Archives mensuelles :

avril 2016

Chronos de l’actualité de la semaine du 17 au 24 avril 2016

17 avril | CHILI | La capitale Santiago est en état d’urgence, victime des fortes pluies et des inondations. Une femme est décédée dans un glissement de terrain dans les contreforts andins de la capitale et près de quatre millions d’habitants ont été privés d’eau.

17 avril | CUBA | À l’ouverture du VIIe Congrès du Parti communiste, le président cubain Raúl Castro, conscient que les choses ne resteront pas les mêmes sur l’île, a annoncé une réforme constitutionnelle et un référendum qui seraient une occasion historique pour l’ouverture du régime.

17 avril | COSTA RICA | Le projet de construction d’une raffinerie évalué à 1 300 millions a été annulé pour des raisons financières, juridiques et environnementales.

17 avril | PÉROU | Máxima Acuña, une agricultrice péruvienne, qui lutte depuis 2011 contre Newmont, la deuxième plus grande société de production d’or du monde, a remporté le prix Goldman pour sa défense de l’environnement.

19 avril | CHILI | Le démocrate-chrétien Patricio Aylwin, premier président élu après la dictature militaire du général Augusto Pinochet (1973-1990), est mort à Santiago à 97 ans.

19 avril | CUBA | Le Parti communiste de Cuba (PCC), à la clôture de son VIIe congrès, a maintenu la vieille garde aux commandes pour les cinq prochaines années, malgré le départ annoncé du président Raúl Castro en 2018. Mais le parti n’a fait aucune annonce significative et n’a procédé qu’à un remaniement de son équipe de direction, qui sera encore dominée par le cercle révolutionnaire jusqu’au prochain congrès en 2021.

19 avril | MEXIQUE | Le président Peña Nieto a annoncé à l’ONU un changement dans la vision de la lutte contre la drogue en ouvrant la porte à la légalisation du cannabis à usage médical.

19 avril | COLOMBIE | En raison d’une forte polémique soulevée par l’exploration pétrolière prochaine dans le “paradis” naturel de Caño Cristales, l’Agence nationale des licences environnementales (Anla) a décidé de mettre fin au projet.

19 avril | BRÉSIL | La présidente Dilma Rousseff, est prête à “résister avec honneur et dignité” à ce qu’elle continue d’appeler “un coup d’État”, a détaillé pendant de longues minutes à la presse étrangère l’explication technique conduisant à cette conclusion : les manipulations comptables dont on l’accuse sont sans fondement juridique.

20 avril | ÉQUATEUR | Un puissant séisme de magnitude 6,2 a de nouveau secoué pendant environ 30 secondes la côte nord. Celui-ci intervient alors que le séisme du samedi précédent a causé 525 morts et plus de 4 000 blessés dans le pays (selon le dernier décompte officiel), ainsi que de nombreux dommages matériels.

21 avril | ÉQUATEUR | Pour reconstruire le pays après le séisme, le président Rafael Correa a annoncé l’augmentation de la TVA et la contribution du salaire d’une journée, pour ceux qui gagnent plus de 878 euros par mois.

22 avril | PÉROU | Une équipe d’archéologues a découvert une momie de 4 500 ans dans l’ancien village de pêcheurs Áspero, situé à 200 kilomètres au nord de la capitale. Les restes appartiennent à une femme de la classe supérieure entre 40 et 50 ans de la culture Caral, considérée comme antérieure à la culture inca.

22 avril | ÉQUATEUR | Une nouvelle réplique de magnitude 6 a été enregistrée vendredi dans un secteur de la côte. Le bilan a fait plus de 600 morts, 8 340 blessés et plus de 155 disparus. Plus de 7 000 bâtiments ont été détruits et plus de 26 000 personnes vivent dans des abris de fortune.

24 avril | VENEZUELA | Le Parlement, contrôlé par l’opposition, voit ses pouvoirs amoindris. Le Tribunal suprême, réputé proche du président Maduro, a annulé plusieurs articles du règlement interne des députés. C’est un nouvel épisode de la crise politique paralysant le pays.

24 avril | MEXIQUE | La Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) a présenté un rapport cinglant de plus de 600 pages dans lequel elle regrette de n’avoir pu élucider l’affaire des étudiants portés disparus et dénonce l’obstruction des autorités.

Guy MANSUY

Photo (CC) : Earthworks

Les voyages réels et imaginaires de l’artiste aux mille facettes Federica Matta

Federica Matta a des origines multiples. Elle est née en France en 1955 d’une mère originaire des États-Unis et d’un père chilien d’ascendance péruvienne, l’artiste Roberto Matta. Elle passe son enfance à Paris, à Boissy-sans-Avoir et à Panarea en Grèce. Pendant ces années-là, elle voyage avec ses parents en Grèce, aux États-Unis et en Italie. Elle s’est rendue au Chili – en mars dernier – à la fois pour présenter son livre en espagnol El viaje de los imaginarios en 31 días aux éditions Aún creemos en los sueños et travailler sur deux de ses œuvres publiques avec deux architectes à Santiago. Cet article a été publié par Marilú Ortiz dans le journal chilien El Mercurio et nous le publions en français avec son autorisation.

Un soleil éclatant souhaite la bienvenue à ce livre dont les illustrations et le texte calligraphié nous invitent au voyage. C’est un thème récurrent dans les créations de Federica Matta. “Pour moi la vie est un voyage : pas nécessairement un déplacement mais plutôt une exploration à l’intérieur de soi-même. Voilà ce que j’ai voulu partager dans ce livre” nous confie l’auteure quelques heures après sa descente de l’avion qui l’a amenée à Santiago. Née à Paris de parents américains – sa mère est du Nord, son père est du Sud –, elle est l’image même du multiculturalisme. Actuellement, elle vit entre les États-Unis, la France et l’Espagne où elle prépare des œuvres publiques, des expositions et des livres. Mais on la voit aussi en Suisse, en Belgique et en Martinique de sorte qu’elle parcourt le monde avec ses deux valises, comme une artiste nomade : l’une transporte ses effets personnels, l’autre son atelier. Aujourd’hui, dans son hôtel, elle peint. Elle restera chez nous quelques semaines, dans ce pays qui “est très important pour moi, et c’est pour cette raison que je suis venue y présenter mon nouveau livre”.

Le voyage des imaginaires en 31 jours publié par les éditions Aún Creemos en los Sueños est sorti le 22 mars dans les rayons de la librairie Le Monde Diplomatique et le 31 mars à la Fundación Cultural de Providencia. Il s’adresse aussi bien aux enfants qu’aux adultes. Victor Hugo de la Fuente en est l’éditeur et il confirme que c’est une œuvre “inclassable, à l’image de son auteure”. Dans son livre, illustré de dessins aux joyeuses couleurs, Federica Matta déroule un itinéraire de 31 jours au cours duquel elle propose des actions qui ont pour but de mettre en lumière certains aspects d’une traversée qui tient du voyage initiatique. Elle nous incite à approfondir cette expérience par des citations et des maximes d’auteurs qui l’ont marquée, comme Nicolas Bouvier : “On croit qu’on va faire un voyage mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait” – ou René Char qui affirme dans une phrase servant de conclusion au livre, que “seul ce que tu donnes t’appartient à demeure”.

