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novembre 2014

La disparition de 43 étudiants traumatise le Mexique

La disparition de 43 étudiants instituteurs de l’école normale de la petite ville, leur probable assassinat et l’indifférence des autorités mexicaines secouent le Mexique. Que s’est-il passé et pourquoi ?

L’école normale rurale Raul Isidro Burgos d’Ayotzinapa dans l’État du Guerrero forme des jeunes agriculteurs à la profession d’instituteurs car l’État fédéral a complètement abandonné cette région et très peu d’enseignants y sont nommés. Cette formation est une des rares possibilités de sortir de la misère que les jeunes paysans subissent.

« Ils les ont fait descendre des bus »

Une enquête de l’agence telesurtv.net a réussi à décrire ce qui s’est passé. Le 26 septembre 2014, environ 70 étudiants de cette école normale faisaient une collecte pour pouvoir voyager à Mexico le 2 octobre en vue de participer à la commémoration du massacre de centaines d’étudiants à Tlatelolco en 1968. Ils avaient loué trois bus pour se rendre à Iguala. Un peu avant l’entrée de la ville, ils sont arrêtés par un barrage de la police qui tire sur les bus tuant plusieurs personnes. Les policiers font ensuite descendre les jeunes gens et les poussent dans des voitures de patrouille. Les voitures pleines, ils relâchent les autres. C’est ainsi que certains ont survécu au massacre… Des 43 étudiants emmenés par la police, on n’a plus aucune trace.

Les mensonges des autorités

Dès l’annonce du massacre, on sait que José Abarca, le maire d’Iguala et son épouse Maria Pineda sont impliqués car les assassins sont la police municipale qui n’agit que sur ordre du maire. Dans un premier temps, Jesus Murillo Karam, procureur général de la République, rejette leur arrestation sous prétexte qu’il s’agit « d’un problème interne à l’Etat du Guerrero », ce qui permet au maire de s’échapper à Mexico. Ensuite, le procureur accuse les narcos de Guerreros Unidos (1), un groupe lié au cartel des Beltran Leyva (une organisation du crime organisé de la région de Sinaloa), d’avoir commis les crimes. Mais les témoins rappellent que c’est bien la police municipale d’Iguala qui a tiré et qu’elle l’a sûrement fait sur ordres. Plus tard, on « trouve » 28 corps dans une fosse mais l’examen de leurs restes par des médecins-légistes argentins détermine qu’il ne s’agit pas des étudiants. On ignore toujours qui sont ces 28 victimes et qui les a tuées… Plus tard encore, le procureur Murillo tente de lier les activités des étudiants au crime organisé, mais cette ligne est vite abandonnée.

Tout récemment, on a découvert des sacs pleins de cendre flottant dans la rivière. Trois narcos capturés « avouent » qu’ils ont tué les 43 étudiants, brûlé leurs corps pendant 14 heures avec des produits chimiques inflammables et les ont jetés à la rivière. Selon ces narcos, la police leur a remis les étudiants avec mission « de s’en occuper ». Mais les légistes doutent : les cendres n’apparaissent pas comme le résultat d’éléments organiques consumés par ce genre de produits… Les parents exigent des preuves scientifiques. Des échantillons sont envoyés à un laboratoire autrichien spécialisé.

Un point positif : le maire d’Iguala et son épouse sont arrêtés dans un quartier populaire de Mexico. Mais où sont les jeunes instituteurs ?

Un Mexique contrôlé par les narcos aux plus hauts niveaux de l’État ?

Pour Emilio Rojas de l’Organisation internationale des juristes en droit du travail, le Mexique n‘est plus une démocratie mais une « narcocratie » car le crime organisé et les narcotrafiquants contrôlent tous les niveaux de l’Etat, des maires aux ministres…

Selon le journaliste italien Federico Mastrogiovanni  interrogé par ALAI (Agence latino-américaine d’information), depuis la déclaration de guerre du gouvernement mexicain il y a 8 ans, il y aurait eu 30 000 disparitions forcées, 19 000 rien qu’en 2013 soit 51 par jour ! (2) Pour lui, « toute violation commise par ces appareils répressifs est responsabilité directe du Secrétariat de l’État du Guerrero, du Secrétaire à la Défense et du président de la République ». Il va plus loin : « La disparition forcée au Mexique est une politique d’Etat » !

Une mairie dans les mains des narcos ?

Les principaux partis politiques sont profondément infiltrés par le crime organisé et le narcotrafic. Tout le monde savait que Maria Pineda, l’épouse de José Abarca, le maire d’Iguala, était la sœur de trois chefs des Guerreros Unidos Tout le monde savait aussi qu’elle était le lien entre eux et la mairie. Lorsqu’Abarca présenta sa candidature au poste de maire, le leader de son parti, le PRD (Parti de la révolution démocratique, centre gauche), a prévenu les responsables du parti qu’Abarca était lié au crime organisé. Le PRD ne réagit pas et Abarca fut élu.

Pourquoi cette haine envers les futurs instituteurs ?

Les écoles normales rurales ont été créées au début du siècle dernier, après la Révolution de 1910 pour former des instituteurs locaux de manière à donner une éducation aux enfants des paysans pauvres, les étudiants des villes refusant d’être nommés dans les campagnes. Aujourd’hui, les 17 écoles qui ont survécu continuent à défendre les valeurs de justice sociale de cette révolution, ce qui en fait des gauchistes pour le gouvernement et ses partenaires économiques dans le cadre des accords de libre-échange, les Etats-Unis et le Canada. Ces accords, basés sur le système néolibéral, poussent aux privatisations et permettent l’emprise des transnationales sur les ressources naturelles du Mexique dans le cadre de la mondialisation. Les étudiants sont opposés à ces accords, ce qui en fait des ennemis politiques du système.

