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4 octobre 2018

L’Argentine secouée par l’incertitude économique de l’administration Macri

Depuis le début de l’année, le peso a perdu 50 % de sa valeur face au dollar, et la Banque centrale argentine a dû remonter son taux directeur à 60 %. Les mesures d’austérité budgétaire et le prêt de 50 000 milliards de dollars accordé par le FMI sont censés remettre l’Argentine sur les rails, tandis qu’au cœur de cette nouvelle crise, la justice poursuit les investigations et met en lumière le système de corruption Kirchner.

Photo : A las siete

«J’ai eu un très bon rendez-vous avec le président Macri», a annoncé la semaine dernière depuis New York la directrice du Fond monétaire international (FMI), Christine Lagarde. «Nous sommes proches de la ligne d’arrivée», a-t-elle ajouté à propos de l’accord conclu en juin, qui porte sur un prêt de 50 milliards de dollars sur trois ans. De son côté, dans son allocution en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, Mauricio Macri a estimé que l’accord avec le Fond doit permettre de dissiper «les doutes sur la capacité de financement» de son pays. «Ce que nous allons annoncer, c’est davantage de soutien, ce qui veut dire davantage de confiance», a déclaré le président argentin.

Pendant ce temps, des milliers de personnes de plus en plus angoissées par l’aggravation de la situation économique et du chômage, exaspérées par l’augmentation du prix de l’essence, des transports publics et la féroce hausse des tarifs de gaz et d’électricité, ont suivi l’appel des syndicats à descendre dans la rue, le 25 septembre, pour protester contre la politique du gouvernement et ses accords avec le FMI.

Pourquoi s’en inquiéter, alors que les déclarations de Mme Lagarde sont très rassurantes et que Mauricio Macri développe des perspectives «grandioses» pour l’avenir ? Parce que le Fond monétaire international est très mal perçu en Argentine. Il faut dire que le souvenir des «aides» antérieures du FMI hante encore les mémoires : il avait déjà accordé des prêts d’argent dans les années 1990 et la population le tient pour responsable de la crise de 2001.

Le FMI est donc synonyme de nouveaux sacrifices en perspective, des sacrifices dont l’Argentine a besoin pour poser, enfin !, les bases d’un pays crédible pour les investisseurs. C’est justement ce qui n’a pas été réalisé pendant le gouvernement populiste de l’ère Kirchner : trop concentré à détourner l’attention du peuple avec des subventions et des discours vides, tandis que les pots-de-vin circulaient dans tous les sens. Et aujourd’hui, on ne peut pas manquer d’expliquer en partie la crise actuelle par un rapprochement entre la corruption et la politique démagogique menée pendant la période 2003-2015.

Sur ce point, rappelons que dans une tentative pour freiner la baisse du pouvoir d’achat et afin de masquer les chiffres lorsque le taux d’inflation approchait le 30% annuel, les Kirchner commencèrent à distribuer des subventions au transport public, à la consommation du gaz et de l’électricité, et aux producteurs d’aliments de base, sans oublier l’émission monétaire. Par conséquent, la crise économique qu’endure actuellement l’Argentine découle, d’une part, de l’irresponsable gestion kirchneriste, mais aussi du nouveau contexte international qui a conduit le pays au bord du gouffre.

En effet, «les premières années du Kirchnerisme ont contribué, malgré ses méthodes malveillantes, à une croissance, en partie due aux nouvelles productions de soja et au prix international disponible pour le produit», selon l’analyste Daniel Muchnik. Cependant, «après que tout se soit effondré, un populisme de néo-gauche a été mis en place entre les mains d’un couple qui s’estimait péroniste mais qui cherchait des appuis de toutes sortes, avec une gestion fallacieuse des budgets nationaux», ajoute-t-il. C’est la raison pour laquelle Marcos Peña, l’actuel chef du gouvernement argentin, a déclaré récemment que «cela fait des décennies que nous avons un problème de déficit budgétaire et que rien n’avait été fait pour le résoudre».

À présent, dans une économie de plus en plus globalisée, l’Argentine est l’un des pays le plus affectés par la fuite des capitaux. L’envolée du dollar et les spéculations boursières sont dues à la hausse des taux d’intérêt aux États-Unis. Sur ce point, le journaliste Jérôme Duval apporte un éclairage : «la hausse des taux d’intérêt aux USA a entraîné une ruée sur le dollar devenu plus que jamais valeur refuge pour les Argentins. Les capitaux en dollars ont été rapatriés aux USA pour profiter de la dite hausse des taux, les liquidités s’assèchent soudainement, les monnaies des pays dits “émergents” chutent brutalement», à l’instar de la crise qui frappe actuellement la Turquie.