Le voyage de Federica au Chili a un deuxième objectif : il marque le commencement des travaux de restauration de son œuvre mythique sur la Plaza Brasil, composée de 22 sculptures/jeux pour enfants et réalisée au début des années 1990. “Au fil du temps les couleurs originelles et de nombreuses surfaces se sont altérées, il faut donc les reprendre” précise-t-elle. Elle est très heureuse de conduire ces travaux avec l’équipe qui a participé à ce projet dès les premiers jours : Aldo Roba et Ana María Rodríguez, architectes à Santiago. “Et une toute dernière bonne surprise : nous avons des projets pour une autre place, à Quilicura”, nous révèle l’artiste. Elle doit aussi se rendre à La Serena pour achever une autre de ses œuvres publiques composée de fleurs de grandes dimensions et commencée il y a dix ans. “Ces fleurs traversent toute la ville, elles balisent un sentier qui ira du bord de mer jusqu’à la vallée de Elqui, en hommage à Gabriela Mistral” précise-t-elle.

Partout où elle a créé des œuvres publiques, elle a toujours mis en place, quel que soit le continent, des ateliers pour les enfants, leur permettant de mettre la main à la pâte et de développer leur créativité. “Les livres sont le reflet de ces échanges” ajoute-t-elle. Le travail de Federica Matta est donc global, à l’image du globe autour duquel sans cesse elle se déplace, emportant avec elle ses couleurs et son imagination.

Marilú ORTIZ

Editorial Aún creemos en los sueños – Chile – SITE

À Toulouse, l’Amérique latine et l’Europe s’associent pour la diversité

Dans le cadre du festival Cinélatino, en mars dernier, a eu lieu la rencontre entre la Conferencia de Autoridades Cinematográficas de Iberoamérica (CACI) et l’European Film Agency Directors (EFADs). Cette rencontre s’est déroulée dans l’esprit de la convention UNESCO de 2005 sur la diversité culturelle.

Sous la conduite de leur président respectif, M. Peter Dinges (FFA) et M. Manoel Rangel (ANCINE), les délégations des EFADs (European Film Agency Directors) et de la CACI (Conferencia de Autoridades Cinematográficas de Iberoamérica) se sont réunies à Toulouse, à l’occasion de la 28e édition du festival Cinélatino, pour deux journées de discussions intenses. C’était la première fois que les deux organisations saisissaient l’occasion de partager leurs points de vue sur des questions d’intérêt commun.

Cette rencontre a permis de bâtir un pont entre deux continents animés de la même passion pour la culture et de la même vision des valeurs fondamentales incarnées par la diversité culturelle, l’identité culturelle et le dialogue interculturel. L’Europe et l’Amérique latine partagent la même ambition pour leurs industries audiovisuelles. Elles souhaitent les voir prospérer, aussi bien à l’échelle locale qu’internationale. Comme l’a souligné Mme Frédérique Bredin, présidente du CNC, “les agences cinématographiques d’Europe et d’Amérique latine savent qu’elles seront plus fortes si elles travaillent main dans la main pour promouvoir leurs valeurs”.

Valeurs et objectifs communs : promouvoir la diversité et s’adapter aux défis du numérique

La plupart des États d’Amérique latine et d’Europe considèrent que la circulation des biens et services contribue au développement économique et culturel de leur pays. Ils conviennent également que les industries audiovisuelles ne devraient pas être traitées de la même façon que les autres services. Le cinéma, la télévision et les nouveaux médias, comme les plateformes de vidéo à la demande (VoD), constituent des services pouvant proposer une grande variété d’œuvres et de produits. Cependant, ces services requièrent des gouvernements qu’ils mettent en place des cadres réglementaires visant à établir des relations culturelles et économiques qui soient justes et équilibrées.

Les gouvernements ont le droit, et même le devoir, d’assurer la diversité de l’offre et l’accès généralisé à cet environnement. Grâce à l’intervention des pouvoirs publics, des moyens financiers peuvent être consacrés au soutien de la création et, par conséquent, à la production et l’exploitation d’œuvres cinématographiques que le marché seul jugerait sans valeur. Il existe de nombreux exemples de films nés d’un financement public et qui sont devenus des succès commerciaux.

Parallèlement au soutien des gouvernements, le développement d’industries audiovisuelles prospères en Europe et en Amérique latine exige un environnement favorable pour les investisseurs privés, où les différentes parties prenantes (producteurs, distributeurs, chaînes de TV et fournisseurs de services VoD) partagent tous le risque lié à leur investissement. La pratique du préfinancement, qui existe dans la plupart des pays d’Europe et d’Amérique latine, garantit que les œuvres produites accèdent aux marchés pour générer des retours et devenir rentables. Ainsi, la création de mécanismes qui favorisent les coproductions et la génération de recettes, à travers les ventes internationales, est essentielle pour les productions audiovisuelles, en particulier dans les petits marchés nationaux. Par conséquent, les membres des EFADs et de la CACI redoutent que le programme de la Commission européenne pour la création d’un marché unique numérique compromette l’exploitation des œuvres sur une base territoriale, mettant en péril les capacités de production, de coproduction et de distribution des deux continents.

La plupart de nos coproductions proviennent d’Amérique latine, où les auteurs et réalisateurs proposent des histoires et des images que les publics européens affectionnent. Certaines de ces coproductions bénéficient du soutien financier de plusieurs fonds européens, confirmant ainsi leur potentiel international.

L’ouverture du fonds Eurimages aux pays non membres de l’Union européenne représente une opportunité intéressante pour les pays latino-américains. Les représentants de la CACI se réjouissent également de la proposition d’ouverture de la Convention du Conseil de l’Europe sur la coproduction cinématographique aux États non membres ; ils suggèrent par ailleurs d’explorer la possibilité d’une convention réciproque qui permettrait d’ouvrir l’accord ibéro-américain de coproduction cinématographique aux pays européens.

Les membres des EFADs et de la CACI tombent également d’accord sur la nécessité daccroître la coopération et les échanges, notamment en ce qui concerne les cadres réglementaires régissant le marché de l’audiovisuel et de la VoD dans leurs pays respectifs. Ils considèrent qu’il s’agit d’un aspect important pour garantir que tous les acteurs impliqués dans la chaîne de valeur soient sur un pied d’égalité, assurant ainsi une concurrence équitable sur le marché, tout en stimulant le développement économique et la diversité culturelle.

Compte tenu des difficultés de réglementation liées à la numérisation des salles de cinéma, les EFADs et la CACI jugent important de promouvoir le principe de diversité. Les deux organisations insistent également sur la nécessité d’encourager les salles diffusant une grande diversité d’œuvres, aussi bien nationales qu’internationales.L’objectif est d’éviter toute homogénéisation et d’impulser une distribution plurielle et diversifiée de films, condition indispensable à une véritable liberté de choix pour le public.

D’après le communiqué de presse
de Cinélatino

Gabriela Barrenechea en concert à la Maison de l’Amérique latine à Paris

Le mardi 3 mai prochain à 19 h, Gabriela Barrenechea se produira en concert à l’occasion du lancement de son nouveau album “Desde mi ventana” à la Maison de l’Amérique latine à Paris.

