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avril 2018

Semaine n° 18 – Cinéma, exposition, conférence : les temps forts de la semaine du 30 avril au 6 mai

Chaque semaine, nous réservons un espace dédié aux événements et invitations. Il suffit de nous envoyer un courrier électronique avec des informations susceptibles d’intéresser nos internautes en indiquant simplement le titre de votre manifestation, le lieu, la date et l’heure, un visuel et un contact. Voici la sélection de la semaine du lundi 30 avril au dimanche 6 mai.

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LUNDI 30 AVRIL – 22 H 50 – SUR ARTE

«L’étreinte du serpent», un film de Ciro Guerra (Colombie) au cœur de la forêt amazonienne

Au nord-ouest de l’Amazonie, Karamakate survit dans la jungle en chaman solitaire, après l’extermination de sa tribu par les colons. L’isolement a fait de lui un chullachaqui, un être dépourvu de souvenirs et d’émotions. À l’aube du XXe siècle, il a aidé un explorateur allemand, Theodor Koch-Grünberg, à partir en quête de la yakruna, une fleur sacrée. Au début de la Seconde Guerre mondiale, c’est au tour d’Evan, un jeune ethnobotaniste américain, de le solliciter pour retrouver la précieuse plante, laquelle lui permettrait de sauver les cultures d’hévéa et d’apprendre à rêver… Plus d’infos

MERCREDI 2 MAI – 20 H 50 – SUR FRANCE 5

«Le nouveau Désordre mondial» les dangers d’un monde sans chef, un documentaire de Bertrand Delais (65 min)

Après la chute du mur de Berlin en 1989, l’Occident a cru que la fin du communisme, avec son corollaire, la fin de la guerre froide, ouvrirait la voie à la paix et assurerait son hégémonie politique sur le reste du monde. En réalité, la mondialisation favorise, au contraire, l’émergence d’autres puissances qui rendent impossible un leadership occidental et donnent l’impression d’un monde chaotique. En remettant en perspective les grands événements survenus depuis 30 ans, Hubert Védrine, accompagné de nombreux spécialistes, décrypte l’histoire internationale des trente dernières années. Plus d’infos

JEUDI 3 MAI – 20 H – PARIS

Rencontre autour de la parution «1968. De grands soirs en petits matins» de Ludivine Bantigny, éd. Seuil

À partir d’un travail dans les archives de toute la France, pour beaucoup inédites, Ludivine Bantigny restitue l’énergie des luttes, des débats, des émotions et des espoirs portés par les acteurs de 68 : toutes celles et tous ceux – ouvriers, étudiants, militants mais aussi danseurs, médecins, paysans, artisans, poètes d’un jour, et les femmes à parts égales avec les hommes – qui ont participé au mouvement. Elle s’intéresse aussi à « l’autre côté » : la police, le pouvoir et les oppositions à la contestation. Plus d’infos

VENDREDI 4 MAI – 20 H – LYON

Le Cinéma-Opéra de Lyon propose en avant première le film brésilien «Corpo Electrico»

Optimale Distribution est heureux de vous présenter en avant-première, au Cinéma-Opéra à Lyon, le film brésilien Corpo Electrico en présence du réalisateur Marcelo Caetano. Nouveau venu à São Paulo, Elias tente de trouver un équilibre entre son travail dans une usine de textile et ses rencontres amoureuses sans lendemain. Il se sent de plus en plus prisonnier de la routine et sous pression. Sa nouvelle amitié avec ses collègues de travail va lui permettre de s’échapper. Il découvre alors la vie nocturne de sa ville et ses possibilités insoupçonnées. Plus d’infos

VENDREDI 4 MAI – 20 H LILLE

Dans le cadre de la saison Ola Cuba, une exposition de photos au Musée de l’Hospice Comptesse à Lille

La Gare Saint Sauveur accueille du 19 avril au 2 septembre 2018 l’exposition lille3000 « Ola Cuba ! » qui présente les œuvres de plus de 35 artistes cubains dont une dizaine de productions. Ces artistes sont peintres, photographes, vidéastes, plasticiens, graphistes, architectes… Ils présentent la particularité d’être nés à Cuba entre la fin des années 60 et le milieu des années 80, d’avoir donc débuté leur carrière dans les années 90, au moment de la « Période spéciale » déclarée par Fidel Castro il y a 25 ans. Plus d’infos

SAMEDI 5 MAI – 20 H – LYON

Concert de musique brésilienne au Hot Club de Lyon avec le duo Zaza Desiderio & Ewerton Oliveira

Originaires de deux différents berceaux de la musique brésilienne, Zaza Desiderio et Ewerton Oliveira ont eu l’occasion de se rencontrer en France en 2010.  L’année 2016, ils se lancent dans un créatif projet que prend qui se concrétise dans un bel album intitulé « Rencontre ». De lors, le duo s’est produit dans des différentes salles de concerts et de festivals rénomés comme : GajaJazz, Jazz à Vienne, Péristyle de l’Opéra de Lyon, Crest Jazz Vocal, Le Train Théâtre entre autres. Plus d’infos

RAPPORT AMNESTY INTERNATIONAL

Le traité visant à protéger les défenseurs de l’environnement est une avancée majeure

«La signature du premier accord juridiquement contraignant qui vise à protéger les droits d’accès concernant les questions liées à l’environnement dans 24 pays d’Amérique latine et des Caraïbes est une victoire majeure pour les défenseurs des causes environnementales dans la région», a déclaré Amnesty International le 7 mars 2018. Les autorités du Pérou et du Paraguay mettent en œuvre des campagnes de diffamation et des poursuites pénales infondées contre les militants des droits à la terre et à l’environnement qui osent s’exprimer sur des questions liées aux droits humains. Plus d’infos

Expositions autour de l’Amérique latine : l’agence lyonnaise Item partenaire des Belles Latinas

Fondé en 2001, le Collectif Item est une structure de production de photographie documentaire. Indépendant et solidaire, le collectif permet à chacun de préserver et valoriser une démarche d’auteur, de maîtriser la production des images et leur diffusion. Il est aujourd’hui composé de douze photographes. Parmi les expositions proposées par Item, quatre sont consacrées à un thème sur l’Amérique latine. Pour nos partenaires des rencontres littéraires lors de la prochaine édition des Belles Latinas d’octobre, il est possible, s’ils le souhaitent, d’organiser des manifestations supplémentaires autour de l’une de ces expositions.

