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4 janvier 2018

« Les langues coupées » de Gloria Bernal Acevedo : un livre sur la violence sexuelle dans le conflit armé colombien

Originaire de Antioquia en Colombie, l’écrivaine colombienne Gloria Bernal Acevedo est avocate et criminologue, spécialisée en violence de genre. Son dernier livre, Langues coupées ou le réalisme quotidien, en édition bilingue, traite de la violence sexuelle contre les femmes et les homosexuels, du machisme exacerbé par la force et l’impunité dans le contexte du conflit colombien. Invitée des Belles latinas 2017, l’auteure a accepté de répondre à nos questions.

Photo : BM de Lyon – Gloria Bernal deuxième de gauche à droite.

Pourquoi vous êtes-vous intéressée à cette thématique ?

À partir du moment où je me suis intéressée au conflit armé du point de vue d’une perspective juridique, ma préoccupation fut comment amener sur le terrain judiciaire les cas de violence sexuelle comme arme de guerre. Le premier pas fut comment rendre visible ce qui était caché et qui ne donnait jamais lieu à des enquêtes. Le langage doit descendre jusqu’au contexte de la violence ; il faut comprendre ce que dit une femme victime de la violence quand elle parle, comprendre ses mots dans un contexte quasi encodé parce qu’il existe des sentiments complexes de culpabilité et d’incompréhension sur ce qu’il s’est passé. Je me suis décidée à enquêter sur ce thème lorsque je me suis rendue compte que les enquêteurs qui traitaient des violences contre la population civile, ne demandaient jamais aux femmes si elles avaient subi des violences sexuelles. Les femmes, encore moins les fillettes, n’osaient pas aborder ce sujet si personne ne leur demandait.

La justice transitionnelle aux paramilitaires a-t-elle apporté quelque chose ?

Aborder ce thème dans un pays qui n’a pas encore abordé le post conflit est assez paradoxal et complexe. Les procès transitionnels des paramilitaires depuis 2005 ont incontestablement été importants, comme le sont aujourd’hui ceux des FARC. Les paramilitaires ont confessé environ 60 000 délits sur 12 ans, parmi lesquels des massacres, des assassinats, des disparitions forcées, des évacuations forcées. Les délits de violence sexuelle ne furent pas reconnus. Cependant, suite à des enquêtes, il a été possible d’établir des centaines de délits de ce type. Cette procédure transitionnelle contre les paramilitaires, connue comme « Justice et Paix », a permis de révéler la vérité sur ce qu’il s’est passé. Bien que partielle, elle a au moins permis de trouver des auteurs de délits qui n’auraient jamais été découverts si ce n’était par leurs confessions. Il est important de mentionner que 33 % des guérilleros démobilisés sont des femmes guérilleras. La procédure de fin d’un conflit armé ne se fait pas en un an. C’est complexe parce qu’il faut matérialiser les accords de paix et placer ces crimes dans l’espace judiciaire, mais la perspective est encourageante. C’est aussi l’occasion de s’interroger sur la place de la littérature dans le processus de paix en Colombie.

D’après les propos de Gloria BERNAL,
traduction et adaptation par Jac FORTON

Gloria Bernal à Bellas Latinas ici 

Discours du président de la République : Emmanuel Macron adresse ses vœux à la presse

Ce mercredi 3 janvier 2018 à l’Élysée, le président de la République française, Emmanuel Macron a adressé ses vœux pour la nouvelle année à la presse. L’occasion de revenir sur les événements qui ont marqué l’année 2017. Nous reproduisons des larges extraits de son discours.

« Je suis très heureux, quoi qu’en disent certains, de vous retrouver aujourd’hui en ce lieu pour, en effet, vous venez de le rappeler, ce qui est une tradition mais ce qui consiste, à un moment où l’année tourne sur ses gonds, à la fois à venir sur ce qui a été, à se fixer quelques résolutions et à partager quelques convictions. Avant toute chose et avant que ces convictions ne soient partagées, ce sont bien évidemment des vœux, des vœux de santé, de réussite personnelle et professionnelle que je veux ici formuler à votre endroit.

Quelques convictions parce que, ce qui nous lie, ce qui vous fait présents ici, dans cette salle, c’est cette grande Histoire démocratique qui lie en effet la presse au pouvoir. Et pour la considérer pleinement, regarder tous les défis, il ne faut pas simplement regarder notre quotidien et ses vicissitudes, mais peut-être commencer par regarder plus au large et vous l’avez là aussi mentionné.