La France fut d’abord sa terre d’exil et lorsque Gabriela chante Pablo Neruda et Gabriela Mistral, elle affirme avec fierté son appartenance culturelle au Chili où elle est née. Mais Gabriela s’est aussi laissée séduire par Prévert ou Mac Orlan, Barbara ou Pierre Perret. Son répertoire s’est enrichi de chants et de musiques séfarades (Trio Morenica), et la mezzo-soprano, la musicienne est devenue comédienne.

Des chants me suivent depuis très longtemps, depuis mon enfance, ma jeunesse. Des chants anciens. Des chants qui apparaissent autour d’un feu dans le désert, en famille, lors des 80 ans de maman. Je n’avais jamais pensé les enregistrer… Des chants libres qui se perdent dans l’air, dans l’infini du ciel et des étoiles du désert d’Atacama. D’ici, de ma fenêtre, je vois des enfants, des nuages, la mer, celles et ceux qui ont perdu leurs fenêtres, les oubliés. Ce sont mes compositions, mes créations d’aujourd’hui, d’autres fenêtres. Les voilà. Envie de les partager avec vous toutes et tous. Étrange exercice que celui d’avoir dessiné une trace, un enregistrement, de les chanter dans un studio, un lieu fermé, boîte fermée, un carré, ça y est, c’est dans la boîte.” Gabriela Barrenechea.

Pour plus d’informations : Site de la Maison d’Amérique latine.

“La Dune” et “Entre Hommes”, deux titres littéraires originaux et audacieux

L’éditeur strasbourgeois « La dernière goutte » publie depuis 2008 des textes littéraires originaux et parfois audacieux. Actuellement, le catalogue dispose d’une quarantaine de titres dont plusieurs latino-américains et vient de s’enrichir de deux romans argentins très différents l’un de l’autre, ce qui est une jolie preuve de l’ouverture d’esprit des éditeurs, La dune, un roman philosophique dont l’action se situe à la fin du XIXe et Entre hommes, un polar sombre et violent, sensuel et politique.

Matías Crowder, La dune

Ce court roman nous parle en 1888 d’une dune qui avance et ravage les terres des colons volées aux Indiens dix ans auparavant dans la région de Trenque Lauquen en Argentine et de la résolution du problème qui renverra dos à dos la science et l’irrationnel. L’auteur revient aussi sur cette campagne du désert et son lot de massacres, de mauvais traitements pour les Indiens, tandis que Buenos Aires est ravagée par la peste. En fait, le roman commence et se termine au Vatican, en 1905, le cardinal Macheretti lit le long courrier d’un prêtre du désert qui lui conte cette histoire étrange, et il clôt ce récit en priant pour les pauvres gens du désert y compris les Indiens.

La lettre du moine, elle, nous explique l’histoire de cette dune mystérieuse qui se déplace et brûle toutes les terres des colons. Cette dune est-elle un châtiment divin ? On ne le saura pas. Elle disparaîtra comme elle est venue, au moment où une pyramide de bois destinée à l’emprisonner est construite par un scientifique de la capitale. Entre-temps, par retours en arrière, l’auteur, d’abord par les yeux de Sabino, jeune Indien fait prisonnier avec sa mère, nous conduit à travers la pampa et le désert jusqu’à Buenos Aires et l’île Martín García où sont détenus les Indiens. Sabino se sauvera et rejoindra le sud, territoire de ses ancêtres. Puis, par les yeux de Nora, fille d’ancien soldat, il nous montre les ravages de la peste dans la ville et le voyage d’une longue caravane de colons dans le désert et l’installation sur ces misérables terres du sud.

La langue est belle, agréable à lire, le récit très visuel et cinématographique, scènes et paysages sont rendus de façon précise, parlante à l’imagination comme des tableaux vivants. Sont reconstituées aussi les croyances, les superstitions religieuses, les préjugés raciaux, la rudesse des mœurs, la science s’opposant à l’irrationnel de l’époque. Mais ce texte est un peu court, et ne permet pas de développer en profondeur la psychologie des personnages. Le lecteur reste un peu sur sa faim, on en aurait lu davantage !

Louise LAURENT

La Dune de Matías Crowder, traduit de l’espagnol (Argentine) par Vincent Raynaud, éd. La dernière goutte, 102 pages, 12 €. SITE.

 

 

Germán Maggiori : Entre hommes

La première scène nous plonge immédiatement dans l’ambiance : une orgie entre quelques personnages importants de la société de Buenos Aires, un ou deux travestis et une prostituée aguerrie qui ne résiste pas à une overdose. Un des participants, le sénateur Achabala, qui rêve du poste de gouverneur de la province, tente d’effacer toute trace, mais il ne sait pas que tout a été filmé. Heureusement ou malheureusement pour lui, le maître chanteur présumé a été retrouvé mort une semaine plus tard. Une enquête qui doit impérativement rester secrète est lancée par la police.

Guéguerre entre services de police, interrogatoires très poussés, parfois brusquement interrompus parce qu’il s’avère qu’il y a eu erreur de personne, que l’homme étendu sur le sommier électrifié et qui est à présent très amoindri n’était qu’un homonyme du vrai suspect, flics modérément ripoux, on retrouve bien tous les éléments du genre. Pourtant Germán Maggiori dépasse le récit noir traditionnel en décrivant à travers divers personnages des ambiances très contrastées, les coulisses d’une campagne électorale, les méfaits gratuits et soudains d’un psychopathe incontrôlable ou les rapports parfois fraternels et parfois tendus entre les flics d’une même brigade.

Le nombre des personnages exige une certaine attention, le pessimisme général demande un certain recul de la part du lecteur. Une série de retours en arrière et de changements de points de vue enrichit ce qui pourrait n’être qu’une succession de scènes de sexe, de drogue et de violence, tout comme la multiplicité de personnalités, celles des policiers, des paumés et des truands. C’est une vision très pessimiste de quelques quartiers de Buenos Aires, qui offre un panorama assez complet des bas-fonds d’une métropole. L’être humain est misérable, pitoyable, l’espoir n’a aucune place, aucune chance. Germán Maggiori respecte parfaitement son contrat : montrer une société en danger de mort à travers des hommes qui en sont les victimes et les exterminateurs.

Christian ROINAT

Entre hommes de Germán Maggiori, traduit de l’espagnol (Argentine) par Nelly Guicherd, éd. La dernière goutte, 373 p, 20 €. SITE.
Germán Maggiori en espagnol : Entre hombres, éd. Edhasa, Buenos Aires, 312 p. SITE.

Mauricio Macri et Cristina Fernández, deux présidents en difficulté devant la justice

L’ancienne présidente Cristina Fernández et l’actuel président, Mauricio Macri font l’objet d’enquêtes judiciaires, la première pour une procédure administrative de la Banque centrale argentine, le second parce qu’il apparaît dans le conseil d’administration d’entreprises citées dans les Panama Papers. Explications.

Les accusations contre Cristina Fernández : le juge Bonadio se trompe-t-il d’accusée ?