Mastrogiovaninni rappelle que « si bien le Guerrero est un grand producteur d’amapola, il existe aussi de vastes gisements d’or et d’argent… Ailleurs, c’est le pétrole… » La firme canadienne Torex annonce ainsi des profits de 3 milliards de dollars pour de bas coûts de production d’or. Tout opposant à ces projets industriels est un danger, qu’il faut éliminer… D’où le développement d’une campagne de terreur contre ces opposants avec l’appui de la police et de certains militaires sous prétexte de lutte contre la drogue alors que ce sont les trafiquants de drogue qui tirent les ficelles.

Un État miné par la corruption

Dans cette affaire, les réactions du gouvernement ont montré que la gangrène est profonde au Mexique. Du président aux maires de petites villes, c’est toute la structure de l’État qui est atteinte. Au lieu de forcer une enquête indépendante et de saisir l’occasion pour lutter contre la corruption des institutions, le président Peña Nieto accuse les parents des étudiants et la mobilisation populaire de vouloir déstabiliser le gouvernement.

Les familles répondent en organisant trois caravanes qui se sont rejointes au Zócalo (place centrale) de Mexico à l’occasion de la commémoration de la révolution démocratique le 20 septembre 1910. Elles exigent une réponse des autorités : « S’ils ne peuvent rien faire, alors qu’ils s’en aillent… Vivants ils les ont pris, vivants ils doivent nous les rendre ». Chaque caravane porte le nom d’un étudiant assassiné, dont Julio Mondragon à qui les policiers avaient arrachés les yeux avant de le tuer.

Alors que l’immense place est noire de monde, la police envoie des infiltrés qui provoquent des incidents ce qui permet de dissoudre la manifestation à coups de lacrymogènes et de matraques. Le lendemain, la presse du régime s’étend largement sur les « fauteurs de trouble venus du Guerrero ». Rien sur les demandes de justice, rien sur la corruption à Iguala. Tout pour éviter une crise politique.

Des manifestations de soutien ont eu lieu dans de nombreux pays du monde pour soutenir les familles des étudiants et exiger que justice soit rendue. À Ayotzinnapa, pour manger, les étudiants de l’école normale doivent cultiver eux-mêmes les milpas de maïs et de légumes. Sur le portail d’entrée, un panneau écrit à la main signale : « A nos compagnons assassinés. Nous ne les avons pas enterrés, nous les avons semés… pour que fleurisse la liberté…»

Jac FORTON

(1) Guerreros Unidos : jeu de mot  pouvant signifier à la fois ‘guerriers unis’ ou ‘habitants de l’État de Guerrero unis’.
(2) Chiffres cités par le journaliste dans une interview réalisée par Giorgio Trucchi publié par ALAI sur http://alainet.org/active/78972

L’actualité

14 novembre – ARGENTINE – L’historien Thulium Halperin Donghi, antipéroniste toute sa vie, est décédé à 88 ans à Berkeley (Californie) avec la reconnaissance et l’admiration de ses compatriotes de toutes tendances politiques. Selon l’historien et chroniqueur argentin Carlos Pagni, Halperin Donghi a probablement été, avec Jorge Luis Borges, une des personnes les plus intelligentes d’Argentine. Depuis l’étranger, puisqu’à partir de 1966 il a été professeur dans les universités de Harvard et d’Oxford et depuis 1971, il a enseigné dans celle de Californie, à Berkeley. En 1972 il a publié chez l’éditeur Siglo XXI sa grande œuvre, Révolution et guerre.

16 novembre – COLOMBIE – Le processus de paix en Colombie vit en ce moment le plus délicat moment à la veille de son deuxième anniversaire. Le gouvernement colombien a décidé de suspendre les négociations avec les FARC après l’enlèvement du général Rubén Darío Alzate dans le nord-ouest du pays. Le président, Juan Manuel Santos a pris cette décision, après s’être assuré, dit-il, que les FARC sont responsables de l’enlèvement du général de l’armée, avec un caporal et une avocate militaire. Pour cette raison, il a annulé le voyage des négociateurs à La Havane. « Ces négociations seront ajournées jusqu’à ce qu’il y ait des éclaircissements et que ces personnes soient libérées» a-t-il dit, entouré par le commandement militaire.

17 novembre – AMÉRIQUES – Les tremblements de terre silencieux et lents aident à prévenir les catastrophes des séismes. Ces mouvements permettent de tracer une carte plus précise de l’environnement d’une faille. L’équipe du nord-américain Tim Dixon et du costaricain Marino Protti a étudié la façon dont les tremblements de terre silencieux peuvent être cruciaux dans l’avenir pour améliorer la prévision avec plus de détails. De plus, avec le bruit associé à ces phénomènes, le géologue Herbt Dragert s’est servi des systèmes GPS pour détecter ces glissements lents de plaques et les extraire.

17 novembre – MEXIQUE – Le fondateur du principal parti de la gauche mexicaine Cuauhtemoc Cárdenas appelle à la démission de la direction du Parti de la révolution démocratique (PRD). Fils de l’ancien président Lázaro Cárdenas, il est reconnu comme « le leader moral du PRD« .

17 novembre – COLOMBIE – Un secteur de la guérilla des FARC a revendiqué l’enlèvement du général et le groupe de négociateurs à La Havane a confirmé que l’une de ses branches détient le général Rubén Darío Alzate. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a proposé de servir de médiateur dans l’enlèvement.

18 novembre – CUBA – L’UE est en train de négocier progressivement un cadre pour des relations avec La Havane afin d’influencer son avenir. Le ministre des Affaires étrangères espagnol, José Manuel García-Margallo, se rendra à La Havane pour encourager la libéralisation économique et  renforcer les partenariats. Les relations entre l’UE et Cuba sont entrées dans une phase de plus grande compréhension.