En 2017, 67 de vos confrères sont morts en exerçant leur métier. Ils sont morts sur des théâtres de guerre, ils sont morts assassinés par les criminels qu’ils dénonçaient, ils sont morts pour avoir cherché la vérité là où régnait souvent le mensonge. Et si ce chiffre est en baisse par rapport à 2016, c’est parce qu’il est des endroits du monde où les journalistes ont compris qu’ils étaient des cibles privilégiées et où beaucoup ont renoncé à se rendre. Et je voudrais ici que nous ayons une pensée toute particulière pour Stephan Villeneuve et Véronique Robert, ainsi que pour leur fixeur kurde, Bakhtiyar Haddad, tous les trois morts à Mossoul cette année dans l’explosion d’une mine.

Ce sont aussi 326 journalistes aujourd’hui emprisonnés parce que leur parole dérange. Parce qu’il n’a pas suffi de censurer, il a fallu mettre au secret ceux qui s’aviseraient d’écrire ou de parler. La liberté de la presse n’est pas une liberté spéciale, elle est la plus haute expression de la liberté. C’est pourquoi elle est la première liberté supprimée par les régimes autoritaires. Cette situation n’est jamais acceptable et chaque fois que nous le pouvons, nous devons intervenir pour que les journalistes emprisonnés soient libérés.

C’est pour cela que la France ne doit pas renoncer à dialoguer avec les régimes qui ne partagent pas nos valeurs et j’ai constamment tenu cette ligne consistant à la fois à défendre nos principes, nos libertés, notre exigence, mais à poursuivre le dialogue indispensable qui permet à un moment d’obtenir des résultats.

Se murer dans un silence qui peut être un temps confortable, dicté par la réprobation morale, ne permet pas bien souvent d’obtenir les résultats concrets et indispensables. Avec la Turquie, nous avons eu deux épreuves au cours des derniers mois avec les arrestations du photo reporter Mathias Depardon et de l’étudiant en journaliste Loup Bureau, vous vous en souvenez, Madame la Ministre. (…)

C’est aussi pourquoi je veux que cette liberté, reconnue et garantie par les conventions internationales, soit effectivement protégée et placée sous la protection des Nations Unies. Lors de mon intervention à l’assemblée générale des Nations Unies en septembre dernier, j’ai plaidé pour la création d’un poste de représentant spécial du secrétaire général à la protection des journalistes. Antonio Guterres a entendu ce vœu, il en partage la préoccupation et il a déjà commencé à mettre en place cette mission qui devrait voir le jour durant le semestre à venir. Parce que nous vivons aujourd’hui en un temps si barbare, comme l’aurait écrit Péguy, écrire la vérité, chercher la vérité, écrire – je le cite de mémoire donc imparfaitement – « sur une feuille propre et proprement » est irremplaçable.

La liberté de la presse aujourd’hui n’est plus seulement attaquée par les dictatures notoires, elle est aussi malmenée dans des pays qui font partie des plus grandes démocraties du monde. Elle est malmenée jusqu’en Europe. Vous avez à l’instant, Madame la Présidente, cité plusieurs pays européens qui, en effet, sont en train de bousculer la liberté de la presse et lorsque je me suis rendu devant la Cour européenne des droits de l’homme, j’ai fait part avec détermination de mon souhait que la Turquie et la Russie, signataires de la Convention européenne des droits de l’homme, respectent les engagements qu’implique leur adhésion, notamment en matière de liberté de la presse. (…)

Mettre plusieurs de ces pays au ban qui de la Convention européenne des droits de l’homme, qui parfois de l’Union européenne serait trop facile. Il faut mettre en place les sanctions prévues par nos traités, ce que, pour ce qui est de l’Union européenne, la Commission européenne a commencé de faire. Mais tout en les gardant dans le cercle exigeant de ses acquis de l’Histoire, nous devons mener cette bataille et cette bataille a un nom, c’est celle qui consiste à défendre pleinement l’effectivité de toutes les libertés de nos démocraties parce qu’une tentation est là qui existe, croissante, aux frontières de l’Europe comme au sein de l’Europe, c’est la tentation des démocraties illibérales.

La crise que nous vivons aujourd’hui n’a pas de précédent dans notre époque contemporaine, c’est cette rupture entre une économie de marché, des classes moyennes, des équilibres sociaux, la démocratie et l’attachement aux libertés qui vont avec. Ce socle, qui depuis le XVIIIe siècle avait construit le progrès continu de nos démocraties, est en train de se fissurer et, au nom de la protection d’un État, au nom parfois de la lutte contre tel ou tel risque, telle ou telle menace extérieure, d’une fascination nationaliste qui revient au portillon, plusieurs régimes politiques sont tentés par l’illibéralisme politique et à chaque fois, c’est évidemment la presse qui est la première menacée.