Tout d’abord et contrairement à ce qu’en disent les grands journaux argentins (suivis par certains collègues français, voir la controverse entre Le Monde et La Nación), l’ancienne présidente n’est, pour le moment, citée dans aucun Panama Papers. L’accusation dont elle est l’objet concerne une procédure de la Banque centrale argentine dans laquelle elle n’est même pas nommée par ses auteurs !

Elle a pour auteurs le sénateur Federico Pinedo et le député Mario Negri qui ont dénoncé les autorités de la Banque centrale argentine (BC) dans un dossier intitulé “Achat-vente de dollars à futur”. Cette procédure est classique dans les milieux financiers et a été utilisée par presque tous les gouvernements depuis la fin de la dictature. De quoi s’agit-il ? Le contrat du dollar à futur concerne les variations du taux de change du dollar par rapport au peso, la monnaie nationale. Les parties conviennent d’un taux précis du dollar sur une période déterminée. À la fin de cette période, les parties se compensent mutuellement. Si la valeur du dollar a augmenté, c’est tout bénéfice pour la BC et l’État qui empoche la différence. Si sa valeur a baissé, c’est une perte pour la BC et l’État doit payer la différence sur ses réserves. Cette procédure est une opération tout à fait légale de politique économique déterminée par les autorités financières d’un pays.

Pour ne pas avoir à dévaluer la monnaie en septembre 2015, la Banque centrale argentine vend ses contrats dollars à futur (à mars 2016) à qui veut les acheter à un taux de 10,65 pesos par dollar. Alors que le parti de centre gauche de Cristina Fernández de Kirchner (que beaucoup d’Argentins surnomment CFK) pensait gagner les élections de décembre 2015, c’est Mauricio Macri, un politicien néolibéral ultra-orthodoxe qui les remporte de peu. Il dévalue immédiatement le peso de près de 42 % en décembre 2015. La perte pour la BC est de 65 milliards de pesos (4 milliard d’euros) (1) ! L’accusation des parlementaires contre la BC est d’avoir provoqué un déficit majeur à l’État. C’est de la mauvaise foi car ce déficit est dû exclusivement à la méga dévaluation mise en œuvre par Macri.

L’accusation, dirigée uniquement contre la Banque centrale, ne mentionne absolument pas l’ancienne présidente ni son ministre de l’Économie Axel Kiciloff. C’est le juge Bonadio, ouvertement anti-CFK, qui a décidé que, pour instruire le dossier, il fallait interroger la présidente et si possible, l’incarcérer, but ultime de ce magistrat soutenu par l’actuel président.

L’accusation des parlementaires ne visant pas Fernández, le juge doit inventer une charge. Il déclare “qu’un groupe de fonctionnaires, de forme systématique, concertée et organisée ont réalisé diverses actions de caractère politique et administratif en violation des compétences de la Banque centrale pour concrétiser des opérations de dollar à futur au détriment du Trésor public, par une offre de contrats de dollars à futur à une valeur inférieure au prix du marché”. Il n’accuse personne d’avoir volé de l’argent mais d’avoir mis sur pied une politique économique qui a produit des pertes. Ce qui constituerait un crime, un libellé qui lui permettrait d’incarcérer les accusés. Estimant qu’en tant que présidente, c’est Fernández qui est l’instigatrice principale de ce “crime”, le juge la convoque à son bureau pour le jeudi 14 avril.

La réponse vigoureuse de l’ancienne présidente

Elle fait remarquer qu’elle a choisi de ne pas bénéficier d’une immunité à laquelle elle a droit parce qu’elle préfère présenter elle-même sa défense face au juge Bonadio. Quand elle arrive au tribunal, elle et son avocat Carlos Beraldi, sont reçus par le magistrat Eduardo Taiano et menés dans le bureau de la secrétaire du juge qui, lui, n’est pas encore là. La secrétaire lit l’accusation et les preuves. CFK demande où est le juge. La secrétaire lui répond qu’il n’apparaîtra que si l’accusée accepte de répondre à ses questions. CFK annonce alors qu’elle ne répondra pas aux questions du juge car elle a, la veille, déposé devant la justice une demande de récusation du magistrat “pour inimitié mutuelle manifeste”, parce qu’il existe “une aversion politique évidente” du juge envers elle et enfin, “pour incompétence technique d’un juge partial et politiquement orienté”.

Elle présente alors sa plaidoirie de défense sous forme d’un document écrit qu’elle lit puis remet à la secrétaire. Elle lui rappelle que “la seule organisation à laquelle j’ai participé est celle du Pouvoir exécutif national par deux fois par la volonté majoritaire du peuple argentin avec 46 et 54 % des votes…” Les efforts démesurés pour détruire l’image de l’ancienne présidente pourraient bien se retourner contre les commanditaires. Cette “chasse à la présidente” évidente pourrait bien retourner l’opinion publique : plutôt qu’accusée, elle deviendrait victime de persécution politique…

Retour de CFK sur la scène politique

À sa sortie du tribunal, elle prononce un discours devant des dizaines de milliers de citoyens venus lui signifier leur soutien. Un vrai discours politique : “Ils ont cherché la Route de l’argent K (pour Kirchner), ils ont trouvé la Route de l’argent M (pour Macri).  Cette hypothèse d’association illicite est une autre preuve du caractère arbitraire de la procédure et révèle l’intention du gouvernement, avec la collaboration incontournable du pouvoir judiciaire, d’inventer une cause pénale contre moi pour me priver de liberté… Ils peuvent me convoquer 20 fois et m’emprisonner, ils ne me feront pas taire… Les paladins de la moralité sont à la une de tous les journaux du monde sauf en Argentine ! J’appelle à un front citoyen pour défendre les droits qui viennent de nous être arrachés [par les politiques du gouvernement Macri].”

Le juge Bonadio

L’accusateur de l’ancienne présidente est l’objet de deux demandes de récusation. En avril 2016, les avocats de Pedro Biscay, un des directeurs de la Banque centrale mis en examen par le juge instructeur, ont présenté une demande de récusation pour double standard dans son traitement entre les accusés et le procureur qui est chargé de juger le dossier : les avocats n’ont pas accès au dossier, parfois pendant plus d’un mois alors que l’accusation l’a obtenu tout de suite ; ils ne peuvent entendre les déclarations des témoins ; les formalités requises durent des semaines pour la défense mais sont réglées en trois jours pour l’accusation ; le juge refuse de recevoir des documents de la défense qui doit alors les remettre à un autre magistrat qui les transmet ensuite au juge, etc. Les trois magistrats chargés d’étudier la récusation reconnaissent “un certain zèle” du juge Bonadio et lui recommandent une plus grande rapidité d’action mais ne voient pas matière à récusation.

Suite à la demande de “destitution” du magistrat déposée par Cristina Fernández, Bonadio est maintenant l’objet d’une enquête pour “utilisation abusive et arbitraire de son pouvoir”. CFK rappelle qu’en pleine dévaluation du peso décidée par Macri, le même Bonadio, bien qu’il estimait que ce serait ruineux pour l’État, avait autorisé le nouveau directeur de la BC, Federico Sturzenegger, à effectuer les paiements. Il utilise donc comme matière à accusation une mesure qu’il a lui-même approuvée ! Il faut maintenant attendre la décision de la Commission d’accusation et de discipline du Conseil de la magistrature. Elle doit désigner un de ses membres pour étudier le dossier et faire ses recommandations au Conseil qui délibérera en session plénière et décidera s’il accepte ou rejette la récusation du juge.