18 novembre – MEXIQUE – Le pays est devenu un endroit hostile pour les femmes : 3 892 ont été brutalement assassinées en 2012 et 2013, soit plus de cinq par jour, selon le dernier rapport de l’Observatorio Ciudadano Nacional contra el Feminicidio, l’une des 49 organisations de défense des droits de l’homme. 15% du total étaient dans l’État de Mexico. Le taux de meurtres de femmes dans le pays, jusqu’à trois pour 100 000 femmes est à la hauteur de nations comme le Panama, le Nicaragua et le Costa Rica, selon l’organisation Small Arms Survey, une organisation non gouvernementale basée en Suisse. En Espagne, au Portugal, en France et au Royaume-Uni, selon le dernier rapport de l’agence, le taux pour les crimes sexuels est de un pour 100 000 femmes.

19 novembre – ARGENTINE – La coalition de cinq candidats à la présidentielle, de centre-gauche, qui s’est nouée en avril dernier pour vaincre le péronisme présidentiel en octobre 2015, a subi sa première fracture. Elisa Carrio, l’un des cinq leaders, a quitté le Frente Ámplio-UNEN après que son projet d’alliance avec le maire de Buenos Aires, Mauricio Macri, centre droit, a été officiellement rejeté. Elisa Carrio a annoncé son départ dans les médias affirmant que la décision de ne pas s’allier avec Mauricio Macri est la meilleure façon de faire gagner l’élection par le péronisme. À partir de maintenant, le FA peut apparaître plus uni, mais sera moins large et aura un ennemi supplémentaire face à lui : Elisa Carrio, qui est un des personnages les plus populaires de la politique argentine. Lors des présidentielles de 2007, que Cristina Fernández a gagnées avec 45 % des voies, elle a obtenu le second rang avec 22 %.

19 novembre – COSTA RICA – La neutralité de l’État devant tous les conflits armés a été importante dans un pays qui depuis 65 années est sans armée. La nouvelle Assemblée législative a adopté une loi déclarant la paix comme un « droit humain fondamental » et ordonnant d’appliquer la « neutralité perpétuelle, active et sans armes dans les conflits entre les États et en leur sein » en lien avec la déclaration publiée il y a 31 ans par le président Luis Alberto Monge, sans doute parce qu’il a été blâmé pour avoir ouvert le territoire du Costa Rica aux forces anti-Nicaraguayennes financées par l’administration Reagan contre les Sandinistes.

19 novembre – VENEZUELA – Le président Nicolas Maduro a lancé une réforme fiscale qui cherche à faire entrer plus d’argent dans les coffres de la République à un moment où l’économie souffre de la baisse des prix du pétrole. Il a annoncé des hausses d’impôt pour compenser la baisse des revenus du pétrole.

19 novembre – COLOMBIE – Le processus de paix a été mis en attente en raison de l’enlèvement du général Rubén Darío Álzate, le plus haut grade militaire, détenu par la guérilla dans le nord-ouest du pays. Malgré l’impasse, le président colombien Juan Manuel Santos, a rappelé qu’il a « avancé comme jamais auparavant » dans le processus de paix et a déclaré qu’il était confiant que l’ »impasse » sera résolue dans les prochains jours avec l’aide des pays garants du processus de paix, qui sont Cuba et la Norvège. « Nous continuons les négociations pour mettre fin à la guerre qui nous a frappé tous les Colombiens« , a-t-il dit lors d’un événement à Ataco, dans la région de Tolima.

19 novembre – VENEZUELA – L’Assemblée nationale avait donné un an au président Nicolas Maduro pour légiférer par décret contre la corruption. Le président a passé les deux dernières nuits à mettre en œuvre des réformes adéquates. Parmi les changements annoncés, la constitution de « Sistema Nacional Anticorrupción y el Sistema Popular de Defensa de la Paz y la Integridad de la Patria « (Système nationale anti-corruption et le système populaire de défense  de la paix et l’intégrité de la patrie.). Ce Système National Anti-corruption se transforme en un organe doté de pouvoirs d’enquête et de sanctions de la corruption. Nicolas Maduro a également achevé les annonces qui ont commencé il y a une semaine avec la nomination du député Freddy Bernal comme président d’un comité en charge de la restructuration de la police du Venezuela.

20 novembre – PÉROU Edwin Chota Valera, [photo] militant écologiste péruvien, avait demandé l’aide du gouvernement après avoir reçu des menaces de mort par les bûcherons illégaux qui pullulent dans la zone à proximité de son village, située au cœur de la jungle amazonienne. Malgré sa demande, Edwin Chota ainsi que  trois autres membres éminents de la communauté Ashaninka du Pérou ont été pris en embuscade et abattus dans un sentier sur le chemin d’une réunion avec des militants en provenance du Brésil, le pays voisin. La veuve d’Edwin Chota a voyagé pendant six jours en bateau pour se rendre à la capitale régionale et signaler les meurtres. La mort d’Edwin Chota est un rappel du prix que les militants locaux dans certaines des régions les plus reculées du monde paient pour défendre leurs communautés contre l’exploitation et l’industrialisation. Le Pérou occupe le quatrième rang dans le monde pour les meurtres de défenseurs de l’environnement.

20 novembre – MEXIQUE – Le jour où est célébré au Mexique le jour de la révolution, des réseaux sociaux (# 20NovMx) ont été invités à diverses manifestations pour réclamer justice pour les étudiants assassinés. Dans plusieurs pays, des marches et des rassemblements ont également eu lieu en signe de solidarité avec le Mexique. Dans la manifestation organisée dans la capitale par les étudiants de l’UNAM, la plus grande université en Amérique latine, la foule a paralysé pendant des heures le centre de la mégalopole. Des dizaines de milliers de Mexicains ont exigé du président Peña Nieto de mettre fin à la violence après la tragédie de l’école normale d’Iguala. Le Bureau du procureur général (PGR) a confirmé avoir transféré en prison onze jeunes accusés de participation à des émeutes lors de la grande manifestation de Mexico.

