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septembre 2015

Palmarès du festival de San Sebastián 2015

La 63e édition du festival du film de Donostia-San Sebastián s’est achevée samedi dernier. Le jury, présidé cette année par l’actrice danoise Paprika Steen, a rendu son verdict en décernant le Coquillage d’Or à Sparrows, long-métrage de l’Islandais Rúnar Rúnarsson. Le cinéma latino-américain n’est cependant pas en reste et, après Cannes, Berlin et Venise, il a récolté plusieurs prix saluant ainsi son inventivité et son dynamisme. Retour sur le palmarès.

La Cubaine Yordnaka Ariosa a reçu le Coquillage d’Argent de la meilleure actrice pour son interprétation d’une jeune femme à la dérive durant la période spéciale cubaine dans El Rey de la Habana d’Agusti Villaronga. Côté interprétation masculine, l’Argentin Ricardo Darín a récolté – ex-aequo avec son partenaire dans le film Javier Cámara – le prix du meilleur acteur pour Truman, récit sur les ultimes retrouvailles de deux amis et la maladie.

Concourant en section officielle, El Apóstata, comédie dramatique sur le désir d’émancipation d’un jeune homme du réalisateur uruguayen Frederico Veiroj a été auréolé de la mention spéciale du jury.

Au sein de la section Horizontes Latinos, dédiée aux productions et co-productions d’Amérique Latine, c’est Paulina de l’Argentin Santiago Mitre qui tire son épingle du jeu. Également en compétition dans cette section, Desde Allá de Lorenzo Vigas, déjà ovationné à la Mostra de Venise, et Te prometo anarquía du Mexicain Julio Hernández Cordón ont été distingué par une mention spéciale.

Enfin, La Tierra y la Sombra, long-métrage du Colombien César Augusto Acevedo et caméra d’or à Cannes, s’est vu remettre le prix de la coopération espagnole. Quant aux projets futurs, La Omisión, co-production argentine retraçant la vie de Paula durant les derniers jours de la saison hivernale, a obtenu le prix du meilleur projet de co-production Espagne-Amérique Latine. C’est officiel, la flamme du cinéma latino-américain n’est donc pas prête de s’éteindre.

Lucie DUBOEUF

Retrouver l’ensemble du palmarès sur le site du festival de San Sebastián.

“Viva Mexico”, le rendez-vous du cinéma mexicain en France

Mis à l’honneur lors des grandes rencontres cinématographiques, le cinéma mexicain s’impose actuellement comme l’un des plus créatifs au monde et les critiques ne tarissent pas d’éloge à son égard. Ne demandant alors qu’à s’exporter, le festival de cinéma Viva Mexico lui offre l’opportunité de montrer sa richesse et l’originalité de son savoir-faire. Projet conçu et produit par INC France-Mexique, sa troisième édition aura lieu du 6 au 13 octobre 2015 au Cinéma Étoile Lilas à Paris. Cette année, la programmation voyagera ensuite dans plusieurs salles françaises : Chelles (77), Condé-sur-Noireau (14), Vichy (3) et l’Isle-Jourdain (32).

Lors des différentes rencontres cinématographiques, le public pourra découvrir le 7e art mexicain dans toute sa diversité : des thrillers, des comédies, des drames, des documentaires ou encore des films d’animation. Le festival s’ouvrira par l’avant-première du film 600 Millas en présence de son réalisateur Gabriel Ripstein, récompensé par le prix du meilleur premier film lors du Festival international du film de Berlin. 600 Millas raconte l’histoire du jeune Mexicain Arnulfo Rubio qui travaille en tandem avec un “gringo” américain pour faire passer des armes de l’Arizona au Mexique.

Seront également au menu, Chronic, réalisé par Michel Franco, et qui a reçu le prix du scénario lors du dernier Festival de Cannes, Las Elegidas de David Pablos, lui aussi remarqué à Cannes ou encore Un monstruo de mil cabezas, nouveau film de l’Uruguayen Rodrigo Plá. Le biopic musical Gloria, la comédie Eddie Reynolds y los Angeles de Acero, le drame La casa más grande del mundo ainsi que la comédie dramatique Los Bañistas viendront compléter ce panorama fictions. Au-delà de la programmation de films, le festival comptera également de nombreuses animations : tables rondes et rencontres avec des invités de renom, soirées, décernement du prix du public… La diversité du festival se reflète par ailleurs dans l’ouverture au public, avec des séances en audiodescription pour les personnes aveugles et sous-titrées pour les malentendants. Familles et enfants auront droit eux aussi à une programmation spéciale contenant des séances adaptées.

Le festival offre aux cinéphiles un cinéma inédit car, parmi les 12 films au programme, 5 seront projetés en avant-première, et les 7 autres ne seront plus projetés en dehors du festival. C’est donc une opportunité unique de venir découvrir la culture, le mode de vie et la société mexicaine. En somme, de quoi faire un savoureux plein de bonne humeur et de partage.

Vaiana GOIN

Festival Viva Mexico, du 6 au 13 octobre 2015 au Cinéma Étoile Lilas, place du Maquis du Vercors, Paris 20e. Site du festival.
Programmation complète.

“Puerto Apache” de Juan Martini

Buenos Aires, dans la zone portuaire. Puerto Apache est un quartier squatté au début des années 2000, qui a tenté de s’organiser pour ne pas devenir bidonville mais qui s’est, malgré tous les efforts de quelques uns, enfoncé dans le désordre et la misère. Ses habitants se voient comme de vrais Portègnes tout en se sentant exclus d’une vie normale. C’est cette situation ambiguë que nous décrit Juan Martini, né en 1944, dont le roman La vie entière a été publié par Maurice Nadeau en 1998.

Puerto Apache est plus un documentaire qu’un roman. Il y a bien une intrigue, une enquête que mène le narrateur, enchaîné et torturé dans les premières pages, qui cherche à savoir qui est à l’origine de cette “punition”. Mais l’auteur s’intéresse davantage à la description de ce curieux quartier et à la vie quotidienne de ses habitants, pas vraiment bidonville, mais encore moins zone résidentielle. C’est une ancienne friche industrielle récupérée par un groupe de jeunes gens sinon politisés, du moins engagés pour lutter contre la misère qui, dans ces années 2000, a gagné une bonne partie de la société argentine. Ils se sont lancés dans cette aventure de réhabilitation d’une zone qui n’appartenait apparemment plus à personne et dont ils auraient pu faire un quartier tout à fait habitable.

Ce projet, enthousiasmant sur le papier, se révèle bancal une décennie plus tard et, s’il reste toujours un certain enthousiasme, c’est pourtant l’amertume qui domine. Tout avait été prévu, il y a un cinéma populaire et même un début de cimetière, mais les réalités matérielles ont peu à peu dévoré les grandes idées : pour survivre il faut parfois voler, dealer, flirter avec la vraie délinquance. C’est ce qui est arrivé au Rat, le narrateur. Son enquête avance plutôt lentement mais donne lieu à des rencontres qui permettent à l’auteur de nous faire partager des moments de la vie de ces oubliés de la société qui pourtant parviennent à exister par eux-mêmes malgré tous les obstacles.

Christian ROINAT

Puerto Apache, de Juan Martini, traduit de l’espagnol (Argentine) par Julie Alfonsi et Aurélie Bartolo, éd. Asphalte, 224 p., 21 €. SITE
En espagnol : Puerto Apache, de Juan Martini, Sudamericana, 2002.

Accès souverain à la mer : la Bolivie remporte le premier round contre le Chili

La Cour internationale de justice de La Haye (CIJ) a rejeté l’argument chilien “d’incompétence de la Cour” dans le litige opposant ce pays à la Bolivie qui réclame une négociation pour récupérer un accès à l’océan Pacifique.