À l’égard de ce qui vient d’être exposé, trois faits saillants méritent d’être rappelés pour expliquer la situation actuelle de l’Argentine. D’abord, en échange des 50 000 milliards de dollars promis, le FMI demande une plus grande rigueur budgétaire et, pour cela, d’ici 2020, l’Argentine devra purger les dépenses publiques. Et le FMI, qui est devenu le patron de l’économie argentine, suit désormais avec les yeux d’Argus la mise en place des nouvelles mesures. Dans ce sens, le président Macri a annoncé début septembre la suppression d’une dizaine de ministères, l’augmentation des taxes à l’exportation, alors qu’il a déjà réussi à réduire le déficit budgétaire de 6% en 2015 à 3,9% en 2017, comme il l’avait annoncé lors de son élection il y a trois ans. Le gouvernement s’est engagé également à le réduire à 2,7% du PIB cette année, puis à 1,3% en 2019, et de parvenir à l’équilibre en 2020, ce que beaucoup d’analystes redoutent.

Deuxièmement, la demande effectuée par le gouvernement d’avancer les versements du prêt de 50 milliards de dollars aurait jeté le doute sur l’état de l’économie, d’où les manifestations et la crainte de ceux qui font grève avec le sentiment qu’il s’agit du même scénario de 2001 qui se reproduit. D’après l’analyse du Financial Times, «bien que pensée pour rassurer les Argentins, cette annonce surprise a effrayé les marchés, car l’équipe économique de Macri ne l’a pas accompagnée d’explications techniques». Pour le quotidien financier, il n’y a aucun doute : le président Macri a «mal communiqué». Dans les colonnes du journal The Guardian, l’éditorialiste économique Larry Elliot est du même avis : «Le timing est essentiel sur les marchés financiers» et, dans ce domaine, le président argentin «s’est planté magistralement».

Enfin, l’Argentine est victime des charognards qui tirent d’énormes profits des pays émergents dont les structures financières sont encore mal ficelées, et qui les poussent à l’abîme comme Wall Street a fait plonger l’Argentine en 2001. Ainsi le politologue argentin Natalio Botana notait à l’époque : «Lors de toute crise, on voit apparaître des spéculateurs : il y a dans notre pays des gens disposant de sommes d’argent considérables et qui misent à long terme sur une dévaluation du peso ; d’autres jouent à plus court terme sur les bons du Trésor. Les uns et les autres sont des vautours.» À ces vautours s’ajoute un élément perturbateur qu’il ne faut pas négliger, car les gens qui partagent ce point de vue son très nombreux en Argentine : l’ambition et les manœuvres politiques qui encadrent certains groupuscules d’agitateurs, qui sèment le chaos dans la rue, manipulés et subventionnés par l’opposition et les très puissants syndicats, dont certains dirigeants se trouvent sous l’œil de la justice. Ses émissaires auprès des «durs» étaient déjà derrière les émeutiers de décembre 2001 qui ont mis fin à la présidence de Fernando de la Rúa.

Or, dans ce moment charnière pour le président de la République, à un an de l’élection présidentielle prévue en octobre 2019, saura-t-il se maintenir au pouvoir en faisant accepter un plan de sauvetage économique forcément douloureux pour la population ? Selon le gouvernement, le prêt qui a été accordé par le FMI laisse espérer une sortie de crise. Reste à savoir si cette bouffée d’oxygène sera effectivement suffisante.

Au cœur de ce paysage incertain, les dernières nouvelles concernant l’ex-présidente Cristina Kirchner confirment les informations avancées dans nos articles depuis l’année dernière. L’ex-présidente a été attrapée encore une fois dans sa propre toile d’araignée**, déjà inculpée dans quatre autres affaires, dont certaines pour corruption : «le procureur Carlos Stornelli estime qu’au moins 160 millions de dollars de dessous-de-table ont été détournés entre 2005 et 2015.*» Nous aurons l’occasion d’y revenir, mais pour donner une idée d’où se trouvent les racines de ladite «association de malfaiteurs», citons le journaliste Michel Faure, qui a écrit dans L’Express du 26 janvier 2004 à propos de Néstor Kirchner après qu’il a été élu président : «un obscur gouverneur patagon qui gouvernait depuis douze ans sa lointaine province de Santa Cruz, dans le sud du pays, après y avoir nommé ses juges et vassalisé la presse locale et non sans avoir fait modifier la Constitution régionale afin de pouvoir être réélu ad vitam aeternam.» La province de Santa Cruz est aujourd’hui en banqueroute, gouvernée par la sœur de l’ex-président feu Néstor Kirchner.

Eduardo UGOLINI

* Lire notamment l’article publié le 7 septembre sur les «les cahiers des pots-de-vin»
** «attrapés dans leur toile d’araignée» : expression du journaliste et analyste politique James Neilson (ex-directeur de The Buenos Aires Herald), en référence à la situation de Nestor et Cristina Kirchner en septembre 2008.

L’auteur argentin Hernán Diaz remporte le prix du jury du festival America de Vincennes

Du 20 au 23 septembre dernier, les amoureux de la littérature américaine anglophone et hispanophone ont pu assister avec joie au festival America, organisé à Vincennes. Après plusieurs jours de conférences, tables rondes et autres activités, les prix du jury et des lecteurs ont été attribués. L’auteur argentin Hernán Diaz, qui vit aux États-Unis, a été récompensé pour son premier roman, Au loin.