21 novembre – AMÉRIQUE LATINE – Sur un territoire deux fois plus grand que l’Espagne, plus de cinq millions d’indigènes et paysans occupent au Mexique les terrains communaux, un système de propriétés rurales d’utilisation collective unique dans le monde où les Communautés ont un droit agricole sur leurs terres. Ils sont les « propriétaires » de cette énorme extension de terres où sont situées 70% des forêts du pays. Donc, si vous voulez sauver les forêts et gérer ces écosystèmes, pour les experts de la Banco Mundial, il est essentiel de travailler avec les communautés rurales et autochtones locales vivant sur des terrains communautaires et dépendant de l’énorme richesse naturelle des forêts pour leurs moyens de subsistance.

21 novembre – CHILI – Après trois années de recherche, le juge Mario Chariot a condamné deux anciens militaires chiliens pour avoir torturé et causé la mort en mars 1974 du général Alberto Bachelet Martínez, père de la présidente socialiste Michelle Bachelet. « Enfin la justice a été faite, ce n’est pas sur la vengeance« , a déclaré à une télévision la mère de la présidente, Ángela Jeria, 88 ans, qui depuis le début de la dictature en 1973 a joué un rôle actif dans la lutte pour les droits de l’homme et la restauration de la démocratie. La justice a établi qu’Edgar Cevallos Jones (82 ans) et Ramón Cáceres Jorquera (80 ans), deux colonels à la retraite de la Force aérienne du Chili (FACH) doivent accomplir une peine de prison ferme.

22 novembre – COLOMBIE – Un policier a été tué et quatre personnes on été blessées dans une attaque attribuée aux FARC à Gorgona, une île du Pacifique colombien. Dans la confrontation, les autorités accusent le Front 29 des FARC.

23 novembre – BRÉSIL – Le système est simple, diabolique et efficace: un accusé de corruption réduit sa peine s’il mentionne d’autres personnes impliquées, qui peuvent, à leur tour, faire valoir ce même traitement et ce jusqu’à l’infini. C’est la méthode utilisée par le juge brésilien Sergio Maure pour remonter la piste de la corruption qui traverse du haut vers le bas la plus grande entreprise publique d’Amérique latine, la compagnie pétrolière Petrobras, et qui secoue le pays. Cette corruption implique tous les secteurs d’activité de l’entreprise mais aussi le Parti des Travailleurs (PT), actuellement au pouvoir.

Guy MANSUY

Le Conseil Constitutionnel autorise l’extradition de Mario Sandoval vers l’Argentine

Accusé de crimes contre l’humanité, privation illégale de liberté et actes de torture ayant entraîné la mort de Hernán Abriata pendant la dictature (1976-1983), la justice argentine avait requis son extradition. Sandoval, naturalisé Français en 1994, invoquait sa nouvelle nationalité comme argument pour éviter l’extradition, la France n’extradant jamais ses nationaux. Suivi de nos articles des 9 avril et 11 juin 2014.

En 1976, Mario Sandoval était inspecteur à la Commission des affaires politiques de la Coordination Fédérale, une section de la Police fédérale argentine durant la dictature. Il « travaillait » à l’ESMA (École de mécanique de la Marine de guerre) (1). En octobre de cette année, il arrêtait l’étudiant en architecture Hernán Abriata qui disparaissait. Après la chute de la junte militaire en 1983, Sandoval s’installe à Paris, obtient un doctorat en sciences politiques, un DEA en philosophie politique à Paris-I et se spécialise dans « l’intelligence économique ». En 1994, il obtient la nationalité française. Selon Mediapart, « il a ainsi pu décrocher des postes d’enseignant en relations internationales et en intelligence économique à l’Institut des hautes études pour l’Amérique latine, à l’École supérieure d’économie et de gestion de Paris, à l’université de Marne-la-Vallée et au Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R) (2) ».

L’appel de la défense rejeté par le Conseil Constitutionnel

La Chambre de l’instruction de Paris avait autorisé son extradition vers l’Argentine, répondant ainsi à une demande émise le 15 mars 2012 par le juge Sergio Torres pour la disparition de plus de 600 personnes dont celle de Hernán Abriata. Dans un communiqué de presse publié le 18 novembre, un ensemble d’organisations de défense des droits humains (3) explique les raisons de la décision du Conseil. Sur le site de la FIDH (4), on peut lire que « la défense de Sandoval reposait sur le fait que le Code de procédure pénale français stipule que la France  n’extrade pas ses ressortissants. Mais son article 696-4 prévoit une exception : lorsque le demandeur n’a pas la nationalité au moment du crime, ce qui est le cas de Mario Sandoval, Argentin au moment des faits. Sa défense dénonçait cet article comme ‘inconstitutionnel’ car il conduirait à un traitement inégal des citoyens français ».  Le 4 novembre dernier, la Cour de cassation posait au Conseil Constitutionnel une question prioritaire de constitutionnalité. Le 14 novembre, le Conseil a confirmé que cette extradition n’était pas inconstitutionnelle. La Cour de cassation réexaminera donc le recours de la défense de Mario Sandoval le 21 janvier 2015 contre la décision de la Chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Paris du 28 mai 2014 qui a autorisé l’extradition. Un bémol : si la décision d’extrader était maintenue, elle ne concernerait que la disparition de Hernan Abriata et non celle des 600 autres disparus comme le souhaitait le procureur argentin. Même ainsi, Sandoval risque 15 ans de prison…

Jac FORTON

(1) ESMA : près de 5000 personnes ont disparu après leur passage dans ce centre de tortures…
(2) « Mario Sandoval doit être extradé vers l’Argentine« , publié le 8 octobre 2013.
(3) Communiqué de presse conjoint de la FIDH et de ses organisations membres en Argentine, la LADH (Liga Argentina por los derechos del hombre), le CELS (Centro de estudios legales y sociales) et le CAJ (Comité de acción jurídica) et, en France, la Ligue des droits de l’Homme conjoitement avec ses partenaires l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT) et France Amérique Latine (FAL).
(4)  www.fidh.org

Les FARC enlèvent un général de l’armée – Les négociations de paix arrêtées

Le dimanche 16 novembre dernier, à la surprise générale, les FARC (Forces armées révolutionnaires colombiennes) enlèvent le général Rubén Dario Alzate, l’avocate Gloria Urrego et le caporal Jorge Rodríguez dans le village de Las Mercedes, dans une région boisée du département du Chocó.