Lors de son indépendance en 1835, la Bolivie possède 400 km de côtes sur l’océan Pacifique incluant les régions de Antofagasta, Calama et Tocopilla. Cette zone est plutôt négligée par les différents gouvernements boliviens de l’époque mais intéresse fortement les entreprises minières anglo-chiliennes (cuivre, salpêtre pour la dynamite, guano d’oiseaux pour les engrais). Des milliers de mineurs chiliens, soutenus par des capitaux anglais, investissent la région. La Bolivie ne leur réclame que quelques centavos (centimes) de taxes. Mais lorsque le commerce du salpêtre prend un développement considérable, les intérêts économiques anglo-chiliens envisagent ouvertement une annexion totale de toute la zone par ailleurs déjà habitée aux trois quarts par des mineurs chiliens. Lorsque le gouvernement bolivien exige une taxe de 10 centavos par quintal exporté, les entreprises refusent de payer et utilisent ce prétexte pour envahir militairement le département bolivien du Litoral en 1879. Un traité d’assistance mutuelle liant la Bolivie au Pérou, ce dernier entre aussi en guerre, ce qui pousse le Chili à envahir la région péruvienne du Tarapaca jusqu’à Tacna. À la fin de cette guerre dite “du Pacifique” (ou encore “Guerre du salpêtre”, 1879 à 1883), le Chili a annexé toute la partie côtière de la Bolivie (120 000 km2, équivalent à plus de 1/5 de la France) ainsi que toute la région péruvienne située entre Iquique et Arica (70 000 km2, soit deux fois la Belgique), Tacna étant rendue au Pérou.

Récupérer un accès à la mer

Depuis l’annexion par le Chili de son Departamento del Litoral, la Bolivie a perdu tout accès direct à l’océan Pacifique. Depuis plusieurs dizaines d’années, elle cherche à retrouver un “accès souverain”, c’est-à-dire un morceau de territoire entre le pays et la mer. Le Chili, bien sûr, rejette absolument cette possibilité et, en contrepartie, a offert à la Bolivie des accès et des taxes préférentiels dans les ports d’Antofagasta, Iquique et Arica. Mais la privatisation de ces ports par le Chili renchérit beaucoup le coût du transport bolivien. Selon un article paru dans Le Monde Diplomatique (1), 40 % des exportations boliviennes transitent par les ports chiliens, ce qui les rend 55 % plus chères que celles du Chili.

Recours devant la CIJ

En mai 2013, la Bolivie dépose devant la Cour internationale de justice de La Haye (Pays-Bas) une requête d’arbitrage sur la demande bolivienne d’un accès souverain à la mer. Selon la Bolivie, le traité de 1904 entre les deux pays obligerait le Chili à négocier un accès à la mer. L’antagonisme historique entre les deux pays n’a pas permis de trouver un contexte favorable à l’ouverture de négociations dans le passé, ce qui a motivé le recours bolivien auprès de la CIJ. L’objectif bolivien était que la Cour étudie la situation sur le fond. Le Chili a répondu en rejetant la compétence de la Cour sur la base de “un traité en vigueur ne se négocie pas. Le traité d’amitié et de commerce de 1904 a déjà tout réglé”.

La Cour se déclare compétente mais…

La décision rendue par la Cour ce jeudi 26 septembre ne concerne donc, à cette étape du contentieux, que sa compétence. Pour le président de la Cour, le Français Ronny Abraham, “La Cour a conclu que l’objet du différend est de savoir si le Chili a l’obligation de négocier de bonne foi un accès souverain de la Bolivie à la mer” et non si le Chili devait donner une partie de son territoire à la Bolivie. Par 14 voix contre 2, les juges ont décidé que la Cour était compétente pour étudier le contentieux en vertu de l’article 31 du Pacte de Bogotá ratifié par les deux pays. Selon cet article, “les Hautes Parties reconnaissent comme obligatoire la juridiction de cette Cour pour toute controverse d’ordre juridique qui surgit entre elles et qui concerne l’interprétation d’un Traité ; toute question de Droit international ; l’existence de tout fait qui serait une violation d’obligation internationale, et la nature de la réparation due pour la rupture d’une obligation internationale. La Cour s’est déclarée compétente mais n’a pris aucune position ou décision concernant la question de fond. Elle proposera un protocole et un calendrier aux Parties qui pourront ainsi présenter leurs arguments, la Bolivie sur “un droit à l’accès souverain à la mer”, le Chili sur l’existence d’un Traité de 1904 qui a réglé le problème du transit bolivien vers l’océan Pacifique.

Les réactions

La Bolivie estime bien sûr qu’elle vient de remporter une victoire juridique. Son représentant auprès de la CIJ, Eduardo Rodríguez, précise que “la Bolivie n’a pas pour objectif de réaliser des actes hostiles contre le Chili mais de rechercher le moyen d’établir un dialogue fructueux”. Pour le président bolivien Evo Morales, “C’est un jour historique, inoubliable, parce que c’est un pas important pour notre demande de retrouver l’océan. Nous savions que tôt ou tard, il y aurait justice. Cette situation n’est pas provoquée par le peuple chilien mais par les groupes oligarchiques chiliens soutenus par les entreprises anglaises de l’époque…”.

Pour le Chili, “il ne s’est rien passé d’important”. Selon la présidente Michelle Bachelet, la décision de la Cour n’affecte en rien notre intégrité nationale et, en ce sens, la Bolivie n’a rien gagné !”. On se console comme on peut d’une décision qui marque quand même une défaite de la position chilienne. Elle ajoute : “Nous avons la ferme conviction que la demande bolivienne manque de tout fondement car elle confond droit et aspirations et tergiverse complètement ce qu’a été l’histoire entre nos deux pays, et spécialement le Traité de 1904. Pour le Chili, il n’existe aucun contentieux territorial ou limitrophe avec la Bolivie”, confirmant ainsi la position chilienne d’ignorer la demande de négociation bolivienne en vertu de l’existence de Traités toujours en vigueur entre les deux pays. Et Jorge Burgos, assumant le rôle de vice-président en l’absence de la présidente en voyage aux Nations-unies à New-York, de lancer un avertissement : “Il n’existe aucun tribunal dans le monde qui peut nous obliger à céder un centimètre de notre territoire”. Un autre indice qui montre que le Chili ressent bien la décision de la CIJ comme un échec politique est la réaction de Jaime Ravinet, l’ancien ministre de la défense de l’ex-président Sebastian Piñera : “Que le Chili claque la porte et dise aux Nations-unies et à La Haye que nous nous retirons de la procédure et que son verdict ne peut nous être imposé” ! Plus modéré, le gouvernement chilien se prépare à déterminer sa stratégie car la Cour lui a donné jusqu’au 25 juillet 2016 pour lui remettre ses arguments écrits.

Un enjeu géopolitique

Le deuxième round du litige aura lieu dans un futur non déterminé qui peut durer plusieurs mois ou même années. Il s’agira alors pour la Cour de décider si oui ou non, le Chili devra négocier avec la Bolivie un accès souverain à la mer. On se dirige là vers d’énormes complications juridiques et internationales, l’affaire prenant un tournant régional. La solution sera très complexe car on voit mal où se situerait ce “corridor bolivien” au Chili. Le long de la frontière péruvienne ? Le Pérou s’y oppose car cela le séparerait complètement du Chili alors que d’importants intérêts économiques et sociaux sont en jeu comme en toute zone frontalière. De plus, le Chili perdrait le contrôle de la route Arica-La Paz, un important axe économique avec la Bolivie. Un couloir à hauteur des grands ports chiliens ? Cela couperait le Chili en deux ce qui est totalement inacceptable…

D’autre part, l’accès à la mer pour la Bolivie intéresse au plus haut point l’économie brésilienne. En effet, le Brésil exporte une grande partie de sa production sur les marchés asiatiques et de plus en plus vers la Chine. Il est plus rentable pour les entreprises brésiliennes situées sur la côte Atlantique d’exporter via la Bolivie que par le canal de Panamá. Ce sera encore plus rentable si la Bolivie possédait un port sur la côte Pacifique du continent. Le gouvernement brésilien n’a pas encore pris position sur le contentieux Chili-Bolivie mais il est indéniable qu’il observe les événements avec attention. Il en est de même en Asie. Les économies chinoises et japonaises seraient bien intéressées par un port bolivien qui réduirait le coût du transport vers le Brésil et l’Argentine, les deux plus importantes économies de l’Amérique du sud.

