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juin 2017

Le prochain festival Biarritz Amérique latine de septembre a un nouveau délégué général

La 26e édition du Festival Biarritz Amérique latine se déroulera du 25 septembre au 1er octobre 2017. Dans le cadre de l’Année croisée France-Colombie 2017, le cinéma et la culture colombienne seront mis à l’honneur. La programmation sera annoncée au mois de juillet 2017, le meilleur de la production cinématographique de l’Amérique latine sera alors présenté à Biarritz.

Photo : Presse Biarritz

Ce festival de référence pour le cinéma latino-américain propose trois compétitions de films longs-métrages, courts-métrages, et documentaires. Outre les films en compétition, le festival présente chaque année des focus autour de différentes thématiques. Le festival propose également de découvrir la culture latino-américaine sous d’autres formes avec des rencontres littéraires, des rencontres animées par l’Institut des hautes études de l’Amérique latine), des expositions et des concerts. Le festival veut ainsi favoriser l’émergence de projets entre réalisateurs latino-américains et producteurs français.

Cette année est marquée par l’arrivée de Jacques Arlandis comme nouveau délégué général au sein de l’équipe du Festival Biarritz Amérique latine.Docteur en économie, licencié en sociologie et diplômé de l’École supérieure de commerce de Paris, il rejoint l’Institut de l’audiovisuel et des télécommunications en Europe, avant de se voir confier, en 2002, la direction de la prestigieuse École  nationale supérieure Louis-Lumière. Il crée en 2010 Lavega Productions pour développer des projets cinématographiques, fictions et documentaires en particulier, en partenariat avec des producteurs indépendants latino-américains. Comme réalisateur, il est l’auteur et producteur de La Carte et le Territoire, sur les pas d’Élisée Reclus dans la Sierra Nevada de Santa Marta. Dans l’actualité, il travaille sur un projet de fiction avec le réalisateur uruguayen Esteban Schroeder. Il est également Membre de l’Académie des César depuis 2003.

Camille FERON

Site Biarritz

« Patagonia, el invierno » un film du réalisateur argentin Emiliano Torres en salle cette semaine, salué par la critique

Patagonia El Invierno d’Emiliano Torres, réalisateur argentin, qui sort en France le 28 juin et qui a obtenu l’an passé, le prix spécial du jury au festival Donostia à San Sebastián et le prix du jury au festival Biarritz Amérique latine 2016.

Au sud de la Patagonie, les exploitations sont si vastes que leurs propriétaires qui y viennent, ne s’y posent qu’en avion. Les saisonniers eux, entassés à l’arrière de vieux 4×4, y arrivent comme les moutons. Douze heures de travail harassant par jour, de l’alcool et des putes de temps en temps sont les seuls plaisirs. Pour le vieil Evans (Alejandro Sieveking, remarquable, qui a obtenu le prix d’interprétation masculine à Biarritz), l’heure de la retraite a sonné. Il doit céder la place à un jeune qui veut amener sa famille, mais cet ancien, trop solitaire, au visage buriné y a passé sa vie et quel ailleurs l’attend ?

C’est toute la souffrance d’hommes frustes et fatalistes qui transparaît à travers ce drame, opposé à la bonne conscience d’exploiteurs, contremaitres, intermédiaires ou propriétaires. « Il y a dix ans, explique le réalisateur, j’ai travaillé sur un documentaire tourné en Patagonie et un jour j’ai été pris dans une tourmente de neige. J’ai alors trouvé refuge dans une estancia où vivait un contremaître d’origine anglo-saxonne dans la plus grande solitude. C’est là-bas qu’est née l’esquisse de cette histoire. »  La nature, l’espace, le climat, la neige sont évidemment des éléments très importants pour ce film qui pourrait de ce fait ressembler au documentaire et qui a été primé aussi pour sa photographie.

Le tournage du film, une coproduction entre l’Argentine et la France, s’est déroulé à El Chaitén, El Calafate et Rio Gallegos. Il s’est fait en deux temps : deux semaines en hiver, puis le reste l’été suivant du fait des conditions climatiques très difficiles. Il s’est entouré pour ce premier film de deux acteurs déjà reconnus, Christian Salguero (Paulina, La Patota) qu’il est allé chercher dans la province de Misiones au nord-est pour le rôle de Jara, et Alejandro Sieveking (El Club) un acteur de théâtre chilien pour interpréter Evans et qui s’est fort justement prêté au jeu. Ce monde est un monde d’hommes, solitaires, souvent célibataires, en tout cas sans leur famille. « En Patagonie vivent des gens silencieux qui souvent ne parlent qu’à leurs chiens, leurs chevaux, leur bétail », raconte Emiliano Torres.

