Archives quotidiennes :

1 juin 2018

L’Amérique latine à l’Elysée dans le cadre de la « Semaine » de l’Amérique latine et des Caraïbes

Ce mardi 29 mai, les Nouveaux Espaces Latinos étaient une fois de plus invités au palais de l’Élysée à l’occasion du lancement de la cinquième édition de la semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes en France le 25 mai dernier. Elle s’achèvera le 10 juin prochain, avec une riche programmation et sous la tutelle d’un secrétariat général qui devrait pérenniser cette initiative qui dynamise dans toute la France la présence latino-américaine.

Photo : Espaces Latinos

Un des temps forts de cette manifestation reste, outre les réceptions au Sénat et à la Maison de l’Amérique latine de Paris, celle au Palais de l’Élysée. Dans nos newsletters, dont vous pouvez consulter les archives depuis 2012, nous avons toujours consigné les temps marquants ainsi que les interventions des diverses personnalités et leurs discours dont, à deux reprises, celui de l’ancien chef de l’État François Hollande.

En tant que média spécialisé, nous avons suivi les préparatifs de cette cinquième «Semaine» depuis le début de l’année. Nous étions en contact avec le secrétariat général ainsi qu’avec les responsables des grandes manifestations qui figurent désormais dans le programme officiel. Nous ignorions que le nouveau président de la République, M. Emmanuel Macron, souhaitait aussi s’inscrire dans la tradition en organisant le mardi 29 mai dernier une réception à l’Élysée. D’ailleurs, le carton d’invitation de l’Élysée nous est parvenu une semaine à l’avance seulement, alors que nous avons reçu ceux des autres grandes manifestations un mois auparavant.

À 18 h précisément, une centaine de personnalités était dans la grande salle de réception de l’Élysée. L’attente a été bien longue et, à la place du chef de l’État, est arrivé M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Après d’explications confuses pour signaler que M. Macron ne serait pas des nôtres et qu’il lirait le discours que le président avait préparé. Un bon discours, lyrique, sincère, très bien intentionné, sans éluder les points délicats de certains pays latino-américains et en soulignant au passage les points qui unissent Français et Latino-Américains à travers l’histoire, les relations politiques et économiques, et en particulier le domaine culturel où la littérature joue un rôle essentiel. Au sein des Nouveaux Espaces Latinos, nous sommes bien placés pour le savoir, puisque la littérature occupe une place centrale dans nos festivals annuels.

Nous regrettons de pas pouvoir reproduire ce discours ici. En revanche, grâce au site de la semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes en France, nous vous invitons à visionner la vidéo du discours de Mme Caroline Dumas, ambassadrice de France et secrétaire générale de la manifestation annuelle, et surtout à découvrir la riche programmation qu’en peu de temps elle et son équipe ont réussi à composer pour donner une belle continuité à cette initiative si nécessaire. Dès l’an prochain, nous programmerons notre festival Primavera Latina parallèlement à la sixième édition de la « Semaine », en espérant que le président de la République fasse un nouveau discours afin de souligner les liens entre Latino-Américains et Français.

Januario ESPINOSA

Regarder l’allocution de Mme Caroline Dumas

L’Église chilienne s’enlise : nouveaux scandales sexuels et démission en bloc de 34 évêques

Ces derniers jours, l’Église chilienne a été secouée par de nouveaux scandales. L’archevêché de Rancagua a suspendu 14 prêtres à la suite des déclarations de la paroissienne Elisa Fernández à l’encontre de Luis Rubio qu’elle accuse d’avoir participé, accompagné d’un groupe de religieux surnommé «la familia», à divers abus sexuels. Ce nouveau scandale arrive seulement quelques jours après l’annonce de la démission de 34 évêques par Luis Fernando Ramos Pérez et Juan Ignacio González Errázuriz, pour une affaire de pédophilie. Pour couronner le tout, le président de la commission pour la prévention d’abus au sein de l’Église chilienne, Alejandro Goic, s’est joint aux 33 autres évêques ayant remis leur démission. Il est accusé d’avoir réagi négligemment aux diverses déclarations d’Elisa Fernández.

Photo : Réunion des évêques à Rome/Reporte Indigo

Le pape François avait déjà annoncé des «changements» après avoir reçu un rapport sur le scandale sexuel au Chili. Il avait engagé Mgr Scicluna, évêque de Malte reconnu pour son investissement dans la lutte contre la pédophilie, pour mener l’enquête. Le premier jour, le pape François a donné à chaque participant un texte rédigé à partir de ce rapport. Le pape y traite diverses questions : on y parle notamment de la «psychologie d’élite». C’est-à-dire la façon dont la hiérarchie ecclésiastique prend la place de l’ensemble des croyants. Ce groupe se croit le seul à posséder le commandement de la prise des décisions qui restent éloignées des besoins de la population.