Jac FORTON

(1) Dans l’article La Bolivie les yeux vers les flots, de Cédric Gouverneur, Le Monde diplomatique de septembre 2015, p.6.

 

Raúl Zurita, un monument de la poésie chilienne

Le poète Raúl Zurita est enfin en France. Nous saisissons cette occasion pour organiser un avant-goût dans le cadre du 14e festival littéraire Belles Latinas. Un vieux projet se concrétisant grâce à l’initiative de l’Université Côte d’Opale qui organise un symposium international à Boulogne-sur-Mer du 5 au 8 octobre prochain. Nous vous invitons à découvrir ses vers énergiques, sensibles, et profonds. Cet auteur singulier sera aussi à Paris, à Toulouse et à Lyon avant de s’envoler pour le Chili, le 14 octobre, pour une lecture à l’AmphiOpéra et en soirée à l’Instituto Cervantes. Nous vous proposons une courte présentation de Raúl Zurita par Benoît Santini, maître de conférence de l’Université de Boulogne-sur-Mer.

Raúl Zurita, né en 1950, est un poète chilien de renommée internationale, invité dans de nombreux festivals à l’étranger. Lauréat du prix national de littérature au Chili en 2000, il a publié Purgatorio (1979), Anteparaíso (1982), Canto a su amor desaparecido (1985), La vida nueva (1994), Poemas militantes (2000), INRI (2003), Zurita (2011) ainsi qu’un roman, El día más blanco (1999, réédité en 2015) et la traduction d’Hamlet en espagnol (2014). Il a fait partie à la fin des années soixante-dix du Colectivo de Acciones de Arte (CADA) qui visait à faire descendre l’art dans la rue. Il a écrit le poème La vida nueva, tracé dans le ciel de New York en 1982, ou le vers Ni pena ni miedo dans le désert d’Atacama en 1993. Dans ses poèmes, les plages, le désert, les fleuves du Chili sont en mouvement permanent et déformés par la force de la pensée, donnant lieu à des scènes oniriques. Les mers et le désert reçoivent les corps des disparus de la dictature, tout comme le langage poétique donne une sépulture digne à ces mêmes disparus.

Dans son immense recueil de 700 pages (Zurita aux éd. Université Diego Portales à Santiago du Chili) font irruption des scènes familiales vécues par le poète ainsi que des souvenirs douloureux de l’époque de la dictature, et réapparaissent, tels des monuments en ruines, des fragments d’ouvrages antérieurs qui semblent avoir été écrits des milliers d’années auparavant. Le jeu verbal, les créations langagières, l’utilisation de blancs typographiques et de syllogismes, la structure savamment travaillée de ses poèmes et recueils sont quelques-uns des traits distinctifs de son écriture poétique.

Traduit dans de nombreuses langues (anglais, italien, allemand, français, chinois, bengali, etc.), la reconnaissance du poète en Europe s’est concrétisée dans la remise du Doctorat Honoris Causa de l’Université d’Alicante en mars 2015, et l’organisation de deux événements scientifiques autour de sa poésie (colloque à l’Université d’Alicante en mars 2015, symposium à l’Université du Littoral Côte d’Opale à Boulogne-sur-Mer en octobre 2015).

Benoît SANTINI
Université Boulogne-sur-Mer

Programme Raúl Zurita en France
Symposium Raúl Zurita à Boulogne-sur-Mer

Le Gouvernement et les FARC se donnent six mois pour signer la paix en Colombie

Le pouvoir exécutif et les acteurs de la guérilla annoncent la création d’un système judiciaire qui jugera tous les acteurs du conflit. Le 23 mars 2016 sera la date limite pour qu’un accord soit conclu.

La paix, que des générations de colombiens rêvent depuis cinquante ans, semble un projet de moins en moins chimérique. Le gouvernement et la guérilla des FARC ont fait ce mercredi 23 septembre un grand pas dans les négociations, entamées il y a presque trois ans, pour mettre fin à un conflit qui a généré plus de 220 000 morts. Le président colombien, Juan Manuel Santos, et le leader des FARC, Rodrigo Londoño, alias Timochenko, ont annoncé, en présence de Raúl Castro, à la Havane, un accord sur la justice de transition et se sont donnés six mois pour signer l’accord de paix définitif.

Les équipes responsables des négociations du gouvernement et les FARC, Santos, qui se rendait pour la première fois à La Havane depuis le début du processus de paix, et Timochenko, qui avait troqué son uniforme militaire contre une veste blanche en toile légère, sont allés là où personne ne l’avait fait jusqu’à présent : ils ont annoncé un accord de justice garantissant l’absence d’impunité, et arrêté la date du 23 mars 2016 pour signer la paix. Au-delà de cet accord les FARC auront soixante jours pour rendre les armes. « Je veux souligner le pas que les FARC ont fait. Nous sommes adversaires et de bords différents, mais aujourd’hui nous avançons dans la même direction, celle de la paix » a déclaré Santos, alors que Timochenko déclarait sa « grande satisfaction » à propos de l’accord conclu. Quant à Raúl Castro il a salué la réussite de cet accord : « La paix en Colombie n’est pas seulement possible, elle est indispensable. Bien qu’il reste d’énormes difficultés à surmonter, nous avons la certitude qu’elles seront vaincues « . Il a ensuite encouragé Santos et Timochenko à se serrer la main, poignée de main historique.

L’avancement dans le processus d’entente est régulier depuis fin juillet, quand la guérilla a annoncé un nouveau cessez le feu unilatéral et que le gouvernement a, en contre partie, suspendu les bombardements. Depuis, il n’y a eu que quelques affrontements entre les deux parties. Le problème de la justice a été le point le plus compliqué à régler. L’accord du gouvernement et de la guérilla comporte la création d’une justice transitionnelle basée sur la reconnaissance de la vérité et de la responsabilité, qui concernera tous les acteurs impliqués dans le conflit armé de Colombie, combattants et non combattants, c’est-à-dire les guérilleros, les militaires, les politiques, et aussi les fournisseurs de capitaux aux paramilitaires (milices anti guérilla, responsables de l’assassinat de milliers de militants de gauche). Ce nouveau tribunal ne dépendra pas du pouvoir judiciaire colombien, mais sera composé de juges colombiens et étrangers, ce qui reste à concrétiser.

Selon le texte, « l’Etat colombien accordera l’amnistie la plus large possible aux délits politiques », dont pourraient bénéficier, selon le procureur général, Eduardo Montealegre, jusqu’à 15 000 guérilleros. « Mais en aucun cas les crimes contre l’humanité, de génocide, les crimes de guerre, les déplacements forcés et les actes de torture  ne seront amnistiés ». 

Plus la vérité sera connue, plus la nouvelle juridiction pourra appliquer des sanctions justes visant à restaurer la liberté et les droits. Les sanctions seront adaptées au préjudice des victimes, par exemple démantèlement des cultures illicites et redistribution des terres aux paysans, construction d’infrastructures dans les zones touchées, aide au retour des populations déplacées pendant le conflit. Ceux qui avoueront des délits graves bénéficieront d’une peine aménagée de cinq à huit ans de « restriction de liberté », aux conditions encore floues, seulement s’ils travaillent à la réparation de leurs victimes. Ceux qui ne confesseront que « tardivement » purgeront leur peine en prison pendant cinq à huit ans, et ceux qui nieront leur rôle dans de tels délits, avant d’être reconnus coupables, encourront jusqu’à vingt ans de prison.

