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juin 2018

Iván Duque prend les rênes d’un pays axé sur l’accord de paix avec la guérilla

Dimanche dernier, la Colombie a vécu sa première élection présidentielle depuis la signature de la paix en 2016 qui a permis de mettre fin à un demi-siècle d’affrontements avec l’ancienne guérilla marxiste Farc. Iván Duque a été élu nouveau président de la République colombienne pour cinq ans.

Photo : La Semana

Le président élu, candidat du Centre démocratique, avait précisé pendant la campagne qu’il ne voulait pas réduire en miettes l’accord avec les Farc, mais qu’il était nécessaire de lui apporter certaines modifications. Car pour Iván Duque, poulain de l’ancien président Álvaro Uribe, si l’accord de paix a partiellement atteint son but, des corrections sont prêtes à être apportées à cet accord, dont l’un des axes était de permettre aux ex-guérilleros de déposer leurs armes et de se reconvertir dans la vie politique. Ainsi l’ex-FARC (acronyme des Forces armées révolutionnaires de Colombie) est devenu, en août dernier, le nom du nouveau parti FARC (Force alternative révolutionnaire du commun). 

En ce qui concerne les corrections à apporter à l’accord de paix signé par son prédécesseur Juan Manuel Santos –un accord qui lui a valu le prix Nobel de la paix–, le détail des modifications prévues n’est pas connu. Cependant, pendant sa campagne, Iván Duque s’en était pris à certains ex-chefs de la guérilla dont il avait dit vouloir envoyer en prison ceux coupables de crimes graves. Le nouveau président de la droite dure avait aussi promis de leur interdire de siéger au Parlement.

Après l’annonce des «corrections» à apporter à l’accord, le FARC n’est pas resté muet et a appelé le président nouvellement élu de faire preuve de bon sens. «Ce que demande le pays, c’est une paix intégrale qui nous mène vers la réconciliation», a affirmé la formation avant d’ajouter que «contourner cet objectif ne peut être un programme de gouvernement». Mais pour Iván Duque, ces corrections auront pour but de placer les nombreuses victimes au centre du processus pour leur garantir vérité, justice et réparations.

En effet, la guerre sans merci déclarée à la guérilla par l’ancien président Álvaro Uribe n’a pas épargné les civils : arrestations, contrôle du transport des aliments, restriction des ventes de médicaments étaient devenus monnaie courante en 2005. Pour ne donner qu’un exemple des exactions commises, rappelons que les groupes paramilitaires d’extrême droite débarquèrent, en 1998, dans la région de San Onofre, un gros bourg du nord de la Colombie, sous prétexte d’en finir avec la guérilla d’extrême gauche. Par la suite, on a retrouvé des fosses communes qui témoignent de l’horreur : en un mois, plus de quarante corps ont été exhumés, le crâne parfois défoncé ou les membres arrachés. «Et nous craignons de trouver d’autres corps», avait indiqué à l’époque le procureur de la République, Luis Carlos Osorio. Cela sur un fond de trafic de drogue, selon le témoignage d’Álvaro, un professeur de la région : «les paramilitaires ont massacré des dizaines de civils, paysans et villageois. Et sous prétexte de financer leur guerre, ces hommes sont devenus des narcotrafiquants.» Ainsi, depuis un demi-siècle de lutte contre la guérilla, on estime au moins qu’il y a eu 8 millions de victimes entre les morts, les disparus et les déplacés.

Après le scrutin, le FARC, qui ne ferme pas la porte à des discussions avec le nouveau pouvoir, a demandé à rencontrer Iván Duque. Si à première vue la pacification du pays est en cours, le conflit armé est toutefois loin d’être terminé, comme le rappelle le chercheur Yann Basset, de l’université El Rosario de Bogotá : «Aujourd’hui, le conflit n’a pas vraiment disparu en Colombie, mail il a été relégué un petit peu aux marges, aux zones les plus éloignées du centre du pays, sur la côte Pacifique notamment, ou dans le sud du pays, ou à la frontière vénézuelienne. Il a même pu prendre des proportions un peu plus importantes, puisque les problématiques qui affectaient des zones importantes du pays comme le trafic de drogue s’est déplacé vers ces zones-là et des groupes armés subsistent ou se réorganisent. Donc il y a toujours des opérations militaires et c’est une des principales préoccupations pour l’avenir.»

On peut conclure donc que l’insécurité est toujours palpable, notamment en zone rurale. «C’est encore pire qu’avant, rappelle Christoph Harnischn, parce que les point de repère ont complètement changé.» Le directeur du Comité international de la Croix-Rouge en Colombie demande de la part du nouveau gouvernement une «politique de sécurisation beaucoup plus décidée… L’État, seul, peut jouer ce rôle. Et c’est malheureusement quelque chose qui se fait très lentement

Eduardo UGOLINI

Juriste de profession, Iván Duque, membre du Centre démocratique et proche du président Álvaro Uribe, a été sénateur de 2014 à 2018. Le 11 mars 2018, il remporte la primaire de droite (Grande consultation pour la Colombie) en vue de l’élection présidentielle, obtenant 67,8% face à Marta Lucía Ramírez et Alejandro Ordonez. Pendant la campagne présidentielle, il reçoit l’appui explicite des milieux d’affaires colombiens. Il est également soutenu par les anciens présidents Álvaro Uribe, Andrés Pastrana et César Gaviria. Après être arrivé en tête du premier tour, il est élu au second, le 17 juin, avec 54% des voix contre 41,8% pour le candidat de gauche, Gustavo Petro.

Argentine : un vote national, une victoire pour toute l’Amérique latine

Le 14 juin 2018 est devenu un jour historique pour le pays du Pape. Le vote du parlement argentin favorable à la dépénalisation de l’avortement replace le pays en position de leadership des droits civiques en Amérique latine. Malgré un vote disputé, les députés argentins ont finalement accepté le projet de loi pour la dépénalisation de l’avortement, avec 129 voix pour le «oui» contre 125 pour le «non». Le projet de loi doit encore être approuvé par le Sénat à une date qui n’a pas encore été définie.  

