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novembre 2016

Présence remarquée de la Chine en Amérique latine. Le président Xi Jinping a visité le Pérou, le Chili et l’Équateur

La visite de Xi Jinping, la troisième depuis qu’il a pris ses fonctions de président en mars 2013, aura un impact majeur sur l’Amérique latine. Le président chinois s’est rendu en Équateur, au Pérou et au Chili, du 17 au 23 novembre, et a assisté à la vingt-quatrième réunion des dirigeants de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC) à Lima les 19 et 20 novembre dernier.

Depuis le début de ce siècle, la Chine a renforcé ses liens politiques et commerciaux avec l’Amérique latine. Selon l’agence équatorienne Andes, « le volume commercial entre la Chine et l’Amérique latine s’est multiplié par 20, pour atteindre 236,5 milliards de dollars en 2015″. Et le « géant asiatique » est le second plus grand partenaire commercial et la troisième source d’investissement en Amérique latine.

« Cette visite reflète l’importance que la Chine attache à ses liens avec l’Amérique latine. Notre région est une priorité pour la Chine, et l’Amérique latine comprend que c’est pour elle une opportunité unique« , a estimé Miguel Rodriguez, un analyste péruvien, lors d’une interview accordée à Xinhua (Pérou), «que cela plaise ou non aux Etats-Unis, qui n’ont pas vu d’un bon œil l’intégration de la Chine au groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), puisqu’ils ont toujours eu une influence marquée sur notre continentLes Chinois agissent à une vitesse incroyable. Ils savent qu’il faut aller vite dans le domaine des relations internationales, et la Chine sait comment acquérir le monde à sa cause. Elle produit comme aucun autre pays au monde et a donc besoin de marchés comme le nôtre. La Chine sait que notre région est une mine d’or, et l’a toujours été. L’Amérique latine se développe comme jamais auparavant, et c’est pourquoi la Chine cherche à renforcer ses liens commerciaux avec elle. Cela s’explique aussi par l’objectif de diversification de ses exportations. En conséquence, la Chine considère qu’il est aussi important d’investir dans des pays développés comme les États-Unis que dans des économies en pleine croissance comme l’Amérique latine. L’Amérique latine n’est pas uniquement intéressée par le développement de liens commerciaux. Elle est également intéressée par les technologies chinoises, qui lui permettront de stimuler son développement et son industrialisation ». Ce voyage est « une nouvelle phase » dans la coopération globale et les relations bilatérales entre le géant asiatique et l’Amérique latine.

En Équateur : La première escale de Xi était Quito où il a rencontré le président Rafael Correa et la présidente de l’Assemblée nationale, Gabriela Rivadeneira, et a assisté à la signature d’une série d’accords de coopération. Il a aussi rencontré la presse et visité le siège de l’organisme national équatorien d’intervention d’urgence (ECU-911). Il s’agit de la première visite d’un mandataire chinois en Équateur depuis l’établissement de relations diplomatiques, en 1980. Lors de cette visite, il a promis que la Chine continuerait à soutenir l’Équateur dans ses efforts de relèvement et de reconstruction à la suite du séisme qui a frappé le pays en avril 2016. La Chine a fourni à l’Équateur un appui financier en espèces d’un montant de deux millions de dollars et une aide humanitaire d’une valeur de 9,2 millions de dollars à la suite de ce tremblement de terre meurtrier. Le résultat le plus remarquable de cette visite a été la décision de la Chine et de l’Équateur de hisser leurs relations bilatérales au niveau de partenariat stratégique global. Le président chinois a indiqué que les relations sino-équatoriennes étaient entrées dans une période clé au cours de laquelle la coopération entre les deux pays sera de la plus grande importance pour les deux parties. Selon un communiqué conjoint publié jeudi, la Chine et l’Équateur ont décidé de renforcer leur coopération en matière de capacité de production et dans les secteurs économique et commercial. Cherchant à promouvoir leur coopération en matière de capacité de production et d’investissements, les deux pays ont promis de mettre en œuvre de grands projets dans les secteurs du pétrole et du gaz, des mines, des infrastructures, de la conservation de l’eau, de la communication et de la finance, et d’explorer leur coopération dans les domaines de l’agriculture, de la pétrochimie, de la construction navale, de la métallurgie et de l’industrie papetière. La Chine est prête à transférer des technologies à l’Équateur afin de stimuler l’industrialisation du pays et de renforcer sa capacité de développement indépendant.

Les deux pays se sont également engagés à encourager leurs entreprises et institutions financières à envisager de coopérer sur le projet de la raffinerie du Pacifique, un grand complexe pétrochimique situé dans la province de Manabi, dans le nord de l’Équateur, qui deviendra un pilier de l’industrie pétrochimique du pays et de l’ensemble de la région. Dans le domaine du commerce, Beijing et Quito cherchent à atteindre une croissance commerciale stable, durable et équilibrée, et promettent de faciliter l’accès de leurs produits respectifs sur le marché de l’autre. La Chine et l’Équateur ont de plus décidé de renforcer leur coopération dans les domaines de l’éducation, de la culture, de la santé, du sport, du tourisme et de la justice, de soutenir les échanges entre les médias et les artistes des deux pays et d’accroître les échanges d’étudiants afin de promouvoir la compréhension et l’amitié entre les deux peuples.

 Au Pérou : La seconde étape de Xi a été le Pérou, les 19 et 20 novembre, sur l’invitation du nouveau président PP Kuczynski. Le Pérou et la Chine ont une longue histoire d’échanges amicaux. Les premiers Chinois sont arrivés au Pérou en 1849, et les Péruviens d’origine chinoise représentent aujourd’hui environ 10% de la population, tissant des liens de sang d’amitié entre les deux pays. De même, le Pérou compte plus de 10 000 restaurants chinois appelés « Chifa » (un mot qui rappelle le verbe chinois voulant dire manger), qui sont populaires et reflètent la profondeur de l’intégration des cultures chinoise et péruvienne.

Cette année est le 45e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et le Pérou, et depuis, les relations bilatérales se sont développées de manière fructueuse : les fréquents échanges de haut niveau ont permis d’approfondir la confiance politique mutuelle, le commerce et l’investissement vont de pair, et le mécanisme de coopération s’est amélioré de façon constante, les domaines multilatéraux se soutiennent mutuellement, et les échanges culturels sont en plein essor. Le Pérou est devenu non seulement le seul pays d’Amérique latine à avoir conclu un partenariat stratégique global avec la Chine, mais il a également signé un ensemble d’accords de libre-échange bilatéraux. La Chine est devenue pour le Pérou le plus grand partenaire commercial, la plus grande destination d’exportations et la plus grande source d’importations ; les investissements totaux au Pérou ont atteint plus de 14 milliards de dollars US, plus de 170 entreprises chinoises investissent au Pérou. Les téléphones mobiles, les automobiles, les engins de construction et autres produits chinois sont très appréciés au Pérou, tandis que les avocats, les raisins, les produits d’alpaga sont également de plus en plus populaires auprès des Chinois.