Photo : Festival America

Le festival America s’est déroulé il y a deux semaines. Le prix du Roman Page America a été attribué à l’auteur Hernán Diaz, natif argentin et résidant américain, pour son roman Au loin, publié chez Delcourt. Installé à New York depuis 20 ans maintenant, il est le directeur adjoint de l’Institut hispanique de l’université de Columbia. Le finaliste du prix Pulitzer 2018 fait ainsi une entrée fracassante dans les librairies françaises, avec son premier roman récemment traduit de l’anglais. Le public francophone aura le plaisir de découvrir l’histoire de Håkan, un paysan qui erre entre la Californie et New York pour retrouver son frère. Cela fait déjà vingt ans qu’a germé en lui l’idée de ce roman, qu’il a commencé à écrire en 2012. Avec Au loin, il réécrit l’Ouest américain, ce topique littéraire si présent outre-Atlantique.

À l’instar de sa vie, le roman de Diaz est bercé de voyages, de langues et d’errances. Le protagoniste, Håkan est suédois. Rien d’étonnant quand on sait qu’Hernán Diaz a passé son enfance à Stockholm, où il a emménagé à l’âge de 2 ans. Sa famille a en effet dû fuir l’Argentine en 1976, à la suite du coup d’État, car le père de l’auteur était très impliqué dans la vie politique et était donc en danger. Après sept ans sur le territoire suédois, ils sont retournés en Argentine, où l’auteur est resté jusqu’à son entrée à l’université à Londres, avant de déménager définitivement aux États-Unis.

Son oeuvre séduit la critique et les lecteurs, tout comme les combats qu’il mène aux États-Unis, notamment contre les discriminations. Hernán Diaz est en effet intervenu sur la question de la glottophobie, terme savant pour évoquer la discrimination linguistique, c’est-à-dire la question des accents. Fort de son expérience de vie itinérante, l’auteur s’érige en porte-parole de la cause car, quelque soit la langue dans laquelle il s’exprime, on lui reproche toujours un accent américain, espagnol ou suédois.

Il cherche à démontrer qu’il n’y a aucun souci à ne pas parler comme un local car après tout, «un accent est l’écho de la langue ou de l’intonation de celui qui parle une autre langue. […] Il est un rappel du fait qu’une langue n’appartient à personne, pas même aux locuteurs natifs. […] Et le fait qu’il y ait des accents est déjà une preuve que l’on peut se comprendre les uns les autres, malgré nos différences, ce qui est la preuve la plus solide de l’hospitalité au cœur de chacune des langues.»[1] Au loin est donc l’écriture d’un homme qui a fait l’expérience du monde et qui veut partager le sentiment de l’errance avec son lecteur, et Hernán Diaz est l’exemple d’un voyageur qui construit des ponts entre les cultures et les individus.

Nina MORELLI

[1] La citation est traduite de l’anglais par l’auteure.

Rencontre avec des Mapuches du Chili en tournée en France du 16 octobre au 10 novembre 2018

Les rencontres avec les Mapuches du Chili auront lieu dans différents endroits en France, soit du 16 au 21 octobre en Ardèche, du 22 au 27 octobre dans le Vaucluse, du 28 au 31 octobre sur le Larzac, du 1er au 4 novembre à Lyon et du 5 au 10 novembre à Paris. Le samedi 3 novembre, Nouveaux Espaces Latinos, en partenariat avec l’association Départs, recevront à Lyon quatre Mapuches du Chili venus partager, le temps d’une conférence, leur vie et leurs luttes quotidiennes.

Photo : Association Départs

Créée en 2003, l’association Départs organise des voyages, prône un tourisme responsable tourné vers l’échange, favorise l’élaboration de projets solidaires en Amérique latine, en Afrique et en Asie. Ces séjours sont conçus en partenariat avec des structures locales, les accompagnant dans la réalisation de leurs projets éducatifs, de protection de l’enfance, de développement de l’agriculture, etc.  Départs est mue par l’envie de mettre son expérience du voyage solidaire au service des populations locales afin qu’elles deviennent actrices de leur développement.

Les Mapuches (en Mapudungun, langue Mapuche, «mapu» signifie terre et «che» peuple) sont l’un des peuples autochtones d’Araucanie, région centrale du Chili. Ils sont 600 000 sur le territoire chilien, et la plupart vivent à Santiago, la capitale. «Le peuple de la terre» communie avec la nature depuis des millénaires et entend préserver son agriculture traditionnelle, son identité, sa spiritualité mises à mal de longue date. Il lutte avec acharnement pour la restitution de «Nag Mapu», sa terre-mère, dont il ne lui reste qu’une infime partie, la plus importante ayant été cédée au XIXe siècle par le gouvernement aux grands propriétaires terriens et aux colons européens.

Quatre d’entre eux sont conviés à nous entraîner dans leur culture, partager leur quotidien, nous expliquer les dangers qu’encourent leur peuple et leur agriculture ainsi que les enjeux écologiques, économiques et culturels de leur combat. Claudia Alejandra Conuequir Panguilef, enseignante en maternelle, transmet aux enfants la culture et la langue mapuches. Elle est d’autre part engagée dans la préservation des forêts primaires et dans la lutte contre les centrales électriques.