Lorsque le contrepouvoir que la presse constitue commence à être bâillonné, limité, encadré, lorsque l’indépendance de la Justice est remise en cause – et bien souvent, ces réformes sont jumelles –, c’est la vitalité de nos démocraties dans ce qu’elles portent depuis plusieurs siècles qui est ainsi bousculé. C’est un édifice fragile que la démocratie et nous sommes en train à nouveau d’en mesurer la fragilité. Elle tient à quoi ? À l’exigence des peuples, au sens de l’histoire des dirigeants et à la capacité des puissances voisines de porter cette exigence aussi.

(…) Cette montée des fausses nouvelles est aujourd’hui totalement jumelle de cette fascination illibérale que j’évoquais puisqu’elle est bien souvent financée par les mêmes, elle est bien souvent utilisée par des puissances qui s’amusent en quelque sorte des faiblesses de la démocratie, de son ouverture extrême, de son incapacité à trier, à hiérarchiser, à reconnaître au fond une forme d’autorité. Mais qu’est-ce que l’autorité au sens étymologique du terme ? Le fait de reconnaître même qu’il y a un auteur, l’auteur de quelque chose qui est inventé ou l’auteur d’une vérité construite par un travail d’investigation. Vous êtes toutes et tous des auteurs et vous avez, dans ce monde des nouvelles devenu mondialisé, permanent, instantané, une part d’autorité. La nier ou considérer qu’elle vaut la même chose que le moindre blogueur, que le moindre diffuseur de propagande, c’est nier la spécificité même de ce qui vous constitue et c’est accepter collectivement de laisser progressivement la défiance s’installer dans notre système démocratique.

(…) Les pouvoirs du régulateur, qui seront par ailleurs profondément repensés durant l’année 2018, seront accrus pour lutter contre toute tentative de déstabilisation par des services de télévision contrôlés ou influencés par des États étrangers. Cela permettra au CSA repensé notamment de refuser de conclure des conventions avec de tels services en prenant en compte tous les contenus édités par ces services, y compris sur Internet. Cela lui permettra aussi, en cas d’agissement de nature à affecter l’issue du scrutin, que cela soit en période préélectorale ou électorale, à suspendre ou annuler la convention.

Si nous voulons protéger les démocraties libérales, nous devons savoir être forts et avoir des règles claires. Ce nouveau dispositif impliquera un devoir d’intervention de la part des intermédiaires techniques afin de retirer rapidement tout contenu illicite porté à leur connaissance. Le contenu de ce texte sera détaillé dans les semaines qui viennent. Sa préparation sera importante car aucune des libertés de la presse ne doit être remise en cause par ce texte et votre regard sera à cet égard très important et des consultations seront prévues à cet effet. Au-delà, il est évident que nous devons continuer à responsabiliser les plateformes et les diffuseurs sur Internet qui ne peuvent continuer de mélanger toutes les catégories d’informations et qui, comme nous avons commencé à le faire sur la propagande terroriste, doivent être responsabilisés sur toutes les formes d’intervention qu’ils véhiculent.

Mais le deuxième type d’action indispensable dépend de vous. Je sais que beaucoup parmi vous réfléchissent sur la déontologie du métier de journaliste et la démarche de Reporters sans frontières d’inventer une forme de certification des organes de presse respectant la déontologie du métier me paraît à cet égard non seulement intéressante, mais souhaitable. Il vous revient d’organiser en quelque sorte les règles de votre profession si nous ne voulons plus que tout puisse se valoir et qu’aucune hiérarchie ne soit faite. L’heure est sans doute venue pour votre profession de s’unir autour de principes fortement réaffirmés en un temps de fragilité démocratique et 2018, je le souhaite vivement, sera l’année de ce débat de fond parce que toutes les paroles ne se valent pas et parce qu’il est même des paroles qui ne sont ni journalistiques ni innocentes, mais de propagandes et de projets politiques nocifs pour nos démocraties.

Cela est d’autant plus nécessaire que le système médiatique est en pleine recomposition. Vous l’avez évoqué, Madame la Présidente, l’impact du numérique ne cesse de se prolonger et de bouleverser les pratiques et la logique économique. Il bouleverse et continue de bouleverser, parce que cette chronique n’est pas nouvelle, les modes de diffusion de la presse écrite, ce qui impliquera, dans l’année qui vient, des actions des actions indispensables de l’ensemble des acteurs de la profession pour que celles et ceux qui diffusent, des messageries jusqu’aux kiosquiers, puissent continuer à avoir un modèle économique soutenable qui vous permette, pour celles et ceux qui travaillent dans le cadre de la presse écrite, de pouvoir toucher le lecteur final et de continuer à avoir l’organisation, la logistique, le maillage qui permette l’efficacité de votre action.