Les peines réservées aux guérilleros par la justice transitionnelle ont été un des sujets les plus controversés autour de la table de négociation. Pour les FARC il était hors de question d’accepter des sanctions d’emprisonnement. « Personne ne négocie pour finir derrière les barreaux » a fini par dire le président Santos. Alors que l’ex président Álvaro Uribe avait déclaré à la presse qu’au moins les dirigeants de la guérilla devraient aller en prison. Quelques « urubistes« , dont Alfredo Rangel, ont ajouté que le gouvernement avait  « honteusement caché à la population qu’il n’y aurait pas de peines de prison pour les FARC, comme cela avait été convenu ».

Après le problème de la justice, deux autres points ont été discutés : celui de la vérité, avec la création déjà faite de la Commission de la Vérité (en juin dernier), et celle de la Réparation qui est prévue prochainement, et acceptée par presque tous. Reste maintenant aux négociateurs à clore le dernier sujet, sur les six qui composent l’accord : celui de la vérification de son application, et la prise de toutes les garanties pour que le conflit prenne définitivement fin.

D’après Javier LAFUENTE
du journal El Pais
Catherine TRAULLÉ

RAPPEL DES FAITS

Le conflit armé de Colombie a fait plus de 220 000 morts, parmi lesquels 177 307 civils, les autres étant des combattants, selon les données du Centre de Mémoire Historique colombien. La guerre qui a marqué l’histoire récente du pays a affecté d’une façon ou d’une autre sept millions de personnes, selon ce qu’indique le Registre Unique des Victimes. Ce même registre, qui a recueilli des données depuis 1984, estime que 6 414 700 personnes ont été déplacées à cause de la violence.

Par ailleurs, près de 55 000 personnes ont été victimes d’un acte terroriste, et 11 000 autres ont des séquelles physiques dues aux mines antipersonnel. Le registre des victimes montre aussi que 130 000 personnes ont reçu des menaces pendant le conflit, que près de 75 000 ont été dépossédés, et que plus de 21 000 ont été séquestrés. Dans d’autres registres il est fait état de plus de 25 000 disparus et de 1754 victimes de violences sexuelles dans le cadre du conflit armé.

D’après Sally PALOMINO

Chronos de la semaine du 19 au 27 septembre 2015

19 septembre – ÉQUATEUR – Le nouveau Code pénal du gouvernement du président Rafael Correa réduit la peine moyenne pour trafic de drogues de 12 à 3 ans. Cette réforme pénale va permettre de libérer des dizaines de prisonniers espagnols en Équateur. La règle, qui affecte 85 “mulets” espagnols, principalement des femmes, emprisonnés dans ce pays, est entrée en vigueur en août.Le code est la loi la plus progressiste en matière de trafic de drogues de tout ce qui a été adopté en Amérique latine”, dit Marlo Brito, Directeur national de la recherche du Défenseur public de l’Équateur, qui dit que le principal objectif de la nouvelle législation est de « décriminaliser la pauvreté » parce que ces délits sont souvent commis par des “personnes avec des ressources très basses”.

22 septembre – AMÉRIQUE LATINE-CARAÏBES – La Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC) a présenté un rapport sur la situation des peuples autochtones en reconnaissant certains progrès dans la région en matière d’éducation et de santé, mais il pointe vers un éternel défi : la reconnaissance des droits fonciers, y compris le contrôle des ressources naturelles. Ainsi, ont été détectés entre 2010 et 2013, plus de 200 conflits dans les domaines liés à l’extraction des hydrocarbures et des mines. Le document est présenté dans le cadre de la première Conférence mondiale sur les peuples autochtones, au siège de l’ONU à New York. L’étude de la CEPALC souligne que, en Amérique latine, il y a environ 45 millions de personnes autochtones, ce qui représente 8,3 % de la population régionale.

22 septembre – MEXIQUE – Le maire d’un village tropical, Michel Gabriel Gómez, 49 ans, devenu très populaire avec ses voisins pour donner une consultation de pédiatrie gratuite pour les plus pauvres, était venu cette législature occuper un siège du PRI au Congrès mexicain. Un commando armé l’a kidnappé en plein jour avec son assistant et quelques heures plus tard il ont été retrouvés tous deux carbonisés dans la fourgonnette dans laquelle ils avaient été enlevés dans un village à 150 kilomètres de là. L’embuscade porte la “griffe” du crime organisé.

22 septembre – AMÉRIQUE LATINE – L’Alliance du Pacifique veut être le moteur d’un pôle de stabilité et d’investissement économique en Amérique latine, dans un monde troublé. Les présidents des quatre pays fondateurs – le Mexique, la Colombie, le Pérou et le Chili – parlent de tracer des liens avec le Mercosur et d’autres pays de la région lors du premier forum organisé par Michael Bloomberg, fondateur de Bloomberg LP. L’Alliance du Pacifique est le plus grand bloc commercial en Amérique latine, avec un ensemble économique disposant de 2,2 billions de dollars de production et de 230 millions de consommateurs potentiels.

22 septembre – MEXIQUE – Quand nous mourrons, mourra la langue”. Dans le pays coexistent 11 familles linguistiques dont dérivent 68 langues, qui à leur tour sont ramifiées en 364 variantes. Une immense frondaison, dont la concentration existe à peine dans le monde, excepté en Papouasie-Nouvelle Guinée, au Brésil et dans certaines régions de l’Afrique, mais sur lesquelles court une menace croissante. Elles sont de moins en moins parlées. À peine sept millions d’indigènes (40 %) s’adonnent à leurs langues, et dans leur majorité ils le font dans seulement six langues (náhuatl, maya yucateco, mixteco, tseltal, zapoteco et tsotsil). Le reste, en grande partie, est en danger. L’Institut National de Langues Indigènes (INALI) a conclu que 259 des 364 variantes linguistiques courent le risque de disparition. Et dans beaucoup de cas, leur salut est presque impossible : 64 ont moins d’une centaine de locuteurs. Ils appartiennent au groupe de “haut risque”. Ils sont les derniers de leur lignée. De l’ayapaneco, menacé, il reste seulement sept personnes parlant encore cette langue. “Les langues autochtones sont réduites au silence dans les médias”, dit M. López Sánchez le directeur de l’INALI.

23 septembre – COLOMBIE – Pour sa seconde édition depuis sa création l’année dernière, le prix Gabriel García Márquez de journalisme a décidé de distinguer pour l’éthique journalistique deux journalistes spécialisés en couvertures de conflit, le colombien Javier Darío Restrepo, 82 ans, et la mexicaine Marcela Turati, [photo] 40 ans, “pour leur indépendance, leur intégrité et leur engagement avec les idéaux de service public du journalisme”. Ce prix est décerné par la fondation Gabriel García Márquez pour le nouveau journalisme latino-américain.

23 septembre – AMÉRIQUE LATINE – Le nombre de personnes souffrant de la faim en Amérique latine a été réduit de 24 millions au cours des 12 dernières années. Une étude de l’ONU montre que 61 millions de Latino-américains n’avaient rien à manger à la fin de 2002. Aujourd’hui, le chiffre est de 37 millions. La clé du succès a été la mise en œuvre de programmes et de politiques publiques alimentaires qui survivent aux changements de gouvernement, comme l’a souligné le rapport. Le document – élaboré par l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (la FAO), le Fonds International de Développement Agricole (FIDA) et le Programme Mondial d’Aliments (PMA) – souligne que l’Amérique latine est la seule région – en comparaison avec l’Afrique, l’Asie et Océanie qui a déjà atteint l’objectif de réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées, un Objectif de Développement du Millénaire (ODM), fixé à 2015.