Et les relations qui régissent cet univers n’ont guère changé depuis des siècles et sont restées féodales, voire esclavagistes, la seule nouveauté étant le 4 x 4. Le propriétaire est loin, souvent c’est un étranger, là en l’occurrence un Français et son estancia est sous la coupe d’un régisseur sans scrupules. Emiliano Torres, né à Buenos Aires en 1971, a bénéficié de l’aide, en postproduction, du programme Ciné en Construction (San Sebastián et Toulouse)  pour finaliser son film. Un très beau film à ne pas manquer !

Alain LIATARD

Le festival de cinéma de La Rochelle rend hommage au réalisateur colombien Rubén Mendoza

Le 45e festival international du film de La Rochelle se tient cette année du 30 juin au 9 juillet.  Le festival présente environ deux cents films de fiction, des documentaires, des films d’animation, originaires du monde entier, dans tous les formats. Les séances sont toutes ouvertes au public. À travers des rétrospectives, des hommages, des découvertes, des fictions d’ici et d’ailleurs et d’hier à aujourd’hui, mais également des films destinés aux enfants, le festival vous promet de beaux moments d’émotion. Cette année parmi les sections à souligner est l’hommage du festival au réalisateur colombien Rubén Mendoza.

Le cinéma colombien, au sens large, rassemble les productions cinématographiques réalisées en Colombie ou considérées comme étant colombiennes pour diverses raisons. Il est issu d’un processus historique, comme c’est le cas pour tout cinéma national, et s’inscrit dans une dimension industrielle et artistique. Au cours de son histoire, le cinéma colombien n’a pas été considéré comme une industrie rentable, ce qui fit obstacle à une continuité de sa production. Lors des premières décennies du XXe siècle, quelques compagnies ont essayé de nourrir un niveau constant de production ; mais le manque d’appui économique et la forte concurrence étrangère ont cassé les initiatives. Grâce à la création de la Compañía de Fomento Cinematográfico (FOCINE), quelques productions ont pu être réalisées. Cependant, cette compagnie a été liquidée au début des années 1990. Actuellement, grâce à la loi du cinéma approuvée en 2003, des initiatives renaissent autour de l’activité cinématographique, ce qui permet une relance du cinéma colombien, tant sur le plan national qu’international.

Rubén Mendoza réalisateur talentueux et célèbre dans son pays sera mis en lumière lors de cette 45e édition par le biais d’un hommage. En effet cette année les amoureux du cinéma auront la chance de faire la rencontre de celui qui mêle entêtement et obstination dans ses œuvres. Rubén Mendoza sera donc présent au festival du 30 juin au 5 juillet et vous donne rendez-vous le lundi 3 juillet à 16h15 au théâtre Verdière pour la fameuse rencontre qui mêlera moment d’échange et pure émotion avec les fans. Ça sera l’occasion de mettre en avant la Colombie ainsi que le cinéma colombien mais aussi pour certains de faire la connaissance de celui qui est tant reconnu dans son pays.

Tiphania BABA CARDIA

Quelques-unes de ses œuvres : La Sociedad del semáforo (2010) / De la terre sur la langue ( 2013)   / Memorias del cavalerie ( 2014) /El val sin sombras ( 2015, doc)

Nous transcrivons un entretien du journaliste Cédric Lépine de Mediapart avec Ruben Mendoza concernant son film  De la terre sur la langue au festival international du film d’Amiens 2014.

C. L. : Dans ton film, on voit un lien très fort avec le cinéma de Luis Ospina mêlant faux documentaire et vraie fiction : l’enregistrement audio du début du film est-il issu de tes propres archives ?

R. M.  : Non. C’est une construction utilisée pour le film seulement. Je pense qu’il y a de grands mensonges qui servent à dire de grandes vérités, comme l’a très bien illustré Luis Ospina dans Agarrando pueblo et Los Tigres de papel dont je fus également le monteur. Si l’on filme sa propre chambre, qu’est-ce qui est vrai dedans ? Parfois le documentaire peut être beaucoup plus chargé de fiction que la fiction elle-même et inversement. Pour moi seul ce qui importe est l’expression cinématographique en tant que telle. Mon idée est qu’en utilisant des archives sonores j’apporte une part documentaire au film. De la même manière que l’on reconnaît toujours sa langue maternelle, on reste lié à la maison, à la terre, aux paysages de son enfance. Pour écrire mon film il suffit de faire sortir tout cela. Le cinéma est une chose difficile mais il faut rester intègre, loin des tentations de la gloire et de l’argent. Mon film est d’une certaine manière une extension de certains membres de ma famille qui ont aujourd’hui disparu.

Juliette Janin : Peux-tu parler du thème de la terre qui est au cœur du film ?