Tisserande, Isabel del Transito Currivil Nahuel a appris cet art avec sa mère et sa grand-mère. Créés à partir de fibres et teinture naturelles, ses tissages symbolisent le lien des Mapuches avec la nature et le cosmos. Parce que la jeune génération oublie parfois ses origines, Hector Kurikeo Melivilu, musicien et sculpteur, a entrepris de lui raconter son histoire, de lui expliquer ses coutumes, ses cérémonies et ses rituels. C’est aussi avec les voyageurs qu’il partage son savoir. Camilo Enrique Mariano Cayupil est machi, homme médecin qui soigne à l’aide de plantes médicinales et d’incantations afin de rétablir l’équilibre du patient, car pour les Mapuches, l’esprit, le corps et l’âme ne font qu’un.

Géraldine GIRAUD

Association Départs : BP 20008, 13350 Charleval. Tél : 06 20 74 13 05  – Mail

Hommage à Pedro Lemebel à Lyon et rencontre avec Andrés Neuman à Villefranche-sur-Saône

Des changements importants sont à prévoir dans la programmation du 17e festival Belles Latinas. Le premier est l’ouverture du festival le mercredi 10 octobre à 20 h au Nouveau Théâtre du 8e à Lyon et le deuxième est le jeudi 11 octobre à 19 h à la librairie Develay à Villefranche-sur-Saône pour une rencontre avec l’écrivain argentin Andrés Neuman autour de son roman Bariloche publié aux éditions Buchet-Chastel.

Photo : Espaces Latinos

À l’initiative de la comédienne Manon Worms et grâce au soutien du Nouveau Théâtre du 8e (NTH8), nous organiserons pour l’ouverture du festival Belles Latinas une soirée hommage et découverte axée autour de l’auteur et artiste chilien Pedro Lemebel. Cette soirée se tiendra en deux temps : d’abord la performance Cœurs fugitifs, issue du projet Pedro et mise en scène par Manon Worms, qui sera ensuite suivie d’une discussion avec l’équipe du spectacle aisi que avec de Carolina Navarrete Higuera, maître des conférences de l’Université Lumière Lyon 2, spécialiste de l’oeuvre de Pedro Lemebel.

Artiste visuel, écrivain et chroniqueur à la radio, Pedro Lemebel est né à Santiago du Chili en 1952 et décédé dans la même ville en janvier 2015. Travesti, militant pour les droits des personnes homosexuelles, il est une immense figure populaire au Chili. À travers ses nombreux récits et chroniques, il raconte l’histoire de tout un pays, dans ses contrastes et dans ses drames les plus intenses : la dictature militaire, les crimes, les séquelles sociales, politiques et humaines. Sa voix est la mémoire vivante d’une société-mosaïque, et il construit par des récits une galerie de portraits l’image d’un Santiago résistant. Ses phrases et ses images peuplent les murs des villes et les fêtes du Chili.

Une médiathèque dans une librairie

Depuis cinq ans déjà, la Médiathèque municipale de Villefranche-sur-Saône soutient fidèlement notre festival littéraire Belles Latinas. Bien qu’en travaux cette année, grâce à une collaboration avec la librairie Develay, elle y recevra l’écrivain argentin Andrés Neuman qui vient une fois de plus à Belles Latinas pour présenter son nouveau roman en français, Bariloche, édité il y a peu par les éditions Buchet-Chastel.

Christian Roinat, un de nos chroniqueurs littéraires les plus assidus, signale dans sa présentation d’Andrés Neuman que «si on lui parle de sa carrière, Andrés Neuman se hérisse : ce mot ne veut rien dire du tout pour lui. Et il le prouve en publiant peu mais en se payant le luxe de soigneusement réviser une nouvelle édition d’un roman ancien, c’est le cas pour ce Bariloche, écrit entre 1996 et 1999 (il avait alors 19 ans !) et revu en 2015, ou pour Una vez Argentina qui s’est vu augmenté d’une bonne cinquantaine de pages dans son édition de 2014». Nous espérons, pour ces deux soirées qui lanceront les dix jours des Belles Latinas 2018, que le public sera au rendez-vous et qu’il nous aidera une fois de plus à diffuser les belles lettres latino-américaines grâce à sa créativité, sa diversité et sa passion.

J. E.

Lire les présentations de Pedro et de Bariloche.
Lire le programme complet des Belles Latinas.

L’autre Rio, un documentaire d’Émilie Beaulieu Guérette en marge des Jeux olympiques au Brésil

Plusieurs documentaires ont été tournés à l’occasion des Jeux olympiques de Rio 2016. Certains montraient comment des favelas furent violemment vidées de leurs occupants : 22 000 familles expropriées, «nettoyage» social pour préparer la venue des touristes, répression de travailleurs, militarisation des quartiers très défavorisés, corruption et détournement de fonds publics, façades rafraîchies uniquement pour les passages officiels, etc.