Mauricio Macri : l’arroseur arrosé ?

Le nom du président Macri apparaît dans le conseil d’administration de trois entreprises créées par l’agence Mossack Fonseca et révélées dans les Panama Papers. Plutôt embarrassant pour quelqu’un qui a juré de lutter contre la corruption ! Cependant, il bénéficie de la bienveillance des pouvoirs judiciaire et médiatique qui préfèrent s’acharner sur les Kirchner qui pourtant n’apparaissent pas dans ces papiers.

Les journaux reprennent en chœur les “explications du président : “Il n’y a rien d’étrange dans cette opération qui a d’ailleurs été déclarée aux impôts par mon père Franco Macri. Il s’agissait de tenter d’investir au Brésil…” Il faudra bien qu’il explique pourquoi pour être transparent pour investir au Brésil, il faut passer par un notaire uruguayen qui s’adresse à une firme panaméenne qui ouvre des comptes secrets aux Bahamas ! Macri déclare que son entreprise panaméenne Fleg Trading fut créée en 1998 pour “développer l’entreprise ‘Pago Facil’ au Brésil”. Mais “comme la succursale brésilienne n’a jamais fonctionné, le compte est resté inactif pendant 10 ans”. Dans son édition du 11 avril dernier, le journal argentin Página12 révèle que Pago Facil Brésil a bien commencé à fonctionner le 5 avril 2001. Son directeur local en a fait la pub dans le journal La Nación du 15 avril 2002 clamant en termes enthousiastes l’ouverture de 25 succursales au Brésil “pour commencer”

Autre déboire pour Macri

Son secrétaire d’État aux droits humains, Claudio Avruj, est lui aussi pris dans la tourmente : les Panama Papers ont révélé qu’il était président de la société anonyme Kalushy dont sa femme est trésorière. Pour expliquer cette présidence, Avruj déclare que, membre du mouvement B’nai B’rith (2), ce compte a été ouvert par le mouvement pour respecter le droit du travail panaméen lorsqu’il était responsable du district 23 des Caraïbes. Le lendemain, B’nai B’rith démentait catégoriquement avoir créé une telle entreprise au Panama.

Jac FORTON

(1) Chiffres cités dans le journal Página12 du 11 avril 2016.
(2) B’nai B’rith : une organisation humanitaire juive qui soutient la politique et la pérennité de l’État d’Israël et le mouvement sioniste (wikipedia).
Photo (CC) : Gobierno de la Ciudad de Buenos Aires et Ministero de la Cultura de la Nación de Argentina

Séisme en Équateur : les aides affluent du monde entier, Rafael Correa alourdit la fiscalité

Le 16 avril dernier, l’Équateur a été frappé par un grave séisme qui a dévasté une partie de la côte pacifique du pays. Le dernier bilan fait état de 655 morts et 12 494 blessés. Encore cent trente personnes sont portées disparues et environ 26 091 personnes vivent dans des abris de fortune. L’heure est aujourd’hui à la reconstruction et à la solidarité internationale.

Une semaine après le violent tremblement de terre qui a secoué l’Équateur, les autorités lancent un appel à l’aide. C’est tout le pays qu’il faut reconstruire. Plus d’un millier de secouristes équatoriens et internationaux sont actuellement sur place pour venir en aide à la population. Néanmoins, à Pedernales, la cité balnéaire la plus proche de l’épicentre, la situation est toujours chaotique. Le séisme a ravagé la ville, les hôtels ont presque été entièrement détruits et l’odeur des cadavres en putréfaction a envahi les rues. À Manta, dans la province de Manabí, la population désespère de trouver quelque chose à manger et boire est devenu un luxe.

Un soutien international affirmé

L’étendue du désastre rend la tâche compliquée pour les organisations humanitaires. Mais l’aide s’organise petit à petit. La base aérienne de Manta est devenue en quelques jours la plate-forme de l’aide humanitaire où les organismes publics viennent chercher les colis de vivres pour les distribuer à la population. L’aide vient de partout, de la plupart des pays d’Amérique latine : du Pérou, de Colombie, de Cuba, du Honduras, du Venezuela, du Mexique, de Bolivie et du Chili mais aussi de la Chine, de la Suisse, de la Russie, de l’Espagne et du Canada. Elle consiste en de l’eau potable, de la nourriture, des vêtements, des couvertures et des tentes et s’élève en tout à plusieurs millions de dollars.

Une reconstruction coûteuse

“La reconstruction sera longue, mais ensemble nous surmonterons cette tragédie” a déclaré le président équatorien Rafael Correa quelques jours après le séisme. Il a estimé à trois milliards de dollars (2,66 milliards d’euros) le coût de cette reconstruction, ce qui équivaut à 3 % du PIB du pays. Avant le drame, l’économie de l’Équateur avait déjà été nettement impactée par la baisse des cours du pétrole, ce qui a eu pour conséquence une amputation de sept milliards de dollars des dépenses et un abaissement à 0,1 % de la croissante du PIB en 2015.

Pour faire face aux coûts de cette catastrophe, le Président équatorien a annoncé de lourdes mesures fiscales. La TVA va ainsi augmenter de 12 à 14 % pendant un an. Une contribution obligatoire sur l’ensemble des salaires sera en plus demandée : un jour de salaire pour les travailleurs gagnant plus de 1 000 dollars par mois, deux jours de salaire pour ceux gagnant plus de 2 000 dollars, jusqu’à cinq jours de salaire pour ceux gagnant plus de 5 000 dollars par mois. De plus, les Équatoriens possédant un patrimoine de plus d’un million de dollars devront s’acquitter d’une somme exceptionnelle équivalant à 0,9 % de leurs biens. Et les entreprises devront verser 3 % de leurs bénéfices.

L’État envisage également vendre certains de ses actifs et solliciter une aide de 600 millions de dollars auprès de la Banque mondiale et d’autres bailleurs internationaux. Enfin, le Président a lancé l’idée de créer un “secrétariat sud-américain aux risques”, un mécanisme régional de coordination permettant de réduire les coûts des équipements pour les pays de la région et mobiliser plus rapidement des secours en cas de catastrophe naturelle. Le 23 avril dernier, le président équatorien a annoncé une période de deuil national de huit jours et a remercié tous ceux qui ont manifesté leur solidarité envers le peuple équatorien. Mais il faudra attendre de nombreuses années pour que l’Équateur efface les stigmates de ce drame.

Mara KOLB

Photo (CC) : Comunidad de Madrid

Patricio Aylwin, premier président démocratique chilien après la dictature, s’est éteint à 97 ans

Le premier président de la République chilienne, élu après la dictature du général Pinochet, est mort ce mardi 19 avril. Il avait été président entre 1990 et 1994. Pendant deux décennies, Aylwin s’est trouvé dans la première ligne du coup d’État militaire en 1973 et dans celle du retour à la démocratie en 1989.