La terre, c’est tout. Elle est au cœur du conflit dans lequel se trouve la Colombie depuis plusieurs décennies. La terre dans le film est très difficile à travailler et l’on peut y voir une métaphore du pays lui-même. À la campagne, une terre peut permettre de disposer de ressources menant à l’autosuffisance alimentaire. Le problème est que ceux qui ont du pouvoir et détiennent la terre, ne voient pas les choses ainsi puisqu’ils n’y voient que la valeur économique de celle-ci. Certains préfèrent conserver l’illusion que la terre appartient à ceux qui disposent des papiers de propriété plutôt qu’à ceux qui la travaillent avec leurs mains. La vérité est que nous nous retrouvons sur une terre que l’on nous a prêtés. Au-delà de la terre, le problème vient de cet amour excessif pour la possession. Les frontières sont également le fruit de grands mensonges qui ne sont là que pour asservir les travailleurs immigrants. Le problème de la terre se retrouve à travers le monde entier et concerne donc tout le monde.

Est-ce que le personnage de Don Silvio représente une société et une époque qui sont en train de disparaître dans la Colombie actuelle ?

Il représente en effet la nostalgie pour une époque révolue qui fut terrible. Dans mon cas personnel, ce personnage interroge ma propre relation avec mon grand-père et l’héritage du monde qu’il me laisse. Derrière une figure patriarcale se cache beaucoup d’autres figures patriarcales. Le thème de la terre conduit à répéter des choses d’une époque antérieure sans que l’on s’en rende compte.

Dans ton film, le personnage principal reste le grand-père alors que l’on sait peu de choses de ses petits-enfants, de leur vie privée, de leur engagement politique, etc.

C’est en effet ce qui se passe et c’est là un choix esthétique de ma part. Ainsi les cadrages de la caméra sont particuliers avec une image souvent au centre. J’aime beaucoup à cet égard le film de Victor Erice Le Songe de la lumière (El Sol del membrillo), où le peintre Antonio López répond à l’un de ses amis qui lui demande de placer l’arbre au centre de sa toile : « non, au centre il y a tout autre chose. » Quel est le centre des choses ? On retrouve cette idée dans le film et ce qui s’applique au type de cadre, s’applique à l’histoire elle-même, au son, à l’interprétation. Par exemple, pour le premier jour de tournage nous avons traité le passé de Silvio. Les petits enfants ne sont en effet pas au centre de l’histoire, c’est pour cela qu’ils ne sont pas autant développés. Ce que je souhaite montrer est toujours au centre.

Source : mediapart.fr

Paradoxes de la visite du président colombien Juan Manuel Santos à Paris

Leçons paradoxales d’une visite estivale à Paris et à Cannes. Le chef de l’État colombien, Juan Manuel Santos a effectué du 21 au 24 juin 2017, une visite éclair en France, bien paradoxale. Les flonflons du lancement le 23 juin 2017 d’une Année France-Colombie riche en évènements culturels, économiques et sportifs peinent en effet à couvrir les difficultés d’un processus de paix très contesté localement. Mais ils auront et ce n’est pas le moindre des paradoxes mis l’Amérique latine à l’ordre du jour d’un président français aux affinités bien davantage nord que sud-américaines.

Photo : Min. d’Éducation

Pour mémoire et bien situer ce monde de paradoxes, Juan Manuel Santos, a dans ce cours laps de temps, inauguré un Forum économique franco-colombien, prononcé un discours à l’Unesco, été honoré par la Sorbonne-Paris I, d’un titre de Docteur honoris causa, inauguré avec la maire de Paris une place Gabriel-Garcia-Marquez, et enfin assisté à un concert de jeunes binationaux dans la salle de la Philharmonique de Paris. Il a bien entendu dès son arrivée dans la capitale française rencontré son homologue français, Emmanuel Macron.

Paradoxe un, Juan Manuel Santos est un président colombien malheureux. Il a tenté avec succès de mettre un terme à l’un des plus vieux conflits intérieurs. Celui qui oppose, opposait serait aujourd’hui plus exact, la guérilla des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) à l’État et à ses représentants. Mais loin de lui en savoir gré, une majorité des Colombiens électoralement actifs, ont le 2 octobre 2016, refusé de légitimer les accords de paix. Cette bouderie politique reste majoritaire en dépit d’une ratification ultérieure du compromis de paix par le parlement, et de la communication présidentielle sur le sujet. Les sondages les plus récents sont sans appel. 75 % des personnes consultées par l’institut Yanhaas entre les 14 et 17 juin 2017 désapprouvent les accords passés par le président Santos avec les FARC. Le président a publiquement regretté cette incompréhension, à Cannes le 22 juin 2017, devant un auditoire français.