(…) Il nous reviendra au niveau national et européen durant l’année 2018 d’aborder ce sujet qui a une dimension fiscale, économique, culturelle mais qui est un indispensable chantier si nous voulons préserver le pluralisme et récompenser celles et ceux qui produisent, font œuvre de vérification ou d’invention. Dans ce contexte tout particulier il est évident que la France et l’Europe devront tirer toutes les conséquences de la décision prise par les Etats-Unis de mettre fin à la neutralité d’Internet et que cette décision aura des conséquences économiques qui impacteront immanquablement certains acteurs de votre secteur et qui contribueront là où elle sera pratiquée vraisemblablement à accroître les travers que je viens d’évoquer en donnant un pouvoir plus prescripteur à des plateformes qui peuvent décider sans doute encore demain davantage qu’hier des règles économiques là où elles sont devenues dominantes.

Il y a donc une économie des médias à réinventer en profondeur qui impliquera une réflexion collective que je souhaite que nous menions durant l’année 2018. Une part de ces réflexions aura des conséquences nationales, d’autres des conséquences européennes. Et aussi vrai que nous nous battons au quotidien pour défendre le droit d’auteur et l’ensemble des droits y afférant il est indispensable que l’Europe porte un modèle économique viable pour le pluralisme et la presse.

De même, et c’est un des autres aspects indispensables de l’évolution de votre secteur, les bouleversements dans l’actionnariat des médias suscitent parfois une certaine inquiétude sur la liberté de la presse. Certaines habitudes rédactionnelles ont été prises pour signaler les conflits d’intérêts possibles entre actionnaires et rédactions mais ce n’est sans doute pas suffisant, il faudrait sérieusement réfléchir à un système de fondation entre actionnaires et rédactions afin que s’interpose une structure mixte garantissant la pleine indépendance rédactionnelle, institutionnalisant cette indépendance et protégeant ainsi les deux parties du soupçon, toujours lui, d’ingérence.

(…) Le service public doit pouvoir par nature s’adresser à tous et pour cela il doit travailler sur les contenus et sur les usages, les contenus, l’organisation, l’organisation de la tutelle aussi par trop tatillonne et de fait inefficace sont des sujets que nous avons souhaités avec le Premier ministre et la ministre remettre sur le métier.

Ce contexte global, les valeurs que nous souhaitons défendre, la situation des médias est claire, le tour que j’ai souhaité donner à notre relation et sur lequel, Madame la Présidente, vous êtes revenue. Parce que je crois justement que nous vivons un temps où cette relation doit reposer sur une exigence accrue et sur un principe partagé, celui de la dignité démocratique. Trop souvent pouvoir et médias ont donné l’impression d’une complicité et parfois d’une brutalité qui était son revers dont cette dignité démocratique fut la première victime.

C’est pourquoi je crois beaucoup plus fécond que chacun exerce son rôle dans son intégrité à distance des tentations de castes et de pugilats outranciers et avec un retour aux fondamentaux qui est d’abord le respect. Vous n’avez jamais entendu dans ma bouche des mots irrespectueux à l’égard de la presse et vous ne les entendrez jamais. Car nous vivons aujourd’hui bien plus au fond qu’un quotidien mais un combat commun, celui que j’évoquais au début de mon propos. Et il implique une exigence réciproque, celle que vous avez rappelée, d’avoir du côté du gouvernement mais de l’ensemble de ceux qui sont dans l’action politique une action, la clarté et des réponses aux questions soulevées et une question n’est jamais mauvaise.

De l’autre côté, une exigence de vérité, d’équanimité, une culture de l’interrogation qui ne peut pas être non plus celle du soupçon. Cette distance légitime c’est celle qui existe entre le pouvoir et le contre-pouvoir et la proximité à laquelle nous avions pu parfois nous habituer je pense n’était bonne ni pour le pouvoir politique ni pour l’exercice du métier de journaliste. Parce qu’elle a consisté parfois à donner plus de place à des propos d’antichambres qu’aux propos tenus de manière officielle.

(…) C’est pourquoi ces vœux sont pour moi aussi l’occasion de vous remercier du travail que vous accomplissez chaque jour. Je suis attentif aux fruits de ce travail, je lis, j’écoute, je regarde, pas tout mais beaucoup, et il ne suffit pas de chanter les mérites du pluralisme et de la liberté de la presse, nous nous devons comme dirigeants politiques d’être attentifs aux voix qui s’élèvent et qui sans vous resteraient muettes parce qu’elles expriment une inquiétude, une indignation intime que porte un journaliste ou parce qu’elles retranscrivent une part de ce qui a été ainsi capturé dans la population.