Photo : Le Petit Hergé

Pendant les vingt-trois heures de vote au Parlement, l’Argentine s’est divisée en deux. D’un côté, les citoyens en faveur de la dépénalisation, caractérisés par la couleur verte et soutenus par la Campaña Nacional por el Derecho al Aborto Legal, Seguro y Gratuito en Argentina (Campagne nationale pour le droit à l’avortement légal, sûr et gratuit en Argentine). Réuni devant le Congrès, le groupe avait déployé une banderole prônant une «Éducation sexuelle pour décider, des contraceptifs pour ne pas avorter, un avortement légal pour ne pas mourir».

De l’autre côté d’une barrière métallique étaient rassemblés les citoyens autoproclamés «en faveur de la vie», avec pour slogan «Sauvons les deux vies», menés par l’Église catholique et représentés par la couleur bleu céleste du drapeau du pays. En Argentine, le catholicisme est pratiqué par 92% de la population et l’importance de cette religion pourrait influencer considérablement la future décision des sénateurs sur la loi.

Les lois concernant l’avortement en Amérique latine et dans les Caraïbes font partie des plus restrictives au monde. Au Salvador, au Nicaragua, au Honduras et en Haïti, l’interdiction d’avorter est absolue et passible d’une peine de prison qui peut dépasser les trente ans. Actuellement en Amérique latine, le nombre d’avortements illégaux est estimé à plus de deux millions chaque année. Seuls trois pays l’autorisent sans besoin de justificatifs : Cuba depuis 1965, et l’Uruguay et la Guyane depuis 2012.

Le président argentin Mauricio Macri a joué un rôle essentiel dans l’organisation du débat sur ce thème. S’il s’est déclaré, dans un premier temps, contre la dépénalisation de l’avortement, il a finalement mis en place un débat politique respectant les valeurs de la démocratie. Depuis son élection fin 2015, l’Argentine est entrée dans une grave crise économique l’obligeant le mois dernier à demander l’aide du FMI. Face à cette forte tension économique, la volonté du président de maintenir le dialogue et de mettre en place un vote sur la question de l’avortement, et ce malgré ses propres déclarations, peut être interprétée comme une manœuvre politique visant à redorer son image progressiste et à faire oublier, le temps du débat, la situation économique difficile dans laquelle le pays est plongé. 

Stratégie politique ou non, l’acceptation de la loi par le Parlement représente déjà une victoire célébrée dans toute l’Amérique latine. Il ne reste plus qu’à attendre l’approbation du Sénat et espérer que, dans un futur proche, d’autres pays de la région suivent l’exemple argentin.

Beatriz RAVAGNANI

MúsicaOcupa, le festival qui s’approprie les lieux insolites de la capitale équatorienne

Du 5 au 16 juin derniers, la ville de Quito en Équateur a accueilli MúsicaOcupa, un festival de musique classique qui se déroule dans des endroits insolites. Pendant près de deux semaines, les 3000 spectateurs présents ont pu profiter de 11 concerts et de 10 présentations spontanées dans les 18 lieux investis à cette occasion. Pour cette 2édition du festival, ce sont 21 musiciens nationaux et 11 invités internationaux qui ont répondu présent. 

Photo : MúsicaOcupa

Le festival MúsicaOcupa est une organisation à but non lucratif dont l’objectif est de promouvoir et d’assurer la prolifération de la musique classique en Équateur. En choisissant de se produire dans des lieux insolites, elle vise à rendre accessible la musique aux personnes issues de communautés qui ne disposent pas forcément de ressources pour participer aux concerts formels. Ainsi elle croit en l’importance de la musique dans le développement social et culturel de son pays et c’est pour cette raison qu’elle a fait le choix de créer des espaces pour que les personnes cultivent leur passion pour cet art ou apprennent à l’apprécier. 

Selon les organisateurs du festival, «l’Équateur a besoin d’une plus forte diffusion culturelle qui puisse toucher un public plus large. Nous sommes engagés dans le but d’utiliser ce projet comme un outil pour décentraliser et démocratiser l’accès à la musique classique. Celle-ci ne doit pas seulement être jouée dans les grands théâtres mais doit être disponible pour ceux qui veulent la découvrir et en profiter».

Cette année, pendant deux semaines, de nombreux espaces insolites de la ville de Quito comme le cimetière de San Diego, le centre de réhabilitation de Latacunga ou le marché des Arenas, ont été la scène de concerts et de présentations lors desquels les spectateurs ont pu profiter d’un répertoire varié composé de pièces musicales du baroque classique ainsi que d’œuvres équatoriennes contemporaines.

Pour cette deuxième édition du festival, ce sont les talents locaux qui ont prédominé sur scène. Plusieurs groupes équatoriens comme InConcerto, Vientos mitad del mundo, Mozart k911 string quartet, Quito brass quintet et Royal brass ont animé la quinzaine. La programmation ne s’arrête pas là puisque des musiciens venus tout droit d’Uruguay, du Brésil, du Chili, d’Australie ou encore d’Espagne étaient également invités. 

De l’Opéra Européen aux rues d’Amérique Latine

Depuis que l’Équateur considère la musique classique comme un facteur culturel favorable au développement social du pays, de nombreuses autres initiatives commencent à fleurir partout en Amérique latine. À São Paulo au Brésil, le festival Ilumina a pour philosophie de faire de la musique classique une révolution musicale. De l’autre côté du continent, le Festival international de musique de Carthagène des Indes en Colombie fait dialoguer de manière harmonieuse la musique classique et les influences européennes et latino-américaines. On pense également au festival de musique classique et latino-américaine La Rioja.