Paradoxe deux, les meilleurs soutiens au processus de paix et à Juan Manuel Santos, l’initiateur, sont en effet étrangers. Le 26 septembre 2016, à Carthagène, il avait reçu les encouragements personnels du secrétaire général de l’ONU, de la quasi-totalité des chefs d’État et de gouvernement d’Amérique latine, et de plusieurs gouvernements européens représentés par l’un de leurs membres. Le jury Nobel lui avait attribué son prix 2016 de la paix. L’Union européenne, apporte un appui matériel et humain à la bonne marche de la période du post-conflit. L’Unesco lui a réservé le meilleur accueil le 23 juin 2017. La France n’est pas en reste. Elle a reçu Juan Manuel Santos en 2011, en 2014, et en 2015. Le président François Hollande a visité la Colombie en 2017. Le Premier ministre, Manuel Valls, s’est brièvement rendu en Colombie, en 2015. Le secrétaire d’État à la francophonie et au développement, André Vallini, représentait la France le 26 septembre 2016. La diplomatie économique, le réchauffement climatique et bien sûr la paix ont été au cœur de ces visites croisées.

L’Année France-Colombie, paradoxe Trois, témoigne de cet engagement. Au-delà des concerts, des expositions, du Tour de France, des manifestations d’amitié et de coopération dans les domaines les plus divers, cette initiative a pour objet de sensibiliser le plus grand nombre de Français à la réussite d’un évènement exceptionnel, un accord entre belligérants alors que l’Afrique et le Moyen-Orient, enchainent des crises sans fin apparente. Elle a en retour vocation à donner aux Colombiens, un sentiment de respect retrouvé. La Colombie, a longtemps, été associée au trafic de drogue, et aux enlèvements. Pablo Escobar et Ingrid Betancourt, portaient à l’extérieur cette page d’histoire qui désormais serait tournée. La France avec cette Année France Colombie, marquée par six mois d’évènements positifs renverrait ainsi l’image d’un pays en train de gagner le pari de la paix et du développement. Reste bien sûr à en convaincre les Colombiens électoralement actifs, Netflix et les auteurs d’un attentat ayant le 17 juin 2017, à Bogota, causé la mort d’une jeune ressortissante française, Julie Huynh.

Paradoxe Quatre, Juan Manuel Santos a donné l’occasion à son homologue français de marquer un territoire absent de sa campagne électorale, l’Amérique latine. Le calendrier est ainsi fait en démocratie. Un chef de l’État nouvellement élu, chausse les souliers diplomatiques de son prédécesseur. C’est la raison pour laquelle entre Donald Trump, Vladimir Poutine et Angela Merkel, en un mois, Emmanuel Macron, le nouveau premier magistrat français, aura reçu ses homologues péruvien, guatémaltèque et colombien. Le séminaire annuel de l’OCDE, de la BID et du ministère français de l’Économie, la visite officielle du président Santos programmée depuis plusieurs mois, ont ainsi imposé leur présence et leur actualité inattendues.

Paradoxe Cinq, enfin, cette accumulation de bons sentiments et d’échanges culturels, économiques et sportifs convaincront-ils les Colombiens des villes, les Colombiens aisés, du bien-fondé de la paix ? L’enjeu des consultations présidentielles et législatives de 2018 pèse lourdement dans la balance. Les intérêts les plus égoïstes, la lutte des places, la perpétuation d’autres agents violents, menacent d’emporter la paix et le Nobel du président Santos. Tout comme elles menacent de façon incongrue la candidature présidentielle de l’ex-maire de Bogota, Gustavo Petro, condamné à payer une amende de 80 millions de dollars pour n’avoir pas augmenté le tarif des transports en commun publics. La France, en tous les cas a confirmé ses engagements antérieurs. L’Agence française de coopération a officiellement été mandatée pour appuyer financièrement le processus de paix. Plusieurs lignes de crédit ont été ouvertes pour le développement rural. Les Français, à défaut d’avoir réussi à convaincre une majorité colombienne des bienfaits de la paix y auront gagné à coup sûr une meilleure connaissance d’un pays et d’une culture trop souvent réduits à leur profil le plus caricatural. La musique de la Garde républicaine a significativement élargi la gamme de ses partitions musicales à la cumbia. Le président Santos a en effet été accueilli à l’Élysée au rythme de Colombia, tierra querida (Colombie, terre qui nous est chère).

Jean Jacques KOURLIANDSKY

New York Madrid, trésors ibéro-américains en navette – Hispanic Society au Prado à Madrid

Trésor est le mot le plus pertinent. Du 4 avril au 10 septembre prochain le musée espagnol de référence, Le Prado, présente 218 des plus belles pièces appartenant à l’ « Hispanic Society ». L’« Hispanic Society  of America», c’est sa dénomination officielle, est tout à la fois un musée et un centre de recherche privé, dont le siège est à New York. Il est consacré aux cultures espagnole, hispano-américaine et portugaise. Méconnu, il est assez peu visité. Il reçoit, selon son directeur, Mitchell A. Codding, vingt mille visiteurs chaque année. Ce qui est dommage compte tenu de la qualité des peintures, sculptures, portulans et incunables qui présentés en ce moment à Madrid, ne représentent qu’une petite part de ses richesses.