Nous nous devons de prendre en considération ces regards, ces opinions, ces interpellations que vous faites émerger, car cela nous éclaire. Parce que cela fait vivre la réflexion, parce que cela développe cette capacité de jugement qui est au cœur de la vitalité démocratique. C’est pourquoi je tenais, en ce moment des vœux, à vous remercier pour le travail accompli dans ce contexte.

Parce qu’à la fin, ce qui justifie ce à quoi je crois profondément dans la relation qui nous lie, c’est que ni le pouvoir politique, ni les journalistes ne sont le fond de l’affaire. Nous avons parfois collectivement, par narcissisme, trop tendance à le penser, faisant de la vie des gens le fond du décor. Le cœur de ce qui nous lie, c’est le quotidien de nos concitoyens et le destin du pays. A la fin, il n’y a que cela qui compte.

(…) La France est une grande Nation politique et démocratique. Nos concitoyens aiment ce qui fait notre quotidien en partage. Donc, ils aiment lire, entendre, comprendre, contester, soutenir, débattre. Pour toutes ces raisons, le travail des journalistes que vous êtes est indispensable. Plus la presse française sera forte, écoutée, respectée, plus la France le sera. Plus la presse internationale présente ici sera forte, écoutée, respectée, plus la France sera comprise, partagée et pourra rayonner. C’est pourquoi les vœux que je forme à votre endroit sont des vœux que je forme aussi pour le pays. Je vous en remercie et bonne année. Merci à vous. »

Emmanuel Macron

Ci-joint la version complète en format PDF

L’esprit rock du nouveau film de Julio Hernández Cordón : « Las Marimbas del Infierno »

Détrôné par la musique enregistrée, Don Alfonso n’animera plus les soirées musicales des halls d’hôtels… Pour continuer à vivre de sa musique et de son marimba, il n’a d’autre issue que de tenter l’aventure imaginée par Chiquilín, son neveu, et maintenant manager : associer le marimba à la légende vivante du heavy Métal au Guatemala, « El Blacko ». Ainsi naîtront « las Marimbas del Infierno », une expérience unique de fusion musicale et d’esprit rock dans un pays en plein chaos.

Photo : Las Marimbas del Infierno

Voici un film étonnant. Réalisé en 2010, il devait sortir en France en mai 2012, mais le distributeur fait faillite juste avant. Il a fallu près de cinq ans pour que le coproducteur français récupère les droits. Le film sera finalement en salle le 10 janvier prochainJulio Hernández Cordón rencontre Don Alfonso en 2007 qui lui explique qu’il a été victime d’une tentative d’extorsion et attaqué dans sa maison. Après avoir mis sa famille à l’abri, il vit seul, surveillant son marimba, l’instrument national du Guatemala et son gagne pain. Il est coursier le jour et cherche à jouer pour les mariages et les fêtes le soir. Trois ans plus tard, Julio Hernández Cordón lui propose de faire un film à partir de ses mésaventures.

El Blacko fut une grande star du heavy metal au Guatemala, capable de remplir un stade de 70 000 places, en 1989. Mais les temps sont devenus durs. Il est médecin mais, vu sa dégaine, personne ne le veut. De plus, il a été dans une secte satanique, puis évangélique et est maintenant « un fils des lois de Noé », une secte qui emprunte à des rites juifs. Il ne joue donc pas durant le sabbat, mais reste une star de la musique underground. Quant à Chiquilín, aujourd’hui décédé, il était conducteur de grues et le réalisateur le rencontra à l’école de cinéma où il donnait des cours. Il vivait dans les sous sols de l’école et fit quelques petits rôles.

Julio Hernández Cordón imagine une histoire pour faire rencontrer ces personnes.« Las Marimbas del Infierno de Julio Hernández est le portrait d’une génération charnière, explique Javier Payeras, conteur, poète et essayiste. Des jeunes qui sont passés de la dictature à la démocratie. Une démocratie sans emplois, sans éducation et sans perspective de transformation politique. Le portrait aussi d’un heavy metal militant, moyen choisi par certains guatémaltèques pour s’extraire de la pesanteur chrétienne, prude et consumériste, dont nous avons hérité. Un jeune métalleux au Guatemala est presque toujours un déraciné, issu de la classe ouvrière. Il est probablement l’image la plus authentique de la dissidence dans notre société. Si les personnages d’Hernández nous sont aussi proches c’est parce qu’ils représentent cette folie – cette persistance – nécessaire pour s’éloigner des rives de la « normalité » et nous extraire de ce présent douteux. »