Cette action a lieu alors que Farc et gouvernement sont en pleine négociation pour mettre fin à 50 ans de guerre civile. Ces pourparlers sont, selon les deux Parties, bien avancés et plusieurs accords auraient déjà été conclus, en particulier sur la question de la propriété de la terre, la participation des membres des FARC dans des partis politiques et la lutte contre le narcotrafic. Cependant, malgré des appels à la trêve bilatérale demandée par les FARC, le gouvernement du président Juan Manuel Santos, poussé par sa droite, avait décrété que la guerre continuait. Les deux Parties avaient convenu que, quelle que soit la situation de guerre sur le terrain, les négociations continueraient. De fait, pendant la phase secrète pré-négociations, 16 chefs de colonnes des Farc et plusieurs de leurs membres ont d’ailleurs été tués mais les Farc ont continué à négocier. Pour les Farc, l’enlèvement du général n’est qu’une action de guerre de plus. Ils ne comprennent donc pas pourquoi le président Santos conditionne la libération du militaire à la continuation des pourparlers.

D’autant plus qu’il y a plusieurs mystères à éclaircir. Par exemple, pourquoi le général n’a-t-il  pas suivi les protocoles de sécurité relatifs à un déplacement d’un haut gradé dans une zone reculée d’une région où existent des colonnes Farc ? Pourquoi y est-il allé sans escorte et habillé de civil ? Pourquoi a-t-il utilisé un bateau civil, lui qui ne se déplace normalement qu’en véhicules blindés ? Suite à l’intervention des pays garants, Cuba et la Norvège, les Farc ont accepté de libérer leurs trois prisonniers « très prochainement ». Le président Santos vient d’annoncer que le gouvernement et la Croix Rouge internationale ont déjà reçu les coordonnées de l’endroit où ils seront libérés.  Mais les Farc « regrettent qu’il y a beaucoup d’activités militaires dans la zone, ce qui pourrait retarder la libération… »

Jac FORTON

L’actualité

6 novembre – SALVADOR – L’archevêque salvadorien Oscar Romero, défenseur des droits de l’homme et assassiné devant son autel le 24 mars 1980, sera béatifié par le pape François en 2015. Cet assassinat a été l’étincelle qui a conduit à l’éclatement du conflit armé au Salvador entre 1980 et 1992, qui couvait depuis les années soixante-dix, et a finalement coûté la vie à 80 000 personnes et causé près de 500.000 déplacés.

6 novembre – MEXIQUE – Le diabète est la deuxième cause de décès au Mexique après les maladies cardiovasculaires. 48 millions d’adultes sont en surpoids ou obèses et 78 000 personnes en meurent chaque année.

6 novembre – BRÉSIL – Le nombre de Brésiliens vivant sous le seuil de pauvreté a augmenté pour la première fois en dix ans, passant de 10,08 millions de personnes vivant dans cette situation en 2012 à 10,45 millions l’année dernière, selon les données communiquées sur le site Web de l’Institut de recherche économique appliquée (IPEA).

7 novembre – MEXIQUE – Le mystère de la disparition de 43 étudiants dans l’État de Guerrero semble se dissiper. Le gouvernement a révélé que trois narcotrafiquants ont avoué les avoir assassinés. Cette avancée majeure, dans une affaire qui a déclenché une crise nationale, est pourtant rejetée par les parents des victimes, qui considèrent que ces aveux n’ont pas valeur de preuves. Les trois tueurs du cartel régional des Guerreros Unidos ont révélé que les personnes kidnappées leur ont été remises par les policiers puis ont été transportées jusqu’à la décharge publique de la ville de Cocula, voisine d’Iguala. Les narcotrafiquants déclarent avoir tué les survivants, avant d’arroser les corps d’essence et de les brûler sur des bûchers de bois et de pneus.

9 novembre – ARGENTINE – La présidente Cristina Fernández a quitté l’hôpital de Buenos Aires Otamendi après sept jours en raison d’une infection bactérienne dans une zone appelée le côlon sigmoïde. Elle doit rester au repos une dizaine de jours .

10 novembre – BRÉSIL – Quinze hommes armés sont entrés par la force dans un centre de santé de la région métropolitaine de Rio de Janeiro pour récupérer Johnny Luis da Silva un trafiquant de drogue connu sous le nom Bebezão, qui avait été admis à la clinique depuis la fin octobre pour blessures par balle à la jambe, produites lors d’une fusillade avec la police militaire. Avant d’arriver à l’hôpital, les hommes avaient volé dans la municipalité voisine de São Gonçalo le véhicule du lieutenant de Police Militaire de la ville, Celso de Oliveira, 54 ans, qui a résisté et a succombé à des blessures par balles dans l’escarmouche. L’épouse de l’agent aussi a été touchée par différents coups de feu et est hospitalisée.