Mais il faut savoir que la prolifération de la musique classique en Amérique latine ne s’arrête pas là. Pour les férus de ce genre musical, il existe un site web nommé Bachtrack, en lien avec l’organisation culturelle colombienne «Gestar Cultura», sur lequel on peut revoir des spectacles latino-américains et dont l’objectif est de tenir informés les utilisateurs des concerts, festivals et autres manifestations de ce type en Amérique latine.

Margarita CARRASQUILLA

Plus d’informations sur le festival MúsicaOcupa
Pour accéder au site de Bachtrack 

À vos agendas ! Le Brésilien Caetano Veloso en concert à Lyon et à Paris

Chaque semaine, nous réservons un espace dédié aux événements et aux invitations. Il vous suffit de nous envoyer un courrier électronique avec des informations susceptibles d’intéresser nos internautes en indiquant simplement le titre de votre manifestation, le lieu, la date et l’heure, un visuel et un contact. Le temps fort de cette semaine se déroulera successivement à Lyon et à Paris. Les 5 et 7 juillet prochains, le chanteur brésilien Caetano Veloso se produira d’abord à Lyon, dans le cadre des Nuits de Fourvière, puis au Grand Rex à Paris. Pour le reste des semaines du 23 juin au 6 juillet, voici notre sélection.

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VENDREDI 29 JUIN – 21H — PARIS — CONCERT

Hommage à Mercedes Sosa à la MAL par les musiciens Martín Oliva et Lucas Velich

Martín Oliva vient de Córdoba (Argentine), accompagné pour la première fois à Paris de son complice le guitariste Lucas Velich avec lequel il parcourt les scènes les plus prestigieuses de la musique populaire argentine et latino-américaine. Un voyage musical à travers les régions, les paysages et les réalités sociales du continent latino-américain… avec le chanteur argentin qui fut l’ami et partenaire de Mercedes Sosa. Artistes invités : Pelu Merco (voix), Fermín Juarez (percussion) et Emilio Ortecho (basse électrique). Plus d’infos

SAMEDI 30 JUIN — AIX-EN-PROVENCE — BRÉSIL

La Roda propose une semaine autour des expressions brésiliennes au Château de l’Horloge 

Le samedi 30 juin 2018, au Château de l’Horloge, la Roda et ses adhérents vous invitent à venir découvrir ou redécouvrir la musique populaire brésilienne. Nous vous donnons rendez-vous à partir de 16h avec, au programme : projection du film Na Rodas do Choro (Dans les Rondes du Choro) de Milena Sà ; un documentaire qui traverse l’univers du choro, en mettant l’accent sur les processus de transmission de cette musique typiquement brésilienne. Concert-Roda, un atelier de choro, un «brin de causette», Roda des enfants dans le parc, restauration Roda de samba. Infos et réservations

DÉBUT JUILLET — GRANDS CONCERTS D’ÉTÉ

Caetano Velozo aux Nuits de Fourvière à Lyon et au Grand Rex à Paris Réservations ouvertes

En France, c’est en 2002 que Caetano Veloso crève l’écran, grâce à sa délicieuse reprise de Cucurrucucú Paloma dans Parle avec elle de Pedro Almodóvar. Le grand public découvre alors ce chanteur étourdissant de génie, à la fois héritier des classiques (Tom Jobim, João Gilberto) et inventeur de formes – il fut le principal artisan du tropicalisme, qui rénova en profondeur les musiques brésiliennes. À 75 ans, Caetano nous embarque dans une nouvelle aventure en compagnie de ses trois fils, Moreno, Zeca et Tom. Tout Veloso est là, résumé dans ce qui promet d’être un sommet de musicalité. Infos Nuits de Fourvière et Grand Rex

MERCREDI 3 JUILLET — 19H — PARIS — LITTÉRATURE

«Aucune pierre ne brise la nuit» par Frédéric Couderc aux éditions Héloïse d’Ormesson

En 1998, Gabriel et Ariane se croisent dans un musée du Havre, face à l’œuvre d’un figuratif argentin. Ils l’ignorent encore, mais l’Argentine et l’amour viennent de se poser là, entre eux, faisant resurgir les fantômes du passé. Assis sur un axe Paris-Buenos Aires, la tragédie des «vols de la mort», les complicités innombrables de la France et d’anciens de l’OAS, Frédéric Couderc livre un roman bouleversant, dans lequel une folle histoire d’amour cherche la vérité. Présentation animée par le Collectif argentin pour la mémoire, à la Maison de l’Amérique latine de Paris. Plus d’infos

JUSQU’AU 7 JUILLET — LILLE ET SES ENVIRONS — PHOTOGRAPHIE

Suites des manifestations «Ola Cuba !» – Exposition des photographies d’Alejandro González

Dans le cadre de son partenariat officiel avec Auchan Retail, lille3000 a imaginé une exposition itinérante afin de connecter un nouveau public à la photographie d’art dans les hypermarchés et galeries marchandes Auchan de la métropole lilloise, ainsi que le centre commercial V2. L’exposition se présentera sous forme de cubes sur lesquels seront affichées des clichés du photographe cubain Alejandro GonzálezPlus d’infos

LES 6, 7 et 8 JUILLET — LYON — RÉFLEXIONS ET ÉCHANGES 

Trois jours de dialogues en humanité au parc de la Tête d’or à Lyon

Le mouvement des Dialogues en humanité a germé à Johannesburg en 2002. Il s’agit d’un forum mondial sur la question humaine, dont l’objectif est de sortir de l’impuissance et de l’indifférence. Que ce soit à Lyon ou sur tous les continents, le mouvement permet chaque année, sur une durée d’un à trois jours, de réunir dans la bienveillance et la convivialité des citoyens du monde entier de tous âges et de tous horizons pour tisser des liens et agir ensemble. Dans la riche programmation de cette année, nous prêtons attention à la pièce Papa est dans l’Atlantide du dramaturge mexicain Javier Malpica par Les Curieux Polyglottes. Plus d’infos