L’éventail des pièces présentées dans les salles A , B, et C, du Cloître des Jeronimos, réservées par le Prado aux expositions temporaires, couvre 4 000 ans d’histoire. Vases phéniciens, sculptures romaines, céramiques arabo-musulmanes, des Bibles et livres d’heure des XIIe et XIIIe siècles, une lettre manuscrite de Charles Quint, des missives signées Rubens et Velásquez, une mappemonde de Juan Vespucci, une carte du monde aztèque, stimulent les premières curiosités. Les peintres du siècle d’or, prolongent cet appétit de l’œil avec des œuvres d’Alonso Cano, du Greco, de Murillo, de Velázquez, et de Zurbarán. Le XIXe siècle achève en point d’orgue esthétique, cette étonnante galerie « hispanique » expatriée outre-atlantique nord avec Goya, Rusiñol, Zuloaga et Sorolla.

Reste à comprendre le pourquoi et le comment d’une exposition aussi inattendue qu’exotique. L’Hispanic Society s’était empoussiérée avec le temps. Un coup de balai et de peinture s’imposait. Les travaux se prolongeant jusqu’en 2019, le musée new-yorkais a passé divers accords avec d’autres institutions, en Espagne, aux États-Unis et au Mexique. À tout seigneur, tout honneur, le musée espagnol du Prado a eu la primeur de la première étape de ce périple. Comme toute opération de cette envergure, une organisation privée, espagnole, le BBVA, la Fondation de la banque Bilbao Biscaye a mis la main au portefeuille.

Soit. Mais comment comprendre que des milliers d’œuvres et de livres aient pu traverser l’Atlantique. ? Au point de faire de l’Hispanic Society, une institution historico-culturelle incontournable, pour tous ceux qui s’intéressent aux cultures españolas ? Le curriculum du projet est des plus limpides. Il aura été l’un des derniers avatars des cabinets de curiosité apparus en Europe à l’époque des « Grandes découvertes ». L’esprit des Pics de la Mirandole a été perpétué à la fin du XIXe siècle par quelques riches mécènes, amateurs d’art et d’objets rares. Archer Milton Huntington, fils d’un industriel new-yorkais n’avait pas la passion des affaires. Un voyage en Espagne en 1892, une visite du Prado, une rencontre avec l’impressionniste espagnol, Joaquín Sorolla, lui ont donné un projet de vie. Celui de collectionner toutes sortes d’objets d’inspiration ou de provenance « hispanique » comme on dit aux États-Unis. Il est revenu littéralement bouleversé de sa rencontre avec l’Espagne. « C’est incroyable, je ne sais comment décrire ce que ressens », peut-on lire dans son journal.

Il avait alors 22 ans. C’est dans cet esprit, qu’il a fondé son musée hispanique quelques années plus tard, en 1904, l’Hispanic Society of America. Cet établissement n’avait à l’origine rien de scientifique. Il répondait à l’intuition esthétique d’un amateur riche, qui pensait qu’il y avait un lien caché entre des pièces originaires d’un même espace culturel, entre donc un vase phénicien, un tissu provenant de l’Alhambra, une miniature du Greco, voire un document aztèque. Cette collection à première vue hétéroclite serait selon Archer Milton Huntington, « l’abrégé d’une race ». Trop content d’avoir pu montrer une exposition couvrant 4 millénaires de culture sur le territoire de l’Espagne d’aujourd’hui le directeur du Prado, Miguel Falomir, a sobrement salué : « la passion d’Huntington qui nous aide à percevoir ce que les autres pensent de nous. »

Les conditions d’acquisition de ces œuvres, tout comme celles en provenance d’Afrique ou d’Asie dans les grands musées européens, relèvent de rapports de force, financiers dans le cas d’Archer Milton Huntington. Grâce à ses disponibilités monétaires il avait pu acheter en 1904, par exemple, l’une des plus grandes bibliothèques privées d’Espagne, la bibliothèque du marquis de Jerez de los Caballeros. 250 000 documents et manuscrits, 300 000 volumes dont 30 000 édités avant 1830 et 250 incunables. Cette aventure culturelle, étroitement liée au pouvoir de l’argent n’est pas unique. Rockfeller, au lendemain du premier conflit mondial, a investi dans le Moyen Âge français et européen, permettant à New York d’être dotée d’un surprenant musée de cloîtres. Démontés pour l’essentiel dans le sud de la France ils sont aujourd’hui « exposés » au nord de l’« Hispanic Society », dans le Fort Tyron Park. La constitution de ces collections relève d’une époque aujourd’hui terminée celle du pillage à grande échelle des richesses artistiques par les puissants de ce monde. Pour autant les œuvres d’art ne sont à l’abri ni des voleurs, ni des iconoclastes. Ce qui n’est pas le cas des 218 pièces tout aussi remarquables les unes que les autres, exposées à Madrid, revenues en Espagne pour encore quelques mois, avant de reprendre en septembre, le chemin des Etats-Unis.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