Photo : En attendant le canal du Nicaragua/Adrienne Surprenant/ITEM

Conscienza : Des histoires Latinas – photos de Franck Boutonnet et texte de Philippe Somnolet

C’est un essai photographique documentant une vision poétique et politique de l’Argentine qui n’oublie pas une ère de répression sanglante, qui regarde son passé en face, lui demande de rendre compte de ses erreurs, voire de ses crimes, qui ne se résigne pas même dans un présent incertain, qui lutte et finalement s’organise pour un futur qu’elle espère plus juste et égalitaire pour tout le monde. Le mot Conscienza se réfère à une vision métaphorique de toutes ces luttes et résistances, des plus importantes aux plus discrètes, dont Franck Boutonnet a pu être témoin.

Give Youth a chance – photos de Romain Etienne

L’exposition propose un parcours subjectif dans les rues de Bogotá. Elle permet de découvrir un visage méconnu des barrios, celui d’activistes culturels, fatigués de la guerre et de la violence ordinaire, qui se battent pour inventer de nouveaux modèles. À Bogotá, dans les quartiers dits difficiles, là où l’État et la Ville sont absents et où les gangs règnent, des initiatives citoyennes émergent. Elles tentent de créer avec la jeunesse un nouveau pacte social, fondé sur le respect, la confiance, l’écoute, l’estime de soi…

Estructural : du rêve au cauchemar – Photos de Jérémy Suyker

Brasília se veut un lieu sans distinction de classe donc sans ségrégation. Mais le rêve est vite rattrapé par la réalité. Dans la plupart des zones satellites aujourd’hui, la pauvreté atteint des sommets. Estrutural est une réalité honteuse qui s’étend sur 200 hectares entre un axe autoroutier et le Parc national de Brasília. La décharge a vu naître une favela qui l’enserre comme un ruban de misère. Alors que l’activité de triage des déchets doit être transférée vers un site propre sans la moindre contrepartie pour les habitants, en 2017, le photographe Jeremy Suyker séjourne à Estrutural avec cette question en tête : pourquoi les autorités négligent les quelque 40 000 habitants et dont la majorité dépend de l’économie de la décharge ?

Yo soy Fidel ! – Photos de Franck Boutonnet

Le 25 novembre 2016 à 22h29 disparaissait Fidel Castro, à l’âge de 90 ans. Il restera comme une figure marquante de l’histoire du XXe siècle. Les uns le voyant comme un despote, les autres le considérant comme un héros révolutionnaire. Incinéré dès le samedi 26 novembre, le convoi transportant l’urne funéraire a traversé le pays sur plus de 1000 kms, remontant le chemin parcouru par Fidel Castro et la guérilla en janvier 1959 avec la «caravane de la liberté». Franck Boutonnet a suivi le convoi de Camaguey à Santiago de Cuba pour documenter les réactions populaires et les hommages rendus.

Histoire d’une occupation oubliée – Photos de Jérémy Suyker

Au Brésil la concentration des terres par de grands propriétaires est à la base de toutes les inégalités. Pour lutter contre cet état de fait, des organisations paysannes se mobilisent depuis plusieurs années pour réclamer une réforme agraire. En juin 2017, le photographe Jeremy Suyker s’est rendu dans l’état du Para pour documenter la vie d’un village de paysans sans terre. Ce reportage relate le quotidien des 120 familles du camp Frei Henri sur une parcelle de neuf hectares, leur combat contre un système féodal archaïque et leur détermination à toute épreuve.

En attendant le Canal au Nicaragua – Photos d’Adrienne Surprenant

En juin 2013, le président Daniel Ortega promet la fin de la pauvreté : il signe une concession de 50 ans, renouvelable 50 ans, à l’entreprise Hong Kong Nicaragua Canal Development, pour que celle-ci construise un canal interocéanique trois fois plus grand que celui du Panama. Les Nicaraguayens qui seront directement affectés ne savent pas à quelles conditions leurs terres sont vendues, ni quand ils devront partir. En 2014, Adrienne Surprenant a été à leur rencontre, parcourant la route du futur canal, d’un océan à l’autre.

ITEM L’ATELIER

3, impasse Fernand Rey – 69001 LYON – +33 (0)4 78 72 18 40

Disparition du grand cinéaste brésilien Nelson Pereira dos Santos

L’Académie brésilienne des lettres a annoncé le samedi 21 avril dernier le décès du réalisateur Nelson Pereira dos Santos, l’un des précurseurs du Cinema Novo, âgé de 89 ans et souffrant d’un cancer. Il a tourné plusieurs pièces maîtresses dans l’histoire du cinéma brésilien comme Rio, 40 ° (1955) et Sécheresses (1963).

Photo : TVI24

Né à São Paulo en 1928, Nelson Pereira dos Santos venait d’une famille plutôt modeste. Son père, tailleur et surtout cinéphile, avait pour habitude d’emmener son fils au Cine Teatro Colombo le dimanche, où ils pouvaient passer la journée entière à voir la programmation dominicale. Sa vocation pour le cinéma se confirme lors de son voyage à Paris en 1949, durant lequel il fréquente la cinémathèque française et côtoie les mouvements intellectuels parisiens d’après-guerre.

À son retour, il s’installe à Rio, alors capitale du Brésil, et se lance dans le cinéma en réalisant ses premiers films et documentaires. Il considère que les films doivent avant tout porter «à l’écran la vie, les histoires, les luttes, les aspirations» des Brésiliens, et critique virulemment l’industrie cinématographique brésilienne de l’époque qui ne produit que d’insipides mélodrames. Avec des moyens très limités, il filme à l’aide d’une caméra prêtée Rio, 40 ° (1955), un des films les plus novateurs des années 50 au Brésil. Il montre la vie quotidienne dans un Rio de Janeiro sous un jour bien différent de celui qui sert de décor dans les films qui se faisaient jusqu’alors. Influencé par le néoréalisme italien, il prend des acteurs non professionnels et choisit des décors naturels dans les quartiers pauvres de la zone nord de la ville. Il donne ainsi naissance à un mouvement qui va renouveler le cinéma brésilien et même international. Rio, 40 ° connait en effet un retentissement mondial, d’autant plus que le film est censuré dans un premier temps par le pouvoir en place, prétextant notamment qu’il n’a jamais fait 40° à Rio… Les pouvoirs autoritaires ne manquent pas d’humour !

