienne expulsée du pays il y a peu, ainsi que l’Instituto de Estudios Estratégicos y Políticas Públicas – IEEP), s’inscrit dans le prolongement de mesures visant à criminaliser systématiquement les formes d’opposition collectives ou individuelles : tout d’abord, la loi anti-terroriste adoptée au mois de juillet, qui sanctionne par de lourdes peines de prison le soutien et/ou le financement de toute manifestation (considérée arbitrairement comme une tentative de déstabilisation du régime) ; ensuite l’obligation de demander l’autorisation de manifester, sachant que le gouvernement refuse systématiquement les demandes déposées par la société civile. Le CENIDH était justement à l’origine d’une demande d’autorisation, le 10 décembre, en vue de commémorer, comme dans de nombreux pays, la déclaration universelle des droits de l’homme.

Créé au début des années 1990, autour de madame Vilma Nuñez de Escorcia, ex-vice-présidente de la Cour suprême de justice durant le gouvernement sandiniste des années 1980, le CENIDH est le principal organisme de défense des droits humains au Nicaragua. Il a accompagné de nombreuses victimes d’atteintes aux droits humains, dans les villes, comme dans les campagnes, quelle que soit leur sensibilité politique et face à tous les gouvernements qui se sont succédé au Nicaragua ces 25 dernières années.

Les fallacieuses raisons administratives invoquées contre le CENIDH ainsi que l’accusation de «délinquante» portée contre madame Nuñez de Escorcia, présidente de l’organisation aujourd’hui âgée de plus de 80 ans, pourraient prêter à rire si elles ne s’inscrivaient dans un contexte de répression généralisé, en vertu duquel plus de 500 personnes sont actuellement emprisonnées pour des raisons politiques. Rappelons également que les deux autres organisations nationales de défense des droits humains (l’Association Nicaraguayenne Pro droits Humains – ANPDH et la Commission Permanente des Droits Humains – CPDH) ont elles aussi fait l’objet de mesures de rétorsion.

Ainsi, en raison des menaces, la CPDH a été obligée de fermer temporairement ses locaux tandis qu’un des représentants de l’ANPDH, témoin des exactions commises par la police et les forces para-policières dans la ville de Masaya au cours du mois de juillet, a été contraint de fuir le pays pour protéger sa vie. Par ailleurs, les diverses organisations internationales (émanant de l’Organisation des Nations unies – ONU ou de l’Organisation des États américains – OEA) se voient systématiquement refuser l’accès aux informations et/ou aux locaux (prisons, tribunaux, morgues, hôpitaux) qui permettraient de vérifier la situation des personnes décédées, blessées, emprisonnées ou disparues lors des manifestations qui ont éclaté à la mi-avril et de la répression qui s’en est suivie.

Finalement, le 13 décembre, l’acharnement des parlementaires fidèles au régime s’est poursuivi contre cinq autres ONG : la Fondación Instituto de Liderazgo de las Segovias (ILLS) ; l’Institut para el desarrollo de la Democracia (IPADE) – fondé par l’ex-ministre de la réforme agraire Jaime Wheelockla Fondación del Río ; le Centro de investigación de la Comunicación (CINCO) – cofondé par Carlos Fernando Chamorro, ex-directeur du quotidien Barricada et actuel directeur du journal en ligne Confidencial – et la Fondación Popolna – dirigée par la Commandante de la révolution sandiniste Monica Baltodano – se sont vues également privées de leur existence légale.

Cette décision a été immédiatement suivie d’effet : à l’aube du 14 décembre, la police s’est introduite par la force dans les locaux de plusieurs des organisations sanctionnées ainsi que dans ceux de Confidencial et a procédé au saccage des installations, dans une évidente volonté d’intimider et leur retirer le peu de ressources dont ces organisations et ces médias disposent pour faire entendre leur voix.

Les organisations signataires dénoncent vigoureusement cette nouvelle atteinte aux libertés collectives et individuelles qui a pour seul objectif de laisser les citoyens sans défense face aux abus répétés du pouvoir en place. C’est pourquoi, elles exigent : le rétablissement du statut légal pour toutes les organisations et l’arrêt de la stigmatisation des défenseur(e)s des droits humains, des journalistes et des citoyens critiques envers le régime ; l’abrogation de la loi anti-terroriste ; la garantie du droit de manifester ; la libération de tout(e)s les prisonnier(e)s politiques ; la fin de l’impunité pour les responsables des crimes commis.