Julio Hernández Cordón n’est pas un spécialiste du heavy metal. Ce qui l’a intéressé, c’est que ces personnes « sont nées pour ne pas se rendre. Celui qui ne se rend pas sait rester debout même si il sent que cela va mal finir. Je les admire parce qu’ils font ce qu’ils aiment et en assument pleinement les conséquences. Le fric est la dernière de leur motivation. » En 2013, Julio Hernández Cordón quitte Guatemala City pour s’installer à Mexico où il travaille à la programmation de la Cinémathèque Nationale et anime un atelier de réalisation. Son dernier film, Atrás hay relámpagos, fut présenté à Rotterdam en 2017. Las Marimbas del Infierno, un film plein d’humanité et d’humour à découvrir, même si l’on n’adore pas le heavy metal.

Alain LIATARD

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« Le développement. Vicissitudes d’une identité structurante » : le nouveau numéro des « Cahiers des Amériques latines »

Les Cahiers des Amériques latines sont une publication de référence dans le paysage latino-américaniste international depuis la fin des années 1960. Ouverte à toutes les sciences humaines et sociales, la revue constitue un support de transmission des savoirs universitaires, mais aussi un espace de réflexion et de débat sur l’actualité latino-américaine. Elle parait au rythme de trois livraisons annuelles, chacune d’entre elles étant articulée autour d’un dossier thématique. Le dernier numéro, n° 85, du mois de décembre 2017 est consacré au développement en Amérique latine sous la direction de Marcelo Sili et Andrés Kozel.

Le dossier de ce numéro propose un panel d’approches des nouveaux discours sur le développement en Amérique latine : développement durable, néodéveloppementalisme, développement dans le néolibéralisme, post-développement, développement dans le socialisme, développement local/développement territorial, développement dans le champ artistique et culturel.

Après une certaine éclipse, les concepts de « développement » et de « développementalisme » ont regagné une place centrale dans les champs politique, économique et académique de l’Amérique latine.  À partir de l’an 2000, des courants et des voix diverses, souvent opposées, prônent le « développement durable », le « développement soutenable », le « néodéveloppementisme » ou le « néodéveloppementisme indigéniste ». Parallèlement, s’est déployée une nouvelle trame discursive « post-développementiste ». Plus ou moins radical, ce discours critique est aussi force de propositions avec des concepts telles que « le bien vivre » (sumak kawsay en Équateur, suma qamaña en Bolivie). D’autre part, les courants néolibéraux ne cessent de redéfinir le concept de développement. Ce dossier cartographie et analyse ces nouveaux discours en Amérique Latine en les situant dans l’histoire et par rapport aux pratiques économiques et politiques actuelles. Les débats, intenses, autour du concept de développement sont l’indice d’une nouvelle charnière dans l’histoire régionale.

Andrés Kozel est sociologue à l’université de Buenos Aires et docteur en études latino-américaines de l’Unam. Il est aujourd’hui chercheur au Conicet argentin et professeur au sein du master en études latino-américaines de l’Universidad Nacional de San Martín. De 2013 à 2016, il a coordonné le GT-Clacso « El antiimperialismo latinoamericano » qui a notamment mené à l’édition du livre El imaginario antiimperialista en América Latina (Clacso, 2015). Il est auteur de nombreux ouvrages, dont La Argentina como desilusión (Unam, 2008) et La idea de América en el historicismo mexicano (El Colegio de México, 2012), et également d’articles sur la pensée latino-américaine contemporaine.

Marcelo Sili est géographe à l’Universidad Nacional del Sur (Argentine) et docteur en études rurales à l’université de Toulouse. Il est aussi chercheur au sein du Conicet argentin, directeur de l’Adeter (Centre d’analyse de l’action et du développement territorial) et professeur titulaire et invité dans diverses universités et masters en Amérique latine et en Europe. Il est l’auteur de nombreux livres et articles scientifiques sur les questions de développement en Amérique latine et d’ouvrages de vulgarisation, comme l’Atlas de la Argentina Rural (Capital intelectual, 2015), ou encore l’Atlas Rural del Ecuador (Instituto Geográfico Militar del Ecuador, 2017). Il est enfin consultant senior sur des projets de développement en Amérique latine pour des organismes nationaux et multilatéraux (Banque mondiale, FIDA, JICA, entre autres).

Contact : éditions de l’IHEAL : 28 rue Saint-Guillaume 75007 Paris. Voir SITE Pour plus de détails, consulter le sommaire de ce numéro.