Site et suites

Beaucoup de soucis pour le président Mauricio Macri et retour en politique de Cristina Fernández

Le président argentin Mauricio Macri doit faire face à de nombreuses difficultés ces dernières semaines, dont le moindre n’est pas le retour en politique de l’ancienne présidente Cristina Fernández de Kirchner qui vient de déclarer sa candidature à sénatrice pour Buenos Aires. En août prochain auront lieu les primaires pour les élections législatives du 22 octobre 2017. Ce sera le premier test de popularité pour le gouvernement du président Mauricio Macri qui affronte ces dernières semaines une série de revers.

Photo : Bubble

Son chef des services secrets accusé de corruption | Dans le cadre du scandale de corruption du Lava Jato (Lavage express) au Brésil dans lequel des chefs d’entreprise brésiliens reconnaissent avoir payé des pots-de-vin à de nombreux fonctionnaires de divers pays, l’un d’entre eux, Leonardo Meirelles, avait avoué avoir transféré plus de 800 000 dollars de « coimas » (pots-de-vin) à Gustavo Arribas, proche du président Macri et chef de ses services secrets. Arribas avait toujours nié ces transferts mais Meirelles vient de donner à la justice brésilienne plus de 4 000 reçus de ces transferts dont ceux adressés à Arribas. Il confirme : « Mes entreprises n’ont jamais effectué de paiements à l’extérieur qui ne soient pas des pots-de-vin à quelqu’un du pays d’origine pour obtenir des travaux. Aucun (1) ! »

Le gouvernement attaque les plus vulnérables… | … et se fait taper sur les doigts par la justice ! Pour limiter les dépenses publiques, Carolina Stanley, ministre du Développement social, avait coupé les allocations aux personnes handicapées ! Cette mesure provoqua une mobilisation massive des handicapés autour de l’Obélisque de Buenos Aires. Plusieurs personnes handicapées assistées de députés de l’opposition ont alors déposé plainte devant la justice fédérale de Viedma qui leur a donné raison : la juge Mirta Filipuzzi a souligné « la transcendance sociale des droits affectés » et reconnu que les mesures prises par le ministère « portent atteinte au droit collectif « .  La juge oblige le gouvernement à restituer aux handicapés les pensions suspendues.

Hémorragie de ministres pour « dissensions » avec le gouvernement | Ce fut d’abord la sortie du ministre des Finances Alfonso Prat Gay qui trouvait les mesures budgétaires trop dures : « Je suis préoccupé par l’augmentation des prix chaque semaine ». Puis le président de la Banque centrale, Carlos Melconian, se retire pour désaccord avec la politique économique. Tout récemment, Susana Malcorra, ministre des Affaires étrangères donne sa démission pour « différences entre elle et le président sur l’attitude politique à adopter envers la crise vénézuélienne ». Malcorra était pour « une augmentation progressive de la pression » sur le gouvernement vénézuélien alors que « le président Macri a de suite adopté une position dure ».

Une dette pour les 26 prochains gouvernements ! | Alors que l’Argentine des Kirchner avait réussi à payer toutes ses dettes envers le FMI et remboursait régulièrement ses créances envers le Club de Paris, le gouvernement Macri vient de contracter une dette envers quatre banques internationales que les Argentins vont devoir payer pendant 100 ans à un taux de 7,9 % annuel. Cette mesure a été qualifiée de « folie » par le Financial Times de Londres. Pour l’économiste Silvina Batakis, « le prêt conditionnera les conditions financières des 26 prochains gouvernements ! »

La justice s’en mêle | Le 22 juin, des députés du Front pour la Victoire ont déposé une plainte contre le président et son ministre des Finances Luis Caputo pour le prêt à cent ans. Le juge Juan Pedro Zoni a mandaté le juge Ariel Lijo « à investiguer si ce prêt n’impliquait pas un préjudice envers l’État argentin ». Pour obtenir 2,75 milliards de prêts, l’Argentine devra payer 19,6 milliards d’intérêts ! Pendant ce temps, les banques argentines ont fait 69,6 milliards de dollars de bénéfices grâce à de hauts taux d’intérêt et le paiement de commissions.