DU 25 AU 29 JUIN — EN DIRECT DU PARLEMENT EUROPÉEN

Cinq députés européens se rendent en Colombie et au Brésil pour étudier les conditions des Vénézuéliens

Le Venezuela a sombré dans une crise politique, économique et humanitaire sans précédent. La semaine prochaine, cinq députés européens se rendront en Colombie et au Brésil pour étudier sur le terrain la situation humanitaire aux frontières avec le Venezuela. La délégation visitera des postes frontières et rencontrera des représentants des autorités locales, régionales et nationales, ainsi que des organisations internationales et des ONG en charge de gérer l’afflux de citoyens vénézuéliens fuyant vers les pays frontaliers. Plus d’infos

EN LIBRAIRIE 

Un numéro spécial été de la revue littéraire «Europe» consacré à l’écrivain chilien Roberto Bolaño

Depuis 1923, Europe est une revue littéraire d’audience internationale. Sa dernière édition (n° 1070-71-72) est consacrée à l’écrivain chilien Roberto Bolaño (1953-2003), figure majeure de la littérature contemporaine, dont l’œuvre est traduite dans le monde entier et dont le rayonnement ne cesse de s’accroître. Pour sa part, Philippe Lançon, dans le journal Libération de ce samedi 23 juin, propose une chronique sur Bolaño, chevalier troubadour raconté par ses compagnons de route. Plus d’infos

ÉCHOS DE PRESSE 

José Luis Fuentes, un architecte chilien en charge de la Tour Eiffel

Plan vigipirate oblige, depuis les attentats de novembre 2015, la Tour Eiffel est entouré d’un important périmètre de sécurité permettant de filtrer ses visiteurs. Une nécessité sécuritaire peu esthétique, qui avait malheureusement tendance à entacher la majesté de ce monument visité par sept millions de touristes par an. Le Chilien José Luis Fuentes a alors imaginé une structure de verre de 3 mètres de hauteur et de 6,5 cm d’épaisseur, capable de résister à tout impact, y compris celui des balles, conformément aux règles requises par la préfecture de police de la ville de Paris. Plus d’infos

EXPOSITION INTERACTIVE

(Re)découvrez l’œuvre et la vie de l’artiste mexicaine Frida Kahlo sur Google Arts & Culture

Google Arts & Culture consacre en ce moment une exposition interactive baptisée Face of Frida, entièrement consacrée à l’œuvre de Frida Kahlo. Articles thématiques, expositions en ligne, un regard intime sur sa vie à travers ses écrits et celui d’autres artistes, divers témoignages… : plongez dans la vie de Frida Kahlo (les moments heureux, douloureux et tragiques) à travers ses œuvres. Une façon originale de (re)découvrir l’œuvre de l’iconique peintre mexicaine. Voir l’exposition interactive

La compagnie aérienne Cubana supprime ses vols nationaux pour l’été

Après le crash du Boeing 737 survenu le 18 mai dernier dans les environs de l’aéroport de La Havane, la compagnie aérienne Cubana a annoncé la suppression de tous ses vols nationaux et ce jusqu’à la fin de l’été. Des membres de la compagnie se sont confiés le 1er juin dernier au journal numérique indépendant 14ymedio qui propose de faire un point sur la situation.

Photo : Cubana de Aviación

Les vols nationaux de la compagnie aérienne Cubana, suspendus après l’accident qui a coûté la vie à 112 personnes à La Havane le 18 mai dernier, ne seront pas remis en place «avant le mois de septembre, au minimum» a déclaré ce vendredi au journal 14ymedio une employée de la compagnie aérienne nationale qui recevait les clients à l’agence située rue Infanta. «Nous n’avons pas encore fixé de date pour le rétablissement des vols nationaux», a-t-elle ajouté.

On entre dans une nouvelle phase en ce qui concerne l’annulation des vols, explique une salariée du terminal 1 de l’aéroport José Martí de La Havane. «Jusqu’à maintenant, on transférait les passagers en bus mais à partir d’aujourd’hui, les vols ont été totalement annulés et on ne s’occupera même plus de leur prise en charge» a-t-elle précisé. Les personnes ayant acheté un billet auprès de Cubana doivent passer dans les prochains jours au bureau de la compagnie aérienne pour «se faire rembourser».

«Nous ne faciliterons pas vos déplacements terrestres, mais nous vous rendrons votre argent» répond-elle aux inquiétudes des clients qui s’interrogent fortement sur le rétablissement possible du service pendant les mois de vacances scolaires durant lesquels on constate une augmentation du nombre de voyageurs entre les provinces.

Les passagers seront remboursés à 100%, mais ne pourront plus bénéficier d’un transfert en bus, auparavant assumé par la compagnie aérienne. Avant même que la compagnie n’annonce la suppression de ses vols pendant l’été, plusieurs clients de Cubana avaient déjà exprimé leur mécontentement du fait que le train ne fonctionne pas non plus en raison des dommages laissés par la tempête subtropicale Alberto dans la partie centrale de l’île.

L’accident du vieux Boeing 737, que Cubana louait à la compagnie mexicaine Global Air pour assurer la ligne La Havane-Holguín, a aggravé la crise de crédibilité qu’a vécu la compagnie aérienne nationale en raison des problèmes techniques de ses avions et de la mauvaise qualité de ses services. Selon les médias officiels, en 2016, plus de 50% des vols à destination d’Holguín ont été retardés, une situation qui s’est empirée au premier trimestre 2017.

En 2012, Cuba a acheté six avions Antonov-158 de fabrication russo-ukrainienne pour moderniser la flotte nationale, mais ces appareils ont souffert «de difficultés et des problèmes sont apparus au moment d’acheter des pièces de rechange», nous a expliqué en mars dernier l’un des directeurs de l’entreprise. «Les An-158 ont été achetés en Ukraine et l’accord concernant les pièces de rechange a été signé avec la Russie mais, peu de temps après, le conflit entre les deux pays a éclaté et voilà dans quoi nous nous sommes embarqués» ajoute la source.