Photo : L’autre Rio

Ici, le point de vue de la réalisatrice canadienne Émilie Beaulieu Guérette est différent. Elle s’est intéressée à une communauté de déshérités qui vit dans un immeuble désaffecté, l’ancien IBGE (Institut brésilien de géographie et de statistiques). Dans cet édifice abandonné vivent cent familles sans eau courante ni collecte de déchets, tandis qu’à deux pas de là se déroulent les Jeux olympiques au stade Maracanã. Malgré la misère, les ordures, la violence des gangs et la militarisation du quartier, les occupants survivent.

Composé de longs plans-séquence, «le film oscille, explique la réalisatrice, entre le cinéma direct, caméra à l’épaule, dans le quotidien du squat et des entrevues frontales où les occupants – surtout des femmes – nous offrent une parole généreuse et intime qui ouvre une porte sur leur réalité méconnue. J’ai tenté de porter un regard sensible et humain sur une population extrêmement marginalisée, qui pourtant survit avec énormément de résilience, de courage et d’humour. Il s’agit d’un film engagé sans pourtant être pamphlétaire, qui pose des questions sur l’inégalité extrême des métropoles d’Amérique du Sud et la manière dont les Jeux olympiques sont imposés, en particulier dans des sociétés inégalitaires comme le Brésil.»

Émilie fait des allers-retours entre Montréal et Rio depuis douze ans et, depuis 2013, elle s’implique dans le droit au logement à Rio. «Il va sans dire que de tourner dans une favela à Rio de Janeiro est une expérience assez difficile puisque le territoire est contrôlé par les trafiquants de drogue et que les confrontations armées avec la police ou les rivaux d’autres factions sont monnaie courante. Maintenant, le squat IBGE n’existe plus. Il a été exproprié et démoli par le maire de Rio, Marcelo Crivella, en mai 2018. Il a promis de construire des logements sociaux sur le lieu du squat pour reloger les familles. Entre temps, les occupants reçoivent une allocation mensuelle (très minime) pour se reloger. J’ai eu la chance d’accompagner quelques familles dans la transition. Les familles vont plutôt bien mais les réactions sont partagées. La plupart ont trouvé des appartements dans la favela Mangueira, à proximité de l’IBGE, mais certains ont dû déménager ailleurs faute de trouver un logement à proximité.»

Le film est présenté par Extérieur Jour, une société de distribution spécialisée dans le genre documentaire et ayant pour but de diffuser les films documentaires d’auteurs québécois afin de les faire mieux connaître en France où ils sont rarement présentés.

Alain LIATARD

Bande annonce : AlloCiné

Palmarès de l’édition 2018 du festival Biarritz Amérique latine : La Flor, film-fleuve prix du jury

On peut se demander, alors qu’il faisait si beau à Biarritz et que la mer était calme, pourquoi plusieurs centaines de spectateurs se sont enfermées dans la salle de la Gare du Midi pour voir un film de quatorze heures (808 minutes exactement), intitulé La Flor de l’Argentin Mariano Llinás. Cette projection était l’événement du festival, comme cela l’avait déjà été en août au festival international du film de Locarno. Un film-fleuve de quatorze heures qui a remporté le prix du jury.

Photo : La Flor

Présenté en trois parties en début d’après-midi durant trois jours, ce film n’est pas une série, mais six histoires : quatre qui commencent et qui ne se terminent pas car elles s’arrêtent à mi-parcours ;la cinquième, elle, est complète, et quant à la sixième, elle commence au milieu et met un point final au film. Ces six histoires ont comme point commun quatre actrices, jouant à chaque fois un rôle différent. Le tournage du film a duré sept ans. Chaque histoire appartient à un genre différent : thriller, comédie musicale, science-fiction, film de sorcières ; hommage à la Partie de campagne de Jean Renoir (film lui-même incomplet).

Le film est vraiment réussi même si, sur la longueur, il y a quelques passages à vide. L’interprétation est très bonne et le film tient remarquablement par la qualité de la photographie et de la musique. Le jury, présidé par Laurent Cantet, le réalisateur de Retour à Ithaque (2014), lui a accordé le prix du jury doté de 3000 euros qui permettra au film, nous l’espérons, d’être vu en France.

C’est le film colombien de Cristina Gallego et de Ciro Guerra, Pájaros de verano, déjà présenté en ouverture à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes, qui a remporté l’Abrazo du festival, gratifié de 8000 euros pour faciliter sa sortie en France. C’est un film réussi sur les débuts du trafic de la drogue en Colombie. Dans ce peuple Wayuu où le matriarcat est important, la demande américaine de Marijuana des années 1980 va introduire une guerre des clans. Se construit peu à peu un empire qui marque la fin d’une manière de vivre indigène. C’est la naissance des cartels de la drogue. Merveilleusement réalisé et parlé dans la langue des Wayuu, le film nous montre un aspect peu connu de l’histoire de la drogue en Colombie.