D’après le Collectif Guatemala

Premiers signataires : Collectif de solidarité avec le peuple du Nicaragua (CSPN)  / Centre Tricontinental (Belgique) / Collectif Guatemala / Autoconvocadxs solidarixs / Comité Catholique contre la Faim et pour le développement – CCFD-Terre solidaire / Alerte Honduras

Le Collectif Guatemala est une association à but non-lucratif dont l’objectif est le soutien aux organisations de droits humains et au mouvement social et autochtone guatémaltèques dans leurs efforts pour construire un État de droit.

Le Venezuela et les quatre vérités des Amériques face au nouveau mandat de Nicolás Maduro

Le 10 janvier 2019, Nicolás Maduro a solennellement et officiellement entamé sa mandature de président du Venezuela. Cette prise de fonction a provoqué un tremblement médiatique et émotionnel international, révélateur en quatre vérités des contradictions et des enjeux qui divisent les puissants de ce monde, bien davantage que du quotidien dramatique des Vénézuéliens, générateur d’un exode inédit sur le continent américain.

Photo : RTVE

Première des quatre vérités : le Venezuela est un pays relativement modeste, par sa superficie comme par sa population et son périmètre économique. Il dépend des exportations quasi exclusives d’un seul produit, le pétrole. Le pétrole lui donne, selon les aléas des prix du baril, finances et influence, ou au contraire le plonge dans des crises cycliques internes brutales et déstabilisatrices, au même titre que la quasi totalité des pays membres de l’OPEP qui vivent les mêmes contraintes. Le Venezuela est aujourd’hui en période de chute prolongée des cours. Il n’a jamais su/pu développer une économie alternative. Il en paye un prix élevé. Incapable de financer les importations nécessaires à son train de vie, le Venezuela, victime d’une inflation à plusieurs zéros, plonge ses habitants dans la disette. Ils sont un, deux (?) millions aujourd’hui ayant migré vers des horizons supposés meilleurs de la Colombie au Chili. Ils pourraient être trois, quatre millions dans quelques mois selon les Nations unies.

Deuxième vérité : les «élites», ou supposées telles, qui dirigent le pays, comme celles qui s’expriment en ordre dispersé au nom des oppositions, se disputent avec ardeur et intolérance un pouvoir dont les bases fondent de mois en mois. Dans son discours, le président Maduro a directement interpellé les siens pour qu’ils se mobilisent contre la corruption. Les opposants appellent l’armée à se soulever, et courtisent des chefs d’État supposés les mieux à même de faire avancer leur cause, le Nord-Américain Donald Trump et le brésilien Jair Bolsonaro. Des choses qui intéressent de moins en moins les citoyens du commun qui ont choisi de quitter un bateau qui prend l’eau apparemment sans retour.

Troisième vérité : pour son malheur, le Venezuela est devenu le panache blanc permettant de rallier des gouvernements droitiers et au-delà, en panne de dénominateur commun. Ils ont contribué à désarticuler un peu plus un monde en désordre, sortant de l’accord de Paris sur le réchauffement climatique ou refusant de participer au pacte de Marrakech sur les migrations, comme le Brésil, le Chili et les États-Unis. Ils ont mis un coup de frein brutal sur les processus de coopération interaméricaine, CELAC, MERCOSUR ou UNASUR. Tous cherchent à diaboliser les compromis sociaux mis en place par leurs prédécesseurs. Au nom des libertés, de l’anticommunisme… et de l’antichavisme. C’est tout à la fois la chance et le malheur de Nicolás Maduro. Le Venezuela est mis à l’index, conspué et présenté, avec la complicité des grands médias, comme le mouton noir, celui dont vient tout le mal. Mais étant le ciment indispensable aux politiques libérales et socialement régressives de Bolsonaro, Macri, Piñera et autre Trump, il ne sera certainement jamais envahi militairement. Le sort des milliers de réfugiés économiques vénézuéliens est le cadet des soucis des chefs d’État argentin, brésilien, chilien comme états-uniens. Il suffit de se reporter au texte de la déclaration adoptée le 4 janvier 2019 par les 14 gouvernements du Groupe de Lima. Le sort des migrants est relégué tout au bout du communiqué final, en point 9 sur les 13 présentés.