D’après 14ymedio,
traduit de l’espagnol par Sarah LIXI

Le journal numérique 14ymedio à été fondé par la célèbre journaliste et blogueuse cubaine Yoani Sánchez en mai 2014. Considéré comme journal «d’opposition», 14ymedio est né dans l’idée de créer un équilibre face au monopole des médias «officiels» institués par le régime. À travers ses reportages sur la vie quotidienne de l’île, ses chroniques politiques et de nombreuses rubriques culturelles et sociales, 14ymedio revendique son «engagement pour la vérité, la liberté et la défense des droits humains sans postures idéologiques ou partisanes».

Enfants immigrés séparés de leurs parents aux États-Unis : entre cynisme et irresponsabilité

L’application de la loi anti-immigration souhaitée par l’administration Trump a profondément choqué les États-Unis. 2300 enfants ont été séparés de leurs parents et retenus dans des centres d’hébergement depuis le mois d’avril, suscitant une vague d’indignation aux États-Unis et dans le monde avant que Donald Trump ne signe un décret le 20 juin pour mettre fin à cette loi.

Photo : Slate

Depuis le mois d’avril, Donald Trump a défendu bec et ongles sa politique de «tolérance zéro» aux frontières. Pour lutter radicalement contre l’immigration illégale à la frontière avec le Mexique, M. Trump et son ministre de la Justice Jeff Sessions, partisan d’une ligne dure, ont remis au goût du jour une ancienne loi qui n’était jusqu’ici que peu appliquée. Cette loi a permis de poursuivre automatiquement au pénal les adultes sans papier qui passent la frontière, avec pour conséquence l’envoi des enfants dans des centres d’hébergement. 

«Si vous ne voulez pas que votre enfant soit séparé de vous, alors ne l’emmenez pas.» C’est ainsi que M. Sessions a compté cyniquement dissuader les familles qui fuient les violences de l’Amérique centrale. Plus de 2300 enfants ont été séparés de leurs familles ces deux derniers mois, suscitant l’indignation et une grande émotion dans tout le pays après la diffusion d’images montrant les jeunes migrants en pleurs derrière des grillages. La contestation a pris de l’ampleur au sein de l’opinion publique, auprès des élus du camp des Démocrates et même parmi les soutiens conservateurs de M. Trump. 

Face à la polémique, M. Trump a tenté de justifier son action en affirmant qu’il ne faisait que respecter la loi, promulguée par les Démocrates selon ses dires, ce qui est totalement faux. Plus affligeant encore, M. Sessions a cité des passages de la Bible pour se défendre : «Je pourrais vous renvoyer à l’apôtre Paul et à son commandement clair et sage […] qu’il faut obéir aux lois du gouvernement car Dieu les a décrétées afin d’assurer l’ordre.» À noter que ce passage de la Bible a souvent été utilisé au XIXe siècle pour légitimer l’esclavage face aux abolitionnistes.

Si M. Trump semble assez peu sensible au sort de ces familles, les pays latino-américains ont vivement condamné la politique étasunienne, qualifiée de «cruelle et inhumaine» par le Mexique. Le Honduras et le Salvador ont également demandé aux États-Unis de ne pas séparer les enfants de migrants de leur famille pour éviter les troubles psychologiques des plus jeunes. Le Mexique, l’Équateur, la Colombie et le Guatemala ont par ailleurs saisi la Commission interaméricaine des droits de l’homme pour demander à protéger les droits des familles, l’intégrité physique et la liberté personnelle. Les pays d’Amérique centrale sont en effet les premiers touchés par cette situation, puisque la plupart des migrants viennent de cette région.

Avec la pression internationale qui s’est accentuée et surtout sous la pression de l’opinion publique étasunienne, M. Trump a finalement dû reculer sur la question en signant un décret le 20 juin pour mettre fin à cette loi plus proche de «l’humanité zéro» que de la «tolérance zéro» comme l’a souligné un sénateur démocrate. Mais ce recul pourrait n’être qu’apparent. La stratégie de M. Trump semble consister une fois de plus à employer la manière forte et à déclarer des formules chocs efficaces pour parvenir à ses fins. Il pourrait ainsi forcer les Démocrates à faire des concessions au Congrès sur les projets de lois sur l’immigration actuellement en débat. Ces manœuvres politiques lui permettent de caresser l’espoir d’accomplir un de ses rêves : bâtir un grand mur à la frontière sud, et payé par le Mexique par dessus le marché.

Gabriel VALLEJO

Quand l’animation chilienne se voit récompensée de l’autre côté du globe

Du 11 au 16 juin 2018, le festival international du film d’animation d’Annecy a battu son plein. Pendant une semaine, ce sont plus de deux cents films sélectionnés qui ont été diffusés de part et d’autre de la ville. Lors de la cérémonie de clôture, le jury a dévoilé son palmarès. Dans la catégorie long métrage, c’est le cinéma chilien qui a obtenu la mention du jury pour La Casa Lobo, un film atypique réalisé par Cristóbal León et Joaquín Cociña. Revenons sur  cette création originale qui a fait trembler les membres du jury. 

Photo : La Casa Lobo

Une jeune femme nommée Maria trouve refuge dans une maison après avoir échappé à une secte de fanatiques religieux allemands au Chili. Comme dans un rêve, la maison réagit aux émotions de Maria et transforme son séjour en cauchemar.

Dans La Casa Lobo, on trouve bien un grand méchant loup et des petits cochons, et même une sorte de Boucles d’Or en guise d’héroïne, mais ce film d’animation chilien n’a pas grand chose à voir avec le conte traditionnel, ni la version que Walt Disney en a donnée en 1933…

Le film débute par une série d’images d’archives des années 1960 vantant les mérites d’un miel produit au sud du Chili, dans une enclave abritant une communauté agricole. Le narrateur, doté d’un fort accent teuton, s’adresse au spectateur en lui disant qu’il ne faut pas croire toutes les rumeurs qui circulent sur cette colonie. Il se propose ensuite de nous raconter la fameuse fable, revisitée par ses soins.