Federica Mogherini, porte-parole de la diplomatie européenne, en visite à Cuba

Le site français de Zonebourse vient de publier une dépêche concernant la visite deFederica Mogherini, porte-parole de la diplomatie européenne, est arrivée mercredi 3 janvier dernier à Cuba pour une visite axée sur le renforcement de la coopération politique et économique avec l’île.

Photo : CEE-Presse

La haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères va « reconfirmer la forte relation entre l’UE et Cuba » et défendre une « mise en œuvre rapide et ambitieuse de l’Accord de dialogue politique et de coopération » (ADPC), a annoncé le service européen pour l’action extérieure dans un communiqué. Dans la foulée de la détente entre Cuba et les États-Unis en 2015-2016, l’Union européenne a levé toutes sanctions pesant sur l’île communiste et négocié cet accord de coopération sans précédent entre Bruxelles et La Havane.

L’UE espère par ce texte signé en décembre 2016 et ratifié en novembre permettra à des entreprises européennes de s’implanter sur l’île, à mesure de l’ouverture progressive de l’économie, et de promouvoir les libertés politiques auprès du régime dirigé par Raul Castro. Lors de sa visite de deux jours, Federica Mogherini rencontrera le ministre du Commerce extérieur, Rodrigo Malmierca (mercredi), ainsi que le primat catholique de l’île, l’archevêque Giorgio Lingua, et le ministre des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, jeudi. L’Union européenne est l’un des premiers partenaires commerciaux de La Havane et le premier donateur en termes de coopération au développement et d’investissement étranger.

D’après Marc FRANK et Julie CARRAIT
pour le service français

Le président péruvien Pedro Pablo Kuczynski a-t-il évité sa destitution en libérant l’ex dictateur Fujimori ?

Condamné en 2009 à vingt-cinq ans de prison pour crimes contre l’humanité commis durant sa dictature, l’ancien président Alberto Fujimori a été « grâcié » par l’actuel président Pedro Pablo Kuczynski. Était-ce en échange de voix fujimoristes pour éviter sa destitution ?

Photo : elcomercio.pe

En décembre 2017, le président Pedro Pablo Kuczynski (plus connu comme PPK), accusé de « corruption » par un groupe de parlementaires pour avoir reçu plus de 5 millions de dollars de pots-de-vin de la part de l’entreprise brésilienne Odebrecht, était menacé de destitution. « PPK » avait toujours nié avoir reçu cet argent jusqu’au moment où le PDG de cette firme, Marcelo Odebrecht, a reconnu : « nous avons très certainement financé les campagnes électorales » des quatre derniers présidents péruviens[1] ainsi que celle de Keiko Fujimori, fille de l’ancien dictateur, candidate malheureuse aux élections de 2016. Malgré son déni, le conflit d’intérêts du président Kuczynski est évident : son entreprise Westfield « conseillait » Odebrecht dans ses licitations auprès du gouvernement d’Alejandro Toledo dont il était ministre de l’Économie !

Une destitution évitée de justesse…

Pour pouvoir destituer le président Kuczynski, le Congrès unicaméral devait réunir au moins 87 voix sur les 130 députés. Pour éviter sa destitution et obtenir le soutien de Fuerza Popular, le parti fujimoriste, PPK avait laissé entendre depuis fin 2017 qu’il était favorable à une « grâce humanitaire » pour le dictateur emprisonné. Or les deux enfants de l’ex-dictateur sont députés : Keiko Fujimori, sa fille, présidente du parti, était en faveur de la destitution ; Kenji, son fils, légèrement dissident du même parti, qui exige la libération de son père depuis longtemps, hésitait à voter. Surprise lors du vote du 21 décembre : non seulement Kenji s’est abstenu mais neuf autres députés fujimoristes l’ont suivi, ce qui permettait d’éviter la destitution du président. Trois jours plus tard, PPK « graciait » le dictateur Alberto Fujimori, ce qui l’autorisait à quitter la prison et à purger le reste de sa peine chez lui.

…mais à quel prix ?

Les accusations de « magouille » ont immédiatement fusé de toutes parts. De fait, il semble que cette « libération » déguisée se préparait depuis longtemps. La seule façon « honorable » de libérer Fujimori était de lui octroyer une « grâce humanitaire » en cas de maladie grave. Il fallait donc que les administrations correspondantes soient dirigées par des partisans de la libération. Quand on est président, c’est simple : on démet ceux qui sont « contre » la libération et on les remplace par des partisans du « pour » ! Une fois élu, PPK s’est mis au travail : tout d’abord, il démet la ministre de la Justice, Marisol Pérez, et la remplace par Enrique Mendoza, favorable au « pour » ; ensuite, il nomme un amiral « pour » au ministère de la Santé. Un mois plus tard, il nomme un nouveau président à la Commission des grâces présidentielles. Puis il change les trois membres de la Junta Médica Penitenciaria (Commission médicale pénitentiaire) qui décide si l’état de santé d’un prisonnier permet qu’il puisse accomplir sa peine à domicile. Parmi ces nouveaux membres, un certain Juan Postigo, qui se trouve être le chirurgien qui a opéré Fujimori, qu’il connait depuis 20 ans !

