Archives quotidiennes :

4 avril 2018

Semaine 15 : Dixième festival du cinéma péruvien à Paris

Chaque semaine, nous réservons un espace dédié aux événements et invitations. Il suffit de nous envoyer un courrier électronique avec des informations susceptibles d’intéresser nos internautes en indiquant simplement le titre de votre manifestation, le lieu, la date et l’heure, un visuel et un contact. Voici la sélection de la semaine du lundi 9 au dimanche 15 avril.

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DU 9 AU 15 AVRIL – PARIS

Dixième édition du Festival de Cinéma Péruvien dans les salles du Lincoln à Paris

Le Festival a pour objectif de faire découvrir au public français ce cinéma encore méconnu, en présence de certains de ses réalisateurs les plus représentatifs. En effet, depuis plusieurs années, les films péruviens sont régulièrement distingués : en 2010, Octubre de Daniel et Diego Vega a reçu le prix du jury au festival de Cannes dans la catégorie « Un Certain Regard ». Le Festival suscite beaucoup d’espoirs et de réelles opportunités pour les réalisateurs péruviens, en leur offrant une vitrine parisienne pour leurs œuvres ainsi que des rencontres parfois fructueuses tant avec des producteurs que des réalisateurs. Plus d’infos

MERCREDI 11 AVRIL – LYON

«Histoires du Brésil» : la mythologie brésilienne racontée aux plus petits dans une pièce de théâtre 

Dans le cadre du Festival «Le bruit des p’tits cailloux», à la Croix Rousse à Lyon, les enfants auront le plaisir de découvrir cinq contes d’origines amérindienne, africaine et européenne adaptés par Odile Bertotto et Patrice Vandamme. Manipulés par les comédiens, des personnages de papier surgissent du livre-décor géant en pop-up. Ce théâtre de papier à l’univers graphique singulier a été dessiné et réalisé par Carmen Guerre. Un spectacle qui s’inspire des traditions brésiliennes, de la culture et de la littérature du Brésil. Plus d’infos 

MERCREDI 11 – 17 h 30 – GRENOBLE

 « Les droits humains en Amérique centrale » avec Hélène Roux, journaliste  spécialiste de l’Amérique centrale

Au Honduras, des milliers de personnes manifestent en décembre, pour dénoncer ce qu’il qualifient de « vol » : la réélection du président sortant, Juan Orlando Hernandez. Douze manifestant.e.s sont tué.e.s et des centaines blessé.e.s. Du Nicaragua au Guatemala en passant par El Salvador, les droits de l’homme semblent en danger. Organisée par Amnesty International-Campus et France Amérique Latine-Isère à Sciences-Po Grenoble, Campus de SM D’Hères (Amphi F). Tram Bibliothèques Universitaires. Plus d’Infos. 

JEUDI 12 AVRIL – 18 h – PARIS

Centre culturel du Mexique : une exposition «Jusqu’à la fin des temps» de Mercedes Gertz et Carmen Mariscal

L’Institut culturel du Mexique propose un dialogue entre deux femmes artistes mexicaines dont les photographies, les sculptures et les installations explorent la mémoire et les mythes, nous invitant à une réflexion autour du récit de soi et de la narrativité dans la construction de l’identité. On retrouvera aussi Mercedes Gertz pour une conférence, Psychologie du conte, et Carmen Mariscal dans un atelier jeune public, Conte et mémoire. Plus d’infos

EN LIBRAIRIE

«De désolation en tendresse» de Gabriela Mistral aux éditions Caractères

Les thèmes qui animent l’œuvre de la poétesse chilienne Gabriela Mistral sont variés et marqués par une grande humanité et aussi, souvent, une profonde tristesse. Aux sujets lyriques comme l’amour du pays natal (les paysages andins) et la nostalgie, la maternité et l’enfant (bien qu’elle n’ait jamais été mariée ni mère), ou encore l’amour et la mort, s’ajoute une préoccupation constante pour les humbles qu’accompagne sa foi catholique et «fransciscaine». La place faite à ses racines indiennes contribue encore à la force d’une œuvre marquante et personnelle. Plus d’infos