En 1963, il réalise le chef d’œuvre Sécheresses, adapté de la nouvelle du même nom du grand auteur brésilien Graciliano Ramos. Il part avec son équipe de tournage dans le Sertão, région désertique du Nordeste brésilien et cadre de l’histoire. Mais, comble du sort, cette année-là est particulièrement pluvieuse et il doit repousser le début du tournage. Une fois la sécheresse revenue, il dévoile dans le film l’extrême pauvreté des habitants du Sertão et ses vies déshumanisées. Avec un réalisme documentaire, il utilise la lumière naturelle pour donner une intensité presque journalistique à la trame dramatique. Il donne ainsi l’impulsion définitive au Cinema Novo, théorisé ensuite en 1965 par le cinéaste et chef de file du mouvement Glauber Rocha. Cette révolution thématique et stylistique aborde les thèmes auparavant soigneusement évités de la faim, de la misère, de la révolte contre les inégalités et des grands mythes dans les consciences populaires.

Malheureusement, ce mouvement artistique majeur, qui a proposé une réflexion critique sur la réalité en exposant les injustices sociales, est stoppé net avec le coup d’État militaire en 1964. Pereira dos Santos, comme les autres artistes brésiliens, est alors contraint de réaliser des films plus allégoriques pour contourner la censure, comme El Justiciero (1966), Soif d’amour (1967-68), L’Aliéniste (1969) d’après un conte de Machado de Assis ou Qu’il était bon mon petit français (1970).

Par la suite, il poursuit ses recherches vers des thèmes mêlant religieux et politique, comme dans L’Amulette d’Ogum (1974), où il place au centre de la scène les religions afro-brésiliennes. Il poursuit ce cycle avec La Boutique aux miracles (1975) et Bahia de tous les saints (1987), tirés de deux nouvelles de Jorge Amado, auteur qu’il admire particulièrement. Ces deux dernières décennies, il revient finalement aux documentaires : d’abord sur le poète et dramaturge Castro Alves avec Guerra e Liberdade (1998), puis l’historien et critique littéraire Sergio Buarque de Holanda avec Raízes Do Brasil (2003) et enfin le musicien fondateur de la bossa nova célèbre dans le monde entier, avec La musique selon Tom Jobim (2011).    

En s’inspirant des plus grands auteurs brésiliens (Graciliano Ramos, Machado de Assis, Jorge Amado, Guimarães Rosa) et en rendant hommage aux intellectuels et artistes brésiliens, Nelson Pereira dos Santos s’inscrit dans une dynamique artistique brésilienne d’une grande richesse. Plus qu’un simple relai de ses illustres prédécesseurs, il a surtout apporté un pan immense à l’histoire du cinéma sud-américain et mondial. Muito obrigado, Senhor !

Gabriel VALLEJO

Entre procès et referendum national, le Guatemala sur le devant de la scène internationale

Généralement ignoré par la presse européenne, le Guatemala fait en ce moment la une des journaux centre-américains pour trois raisons : la mort du dictateur Efraín Ríos Montt, le procès en Suisse de l’ancien chef de la police guatémaltèque, Erwin Sperisen, et le referendum national sur le litige frontalier avec son voisin le Belize.

Photo : PanAm Post

Le général Efraín Ríos Montt prend le pouvoir par un coup d’État le 23 mars 1982. Il sera à son tour déposé par son ministre de la Défense, le général Oscar Mejía Víctores en août 1983. Entre-temps, il laisse un pays dévasté par une répression sanglante tant contre la guérilla de l’URNG (Unité révolutionnaire nationale guatémaltèque) que contre la population civile. Partant du postulat que «si la guérilla est parmi la population comme un poisson dans l’eau, et qu’il est impossible de capturer le poisson, il faut lui retirer l’eau», il fait raser 440 villages et provoque la mort de 200 000 personnes, dont 45 000 disparus peu à peu retrouvés au fil du temps dans de gigantesques charniers. Adepte de l’Église du Verbe, une secte évangélique venue de Californie, il s’acharne sur les populations Maya Quiché, Kaqchikel, Ixil ou Mam qu’il accuse de protéger la guérilla alors que celle-ci se ravitaille de force dans les villages puis se retire. Pris entre deux feux, la guérilla et les militaires, beaucoup de communautés mayas se réfugient dans les montagnes où elles sont pourchassées et anéanties par l’armée.

En 2013, les familles des victimes et les associations de défense des droits humains parviennent à ouvrir un procès contre le dictateur. Le 10 mai 2013, malgré la pression du président Otto Molina (lui-même ancien haut gradé militaire), des militaires et des partis de droite, la juge Jazmín Barrios  condamne Ríos Montt à cinquante ans de prison pour génocide et trente pour crimes contre l’humanité. Les recours incessants (plus de 150) déposés par ses avocats font que la Cour constitutionnelle accepte de «suspendre» le procès. Celui-ci devait reprendre le 19 avril 2018, mais Ríos Montt meurt le 1er avril. Comme ce fut le cas avec le général Pinochet, les manœuvres dilatoires de certains politiciens, la pression des militaires et le blocage par des secteurs du pouvoir judiciaire font que le dictateur Ríos Montt (décoré par le Pentagone US en 1985) n’a pas passé un seul jour en prison…

Le procès Sperisen à Genève

En 2005, trois prisonniers évadés de la prison El infiernito (le Petit enfer) sont repris par la police et exécutés sur place. En 2006, des dizaines de policiers et de militaires armés pénètrent dans la prison El Pavón pour reprendre la main sur celle-ci contrôlée de fait par les prisonniers. À la fin du jour, une dizaine de prisonniers sont morts, comme par hasard ceux que les autorités avaient qualifiés de «chefs». En 2007, trois députés salvadoriens sont assassinés par des policiers peu après leur entrée au Guatemala. Dans les trois cas, le directeur de la Police nationale civile (PNC) est Erwin Sperisen. Craignant un procès, il se réfugie en Suisse en vertu de sa double nationalité guatémaltèque-suisse.