Fin décembre dernier, juste avant le vote devant décider de la destitution ou non du président, Alberto Fujimori dépose une demande de transformation de sa peine en détention domiciliaire et Juan Postigo propose à la Commission des grâces présidentielles un indulto, « une grâce pour raisons humanitaires » de l’ex-dictateur « atteint d’un cancer terminal ». L’abstention du courant Kenji Fujimori sauve le président de la destitution et celui-ci signe immédiatement la grâce de l’ex-dictateur. Pour de nombreux analystes, le président Kuczynski est maintenant « entre les mains du fujimorisme », un courant politique conservateur, défenseur du néolibéralisme à outrance imposé par l’ancien dictateur dont les opposants craignent que la libération ne nourrisse le côté autoritaire de Fuerza Popular, le parti créé par lui, actuellement contrôlé par sa fille Keiko qui a de bonnes chances de gagner les prochaines élections…

Des réactions indignées

Ces magouilles politiques soulèvent l’indignation tant au Pérou qu’à l’étranger. Trois ministres péruviens ont déjà démissionné : Carlos Basombrio de l’Intérieur, Jorge Nieto de la Défense et Salvador del Solar de la Culture, ainsi que plusieurs hauts fonctionnaires. 230 auteurs péruviens  (dont Alfredo Bryce Echenique et le Prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa), ont signé un manifeste dans lequel la libération de Fujimori est jugée « illégale et irresponsable ». Ils rappellent que l’ex-président a été « responsable d’un coup d’État en 1992 » et « condamné pour violation des droits de l’homme » : en bref, l’organisation sous son gouvernement d’escadrons de la mort coupables de l’assassinat de dizaines de personnes (y compris des enfants) lors de la guerre contre l’organisation terroriste « Sentier Lumineux », guerre ayant provoqué la mort de 70 000 personnes, la disparition de 15 000 autres et la stérilisation forcée de 350 000 femmes surtout dans les régions rurales et andines…

Pour la française Agnès Callamard, Rapporteure spéciale des Nations Unies pour les exécutions extrajudiciaires, et le Colombien Pablo de Greiff, Rapporteur spécial pour la promotion de la vérité et de la justice, « c’est une gifle infligée aux victimes et aux témoins dont l’engagement infatigable a mené le dictateur devant la justice… Les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles… ». C’est aussi un pas en arrière pour la justice, qu’elle soit péruvienne ou de compétence universelle.

Jac FORTON

[1] Pedro Pablo Kuczynski, Alejandro Toledo, Ollanta Humala et Alan García.

« Venezuela, naissance d’une dictature ? » : une enquête menée par « Envoyé spécial » bientôt sur France 2

« Venezuela, naissance d’une dictature ? » : un reportage de François Cardona et Vincent Rimbaux, diffusé dans le magazine Envoyé spécial sur France 2. La programmation de ce sujet présenté par Elise Lucet est prévue le jeudi 11 janvier prochain.

Photo : el-carabobeno.com

Que se passe-t-il au Venezuela : le pays bascule-t-il lentement vers la dictature ou bien se défend-il contre les sanctions américaines ? Une équipe d’Envoyé Spécial a pu suivre, de façon exceptionnelle, les partisans du régime, les gardiens de la « Révolution » de Hugo Chavez.

France 2 présente ainsi le sujet : « Hugo Chavez, mort en 2013, est partout : son visage, ses yeux, s’affichent en grand dans les rues de Caracas. Son successeur, Nicolas Maduro, l’invoque en permanence pour faire taire ses opposants. Depuis des mois, des manifestations réclamant son départ sont réprimées, causant des dizaines de morts. Le pays, soumis à des sanctions américaines et miné par la corruption, est en faillite. Malgré les immenses ressources pétrolières, des millions de Vénézuéliens souffrent de la faim : supermarchés presque vides, denrées alimentaires hors de prix, hôpitaux sans médicaments. Pourtant, ils sont nombreux à soutenir le régime. Qui sont ceux qui croient encore dans les idéaux de Hugo Chavez, et qui approuvent Nicolas Maduro ? »