EN LIBRAIRIE 

«L’Argentine de Cabourg», l’écrivaine Brigite Piedfert s’intéresse à la situation des Argentins en France

Vilma Robles, une énigmatique vieille dame originaire de Buenos Aires, s’est installée depuis plusieurs années dans la somptueuse villa « L’Argentine » qui se dresse face au Grand Hôtel de Cabourg. Elle raconte avec passion et nostalgie les fastes d’une époque révolue à Eddy Gallego, un compatriote journaliste venu effectuer un reportage sur le polo et les Argentins résidant en France. Mais à l’écoute de ce récit, affleurent à la mémoire du jeune homme de douloureux souvenirs et de surprenantes découvertes familiales. Plus d’infos

EN LIBRAIRIE

Sortie du livre «Le masque et l’oubli – Chili, de la dictature à l’indifférence» de Christian Couture

Au prétexte de ménager, comme en Espagne, une transition démocratique après la dictature, fallait-il au Chili absoudre de ses crimes la junte de Pinochet ? Où s’arrête le compromis pour devenir compromission puis collaboration ? Du réalisme politique au cynisme opportuniste, il n’y a hélas qu’un pas. À travers le destin singulier de trois personnages emblématiques, c’est une page sombre de l’histoire du Chili que nous fait revivre de façon poignante ce spectacle, dont on ne ressort pas indemne. Plus d’infos

REVUE

Pablo Gignoli en couverture de «La Salida», le bimestriel du tango argentin  – n° 108 – avril-mai

Fondée en 1994 «Le Temps du Tango» est une association culturelle loi 1901, agréée Éducation Populaire. Sa mission : faire connaître le tango argentin sous toutes ses formes : danse, musique, littérature, arts plastiques. Plus de 6 000 amateurs de tango ont adhéré à l’’association depuis sa création (dont 1 000 adhérents à jour de cotisation), venant de toute la France et d’’une vingtaine de pays. Une équipe dynamique, professionnelle et volontaire de dix responsables bénévoles venus d’’horizons divers et d’’une quinzaine de bénévoles occasionnels participant aux activités de l’’association. Plus d’infos

«Piedras Blancas» et les tortionnaires, le nouveau roman de María Isabel Mordojovich

Par ce roman, la Chilienne María Isabel Mordojovich nous fait plonger, autour du coup d’État du 11 septembre 1973, dans l’horreur d’une école de torture destinée à former de jeunes officiers. Puis, dans une seconde partie située dans les années 2000, l’auteure aborde les réactions des proches des militaires, mère, femme, qui n’avaient rien vu, ni rien su. Elle est une des douze écrivains invités aux prochaines Belles Latinas en octobre 2018.

Photo : Ovadia / Luc Charrier

Les premières pages nous propulsent donc autour du 11 septembre 1973 : de jeunes recrues, officiers et sous-officiers, sont rassemblées autour du terrible major Davila. Ces jeunes gens portaient leur idéal de militaire chilien : servir la Patrie, se battre et mourir pour la Patrie ; on leur demande d’apprendre à torturer pour la Patrie !

L’auteure les regarde, analyse leurs réactions, essaie de saisir leur stupéfaction, leur hésitation, leurs angoisses : en prenant des exemples bien choisis, cruauté révélée dans l’action, remords ou perversité, elle fait ressortir nombre d’aspects de l’âme humaine plongés dans des circonstances exceptionnelles. Elle reconstitue leur passé, nous donne des clefs pour les comprendre, mais à aucun moment elle ne les juge, ni ne les excuse.