Grand retour de l’ancienne présidente Cristina Kirchner | « Grand retour » car le 20 juin, l’ancienne présidente a convoqué ses partisans à une réunion publique dans le stade du club de football Arsenal. Non seulement le stade était plein à craquer (tribunes et terrain) mais des milliers de personnes écoutaient son discours à l’extérieur du stade. Fernández annonce alors la création d’un nouveau parti, l’Unité citoyenne (UC) « parce qu’il est indispensable de mettre un frein au libéralisme » effréné du gouvernement Macri. « Sur l’Argentine est tombé le fantasme du chômage, de la flexibilité du travail, la chute des salaires, les tarifs impossibles à payer et maintenant une dette pour 100 ans ! » Le 25 juin, elle annonce sa candidature à sénatrice pour l’UC avec comme suppléant Jorge Taiana, un ancien ministre des Affaires étrangères bien considéré par le pays.

Jac FORTON

(1) Propos recueillis par le journaliste argentin Hugo Alconada du journal La Nación, publié par le site péruvien IDL-Reporteros le 20 juin 2017.

« Koblic », un film argentin de Sebastián Borensztein et « Anna », du Franco-Colombien Jacques Toulemonde en salle le 5 juillet

La période pendant laquelle se déroule l’histoire est l’une des plus sombres qu’a connue l’Argentine. En effet, nous sommes en 1977, en pleine dictature du général Videla. Sebastián Borensztein, le réalisateur qui avait réalisé le plaisant El Chino déjà avec Ricardo Darín, a choisi de traiter son sujet sous la forme d’un thriller politique.

Colonia Elena, où se déroule ce drame, est un lieu isolé au milieu de la pampa. Par son côté aride, ce lieu quelconque, semble contenir le drame de tout un pays. Les atrocités de la dictature ne semblent pas encore l’atteindre et l’atmosphère à la fois calme et pesante de Kóblic montre bien ce que fut cette période où « certains » ne voulaient pas voir, et surtout ne pas savoir que des centres de détention clandestins se mettaient en place dans tout le pays et qu’on arrêtait tous les opposants au régime. Le terrorisme d’État était, il est vrai, développé à un tel niveau que la désinformation et la répression rendaient inaudibles les résistances. Pourtant, dès octobre 1976, sont apparus les premiers corps nus et mutilés sur les côtes uruguayennes, provenant des sinistres « vols de la mort » et dont le thème sert de toile de fond au film.

Kóblic arrive ici pour aider un ami à piloter des petits avions qui pulvérisent de l’engrais dans les champs environnants, mais on devine que cet homme fuit. Mais que fuit-il ? Qu’a-t-il laissé derrière lui pour que le commissaire local s’intéresse à lui ? Pourquoi ses nuits sont-elles hantées par ces cauchemars obsessionnels que les flashbacks nous révèlent ? On imagine bien que Ricardo Darín ne peut être foncièrement mauvais.

A ses cotés, nous retrouvons Oscar Martinez qui campe Velarde – le commissaire de police véreux – et Inma Cuesta qui interprète Nancy, la seule commerçante et pompiste du village, qui vit une existence faite de soumission, d’humiliation et de renoncement et qui verra dans l’histoire d’amour qu’elle vivra avec Kóblic, une délivrance. Velarde a le physique de l’emploi (rondouillard, fumeur, affublé d’une perruque disgracieuse) qui fait de lui le parfait commissaire qu’on imagine bien dans un film policier. Il représente la loi, mais quelle loi peut-il représenter dans ce pays où les militaires ont justement anéanti tout État de droit? Un film simple sur un sujet grave mais traité avec sérieux et bien interprété. À partir du 5 juillet.

Alain LIATARD *

*D’après l’analyse de Michel Dulac dans Salsa Picante, le journal du festival ibérique et latino de Villeurbanne de mars 2017.

« Anna », film franco-colombien
de Jacques Toulemonde

Paris. Anna est très instable. Entre fragilité psychologique et excentricité, son ex-mari estime qu’elle ne peut plus s’occuper de Nathan,  leur fils de 10 ans. Elle décide brutalement de retourner en Colombie, son pays natal, avec son petit ami et Nathan. Jacques Toulemonde est un cinéaste franco-colombien. En Colombie, il a été assistant sur plusieurs films et également scénariste de L’étreinte du Serpent de Ciro Guerra, sorti l’an passé. On ne sait pas dans quel genre situer le film. Le road-movie colombien n’est pas vraiment concluant. On ne s’identifie  que peu à Anna. Pourtant l’actrice Colombienne Juana Acosta n’est pas mal. Par contre les acteurs masculins français sont peu crédibles. Dommage.