Mais des parents des prisonniers assassinés déposent plainte contre lui. Il est arrêté à Genève en 2012, jugé coupable de participation aux assassinats et condamné à la prison à perpétuité en juin 2014. En appel devant la Chambre de révision de Genève le 12 mai 2015, sa condamnation est confirmée. Après un nouveau recours déposé en juin 2017, le procès final s’ouvre le 16 avril 2018. Sperisen s’en prend au procureur Yves Bertossa «qui veut régenter [son] pays depuis son petit bureau et qui n’est pas garant de la vérité». Il nie tout et ses avocats demandent l’acquittement. Le procureur, lui, fait remarquer que la défense n’a jamais démenti la présence de Sperisen sur les lieux ni expliqué ce qu’il y faisait. De plus, des photos le montrent dans la prison, en uniforme, arme au poing, aux côtés du ministre de l’Intérieur Carlos Vielmann (qui se réfugiera en Espagne).

Le verdit est tombé ce vendredi 27 avril. L’organisation suisse TRIAL International communique que la Cour de justice de Genève a reconnu Erwin Sperisen coupable de complicité d’assassinat commis sur sept prisonniers à la prison de Pavón en 2006. L’ancien chef de la police se voit condamné à une peine de 15 ans de prison. L’organisation salue ce verdict qui représente une étape importante dans la lutte contre l’impunité des crimes d’État.

Le Guatemala revendique la moitié du Belize à La Haye

Le dimanche 15 avril dernier, les Guatémaltèques étaient invités par referendum à répondre «oui ou non» à une proposition de règlement du litige frontalier avec le Belize devant la Cour internationale de justice (CIJ) située à La Haye aux Pays-Bas. Depuis le 19e siècle, le Guatemala revendique 11 000 km2 de territoire belizéen en vertu d’un traité signé avec la Grande Bretagne en 1859 que celle-ci n’a pas respecté. Selon ce traité, le territoire situé entre les fleuves Sibún et Sarstún, bien que guatémaltèque, était ouvert aux colons britanniques en échange de la construction par la Grande-Bretagne d’une route reliant la capitale Ciudad de Guatemala à Punta Gorda sur la côte atlantique (aujourd’hui en territoire bélizien). Non seulement cette route ne fut jamais construite mais la Grande-Bretagne déclara cette région, y compris le territoire au sud du Mexique, comme sa colonie sous le nom de Honduras britannique. Bien que le Guatemala réclame sans arrêt le retour de la partie située entre les deux fleuves, le gouvernement britannique octroie l’indépendance à sa «colonie» en 1981 sous le nom de Belize. Ce litige plus que centenaire fait aujourd’hui l’objet de négociations entre les deux pays qui accordent, en 2000, de présenter le dossier à la CIJ de La Haye. En 2008, le Premier ministre bélizien, Dean Barrow, propose que chaque pays réalise un referendum pour demander l’avis du peuple sur cette proposition de présenter le litige à la CIJ. Le referendum du 15 avril dernier est la réponse du Guatemala : un OUI massif (92 %), mais une abstention massive également : moins d’un électeur sur sept s’est déplacé… Peu suivi au Guatemala, il a été complètement ignoré au Belize.

Même si le Belize n’organisait pas de referendum ou si le peuple votait «Non», le Guatemala pourra toujours s’adresser à La Haye. Les accords signés avec la CIJ (une entité dépendant des Nations unies) permettent aux gouvernements signataires de s’adresser à elle sans obligation de referendum national. C’est pourquoi l’opposition guatémaltèque au président Jimmy Morales suspecte une opération de communication interne pour dévier l’attention des scandales de corruption et de violences en cours en ce moment. Le 18 avril dernier, dix-sept membres du Parlement européen de Bruxelles ont envoyé une lettre au président Morales «s’inquiétant» de la violence institutionnelle contre les défenseurs des droits humains et les journalistes en rappelant «qu’en 2017, il y a eu 483 agressions et 53 assassinats». Parmi les signataires, la Française Marie-Christine Vergiat, militante associative, députée européenne depuis 2009.

Jac FORTON

«Vies Volées, Buenos Aires place de mai», une BD sur les enfants disparus de la dictature argentine

De 1976 à 1983, la dictature militaire qui régit l’Argentine fait disparaître près de 30 000 opposants politiques. Parmi eux, des jeunes femmes enceintes auxquelles leurs enfants seront arrachés à la naissance. Depuis 1977, leurs grands-mères recherchent ces 500 bébés volés… Ce sont elles, les «grands-mères» de la Place de mai. Vies Volées, Buenos Aires place de mai, album publié aux éditions Rue de Sèvres en janvier dernier, avec un scénario signé Matz et des dessins de Mayalen Goust, revient sur ces victimes de la dictature argentine.

Photo : éd. Rue de Sèvres

En Argentine, de 1976 à 1983, sous la dictature militaire, 500 bébés ont été arrachés à leurs mères pour être placés dans des familles plus ou moins proches du régime. Plusieurs années après cette tragédie, les grands-mères de ces enfants ne cessent de se battre pour les retrouver. Interpellé par ce drame largement médiatisé, Mario, un jeune homme de 20 ans qui s’interroge sur sa filiation, décide d’aller à la rencontre de ses grands-mères accompagné de son ami Santiago et de faire un test ADN.

Les résultats bouleverseront les vies des deux jeunes gens et de leur entourage. À travers leur quête, on s’interroge sur l’identité, la filiation, la capacité de chacun à se confronter à ses propres bourreaux, à surmonter une trahison et parvenir à envisager un nouvel avenir.

Née à La Rochelle en 1976, Mayalen Goust est diplômée de l’École d’arts appliqués de Poitiers et a travaillé dans une agence de publicité. Si elle est surtout connue pour ses illustrations d’albums aux éditions du Père Castor, son univers unique est facilement identifiable dans toutes ses œuvres. Depuis 2011, elle s’est lancée dans l’adaptation BD des Colombes du Roi-Soleil, série à succès de romans historiques pour la jeunesse. Elle vit aujourd’hui à Rennes.

Matz est né en France mais a grandi en Martinique. Il écrit pour la bande dessinée depuis 20 ans, en parallèle de son métier de scénariste pour le jeu vidéo. Il est notamment le scénariste du Tueur chez Casterman. Il collabore chez Rue de Sèvres avec Walter Hill au scénario, et avec les dessinateurs Jef et Léonard Chemineau. Il vit à Paris.