23 septembre – MEXIQUE – Le Mexique a récupéré un de ses documents constitutifs, en échange d’un million de dollars, le Codex Chimalpáhin écrit au XVIIe siècle par deux historiens indigènes et depuis 1827 dans les mains de la Société biblique de Londres. Ses auteurs étaient Domingo Chimalpáhin (1579-1660) et Fernando de Alva Ixtlilxochitl (1578-1650), membres de puissants lignages locaux, le premier descendant des seigneurs de Chalco et le second, du roi poète Nezahualcoyotl. Depuis la semaine dernière, ce document s’expose au public dans le Musée National d’Anthropologie comme pièce maîtresse de l’échantillon des Codex mexicains. Mémoires et savoirs.

24 septembre – VENEZUELA – Dans son premier discours à l’ONU, le président venezuelien Nicolas Maduro a accusé les “impérialistes” de vouloir mettre fin à son gouvernement. Il a mis l’accent sur la nécessité d’une révision urgente des Nations Unies pour “construire une nouvelle Organisation des Nations Unies pour la paix, pour un nouveau monde multipolaire où il n’y a pas d’empires qui veulent imposer et revenir à l’époque du monde unipolaire. C’est une urgence pour le monde”. Après un jour plein de requêtes semblables – émanant de ses homologues latino-américains comme l’Argentine Cristina Fernández de Kirchner, Dilma Rousseff du Brésil ou Michelle Bachelet du Chili, – Nicolas Maduro a insisté sur le fait qu’on écoute vraiment cet appel et que, surtout, on agisse en conséquence.

24 septembre – MEXIQUE – Le président Enrique Peña Nieto a annoncé lors de sa première comparution devant une Assemblée générale que le pays participera aux opérations de maintien de la paix (OPM), que les gouvernements du PRI, son parti, ont refusé pendant des décennies. Il n’a pas précisé le nombre de troupes que le Mexique concernées pour mener les missions actuelles et futures, mais que son contingent ne prendra part qu’aux actions “humanitaires”.

25 septembre – COLOMBIE – Le gouvernement colombien et les Farc ont pris position contre les rumeurs répandues par l’opposition colombienne sur les pourparlers de paix et rendent publiques les minutes des négociations tenues à La Havane. Mais à partir du moment où le processus est devenu l’otage du jeu politique national, des secteurs militaires et autres proches du prédécesseur de Juan Manuel Santos en tant que président, Álvaro Uribe, ont commencé à insister sur le fait que ce dont on parlait dans un hôtel de La Havane ne correspondait pas à ce qui est annoncé publiquement. Selon eux, il existait un agenda occulte conclu dans le dos des Colombiens. Les négociations de ce type sont, par sa nature même, réservées. La transparence exige qu’une fois conclu l’accord on révèle tout le processus. Juan Manuel Santos a décidé d’aller un peu plus loin et d’ouvrir la porte avant que le dernier mot ne soit prononcé. Il est une autre guerre en Colombie : la guerre sur des rumeurs.

24 septembre – VENEZUELA – L’opposition vénézuélienne et sa plate-forme de concertation électorale, la Table d’Unité Démocratique (MUD), semblent être guéries de l’infection la plus sérieuse dont elle souffrait depuis l’alliance formée en 2009. Le journaliste Jesús Torrealba a accepté de manière officielle le secrétariat de l’exécutif de la MUD. Il remplace Ramón Guillermo Aveledo, qui avait démissionné le 30 juillet sur fond d’accusations et de méfiances menaçant d’implosion de l’alliance. Le journaliste Jesús Torrealba annonce un plan national d’action de mobilisations.

25 septembre – GUATEMALA – Le Tribunal suprême électoral du Guatemala (TSE), la plus haute autorité en la matière, a décidé de suspendre temporairement le Parti patriotique, auquel appartient le président Otto Pérez Molina, pour son insistance à faire une campagne politique partisane en dehors de la période légale. Le Guatemala organisera des élections générales en novembre 2015 et, selon le système juridique, aucun parti politique ne peut faire campagne jusqu’à ce que le TSE en fasse la convocation, en mai prochain. La décision fait suite à la manifestation de masse, au cours de laquelle le Parti patriote a proclamé l’ancien ministre de la Communication Alejandro Sinibaldi, comme le “dauphin” d’Otto Pérez en tant que président du Guatemala.

25 septembre – VENEZUELA – Selon le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), José Miguel Insulza, le dialogue est “indispensable” pour résoudre la crise au Venezuela depuis les protestations de février. Mais il doit être “sérieux”, parce que jusqu’à présent “il n’y a pas eu de véritable dialogue”, a-t-il déclaré la semaine dernière à l’Assemblée générale des Nations Unies à New York en tant que chef de l’OEA sur le départ. « L’opposition au Venezuela ne peut pas parler si ses dirigeants sont en prison » répond celle-ci.

26 septembre – CUBA – Le gouvernement de La Havane a annoncé son intention d’envoyer 461 médecins et infirmières en Afrique de l’Ouest pour coopérer dans la lutte contre le virus Ebola, qui a infecté plus de 6 200 personnes, dont environ la moitié sont mortes. Les professionnels travaillent en Sierra Leone, au Liberia et en Guinée. Ce groupe a commencé sa formation le 15 septembre au sein de l’Institut de Médecine Tropicale Pedro Kouri de La Havane dans avec des installations semblables à celles qui existent en Afrique avec l’aide d’experts du Brésil et des États-Unis et de l’organisation Médecins sans frontières.

26 septembre – URUGUAY – Ce pays, avec seulement trois millions d’habitants, est passé de la production alimentaire pour 9 milliards de personnes en 2005 à produire de la nourriture pour 28 millions de personnes aujourd’hui, et son ambition est d’atteindre 50 millions de personnes. Le Système national d’information sur l’élevage fait que 12 millions de vaches qui paissent dans les champs uruguayens ont une puce à l’oreille qui recueille toutes ces informations. C’est une des mesures prises par le pays pour devenir ce que les autorités appellent “un pays agro-intelligent”. En ce qui concerne la gestion des sols, l’Uruguay a créé un système entièrement informatisé qui oblige les producteurs à soumettre un plan de rotation des cultures pour maintenir la qualité des nutriments et de prévenir l’érosion.

27 septembre – MEXIQUE – L’Église catholique et les autres religions sont opposées à une comptabilité transparente et informatisée imposée par le gouvernement.

Guy MANSUY

Crédit photo : Daniela Pastrana

Chronos de la semaine du 13 au 20 septembre 2015

13 septembre – MEXIQUE – Les forces de sécurité égyptiennes ont ouvert le feu par erreur sur un convoi de touristes mexicains lors d’un accrochage avec des djihadistes dans le désert occidental, faisant douze morts et dix blessés parmi eux et leurs accompagnateurs égyptiens. Le gouvernement mexicain a confirmé la mort de deux de ses ressortissants et précisé que cinq autres, blessés, se trouvaient dans un état stable. Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a présenté ses excuses à son homologue mexicain, Enrique Peña Nieto par téléphone.

14 septembre – ARGENTINE – En 2007, certains anciens combattants de la guerre contre le Royaume-Uni pour les Malouines (1982) avaient entamé des poursuites judiciaires contre ceux dont ils avaient subi des tortures. Mais en février, la Cour suprême de l’Argentine a déclaré prescrits ces crimes commis il y a 33 ans. La présidente Cristina Fernández de Kirchner, face à la plus haute juridiction du pays, a réagi en donnant l’ordre à l’armée de déclassifier des fichiers sur la question et en demandant au département des Droits de l’Homme du ministère de la Défense de se charger des analyses. Le site archivosabiertos les a publiés. Les anciens combattants prendront appuis sur ces documents pour faire appel de la décision de la Cour suprême d’Argentine devant la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH).

