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9 novembre 2018

Gallimard édite un nouveau roman d’Alonso Cueto : La passagère du vent

Dans Avant l’aube, en 2005 déjà, Alonso Cueto se penchait sur le douloureux passé de son pays, le Pérou. Le Sentier Lumineux, la réaction des autorités politiques, les atrocités commises des deux côtés et plusieurs questions fondamentales : peut-on pardonner ? peut-on oublier ? Il revient avec un nouveau roman sur ce thème qu’il traite encore une fois avec une grande originalité. Il est un des auteurs pressentis pour les Belles latinas d’octobre 2019.

Photo : Gallimard

Traumatisé par le décès de sa mère, Ángel Serpa avait décidé d’entrer dans l’armée péruvienne. C’était au moment où le Sentier Lumineux imposait ses violences sur une grande partie du territoire. Ángel, simple soldat, avait dû obéir aux ordres et parfois donner le coup de grâce à des corps déjà inertes. Un jour, c’est justement cet ordre qu’il a reçu pour une jeune femme. Des années après sa démission, il mène à Lima une existence assez terne qui, vue de l’extérieur, pourrait sembler d’une sérénité absolue. Quand entre dans la petite boutique où il vend casseroles et verres une femme qu’il reconnaît comme ayant été sa victime, il a du mal à y croire puis, devant l’évidence, il entame un véritable chemin de croix qui ne sera fait que de questions : peut-il, veut-il tenter d’entrer en contact avec elle ? En a-t-il le droit, moral surtout ? La présence intermittente de la femme, toujours indéchiffrable, va l’obséder.

À l’opposé de tout manichéisme, Alonso Cueto navigue au cœur d’un doute tour à tour poisseux et incandescent, à l’image de l’esprit d’Ángel, et il fait en sorte que nous accompagnions le personnage, que nous nous collions à lui, que nous n’ayons pas plus que lui ces repères faciles qui sont le ressort des romans faciles. Ce que l’on comprend, ce que l’on partage, c’est cette perplexité par rapport à son problème moral. Son «autre vie», les combats de catch qu’il pratique certains soirs contre des hommes sur le retour, eux aussi blessés, d’une façon plus physique, par une vie que nous ignorons, n’aide pas à en savoir plus sur lui : le fait-il pour se prouver qu’il est quelqu’un ? Pour expier ? Par plaisir, comme il le dit ?

Si Ángel a du mal à diriger sa vie, Alonso Cueto maîtrise à la perfection son récit. L’apparente banalité ‒ banalité dans l’horreur, une horreur que nous connaissions avant d’entamer la lecture ‒ devient profondeur, puis élévation. Les croyances indiennes héritées des Incas à certains moments donnent à l’atrocité moderne une ouverture spirituelle d’une beauté saisissante. Un peuple qui a une autre manière d’exprimer son sens moral ne peut que ressentir différemment ses souffrances ; pour ce peuple, l’absence de l’être cher est synonyme de tout autre manque. «Orphelin» est dans leur langue le mot qui signifie aussi «Pauvreté». De même, penser que le passé est en réalité devant nous parce que nous le connaissons remet en cause tout notre système moral, chrétien et occidental. Ángel, lui, dans sa simplicité, peut servir de modèle : de terribles épreuves ont accompagné sa vie entière, elles sont là, pesantes, tout le temps, et pourtant des lueurs de vie se manifestent par intermittences, timides mais bien présentes, et il finit par savoir les entrevoir. La passagère du vent est à lire pour la multitude d’idées et pour leurs nuances et surtout pour les atmosphères changeantes, à l’image de toute vie. Un roman qui ne peut que marquer le lecteur.

Christian ROINAT

La passagère du vent de Alonso Cueto, traduit de l’espagnol (Pérou) par Aurore Touya, éd. Gallimard, 260 p., 22 €. Alonso Cueto en espagnol : La viajera el viento, ed. Planeta, Lima / El susuro de la mujer ballena, Planeta, Barcelona / La hora azul / Grandes miradas, ed. Anagrama. Alonso Cueto en français : Avant l’aube, éd. Michalon / La vie en mouvement (entretiens avec Mario Vargas Llosa), éd. Gallimard.

Soy Nero de Rafi Pitts programmé au festival Arte fait son cinéma

C’est un grand choix de films de qualité que propose le cinquième festival du cinéma d’Arte du 12 au 26 novembre. Le film d’ouverture concerne l’actualité latino-américaine. La caméra suit l’histoire de Nero, un jeune clandestin mexicain aux États-Unis qui cherche à intégrer l’armée pour obtenir sa carte de séjour. Le cinéaste franco-iranien Rafi Pitts nous montre l’état du monde actuel. 

Photo : Allociné

Nero, 19 ans, est un « dreamer » : fils d’immigrés illégaux mexicains aux États-Unis, il est né et a grandi à Los Angeles, avant d’être expulsé vers le pays de ses parents. Il veut repasser clandestinement la frontière pour devenir un « green card soldier« , ces recrues étrangères de l’armée américaine auxquelles la loi, depuis le 11-Septembre, garantit le droit de séjour. Après un premier échec, il parvient à franchir les murs qui séparent Tijuana de la Californie, alors que se déclenchent les feux d’artifice de la Saint-Sylvestre.