10 novembre – MEXIQUE – Un groupe d’hommes armés a abattu le général mexicain César Niño Ricardo Villarreal et sa femme dans le Tamaulipas, nord du Mexique. L’armée était responsable de la sécurité de l’une des régions les plus dangereuses du pays, à laquelle le Département d’État des États-Unis recommande de voyager seulement pour des raisons exceptionnelles .L’assassinat d’un général reflète la violence sans fin dans le Tamaulipas soumis à la terreur de Los Zetas. Le général était l’un des quatre généraux envoyés spécialement par le président Enrique Peña Nieto pour cette mission.

10 novembre – CHILI – La Maison Blanche a annoncé que l’écrivaine chilienne Isabel Allende [photo] recevra la Médaille de la Liberté des États-Unis. Le prix est considéré comme la plus haute distinction civile du pays et est décerné chaque année par le président à plusieurs personnalités de la culture, de l’art et la science. Isabel Allende, née à Lima il y a 72 ans et de nationalité chilienne-américaine, vit depuis plus de vingt en Californie, d’où ses liens importants à la vie culturelle américaine . Elle fait également partie de l’Académie américaine des Arts et des Lettres.

10 novembre – COLOMBIE – Il a fallu seulement quatre jours aux indigènes de l’ethnie la NASA, qui vivent dans la localité de Toribío, dans le nord du Département du Cauca, au sud-ouest de la Colombie, pour décider du sort de sept guérilleros des FARC, désignés pour avoir assassiné deux de leurs chefs le 5 novembre passé. Le verdict du jugement pour la mort de Manuel Tumiñá, 42 ans, et de Daniel Coicué, 63 ans, a été connu après six heures de débat dans un sentier de la région jusqu’à l’arrivée de milliers d’indigènes, qui appliquent leur propre justice basée sur l’autonomie que leur accorde la Constitution colombienne. Cinq accusés ont été condamnés à entre 40 et 60 ans de prison.

11 novembre – MEXIQUE – Après l’annonce par le Procureur de la mort des 43 étudiants, les violences se sont multipliées. Un groupe de manifestants ont mis le feu au siège du Parti révolutionnaire institutionnel (la formation du président Enrique Peña Nieto) à Chilpancingo, la capitale de Guerrero, au sud du Mexique, après une marche de soutien pour les 43 professeurs stagiaires disparus Lors de l’incident d’un affrontement entre civils armés de pierres et de la police d’État enregistré. Plus tôt, environ 500 étudiants et professeurs de l’Université de Guerrero ont défilé dans le centre-ville pour exprimer leur soutien aux jeunes de l’école Ayotzinapa.

11 novembre – BRÉSIL – La police brésilienne a tué en 5 ans -11 197 personnes- plus que celle des Etats-Unis en 30 ans – 11 090. Dans un rapport, Oscar Vilhena, directeur de l’École de droit de la Fondation Getulio Vargas, met en garde contre la violence des agents et de la congestion des prisons qui sont encombrés de 574 207 détenus pour des crimes liés au trafic de drogue et dans lequel 40% des prisonniers attendent encore un procès.

11 novembre – AMÉRIQUE LATINE – Plus de 70% des eaux usées dans la région ne sont pas traitées et finissent dans les rivières. Et si cela ne suffisait pas, combien de fois, après une forte pluie, ces eaux débordent dans les rues, rendant celles-ci nauséabondes. C’est un inconvénient non seulement pour le passant mais c’est aussi grave pour la santé et l’environnement. Selon les experts, le traitement des eaux représente une opportunité de 160 000 millions de dollars pour les petites et moyennes entreprises dans les dix prochaines années dans la région et une opportunité pour la création d’emplois.

13 novembre – MEXIQUE – Le président mexicain, Enrique Peña Nieto, a terminé son voyage en Chine. Le dernier jour de la visite d’Etat, il a rencontré son homologue Xi Jinping , avec qui il a signé 14 accords dans les secteurs tels que la banque, l’énergie, la technologie ou l’alimentaire. Les deux pays mettront en place un fonds binational de 2 400 millions de dollars (1 900 millions d’euros). Dans le secteur pétrolier, des accords entre Pemex et trois entreprises étatiques chinoises se profilent le Fonds d’Énergie Sinomex, doté jusqu’à un maximum de 4 000 millions d’euros. En outre la Pemex a reçu une ligne de crédit initiale de 10 000 millions de dollars de la banque chinoise CIDB.

13 novembre – BRÉSIL – Près de 30 ans après la fin de la dictature militaire brésilienne, commencent à émerger les premiers chiffres officiels pour les morts et disparus. Les premières conclusions du rapport que la Commission Nationale de Vérité (SEC) a présenté le 10 Décembre ont indiqué que l’armée était responsable de 421 meurtres et disparitions d’opposants politiques au régime qui a gouverné le pays de 1964 à 1985.

13 novembre – BOLIVIE – En compensation de l’expropriation en mai 2012 de sa filiale, le groupe espagnol d’électricité TDE a reçu de l’État bolivien 52 millions d’euros à payer dans les cinq jours. En conséquence TDE renonce à toute demande supplémentaire.

13 novembre – MEXIQUE – Le procureur général de l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM), Luis Raúl González Pérez, 52 ans, a été élu à la présidence de la Commission nationale des droits humains au Mexique (CNDH). L’organisme indépendant qui veille au Mexique au respect des droits de l’homme, a été embourbé des mois dans une crise de crédibilité pour la faiblesse des performances de son ancien président Raúl Plascencia González, largement critiqué par les organisations civiles.

13 novembre – BRÉSIL – Le pays le plus vert d’Amérique latine fait face au paradoxe qu’il a beaucoup plus de flore en danger d’extinction de ce qu’il avait été à l’origine calculé, avec des conséquences potentiellement dévastatrices pour son environnement et la société. Une nouvelle étude révèle qu’il existe 2118 espèces en danger d’extinction au Brésil, un nombre cinq fois supérieur à la liste officielle actuelle, selon les experts. « Nous avons encore besoin de connaître le risque d’extinction de 100% des 43 000 espèces de la flore, mais au moins nous avons un début« , explique le biologiste Gustavo Martinelli, coordinateur du Livre Rouge de la Flore du Brésil (2013), qui vient de remporter le prix littéraire le plus prestigieux du pays, la Jabuti (la tortue).