Quand Allende pris le pouvoir en 1970, Aylwin – avocat et fondateur de la Phalange, devenue en 1957 le parti démocrate-chrétien – était sénateur et président de son parti. Il voyait avec crainte la révolution non-violente de l’Unité populaire d’Allende et fut un ardent opposant. Salvador Allende, quelques jours avant le coup d’État, lors d’un de ses discours marqués par le dramatisme de la situation du pays, avait dit, sans citer explicitement le leader démocrate-chrétien et son intransigeance : “ils sont en train de nous priver du sel et de l’eau pour nous empêcher de gouverner”.

Aylwin, au cours de ces mêmes journées avait déclaré à The Washington Post, que s’il devait choisir entre “une dictature marxiste et une dictature de nos militaires, (il) choisirai(t) la deuxième”. Des années plus tard, lors de son premier grand discours en tant que président démocratiquement élu et dans le lieu symbolique du stade national de Santiago, devant de plusieurs milliers de Chiliens et des personnalités du monde entier, Patricio Aylwin revient sur cette opinion : “Les faits ont démontré depuis que ceux qui avaient cru à la version officielle de la junte militaire, – qui assumait le pouvoir pendant un laps de temps, poussée par les graves circonstances du pays, – avaient pêché par naïveté (….) Notre vision des forces armées, influencée par une tradition de respect envers les institutions et de subordination envers le pouvoir civil, était erronée.”

Dans son long et émouvant discours, Aylwin a voulu marquer l’importance de le faire dans ce stade de football, disant : “Dans des tristes jours d’aveuglement et de haine, sous l’emprise de la force sur la raison, ce lieu fut pour des très nombreux compatriotes un lieu de détention et de torture, c’est pourquoi aujourd’hui tous les Chiliens, clamons devant le monde qui nous regarde : Plus jamais ! Plus jamais d’atteintes à la dignité humaine, plus jamais de haines fratricides !

“Le Chili a perdu un grand homme d’État, un homme qui plaçait l’unité avant nos divergences, un homme qui a rendu possible la démocratie après avoir été élu président de la République et, en ce sens, nous devons beaucoup à Patricio”, a déclaré l’actuelle présidente socialiste Michelle Bachelet. Patricio Aylwin avait assuré la transition démocratique après la chute du régime militaire mais Pinochet était resté commandant en chef des armées jusqu’en 1998.

Cependant, certains ont accusé Patricio Aylwin d’avoir privilégié la stabilité aux dépens d’un approfondissement des réformes politiques. On a pu lui reprocher de ne pas s’être plus fermement prononcé contre les violations des droits de l’homme commises sous son prédécesseur, le général Pinochet. Et d’avoir marqué la transition à la démocratie de son seau : “verdad y justicia en la medida de lo posible” (“vérité et justice dans la mesure du possible”).

Patricio Aylwin avait créé une Commission nationale de Vérité et de réconciliation, chargée d’enquêter sur les exécutions politiques et les disparitions de militants de gauche sous Pinochet. Toutefois, non seulement Pinochet est resté à la tête des forces armées pendant plusieurs années après avoir quitté ses fonctions présidentielles mais la Constitution, que le dictateur avait mise en œuvre, est restée en vigueur. De ce fait, il a fallu de nombreuses années après la transition démocratique pour que les auteurs présumés de crimes commis sous la dictature puissent être traduits devant la justice.

Sur cette phrase emblématique de la transition chilienne, Aylwin s’est aussi expliqué plus tard dans son livre de mémoires : “Beaucoup se demandent pourquoi nous avons accepté les entraves de la dictature et critiquent la forme trop ‘courtoise’ de ce processus de transition. Tout en étant d’accord avec la condamnation morale et historique que méritent de tels actes [de la dictature], j’invite mes compatriotes à regarder le revers de la médaille. (…) Aurions-nous dû, pour éviter ces limitations, exposer notre peuple au risque de nouvelles violences, souffrances et pertes des vies humaines ? (…) Notre choix a été de combattre l’autoritarisme et d’accepter les bénéfices et les coûts”.

“Sincèrement, je crois que la voie que nous avons choisie fut la meilleure des possibles. (…) Le Chili nous demande de conserver ce qui est bon, corriger ce qui est mauvais et améliorer ce qui est médiocre. C’est la seule méthode efficace pour avancer dans le noble et juste désir de rapprocher la réalité avec l’idéal. Quand ‘j’ai dit ‘vérité et justice dans la mesure du possible’, j’ai voulu être honnête. Dire justice pleine était dire quelque chose qui me semblait non-viable”, a raconté des années plus tard ce grand homme politique, opposant acharné de Salvador Allende et leader de la démocratie chrétienne qui souhaitait comme Lincoln réunifier la société chilienne. A-t-il eu raison de sa transition, une autre transition aurait-elle été possible, l’histoire le dira.

Olga BARRY

Photo (CC) – Alejandro VN

Chico Buarque, un grand du Brésil : artiste multiple et écrivain… son dernier roman vient de paraître

Vient de paraître aux éditions Gallimard le cinquième roman de Chico Buarque, au moins aussi réussi que les quatre précédents. À un peu plus de soixante-dix ans, Chico Buarque, toujours très populaire au Brésil où sa dernière tournée a été un triomphe en 2014, est peut-être un peu moins connu en France des jeunes générations. Pourtant depuis les années soixante il s’est imposé comme un très grand auteur-compositeur et interprète, mais aussi comme un homme engagé reconnu pour la solidité de ses prises de position, comme un créateur d’œuvres à mi-chemin entre la comédie musicale populaire et l’opéra. Dans les années quatre-vingt-dix, il a rajouté à cette panoplie ses romans, tous de grande qualité. Un honnête homme, à tous les sens du terme.

Francisco Buarque de Holanda, qui deviendra Chico n’est pas le seul personnage connu de sa famille : son père, Sérgio (1902-1982), a été l’un des plus grands historiens brésiliens, co-auteur en particulier d’une imposante Histoire de la civilisation brésilienne. La plupart de ses livres sont encore réédités, ses sœurs Cristina et Heloísa María (Miúcha) sont elles aussi chanteuses et Ana a été ministre de la Culture d’un des gouvernements de Dilma Roussef. C’est grâce à la situation de son père que le jeune Francisco fait la connaissance de Vinicius de Moraes, diplomate en poste à Rome quand la famille de Holanda s’y trouve pour suivre Sérgio qui enseigne à l’université. Chico est né en 1944, on est en 1953. En 1961 paraît la première photo de Chico dans un journal de São Paulo, mais à la rubrique des faits divers : avec un copain il a “emprunté” une voiture pour une balade dans les rues de São Paulo où vit la nombreuse famille (ils sont sept enfants). Il entame en 1963 des études d’architecture et d’urbanisme et il compose et chante pour ses camarades. En 1964 commence l’une des plus longues périodes de dictature militaire qu’a connues le Brésil. Précisément quand il fait ses premiers pas dans la chanson.