Quatrième vérité : il y a oui, quand même, un enjeu global. La rareté des ressources est à l’origine d’une compétition montante entre puissances. Chine, Russie, Iran, Turquie sont de plus en plus présents en Amérique latine, comme ils le sont d’ailleurs en Afrique. Ces nouveaux venus disputent les biens primaires de ces continents aux prédateurs historiques, États-Unis et Europe. Toute situation de crise, comme celle du Venezuela, offre une opportunité d’OPA. La Chine, la Russie, la Turquie, l’Iran étaient présents à Caracas le 10 janvier 2019 pour signaler combien ils sont attachés à la défense de la non-ingérence et à la souveraineté des peuples et des nations ; répondant ainsi sur le terrain des grands principes, à la démocratie et aux libertés, avancés six jours plus tôt à Lima, par le groupe de pays américains liés aux États-Unis[1].

La morale de ces journées des dupes a incontestablement été tirée par Andrés Manuel López Obrador, nouveau président du Mexique, qui a rappelé en termes simples les éléments indispensables à la paix et à la coopération entre États. «Nous ne nous mêlons pas des affaires internes des autres pays, parce que nous ne voulons pas que les autres mettent leur nez dans ce qui regarde les seuls Mexicains. […] Le Mexique considère que la seule option à retenir est celle du dialogue, de la médiation et non de l’isolement

Jean-Jacques KOURLIANDSKY


[1] Le Groupe de Lima est composé de quatorze pays : l’Argentine, le Brésil, le Canada, le Chili, la Colombie, le Costa-Rica, le Guatemala, le Guyana, le Honduras, le Mexique, Panama, le Paraguay, le Pérou, Sainte-Lucie.

«Géopolitique de l’Amérique latine», les analyses du dernier numéro de la revue Hérodote

La revue Hérodote, créée et dirigée par Yves Lacoste depuis 1976, trimestrielle, s’efforce de promouvoir une géographie d’action et une conception nouvelle et globale de la géopolitique. Dans le cadre de numéros thématiques et en faisant appel à des spécialistes reconnus, elle poursuit sa lecture exigeante d’un monde qui devient de plus en plus complexe. Avec ce dernier numéro paru en ce début d’année, elle se consacre à la «Géopolitique de l’Amérique latine».

Photo : Hérodote

En 2006, Hérodote publiait Amérique latine : nouvelle géopolitique. Nouvelle, parce qu’au libéralisme triomphant des années 1990 succédait une période favorable aux gouvernements de gauche. C’est le temps du retour de l’État, du nationalisme économique. Toutefois, Hérodote restait plutôt circonspect et à juste titre au vu de l’actualité.

La situation vénézuélienne est des plus catastrophiques comme le prouve l’exil d’une partie de la population qui touche désormais toutes les classes sociales qui fuient la pauvreté, les pénuries alimentaires et de médicaments. La situation géopolitique des États de l’Amérique centrale est tout aussi préoccupante : crises politiques à répétition, situation économique dégradée qui pousse à l’émigration vers le Mexique en espérant atteindre les États-Unis. En revanche, la situation de la Colombie paraît se normaliser depuis l’accord signé en août 2016 à La Havane avec les Farc.

Un point commun réunit tous ces États d’Amérique latine, c’est la place de la Chine dans leurs économies de rente. Les gouvernements de gauche latino-américains pensant se libérer de l’impérialisme étasunien se sont tournés avec enthousiasme vers la Chine, perçue comme un État ayant appartenu dans un passé pas si lointain au tiers-monde, tout comme eux, et hostile aux États Unis, sans peut-être mesurer leur passage à une autre forme d’hégémonie économique.