14 septembre – BRÉSIL – Le gouvernement de Dilma Rousseff va réintroduire un taux d’imposition sur les transactions financières pour quatre ans, va geler les salaires des fonctionnaires fédéraux pour sept mois et réduire de près de 30 % les dépenses du programme social Minha Casa Minha Vida (Ma Maison Ma Vie) destiné aux familles les plus pauvres pour accéder à un logement. Ces mesures font partie d’une nouvelle étape de mesures d’ajustement fiscal pour mettre un terme au déficit de 35 000 millions de réales du budget de 2016 pour le transformer en un excédent de 60 400 millions, après que Standard & Poor’s a abaissé la cote du crédit du Brésil.

15 septembre – CHILI – La Commission de la santé de la Chambre des députés du Chili a approuvé la dépénalisation de l’avortement en cas de viol, car en plus de deux autres déjà approuvées par la même instance, autorisant l’avortement en cas de risque vital de la mère ou si le fœtus présente une anomalie génétique ou congénitale à caractère létal. Cette troisième cause de violation a été approuvée par 8 votes pour et 5 contre. La norme indique que dans ce cas l’interruption pourra être effectuée dans les douze premières semaines de gestation ou de quatorze semaines s’il s’agit d’une enfant de moins de 14 ans.

15 septembre – BOLIVIE – Dans la commune d’El Alto, un groupe de personnes s’est consacré pendant un an à la traduction du réseau social Facebook dans la seconde langue indigène la plus parlée de Bolivie, l’Aymara, et que l’UNESCO inclut dans l’Atlas des langues du monde en danger. Le projet est soutenu par la communauté virtuelle Jaqi Aru qui est née en 2009. Rubén Hilari, un des membres, raconte que tout a commencé avec l’idée de fortifier sa langue et sa culture. Ils voulaient aussi augmenter la quantité de contenus dans leur langue sur Internet. “Nous créons des blogs collectifs et individuels, nous nous abonnons aux réseaux sociaux, nous contribuons aux contenus à Wikipedia Aymara, nous sous-titrons des vidéos”, dit Rubén Hilari et d’ajouter : “L’Aymara vit toujours, il n’a pas besoin d’être revitalisé, il a besoin d’être fortifié et justement c’est ce que nous faisons”.

15 septembre – VENEZUELA – Ce sont maintenant 23 municipalités vénézuéliennes frontalières avec la Colombie qui sont en état d’urgence. Le président Nicolas Maduro a étendu cette mesure dans 10 autres municipalités, sept dans l’État de Zulia et trois en Apure, qui sont unies à d’autres zones de Zulia et de Táchira. Cette situation existe depuis le 19 août, quand le président a décidé d’entamer la fermeture de la frontière avec son pays voisin. Entre le Venezuela, socialiste et bolivarien, et la très libérale Colombie, la frontière de 2 219  km de long fait le bonheur des trafiquants en tout genre. C’est officiellement pour lutter contre les “paramilitaires colombiens et les contrebandiers” que la frontière a été fermée.

16 septembre – AMÉRIQUE DU SUD – Plus de 420 langues, pour la plupart d’origine indigène, sont en danger et certaines sont en voie de disparition selon les données rassemblées dans l’Atlas de l’UNESCO des langues en danger du monde. L’organisation estime qu’il y a entre 8,5 et 11 millions de personnes qui parlent ces langues. Le Brésil est le pays avec la plus grande diversité linguistique dans la région. Quand une langue meurt, ou ce que les linguistes préfèrent appeler “sommeille”, non seulement les voix s’éteignent, mais meurt aussi une culture, un mode de vie, une façon de voir le monde. “Si vous demandez à un membre de la communauté qui la parle, il peut répondre, qu’il perd son essence, son identité en tant que personne et en tant que groupe”, explique Gabriela Pérez, conservatrice de la linguistique au Musée national d’histoire naturelle de la Smithsonian Institution, de Washington.

16 septembre – MEXIQUE – Le Comité sur les disparitions forcées de l’ONU, dans son dernier rapport sur le Mexique, donne une mauvaise note pour les enquêtes “tardives et déficientes” entreprises pour la disparition de 43 élèves de l’école normale en septembre 2014. Elle appelle une “réévaluation générale” de l’enquête en ligne avec l’analyse d’un groupe international d’experts qui a mis en doute la ligne officielle. En conclusion, il demande qu’on permette à ces spécialistes d’interroger les soldats présents cette nuit-là dans Iguala, un point rejeté par l’exécutif car il considère cela comme une attaque par l’armée mexicaine.

16 septembre – ARGENTINE – La tête de liste pour le Congrès dans la province de Buenos Aires du parti Propuesta Republicana (PRO) de Mauricio Macri, candidat de droite à la présidence, Fernando Niembro, célèbre journaliste sportif, a renoncé à sa candidature pour un scandale de corruption impliquant des marchés publics de la Ville de Buenos Aires. Fernando Niembro a été forcé à démissionner à cause de contrats publics de la mairie de Buenos Aires avec une entreprise à son nom qui n’a pas d’employés. Ces contrats s’élevaient à 22 millions de pesos (2,34 millions de dollars).

16 septembre – MEXIQUE – La ministre mexicaine de la justice Arely Gómez a annoncé l’identification des restes d’un deuxième étudiant enlevé avec 42 autres camarades par des policiers à Iguala en 2014. “Les résultats scientifiques représentent un pas supplémentaire pour la confirmation des faits, a assuré Arely Gómez, en référence à l’identification de l’ADN de Jhosivani Guerrero de la Cruz, 20 ans, par l’Institut de médecine de l’université d’Innsbruck, en Autriche. La version officielle est contestée par des experts indépendants.

16 septembre – ÉQUATEUR – Huit des 24 provinces sont affectées par des incendies de forêt. 252 incendies ont touché presque 8 000 hectares. Les provinces de Loja, Chimborazo et Pichincha sont les provinces les plus affectées. La majorité se sont produits dans des réserves naturelles qui sont en dehors des centres urbains, sauf l’incendie qui s’est déclaré à Quito (Pichincha) où quatre quartiers du centre nord de la ville ont été mis sous alerte, et où une centaine de personnes ont été évacuées. Les autorités indiquent que la majorité des incendies a été provoqués et sont devenus incontrôlables à cause des forts vents. Trois pompiers sont morts et 12 ont été blessés. Le président Rafael Correa, à travers les réseaux sociaux, a déclaré que le pays était en train de demander l’appui de pompiers en provenance du Brésil, du Chili, de la Colombie et du Venezuela pour arrêter le feu.

16 septembre – CHILI – Un séisme de magnitude 8,4, selon l’Institut américain de géologie (USGS), a entraîné l’évacuation d’un million de personnes au Chili dans la soirée. L’épicentre du tremblement de terre est situé à 230 kilomètres au nord de la capitale Santiago. Une alerte au tsunami a été déclenchée par la marine chilienne, pour l’ensemble des villes côtières du Pacifique, et leurs habitants ont été transférés vers des zones plus élevées. Dans la ville de Coquimbo, au nord de la région de l’épicentre, des vagues de 4,5 mètres ont été enregistrées. Le bilan provisoire faisait état de cinq morts et une personne disparue. Une vingtaine de répliques, dont certaines très fortes (d’une magnitude de 6), ont été recensées dans la nuit. Ce séisme est le sixième le plus fort de l’histoire du Chili, selon le ministère de l’Intérieur.

16 septembre – MEXIQUE – La police mexicaine a arrêté un leader présumé du cartel de la drogue accusé d’avoir fait disparaître 43 étudiants en septembre 2014. Gildardo López Astudillo, 36 ans, a été interpellé dans la ville touristique de Taxco, dans l’État du Guerrero (sud-ouest), à environ 35  km au nord de la ville où les étudiants ont disparu. Gildardo López, alias « El Gil », membre du cartel de la drogue Guerreros Unidos, est suspecté d’être l’“auteur matériel” de la disparition des 43 élèves-enseignants dans la nuit du 26 au 27 septembre 2014.