Éditions Rue de Sèvres

Deux ans après la signature de la paix en Colombie : un accord qui perd ses plumes ?

La «Communauté internationale», expression peu satisfaisante mais commode, avait applaudi le 26 septembre 2016 la signature de la paix en Colombie. Près de deux ans plus tard, la colombe de paix lancée à cette occasion peine à rester en vol. De quelle paix, il est vrai, parlait-on ? L’accord célébré en grande pompe au palais des Congrès de Carthagène engageait, pensait-on, l’État colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie, les FARC. Ce traité était censé mettre un terme définitif à cinquante-trois ans de conflit, soldé par plusieurs dizaines de milliers de victimes. Le constat que l’on peut faire le 23 avril 2018 est celui d’un accord qui perd ses plumes.

Photo : Tusemanario

La plume gouvernementale a perdu de ses couleurs. Les électeurs colombiens consultés par référendum le 2 octobre 2016 ont, à une faible majorité, mais une majorité tout de même, rejeté ces accords. Des responsables politiques, militaires et religieux ont depuis levé la voix et signalé publiquement au président Santos leur désaccord. Un président en fin de mandat, un président qui ne peut pas se représenter. Un président dont l’héritier potentiel, le vice-président sortant Germán Vargas Lleras, évite de parler et encore moins de revendiquer les acquis de la paix. Il n’est pas le seul. Aux présidentielles du 27 mai prochain, la défense de ces accords ne fait pas consensus. La dominante se situe entre condamnation, silence prudent et engagement discret. Plusieurs dizaines de membres des FARC désarmés ont été assassinés. Le gouvernement appelle à l’application des accords. Il promet les foudres de la loi aux anciens combattants qui hésiteraient à prendre le chemin de la paix. Alors que les ex-combattants croupissent dans des campements de moins en moins provisoires, les ETCR, «Espaces territoriaux de capacitation et réincorporation». Le 9 avril, la justice a décidé d’incarcérer l’un des négociateurs des FARC qui serait compromis dans le trafic de stupéfiants.

La plume FARC a perdu de sa vitalité. L’accord remis sur rail comme le traité de Lisbonne sur l’Union européenne par un laborieux rabibochage parlementaire, le 24 novembre 2016, a dévissé à plusieurs reprises. Les FARC ont créé le 1er septembre 2017 un parti, sous le même sigle, les Forces Alternatives Révolutionnaires du Commun. Elles pensaient participer aux législatives et aux présidentielles des 11 mars et 27 mai 2018 sur un pied d’égalité. Ses candidats ont été conspués, caillassés, menacés. Le chef des FARC, Rodrigo Londoño, dit «Timochenko», a jeté l’éponge. Victime d’un accident cardiaque, il est aujourd’hui sous traitement médical. Ces évènements ont pesé sur le moral des troupes. Le sort matériel réservé aux anciens guérilleros, l’incarcération de Jesús Santrich, négociateur des FARC, le 9 avril, ont accéléré les désertions. Avec pour certains un reclassement délinquant comme cela s’était produit pour les mêmes raisons au Nicaragua et au Salvador après la signature des accords de paix Gouvernements/Guérillas. Estimées officiellement à 7%, au mois de novembre 2017, des 12482 démobilisés, les désertions toucheraient, en mars 2018, 20% de l’effectif initial. Le prudent repli, loin de Bogotá, de Luciano Marín Arango, «Iván Márquez», membre du Secrétariat des FARC, rendu public le 19 avril 2018, la «disparition» concomitante d’Hernán Darío Vásquez, «El Paisa», ancien chef d’une colonne armée des FARC, témoignent de la dégradation du climat et du processus de paix.

Cette paix en gruyère arrache d’autant plus de plumes que les relaps de la paix tombent dans un bouillon de culture porteur de violences. Les FARC, il ne fallait pas l’oublier, n’étaient pas les seuls fauteurs de violences. Groupes paramilitaires reconvertis en Bacrims, en Bandes criminelles, ELN, Armée de libération nationale, ERP, Armée populaire de libération (EPL), restaient et restent opérationnels. Prêts à accueillir les dissidents de la paix. Et prêts aussi éventuellement à les combattre. Les querelles territoriales ont pris ces derniers temps un tour préoccupant dans plusieurs régions de la Colombie. La région du Chocó, le Pacifique colombien et, plus au sud, celle du port de Buenaventura, ont été les premières touchées. Le terrain abandonné par les FARC a été réoccupé de façon violente par des groupes criminels. Les assassinats de responsables syndicaux ou associatifs se sont multipliés. Cent-un ont été exécutés de janvier 2017 à février 2018. Soumis à des pressions physiques insoutenables, près de 15 000 personnes ont quitté leurs foyers en 2017. Au nord-ouest, ELN et groupes Gaitanistas du Clan du Golfe se disputent le contrôle de la frontière avec le Panama. Plus au sud, le relai a été pris dans la région limitrophe de l’Équateur. Un front des FARC, n°29, refusant la paix de Carthagène, est entré en dissidence. Ce GAOR (Groupe armé organisé résiduel), fragmenté en cinq branches, dispute le contrôle des territoires situés des deux côtés de la frontière aux forces de l’ordre colombienne et équatorienne, mais aussi à des concurrents, ELN, délinquants du Clan du Golfe et de la Gente del Orden. Attentats, enlèvements, assassinats se sont multipliés depuis le 27 janvier 2018. Au nord-est du pays, dans le canton de Catatumbo, Nord de Santander, le départ des FARC a ouvert un conflit brutal entre ELN et EPL (Armée populaire de libération) le 5 mars 2018. Ici encore à l’origine d’une trentaine de victimes et du déplacement de 3000 personnes.