13 novembre – PÉROU – La police de Colombie a arrêté à Cali (Colombie) l’homme d’affaires péruvien Rodolfo Orellana, le cerveau d’un réseau de corruption de 100 personnes infiltrées dans le ministère public, le pouvoir judiciaire, le Congrès et plusieurs études de notaire. Il est accusé d’être le plus recherché des escrocs pour blanchiment d’argent et de s’être approprié des immeubles de l’État et de particuliers par escroquerie.

14 novembre – AMÉRIQUE LATINE – Les écologistes sont les héros du quotidien de l’environnement. Entre 2002 et 2013, 908 personnes ont trouvé la mort dans la lutte pour l’environnement, 760 d’entre elles en Amérique latine, selon un rapport de l’ONG Global Witness. Les pays les plus dangereux pour les militants de la nature sont le Brésil, le Honduras, le Pérou et la Colombie. La plupart des meurtres se produisent chez les activistes environnementaux dans la région amazonienne, en particulier au Brésil.

16 novembre – COLOMBIE – Le président colombien, Juan Manuel Santos, a unilatéralement suspendu les négociations de paix maintenues pendant près de deux ans, entre le gouvernement et les FARC à La Havane et a exigé la libération immédiate du général Rubén Darío Alzate – et deux compagnons, un caporal et une avocate militaire – dans une zone de la jungle colombienne : « On suspend cette négociation tant que cela ne sera pas clarifié et que ces personnes ne seront pas libérées. Les négociateurs ne voyageront pas demain à La Havane ».

Guy MANSUY

« Allemagne, Allemagne ! », dernier roman de l’Uruguayen Felipe Polleri

Depuis son premier roman traduit en français, on apprécie l’Uruguayen Felipe Polleri pour son exploration du monde de la folie, vue de l’intérieur, et des questions que posent l’aliénation et la vie quotidienne. Dans Allemagne, Allemagne !, il reprend son thème favori pour cette fois le confronter à une folie plus générale, plus « historique » aussi, puisqu’une bonne partie du roman est une allusion au nazisme.

Le narrateur, qui change de nom, comme de personnalité, comme de chemise, a-t-on envie de dire, se prend à nouveau pour un écrivain qui n’est plus Baudelaire, comme dans le livre précédent, mais un Anglais, qui peut être Marlowe ou Shakespeare, selon les moments et l’humeur. Il nous fait pénétrer dans les méandres de ses doutes, puis nous entraîne à la fois dans un asile probablement uruguayen et dans une Allemagne des années nazies, dans laquelle on croise des noms connus, des peurs génétiques (à l’origine de la folie du personnage ?), la peur aussi de la Machine, qui déshumanise ce qui nous reste de vivant, et aussi un certain bonheur, notre narrateur n’est pas malheureux dans sa condition, il l’accepte et souvent même il la revendique. Confronté au monde extérieur, aux autres fous de l’asile, aux médecins, à ses fantasmes, il affirme qu’il est un être à part entière, et que peut-être il dispose de davantage de richesses que vous et moi.

Il ne faut bien sûr pas s’attendre à lire un récit, on est, comme dans les romans précédents, plongés dans les méandres de la psychologie chaotique de notre Parsifal Wagner (autre personnalité du héros), on se laisse noyer par ces mots déroutants, surprenants dans le meilleur sens du mot.

Christian ROINAT

 Allemagne, Allemagne !, Felipe Polleri, traduit de l’espagnol (Uruguay) par Christophe Lucquin, Christophe Lucquin éditeur, 259 p., 18 €.
Gran ensayo sobre Baudelaire / Los sillones marchitos / ¡Alemania, Alemania !, Felipe Polleri, éd. Hum, Montevideo.
L’ange gardien de Montevideo / Baudelaire, Felipe Polleri, Christophe Lucquin éditeur.

Augusto Pinochet Molina, petit-fils du dictateur, crée un parti politique

Augusto Pinochet Molina, fils d’Augusto Pinochet Hiriart, lui-même fils aîné d’Augusto Pinochet Ugarte, dictateur du Chili pendant dix-sept ans (1973-1990) défend fermement « les réussites du gouvernement militaire » de son grand-père dictateur décédé le 10 décembre 2006. La preuve : il vient de créer un parti politique appelé « Ordre républicain, ma patrie », « une droite plus à droite, sans honte… », une suite logique à la fondation, il y a six ans, de son mouvement « Pour ma Patrie ».

Pinochet Molina, 34 ans, surnommé Pinochet III, n’est pas un inconnu pour l’opinion publique. Partisans ou ennemis du dictateur se souviennent qu’en 2006, lors de la cérémonie d’incinération du dictateur, il avait, en grand uniforme (il était capitaine de l’armée), rendu un inattendu mais vibrant hommage à son grand-père : « C’est l’homme qui, en pleine guerre froide, a vaincu le modèle marxiste qui voulait imposer son modèle totalitaire par la voie armée au Chili… » Et d’accuser les juges : « Sa bataille la plus dure fut durant sa vieillesse, lorsqu’il fut harcelé par des juges plus intéressés par la publicité que par la justice… » Ces déclarations lui valurent d’être expulsé de l’armée car, selon la présidente Michelle Bachelet, « lors d’un acte institutionnel [militaire], cet officier, sans autorisation de ses supérieurs, a pris la parole pour attaquer un pouvoir de l’État et des secteurs de la société chilienne ce qui constitue une faute très grave de discipline ».