Le développement interne des deux pays concorde en termes de besoins. Les deux pays sont dans une période cruciale de transformation et de modernisation économiques : le Pérou met ainsi en œuvre la diversification de sa production, accélère son processus d’industrialisation, tandis que la Chine fait la promotion d’une production de haute qualité ; la coopération entre les deux pays pour renforcer leur coopération en matière de capacités de production, en particulier dans les domaines des infrastructures, de l’énergie, des mines, de la transformation et de la fabrication, est prometteuse.

Le Pérou et le Chili sont tous deux signataires du Partenariat transpacifique, sous l’égide des États–Unis, mais l’avenir de ce bloc commercial reste incertain suite au résultat des présidentielles américaines. M. Yang (chercheur à l’Institut des Études d’Amérique latine à l’Académie des sciences sociales de Chine) a souligné que le Pérou et le Chili sont aussi membres de l’Alliance du Pacifique, le bloc commercial le plus actif d’Amérique latine, et qu’ils seront disposés à promouvoir un accord de libre-échange signé par les pays du pourtour de l’océan Pacifique.

À l’occasion  du sommet annuel de l’APEC : Xi Jinping a clairement défendu le libre-échange face au protectionnisme de Trump. Il a appelé le samedi 19 novembre à Lima les dirigeants de la zone Asie-Pacifique à soutenir l’accord régional de libre-échange proposé par la Chine pour combler le vide laissé par le probable abandon de l’accord TPP par les États-Unis. « La construction d’une zone de libre-échange de l’Asie-Pacifique (FTAAP – Free Trade Area of the Asia Pacific) est une initiative stratégique vitale pour la prospérité à long terme de la région. Nous devons nous y atteler fermement. Nous n’allons pas fermer la porte au monde extérieur, mais l’ouvrir encore plus largement ». Il a défendu le RCEP (Partenariat régional économique global ), projet d’accord de libre-échange entre l’Asean (Association des nations du Sud-Est asiatique), l’Australie, la Chine et l’Inde notamment, mais sans les États-Unis. Le RCEP est présenté par Pékin comme une étape majeure dans la construction de la zone de libre-échange Asie-Pacifique (FTAAP), qui rassemblerait les pays membres de l’APEC et dont la conclusion devrait prendre des années, si jamais elle doit voir le jour. « Nous allons pleinement nous investir dans la globalisation économique en soutenant le commerce multilatéral, en faisant avancer la FTAAP et en travaillant à la conclusion rapide des négociations sur le RCEP », a-t-il  déclaré. Le président chinois devait rencontrer pour la dernière fois Barack Obama dans l’après-midi lors d’un entretien bilatéral. Les 21 économies de l’APEC représentent 60 % du commerce mondial et 40 % de sa population. Elles ont largement profité de la mondialisation et comptent bien approfondir leurs échanges, avec ou sans les États-Unis.

Au Chili : Le voyage de Xi s’est terminé au Chili. Cette visite est la première d’un chef d’État chinois au Chili depuis 12 ans, et constitue un nouveau jalon dans l’histoire des relations sino-chiliennes, avec un impact considérable sur le développement futur des relations bilatérales, injectant un nouveau et puissant élan pour l’amitié et la coopération dans divers domaines entre les deux pays. Le président chinois et la présidente Michelle Bachelet ont signé une série d’accords de coopération dans des domaines comme l’économie, le commerce et la communication.

Catherine TRAULLÉ

Le juge chilien Juan Guzmán reçoit le prix Edelstam en Suède

Le prix Edelstam 2016 a été octroyé au juge chilien Juan Guzmán pour sa contribution à la défense des droits humains. Le prix lui a été remis par la Fondation Edelstam dans la Maison de la noblesse de Stockholm en Suède le 15 novembre dernier. Le juge Guzmán était venu en France en 2013 pour une tournée de présentation d’un film décrivant ses efforts pour inculper le général Pinochet pour les crimes contre l’humanité commis sous son régime.

Photo : France 3

Le prix Edelstam – Il reçoit son nom et est octroyé en mémoire de Harald Edelstam (1913-1989), l’ambassadeur suédois à Santiago lors du coup d’État du général Augusto Pinochet contre le président Salvador Allende le 11 septembre 1973.  Son action a permis de sauver la vie de plus de mille personnes.

Le Jury –   Présidé par Caroline Edelstam, petite-fille de l’ancien ambassadeur, le jury se compose de la juge Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix 2003 ; du Dr Pascoal Mocumbi, ancien Premier ministre du Mozambique ; du professeur Philip Alstom, relateur spécial des Nations unies sur la pauvreté et les droits humains ; du Dr Luis Ocampo, ancien juge de la Cour pénale  internationale de La Haye, et du juge Baltazar Garzón, connu pour être le juge à l’origine de l’arrestation du général Pinochet à Londres en octobre 1998. Dans les raisons données pour l’attribution du prix, la Fondation souligne qu’elle « reconnait la nécessité d’une législation internationale qui promeuve l’obligation de rendre des comptes pour les violations aux droits humains. Les États ont la responsabilité de protéger les droits, d’établir une justice, de garantir la protection des victimes et éviter l’impunité. L’histoire ne doit pas se répéter (1) ».

Le juge Juan Guzmán   D’abord favorable au coup d’État en 1973, il est rapidement déçu par les actions de répression de la Junte militaire qu’il n’a jamais soutenue. En 1998, le tirage au sort le désigne pour instruire les plaintes déposées contre le général Pinochet pour les crimes commis pendant la dictature. Ses enquêtes auprès des familles des victimes et les preuves de plus en plus nombreuses des tortures, des assassinats et des disparitions le convainquent qu’il faut qu’il puisse interroger l’ancien dictateur. Malgré ses efforts, les recours incessants des avocats déposés en série auprès des instances judiciaires retardent sans arrêt le début d’une procédure devant mener à un tribunal.

En octobre 1998, le général Pinochet se rend secrètement à Londres pour « affaires » (l’achat de matériels militaires) mais il est arrêté suite à un mandat international lancé contre lui par le juge espagnol Baltazar Garzón qui voulait ouvrir une procédure en Espagne contre le dictateur. Bien que la Chambre de justice des Lords se soit prononcée à deux reprises pour l’extradition vers l’Espagne, Pinochet est libéré par le ministre de l’Intérieur britannique Jack Straw et autorisé à rentrer au Chili après une détention de 503 jours. Trois jours après son retour à Santiago, il est mis en examen par le juge Guzmán.

Le juge Guzmán fait avancer le droit international   La Fondation Edelstam explique que le juge Guzmán, ému par les témoignages des victimes et de leurs familles, ainsi que par les preuves de plus en plus nombreuses et claires des crimes commis par la dictature, est passé par un processus personnel de transformation. Il parvient finalement à convaincre la Cour suprême de retirer l’immunité parlementaire de Pinochet (il s’était autodéclaré sénateur à vie) puis, en l’an 2000, à interroger le dictateur et le mettre en examen pour séquestrations et assassinats d’opposants.  Il établit, en s’inspirant du droit international, que la disparition d’une personne est un crime permanent qui dure jusqu’à ce que l’on retrouve la trace de la personne disparue. Cette jurisprudence en droit chilien fait que l’on ne peut appliquer ni les lois d’amnistie ni les temps de prescription. Plusieurs juges chiliens utiliseront cette jurisprudence pour condamner des tortionnaires et des assassins membres des services secrets et de répression de la dictature (DINA et CNI). Mais en 2001, la Cour suprême déclare un non-lieu en faveur du dictateur sur base du nouveau Code pénal… qui n’est même pas encore entré en vigueur à cette époque ! Malgré tous les efforts du juge, Pinochet meurt en décembre 2010 sans avoir pu être jugé.