Il y est question de Maria, une jeune femme qui a commis une bêtise en laissant s’échapper trois petits cochons de leur enclos et qui, pour éviter d’être punie, a fui l’enclave agricole. Elle se réfugie dans la première maison venue, dans la forêt, mais les choses ne se passent pas tout à fait comme prévu. Les murs se transforment, changent d’apparence, tout comme Maria et les trois petits cochons qui prennent une forme humaine et à qui elle donne des noms, comme s’il s’agissait de ses propres enfants. Finalement, on comprend qu’elle est contrainte de retourner dans la colonie pour y recevoir son châtiment…

Évidemment, quand c’est le loup lui-même qui raconte sa version de l’histoire, on se doute que la morale de ce conte est à prendre avec des pincettes. Le loup, en l’occurrence, représente Paul Schäfer, un ancien caporal SS qui, après la Seconde guerre mondiale, a fui à la fois les procès des criminels nazis et les accusations de pédophilie et de viols sur mineurs, commis sous couverture d’une association caritative. L’homme s’est installé, comme beaucoup d’anciens dignitaires nazis, en Amérique du Sud, au Chili plus exactement, où il a créé la Colonia Dignidad. Là, il a formé une véritable secte dédiée à sa cause, où il a pu continuer à violer des enfants en toute impunité. Il a aussi ouvert les portes de sa colonie aux miliciens du dictateur Augusto Pinochet pour qu’ils puissent torturer discrètement les opposants au régime. Charmant monsieur…

Le film évoque tout cela non pas frontalement –ce qui serait sans doute insoutenable– mais sous couvert de la fable, avec la distance permise par l’animation, du dessin animé peint directement sur les murs de cette «Casa Lobo» à l’animation de figurines en papier mâché, image par image. Cela ressemble un peu à un cauchemar dans lequel tout semble flou, instable, effrayant. Les objets changent de place, le papier peint se déchire pour donner vie aux figurines. Il y a quelque chose d’un peu fou, de malsain, de pervers dans cet univers. Il est clair que, dans ce Chili des années 1960-1970, la Colonia Dignidad n’était pas le seul danger pour les jeunes femmes rebelles. Hors des murs, elles étaient confrontées à la misère, l’oppression, les violences des milices et de la police secrète de Pinochet. Et comme ceux-ci étaient évidemment de mèche avec Schäfer et ses sbires, les fuyardes avaient vite fait de retourner au bercail, où elles étaient sévèrement punies, sinon froidement exécutées.

On ne peut qu’être admiratifs du travail accompli par les deux jeunes réalisateurs du film, Cristóbal León et Joaquín Cociña, qui on travaillé plus de sept ans sur ce projet un peu «loco». Ils ont dû ruser pour obtenir des subventions, puis pour donner vie, image par image, à cette fable fascinante et terrifiante. Assez logiquement, leur film repart de Berlin avec une récompense. Le jury Caligari lui a accordé son prix, récompensant le meilleur film de la catégorie «Forum».

D’après Angle de vue

Le mot de Roland Dubertrand, nouvel ambassadeur de France au Chili

Afin de remplacer la ministre plénipotentiaire Caroline Dumas, en poste depuis 2016 et devenue récemment secrétaire générale de la Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes en France, Roland Dubertrand vient d’être nommé ambassadeur de France au Chili. En mission à l’administration centrale du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères depuis avril 2017, ce ministre plénipotentiaire de seconde classe prend ainsi son troisième poste d’ambassadeur de France, après avoir exercé ces fonctions en République dominicaine de 2008 à 2011, puis au Sultanat d’Oman entre 2014 et avril dernier. Nous reproduisons ici le communiqué qu’il a adressé aux Français et aux Chiliens lors de sa prise de fonctions.

Photo : Ambassade de France

«Chers internautes,

J’ai pris mes fonctions comme nouvel Ambassadeur de France au Chili le 8 mars dernier, et je suis heureux et honoré de servir dans ce beau pays que tant de liens unissent à la France. J’ai pu accompagner, dès mon arrivée, Madame Agnès Buzyn, notre Ministre des Solidarités et de la Santé, qui a représenté les autorités françaises, à la cérémonie de prise de fonction du Président Sebastián Piñera.

Notre Président de la République, M. Emmanuel Macron, veut développer une relation nouvelle avec l’Amérique latine. Dans un monde incertain et souvent déroutant, il est convaincu que l’Europe et l’Amérique latine ont à affirmer leurs valeurs communes autour de leur attachement à la paix, à la démocratie, au multilatéralisme et au développement. Nous souhaitons, dans ce contexte politique nouveau, renforcer encore notre dialogue politique avec le Chili, ainsi que nos relations militaires, économiques et de coopération.

J’ai été frappé, en arrivant à Santiago, par la profondeur et l’ancienneté de nos coopérations, notamment scientifiques et culturelles, comme par le dynamisme de nos échanges économiques qui ont atteint deux milliards d’euros en 2017. À nous, Français et Chiliens, de faire fructifier cet héritage et d’ouvrir de nouvelles voies. Je sais pouvoir compter pour cela en particulier sur la communauté française du Chili, talentueuse et impliquée.

Et je vous exhorte tous à suivre nos réseaux sociaux, en constante évolution et en constante progression, à l’image de notre relation bilatérale.»