Les statistiques officielles enregistrent une forte dégradation de la sécurité publique. 3491 assassinats au premier trimestre 2018, soit une hausse de 7,2%. Ainsi que le retour à des pratiques de violences exacerbées comme la découpe et la dispersion dans des sacs plastiques du corps des personnes assassinées (crime dit des embolsados). Cette dégradation est d’autant plus difficile à contenir que le contexte international est indifférent ou hostile. Face à cette montée des périls sur sa frontière nord, l’Équateur a décidé de ne plus accueillir les pourparlers de paix entre l’ELN et Bogotá ouverts à Quito en 2017. Le Venezuela, l’un des pays garants des accords de Carthagène avec les FARC, est hors jeu diplomatiquement, accaparé par sa crise intérieure, économique, sociale et politique. Qui plus est le président Santos, qui doit par ailleurs accueillir des centaines de milliers de réfugiés économiques vénézuéliens, a durci le ton avec Caracas. Les États-Unis de Donald Trump, enfin, ont rompu avec la politique de soutien apporté au processus de paix voulue par Barack Obama. Priorité à la lutte contre le trafic de stupéfiants a «touité» Donald Trump. Qui a envoyé à Bogotá son vice-président remettre cette feuille de route au président Santos.

Les Nations unies s’inquiètent. Jean Arnault, chef de la mission de vérification de l’ONU, a présenté au Conseil de sécurité début avril 2018 un rapport qui multiplie les sonnettes d’alarme. Il confirme celui de la Commission internationale de vérification des droits humains en Colombie qui signalait en février 2018 que seuls 18,5% de ce qui a été signé par l’État a été engagé. La sécurité des ex-combattants n’est pas garantie. Leur réincorporation économique, pas plus. La violence et les assassinats de responsables communautaires ont fortement progressé, ajoutent-ils.

Le procureur général colombien, Néstor Humberto Martínez, a signalé avec bon sens le 19 avril 2018 que le cœur des conflits n’était pas politique mais financier. Les disputes territoriales, a-t-il dit, relèvent du contrôle de régions «productrices» d’argent sale, souvent liées au trafic de stupéfiants. Dérive prévisible qui aurait dû mobiliser les finances publiques afin d’assurer les dividendes de la paix. Mais les ennemis des FARC étaient et sont tout aussi hostiles à toute fiscalité exceptionnelle pour gagner la paix. Le prix à payer par la Colombie, finalement, risque d’être plus lourd que celui de l’impôt refusé par les pompiers incendiaires du tout sécuritaire.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

Ortega annule la réforme à l’origine de violentes manifestations au Nicaragua

Le président du Nicaragua, Daniel Ortega, a renoncé dimanche à sa réforme controversée des retraites, point de départ de violentes manifestations qui ont fait au moins 25 morts, les plus violentes depuis l’arrivée au pouvoir de Daniel Ortega il y a onze ans. Nous reproduisons ici un article publié par Radio Canada.

Photo : Teletica

Lors d’une rencontre avec des chefs d’entreprise, le chef d’État de gauche a annoncé que l’Institut nicaraguayen de sécurité sociale (INSS) ne mettrait finalement pas cette réforme en œuvre. Celle-ci devait équilibrer le système de retraites en augmentant les contributions des salariés comme des employeurs et en diminuant de 5 % le montant des pensions, le tout sur recommandation du Fonds monétaire international (FMI).

«Le gouvernement est totalement d’accord pour reprendre le dialogue pour la paix, pour la stabilité, pour le travail, afin que notre pays ne soit pas confronté à la terreur que nous vivons en ces moments», avait déclaré un peu plus tôt Daniel Ortega à la télévision nationale.

Toutefois, selon le président, les manifestants sont soutenus par des groupes politiques opposés à son gouvernement et financés par des organisations extrémistes des États-Unis. Leur but est de «semer la terreur, semer l’insécurité et détruire l’image du Nicaragua après 11 ans de paix, afin de prendre le pouvoir», avait-il martelé.

Le président Ortega n’avait pas encore fait de sortie publique depuis le début de la crise. À la suite du premier discours d’Ortega, des centaines de jeunes avaient à nouveau violemment affronté les forces de l’ordre dans la capitale, Managua.

Population exaspérée

Le Centre nicaraguayen des droits de l’homme (CENIDH) a fait état de la mort de 24 personnes à l’AFP, qui a obtenu confirmation auprès des familles des victimes. Parmi les victimes figurent des étudiants, des policiers et de jeunes sympathisants du Front sandiniste au pouvoir, accusés de s’être attaqués aux manifestants. Une centaine de personnes ont aussi été blessées dans ces manifestations, les plus violentes depuis que Daniel Ortega a été porté au pouvoir, il y a 11 ans.

Les troubles ont débuté mercredi dans un grand nombre de villes du pays. La population du Nicaragua est exaspérée par les hausses permanentes des tarifs de l’électricité et du carburant, les suppressions de postes dans le secteur public et la réduction des mesures d’aide sociale, ont expliqué des analystes.

Les rues de Managua étaient jonchées de débris dimanche, selon des journalistes de l’AFP sur place, qui ont aussi assisté à des scènes de pillage. Les habitants se pressaient vers les magasins et supermarchés pour se faire des provisions. Les files d’attente s’allongeaient devant les stations d’essence.

Dans les villes voisines de Leon et Masaya, des bâtiments publics ont été mis à sac, des véhicules incendiés et des centres commerciaux pillés, selon le gouvernement. Des soldats armés de fusils ont été déployés devant les bâtiments administratifs.

Appels au calme

Washington a condamné dimanche «la violence et la force excessive utilisées par la police et d’autres personnes contre les civils qui exercent leur droit constitutionnel à la liberté d’expression et de réunion».

Pendant ce temps, l’Union européenne affirmait que «la violence est inacceptable», que «les manifestations doivent se dérouler pacifiquement» et que «les forces de l’ordre doivent intervenir avec la plus grande retenue».

Le pape François a de son côté affirmé son inquiétude, appelant à la fin des violences et à un règlement pacifique de la crise.

D’après Radio Canada

Tensions au sein de l’UNASUR : six pays latino-américains suspendent leur participation

Le 20 avril 2018, après plus d’une décennie d’existence et sous l’initiative de l’ancien président du Venezuela Hugo Chávez pour faire face aux États-Unis sur le plan économique et politique, l’Union des Nations sud-américaines (UNASUR) a connu la plus grande crise de son histoire. Six pays  l’Argentine, le Brésil, le Chili, la Colombie, le Paraguay et le Pérou ont décidé de suspendre leur participation au sein de l’organisation.