Un film : L’histoire des efforts du juge fait l’objet d’un film intitulé Le juge et le général disponible en format DVD sous titré français (2). On y suit l’évolution du juge, ses enquêtes, les témoignages des victimes ou de leurs familles, et les efforts dans ses tentatives d’inculpation du général Pinochet malgré des menaces.

Jac FORTON

(1)  Prix Edelstam
(2)  Envoyer un chèque de 15 euros (DVD + poste) à Maison latina, 27 rue Edmond-Rostand, 38320 Eybens. 

« Genesis, mon appareil photo a permis à la nature de me parler. Écouter fut pour moi un privilège ». Sebastião Salgado

En 1970, à 26 ans, Sebastião Salgado se retrouve par hasard pour la première fois avec un appareil photo entre les mains. En regardant dans le viseur, il a une révélation: brusquement, la vie prend un sens. Dès lors — même s’il lui a fallu des années de travail acharné avant d’acquérir l’expérience nécessaire pour pouvoir vivre de son travail de photographe — l’appareil photo devient l’outil par lequel il interagit avec le monde. Salgado, qui a «toujours préféré la palette en clair-obscur des images en noir et blanc» prend quelques photos couleur à ses débuts, avant d’y renoncer définitivement.

Élevé dans une ferme au Brésil, Salgado éprouve un amour et un respect profonds pour la nature; il se montre aussi particulièrement sensible à la façon dont les êtres humains sont affectés par les conditions socio-économiques souvent accablantes dans lesquelles ils vivent. Des nombreuses œuvres que Salgado a réalisées au cours de son admirable carrière, trois projets de longue haleine se démarquent particulièrement: La Main de l’homme (1993) qui illustre le mode de vie bientôt révolu de travailleurs manuels du monde entier, Exodes (2000), témoignage sur l’émigration massive causée par la faim, les catastrophes naturelles, la dégradation de l’environnement et la pression démographique, et ce nouvel opus, GENESIS, résultat d’une expédition épique de huit ans à la redécouverte des montagnes, déserts et océans, animaux et peuples qui ont jusqu’ici échappé à l’empreinte de la société moderne — les terres et la vie d’une planète encore préservée. «Près de 46% de la planète semblent encore comme au temps de la Genèse», fait remarquer Salgado. «Nous devons sauvegarder ce qui existe.» Le projet GENESIS, en lien avec l’Instituto Terra créé par Salgado cherchent à montrer la beauté de notre planète, à inverser les dommages qu’on lui a infligés et à la sauvegarder pour les générations futures.

Au cours de 30 voyages, à pied, en avion léger, en bateau, en canoë et même en ballon, par une chaleur extrême ou un froid polaire et dans des conditions parfois dangereuses, Salgado a réuni des images qui nous montrent la nature, les peuples indigènes et les animaux dans toute leur splendeur. Maîtrisant le monochrome avec un talent qui rivalise avec celui du virtuose Ansel Adams, Salgado fait entrer la photographie noir et blanc dans une autre dimension; les nuances de tons de ses œuvres, le contraste entre le clair et l’obscur, évoquent les tableaux de grands maîtres comme Rembrandt et Georges de la Tour.

Que découvre-t-on dans GENESIS? Les espèces animales et les volcans des Galápagos; les manchots, les lions de mer, les cormorans et les baleines de l’Antarctique et de l’Atlantique sud; les alligators et les jaguars du Brésil; les lions, les léopards et les éléphants d’Afrique; la tribu isolée des Zoé au fin fond de la jungle amazonienne; le peuple Korowaï vivant à l’âge de pierre en Papouasie occidentale; les éleveurs de bétail nomades Dinka du Soudan; les nomades nénètses et leurs troupeaux de rennes dans le cercle arctique; les communautés mentawai des îles à l’ouest de Sumatra; les icebergs de l’Antarctique; les volcans d’Afrique centrale et de la péninsule du Kamtchatka; les déserts du Sahara; le rio Negro et le rio Juruá en Amazonie; les failles du Grand Canyon; les glaciers de l’Alaska… Après s’être rendu là où personne n’était jamais allé, et avoir consacré tant de temps, d’énergie et de passion à la réalisation de cet ouvrage, Salgado considère Genesis comme sa «lettre d’amour à la planète».

Contrairement à l’édition limitée, conçue comme un portfolio grand format zigzaguant autour de la planète, l’édition grand public présente une sélection différente de photographies organisées par zones géographiques en cinq chapitres: Aux confins du Sud, Sanctuaires, Afrique, Terres du Nord et Amazonie et Pantanal. Chacune à sa manière, l’édition d’art et l’édition grand public — toutes deux conçues et réalisées par Lélia Wanick Salgado — rendent hommage au projet Genesis de Salgado, aussi grandiose qu’exceptionnel.

Sebastião Salgado a commencé sa carrière de photographe professionnel à Paris en 1973 et a travaillé avec les agences de photographie Sygma, Gamma et Magnum Photos. En 1994, avec son épouse Lélia, il fonde Amazonas images qui le représente en exclusivité. Les projets photographiques de Salgado ont été l’objet de nombreux livres et expositions dont Sahel, L’Homme en détresse (1986), Autres Amériques (1986), La Main de l’homme (1993), Terra (1997), Exodes (2000), Les Enfants de l’exode (2000), Africa (2007) et Genesis (2013). À propos de l’éditrice et l’auteure : Lélia Wanick Salgado a étudié l’architecture et l’urbanisme à Paris et a commencé à s’intéresser à la photographie en 1970. Dans les années 1980, elle s’est tournée vers la conception de livres de photographie et l’organisation d’expositions, dont la majorité était consacrée à l’œuvre de Sebastião Salgado, entre autres Genesis. Depuis 1994, elle est directrice de Amazonas images.

En janvier et février 1991, alors que la coalition menée par les États-Unis entreprend de repousser les forces irakiennes hors du Koweït, les troupes de Saddam Hussein ripostent par une manœuvre infernale: ils enflamment près de 700 puits de pétrole et un nombre indéterminé de zones où il affleure, provoquant d’immenses incendies déchaînés et créant l’une des pires catastrophes environnementales de mémoire d’homme.