No man’s land
Avec une intensité de tous les instants, le Franco-Iranien Rafi Pitts nous plonge dans l’absurdité et l’urgence où se débat son jeune héros, entre deux no man’s land. Du premier poste frontière où, menotté, il est sommé de décliner son identité, au check-point à haut risque où il atterrit dans un désert du Moyen-Orient en compagnie d’autres parias, la caméra épouse son point de vue sur l’incompréhensible réalité qui l’entoure. Dédiée aux green card soldiers expulsés par les États-Unis pour des délits, même mineurs, après avoir risqué leur vie sous la bannière étoilée, cette fable humaniste d’une saisissante intelligence politique tourne le dos au naturalisme documentaire pour contempler de plus haut les frontières de notre monde. En contrepoint à la beauté méditative des images, Johnny Ortiz, fossette enfantine et regard sombre, insuffle presque sans mot dire une vitalité farouche à son personnage de proscrit.

D’après Arte Magazine

La dictature nous avait jetés là… un livre témoignage avec une portée universelle

Le dernier livre de María Poblete, La dictature nous avait jetés là…, publié en octobre chez Actes Sud Junior, est un récit d’exil autobiographique, écrit à hauteur d’enfant avec une portée universelle. Ce livre évoque donc l’histoire d’autres enfants, notamment chiliens, qui ont suivi en exil leurs parents et dont on a souvent ignoré les souffrances et difficultés.

Photo : Actes Sud

Maria Poblete vit à Paris et est née en 1964 au Chili, pays qu’elle a fui avec sa famille à la suite du coup d’état militaire du général Pinochet en 1973. Elle est arrivée en France à l’âge de neuf ans. Après des études de sociologie et d’ethnologie à Lyon, elle devient journaliste indépendante et se spécialise dans les sujets de sociétés, notamment sur les thèmes de la résistance et de la mémoire. Elle couvre l’actualité latino-américaine pour des radios nationales françaises (France Info, Radio France Internationale, Europe 1) et la presse audiovisuelle et écrite, à la fois française et chilienne. Elle collabore avec diverses publications grand public ou spécialisées dans l’enfance, la famille et l’éducation (L’Étudiant, Marie-Claire Enfants… ). Auteure d’ouvrages d’enquête, d’essais et de romans jeunesse, elle participe régulièrement à des résidences d’écrivain, parfois en milieu scolaire. Dans la collection Ceux qui ont dit non d’Actes Sud junior, elle est l’auteure de Lucie Aubrac, “Non au nazisme”, Simone Veil, “Non aux avortements clandestins” et Célestin Freinet, “Non à l’ennui à l’école” ainsi que co-auteure de Non à l’intolérance, Non à l’indifférence et Non à l’individualisme.

Lorsque le général Pinochet prend le pouvoir au Chili le 11 septembre 1973 à la suite d’un putsch, Maria a presque neuf ans (moins 45 jours). La radio des parents de Maria se met à grésiller : Pinochet avec sa voix inoubliable annonce les premières mesures pour le pays et le nouvel ordre militaire. Parents et enfants tremblent en écoutant. Les années de plomb qui suivent cet événement vont provoquer des milliers de mort, des disparitions, des tortures et le premier grand exil  chilien dont Maria et sa famille.  «En moins de temps qu’il n’en faut pour comprendre ce qui se trame, nous voilà à bord de l’avion. Avec mes sœurs, on se tient les mains, serrées. Le ventre serré lui aussi. Je m’endors comme chaque fois que j’ai peur, que je suis triste ou énervée. Je préfère m’éteindre et rêver. La nuit m’enveloppe. L’appareil me berce. Son ronronnement est étouffé par l’oxygène qui semble manquer. Personne ne dit un mot. Nous posons sur nos épaules le manteau du silence», nous dit la narratrice.

Arrivés à Paris, puis à Lyon, il leur faut tout recommencer : nouvelle langue, nouveau quartier, nouvelle école, nouveaux amis… Les Poblete vont devoir s’adapter à cette nouvelle société avec des habitudes si différentes des leurs tout en suivant de loin, avec inquiétude, la répression et la lutte qui s’installent dans leur pays natal. Maria, nous raconte une enfance et adolescence particulières.  Aujourd’hui, quarante-cinq ans plus tard, elle se souvient de ces années qui l’ont marquée pour toujours : le joug de la dictature, le départ précipité vers la France, la famille en danger, l’arrivée dans l’inconnu, la lutte pour s’intégrer, la sensation permanente d’inquiétude , la séparation des parents et inconfortable dépaysement, la dispersion de la famille. Un récit de vie intime et poignant sur la dictature et l’exil forcé . Une plongée dans le passé où les souvenirs surgissent avec tristesse et bouleversement.

Pour les adolescents, pour les adultes, ce livre est le récit d’une chute brutale : la fin des rêves et l’exil. Une histoire d’enfance qui pourrait être celle partagée par beaucoup d’enfants exiles ou immigrés d’hier et d’aujourd’hui. C’est un beau livre, indispensable en cette époque où ces mots exil, asile, immigration provoquent malaise et peurs dans nos sociétés. Parce que l’exil ce n’est pas un vain mot, ce n’est pas se déplacer d’une rive à une autre ou d’un pays à un autre, l’exil c’est s’arracher de son propre pays parce que c’est l’unique alternative qui reste pour échapper à l’oppression, à la guerre, à la famine, au malheur.