Les résultats des présidentielles brésiliennes ont stupéfié avec l’élection du candidat d’extrême droite, Jair Bolsonaro. Le besoin de sécurité et la volonté de sortir de la corruption massive des élites politiques précédentes expliquent ce mouvement de «dégagisme». Autre changement d’importance, religieux cette fois, la montée des Églises évangélistes au détriment de l’Église catholique même si le pape François, argentin d’origine, peut la limiter. C’est donc une fois encore à une nouvelle géopolitique de l’Amérique latine qu’est consacré ce numéro d’Hérodote.

Béatrice GIBLIN
D’après la revue Hérodote

Desirée Fe ou l’innocente pornographe, le nouveau roman de la Cubaine Zoé Valdés

Zoé Valdés, née en 1959 à La Havane, est une romancière, poète et scénariste cubaine. En 1995, après la publication de son roman Le Néant quotidien, elle s’exile en France accompagnée de son époux et de leur fille. Égérie de la littérature cubaine, ses livres sont traduits partout dans le monde. Après La Havane, mon amour, La Femme qui pleure ou encore La Nuit à rebours, elle revient avec un nouveau roman, Desirée Fe, publié aux éditions Arthaud.

Photo : Le Devoir/Arthaud éditions

Dans ce roman, Zoé Valdés revient sur les lieux de ses bouleversantes nostalgies, à La Havane, pour cartographier les rêves d’une petite fille, Desirée Fe, ses fantasmes et ses frustrations d’adolescente, amoureuse découvrant avec l’ardeur de sa jeunesse les méandres de la sexualité. Parmi les ruines de la cité du désespoir, se dressent une infinie soif de liberté et une indomptable volonté de survivre.

«Il existe une érotique féminine dont la rhétorique peut s’avérer aussi mielleuse et ennuyeuse que l’onanisme. Même Anna de Noailles est tombée dans ce travers. Mais, bien entendu, il y a aussi Thérèse d’Ávila, Mariana Alcoforado, les sœurs Brontë, Virginia Woolf, […] il faut les écouter, ces voix, car ce sont celles de la Terre mère, de Déméter, de Perséphone, ce sont les voix des grands mystères, et pas un seul homme n’est parvenu ne serait-ce qu’à effleurer le ciel où elles évoluent, comme des femmes folles et décoiffées, avec leurs vociférations qui sonnent si juste. C’est sur ce chemin-là que tu avances, Zoé. Et ça me fait presque peur de te le dire. En même temps, je sais bien que dire ce genre de choses à quelqu’un de ton âge ne l’empêche pas de se heurter à des murs, et puis de se relever, pour retomber encore, et repartir sans cesse dans la bataille», écrit Álvaro Mutis, prix Médicis étranger.

Zoé Valdés a grandi dans un quartier populaire de La Havane. Elle a fait ses études à l’Institut supérieur de pédagogie Enrique José Varona, puis a suivi des cours de la faculté de philologie de l’université de La Havane. Elle a ensuite étudié à l’Alliance française de Paris. Elle a travaillé de 1984 à 1988 à la délégation de Cuba à l’UNESCO à Paris et aux services culturels de la mission de Cuba à Paris. Elle a été, de 1990 à 1995, sous-directrice de la revue Cine Cubano et scénariste à l’Institut cubain des arts et de l’industrie cinématographiques (ICAIC). Docteur honoris causa de l’université de Valenciennes, elle réside à Paris depuis 1995. Elle écrit pour Ecodiario de El Economista, en Espagne, El Universal de Caracas, et Libertad Digital, El Español, à Madrid, Le Monde et Libération, en France.

D’après les éditions Arthaud

Desirée Fe de Zoé Valdés, traduit de l’espagnol (Cuba) par Aymeric Rollet, éditions Arthaud, 368 p., 19,90 €.