Editions Taschen

La personnalité de la semaine du 16 au 22 novembre 2016 : le président du Mexique, Enrique Peña Nieto

Mercredi 16 novembre  ǀ MEXIQUE ǀ  Le président Enrique Peña Nieto a appelé les citoyens mexicains vivant aux États-Unis à « rester calmes » et annoncé la création d’une ligne téléphonique d’urgence, en réaction à la volonté du président élu Donald Trump d’expulser les immigrés illégaux. En première ligne face aux menaces protectionnistes de Donald Trump, la deuxième économie d’Amérique latine, a choisi la prudence : « privilégier le dialogue » avec le futur président des États-Unis en espérant un « nouvel agenda » a déclaré le président Peña Nieto qui prévoit de rencontrer Donald Trump avant sa prise de fonction.

Jeudi 17 novembre  ǀ PÉROU ǀ La réunion annuelle de l’Organisation de coopération économique Asie-Pacifique (APEC) démarre à Lima, avec comme sujet phare l’impact sur le commerce mondial de l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Ce forum, qui rassemble actuellement 21 États dont le Chili, le Mexique et le Pérou, représente près de 60 % de l’économie mondiale et 40 % de la population de la planète. Mais son avenir est désormais incertain. Voir notre article principal.

Vendredi 18 novembre ǀ CHILI ǀ  la présidente Michelle Bachelet a remanié son gouvernement  pour la sixième fois en moins de trois ans. Dans les rues de Santiago, les Chiliens ne cachent pas leur mécontentement, voire leur colère, à l’égard de la présidente socialiste. Celle qu’ils appelaient affectueusement « la Michelle » ne bénéficie plus que de 24 % de soutien populaire.

Samedi 19 novembre ǀ BRÉSIL ǀ  Quatre policiers de Rio sont morts dans l’écrasement de leur hélicoptère près de la favela Cidade de Deus, qu’il survolait en soutien à des opérations des forces de sécurité alors en cours, a-t-on appris auprès de la police.

Dimanche 20 novembre  ǀ COLOMBIE ǀ   Un nouvel Accord de paix est sur le point d’être signé. 56 thèmes sur 57 ont été remaniés  incluant les centaines de propositions faites par l’opposition. Sur le terrain, la situation reste tendue car deux guérilleros et plusieurs responsables communautaires appartenant à la Marcha Patriótica (gauche) ont déjà été assassinés. On craint une répétition des massacres des années 1990 lorsque plus de 3 000 militants de l’Union patriotique, parti politique des FARC, avaient été assassinés. Par ailleurs, l’opposition aux accords estime qu’il « ne s’agit que « de simples retouches » qu’elle n’accepte pas…

Lundi 21 novembre  ǀ HAÏTI ǀ  Les électeurs ont voté sans incident majeur pour élire leur futur président ainsi que des députés et sénateurs, après une année de crise institutionnelle et un ouragan dévastateur en octobre. Quatre noms ressortent parmi les 27 candidats : Jovenel Moïse, soutenu par l’ancien président Michel Martelly, Jude Célestin, soutenu par  l’ancien président René Préval,  Maryse Narcisse, soutenue par l’ex-président Jean-Bertrand Aristide, et Jean-Charles Moïse, un ex-sénateur de gauche. Le second tour éventuel aura lieu le 29 janvier 2017.

Mardi 22 novembre  ǀ PÉROU – ARGENTINE ǀ À Lima, le président élu Donald Trump annonce  que les États-Unis se retireront du TPP (l’Accord de partenariat économique transpacifique, 12 pays de la ceinture du Pacifique) dès les premiers jours de son mandat (en janvier). À Buenos Aires, le président Mauricio Macri dément avoir reçu une demande d’aide du président Trump concernant des projets immobiliers de ce dernier en Argentine. Trump ne voit aucun conflit d’intérêts entre sa présidence et ses affaires…

 Guy MANSUY

« Sept-de-Carreau » de João Guimãraes Rosa aux éditions Chandeigne à Paris

Trop méconnu en France, l’auteur brésilien ancre son œuvre dans le sertão du Nordeste. Une œuvre constituée d’un roman épique Grande Sertão : Veredas et de plusieurs recueils de nouvelles dont Sagarana avec en ouverture Sept-de-carreau, qui fait aujourd’hui l’objet d’une édition séparée. Sept-de-carreau relate les aventures d’un vieil âne gris plein de sagesse qui n’aspire plus qu’à une quiétude bien méritée. richement illustrée par Olivier Besson, Sept-de-carreau se révèle un exceptionnel livre d’artiste. À cette occasion, le mercredi 23 novembre prochain, l’Ambassade du Brésil à Paris organise une présentation de Sept-de-carreau de João Guimarães Rosa. En présence du traducteur Michel Riaudel et l’illustrateur Olivier Besson.

Il était une fois un petit âne gris, plein de ressources et de surprises. Septde-Carreau ne paie pas de mine, il est vieux, fatigué ; il ne voudrait qu’un peu de fourrage et pouvoir somnoler en paix. Or à son corps défendant, le voilà embarqué dans un convoi de bœufs et de bouviers au dénouement catastrophique. Ce voyage est aussi comme une vie, la mise à l’épreuve des sagesses de chacun. Et Sept-de-Carreau sait y faire, en matière d’habiletés : il se sortira d’une crue qui emporte le reste de la troupe, ou presque. Mais en dernière instance, le maître des mystères, c’est encore et toujours João Guimarães Rosa, qui nous emporte dans une langue poétique, savoureuse, nourrie des expressions et réalités de son sertão du Minas Gerais. Et qui construit un récit à plusieurs étages, drôle, envoûtant, philosophique. Ici servi par les gravures sur bois aux couleurs du sertão et les pointes sèches d’Olivier Besson, fin lecteur du maître brésilien.

Écrivain immense du XXe siècle, auteur du fabuleux Diadorim (Grande Sertão : Veredas) qui a bouleversé l’histoire de la littérature moderne, dans cette nouvelle qui ouvre habituellement l’anthologie Sagarana, João Guimarães Rosa est ethnologue, conteur, poète. L’auteur conçoit ses récits comme des causeries pratiques propres à susciter la réflexion, logique, juridique, éthique, à être en quelque sorte méditées et ruminées. Il y enfouit ses vérités. Gageant que le lecteur y trouvera la sienne. La syntaxe si originale de Guimarães Rosa est préservée dans une traduction qui traduit le plaisir d’être si proche de ce que la littérature a de meilleur : la saveur de la langue. Olivier Besson est né en 1957 et a suivi les cours de gravure de l’école des Beaux Arts de Paris. Il a été coursier, peintre en bâtiment, peintre décorateur et photograveur dans la presse quotidienne, et enfin, illustrateur pour la presse et l’édition. Il est auteur de livres pour enfants mais aussi pour les grandes personnes. Il utilise la gravure sur bois pour illustrer toujours avec une grande sensibilité d’interprétation et générosité  des couleurs. Illustrer ce grand texte de João Guimarães Rosa était un vieux rêve pour Olivier Besson. Le traducteur, Michel Riaudel qui nous connaissons fort bien à Espaces Latinos comme directeur de la revue France-Brésil est né en 1957, et il est titulaire de l’agrégation de lettres et fait son doctorat de littérature comparée à l’Université de Paris-Nanterre. Membre du Centre de recherches latino-américaines (CRLA), il est aujourd’hui professeur au département d’études portugaises et brésiliennes à l’Université de Poitiers. 