Ce livre évoque aussi l’histoire de l’accueil de l’époque, de la solidarité qui a tant aidé à soulager la souffrance et  à l’intégration de ces familles, tel un miroir de ce qu’aurait pu être l’«accueil» réservé aujourd’hui par la France et l’Europe aux «migrants». C’est un court roman de souvenir qu’il faut lire, tant il nous révèle notre propre  actualité. Un témoignage personnel basé sur des faits réels et à dimension universelle, écrit à hauteur d’enfant pour jeunes et adultes.

Olga BARRY

La dictature nous avait jetés là…  par Maria Poblete aux éditions Actes Sud Junior, 124 p.

Maria Poblet a écrit aussi : La Colonie du Docteur Schaefer, une secte nazie au pays de Pinochet, avec Frédéric Ploquin, Fayard, 2003 / Lucie Aubrac, Non au nazisme, (Collection « Ceux qui ont dit Non »), Actes Sud junior, 2008 / Simone Veil, Non aux avortements clandestins (Collection « Ceux qui ont dit Non »), Actes Sud junior, 2009 /  Sauvons la maternelle, avec Thérèse Boisdon, Bayard, 2009 / Comment mettre mon ado au travail, L’Étudiant, 2010 / Cannabis : comment aider mon ado à s’en sortir, L’Étudiant, 2011 /  Non à l’individualisme, Actes Sud junior, 2011 / Non à l’indifférence, Actes Sud junior, 2013

Julian Assange le fondateur de Wikileaks est devenu le serpent de mer de l’Équateur

Le lanceur d’alerte Julian Assange a trouvé refuge auprès des autorités politiques de l’Équateur depuis 2012. Cependant, les liens entre le fondateur de Wikileaks et le pays andin semblent s’émietter peu à peu. Entre interdiction d’utiliser Twitter et de critiquer la vie politique équatorienne, l’avocat d’Assange dresse le portrait d’une situation tendue.

Photo : Sputnik France

Le jeudi 18 octobre, l’ancien juge espagnol Baltasar Garzón, avocat de l’entrepreneur Australien exilé à Londres, a reproché la « situation inhumaine » de son client depuis le mois d’août, lorsque l’administration du président équatorien Lenin Moreno a décidé un changement du protocole concernant « les conditions minimales de séjour du demandeur d’asile ». Les autorités du pays andin ont remis à Julian Assange et à ses proches un règlement intérieur, ou « protocole spécial de visite, de communication et d’attention médicale », selon lequel il était « presque entièrement responsable de ses soins personnels, y compris le nettoyage de sa salle de bain et l’alimentation et l’hygiène de son chat, sous peine de confiscation de l’animal. » Ces nouvelles mesures d’«imposition unilatérale » selon Carlos Poveda, l’un des avocats d’Assange en Equateur, visent à affaiblir l’asile accordé à Assange, avec des restrictions « plus sévères que celle d’une prison commune ».

Rappelons que l’affaire remonte à août 2010, lorsque l’Interpol et les autorités suédoises lancèrent des recherches contre le désormais célèbre hôte de l’ambassade de l’Equateur à Londres, accusé d’abus sexuels (viols) commis sur le pays nordique. Après quelques mois, Julian Assage se rend à la police londonienne avec l’intention de coopérer, mais un juge britannique confirme son extradition en février 2011. Assange avait rejeté son extradition vers la Suède, en arguant que ce pays le livrerait aux Etats-Unis, où il risque la réclusion à perpétuité, voire la peine de mort, pour avoir publié de nombreux documents diplomatiques et des secrets militaires détaillant les actions de la Maison Blanche dans différents pays du Moyen-Orient. C’est alors qu’intervient Rafael Correa, et l’un des poids lourds de la gauche sud-américaine, connu par sa position « anti-américaine ». Correa, à l’époque président de l’Equateur, offre l’asile au fondateur de Wikileaks le 19 juin 2012,  et, depuis ce temps, Assage a fait de l’ambassade d’Equateur à Londres une sorte de cage dorée.

Cependant, bien que l’affaire de crimes sexuels soit désormais classée sans suite, depuis mars 2018 l’horizon de l’ex-Wikileaks n’a cessé de s’assombrir, notamment après l’interdiction d’accès à son compte Twitter, lequel ne pouvait être utilisé qu’en cas d’«extrême urgence » pour contacter ses avocats. Cette restriction trouve son origine dans une déclaration publique de Mr Assange. Contrevenant aux ordres des autorités équatoriennes, il a publié sur le réseau social certains commentaires politiques, que Quito considère préjudiciables pour ses relations extérieures.

Cette affaire, digne d’un film d’espionnage, a lieu au moment où l’entreprise Wikileaks est accusée, dans un procès contre le comité démocratique National des États-Unis, d’avoir facilité à la Russie, en 2016, le vol d’informations quant aux dernières élections présidentielles remportées par Donald Trump. Selon l’enquête judiciaire, « 12 espions russes avaient volé des informations de 500 000 votants » ; et ce n’est pas tout : « des articles ont été envoyés dans l’objectif d’influencer le résultat des élections. » Ainsi, pour la justice américaine, la publication de 20 000 e-mails par le site Wikileaks, considéré jadis comme un lanceur d’alerte très sérieux, aurait joué un rôle décisif dans la dynamique électorale en défaveur de la candidate démocrate Hilary Clinton.