Elle dresse aussi un portrait glaçant de leurs chefs, un trio de pervers, sadiques dignes des pires nazis ; ils ne cessent de répéter à leurs exécutants qu’il faut avoir deux vies opposées, à l’extérieur et dans les salles de torture. Ils les gardent sous leur coupe et les entraînent vers les pires abjections. Elle montre également quatre victimes et leur passé, leur vie d’avant l’enfer : en n’éludant pas l’horreur, par exemple dans des scènes de torture décrites avec un réalisme sans fard, elle met face à face bourreaux et victimes. Deux militants, Alvaro et la jeune Blanca, alors âgée de quinze ans, extirpée de son lycée devant des dizaines de témoins, violée, salie pendant des jours et des jours, finiront exilés à Paris, anéantis physiquement.

Et dans une seconde partie, l’auteure aborde trente ans plus tard les réactions des proches des tortionnaires. Avec la même technique que pour les militaires, elle fait parler certaines mères, épouses qui ne comprennent pas, ont du mal à croire ce qu’on leur révèle sur leur fils, leur mari. Les juges travaillent mais se posent des questions sur la complexité de la nature humaine. L’interrogatoire d’un des officiers nous est retransmis avec les réflexions et l’effarement du juge devant un tel être. Les pensées de l’aumônier qui épaulait et réconfortait les militaires nous glacent d’horreur. Le témoignage des victimes survivantes qui ont réussi à surmonter leur cauchemar et à continuer à vivre nous montre leur relative victoire sur leurs bourreaux.

On ne peut quitter ce livre sans parler d’un personnage intéressant, extérieur à la torture, qui intervient au début et à la fin : Ricardo, financier, entrepreneur, vise l’enrichissement personnel et ne se mêle pas de politique, il se lave les mains des horreurs perpétrées par les militaires, ne se sent pas concerné ni responsable, mais se réjouit cyniquement d’y avoir gagné sa fortune. Il est le prototype de ces hommes d’affaires qui tirent les ficelles, se sont servi de tous, renvoyant dos à dos militaires aveuglés par la haine et « subversifs fanatiques ». Voilà les véritables responsables impunis, vautours dans l’ombre du pouvoir, qui ont su manipuler politiques et militaires, et que l’on retrouve à toutes les époques et en n’importe quel point du globe.

Cette fiction donc, inspirée de lieux et de faits réels, de témoignages cités en annexes, aborde de façon très originale et très intelligente l’horreur de cette dictature en traitant ce douloureux sujet sous l’angle des apprentis tortionnaires au tout début du coup d’État et de leurs maîtres en l’art de terroriser et de briser la résistance. Parti pris littéraire osé, mais tout à fait réussi ! Le juge Juan Guzmán Tapia (qui a mis Pinochet en examen) ne s’y est pas trompé : il a préfacé le livre.

Louise LAURENT

Piedras Blancasde María Isabel Mordojovich, éd. Ovadia, 219 p., 20 €.

Romancière franco-chilienne, María Isabel Mordojovich est née à Punta Arenas, en Patagonie chilienne en 1950. Elle est ingénieur et titulaire d’un doctorat en mathématiques appliquées. En 1976, elle se marie à un français et décide de s’installer en France. María London de son nom de plume, est également auteure de poésie, de nouvelles écrites en espagnol, et de romans rédigés directement en français. Son quatrième roman intitulé Piedras Blancas, publié dans un premier temps au Chili (2016), connaît un nouveau souffle depuis sa publication en France en 2018.

Violence et corruption : le Mexique gangrené de Martín Solares dans «N’envoyez pas de fleurs»

Récit impitoyable, désabusé, drôle, dans la grande tradition du roman noir, les témoins sont convoqués, on les fait parler et mentir. Police corrompue, services secrets partisans, meurtres, enlèvements, bandes rivales sont une allégorie du Mexique contemporain. N’envoyez pas de fleurs, du Mexicain Martín Solares, invité de nos Belles Latinas d’octobre prochain et du festival international des littératures policières de Toulouse.