Roland DUBERTRAND,
Ambassadeur de France au Chili
D’après l’Ambassade de France

Retrouvez la biographie de M. Roland DUBERTRAND

La galerie personnelle de l’Argentine María Gainza dans «Ma vie en peinture»

L’Argentine María Gainza est critique d’art et journaliste à Buenos Aires. Dans ce premier ouvrage, elle a voulu mêler sa vaste culture et des confidences plus personnelles, mettant en évidence son talent de conteuse. Le résultat, ce sont onze nouvelles, chacune à partir d’un tableau qui sert de base à une histoire, un morceau de la vie de l’auteure, le portrait d’un membre de sa famille ou d’un ami proche, qu’elle relie finement avec un véritable cours sur le tableau ou la vie du peintre. Une grande originalité faite de simplicité.

Photo : Gallimard/El Cultural

Le Greco, Hubert Robert (le «peintre des ruines»), le Douanier Rousseau, Toulouse-Lautrec et des artistes moins connus de ce côté de l’Atlantique sont au rendez-vous, sur un plan d’égalité, car il ne s’agit pas de donner des bons ou des mauvais points. Leurs œuvres sont la base des onze textes, à partir d’un tableau, dont María Gainza décrit les grandes lignes et des détails soigneusement choisis. Le tableau évoque un événement ou une personne dont elle fait le protagoniste principal de ce qui pourrait être une nouvelle.

L’art et l’intimité familiale se rejoignent quand elle évoque par exemple son oncle Marion, riche excentrique très doué pour apprécier les esthétiques nouvelles ‒nous sommes au début du XXe siècle. Encore très jeune, il a l’autorisation de faire aménager son salon privé par le peintre catalan Josep Maria Sert qui, sans jamais traverser l’Atlantique, crée les plans de surfaces délirantes couvertes d’ «arlequins, de bouddhas et de travestis». Près du peintre, sa femme, Misia, amie de Proust et de Bonnard, dont la vie fut, elle aussi, un roman que María Gainza se plaît à raconter.

Elle réussit de jolies correspondances inattendues et profondes, comme par exemple sa phobie de l’avion qui l’empêche d’aller voir à Saint-Pétersbourg ou à New York quelques chefs d’œuvre, qu’elle rapproche de la montgolfière que le Douanier Rousseau a vue, émerveillé, survoler les lignes allemandes pour se poser à Paris en 1870 et qui apparaît dans d’autres décors sur quelques tableaux.

Elle va jusqu’à nous offrir des dialogues avec l’au-delà et des visites dans un fantastique directement en prise avec notre monde : est-elle le modèle de onze ans, peint en 1929 par Augusto Schiavoni, un peintre argentin peu connu en Europe mais exposé dans les musées à Buenos Aires ? Elle est persuadée, elle qui est née en 1975, d’être cette fillette qui aurait rencontré, dans une autre vie, le portraitiste à la mode des décennies plus tôt qui finit lui-même par communiquer avec les morts et enfermé dans un asile.

Les remarques sur l’art, sobres et solides, apportent une lumière sur les peintures sans jamais être pesantes. La critique d’art fait entendre ses idées et ses opinions sans concessions, qu’elles portent sur l’art, sur les artistes, sur des amis, des frères ou sur elle-même, qui sont prenantes : même sans connaître les tableaux (dont les reproductions, pour la plupart, figurent dans le livre) et encore moins les personnes concernées, on est obligé de suivre María Gainza dans son univers, ou plutôt dans ses deux univers, la peinture qui est son métier et les gens dont elle a envie de nous parler. Ces deux univers sont dans l’ensemble plutôt sombres malgré les couleurs des tableaux cités. Les dernières lignes de Ma vie en peinture révéleront la cause de cette douce noirceur.

                                                                                   Christian ROINAT

Ma vie en peinture de María Gainza, traduit de l’espagnol (Argentine) par Gersende Camenen, Gallimard, 181 p., 18 €. María Gainza en espagnol : El nervio óptico, éd. Mansalva, Buenos Aires/éd. Anagrama, Barcelona.

Discours à Lyon de Jean-François Ploquin, directeur de Forum Réfugiés

Lors de la Journée mondiale du réfugié ce mercredi 20 juin 2018, le directeur de Forum Réfugiés, Jean François Ploquin, en présence du maire de Lyon, Georges Képénékian, a lu un mot lors du départ de la quinzième Marche des parapluies ; un discours qui nous interpelle et que nous avons souhaité reproduire ici.

Photo : Lyon Capitale Lyon

«Monsieur le Maire de Lyon, cher Georges Képénékian, Mme la vice-présidente de la métropole de Lyon, Mme la représentante de la délégation du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés en France et à Monaco, Mme Khatib, qui allait témoigner dans un moment de votre parcours de réfugiée, Mesdames et messieurs, demandeurs d’asile, réfugiés, collègues, partenaires, citoyennes et citoyens,

Pour la 15e fois, dans cette ville de Lyon qui la vit naître, nous allons entreprendre la «marche des parapluies» qui exprime de la manière la plus simple –c’est la force des symboles–, qu’il existe des femmes, des hommes, des enfants, qui doivent s’en remettre à un autre pays, un autre État que le leur, à d’autres sociétés que la leur, pour que leur existence, leur corps, leur esprit, leur destinée, ne soit pas brisée par la violence, l’avilissement, le deuil, la mort, pour que ces femmes, ces hommes, ces enfants, trouvent un lieu durablement sûr et protecteur –un refuge–, pour rester vivants, sinon indemnes du moins entiers, retrouver leurs forces et leur dignité, retrouver la capacité à agir, à bâtir, à faire société dans un pays et une culture différente.

Ce matin, un groupuscule lyonnais d’extrême-droite a déployé une banderole sur la façade de l’immeuble où se trouve la plateforme d’accueil des demandeurs d’asiles gérés par notre association, rue Garibaldi (tiens ! un grand Italien !). Sur la banderole s’étalait un immense cadenas. Si ce n’était pas leur donner davantage de poids qu’ils n’en ont, je dirais : voilà le combat où nous sommes aujourd’hui, qui sonne comme le titre d’une fable de La Fontaine : «Les réfugiés, le cadenas et le parapluie.»