A présent, le cas « Assange », est devenu l’enjeu politique du combat déclaré entre l’ex-chef d’Etat Rafael Correa (2007-2017) et l’actuel président Lenin Moreno, tous deux membres du parti Alianza Pais (AP). La relation entre les anciens alliés s’est dégradée lorsque Moreno, qui a été vice-président entre 2007 et 2013, a proposé un référendum constitutionnel pour limiter le nombre de mandats présidentiels, empêchant ainsi Rafael Correa de se représenter aux élections de son pays en 2021. Ce changement de la constitution proposé par le référendum du 4 février, a été approuvé par  la majorité des Équatoriens désireux de tourner la page de l’ère Correa. Or ce dernier, qualifiant Lenin Moreno de « traître » et de « loup aux allures de mouton », a accusé son successeur de se soumettre face aux États-Unis en voulant utiliser ce scrutin pour le marginaliser définitivement.

En attendant la suite, Rafael Correa réside actuellement en Belgique et a été convoqué par la justice, soupçonné d’avoir commandité une tentative d’enlèvement d’un opposant politique en 2012, tandis que la complexité de la situation de Julian Assange cache la véritable intention de l’actuel gouvernement équatorien : se débarrasser de lui, comme le montrent les dernières déclarations de Moreno, qui a qualifié l’exilé australien de « hacker » et de « problème hérité » qui constitue « plus qu’un tracas ».

Eduardo UGOLINI

Un juge péruvien condamne Keiko Fujimori à 36 mois de prison préventive

Une enquête est ouverte sur la leader de l’opposition pour blanchiment d’argent. Le juge péruvien Richard Concepción Carhuancho a condamné le 1ernovembre 2018 la leader de l’opposition Keiko Fujimori à 36 mois de prison préventive, dans le cadre de l’enquête qui se poursuit pour blanchiment d’argent présumé lors de sa campagne électorale de 2011.

Photo : andina-pe

«La cour considère qu’il existe de graves soupçons sur la participation de la coupable présumée Keiko Sofia Fujimori au délit de blanchiment d’argent en sa condition de leader d’organisation créé de facto à l’intérieur du parti Fuerza 2011»a indiqué le juge en soutenant sa décision. Fuerza 2011 est devenu aujourd’hui Fuerza Popular, parti présidé par Keiko Fujimori. Le juge considère qu’il y a suffisamment d’éléments pour suspecter que celle-ci a ordonné aux dirigeants de cette organisation politique le blanchiment de grandes quantités d’argent.

Pour délit de blanchiment d’argent aggravé, la fille de l’ancien président Alberto Fujimori  se trouve face à une éventuelle condamnation d’au moins dix ans de prison. Après avoir lu sa décision pendant plus de sept heures, le magistrat Concepción Carhuancho, titulaire du Premier Tribunal d’Investigation Préparatoire de la Cour Pénale Nationale du Pérou, a justifié la nécessité de placer Keiko Fujimori en détention préventive pour danger de falsification de preuves et intimidation de témoins. Le juge a mentionné dans sa décision les déclarations de témoins qui affirment que Keiko Fujimori a tenu des réunions avec l’ancien juge César Hinostroza, actuellement en détention provisoire en Espagne, afin d’obtenir de celui-ci un traitement de faveur dans les procédures judiciaires auxquelles elle est confrontée.

Hinostroza, accusé d’être à la tête d’un grand réseau de corruption dans la magistrature, présidait la Seconde Cour Pénale Transitoire de la Cour Suprême de Justice du Pérou et pour celle-ci, devait résoudre deux recours présentés par Fujimori afin de classer l’enquête contre le blanchiment d’argent menée par le procureur José Domingo Pérez.

Risque de fuite

Le magistrat a décrété qu’il existe aussi un «grand et intense» risque de fuiteBien que Fujimori fasse l’objet d’une assignation à résidence et d’une interdiction de mener à bien ses activités, il n’a pas prononcé d’interdiction professionnelle mettant en doute que présider le parti Fuerza Popular génère un lien professionnel. De la même manière, il considère qu’une partie de l’argent blanchi par Fuerza 2011 (un million de dollars) provient de l’entreprise de construction brésilienne Odebrecht, qui a payé des pots-de-vin à une douzaine de pays d’Amérique latine afin d’obtenir en échange des chantiers de construction valant des millions.

Giuliana Loza, l’avocate de Keiko Fujimori, a immédiatement fait appel à la décision du juge. Décision qui incluait les 36 mois de détention préventive, durée maximum possible, que le procureur Pérez avait demandés. La décision fut émise alors que, dans une cour supérieure, la récusation présentée par l’avocate de Fujimori contre le juge était encore en suspens. Giuliana Loza considère celui-ci partial pour avoir ordonné trois semaines plus tôt une détention préliminaire de dix jours contre Fujimori et d’autres accusés.

El Periodico (Lima)
traduit par Géraldine GIRAUD

Asile à un ex-guérillero chilien : décision d’un organe indépendant, selon l’ambassade de France

L’Office français de protection des réfugiés et apatrides a agi en «toute indépendance» dans l’octroi de l’asile politique à Ricardo Palma Salamanca, ancien guérillero chilien, a déclaré samedi l’ambassade de France au Chili après les protestations du gouvernement chilien, qui souhaite son extradition.