Le prix du public est allé à l’émouvant film d’Álvaro Brechner, Compañeros (La Noche de 12 años), qui suit l’histoire de trois prisonniers, otages de la dictature uruguayenne, emprisonnés de 1973 à 1985, jetés dans de petites cellules sans pouvoir parler, voir ou dormir. Ils arriveront à lutter contre la folie. L’un, Mauricio Rosencof, devenu écrivain et dramaturge, racontera ses années horribles ; un autre deviendra le président de l’Uruguay de 2010 à 2015, José Mujica. En compagnie de Fernández Huidobro et Mauricio Rosencof, il communiquait en tapant sur les murs. Dans la rétrospective consacrée à l’Uruguay, un documentaire, El Círculo de José Pedro Charlo et Aldo Garay (2008) raconte leur histoire, ainsi que celle d’Henry Engler qui fut le chef des Tupamaros.

Cómprame un revólver de Julio Hernández Cordón se déroule dans un Mexique intemporel où une petite fille, pour aider son junkie de père qui garde un terrain de baseball, porte un masque dissimulant sa féminité. Le film est très impressionnant, surtout lorsque l’on voit deux groupes de trafiquants de drogue s’affronter, mieux armés que l’État mexicain lui-même.

Signalons aussi deux autres films au déroulement très lent : La Muerte del maestro, un très court film de José María Avilés, très beau, sur la nature équatorienne, et Malambo, el hombre bueno de l’argentin Santiago Loza, film passionnant sur un danseur de malambo, une danse dont l’origine vient des gauchos de la pampa.

En ce qui concerne les documentaires, c’est le film brésilien sur la performeuse Linn de Quebrada, Bixa travesty, réalisé par Claudia Priscilla et Kiko Golfman, qui remporta le prix décerné par le jury présidé par la cinéaste colombienne Catalina Villar.

Les rencontres littéraires de cette année étaient consacrées à Karla Suárez (Cuba), accompagné d’un hommage au journaliste et écrivain uruguayen Juan Carlos Onetti (1909-1994).

Nous signalons enfin que, cette année encore, le village du 27e Festival Biarritz Amérique latine était très animé jusque tard dans la nuit avec sa musique et ses boutiques d’artisanat, sans oublier le très beau concert du Daniel Mille quintet consacré à Astor Piazzolla.

Alain LIATARD

La Fille du cryptographe, le nouveau roman de l’Argentin Pablo de Santis

Dans ce nouveau roman foisonnant, Pablo de Santis mêle habilement l’histoire argentine des années 1970-1980, les heures sombres de la dictature et une fiction intéressante autour de langues anciennes, de codage, de manipulation, de trahison et de l’éternel duo amour-haine. Le récit est confié au personnage principal, Miguel Dorey.

Photo : Guia cultural/Métailié

Le narrateur, Miguel, victime de troubles auditifs dans son enfance, a gardé une certaine distance entre le monde extérieur et lui, et s’est réfugié dans l’étude des civilisations anciennes. Fasciné par son vieux professeur de cryptographie, Ezéquiel Colina Ross, il crée avec quelques comparses et sa petite amie, Eleonora, le Cercle des cryptographes de Buenos Aires à vocation érudite.

Dans ces années 1970, l’agitation règne à la faculté et peu à peu des gens un peu mystérieux, Victor Cramer et ses complices, Lemos et Cimer, arrivent dans le cercle, s’imposent, prennent le pouvoir pour des actions moins innocentes, se servant de Miguel et des autres pour garder une façade de respectabilité. Eleonora tombe sous le charme de ces révolutionnaires et Miguel la perdra.

La lutte devient très dangereuse et, dès le coup d’État, Miguel arrêté retrouve Cramer, Lemos et Cimer dans un sordide sous-sol où l’armée exploite leurs talents de déchiffreurs. Miguel jusque-là assez passif, voire un peu lâche, en tout cas apeuré par ce monde violent, sera en réalité le seul du groupe à résister aux militaires en taisant la signification d’un message codé, malgré le harcèlement de l’officier et de Lemos.

Puis viendront le temps de la libération, le temps de l’exil, les retrouvailles avec Eleonora et la révélation de multiples secrets et zones d’ombre que le lecteur, de coup de théâtre en coup de théâtre, découvrira peu à peu.

En même temps que le récit, l’auteur nous livre un quasi documentaire sur ces années d’agitation, de fin de péronisme, sur les techniques magistrales des militaires pour contraindre, plonger dans la terreur et se faire obéir. On ressent très fortement la peur, la confusion et l’extrême tension qui suintent des pages. S’ajoute aussi cette analyse remarquable des comportements humains, la description des techniques de manipulation, du chantage, des mensonges, de la trahison, de la vengeance et des secrets des uns et des autres, y compris du professeur Colina Ross.

On apprend beaucoup aussi sur les différents systèmes de codage, sur les «langues oubliées», dont les fameuses tablettes crétoises qui dévoileront une vérité bien décevante par rapport aux attentes et aux fantasmes de leur déchiffreur.