Faut-il cadenasser un pays, le nôtre, dont l’histoire des derniers siècles –depuis la révocation de l’édit de Nantes, au moins,– est marquée par l’exil de centaines de milliers de Français contraints de fuir, ou partis chercher sur d’autres continents un avenir meilleur ? Une histoire marquée aussi par l’accueil de nombreux réfugiés, plus spécialement depuis un siècle (le génocide arménien, la révolution russe, la guerre d’Espagne, le fascisme, le nazisme, la guerre, la répression en Hongrie en 1956, le coup de Prague en 1968, les dictatures militaires en Amérique Latine, les boat people, l’invasion de l’Afghanistan en 1979, les guerres des Balkans… et jusqu’aux conflits actuels, en Syrie, en Centrafrique ou en Ukraine  ?

Faut-il cadenasser un pays qui a inscrit comme un droit sacré – laïquement sacré – le droit d’asile dans son préambule ?

Notre pays, la France, n’est pas aux premières loges des conflits, comme le sont le Liban, la Turquie, le Pakistan ou encore l’Ouganda, qui accueillent les réfugiés par millions. La France n’est pas aux premiers rangs de l’accueil en Europe, puisqu’elle occupe la 11e place, si l’on rapporte à sa population le nombre de demandeurs d’asile qui ont frappé sa porte l’an passé. 74.000 premières demandes en 2017, 91.000 en comptant les mineurs qui accompagnent leurs parents, c’est moins qu’en Allemagne ou en Italie en valeur absolue, et c’est beaucoup moins qu’en Grèce, à Malte, en Autriche ou en Suède, en valeur relative. Autrement dit, la France, en Europe, fait gentiment sa part. Alors, parce qu’elle fait gentiment sa part, fallait-il que la France accueille l’Aquarius, le bateau de sauvetage affrété par l’association SOS-Méditerranée, dans un de ses ports de la Corse ou du golfe du Lion ?

Une fois qu’on a rappelé, à juste titre, que la République italienne était mise au devoir de laisser accoster un bateau ayant à son bord des personnes certes secourues, mais toujours vulnérables, et que, ne l’ayant pas fait, elle a méconnu le droit international, que faut-il faire ? On peut interpréter le droit international, brandir les chiffres pour savoir qui accueille plus que qui et qui refoule à ses frontières plus que qui, faire valoir avec raison que la dimension du problème ce n’est pas un navire de 600 naufragés, mais des centaines de milliers de personnes jetées sur les routes périlleuses du désert, de la Libye et de la mer. Ou encore que c’est compliqué, que c’est un sujet européen –et en effet ça l’est !– que plus largement encore sont concernés de nombreux pays d’origine, de transit ou d’accueil, quand l’alternative c’est «est-ce qu’on laisse ces personnes errer des jours en mer» ou «est-ce qu’on les accueille sur la terre ferme, et après on verra», eh bien on aurait aimé, peut-être parce qu’on se fait «une certaine idée de la France», on aurait aimé que la France fît ce que l’Espagne a fait.

Quand un plaisancier imprudent est au péril de la mer, les sauveteurs vont le chercher ! Quand il y a 40 ans, le drame des boat people suscita l’envoi du bateau Île de Lumière en Asie du Sud-Est, Jean-Paul Sartre le justifia ainsi : «ce qui compte ici, c’est que ce sont des hommes. Des hommes en danger de mort.» À la suite de quoi, la France accueillit plus de 130.000 Cambodgiens, Laotiens et Vietnamiens, qui font partie de la France d’aujourd’hui.

Dans l’édition du 14 juin dernier du Progrès, un sondage indiquait que 71% des 17 000 votants comprenaient «qu’on refuse d’accueillir un bateau de migrants en détresse». C’est un peu ce qui se joue là, aujourd’hui, en ce moment : qu’est-ce qui aura le plus d’influence dans les mois et les années qui viennent sur les décisions politiques, la France du cadenas, ou bien la France du parapluie ? Un morceau de la réponse est dans nos mains. L’accueil des demandeurs d’asile et des réfugiés doit être clairement assumé, les yeux grand ouverts, à la hauteur des enjeux et des besoins, chacun dans ses compétences : État, services publics, collectivités territoriales, bailleurs sociaux, secteur associatif, mais aussi simples citoyens.

Et c’est bien ce que nous faisons à Lyon et sur le territoire métropolitain (merci à Georges Képénéhian et à l’équipe municipale, aux maires d’arrondissement qui accueillent nos équipements, à commencer par Nathalie Perrin-Gilbert dans cet arrondissement), merci au président de la Métropole David Kimelfeld, à vous aussi, Murielle Laurent, en charge de l’action sociale et éducative). Oui, c’est bien ce que nous faisons à Lyon et sur le territoire métropolitain, en accueillant chaque jour les personnes qui se confient à nous, en les accompagnant avec professionnalisme, en leur ouvrant simplement notre porte.

Ce que nous expérimentons chaque jour, c’est que la passion de vivre et la force d’agir des réfugiés apportent à notre société d’accueil plus de richesse, plus de solidarité, plus d’humanité. Je nous souhaite donc, au nom du président de Forum réfugiés-Cosi, Marc Noailly, des salariés, bénévoles et adhérents de l’association, avec les partenaires ici présents qui soutiennent cette marche, avec les élus, avec les demandeurs d’asile et les réfugiés, une marche des parapluies tranquille et joyeuse, sous la conduite en musique des Zurbamateurs, jusqu’à la Place Carnot où nous attendent, sous la statue de la République, la fanfare Marcel Frontale, des stands associatifs et de quoi se réconforter après l’effort.

Jean-François PLOQUIN

Plus d’informations sur Forum Réfugiés COSI

Lire aussi notre article sur l’essais Raconte-moi la fin de l’écrivaine mexicaine Valeria Luiselli édite aux édition L’Olivier  ICI

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