Photo : Mediapart

Après plus de vingt ans de cavale, l’Ofpra a accordé le 4 novembre dernier le statut de réfugié politique à l’ancien guérillero Ricardo Palma Salamanca dont le gouvernement chilien demande l’extradition afin qu’il soit jugé au Chili pour l’assassinat du principal idéologue de la dictature de Pinochet

Ricardo Palma Salamanca, agée de 49 ans, est un ancien membre du Front patriotique Manuel Rodríguez (FPMR), groupe armée opposant au régime militaire qui avait commencé ses actions en 1983. Il fut condamné au Chili en 1992 pour l’assassinat de Jaime Guzmán, sénateur de l’UDI (parti pinochetiste dont il fut le fondateur) et de deux militaires ainsi que pour la participation dans l’enlèvement du riche entrepreneur Cristian Edwards, fils du propriétaire du journal de droite El Mercurio, en septiembre de 1991. Ricardo Palma Salamanca, en cavale depuis 1996, avait participé aussi à l’attentat frustré du FPMR contre le général Pinochet en 1986.

Qui était l’ex sénateur Jaime Guzmán ?

Le sénateur assassiné Jaime Guzmán fut élu au retour à la démocratie grâce au système binominal contre l’ancien président Ricardo Lagos bien que ce dernier eût obtenu plus de voix. Il fut aussi l’idéologue de la dictature et l’un des principaux conseillers d’Augusto Pinochet entre 1973 et 1990 ainsi que le principal concepteur de la Constitution de Pinochet de 1980. Guzmán faisait partie du groupe paramilitaire d’extrême droite Patrie et Liberté, sans pour autant participer à des actions armées.  Il fut aussi le président entre 1983 y 1987 de l’UDI, parti pinochetiste, là il a battu les bases de son conservatisme sociétal, de la défense de la dictature de Pinochet, de l’ultralibéralisme. Il s’inspirait de thèses de Carl Schmitt pour instaurer un État autoritaire et une économie néolibérale. Il fut la figure de prou de l’opposition à la Concertation pour la démocratie arrivée au pouvoir à la fin de la dictature (mouvement politique regroupant les partis libéraux, démocrates chrétiens, socialistes) jusqu’à sa mort

L’histoire d’une fuite

Le 30 décembre 1996, Palma Salamanca prit la fuite avec d’autres complices de la prison d’haute sécurité de Santiago lors d’une opération spectaculaire organisé par le FPMR depuis un hélicoptère. Dès ce jour, il était recherché par la police chilienne et internationale. Il a vécu sa clandestinité au Mexique avec d’autres compagnons de cavale. Trois mois après sa fuite il a écrit une lettre à sa mère opposant la suivante signature “Richard Kimbal”, le protagoniste de la série Le fugitif. Dans la clandestinité il a écrit deux libres : El gran rescate, où il raconte sa fuite en 1996, et Una larga cola de acero, son histoire au sein du FPMR. Palma vécut au Mexique jusqu’en 2017 comme photographe sous le nom d’Esteban Solís Tamayo , il était en couple avec Silvia Brzovic Pérez.

Le 16 février 2018, l’ancien guérillero fut arrêté en France lors d’une opération d’Interpol. Le juge chargé du dossier l’a laissé en liberté surveillée. Le 10 octobre passé, la Cour d’appel de Paris a reçu et examiné la demande d’extradition du gouvernement chilien. La décision du tribunal ne sera pas connue avant le 12 décembre. Mais, entretemps, le 4 novembre dernier l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) a décidé en « toute indépendance » d’octroyer l’asile politique à Ricardo Palma Salamanca et à sa famille. Sur quoi, le gouvernement chilien a protesté auprès de l’ambassade de France à Santiago. La réponse du gouvernement français à travers d’un très bref communiqué a été que dans cette affaire « l’Ofpra est un organisme public qui statue en toute indépendance, dans le cadre de la loi française, concernant les demandes d’asile qui lui sont soumises ».

La demande d’extradition en cause

Le ministre chilien de l’Intérieur Andrés Chadwick (membre de l’UDI) avait rencontré l’ambassadeur français au Chili pour lui faire part du désaccord du gouvernement chilien à propos de la décision de l’Ofpra, tout en enjoignant son homologue français Christophe Castaner à «annuler cette décision», contrevenant selon lui aux normes de la Convention de Genève sur l’asile et la protection. Lors de sa courte visite en France le président de droite Sebastián Piñera a fait savoir au président français Emmanuel Macron que le Chili « souhaitait que Palma Salamanca revienne au Chili pour être jugé pour des délits de terrorisme ».

En effet, la Justice chilienne avait condamné le guérillero à perpétuité sous un procès très contesté. Des intellectuels en France avaient demandé en juillet passé l’asile politique pour Ricardo Palma Salamanca. Dénonçant une sentence dictée dans des conditions inacceptables (sous la torture) et sur la base d’une loi antiterroriste adopté en 1984 sous le régime militaire. La lettre publiée dans le portal ‘Mediapart’ était signée entre autres par la cinéaste chilienne Carmen Castillo, par le socialiste Olivier Duhamel, le juriste Louis Joinet, le sociologue Alain Touraine ainsi que le réalisateur Costa-Gavras. D’autres organisation telles France Amérique Latine ou l’Association d’Ex détenus politiques chiliens en France, avaient signé la demande.