16 septembre – ÉQUATEUR – Les présidents de la Colombie et du Venezuela se retrouveront à Quito un mois après la fermeture des points de passage de leurs frontières. Les dirigeants des deux pays se feront face à Quito, sous les auspices de leurs homologues de l’Équateur et de l’Uruguay, Rafael Correa et Tabaré Vázquez. Ces deux présidents, qui occupent respectivement la présidence temporaire du Celac et de l’Unasur, ont insisté pour qu’une solution soit trouvée entre les présidents Juan Manuel Santos et Nicolas Maduro.

17 septembre – CHILI – Le gouvernement de Michelle Bachelet maintient tous ses efforts pour achever le bilan des dégâts humains et matériels causés par le tremblement de terre du nord-centre du Chili. On dénombre au moins 11 décès, mais il n’y a pas encore de nombre total de victimes, et plus d’un million de personnes ont été évacuées. Le séisme et le tsunami qui a suivi ont causé d’importants dommages à plusieurs routes et villes de la côte du Pacifique. Cependant, le pays a résisté à la secousse de la plus forte intensité enregistrée jusqu’à présent cette année dans le monde entier. “Bien que nous ayons eu de la chance que le tsunami n’ait pas été fort, les dommages générés par ce tremblement de terre est marginal. Cela aurait pu être dans un pays qui n’y est pas préparé. La résistance des bâtiments a été remarquable”, dit Iván Poduje, architecte urbaniste et professeur à l’Université catholique. Le Chili est touché par 43 % des tremblements de terre de la planète et celui-là a été ressenti dans une grande partie du pays, d’Arica dans le Nord à Puerto Aysén, dans le Sud.

17 septembre – BOLIVIE – Près de quatre millions de Boliviens sont attendus pour voter dimanche lors des référendums qui se tiendront dans cinq régions (La Paz, Oruro, Potosi, Chuquisaca et Cochabamba), trois municipalités et trois “autonomie indigène” de la Bolivie. Ces référendums consultent la population pour connaître son opinion sur les “statuts” et “chartes organiques” qui régissent le fonctionnement des administrations régionales et locales, respectivement, qui ont une certaine autonomie par rapport à l’État central depuis l’adoption de la Constitution de 2009. L’opposition a appelé à voter “non”, car elle estime que ces règles ne sont pas suffisamment discutées et n’incluent pas leurs propositions.

18 septembre – COLOMBIE-PÉROU – Les Colombiens et les Péruviens pourront se rendre en Europe sans visa à compter de la fin de cette année. Les États membres, par l’intermédiaire du Conseil, ont décidé en mai l’année dernière que les demandes des Colombiens et des Péruviens soient exemptées de visa pour entrer dans l’UE, une restriction qui était en vigueur depuis 2001, dans la crainte que la liberté de mouvement favorise le trafic de drogue et l’immigration.

19 septembre – CUBA – Quelques heures après l’arrivée à La Havane du pape François, les présidents Barack Obama et Raúl Castro se sont parlé par téléphone. La conversation téléphonique, dont la durée n’a pas été révélée, a porté sur la visite du pape à Cuba qui immédiatement ensuite se rendra aux États-Unis. Les deux présidents ont reconnu la “contribution” de Jorge Bergoglio dans “dans l’avancée des relations entre les deux pays” dans la “nouvelle ère” que les deux États ont entreprise, selon des communiqués simultanés de la Maison Blanche et de La Havane. C’est la troisième conversation téléphonique entre les architectes de ce dégel historique.

19 septembre – MEXIQUE – Le Bureau du procureur général de la République (PGR, procureur) a annoncé vendredi l’arrestation de Celina Oseguera Parra l’ancienne coordinatrice des prisons fédérales et de 13 fonctionnaires liés à l’évasion de Joaquín El Chapo Guzmán de la prison d’Almoloya. 23 personnes sont en prison après l’évasion qui a ridiculisé l’État mexicain.

19 septembre – CHILI – L’un des agents les plus cruels de la dictature d’Augusto Pinochet, le militaire retraité Marcelo Moren Brito est décédé à l’âge de 80 ans à l’hôpital militaire de Santiago. Il avait pris la tête de la Villa Grimaldi, l’un des plus grands centres d’enlèvement, de torture et de disparition de la DINA. Il avait interrogé la veuve du général Bachelet en présence de sa fille la présidente actuelle et tué son propre neveu, entre autres. Il purgeait une peine pour plus de 300 ans pour toutes ses violations de droits humains.

20 septembre – CUBA – Le pape François, après avoir terminé la messe sur la Place de la Révolution, est allé voir le “Commandant Fidel Castro à son domicile de La Havane. La réunion a duré environ 40 minutes et s’est écoulée, selon le porte-parole du Vatican, Federico Lombardi, dans un environnement “très amical et informel”. Le président était accompagné de son épouse, ses enfants et petits-enfants. Selon Federico Lombardi, Fidel Castro a saisi l’occasion pour aborder avec Jorge Mario Bergoglio [photo] les “grandes questions du monde d’aujourd’hui” et des cadeaux ont ensuite été échangés.

Guy MANSUY

Les Nuits de laitue, de la Brésilienne Vanessa Barbara

Parler de la vie, de l’amour, de la mort, imaginer une aventure spirituelle au cœur du quotidien, partager la culture avec le repassage et la préparation de recettes inédites, raconter tout cela sur un ton qui ne soit ni mélodramatique, ni vulgaire, tel est le défi qu’a dû s’imposer la Brésilienne Vanessa Barbara pour son premier roman. Et ce pari est réussi. Elle nous offre beaucoup de sourires, de l’émotion et des idées. Peut-on demander plus ?

Ada vient de mourir après un bon demi-siècle d’une union avec Otto qui se retrouve seul et désemparé dans la grande maison jaune. Désemparé et encore plus grognon qu’avant. Il est comme ça, Otto. Mais il faut bien continuer, alors il observe ce qui l’entoure et surtout ceux qui l’entourent, et il découvre qu’il est entouré par des fêlés farfelus et sympathiques. Comment garder son armure, c’est-à-dire rester acariâtre dans ces conditions ? Tout énerve Otto, mais le problème, c’est que ce qui énerve Otto est, pour tous les autres, le lecteur en tête, une source inépuisable de situations comiques : le facteur qui fait sa tournée en hurlant des airs d’opéra (à deux voix s’il vous plaît !) seulement interrompus par le mot “Courrier” crié quand il livre une lettre, généralement destinée à un tiers.

Mais ces loufoqueries n’empêchent pas les moments de profonde émotion. Dans l’esprit d’Otto, tout dans le fond ramène le souvenir d’Ada, elle aussi légèrement hors normes, à la fois responsable et irresponsable, remplie de fantaisie et de sagesse, et qui a su rester présente après sa mort. On a là probablement le roman le plus tonique et tonifiant sur le deuil qui ait été écrit depuis longtemps.

On sort parfois du politiquement correct et c’est tant mieux. On rit franchement de la bancale épopée de ce sergent japonais réfugié dans la jungle quelque part aux Philippines prêt à tout, à la tête de son régiment de quatre hommes, pour défendre, jusqu’aux années 70, l’honneur de Hirohito qu’il croit encore au pouvoir. Chagrin et légèreté, le récit oscille en permanence entre des pôles opposés, c’est ce fragile équilibre, parfaitement maîtrisé malgré une petite baisse de régime dans la deuxième moitié, qui donne ce charme irrésistible et inimitable des Nuits de laitue, ladite laitue étant d’ailleurs successivement source de santé et brouet infâme : fragile équilibre vraiment ! Ce premier roman restera comme un mélange bienvenu de fantaisie débridée, de tendresse et de profondeur.

Christian ROINAT

Les Nuits de laitue de Vanessa Barbara , traduit du portugais (Brésil) par Dominique Nédellec, éd. Zulma, 224 p., 17,50€.  Vanessa Barbara en portugais : Noites de alface, Alfaguara.