Zoé Valdés, née en 1959, a grandi dans un quartier populaire de La Havane2. Elle a fait ses études à l’Institut supérieur de pédagogie « Enrique José Varona » jusqu’en 4e année. Elle a suivi les cours de la faculté de philologie de l’université de La Havane jusqu’en 2e année. Elle a étudié à l’Alliance française de Paris. Elle a travaillé de 1984 à 1988 à la délégation de Cuba à l’Unesco à Paris et aux services culturels de la mission de Cuba à Paris. Elle a été, de 1990 à 1995, sous-directrice de la revue Cine Cubano et scénariste à l’Institut cubain des arts et de l’industrie cinématographiques (ICAIC). Après la publication de son ouvrage Le Néant quotidien, mal perçu par le régime cubain, elle s’exile le 22 janvier 1995, à Paris, où elle réside depuis. Elle est docteur honoris causa de l’université de Valenciennes3. Elle écrit pour Ecodiario de El Economista, en Espagne, El Universal de Caracas, et Libertad DigitalEl Español, à Madrid, Le Monde et Libération, en France.

Livres récents en librairie : Danse avec la vie, trad. Albert Bensoussan, Gallimard, coll. « Du monde entier », 2009 / L’Ange bleu, trad. Albert Bensoussan, roman, éd.Hermann, 2012 / Le Roman de Yocandra, éd. Jean-Claude Lattès, 2012 / La Nuit à rebours, trad. Albert Bensoussan, roman, éd. Arthaud, 2013 / La Chasseuse d’astres, trad. Albert Bensoussan, éd. Jean-Claude Lattès, 2014 /La femme qui pleure, trad. Albert Bensoussan, éd.Arthaud, 2015 / La Habana, mon amour. éd. Stella Maris, 2015. / The Weeping Woman. Edit. Skyhorse Publishing, 2016 / Et la terre de leur corps. RMN, 2017. / Désirée Fe. Arthaud, France, 2018

Rétrospective autour d’Alberto Breccia, père de la bande dessinée argentine, à Toulouse

Jusqu’au 20 janvier 2019, la Médiathèque de Toulouse présente «Petites et grandes histoires argentines, Alberto Breccia, maître de la bande dessinée». Une rétrospective inédite consacrée à cet auteur, père fondateur de la bande dessinée en Argentine. Retour sur le parcours et l’œuvre d’un artiste hors norme qui a influencé le milieu de la BD à l’échelle mondiale.

Photo : Bibliothèque de Toulouse

Pour fêter le 25e anniversaire de sa mort et le centenaire de sa naissance en 2019, la Médiathèque de Toulouse rend hommage à Alberto Breccia, le père fondateur de la bande dessinée en Argentine. Pour célébrer cet artiste incontournable et pourtant pas toujours bien connu en France, cette exposition inédite, a été réalisée en partenariat avec la bibliothèque de Colomiers, l’association Alberto Prod, Télérama et Libération.

«Alberto Breccia est un auteur inventeur de formes et précurseur des pratiques les plus expérimentées, explique Coline Renaudin, conservatrice chargée de la médiation, animation et partenariat à la Mairie de Toulouse. Cette exposition est l’occasion de plonger dans l’univers de cet artiste engagé, contestataire, tour à tour dessinateur, peintre et professeur qui a influencé des générations d’artistes dans le monde entier

Tout au long de cette exposition, on découvre –à travers de plus d’une trentaine d’originaux, des imprimés, des premières éditions, des photos, enregistrements, des documents inédits en France– le parcours d’un artiste hors norme qui a influencé le milieu de la BD à l’échelle mondiale, depuis sa pratique la plus classique de la BD (Vito Nervio) jusqu’aux frontières de l’abstraction (Les Mythes de Cthulhu).

Né à Montevideo (Uruguay) en 1919 et décédé à Buenos Aires (Argentine), Alberto Breccia a participé à l’aventure de l‘historieta, la bande dessinée argentine, réputée des années 1940 jusqu’aux années 1993. «Dans les années 1970, Alberto Breccia trompe la censure en glissant de nombreuses références sur l’actualité, dénonçant ainsi le régime en place. La dictature achevée (plus de 30 000 victimes), il rendra alors un hommage aux disparus pendant la répression dans Perramus et recevra en 1989, le prix Amnesty International. Devenant ainsi une référence dans la profession

L’exposition met également en avant l’importance de son rôle dans l’enseignement de la bande dessinée et la formation de jeunes dessinateurs pour cet auteur qui a toujours été sensible à la transmission de son savoir-faire.