Service de presse
éd. Chandeigne

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Le bâtisseur de mur ou l’apaisé, à quel Trump l’Amérique latine va-t-elle être confrontée ?

L’éléphant, on le sait, est le symbole du parti républicain. Donald Trump, vainqueur de la présidentielle nord-américaine, portait les couleurs républicaines. Les Latino-américains attendent sa feuille de route gouvernementale avec beaucoup d’inquiétudes. Ses propos de campagne ont retenu l’attention, bien plus que son programme resté indéfini. Ils ont été en effet particulièrement percutants, blessants et parfois insultants à l’égard des Mexicains. Suivis il est vrai d’un discours plus raisonnable au lendemain de sa victoire.

Un éléphant, dit-on, ça Trump. Vu d’Amérique latine, qui croire donc, Trump-éléphant candidat ou Trump-éléphant nouvel élu ?  Que faut-il prendre au pied de la lettre? Le ton de l’élu, posé, ouvert au dialogue, n’a pas grand-chose à voir avec celui du bateleur en pêche aux voix. Un certain nombre de responsables politiques mexicains ont accueilli comme du bon pain les paroles du nouveau président. Soyons comme Saint Thomas, disent-ils en substance, et jugeons sur pièce les décisions du président élu. Les chefs d’État, ont tous réagi de cette façon-là. Argentin, Brésilien, Colombien, Cubain, Paraguayen, Péruvien, à savoir dans l’ordre, Mauricio Macri, Michel Temer, Juan Manuel Santos, Raúl Castro, Horacio Cartes, Pedro Pablo Kuczynski, ont envoyé de chaleureux messages de félicitations au nouveau chef des États-Unis. Parce que, comme l’a déclaré le brésilien, « J’ai la certitude que rien ne va changer dans nos relations ».

Certains ont malgré tout exprimé quelques bémols. Evo Morales, le bolivien, s’est fendu d’un communiqué vengeur. « Le nom des présidents (nord-américains) importe peu. La tendance impérialiste va se perpétuer ». Heraldo Muñoz, ministre chilien des affaires étrangères a signalé lui aussi une inquiétude. « Le monde est de plus en plus imprévisible et difficile », a-t-il déclaré. Les États-Unis vont-ils demain », a-t-il ajouté, avec ce président, « respecter leurs engagements commerciaux avec les pays de la région comme avec ceux de la zone pacifique ? » Quant à Enrique Peña Nieto, échaudé par un rendez-vous avec le candidat Trump terminé en « journée des dupes », il s’est fendu d’un texte, au lendemain de la consultation présidentielle nord-américaine, tout aussi ambigu que son destinataire. « Je félicite » a-t-il écrit, « le peuple américain qui a démontré son civisme ». Pas un mot donc, sur le bénéficiaire du patriotisme électoral salué par EPN. En clair, entre discours lénifiant d’un lendemain de victoire et insultes de campagne, les dirigeants latino-américains ne savent pas sur quel pied danser. Doivent-ils accorder crédit à l’heureux vainqueur de la consultation? Ou bien prendre pour argent comptant les harangues ciblant d’un doigt vengeur Mexicains et autres Latino-américains dispensées pendant la campagne par le candidat ?

La rudesse des critiques, frisant xénophobie et racisme, a soudé migrants et peuple latino-américain de droite, de gauche et sans partis pris. Les mots de Donald Trump ont collectivement blessé amours propres et sensibilités. Les Mexicains ont été les boucs-émissaires les plus souvent ciblés par Trump-candidat. Dès juin 2015, il a dénoncé les migrants venus de ce pays comme des « violeurs et des trafiquants de drogue ». Quelques semaines plus tard, il les a accusés d’introduire des maladies contagieuses aux États-Unis. Il a logiquement conclu en annonçant la construction d’un mur de 3200 kilomètres entre États-Unis et Mexique permettant de protéger la population WASP de toutes ces turpitudes. Il a même précisé que ce mur serait financé par les Mexicains eux-mêmes. Sans doute pour compenser les baisses d’impôts promises aux entreprises et aux plus riches, seraient donc taxés les envois d’argent à leurs familles par les migrants légaux. Quant aux autres, les sans-papiers que Barak Obama envisageait, tardivement, de régulariser, ils seraient tous expulsables. En Floride, État disputé, tenant meeting, Donald Trump a fait un sort particulier à deux pays hémisphériques, suspectés de communisme, Cuba et Venezuela. Les combattants des libertés, seront aidés, si je suis élu, a-t-il indiqué le 8 novembre 2016, pour briser « l’oppression communiste ». « Ce pacte d’Obama » a-t-il ajouté, « ne bénéficie qu’au régime de Castro ». Ce pacte reposant a-t-il précisé sur des décrets pris par l’Exécutif, peut être très vite annulé par un autre président.

On peut comprendre que ce galimatias électoraliste agressif ait déstabilisé et inquiété jusqu’aux plus grands amis latino-américains des États-Unis. Ceux de la rive Pacifique, Mexique, Amérique centrale, Colombie, Pérou, Chili, qui ont signé des traités de libre-échange avec Washington. La Colombie, qui entend mener à bon port un accord de paix intérieure avec une guérilla communiste, les FARC, ont délibérément choisi d’ignorer Trump candidat. Ils ont félicité Donald Trump, chef d’État élu, comme si de rien n’était. D’autres, bolivien, chilien, mexicain, ont malgré tout eu du mal à faire comme si. Ils ont, de manière inhabituelle dans un tel contexte, signalé publiquement leur malaise diplomatique.

Il ne reste plus aux uns et aux autres, migrants légaux et sans papiers, présidents et gouvernements, d’autre option que l’attente. Une certitude malgré tout inattendue et paradoxale. Ayant choisi de mobiliser le petit électorat blanc en lui donnant un os latino ou hispanique à ronger, Donald Trump a fabriqué des milliers de nouveaux citoyens électeurs, issus de cette communauté.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

Chercheur à l’IRIS sur les questions ibériques (Amérique latine et Espagne). Article publié sur le site du Huffington Post et repris ici avec l’autorisation de l’auteur.

Le Mexicain Antonio Ortuño nous propose « La file indienne »

Les migrants… un sujet récurrent quand on parle de la zone de la frontière entre le Mexique et les États-Unis, un sujet qui fait la une des journaux européens depuis quelques années. Le roman du Mexicain Antonio Ortuño reprend le thème déjà abondamment traité, mais il le fait d’une façon tout à fait originale, préférant observer indirectement l’enfer des gens déplacés, du point de vue d’une administration mexicaine débordée et pas toujours très solide.

Généralement, les difficultés vécues par les migrants en provenance d’Amérique du Sud ou des pays voisins d’Amérique centrale qui tentent de gagner la frontière du Nord sont appréhendées frontalement. Montrer leur galère par le biais d’une assistante sociale ou d’un journaliste n’atténue pas les horreurs vécues, mais fait de nous, lecteur, un témoin, au sens premier du mot. Cette façon de faire permet aussi de croiser plusieurs points de vue : le porte-parole du Gouvernement ne fera jamais ressortir les mêmes éléments que le reporter venu de la capitale ou que la femme chargée d’aider les migrants. Or tout cela défile sous nos yeux et nous une vision vraiment globale.