Photo : Edgar Romero/RT

Les gouvernements des pays déserteurs justifient leur choix ainsi : la présidence temporaire de l’UNASUR, assurée par la Bolivie, conduirait l’organisation dans la mauvaise voie. De même, dans un communiqué, ils expliquent : «Compte tenu des circonstances actuelles, les pays signataires ont décidé de ne pas participer aux différentes instances de l’UNASUR à partir de cette date tant qu’ils n’auront pas, au cours des prochaines semaines, des résultats concrets qui garantissent le bon fonctionnement de l’organisation.»

Depuis janvier 2018, après que le Colombien Ernesto Samper ait quitté le poste de secrétaire général, les différents pays membres n’arrivent pas à aboutir à un consensus pour nommer le nouveau secrétaire, poste convoité par un seul candidat. Le communiqué établi par les différents pays qui abandonnent l’organisme revient sur ce point : «L’impossibilité de nommer un secrétaire général en raison du manque de consensus autour du seul candidat présenté à ce jour a eu de sérieuses conséquences pour l’organisme.»

Désormais, les doutes augmentent quant au futur de l’UNASUR. Après avoir été la première organisation politique de la région, elle y a remporté plusieurs succès. Tout d’abord, elle a permis une union entre la zone andine et le Cône sud, plus la participation des pays comme la Guyane et le Surinam. Même s’ils appartiennent géographiquement à l’Amérique du Sud, ils n’avaient auparavant pas le sentiment de partager culturellement plusieurs aspects avec les autres nations et furent exclus du débat public pendant plusieurs décennies. Ils font aujourd’hui eux aussi partis de l’UNASUR.

Parallèlement, l’organisation internationale a pu faire des progrès dans des domaines comme la défense, la culture et le tourisme. Elle a également servi de garant au cours de plusieurs crises dans la région, à l’exemple des élections législatives vénézuéliennes en 2015 où, grâce à l’intervention de l’UNASUR, une commission de quatre pays (Brésil, Colombie, Équateur et Uruguay) a servi de garant pour la réalisation des élections. Le 6 décembre 2017, le conseil électoral du Venezuela a permi le déroulement des élections, au moment où l’opposition a remporté une victoire dans le pays bolivarien. Ensuite, pendant la crise entre le Venezuela et la Colombie, et plus précisément lors de l’expulsion arbitraire des citoyens colombiens du territoire vénézuélien, l’UNASUR a permis la négociation entre le président colombien Juan Manuel Santos et le président vénézuélien Nicolás Maduro pour essayer d’aboutir à un accord.

Pendant que des gouvernements dits de gauche étaient à la tête de plusieurs pays de la région, l’organisation fonctionnait et avançait correctement, donnant l’impression d’un futur possible et marqué par une profonde collaboration entre les pays sud-américains. Des projets comme celui de la citoyenneté sud-américaine avaient pris de l’importance. Depuis que plusieurs pays ont basculé vers la droite, notamment le Chili et l’Argentine, la continuité de la collaboration entre les nations est en péril. De plus, les grandes tensions qui existent entre le gouvernement du Venezuela qui maintient une crise humanitaire et les autres pays de la région, notamment la Colombie et l’Argentine, ajoutent des difficultés supplémentaires à la résolution des problèmes régionaux et à la bonne collaboration des pays, laissant penser que c’est peut-être la fin de l’aventure pour cet organisme international.

Jonathan Z. CORONEL

Portrait d’Hugo Chávez dans «Les derniers jours du Commandant» d’Alberto Barrera Tyszka

Le Venezuela et son régime politique unique continue d’intéresser et de diviser. En littérature aussi, la production est fournie. Il y a quelques semaines, Les valises de Juan Carlos Méndez Guédez montrait un pays en proie à la violence, à la corruption et à la misère. Alberto Barrera Tyszka se penche sur l’agonie du Commandant, Hugo Chávez. Une première opération à La Havane en juin 2011 est le début d’une période d’embarras de la part du pouvoir : les nouvelles se veulent rassurantes, mais le pays est plongé dans une incertitude encore plus grande ; c’est pendant cette période que se passe l’action du roman.

Photo : Revista Semana/Gallimard

Alberto Barrera Tyszka part d’une mosaïque de personnages et de situations pour faire pénétrer son lecteur au cœur de la capitale de ce pays qui, au même titre que Cuba, intrigue beaucoup d’Européens par la complexité de sa réalité : un médecin à la retraite, une femme dépressive qui rêve de fuir Caracas pour protéger sa fille des violences quotidiennes, un journaliste sans travail qui vit avec sa compagne et leur fils et qui est menacé d’expulsion, un jeune homme proche du régime, une journaliste nord-américaine fascinée par le personnage d’Hugo Chávez, le Commandant.

Chávez a annoncé qu’il était atteint d’un cancer. Il informe lui-même la population de l’évolution de sa maladie en voulant faire croire à l’amélioration de sa santé, mais la guérison ne se produit pas.

Pendant ce temps, le pays vit dans le chaos, les violences urbaines, l’inquiétude soigneusement mise en scène autour de la santé du Commandant dont on annonce régulièrement l’amélioration mais dont on ne voit jamais les effets. Les gens ‒ les personnages ‒ vivent leur vie, parfois routinière, parfois brutalement dramatique. Dans tous les cas, ils sont directement dépendants de la politique nationale.

Crise du logement et prix prohibitifs des loyers, au moins à Caracas, agressions de rue, impossibilité pour les journalistes de trouver une source fiable pour leurs infos, rapports ambigus avec les autorités cubaines, bien présentes un peu partout, corruption ou « arrangements amicaux », tout cela constitue le fond habituel et ces ambiances influent sur la vie quotidienne du journaliste, du médecin ou des adolescents. Ils ne se connaissent pas et ont cependant un point commun : un piège les menace, se resserre autour d’eux.

Au centre de l’histoire, une mystérieuse boîte de cigares, cubains forcément, qui n’en contient aucun, mais un objet bien plus précieux réapparaît de temps en temps, un peu comme le trésor d’un jeu de piste qui lui-même jouerait à cache-cache.

Autour de cette dizaine de personnages appartenant à divers milieux, Alberto Barrera Tyszka montre comment le pouvoir se débat et a du mal à surnager, avec la maladie inattendue de celui qui aurait dû rester immortel. Il le fait avec une technique très bien maîtrisée, celle des bonnes séries télévisées, personnages bien dessinés et représentatifs des classes moyennes du pays et, surtout, loin de toute caricature, il rend évidentes les contradictions d’une révolution qui a à la fois construit et détruit.