Influencé par divers auteurs dont les Frères Grimm (Blanche-Neige), Gabriel Marcia Lorca, Lovecraft (Le terrible vieillard), Edgar Poe, Robert Louis Stenveson (Le cas étrange du docteur Jekyll et de Mr Hyde)…, Alberto Breccia a aussi été le professeur d’Hugo Pratt, père de Corto Maltese, et a enseigné à l’école de BD d’Angoulême. «Comme en clin d’œil, son fils Henrique est illustrateur», conclut Coline Renaudin.

Silvana GRASSO
D’après la Médiathèque de Toulouse

Jusqu’au 20 janvier à la Médiathèque José Cabanis, 1 allée Jacques Chaban-Delmas. Entrée libre et gratuite.

Forte inquiétude de l’Église et de la société civile brésilienne sur le devenir des terres indigènes

Au Brésil, le nouveau président Jair Bolsonaro vient déjà d’annoncer le transfert de la responsabilité de la démarcation des terres indigènes au ministère de l’Agriculture, très favorable à l’agrobusiness. Cette décision alerte les communautés indigènes et les défenseurs de l’environnement. Mgr Roque Paloshi, archevêque de Porto Velho, et président du Cimi, l’organisme de l’Église catholique mandaté pour travailler avec les Amérindiens, explique pourquoi.

Photo : CCFD-Terre Solidaire

Le Cimi est l’organisme mandaté par l’Église catholique brésilienne pour accompagner les peuples amérindiens dans leur lutte pour la survie, la protection de leurs terres et la dignité. Il mobilise des équipes formées à l’anthropologie et aux langues des nombreuses ethnies existantes pour des actions dans les communautés indigènes. Il agit aussi au sein de l’Église, auprès des organes de l’État et dans la société brésilienne pour les sensibiliser et défendre les droits des Amérindiens. Nous collaborons depuis longtemps avec le Cimi et le soutenons depuis 2015.»

Que signifie la décision de Jair Bolsonaro de confier la démarcation des terres indigènes au ministère de l’Agriculture ?

Cette décision confirme nos craintes concernant le nouveau président et son gouvernement : ils veulent livrer les terres indigènes aux monocultures, à l’exploitation minière et à de grands projets de construction civile. Nous voulons garder cependant une certaine tranquillité. Car cette question de la démarcation des terres indigènes relève de la Constitution du 5 octobre 1988, et plus particulièrement des articles 231 et 232 reconnaissant les droits de ces peuples natifs, leurs cultures, leurs traditions et leur spiritualité. Or, lors de son investiture, le nouveau président a juré qu’il allait respecter la Constitution de 1988.»

Vous attendez-vous à une réaction des peuples indigènes du Brésil ?

Je pense que les peuples indigènes vont se mobiliser pour demander à ce que le nouveau président revienne sur cette décision. La gestion de la démarcation des terres a toujours été confiée à la Fondation nationale de l’Indien (Funai), rattachée au ministère de la Justice. Mais tout cela est malheureusement dans la continuité de ce qui se passe depuis plusieurs années déjà. La Funai a été en effet progressivement démantelée et les procédures d’attributions de terres aux peuples indigènes rendues toujours plus complexes.

En quoi l’attribution des terres indigènes au ministre de l’Agriculture constitue-t-elle un danger pour l’environnement ?

Tereza Cristina, la nouvelle ministre de l’Agriculture, était jusqu’à présent la présidente de la «Bancada Ruralista». Ce puissant groupe parlementaire représente les intérêts des grands propriétaires terriens et de l’agrobusiness. Pour eux, la logique économique est basée sur une exploitation maximale des ressources naturelles. En tant que chrétien, je veux croire au respect du droit des indigènes à vivre sur leurs terres. Il en va aussi de la protection de l’environnement. Car tout le monde, y compris le nouveau gouvernement, admet que les terres les mieux préservées sont celles où vivent les populations indigènes.

Quel peut et doit être le rôle du Cimi et de la société civile brésilienne pour éviter aux peuples indigènes un scénario catastrophe ?