Photo : Christian Bourgeois éditeur

La Eternidad, port et plage dans l’État de Tamaulipas. Carlos Trevio, ex-policier retiré, bien qu’il n’ait qu’une trentaine d’années, patron à présent d’un hôtel pour touristes étrangers, est «convoqué» par Rafael De León, magnat du coin, et Don Williams, consul des États-Unis, et prié, avec arguments sonnants, trébuchants et sentimentaux, de reprendre du service. Il s’agit de tenter de retrouver Cristina, la fille de De León, disparue un jour et demi plus tôt, probablement enlevée, même si aucune rançon n’a encore été demandée. Dans un décor désespérant (les magasins et les restaurants ont fermé, criblés de balles, et ceux qui continuent de fonctionner baissent leur rideau de fer avant la tombée de la nuit), Treviño entame son enquête, hors de tout contact avec la police officielle, dont on ne sait pas si elle est impliquée. Au temps où il était policier, Treviño faisait figure de mouton noir parmi ses collègues, trop indépendant par rapport au douteux commissaire Margarito qui avait fini par lui faire donner une belle raclée par ses propres collègues. Depuis, on ne cherche même plus à sauver les apparences au commissariat, comme le dit un personnage.

Le temps passe, Cristina peut être exécutée à tout moment, Treviño fait avancer son enquête, surveillé de près ou carrément poursuivi par les deux cartels principaux du coin, et aussi par les flics officiels qui le font «officiellement» passer pour un criminel de plus. Il reste pourtant des gens honnêtes à La Eternidad, le mot honnête étant encore plus relatif qu’ailleurs. La dégradation générale est récente, et donc elle peut régresser avec la même rapidité : autant d’étincelles qui empêchent ce roman noir, vraiment très noir, de l’être absolument. On est loin d’une caricature, ce qui renforce le malaise. La violence endémique aurait pu stagner au sud du Mexique, au Chiapas ou dans l’État de Guerrero, avec le mouvement zapatiste et l’Armée populaire révolutionnaire, c’est pourtant au Nord qu’elle s’est répandue, entre 2006 et 2010.

La mauvaise entente entre les gouverneurs des États et le gouvernement fédéral n’a pas arrangé la situation, surtout si l’on sait que tous les gouverneurs sont sous mandat d’arrêt national ou international. Ce qui est sûr aussi, c’est qu’à chaque étape de son enquête, la vie de Treviño est directement menacée. Le danger est partout, le suspense ne diminue pas. Le deuxième personnage important du roman est le commissaire Margarito, l’autre côté du miroir. Il permet de voir l’engrenage dans lequel il est lui-même engagé par ses supérieurs politiques (au Mexique, le chef de la police dépend directement du maire), par la situation générale qui s’est institutionnalisée. Martín Solares ne cherche pas à blanchir le policier, il explique très clairement ce qu’il vit au quotidien en dressant un constat, et la conclusion est d’un pessimisme noir.

Les explications que donne Martín Solares sont claires, elles ressemblent, dans le domaine de la pure fiction, à un véritable documentaire et complètent, sans l’alourdir, l’histoire pleine de rebondissements et de violences d’une pègre généralisée.

Christian ROINAT

N’envoyez pas de fleurs, de Martín Solares, traduit de l’espagnol (Mexique) par Christilla Vasserot, éd. Christian Bourgois, 384 p., 25 €.

Martín Solares en espagnol : No manden flores / Los minutos negros, Literatura Random House.

Martín Solares en français : Les minutes noires, Christian Bourgois et 10/18.

Martín Solares est né en 1970 à Tampico, sur le golfe du Mexique. Éditeur, critique, professeur et animateur d’ateliers littéraires, mais également auteur, ses mérites ont été récompensés à plusieurs reprises. En 1992, il reçoit la mention honorifique du Prix National Periodismo Cultural Fernando Benítez, en 1998 le Prix National Efrain Huerta pour la fiction. Ses travaux sont publiés non seulement au Mexique, mais aussi en Europe et aux États-Unis. Parmi ses œuvres notables on trouve notamment Nuevas líneas de investigación : 21 relatos contra la impunidad (2003), recueil de nouvelles et de chroniques au sujet des crimes politiques au Mexique, mais aussi des romans tels que Los minutos negros (2007), ou encore No manden flores (2015), traduit et publié en France en 2017.

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