Désormais, l’issue de cette histoire est dans les mains de la Cours d’appel de Paris sur laquelle le gouvernement chilien ainsi que des représentants de l’opposition de centre gauche dont l’ancien président socialiste Ricardo Lagos font pression pour que l’ancien guérillero soit extradé. Cette affaire nous rappelle gardant toute la distance nécessaire, le cas de l’arrestation de Pinochet à Londres où la classe politique chilienne toutes tendances confondues s’est acharnée pour faire en sorte que le dictateur soit renvoyé au pays. Pour les politiques chiliens, donner l’asile politique à Ricardo Palma Salamanca équivaudrait à ne pas reconnaître que le Chili est un État de droit. Mais l’était-il au moment du procès de Palma Salamanca alors que Pinochet était encore commandant en chef de l’Armée chilienne et le retour à la démocratie n’était qu’à ses débuts ? La droite chilienne veut même obliger l’ancienne présidente Michelle Bachelet, aujourd’hui en poste aux Nations Unies à Genève, à se prononcer sur cette affaire.

Le 12 décembre devant la Cour d’appel de Paris : Macron peut difficilement demander au pouvoir judiciaire de décider dans un sens ou un autre, et il ne semble pas possible que la justice française accepte de renvoyer dans son pays ce Chilien qui vient d’obtenir l’asile politique en France. Ricardo Palma Salamanca, et ses soutiens en France et au Chili sont soulagés par la décision de l’Ofpra. Tous rappellent l’actuel réfugié s’était battu contre la dictature quand Augusto Pinochet concentrait encore tous les pouvoirs et régnait sous la terreur même s’il faut le redire l’assassinat de Guzmán a eu lieu au retour de la démocratie.

Olga BARRY

 

 

L’exposition Genesis de Sebastião Salgado quittera Paris en décembre

Comprendre le monde, ses origines, et réhabiliter la grandeur de la nature et sa beauté. Voilà ce que réalise Sebastião Salgado avec son exposition Genesis, à l’affiche de la fondation GoodPlanet depuis juin, et ce jusqu’en décembre. Ses photos montrent un monde fragile et à préserver. Genesis est la quête du monde des origines, celui qui a évolué pendant des millénaires avant d’être confronté au rythme de la vie actuelle, avant d’oublier ce qui fait de nous des êtres humains.

Photo : Polka

La Fondation GoodPlanet accueille l’exposition Genesis du photographe Sebastião Salgado à compter du 9 juin jusqu’au 16 décembre 2018. 60 photos grand format présentées en extérieur comme la quête du monde des origines par son auteur. « Avec Genesis, j’ai essayé de montrer la dignité, la beauté de la vie sous toutes ses facettes et le fait que nous avons tous la même origine » – Sebastião Salgado.

Genesis

Genesis est la quête du monde des origines, celui qui a évolué pendant des millénaires avant d’être confronté au rythme de la vie actuelle, avant d’oublier ce qui fait de nous des êtres humains. Cette exposition nous présente des paysages, des animaux et des peuples qui ont su échapper au monde contemporain. Elle met à l’honneur ces régions vastes et lointaines où, intacte et silencieuse, la nature règne encore dans toute sa majesté. On peut s’abreuver à la splendeur des régions polaires, des forêts tropicales, des savanes, des déserts torrides, des montagnes dominées par des glaciers et des îles solitaires. Si certains climats sont trop froids ou arides pour la plupart des formes de vie, on trouvera dans d’autres régions des animaux et des peuples qui ne pourraient survivre sans cet isolement. Ils forment ensemble une incroyable mosaïque où la nature peut s’exprimer dans toute sa grandeur. Les photographies de Genesis aspirent à révéler cette beauté. L’exposition constitue un hommage à la fragilité d’une planète que nous avons tous le devoir de protéger.

                                                                                         Lélia WANICK SALGADO
                                                                                                                 Commissaire

Sebastião Salgado

Économiste de formation, Sebastião Salgado commence sa carrière de photographe à Paris en 1973. Il travaille successivement avec les agences Sygma, Gamma et Magnum Photos jusqu’en 1994, lorsque ensemble avec Lélia Wanick Salgado ils fondèrent l’agence de presse Amazonas images, exclusivement vouée à son travail photographique. Il voyage dans plus de 100 pays pour ses projets photographiques qui, au-delà de nombreuses publications dans la presse, furent ensuite pour la plupart présentés dans les livres tels que Autres Amériques (1986), Sahel, l’homme en détresse (1986), La main de l’homme (1993), Terra (1997), Exodes et Les enfants de l’exode (2000), Africa (2007), Genesis (2013), Terres de café (2015) et Koweït, un désert en feu (2016). Des expositions itinérantes de ces travaux ont été et continuent d’être présentées à travers le monde. Sebastião Salgado a reçu de nombreux prix, il est Ambassadeur de Bonne Volonté pour l’UNICEF, membre honoraire de The Academy of Arts and Science aux États-Unis et élu à l’Académie des beaux-arts – Institut de France le 13 avril 2016 au fauteuil de Lucien Clergue.

D’après la
Fondation GoodPlanet

La difficile situation des Haïtiens arrivés au Chili questionne le modèle d’intégration du pays

Le Chili est depuis le retour à la démocratie une destination d’immigration importante au sein de l’Amérique latine. Mais, alors que la quasi-totalité des nouveaux arrivants était originaire des pays limitrophes (Pérou, Argentine et Bolivie), la situation a fortement changé ces dernières années. Le pays accueille désormais un grand nombre de citoyens haïtiens sur son territoire, ce qui pose de nouvelles problématiques.