Concernant les témoignages des victimes, le pape remet aussi en question le rôle de l’Église. François Iᵉʳ critique la façon dont l’Église a réagi. Très souvent, les coupables ont été soutenus et leur délits cachés. Le pape se demande par ailleurs comment on peut réassigner des personnes soupçonnées d’avoir commis des abus aux emplacements où le rapport avec les enfants est fort.

Le vendredi 18 mai, les évêques ont remis leur démission au pape. Dans une lettre, ils présentent leurs excuses aux victimes et au pape, au peuple de Dieux et à leur pays. Ils s’engagent à réparer les dommages causés ainsi qu’à admettre leur culpabilité et les erreurs commises.

L’article de Patricio Fernández, directeur de la revue The Clinic, dans le New York Times, soulève des points intéressants. L’auteur fait référence à ce problème qu’il situe à l’époque de Jean Paul II, lors de la dictature de Pinochet. À cette époque, le pape avait rendu un service à la dictature en remplaçant des religieux à cause de leur idéologie, voire leur rapport avec la théologie de la libération ou leur engagement vis-à-vis des droits de l’homme. En effet, leurs places ont été occupées par de nouveaux religieux plus proche de Pinochet dont Fernando Karadima surnommé «El Santito» (le petit Saint). Fernando Karadima, interdit à vie de ses fonctions religieuses, était titulaire de la paroisse El Bosque et l’un des prêtres préférés de la bourgeoise pinochetiste du quartier de Providencia. Quatre évêques parmi ceux ayant posé leurs démissions se sont formés spirituellement à ses côtés : Andrés Arteaga, évêque auxiliaire de Santiago, Horacio Valenzuela, évêques de Talca, Tomislav Koljetić, évêque de Linares, et enfin Juan Barros, l’évêque d’Osorno. Il semble qu’un triste cycle, inauguré sous Jean Paul II, se referme avec ces démissions.

En 2010, James Hamilton, José Andrés Murillo et Juan Carlos Cruz, tous des victimes de Karadima, ont dénoncé les abus subis au cours des années 1980 et 1990. Karadima fut déclaré coupable en 2011. Juan Barros a été accusé depuis lors de couvrir Karadima. En 1984, Angel Borrás était le secrétaire du cardinal Francisco Fresno. C’est alors que les premières accusations contre Karadima ont été formulées. Pourtant, ces dénonciations n’étaient pas prises en compte, voire ignorées, selon la déclaration de la victime Juan Carlos Cruz. Lors du dernier voyage du pape au Chili, Barros l’a accompagné et est apparu à des moments importants de la visite comme dans le parc O’Higgins. Lors de ces rassemblements, Angel Borrás s’est présenté aux côtés du pape François, geste qui a mis en colère les victimes. Par ailleurs, le pape François a déclaré lors de son retour qu’il ne croyait pas aux déclarations des victimes. Pour lui, il n’y a aucune preuve contre Barros.

Quelques jours après son retour, le pape a commandé une mission au spécialiste des crimes sexuels au Vatican, Mgr Scicluna. Les raisons pour lesquelles le pape a si vite changé d’avis restent inconnues. Il semble que la pression est devenue trop forte. Quelques jours après son retour du Chili, l’existence et le contenu d’une lettre d’une des victimes, Juan Carlos Cruz, adressée au pape et datée de 2015, ont été dévoilés. Dans cette lettre, la victime dénonce le comportement de Barros qu’elle accuse d’avoir été présent lors des abus. Finalement, Francois Iᵉʳ a décidé d’ouvrir une enquête qui a provoqué la démission des 34 évêques. Le pape a récemment avoué avoir sous-estimé l’ampleur du problème et s’en excuse.

Mario PÉREZ MORALES

Élections 2018 : l’opportunité de tirer un trait sur l’histoire écrite par le sang et les armes

Entre la mer des Caraïbes et l’océan Pacifique se trouve un territoire tropical dont l’histoire singulière se traduit par le sang depuis son indépendance en 1810. La Colombie fait partie de ces pays souillés par les grandes puissances mondiales, où l’oligarchie a toujours gouverné et où le bipartisme a laissé des centaines de mères sans enfants. En Colombie, les oiseaux n’ont pas toujours chanté et volé comme des êtres libres. «Los Pájaros» ont été le bras armé du parti conservateur dans les années 1950, et ont assassiné et arraché de leur terre des familles entières en raison de leurs orientations politiques.