Parlons-en de ce déchiffreur créé de toutes pièces pour les besoins de l’intrigue : un Anglais, Alexander Maldany (ami de John Ventris, le vrai savant, petit clin d’œil au lecteur avisé), grand ami dans le passé avec Colina Ross, qui aurait donc décrypté le syllabaire minoen, et qui a joué un rôle important dans la vie du professeur et, par ricochet, dans celle de Miguel.

Et bien sûr, comme toujours dans les romans de Pablo de Santis, on apprécie les descriptions très suggestives des lieux rendus extrêmement réels jusque dans les odeurs ; on retrouve aussi l’atmosphère étrange, onirique, presque fantastique de certains décors comme la décadente maison du professeur Colina Ross et l’impressionnante mise en scène de la salle qu’il nomme «le temple des sels».

Voilà donc un grand roman découpé en cinq parties, les cinq actes de la tragédie mêlant le passé figé, le présent complexe, les jours noirs de la dictature, et les années grises qui suivirent, pendant lesquelles beaucoup de secrets enfouis refont surface dans une écriture précise, nerveuse et envoûtante : un roman donc à lire de toute urgence !

Louise LAURENT

La Fille du cryptographe de Pablo de Santis, traduit de l’espagnol (Argentine) par François Gaudry, éd. Métailié, 380 p., 22 €. Pablo de Santis en espagnol : La hija del criptógrafo, ed. Planeta.

Domingo, un film brésilien autour de l’investiture de Lula par Fellipe Barbosa et Clara Linhart

Le 1er janvier 2003, au Sud du Brésil, pas très loin de Porto Alegre, Laura, matriarche d’une famille de la haute bourgeoisie, retrouve les siens dans leur maison de campagne, pour le repas du nouvel an. Mais en ce jour d’investiture du Président Lula, rien ne se passe comme prévu. Tout semble se dérégler dans la propriété : les domestiques renâclent, la maison se délabre à vue d’œil, et les névroses et secrets de trois générations surgissent.

Photo : Domingo

Domingo est le premier film que Fellipe Barbosa et Clara Linhart coréalisent ensemble. Pour Casa Grande, que Fellipe a réalisé seul, Clara était assistante réalisation, puis productrice pour Gabriel et la montagne présenté à Cannes l’an passé. Là, ils sont tous les deux producteurs et réalisateurs. Ce film se déroule dans la maison d’enfance du scénariste Lucas Paraizo.

Le problème du film, c’est que ces bourgeois ne sont pas très sympathiques, même si les réalisateurs essaient de nous montrer le contraire. Laura, la grand-mère, toujours propriétaire de la maison, tente d’exprimer son autorité en passant son temps à boire. Ses deux fils ne sont guère agréables non plus, et leurs adolescents ne pensent qu’au sexe. Même les serviteurs sont conservateurs !

Tout au long de cette journée, la télévision et la radio racontent les manifestations autour de l’investiture de Lula. Ces bourgeois craignent le pire et le film montrera à la fin que, six mois plus tard, rien n’aura changé dans la famille. Clara Linhart raconte : «Le Sud du Brésil, c’est l’élevage et l’abattage bovin, la tradition de la viande séchée. Les conditions de travail, mais aussi l’esclavage, y ont été pires qu’ailleurs, ce qui n’est pas peu dire concernant le Brésil. Dans ce type de domaine résidaient maîtres et esclaves. L’actrice qui joue Valentina est née dans cette ville et elle nous a dit combien ça la choque que l’on continue de louer ces maisons pour organiser des fêtes et des mariages, comme dans le film, sur ces terres imprégnées de souffrance et de la mémoire de l’esclavage.»

D’un point de vue cinématographique, on ne peut s’empêcher de penser à La ciénaga (2001), le nom d’une propriété campagnarde où deux familles viennent passer leurs vacances, réalisé par la cinéaste argentine Lucrecia Martel. Celle-ci a toujours une énorme influence sur le cinéma sud-américain et est vraiment l’inspiratrice de nombreuses œuvres.

Alain LIATARD

Fellipe Barbosa et Clara Linhart

Conversation avec Mario Vargas Llosa autour de l’Amérique latine au Monde festival 2018

Dans le cadre du Monde festival, dont la 25e édition se tiendra du 5 au 7 octobre 2018 à Paris, le Prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa conversera avec le journaliste du Monde chargée du suivi de l’Amérique latine, Paulo Paranagua. Une conversation sur le thème de l’Amérique latine, entre populisme et libéralisme. La rencontre aura lieu samedi 6 octobre 2018 au Palais Garnier, de 15 h 30 à 16 h 30.

Photo : Fronteiras do Pensamento

Prix Nobel de littérature, l’écrivain péruvien Mario Vargas Llosa n’a pas trouvé son inspiration uniquement dans son pays natal, mais aussi dans d’autres nations d’Amérique latine, comme le Brésil ou la République dominicaine, sans oublier des figures universelles, comme le peintre Paul Gauguin et la féministe Flora Tristan. Son œuvre romanesque, disponible aussi bien dans la prestigieuse Bibliothèque de la Pléiade qu’en livre de poche, évoque les vieux démons latino-américains, les dictateurs, les guérilleros, les populistes, les élans révolutionnaires et messianiques ou encore le militarisme. Chroniqueur infatigable de l’actualité, son dernier ouvrage rend hommage aux libéraux qui l’ont influencé. Avec lui, nous parlerons aussi bien de littérature que de politique : comment peut-on être latino-américain ?