On est dans une petite ville, Santa Rita, quelque part dans le Sud du Mexique et on découvre la Conami (Commission nationale de migration), un organisme d’État chargé de gérer les mouvements de migrants sur le territoire mexicain. Après l’assassinat brutal de l’assistante sociale, Irma, surnommée la Negra, arrive pour la remplacer, accompagnée de sa fillette. Un groupe de migrants vient d’être sauvagement attaqué avec des cocktails Molotov et elle doit prendre le dossier en main, autrement dit s’occuper des survivants et indemniser les familles des victimes. Ce qu’elle découvre est de plus en plus trouble et elle doit partager ses informations avec un autre fonctionnaire de la Conami et un journaliste, sans savoir à qui elle peut faire confiance.

Autant la Conami, en tant qu’institution est forcément froide, autant la Negra, le journaliste et même le sicaire sont des êtres humains, avec avant tout leurs doutes, leur angoisse qui peut prendre des formes d’agressivité. Un être humain, le père de la petite Irma l’est aussi, professeur aigri et méprisant, désespéré en réalité, mais rempli d’une hargne qui le rend méprisable et détestable lui-même. Il faut voir comme il traite son chien et sa femme de ménage. Le récit est parfaitement soutenu par un style acéré, l’agencement des phrases fait penser à des morceaux de fer mal coupés qui s’entrechoqueraient et qui d’une certaine façon blessent le lecteur. La traduction sert bien cette violence des phrases et des mots. On évolue dans une atmosphère trouble, de plus en plus trouble. Negra n’est pas un être idéal, loin de là, mais notre imparfaite référence fait ressortir la faiblesse de tous, elle comprise, et la noirceur de la plupart. On n’est jamais loin de l’apocalypse.

Assez curieusement, et c’est une des grandes réussites de La file indienne, cette succession d’horreurs reste nuancée, grâce à la personnalité de Negra que l’auteur parvient à maintenir proche de nous.

Christian ROINAT

La file indienne de Antonio Ortuño, aux éditions Christian Bourgois, traduit de l’espagnol (Mexique) par Marta Martínez Valls, 240 p., 18 €. Antonio Ortuño en espagnol : La fila india, Océano, México.

Deux personnalités à la une : Claudio Celli et Ernesto Samper – Semaines du 2 au 15 novembre 2016

Mercredi 2 novembre ǀ VENEZUELA ǀ  Le Parlement vénézuélien dominé par l’opposition lance une procédure contre le président socialiste Nicolas Maduro, l’accusant d’être responsable de la crise qui frappe le pays, alors que débute un fragile dialogue entre gouvernement et certains opposants. Le chef de l’État, convoqué à 15 h pour s’exprimer devant les députés qui l’accusent de « manquements au devoir de sa fonction », a prévenu qu’il ne s’y rendrait pas.

Jeudi 3 novembre  ǀ BRÉSIL ǀ  Dans un pays qui compte 204 millions d’habitants, 45 460 cas d’agressions sexuelles ont été dénoncés l’année dernière, une violence redoutée par 85 % des femmes brésiliennes, selon un sondage de l’Institut Datafolha réalisé à la demande de l’ONG Forum Brésilien de Sécurité Publique (FBSP), soit cinq personnes victimes d’agression sexuelle toutes les heures en 2015, selon le dixième rapport annuel de l’ONG.

Vendredi 4 novembre ǀ CHILI ǀ  Un séisme de magnitude 6,4 sur l’échelle de Richter a secoué le centre du pays, mais il n’y a pas eu d’alerte au tsunami, ont annoncé les autorités. L’épicentre se situait à 38 km au sud-est de la ville de Curicó (200 km au sud de Santiago), selon le Centre national des séismes (CSN). Les premières constatations n’ont pas fait état de dégâts majeurs, a ajouté le CSN.

Samedi 5 novembre ǀ HAÏTI ǀ  Un jeune adolescent a été abattu lors d’une manifestation pour dénoncer les retards dans la distribution de l’aide humanitaire moins d’un mois après le passage destructeur de l’ouragan Matthew qui a causé au moins 1 000 morts et laissé 175 000 personnes sans-abri début octobre. C’est le deuxième décès du genre depuis une semaine. Des journalistes de l’Associated Press ont vu des manifestants dévaler les rues de la ville des Cayes avec un chariot de bois transportant le corps du garçon qui était recouvert d’un drap blanc ensanglanté. Des crues ont tué au moins 10 personnes début novembre.

Dimanche 6 novembre ǀ NICARAGUA ǀ Le chef de l’État sortant, Daniel Ortega, qui briguait un quatrième mandat, avec sa femme comme vice-présidente, arrivait largement en tête d’une élection présidentielle controversée. L’opposition dénonçait une « farce« . Le taux de participation était pour l’heure de 65 %, selon le Conseil suprême électoral (CSE). Voir notre article principal.

Lundi 7 novembre ǀ ARGENTINE ǀ   Plus de 1 600 banquiers de la Fédération latino-américaine des banques (Felaban) se sont réunis à Buenos Aires « pour analyser les tendances macroéconomiques, les opportunités de négoces apportées par le financement de projets environnementaux ou durables, l’impact du Brexit sur la région, la régulation bancaire, etc… »

Mardi 8 novembre   ǀ ÉTATS-UNIS ǀ  Le candidat républicain Donald Trump est élu à la présidence du pays avec 290 voix de grands électeurs contre 228 à la candidate démocrate Hillary Clinton. Le nouveau président prendra ses fonctions en janvier 2017. De plus, les Républicains contrôlent la chambre des députés (239 sièges contre 193) et le sénat (51 sièges contre 46).

Semaine du 9 au 15 novembre 2016

Mercredi 9 novembre  ǀ CUBA  ǀ  Conformément à l’usage, le président Raúl Castro, dont le pays a rétabli ses relations diplomatiques avec les États-Unis en juillet 2015, a «envoyé un message de félicitations à Donald J. Trump pour son élection comme président des États-Unis», a annoncé mercredi le ministère cubain des Affaires étrangères dans un bref communiqué.

Jeudi 10 novembre  ǀ VENEZUELA  ǀ  Le gouvernement du président Nicolas Maduro et l’opposition de centre droit se réunissent pour une deuxième séance de négociations aux faibles chances de succès dans un contexte de grave crise économique. Les représentants du Vatican et de l’Unasur (Union des Nations de l’Amérique du sud), monseigneur Claudio Celli et Ernesto Samper, s’efforcent d’établir les bases d’un accord  qui réponde aux demandes de l’opposition et du gouvernement.