D’abord, nous devons nous tenir aux côtés de ces populations qui souffrent de préjugés et de discriminations de la part d’une grande partie de la population brésilienne. Il faut ensuite en finir avec plus de cinq siècles de non-respect des droits de ceux qui sont pourtant les premiers habitant de ce pays. Les indiens du Brésil ont déjà massivement disparu et continuent de disparaître ! La société civile et l’Église catholique doivent marcher ensemble sur le chemin de la paix. Nous devons bien sûr rester très vigilants dans les semaines et les mois à venir sur la manière dont ce gouvernement va gérer la question indigène.

D’après le CCFD-Terre Solidaire
Propos recueillis par Jean-Claude GEREZ

Verbi Lervi ON Radio, une voix de l’Amérique latine : rencontre avec le cinéaste chilien Edison Cájas

En février 2018, le réalisateur chilien Edison Cájas a fait réfléchir le public lyonnais autour de la question de l’accès à l’éducation supérieure au Chili, une problématique qui fait partie de l’héritage de Pinochet et que les Chiliens ressentent encore dans l’actualité. À l’occasion de cette rencontre, Verbi Lervi Prod a alors fermé les yeux et bien tendu l’oreille pour écouter, enregistrer et produire un podcast sur le mouvement des étudiants chiliens en 2011, un document sonore combatif.

Photo : Verbi Lervi

Pour créer et habiller cette émission, Verbi Lervi Prod s’est inspirée de l’ambiance sonore du film en reprenant les thèmes musicaux principaux qui y régnaient. On peut alors y écouter la chanson militante Gimme tha power (1997) du groupe mexicain Molotov et celle emblématique du groupe engagé Los Prisoneros, El baile de los que sobran (1986). Mais également entendre des extraits sonores du film, avec l’atmosphère des manifestations et certaines interventions orales des protagonistes.

En faisant cela, Verbi Lervi ON Radio souhaite replonger l’auditeur dans l’univers du film tout en écoutant les commentaires du réalisateur sur son œuvre. Edison Cájas, par ses réflexions, nous apporte des réponses sur les volontés qui l’ont poussées à réaliser ce film.

Le réalisateur du documentaire El vals de los inutiles (2013) a présenté son film au sein des Nouveaux Espaces Latinos. À l’occasion de cette rencontre, Verbi Lervi Prod a alors fermé les yeux et bien tendu l’oreille pour écouter, enregistrer et produire un podcast sur le mouvement des étudiants chiliens en 2011, un document sonore combatif

L’aventure radio de Verbi Lervi Prod

Verbi Lervi ON Radio est la déclinaison dédiée au son de cette association de production audiovisuelle Verbi Lervi Prod. En créant une chaîne podcast sur Internet, l’équipe de créateurs met un pied dans la vague numérique de la WebRadio. Par cette initiative, ils souhaitent montrer leurs capacités à s’adapter à tous types de médias et ainsi donner vie à des univers imaginaires entièrement sonores. En faisant cela, ils s’ouvrent à un nouvel espace pour traiter le documentaire et le reportage, en alliant créativité et regard artistique singulier pour la radio.

Nouveaux Espaces Latinos organise chaque année les festivals culturels : Primavera Latina, Bellas Francesas, Belles Latinas et Documental. Quatre opportunités de rencontrer des écrivains, cinéastes, poètes, journalistes et artistes venus d’horizons divers en vue d’échanger avec le public français. Quatre opportunités pour Verbi Lervi Prod, pour Verbi Lervi ON Radio de réitérer cette aventure et de créer de nouvelles émissions pour Nouveaux Espaces Latinos.

Pour la petite histoire

Verbi Lervi Prod est une structure associative localisée à Lyon, gérée par les réalisateurs Joan Coste et José Ostos. Elle se consacre essentiellement à la réalisation de films, ainsi qu’à de la production photographique. Elle collabore avec les Nouveaux Espaces Latinos depuis 2017, en enregistrant certaines de leurs activités culturelles afin de réaliser de courts documentaires et de permettre leurs diffusions à travers le Web, via leur site Internet et les réseaux sociaux.

Thamara BRYSON

Retrouvez Verbi Lervi ON Radio sur Audioblog arte radio et Soundcloud

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