D’autres rencontres se tiendront du 5 au 7 octobre dans le cadre du Monde festival, avec Barbara Hannigan, Juliette Armanet, la tribu Guédiguian, Chimamanda Ngozi Adichie, Charline Vanhoenacker, Pierre de Villiers, Pierre Hermé, Roberto Saviano, Kamel Daoud et bien d’autres…

Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival qui s’ouvre le 5 octobre à Paris avec le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda et son dernier film, Une affaire de famille, Palme d’or 2018 à Cannes. Deux autres films seront projetés en avant-première : Un amour impossible, de Catherine Corsini et, pour clôturer le festival, En liberté !, le nouvel opus de Pierre Salvadori.

Les 6 et 7 octobre laisseront la place aux débats : sur les nouvelles relations amoureuses (Le big data va-t-il tuer le hasard des rencontres ? Aux origines de #metoo), les technologies (Intelligence artificielle et émotions : un amour de robot ?) l’école (Donner l’envie d’apprendre, un jeu d’enfant ?) l’environnement (Pour l’amour de ma Terre, S’aimer comme des bêtes ), l’économie, les médias (Comment informer sous la présidence d’Emmanuel Macron ?), la politique (Y a-t-il une vie après la politique ?)… Et samedi soir, rendez-vous à La Nuit de l’amour aux théâtre des Bouffes du Nord, avec André Comte-Sponville, Barbara Cassin, Carolin Emcke…

D’après le Monde festival

Retrouvez la programmation du festival et achetez vos billets

Le pape François exclut de l’Église le prêtre chilien Fernando Karadima accusé d’abus sexuels

Fernando Karadima, un ancien prêtre chilien charismatique, avait été condamné une première fois par l’Église en 2011 à une vie de «prière et de pénitence» après s’être rendu coupable d’abus de mineurs. En démettant de l’état clérical Karadima, le pape lui inflige la peine maximale et tente de rectifier le tir après le voyage catastrophique du souverain pontife au Chili au début de l’année 2018.

Photo : Rome report

Le Vatican a annoncé vendredi dernier la «décision exceptionnelle en conscience et pour le bien de l’Église» de démettre de l’état clérical le prêtre chilien Fernando Karadima, une des figures les plus emblématiques du clergé chilien, connu pour ses liens étroits avec les élites politiques et économiques du pays dans les années 1980. Aujourd’hui âgé de 88 ans, il avait été jugé une première fois en 2011 par la justice chilienne pour des actes de pédophilie dans les années 1980 et 1990 avec un classement sans suite pour prescription des faits. L’énorme impact des témoignages de quatre victimes à la télévision en 2010 avait conduit la justice religieuse à condamner Karadima à se retirer pour «une vie de prière et de pénitence» à l’issue d’une procédure canonique au Vatican.

Vendredi dernier, le pape François a alourdi la peine à son niveau maximal, en dispensant «El Santo» de toutes ses obligations ecclésiales. Pourquoi cette décision tardive, sept ans après que l’Église du Chili a demandé pardon pour toutes les agressions sexuelles d’enfants commises par les membres du clergé ? Cette affaire est revenue sur le devant de la scène en 2015 lorsque le pape a décidé de nommer Mgr Juan Barros, évêque d’Osorno, alors qu’il était soupçonné d’avoir couvert les agissements de Fernando Karadima. Lors de sa visite au Chili en début d’année 2018, le pape argentin avait pris la défense de Mgr Barros, réclamant des preuves de son implication. Cette prise de position a suscité l’indignation et le voyage papal a vite tourné au désastre, Barros apparaissant comme le symbole de l’impunité et de l’omerta qui règne dans les rangs du clergé en ce qui concerne les scandales de pédophilie.

Revenu à Rome fin avril, le pape retourne finalement sa soutane. Il s’entretient avec trois victimes de Fernando Karadima puis convoque mi-mai la trentaine d’évêques du Chili pour trois jours de réflexion, à l’issue desquels ils ont tous remis leur démission. Le pape a depuis accepté sept de ces démissions, dont celle de Mgr Barros. L’étau se resserre donc autour de l’Église catholique chilienne en pleine tourmente. Le scandale a pris de l’ampleur cette année avec 119 enquêtes en cours pour agressions sexuelles présumées visant le clergé catholique.

D’une manière plus globale, la «tolérance zéro» promise par le pape François en 2013 lors de son intronisation est encore loin d’être d’actualité, malgré quelques avancées dans la reconnaissance des victimes. La crise semble loin d’être achevée, comme en témoignent les scandales récents non seulement au Chili, mais aussi en Allemagne et en Pennsylvanie.

Gabriel VALLEJO

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