Samedi 12 novembre ǀ MEXIQUE  ǀ  La disparition du père Sanchez Ruiz a entraîné des heurts violents dans l’État de Veracruz (est), lors desquels les manifestants ont partiellement incendié la mairie de la ville de Catemaco et mis le feu à un véhicule de police. Le père Sanchez Ruiz, 54 ans, dénonçait régulièrement dans ses sermons l’insécurité touchant la ville de Catemaco.

Dimanche 13 novembre   ǀ COLOMBIE ǀ La guérilla des FARC et le gouvernement ont annoncé à Cuba avoir conclu un traité de paix remanié pour tenter de sauver l’accord historique du 26 septembre dernier mettant fin à 52 ans de conflit, qui avait été rejeté par référendum le mois dernier dans le pays. Leur contenu sera rendu public dans le courant du mois.

Lundi 14 novembre ǀ ÉTATS-UNIS ǀ  L’élection de Donald Trump ne fait pas que des heureux aux États-Unis, des milliers de personnes manifestent un peu partout dans le pays au cri de « Trump n’est pas mon président ! »

Mardi 15 novembre  ǀ MEXIQUE  ǀ   Suite aux déclarations du président élu Donald Trump,  la ministre des Affaires étrangères Claudia Ruiz Massieu a demandé à ses diplomates postés aux États-Unis de préparer des programmes de soutien aux migrants nationaux présents sur le sol américain. Le nouveau président déclarant vouloir se retirer de l’Alena (l’Accord de libre-échange États-Unis-Canada-Mexique), le gouvernement mexicain annonce qu’il se dit « prêt à le moderniser ».

Guy MANSUY

Large victoire du Front sandiniste de libération nationale : Daniel Ortega pour un troisième mandat consécutif

Victoire sans surprise du président Daniel Ortega et son épouse comme vice-présidente. L’enjeu majeur : l’étendue réelle de son soutien populaire. Les chiffres de l’abstention controversés. L’opposition dénonce une « farce électorale ». Selon les dernières informations du Conseil suprême électoral, le Front sandiniste l’emporte largement devant son plus proche opposant, le Parti libéral constitutionnaliste. Les résultats : FSLN 72,5 % ; Parti libéral constitutionnaliste (PLC) 15 % ; Parti libéral indépendant  (PLI) 4,5 % ; Alliance libérale nicaraguayenne (ALN) 4,5% ; Parti conservateur (PC) 2,3 %, et Alliance pour la République (APRE) 1,4 %.

Les candidats et partis en présence.  José Alvarado du PLI représente la seconde force politique et la principale opposition au gouvernement depuis les élections de 2006.  Le PLC de Maximino Rodríguez est un parti contrôlé par Arnoldo Alemán, élu président en 1996, condamné ensuite pour malversations de fonds publics (il s’est retrouvé dans les Panama Papers), puis en alliance avec le FSLN « pour le partage du contrôle des institutions » selon des accusations de l’opposition. Rodríguez est un ancien commandant de la Contra (1). Saturnino Cerrato de l’ALN est un pasteur évangélique de l’Assemblée de Dieu, accusé par le PLI de s’être vendu au FSLN. Le PC de Erick Cabezas   revendique être le plus vieux parti du pays, avec pour devise « Dieu, Ordre, Justice ». Il a signé  des alliances avec d’autres partis d’opposition mais a décidé de se présenter seul. Carlos Canales de l’APRE est accusé par l’opposition de n’exister que pour présenter une façade pluraliste aux élections et favoriserait le FSLN. Enfin, Daniel Ortega du FSLN se présentait pour un troisième mandat consécutif.

« Invités » ou « Observateurs » ?  L’opposition politique accuse le président Ortega de ne pas accepter d’observateurs internationaux. Or le gouvernement a mis sur pied un Groupe d’invités électoraux composé d’une centaine de parlementaires, d’ex-présidents, de membres d’ONG, d’experts électoraux et fonctionnaires d’organismes régionaux. Parmi eux, les ex-présidents Manuel Zelaya du Honduras, Fernando Lugo du Paraguay, Alvaro Colóm et Vinicio Cerezo du Guatemala… Également présents, une délégation de l’Organisation des États américains (OEA), des parlementaires et des experts venus de l’Argentine, du Salvador, de l’Uruguay, du Chili, du Brésil et du Mexique. Dire que ces élections ne sont pas valables parce qu’il n’y a pas d’observateurs internationaux n’est donc pas la stricte vérité. Ce que l’opposition regrette, c’est que le gouvernement n’a pas accepté d’observateurs états-uniens ou européens, comme si c’étaient les seuls « impartiaux »…

L’étrange problème du PLI.  Eduardo Montealegre, président du Parti libéral indépendant était arrivé en deuxième place lors des élections de 2006 (24 députés sur 91 au Congrès). Mais depuis 2011, ce parti est l’objet de différents internes et s’est divisé en quatre tendances antagonistes. Le Conseil suprême électoral nicaraguayen avait, il y a plusieurs années, reconnu Indalecio Rodriguez comme président officiel du PLI. À sa mort, le parti passe sous le contrôle de Eduardo Montealegre. Les tendances menées par Valmore Valladares, Venancio Berrios et Pedro Reyes contestent son  leadership et déposent en 2012 un recours d’inconstitutionnalité contre lui devant la Chambre constitutionnelle de la Cour suprême de Justice (CSJ). En juin 2016, celle-ci, sur base des résultats de l’assemblée des délégués PLI de février 2012, retire le pouvoir des mains de Montealegre pour le remettre à Pedro Reyes. La tendance Montealegre accuse la CSJ d’être manipulée par le président Ortega « pour éliminer la vraie opposition au profit d’un groupe collaborationniste  car nous terrifions [Ortega]… (2)» Les 28 députés du PLI- Montealegre sont remplacés par 28 députés du PLI-Reyes. La grande presse crie « à la fin de la démocratie ».

Pourquoi un tel soutien populaire au président Ortega ?   Le taux d’abstention  ou un vote massif pour l’opposition devaient montrer la vraie popularité du gouvernement. Les partis d’opposition n’ayant pas percé, que dit le taux d’abstention ? Selon l’opposition politique, il serait de 80 %. Selon le Conseil électoral, il serait de 40 %, c’est-à-dire dans la grande moyenne des élections latino-américaines. Ce n’est donc ni un raz-de-marée pour le gouvernement ni une franche victoire de l’opposition. À noter que le candidat Ortega a reçu plus de voix cette année que lors des élections précédentes en 2006. Alors, pourquoi cet abîme entre ce que disent les journaux nicaraguayens, occidentaux et  latino-américains (« dictateur », « dynastie », fin de la démocratie, etc.) et les 72 % de soutien populaire ?