Alain LIATARD

Le bateau « Almirante » coule dans un lieu très fréquenté en Colombie aux yeux des visiteurs

Le naufrage de l’Almirante ce dimanche 25 juin dans le lac d’El Peñol de Guatapé, un lieu très touristique du nord-ouest de la Colombie. Le bateau qui transportait 170 personnes a coulé dans le lac du barrage de Guatapé, faisant au moins six morts et une trentaine de personnes portées disparues. 

Photo El Almirante – Europé 1

Il est 14 heures (21 heures à Paris) quand le bateau coule dans cet endroit très apprécié notamment pendant les week-ends prolongés comme celui-ci, lundi étant férié en Colombie. Des responsables régionaux ont déclaré que 170 personnes étaient à bord du bateau. La plupart des passagers ont pu s’enfuir par leurs propres moyens, d’autres ont été recueillis par des dizaines d’embarcations et de jet-skis se trouvant à proximité.

Trois passagers « sont morts à l’hôpital après avoir été secourus et trois autres ont été retrouvés sans vie sur le lieu de l’accident », a pour sa part indiquée à la presse Luis Pérez, le gouverneur du département d’Antioquia. Dans une vidéo circulant sur les réseaux sociaux, on peut voir le bateau, qui transportait 170 passagers et six membres d’équipage, en train de tanguer avant de commencer à couler.

Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux le montre sombrer et autour d’eux des dizaines d’embarcations qui viennent au secours des passagers. (Lien vidéos ci-dessous). « Une source au sein des autorités du département d’Antioquia, où le drame s’est produit, a expliqué que les personnes secourues étaient transférées vers l’hôpital municipal ». « Nos aéronefs et leurs équipages sont prêts à évacuer les personnes se trouvant dans un état grave et qui ont besoin d’une attention immédiate », a indiqué l’armée de l’air. Des équipes de secours ont également gagné les lieux par voie terrestre. Ce qu’on sait pour le moment c’est que le bateau avait la capacité d’accueil supérieur au nombre de personnes qui se trouvaient à bord au moment du naufrage.

Les autorités ignorent encore les raisons de ce naufrage, survenu en quelques minutes seulement dimanche vers 14 heures dans le lac du barrage El Peñol de Guatapé, à environ 68 kilomètres de Medellin.

            Francine BONENGE

Youtube1 et Youtube2

Paris honore Gabriel García Márquez par une Place en son nom

Auteur de l’universel Cent ans de solitude, le prix Nobel de littérature colombien Gabriel García Márquez a maintenant une place à son nom à Paris, récemment inaugurée par la maire de Paris Anne Hidalgo en présence du président colombien José Manuel Santos.

Photo: Ambassade de Colombie à Paris

En 2014, année de la mort de l’écrivain, la Ville de Paris avait décidé de lui octroyer un espace public. C’est chose faite rue du Bac. Anne Hidalgo, maire de Paris, accompagnée du président colombien José Manuel Santos, en visite officielle en France pour inaugurer l’année croisée France-Colombie, a dévoilé la plaque qui indique « Place Gabriel García Márquez, homme de lettres colombien, Prix Nobel de littérature ». De plus, situé près du Musée d’Orsay, le 9 rue Montalembert porte maintenant une plaque qui rappelle que c’est ici que Gabo écrivit son autre chef d’œuvre « Le colonel n’a personne qui lui écrit ».

Jac FORTON

Michelle Bachelet, présidente du Chili, demande pardon aux Mapuches

Au nom de son pays, la présidente chilienne, Michelle Bachelet, a présenté vendredi dernier des excuses aux indiens Mapuche pour les injustices commises à leurs dépens et a promis de leur accorder davantage de droits et de ressources.

Photo : Eye On Latin America

« Je veux demander solennellement et humblement pardon au peuple Mapuche pour les erreurs et les horreurs commises ou tolérées par l’Etat dans nos relations avec eux et leurs communautés », a-t-elle déclaré, dans un discours prononcé au palais de La Moneda à Santiago. Environ six cents milles Mapuche vivent au Chili, essentiellement dans les régions boisées et montagneuses d’Araucanía et de Bio-Bio, à environ 600 km au sud de Santiago. Ils accusent les descendants de colons européens de les chasser de leurs terres et de piller leurs ressources. Les violences à l’encontre de compagnies d’exploitation forestière, qui leur sont souvent imputées, se multiplient dans ces régions.

Le pape François a annoncé récemment qu’il se rendrait au Chili en janvier prochain et qu’il ferait étape à Temuco, ville à sept cents km au sud de Santiago où les Mapuche sont nombreux. « Nous aurons, je l’espère, de bonnes nouvelles à lui annoncer », a ajouté la présidente Bachelet.

D’après  Zone Bourse

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