Pendant presque vingt ans il lutte pour offrir une certaine idée de la liberté, celle qui va avec la vie, tout le contraire de ce qu’essayent d’imposer les militaires au pouvoir. Il doit même passer plus d’un an exilé en Italie, après avoir été emprisonné au Brésil pour des raisons politiques. Il retournera en prison en 1978, à cause de sa participation au jury du Prix Casa de las Américas à Cuba. Pendant ces longues années, il fait courageusement entendre sa voix en prenant soin de ne pas le faire seul. Près de lui les plus grands noms de la création musicale de l’époque, la belle époque de la bossa nova, ne cessent de collaborer à des projets dont beaucoup déplaisaient au pouvoir. Leur grande popularité et l’unité du groupe (non formel) qu’ils formaient a causé bien du tourment aux dictateurs et autres censeurs. Vinicius de Moraes, Antonio Carlos Jobim, Caetano Veloso, Gilberto Gil, João Gilberto, Milton Nascimento et beaucoup d’autres ont popularisé ces rythmes nouveaux dans le monde entier, portés par le succès mondial d’un film, Palme d’or à Cannes en 1959, Orfeo negro, une musique qui mêle les mélodies classiques, le jazz et les percussions d’origine africaine, une musique de grande qualité mais qui sait rester populaire. Et, plus que simplement des rythmes et des mélodies, ils parlent aussi de la misère du plus grand nombre et de l’impossibilité de vivre normalement sous un tel régime.

Dès 1965, sur son premier disque, une chanson donne le ton, Pedro Pedreiro. Elle décrit un homme, simple ouvrier du bâtiment saisi en train d’attendre le bus pour aller au travail, mais dont toute la vie n’est qu’une attente, celle du bus, celle de la prochaine paye, celle de l’improbable augmentation, celle de l’enfant à venir… Par la suite, parmi ses plus belles chansons se trouvent celles sur la dictature dont la plupart sont bien sûr censurées (Cálice, peut-être la meilleure sur le sujet, chantée sur scène avec Gilberto Gil et enregistrée avec Milton Nascimento, Meu caro amigo parmi beaucoup d’autres). Parfois aussi il parvient habilement à contourner la censure, c’est le cas de Apesar de voce qui en 1970 se vend à des centaines de milliers d’exemplaires avant que les responsables ne se rendent compte que l’autoritarisme dont se plaint le chanteur ne vient pas de la femme aimée, comme pourrait le laisser croire le texte très ambigu, mais bien du pouvoir politique. Elle sera elle aussi censurée, mais un peu tard !

À côté de ces chansons très politiques, la production de Chico Buarque est extrêmement variée et toujours populaire. En France chacun de nous, toutes générations confondues, connaît (sans forcément savoir qu’il en est l’auteur) plusieurs de ses chansons, en version originale (A banda, son premier succès mondial, il en existe même une version allemande par… France Gall) ou grâce à des adaptations parfois excellentes (O que será, devenu Tu verras de Claude Nougaro), parfois plus discutables quant à la profondeur du texte (le fameux Qui c’est celui-là ? de Pierre Vassiliu, adapté de Partido alto, dont on dit que Vassiliu a cessé de chanter les paroles françaises quand il a su ce que disait le texte original, lui-même censuré au Brésil). L’amour tient aussi une bonne place évidemment, ou l’écologie (Pasarredo), le féminisme (le sublime Mulheres de Atenas) et des thèmes plus philosophiques mais jamais difficiles d’accès (Roda viva, une pure merveille, Partido alto déjà cité, Construção, tragique succession de jeux de mots). On peut très facilement sur internet voir et entendre la plupart de ses meilleures chansons interprétées par lui ou par de nombreux autres chanteurs brésiliens ou européens.

Plusieurs de ses pièces de théâtre sont jouées avec succès au Brésil, parfois musicales (Roda viva, visée par la censure, malgré son succès public ou Opera do malandro, adapté au cinéma par Ruy Guerra), parfois adaptation de ses romans (Estorvo, Benjamim, Budapeste). Il vient au roman en 1991 avec Estorvo, traduit sous le titre de Embrouille en 1992. Les critiques, en Europe surtout, accueillent cette sortie avec prudence : un chanteur qui se veut romancier, on a déjà vu ça et souvent le résultat est pour le moins décevant. Mais cette fois ils doivent reconnaître les qualités indéniables de cette découverte. Cela se confirme avec les livres suivants : l’évolution se fait vers un certain dépouillement des intrigues et des situations qui, un peu paradoxalement, s’accompagne d’un enrichissement de la technique et qui atteint son sommet avec Le frère allemand que Gallimard vient de publier dans sa version française.

Son dernier roman  en français Le frère allemand

Brillantissime ! Ce roman faussement autobiographique qui l’est quand même un peu, écrit par un homme qui, à soixante-dix ans passés retrouve une extraordinaire fraîcheur pour évoquer des (ses ?) émois d’adolescent avec un entrain plein d’humour ou pour laisser pointer un désir presque inavouable d’être reconnu par un père impressionnant, sommité intellectuelle pris par ses lectures et ses rencontres avec tout ce que le Brésil des années 60 compte de créateurs. Le narrateur, ce Francisco de Hollander, délicatement, timidement, raconte ses failles et le choc de la découverte qui marque le début de son adolescence : avant de se marier au Brésil, le père, Sergio de Hollander, a eu un fils en Allemagne dont personne ne lui a jamais parlé.

Francisco n’ose confier ses doutes ni à sa mère ni à son unique frère, il pressent que le secret devrait rester intact. Il se met plutôt à échafauder des hypothèses sur ce demi-frère tout en vivant pleinement les précaires équilibres de l’adolescence : amours passagères, délinquance occasionnelle et toujours cette pesante impression de n’exister vraiment pour personne. La virtuosité de Chico Buarque s’exprime totalement dans ce Frère allemand, toujours profond et léger à la fois. Il passe du rire au drame, des naïvetés du garçon qui se confie en toute innocence aux tortures de la dictature. Et puis il pratique quelques jeux de miroir en faisant vivre, ou revivre, une famille dont lui seul connaît les rapports avec la sienne, une famille dont le père est reconnu comme critique littéraire, pas comme historien, une famille qui s’appelle de Hollander, dont un fils est surnommé Ciccio.  Il ne s’agit pas de se demander ce qui est “vrai” et ce qui est inventé, cette vaine question qu’entendent à longueur de temps tous les romanciers et qui généralement les horripile. Non, ici c’est bien l’auteur lui-même qui fait de cette question sans réponse un jeu troublant et d’autant plus beau qu’il est  lui aussi complètement gratuit : le roman est un roman, il faut le prendre tel quel, même si, forcément, il nous arrive de nous demander si, peut-être…

Cette virtuosité est partout, dans un formidable brassage de thèmes (nazisme et condition juive, génie et désillusion des artistes, amour des livres et de la littérature, paternité et filiation, pour n’en citer que quelques uns) et un envoûtant brassage de styles : une prodigieuse mise en abyme non dénuée d’humour, par exemple quand le narrateur tente lamentablement de se faire passer pour le pianiste de João Gil, sans savoir que le chanteur n’utilise pas de pianos sur scène, cet épisode suivant de près une cruelle allusion aux camps de concentration nazis. Et par-dessus tout cela, cette virtuosité s’impose tout au long du récit dans le mélange d’invention et de réel, la note finale et quelques photos imposant le vertige qui a accompagné la lecture. Et, niveau suprême, ce roman éblouissant est aussi un émouvant hommage de Chico Buarque de Holanda à Sergio Gunther, son demi-frère allemand qu’il n’a pas connu mais à qui il élève ce tombeau magnifique. Un Sergio Gunther qui, ironie de l’histoire, a été lui aussi un chanteur et un homme de télévision relativement connu en Allemagne de l’Est dans les années 60, celles où son demi-frère brésilien commençait à triompher.