Photo : Loop

Une longue file d’attente se forme lentement, aux premières heures du jour, devant un bâtiment du centre de Valparaíso. Seules ou par petits groupes, plusieurs dizaines de personnes attendent dans l’air frais du matin. À sept heures, les portes s’ouvrent enfin et les premiers tickets sont distribués. La salle d’attente du Departamento de Extranjería y Migraciones se remplit extrêmement vite. Une fois tous les fauteuils occupés, on s’assoit par terre. Et on attend à nouveau. La majorité sont de jeunes hommes, des femmes avec enfants, parfois des bébés. Beaucoup d’entre eux sont latino-américains, les autres sont haïtiens.

Cette scène se répète tous les jours et dans toutes les villes du Chili. Ce pays se trouve aujourd’hui confronté à d’importantes difficultés suite à une augmentation rapide du nombre de migrants souhaitant s’établir au Chili. D’après les chiffres du Ministère de l’Intérieur, les Péruviens sont la communauté étrangère la plus nombreuse au Chili, suivi des Colombiens, des Boliviens, des Vénézuéliens et des Argentins. Cette immigration venue d’autres pays du continent sud-américain n’est pas nouvelle et la société chilienne semble aujourd’hui s’être accoutumée à la présence d’autres nationalités latino-américaines sur son territoire. En revanche, les Haïtiens, qui représentent la sixième nationalité d’immigrés au Chili rencontrent d’importantes difficultés lors de leur arrivée. Alors qu’il y a quelques années l’immigration haïtienne était négligeable en nombre d’arrivants, la situation a brusquement changé. Entre 2014 et 2017, le nombre d’Haïtiens arrivant au Chili a augmenté de manière très importante. Aujourd’hui, environ 165 000 Haïtiens vivent au Chili.

La triple discrimination de la langue, de la couleur de peau et de la pauvreté

Tout d’abord, les autres immigrants parlent pour la plupart espagnol, qu’ils viennent de Colombie, du Pérou ou du Vénézuela. À contrario, la plupart des Haïtiens ne parlent pas l’espagnol lors de leur arrivée. Il est pour eux difficile de s’intégrer rapidement dans la société chilienne, que ce soit en termes de logement, de travail ou de relations sociales. Par ailleurs, au Chili comme en France, une partie de la population ne parle que sa langue maternelle. Ainsi, bien que la jeunesse chilienne maîtrise l’anglais, peu de personnes parlent créole ou français, rendant la communication avec les Haïtiens difficile. Pour Line François, de l’Organisation Socio-culturelle des Haïtiens du Chili (OSCHEC), les pouvoirs publics n’étaient absolument pas préparés à l’arrivée d’une population ne parlant pas l’espagnol. Il a fallu beaucoup de temps pour que les pouvoirs publics trouvent des solutions pour pouvoir communiquer avec les Haïtiens. De plus, il y a toujours un manque dans plusieurs régions de personnes formées et pouvant accompagner les Haïtiens dans leurs démarches administratives.

Toutefois, María Emilia Tijoux, sociologue et professeure à l’Université du Chili, considère que «la première barrière que rencontrent les Haïtiens au Chili n’est pas la langue mais la couleur de peau. A partir de la couleur de peau, la langue devient une barrière, mais ce n’est pas la première. […] Mettre en avant la barrière de la langue est un mensonge». Les afro-descendants sont en effet très peu nombreux dans ce pays, l’esclavage n’ayant pas été très important de ce côté-ci des Andes. Pour de nombreux Chiliens, les Haïtiens récemment arrivés sont les premières personnes noires qu’ils rencontrent. Ainsi, les discours racistes, d’ordinaire stigmatisant les personnes aux origines indigènes visibles, s’étendent aux nouveaux arrivants. Comme l’explique Mme Tijoux, «le racisme les met au plus bas de l’échelle sociale. Il y a effectivement un composant raciste classique, qui a pour résultat la traite des Haïtiens comme des esclaves». 

Par ailleurs, la communauté haïtienne connait une discrimination due à sa pauvreté. Pour Carl Abilhomme, installé en Araucanie depuis plusieurs années, les Haïtiens sont confrontés au même rejet que la fraction la plus pauvre de la population chilienne. Faisant écho aux travaux d’Adela Cortina sur l’aporophobie (le rejet des personnes identifiées comme «pauvres»), la situation chilienne est clairement marquée par une discrimination visant les plus modestes, le pays étant par ailleurs un des pays les plus inégalitaires de l’OCDE. Ainsi, les Haïtiens, arrivant sans ressources d’un des pays les plus pauvres du continent, se retrouvent une nouvelle fois marginalisés.

Les immigrés haïtiens ainsi marginalisés sont alors victimes de toutes sortes d’abus, en particulier lorsqu’ils résident irrégulièrement sur le territoire. Plusieurs cas précis ont reçu un écho médiatique ces derniers mois. En juillet, ce sont 300 ouvriers agricoles haïtiens qui ont occupé un terrain à Monte Patria pour obtenir le paiement de leur salaire en retard. Plusieurs autres cas font également état d’Haïtiens exploités par leurs employeurs (nombre d’heures de travail ahurissant, salaire deux fois inférieur au salaire minimum, condition de logement indignes…).

Une nouvelle loi sur  la migration et un « plan de retour » critiqués

Fin octobre, le parlement chilien a voté la loi de migration présentée par M. Piñera. Déjà présenté en 2013, le texte n’inclut aucune des observations faites par la Cour Suprême lors de sa première présentation devant le Parlement. La Cour Suprême mettait pourtant en garde contre des éléments allant à l’encontre des droits fondamentaux. Ainsi, trois points sont particulièrement décriés. Tout d’abord, une fois qu’une personne en situation irrégulière reçoit l’injonction de quitter le pays, il ne dispose que de 48 heures pour faire appel de cette décision devant la Corte de Apelaciones (Cour d’Appel) qui a cinq jours pour statuer. La nouvelle législation supprime la possibilité de se porter ensuite devant la Cour Suprême.