Wifredo Lam à l’honneur au Centre Pompidou

Du 30 septembre au 15 février 2016, le centre Pompidou consacre une ample rétrospective à l’œuvre et à la trajectoire de Wifredo Lam. À travers un parcours riche de près de 300 œuvres (peintures, dessins, gravures, céramiques) et agrémenté de documents d’archives, l’exposition s’attache à replacer l’œuvre de l’artiste cubain dans l’histoire internationale de l’art moderne, dont il est un des acteurs essentiels, aussi bien en Europe qu’aux Amériques.

L’œuvre de Wifredo Lam occupe une place singulière dans l’art du 20e siècle. Il est l’initiateur d’une peinture métissée qui mêle modernisme occidental et tradition afro-caribéenne. Lam est également un peintre engagé qui a pris part aux grandes causes de son temps : lutte aux côtés des Républicains durant la guerre civile espagnole, opposition à la dictature de Batista à Cuba et engagement pour les droits des noirs. Dans sa trajectoire mouvementée entre Cuba, l’Espagne, la France, les États-Unis et l’Italie, il a côtoyé les plus grandes personnalités artistiques de son temps, des surréalistes aux représentants du mouvement CoBrA, en passant par Aimé Césaire. Il a travaillé sur de nombreux supports : la peinture, le dessin, la gravure ou la céramique. Un talent protéiforme que cette grande rétrospective saura mettre en valeur avec des prêts exceptionnels comme La Jungle, œuvre phare de l’artiste conservée au MoMA de New-York.

L’exposition s’articule autour des grandes séquences qui ponctuent la vie et le travail de cet artiste témoin d’un siècle bouleversé, au gré de ses rencontres avec des artistes, des intellectuels et des poètes qui ont marqué le siècle. Elle revient sur la genèse de son travail mais aussi sur les diverses étapes et conditions de la réception et de l’intégration d’une œuvre construite entre l’Espagne, Paris-Marseille et Cuba. La rétrospective apporte un nouvel éclairage sur les œuvres majeures de son retour au pays natal, dans le contexte politique et culturel de l’époque. Il s’agit de la première grande rétrospective dédiée à l’artiste depuis celle du musée d’Art Moderne en 1983, un an après sa disparition. L’exposition voyagera ensuite au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia de Madrid du 12 avril au 15 août 2016 puis à la Tate Modern de Londres du 14 septembre 2016 au 8 janvier 2017.

Vaiana GOIN

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Biographie de Wifredo Lam

1902 – 1923 : Enfance à Cuba

Wifredo Lam est né le 8 décembre 1902 à Sagua la Grande (Cuba). Il est le huitième enfant d’un père chinois originaire de Canton et d’une mère mulâtre descendante d’esclaves congolais et d’Espagnols. Élevé dans un environnement où coexistent la pratique du catholicisme et celle des cultes voués aux dieux d’Afrique, le jeune Lam aurait été introduit, mais sans y être véritablement initié, à la religion des Lucumi (Afro-Cubains d’origine yoruba). En 1916, Lam et une partie de sa famille s’installent à La Havane. Il étudie aux Beaux-arts, où il affirme sa vocation de devenir peintre. Il reçoit une bourse afin de compléter sa formation artistique en Europe.

1924 – 1938 : Espagne

Son séjour en Espagne constitue une étape fondamentale dans sa formation artistique. Dès les années 1920, il s’affranchit progressivement de la pratique académique qui lui a été enseignée à La Havane puis à l’Académie des Beaux-arts de Madrid. Les sujets de ses œuvres sont d’abord classiques (portraits de commande, paysages et natures mortes) et elles sont imprégnées de son regard sur les grands maîtres exposés au musée du Prado. Il substitue progressivement à cet héritage celui des avant-gardes, de Gauguin aux expressionnistes allemands, mais surtout de Gris, Miró, Picasso et Matisse qu’il découvre en 1929. Sensible aux inégalités économiques et sociales qui font écho à celles de son pays d’origine, il s’attarde sur les figures de paysans espagnols et s’engage dès 1932 en faveur des Républicains, après la mort brutale de sa femme et de son jeune fils, emportés par la tuberculose. Ses œuvres espagnoles constituent un témoignage poignant de ces années, les visages sont remplacés par des masques, ce qui a été interprété comme un refus de la psychologie et une forme de dramatisation. Son séjour en Espagne s’achève en 1938, lors de son départ précipité pour Paris suite à la victoire des armées franquistes.

1938 – 1941 : France, entre Paris et Marseille

À Paris, il rencontre Picasso qu’il admire et imite dans ses premières peintures. Réciproquement, ce dernier se prend d’un vif intérêt pour lui : il l’introduit avec enthousiasme auprès de ses amis peintres, poètes et critiques d’art : Braque, Matisse, Miró ou encore André Breton. Dès cette époque, la peinture de Lam se rapproche du surréalisme auquel il adhère pleinement à Marseille, en 1940, lorsqu’il s’y retrouve réfugié après l’entrée des troupes allemandes à Paris. Il réagit à l’inquiétude ambiante en participant à la réalisation d’œuvres collectives et il réalise de nombreux dessins à l’encre de Chine sur des cahiers qui seront ultérieurement censurés par le régime de Vichy.

1941 – 1952 : Cuba et l’Amérique                                

En janvier 1941, lors de son voyage vers Cuba, il rencontre Aimé Césaire, poète de la négritude qui partage le même refus des rapports de domination sociale et culturelle. Son retour au pays natal après 20 ans passés en Europe l’affecte douloureusement. Il redécouvre un pays frappé par la corruption, le racisme et la misère qui sévissent sur l’île. Il redécouvre également la culture afro-cubaine et l’extraordinaire flore tropicale. Lam produit alors une œuvre peuplée de figures syncrétiques alliant le végétal, l’animal et l’humain, faisant écho à l’énergie et aux mondes spirituels propres aux cultures caribéennes. L’année 1942 est la plus prolifique de cette période : il peint La Jungle qui sera exposée par la Pierre Matisse Gallery à New-York puis achetée par le MoMA. Cependant, l’accrochage du tableau dans le couloir qui mène au vestiaire du musée témoigne des résistances du canon moderne énoncé par, et dans, les grandes institutions occidentales. Dans un premier temps, La Jungle n’a donc pu trouver sa place dans le discours linéaire d’un art moderne restreint aux productions des métropoles euro-américaines. En revanche, la réception cubaine de l’œuvre a été exceptionnelle dans un moment politiquement tendu, mais en pleine effervescence intellectuelle et culturelle. À partir de 1947, le style du peintre évolue. L’influence de l’art océanien se conjugue à celle de l’art africain et la présence d’éléments ésotériques se fait plus dominante. Son travail gagne une ampleur internationale avec des publications dans des revues prestigieuses et différentes expositions aux États Unis, en Haïti, à Cuba, en France…

1952 – 1962 : Paris, Caracas, La Havane, Albissola, Zurich

Durant cette période, les nombreux voyages éloignent Lam de son atelier. En 1952, il met fin à son séjour cubain et s’installe de nouveau à Paris. Il se lie d’amitié avec de nombreux artistes et écrivains et son œuvre est célébrée dans de nombreuses expositions et rétrospectives d’envergure internationale. Il se confronte à de nouveaux matériaux, comme la terre cuite, et expérimente des formes nouvelles.

1962 – 1982 : Paris, Albissola

En 1962, il s’installe en Italie, à Albissola, important centre de céramique où il séjournera régulièrement jusqu’à la fin de sa vie en 1982. Il produira près de trois cents céramiques. Ces années sont aussi occupées par de nouveaux voyages – Égypte, Inde, Thaïlande, Mexique – et une reconnaissance institutionnelle croissante. Travailleur infatigable, Lam a joué depuis les années 60 un rôle d’ambassadeur de la peinture cubaine dans le monde, et du développement pictural européen à Cuba.

Vaiana GOIN

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