Il fait également très bien ressortir la manière avec laquelle s’installe la lassitude face à l’accumulation des agressions, physiques ou politiques, une lassitude qui tue dans l’œuf toute réaction et qui mène à l’acceptation d’une situation particulière qui peut être mise à l’échelle du Venezuela tout entier.

Je n’ajouterai qu’une chose : certains personnages du roman, et aussi le lecteur, nous sommes tout près de découvrir un secret : l’héritage réel de Chávez… Ne nous en privons surtout pas !

Christian ROINAT

Les derniers jours du Commandant de Alberto Barrera Tyszka, traduit de l’espagnol (Venezuela) par Robert Amutio, Gallimard, 260 p., 22 €. Alberto Barrera Tyszka en espagnol : Patria o muerte, Tusquets / La enfermedad / Crímenes / Rating, Anagrama.
Alberto Barrera Tyszka en français : Rating, Zinnia / La maladie, Gallimard.

Temps fort semaine 17 : Conférence à Paris sur la crise humanitaire au Venezuela. Quelles conséquences et quelles actions ?

Chaque semaine, nous réservons un espace dédié aux événements et invitations. Il suffit de nous envoyer un courrier électronique avec des informations susceptibles d’intéresser nos internautes en indiquant simplement le titre de votre manifestation, le lieu, la date et l’heure, un visuel et un contact. Voici la sélection de la semaine du lundi 23 au dimanche 29 avril.

Déposez votre annonce

DIMANCHE 22 AVRIL – 17 H – PARIS

«Te Ata» : projection et rencontre autour de l’une des plus grandes actrices indiennes de tous les temps

Le film est inspiré de la vie de Mary Thompson Fisher, une femme qui a franchi les barrières culturelles pour devenir Te Ata, l’une des plus grandes actrices indiennes de tous les temps. Née en territoire indien, elle a été éduquée au travers des chants et histoires de la tribu Chickasaw qui ont guidé sa quête de sens, elle a été la voix des peuples indiens d’Amérique. La projection du film sera suivie d’une rencontre avec Marie-Claude Strigler, anthropologue, docteur en civilisations américaines et écrivain, accompagnée d’Olivier Delavault, éditeur spécialisé sur l’Amérique indienne et auteur. Plus d’infos

MERCREDI 25 AVRIL – 19 H – PARIS

Crise humanitaire au Venezuela – Quelles conséquences et quelles actions ? à la Maison de l’Amérique latine

Avec Daniel Scott-Algara, vénézuélien, Nicolas Ruffin, français, et en vidéo-conférence Jesús Aguáis, vénézuélien. Mise au point sur la situation de la crise humanitaire au Venezuela. Pénuries de médicaments et de denrées alimentaires. Le Venezuela est aujourd’hui victime d’une crise humanitaire en raison des pénuries alimentaires et des irrégularités dans le domaine de la santé qui ont aussi abouti à une pénurie de médicaments pour les patients chroniques (HIV, parkinson, diabètes, etc.). L’occasion de revenir sur la situation problématique du Venezuela. Plus d’infos

JEUDI 26 AVRIL – 20 H 30 – PARIS

L’artiste afro-cubaine Yilian Cañizares au Bal Blomet, cabaret bar et jazz, la nouvelle scène Rive Gauche à Paris

Le Bal Blomet est un cabaret d’art et club de jazz du XVe arrondissement de Paris. La programmation décloisonnée est accessible à tous et centrée sur le Jazz, le Music-Hall et la Musique Classique. Musicienne surdouée, violoniste, chanteuse, Yilian Cañizares présente un spectacle qui balance entre jazz et swing afro-cubain. Archet déchaîné et scat énergique, entre tradition et modernité, elle nous transporte au cœur d’une musique exigeante et dansante à la fois. Plus d’infos

JEUDI 26 AVRIL – 19 H – SAINT-ÉTIENNE

Le Collectif Roulotte Tango dans un nouveau spectacle mêlant danse et musique avec «L’amour au flan»

Recette de l’Amour au flan : mettre en scène quatre musiciens et un danseur, porter à ébullition, ajouter la vanille ; ils sont prêts. Faire alors entrer une danseuse et observer. Alors, au rythme de la musique et des pas de danse, la recette s’élabore entre des tangos tantôt tendres et passionnés, tantôt coquins et pétillants. Ajouter une pointe d’humour et vous obtiendrez un spectacle savoureux, riche en questions appétissantes. Vais-je parvenir à casser ma coquille ? Comment réussir un bon caramel ? Et quel moule choisir, mon cœur ? À voir, à savourer ! Plus d’infos

DÉCLARATION

Publication de la déclaration finale du Sommet des Peuples qui s’est tenu à Lima la semaine dernière

Mardi 17 avril 2018. Nous, les représentants des organisation sociales et populaires du Pérou, d’Amérique Latine et des Caraïbes, nous sommes donnés rendez-vous à Lima, Pérou, du 10 au 14 avril 2018 pour discuter de la réalité politique, sociale et économique de Notre Amérique, pour partager nos luttes et nos résistances, pour renforcer la solidarité militante de nos peuples et l’unité continentale du mouvement social et populaire de notre région. Dans les prochains jours, le site officiel de la Semaine sera mis à jour pour diffuser la programmation d’une centaine de manifestations en France. Suite

ÉCHOS DE CINÉLATINO

Rencontre avec Anne-Marie Métailié, fondatrice des éditions Métailié en 1979, invitée au festival Cinéma latino

Anne-Marie Métailié dirige une «maison» qui édite des auteurs essentiellement étrangers et en particulier latino-américains. Invitée en 2001 aux Rencontres de Toulouse en tant que membre du jury, elle revient en 2018 avec une carte blanche. Elle a choisi le film de Lucrecia Martel, La Ciénaga, qu’elle a présenté le 20 mars au cinéma ABC. Nous vous proposons de visiter le site de Médiapart pour lire l’entretien avec Anne-Marie Métailié réalisé à Toulouse, le 22 mars 2018, par Marie-Françoise Govin. Suite

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