De plus, la nouvelle loi oblige la justice à informer le gouvernement dès qu’une enquête préliminaire est ouverte. Lorsque quelqu’un fait l’objet d’une enquête, la «formalización» permet à la justice de l’en informer. Désormais, le gouvernement en sera informé, que l’enquête disculpe la personne inquiétée ou non. En 2013, la Cour Suprême jugeait que cette modification de la loi «pourrait représenter une violation des garanties constitutionnelles d’égalité devant la loi et de protection de l’honneur et de la vie privée».

Enfin, le cas des mineurs en situation irrégulière pose également problème. Ainsi, les mineurs «peuvent faire l’objet d’une procédure de retour» réalisée par le Sename, (Servicio Nacional de Menores), dont le prestige a été terni par un nombre important de cas de maltraitance et d’abus. De plus, la procédure ne spécifie pas comment le «retour organisé» sera organisé, les conditions dans lesquelles seront détenus les mineurs en attente de leur expulsion et comment seront pris en charge les mineurs victimes de traite humaine ou pouvant obtenir le statut de réfugié.

Le gouvernement de M. Sebastian Piñera a également mis en place le «Plan humanitaire du Retour Organisé». Ce plan consiste à organiser le retour en Haïti, sur la base du volontariat, en échange de la promesse de ne pas revenir au Chili dans les neuf prochaines années. Pour Rodrigo Ubilla, sous-secrétaire de l’Intérieur chargé de ce plan, il s’agit de fournir aux Haïtiens souhaitant retourner à Haïti un voyage «digne». Selon les partisans de ce plan, plusieurs milliers d’Haïtiens sont volontaires et entre 15 et 18 vols, effectués par des avions de l’armée, sont prévus.

Toutefois, ce plan semble profiter d’un flou autour des personnes à qui il est destiné. En effet, selon l’OSCHEC, il s’agit «d’une forme de déportation», argumentant que la pression de la PDI (Policia De Investigación), qui a augmenté le nombre de contrôle d’identité et les procédures d’expulsion, ne laisse pas de choix aux Haïtiens. D’après le maire de la commune de Estación Central, un premier avion de 150 places est déjà plein et le gouvernement devrait bientôt annoncer la date de départ. Les personnes volontaires, selon un sondage du journal El Mercurio portant sur cent personnes, se sont inscrites principalement parce qu’elles ne trouvent pas de travail (66 cas). Le journal avance également comme raison du départ la difficulté d’adaptation, notamment au climat. Il faut néanmoins prendre ce sondage avec prudence, puisqu’il porte sur un très petit nombre de personnes et que le journal revendique une ligne éditoriale clairement conservatrice.

Le Chili est ainsi soumis à une pression migratoire qui va croissante, et il est à craindre que les troubles sociaux, politiques et économiques du continent aggravent la crise migratoire. Par ailleurs, cette crise risque également d’aggraver les divisions déjà existantes au sein de la société chilienne. Enfin, les solutions apportées pour le moment à cette crise soulèvent au moins deux problématiques. En effet, il s’agit d’une part de bâtir un nouveau cadre législatif remplaçant la loi obsolète, avec tous les débats que cela comporte sur la politique d’immigration. D’autre part, le pays ayant été un pays d’émigration (en particulier sous la dictature), la société chilienne va devoir trouver un modèle d’intégration possible qui jusqu’à présent n’avait pas été réellement nécessaire.

Rai BENNO
Depuis Santiago du Chili

Des Mochicas aux Incas: Le Pérou archéologique dans le Val d’Oise

Le musée archéologique du Val d’Oise vous propose de vous évader en Amérique latine ! Partez à la découverte des civilisations pré-incas et incas et parcourez deux mille ans d’Histoire au cœur du Pérou archéologique. Un espace découverte introduit ce voyage par une carte interactive, de la musique andine, des jeux et des livres pour une immersion totale. Jusqu’au 15 septembre 2019.

Photo : Musée archéologique du Val d’Oise

Le voyage commence cent ans avant notre ère par une expédition en terre nazca, sur les traces des mystérieux géoglyphes. Elle se poursuit chez les Mochicas connus notamment pour la très riche tombe du seigneur de Sipán, qui a livré de nombreuses parures en or et dont vous découvrirez une reconstitution grandeur nature. Votre exploration se prolonge en compagnie des peuples architectes Huari et Tiahuanaco, puis auprès des Chimús. Après avoir emprunté le mythique chemin de l’Inca, le périple s’achève à Cuzco, théâtre des conflits face aux conquistadors…

Cette exposition présente les traits culturels propres à chacune de ces civilisations finalement peu connues, illustrés par des objets phares, reproductions officielles des musées péruviens. Des collections archéologiques originales, provenant du musée du Quai Branly, sont également exposées en regard de vestiges valdoisiens contemporains. Un espace découverte introduit ce voyage par une carte interactive, de la musique andine, des jeux et des livres pour une immersion totale. Pour les plus jeunes, des contenus accessibles et des outils ludiques jalonnent le parcours pour une expérience vivante et dynamique.

Service presse Val d’Oise

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