« Daniel m’a donné un toit ».   Une lecture de témoignages d’électeurs des secteurs populaires est édifiante. « Daniel m’a donné un toit de zinc, il ne pleut plus dans ma maison ». « La rue a été pavée, ce n’est plus un courant de boue comme avant ». « Je ne suis rien mais mon fils va à l’université gratuite »… Le sociologue Orlando Nuñez, dans une interview donnée au  journaliste Sergio Ferrari, rappelle que « le gouvernement sandiniste a hérité en 2007 du second pays le plus pauvre d’Amérique latine après 17 ans de néo-libéralisme (devant Haïti)… Aujourd’hui, la croissance est de 4,5 %, il y a des avances dans la construction de routes, électrification massive des villages, éducation et santé publique gratuites, plans sociaux divers… (3) ». De plus, il existe au Nicaragua une sécurité citoyenne inconnue chez les voisins hondurien et guatémaltèque (4). La Banque mondiale aussi a son explication : « le Nicaragua se distingue pour maintenir des niveaux de croissance supérieurs à la moyenne de l’Amérique line… En 2016, la croissance pourrait atteindre les 4,4 %… Entre 2009 et 2014, la pauvreté ‘est réduite de 8 points ». Ces avances sociales et économiques réelles seraient le résultat d’alliances normales  pour un gouvernement dit de gauche (mouvements sociaux et politiques, syndicats) mais aussi assez improbables telles les Églises catholiques et évangéliques, le patronat, les investisseurs internationaux…

Les menaces des États-Unis.   Ami de Cuba, de l’Équateur et du Venezuela, le gouvernement nicaraguayen déplait bien sûr souverainement aux États-Unis qui emboitent  le pas de l’opposition et « s’inquiètent de ce qu’il se passe » au Nicaragua. Des députés US envisagent déjà des représailles économiques. Un projet de « Loi de conditionnalité des investissements » connue comme  « Loi Nica », vient d’être présenté au Congrès. Elle permettrait d’interdire les prêts que la Banque mondiale et la BID (Banque interaméricaine du développement) octroient au Nicaragua pour financer ses infrastructures. Le projet a déjà été adopté par la Chambre basse et se trouve maintenant au Sénat. Reste à attendre le résultat de l’élection des 90 députés nationaux et des 20 représentants au Parlasur pour évaluer si l’opposition parlementaire a réussi là où les partis politiques ont échoué.

Jac FORTON

(1) ‘Contra’ : membre de la contrerévolution organisée depuis le Honduras et le Costa Rica par les États-Unis pour renverser les gouvernements sandinistes des années 1980.   (2) En conférence de presse citée par le site 20minutes.com  le 7 novembre 2016.   (3) Un article publié dans le journal suisse Le Courrier repris par ALAI-net le 6 novembre 2016.   (4) En 2015, le taux d’assassinats au Honduras était de 60 pour 100 000 habitants, au Guatemala 30, au Nicaragua 8.

L’Amérique latine doit-elle craindre le président Donald Trump ?

Les déclarations fracassantes du candidat Donald Trump seront-elles confirmées par le président élu ? Les gouvernements latino-américains ont des raisons de le craindre car la mise en pratique des intentions déclarées serait désastreuse pour le reste du continent.

Le Mexique et l’Alena    C’est le Mexique qui risque les plus graves problèmes. La signature par les États-Unis, le Canada et le Mexique de l’Accord de libre-échange (Alena) avait plutôt réussi à ce pays qui voyait débarquer de nombreuses entreprises états-uniennes venant profiter de la main d’œuvre mexicaine bon marché (les maquilas). Les salaires étaient très bas, mais, pour les Mexicains, c’était mieux que pas d’emploi du tout… Par contre, de nombreuses usines fermaient leur porte aux États-Unis, privant d’emploi des centaines de milliers de travailleurs, exactement ceux qui viennent d’élire Trump sur sa promesse de ramener les emplois au pays. Ce qui retournerait complètement la situation puisque des centaines de milliers de Mexicains perdraient alors leur emploi. Cela plus les millions d’immigrants que le nouveau président promet d’expulser annonce des temps très difficiles pour le Mexique. La ministre des Affaires étrangères, Claudia Ruiz, a demandé aux consulats mexicains de préparer « des plans de protection et d’assistance consulaire », appelle au calme ainsi qu’à éviter les provocations.

L’Amérique centrale     La menace d’expulsion de millions d’immigrants est un vrai problème pour les pays centraméricains, en particulier le Guatemala, le Honduras et le Salvador où le manque de travail pousse des dizaines de milliers de personnes à émigrer vers les États-Unis au risque de leur vie. Le président Obama a bien tenté de réduire cette émigration en expulsant plus de trois millions d’immigrants et en soutenant le Triangle Nord d’Amérique centrale et ses accords commerciaux avec le Mexique et la Colombie, mais sans grands résultats. Or les habitants pauvres de ces trois pays dépendent beaucoup de l’envoi d’argent provenant des migrants qui sont parvenu à entrer aux États-Unis et à y trouver du travail (les remesas). Le mur que le président Trump annonce vouloir construire et la menace d’imposer une taxe de 35 % sur l’envoi des remesas pour financer ce mur tombent comme une douche froide sur ces pays.

La Colombie    Les accords de paix signés par le gouvernement colombien et la guérilla avaient reçu le soutien de Washington. Le nouveau président US, non seulement se désintéresse clairement des conséquences qu’auront ses décisions au  sud de ses frontières mais serait plutôt « un faucon ». Continuera-t-il à soutenir le gouvernement du président Juan Manuel Santos ou basculera-t-il vers Alvaro Uribe son opposant aux accords et partisan de la lutte à mort contre les FARC plutôt qu’un accord de paix ? Le doute est permis…

Le Venezuela   Considéré déjà comme « un danger spécial pour la sécurité des États-Unis » par le président Obama,  quelle sera la position du président Trump sur les rapports entre les deux pays ? Le fait que non seulement la UNASUR (Union des nations d’Amérique du Sud) promeut des discussions devant mener à des accords politiques plutôt qu’à des confrontations violentes, mais que le Vatican aussi a envoyé son représentant à la demande de l’opposition, pourrait modérer tout excès de mesures extrêmes.

Cuba   Très anti-communiste, le président Trump va-t-il poursuivre le cycle de réchauffement avec Cuba entamé par le président Obama, rien n’est moins sûr… Bien que pour la première fois en 50 ans, les États-Unis (et Israel, leur seul fidèle allié sur ce point), se soient abstenus lors du vote contre l’embargo aux Nations Unies cette année, l’embargo commercial est toujours en vigueur. Que fera le président Trump ? D’autre part,malgré ses diverses promesses, le président Obama n’a finalement pas pu ou voulu fermer la prison de Guantanamo. Que fera le président Trump ? La fermer d’office ou… la remplir à nouveau ?

Le Cône Sud, l’Asie, l’Europe et… les États-Unis   Pour terminer cette brève analyse, le reste du monde aussi attend avec inquiétude la formation du cabinet Trump et les premières mesures du nouveau gouvernement. L’intention déclarée de se retirer des divers accords multilatéraux et de ne pas poursuivre les discussions visant à en créer d’autres (en Asie et en Europe) inquiètent particulièrement. Le patronat US n’est pas non plus trop heureux car il ne pourra plus exploiter les millions de migrants qui travaillent pour des peanuts ce qui affectera leurs gros bénéfices… La question que tout le monde se pose avec inquiétude est : le président Donald Trump va-t-il ou peut-il accomplir les promesses du candidat Trump Donald ?

Jac FORTON

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