Christian ROINAT
Le frère allemand de Chico Buarque, traduit du portugais (Brésil) par Geneviève Leibrich, éd. Gallimard, 269 p., 22,50 €. SITE.
Chico Buarque est publié au Brésil aux éd. Companhia das Letras, São Paulo. SITE.

Les films latinos annoncés pour le Festival de Cannes 2016

Jeudi dernier, lors de la conférence de presse, Pierre Lescure et Thierry Frémaux ont annoncé la sélection tant attendue des films en compétition lors du célèbre festival cannois. Ce mardi 19 avril, le délégué général Edouard Waintrop a annoncé la sélection de la Quinzaine des réalisateurs pour compléter la liste des films présentés à Cannes. Deux films chiliens, un de Pablo Larraín Neruda (photo à la une) et l’autre Poésie sans fin d’Alejandro Jodorowsky sont présent parmi les dix-huit long-métrages et onze courts sélectionnés.

La presse s’est fait l’écho des anciens  primés en compétition pour le prochain festival de Cannes qui se déroulera du 11 au 22 mai prochains. Sont sélectionnés quatre anciens vainqueurs : les Belges Luc et Jean-Pierre Dardenne (Palme en 1999 et 2005 – 7e participation), le Roumain Cristian Mungiu (Palme en 2007 – 3e participation) et l’Anglais Ken Loach (Palme en 2006 – 13e participation).

Neuf cinéastes déjà primés seront aussi en compétition : l’Américain Jim Jarmusch (7e participation), l’Espagnol Pedro Almodovar (5e participation), le Français Olivier Assayas (5e participation), le Danois Nicolas Winding Refn (3e participation), l’Anglaise Andrea Arnold (3e participation), le Coréen Park Chan-wook (3e participation), le Français Bruno Dumont (3e participation), le Philippin Brillante Mendoza (3e participation) et le Canadien Xavier Dolan (2e participation). Est aussi en lice pour la 3e fois la Française Nicole Garcia, et pour la seconde fois l’Américain Jeff Nichols, son compatriote Sean Penn et le Hollandais Paul Verhoeven (de retour pour la première fois depuis 1992 et Basic Instinct).

Débutent l’Allemande Maren Ade, le Roumain Cristi Puiu, le Français Alain Guiraudie et le Brésilien Kleber Mendonça Filho avec Aquarius. Très remarqué en 2012 avec son premier long métrage, Les bruits de Recife, que nous avions apprécié, ce sera le seul latino en compétition. La France occupe une belle place avec quatre films sélectionnés. Dans la section officielle Un certain regard, parmi les 17 films annoncés sera présenté un premier film argentin : La larga noche de Francisco Sanctis de Francisco Márquez et  Andrea Testa.

Parmi les 10 courts-métrages ont été sélectionnés : Madre de Simon Mesa Moto (Colombie-Suède) et A moça que dançou com o diabo (La jeune fille qui dansait avec le diable), Brésil, de João Paulo Miranda Maria. A cela s’ajoute à la Cinéfondation, trois films d’école, parmi les 18, La culpa probablemente de Michael Labraca (Venezuela), Las razones del mundo  d’Ernesto Martinez Bucio (Mexique) et Business de Malena Vain (Argentine).

Alain LIATARD

C’est en 1969 qu’a lieu la première Quinzaine des réalisateurs, sous la houlette de Pierre-Henri Deleau et du slogan “Le cinéma en liberté”. Marchant dans les traces de mai 68, ce slogan renvoie à l’état d’esprit de ce nouveau festival, en marges du festival de Cannes : les films naissent libre et égaux entre eux. Dès lors, ses objectifs n’ont cessés d’être de faire connaitre de nouveaux talents, de nouveaux films, sans obligation. Comme le dit son délégué général actuel, Edouard Waintrop, “la Quinzaine des Réalisateurs est la plus libre des sections cannoises”.

Le même Edouard Waintrop a annoncé mardi matin, à 11 heures, les noms sélectionnés pour la 47e édition de la Quinzaine lors de la conférence de presse au Forum des Images qui faisait écho à celle de Pierre Lescure et Thierry Frémaux. Comme il l’explique, cette année, “il y a le dialogue entre des maîtres, Jodorowsky, Bellocchio, et des jeunes”.

Le chilien Alejandro Jodorowsky, 87 printemps, est donc l’un des grands noms de ce festival, avec le long-métrage Poesia sin fin. Ce film dresse le portrait de Jodorowsky lorsqu’il était jeune adulte, dans les années cinquante, vivant dans la capitale chilienne, au contact de la bohème de l’époque. C’est à cette période qu’il décide de devenir poète et qu’il commence à fréquenter Enrique Lihn, Stella Diaz Varín, Nicanor Parra, des jeunes poètes prometteurs de l’époque qui deviendront par la suite les grands noms de la littérature d’Amérique latine. “Poesia sin fin est un récit d’expérimentation poétique ; l’histoire d’un jeunesse unique qui a vécu comme peu avant eux avaient osé le faire : sensuellement, authentiquement, follement”.

Cette œuvre dialoguera avec Neruda de son compatriote Pablo Larraín, réalisateur dont la presse a beaucoup parlé suite à la sortie de son film sponsorisé par les frères Almodovar, El Clan. Son nouveau long-métrage s’intéresse à la vie de Pablo Neruda, poète et écrivain chilien, figure légendaire qui obtint le Prix Nobel en 1971. Il est aussi connu pour avoir été un grand diplomate et un homme politique qui a travaillé afin d’instaurer une justice sociale en Amérique latine. C’est l’acteur Luis Gnecco qui interprétera cette personnalité historique quant Gael García Bernal endossera le rôle le chef de police à ses trousses après que Neruda est ouvertement condamné l’emprisonnement de mineurs chiliens en grève. C’est sur cette période, de 1946 et 1948, particulièrement dure pour le poète qui fut contraint à l’exil, que se concentre le film. No ou El Clan, ses précédents films, furent acclamés par la critique. Nul doute que Neruda prendra le même chemin, confortant Pablo Larraín dans son rôle de relève du cinéma chilien.

Bien que l’Italie soit le pays à l’honneur de cette édition 2016, la Quinzaine des réalisateurs reste fidèle aux réalisateurs latino-américains avec deux films provenant d’Amérique latine sur 18 films au total. Il ne reste plus qu’à attendre la fin du mois de mai pour savoir qui sortira gagnant de la compétition, en rappelant que l’an dernier, Allende, mi abuelo Allende, de Marcia Tambutti Allende, reçut l’Oeil d’Or.

Victoria PASCUAL

Site du festival de Cannes – Site de la Quinzaine des réalisateurs
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