Photo : Gustavo Petro – Iván Duque/El artículo

Dans la souffrance et la misère de son peuple, dans la rage et l’indignation de nombreux citoyens, le pays de «Gabo» a vu naître à plusieurs reprises des groupes rebelles clamant une justice sociale, une participation politique, une terre pour tous et le respect de la vie… L’actuel conflit interne colombien voit ses origines en 1947, alors que le socialiste et candidat à la présidence Jorge Eliécer Gaitán se fait assassiner. Dès lors, le pays n’a cessé de traverser de nombreuses épreuves. D’abord le temps de la «violencia» entre 1948 et 1958, puis la période des guérillas pendant laquelle des groupes armés tels que le M-19, les FARC ou encore l’ELN envisagent la possibilité d’une révolution, à l’image de celle qui a secoué Cuba en 1959. Puis c’est l’entrée en matière d’un nouveau conflit : celui du secteur paramilitaire et du narcotrafic.

Mais au milieu de ces tumultes, la Colombie a également connu de douces accalmies qui se sont concrétisées par les signatures de différents traités. On pense par exemple au traité de paix signé avec les FARC en 2016. Cependant, certains accords reviennent aujourd’hui dans le débat public, notamment ceux passés avec le M-19 en 1991 qui ont laissé place à la Constitution colombienne encore en vigueur aujourd’hui. Pourquoi invoquer l’Histoire en introduction de cet article ? Pourquoi le traité de paix avec le M-19 est-il remis en cause ? Parce que depuis ce dimanche 26 mai 2018, pour la première fois depuis des décennies, la Colombie peut dire qu’elle a connu des élections présidentielles légitimes, «dignes» d’un système représentatif, avec une participation de plus de 53% de la population. Dans quelques semaines, les citoyens colombiens participeront au deuxième tour de ces élections et devront choisir entre un candidat issu des oligarchies colombiennes et un candidat issu du M-19.

En effet, le Centre démocratique, parti de l’ancien président Álvaro Uribe Vélez aujourd’hui sénateur de la République, représenté par Iván Duque, vient de remporter le premier tour avec 39,14% des voix, soit 7 569 693 votes, suivi par Gustavo Petro qui a obtenu 25,08% des voix, soit 4 851 254 votes. Enfin, Sergio Fajardo a obtenu 23,73% des voix, soit 4 589 696 votes. Les deux candidats représentants la politique colombienne traditionnelle, Germán Vargas Lleras et Humberto de la Calle, n’obtiennent respectivement que 7,28% et 2,06% des voix. Le traité de paix signé en 2016 avec les FARC a ainsi donné son premier fruit, en offrant aux citoyens colombiens la possibilité de voter en masse. La photographie de Rodrigo Londoño, ancien chef des FARC, se rendant aux urnes, restera elle-même dans l’Histoire.

D’autre part, c’est la première fois que deux candidats indépendants de la politique traditionnelle colombienne obtiennent un si grand nombre de voix. Même si en 2010 Antanas Mockus, premier candidat indépendant à arriver au deuxième tour des élections présidentielles, avait rassemblé de nombreux votants, la Colombie entrevoit pour la première fois la possibilité qu’un candidat de gauche, ancien membre du M-19, accède au pouvoir. Ce sont 261 558 voix qui séparent Gustavo Petro de Sergio Fajardo et l’alliance des deux candidats permettrait de réunir 9 440 950 voix soit autant de votes qui ne seraient pas accordés au parti de l’ancien président Álvaro Uribe qui, depuis la fin de son mandat en 2010, essaye de récupérer le pouvoir par tous les moyens. L’accès à la présidence est donc entre les mains des partisans de Sergio Fajardo. Le candidat qui y accédera a jusqu’au 17 juin prochain pour convaincre le plus grand nombre d’électeurs.

Jusqu’à ce jour, le candidat de la Coalición Colombia n’a pas appelé à voter pour tel ou tel candidat. Cependant, toute sa campagne reposait sur l’éducation, la lutte contre la corruption et la victoire face à Uribe. Par ailleurs, il a déjà reçu le soutien de plusieurs autres représentants politiques : Claudia López, Antanas Mockus et Jorge Robledo. Ce dernier appartient au Polo Democrático, parti de gauche dont Petro a été auparavant membre pendant plusieurs années.

Un éventail de progrès semble donc éclairer ces dernières élections et, pour la première fois dans l’histoire de la Colombie, les alternatives politiques reçoivent le soutien d’un si grand nombre de votants. Mais n’oublions pas qu’il s’agit également d’une période sensible pour le pays, où les traités de paix et la Constitution de 1991 sont mis en péril par les propositions du candidat du Centre démocratique. De plus, la société colombienne vit aujourd’hui encore dans la peur des «idées de gauche» et de tout candidat présenté par les médias comme porteur standard de la gauche. De plus, le fantasme véhiculé par l’idéal socialiste vénézuélien joue un rôle important dans les prises de décisions des électeurs colombiens. Le 17 juin prochain, la Colombie aura donc le choix entre la continuité d’une politique vieille de plus de seize ans ou la possibilité d’un changement qui, pour la première fois de l’Histoire, fera basculer l’exécutif à gauche.

Jonathan Z. CORONEL

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