Pour les élections présidentielles et législatives de 2013, Pinochet III avait présenté sa candidature pour être député pour le parti Avanzada Nacional à Concepción, région de Bío Bío (500 km au sud de Santiago). Ce parti est bien connu de ceux qui luttèrent contre la dictature. En effet, profondément pinochétiste et créé vers la fin des années 80 début des années 90, il dut être mis au frigo lorsqu’on découvrit qu’il s’agissait d’une création de la CNI, la police secrète de Pinochet, et que son président était Álvaro Corbalán, un major de l’armée, en prison actuellement pour tortures et assassinats commis pendant la dictature. (Pinochet III ne fut pas élu).

Le petit-fils du dictateur estimait que le gouvernement conservateur du président Sebastián Piñera (2010-2013) « s’était beaucoup éloigné de la ligne politique de droite, qu’il avait dérivé vers la gauche… » L’idée est donc de créer un nouveau parti de droite. Dans une entrevue à la revue chilienne The Clinic (1), il a précisé les grands axes de son programme : « Le respect de la propriété privée et l’adhésion à l’économie de marché, la reprise des idéaux du programme du gouvernement militaire qui ne fut pas une dictature ». Le nouveau parti, qui affirme avoir déjà récolté 20 000 adhésions dans la région du Bío Bío, devrait être officiellement lancé le 25 novembre 2014, jour de l’anniversaire 99 du dictateur Pinochet.  On ne lui souhaite pas bonne chance.

Jac FORTON

(1) Une revue satirique, comme le Canard Enchaîné, qui a repris son titre du nom de la clinique dans laquelle Pinochet I fut arrêté lors de son séjour à Londres en octobre 1998, dans son édition en ligne du 9 mai 2013.

« Presque jamais » : le nouveau roman du Mexicain Daniel Sada

Encore peu connu en France, le Mexicain Daniel Sada (1953-2011), qui a obtenu dans son pays les prix littéraires les plus prestigieux, était un des romanciers préférés de Roberto Bolaño, ce qui en soi est une référence absolue. La publication de Presque jamais va permettre de découvrir un très grand auteur en se laissant éblouir par une façon de raconter absolument incomparable.

C’est l’histoire de Demetrio, genre grand échalas, la trentaine élégante et décontractée (apparemment), mais peu opulente. Il a l’air du « jeune provincial qui a réussi », mais qu’a-t-il réussi ? Pas grand-chose en vérité, simplement, dans les rues d’Oaxaca, en 1946, il peut presque passer pour un grand seigneur. Sa réalité est bien plus modeste. Ses points de repaire, ses points cardinaux, pourrait-on dire, sont les femmes : sa lointaine mère, doña Telma (elle vit tout au nord du pays), sa logeuse, Mireya, une belle prostituée dont il croit tomber amoureux, Renata, timide bourgeoise de Sacramento, pas très loin de Monterrey, tout au Nord du Mexique. Des femmes entre lesquelles il navigue, des tyrannies sous lesquelles il ploie. Dès la première rencontre, au cours d’un bal très local (« Orchestre empoussiéré, les beautés de même »), il se fiance avec Renata.

Ce chemin, qui semble tout tracé dans un tel contexte, va prendre des tours hasardeux, dont Daniel Sada se réjouit. On se croit chez Balzac et on déboule chez Buñuel. Tous les personnages, tous, balancent entre pureté et souillure, corsetés qu’ils sont, et le jeune gandin ne fait pas exception, par les injonctions tacites d’une société toujours sourcilleuse, qu’on vive en ville ou en plein désert du Nord. On est face à des gens moyens, vraiment très moyens, mais qui doivent en toute circonstance, feindre sinon l’opulence, au moins une aisance de bon ton. Et on ne se doute pas du niveau de pruderie de cette société : un baiser un peu trop humide sur la main (« du léchage ? ») déclenche un drame de la part de la fiancée qui croit sincèrement avoir échappé de peu à un viol !

Mais l’histoire, en soi intéressante, n’est pas le principal plaisir que nous donne l’auteur. Il décrit, il écrit, dans une forme d’une liberté étonnante. Daniel Sada est capable de tout, de marier le sordide et le sublime dans une même phrase, son humour d’une grande cruauté éclaire crûment ces fantoches qui restent pourtant humains. Il domine tout, il semble s’amuser de sa propre virtuosité, il survole son récit à une altitude que peu d’écrivains ont atteint. Certains passages peuvent faire penser à Belle du Seigneur d’Albert Cohen, autre chef d’œuvre  littéraire qui a mis un certain temps pour s’imposer. On pourrait parler d’un style « télégraphique littéraire », souvent savoureusement chaotique, une phrase s’achève brutalement, une autre se prolonge, sinueuse, semble se perdre pour se conclure en feu d’artifice.

Un exemple : « Entente parfaite entre les quatre pendant le dîner, qui fut excellent. Inutile de détailler chaque plat consommé pour ne pas embourgeoiser le récit, mais ce qui fut servi était vraiment délicieux. Saucisses ? Saindoux dans tous ses états ? Viandes variées ? Vins si fins qu’ils s’accrochèrent au cristal une fois servis dans les verres ? On tape un peu au hasard. On tombe juste quand on dit qu’ils se goinfrèrent. »

Et il est impossible de terminer cette chronique sans rendre hommage au traducteur, qui réussit à rendre dans notre langue ce bouillonnement constant et renouvelé, qui invente en permanence, comme le fait Sada en espagnol (ah, cette « musique flûtière et violonesque » !) Il y a du génie dans tout cela !

Christian ROINAT

Presque jamais, Daniel Sada : traduit de l’espagnol (Mexique) par Claude Fell, éd. de l’Olivier, 362 p., 24 €.

Daniel Sada en espagnol : Casi nunca / A la vista / El lenguaje del juego, éd. Anagrama, Ritmo Delta, éd. Destino / Porque parece mentira la verdad nunca se sabe, éd.Tusquets.

Daniel Sada en français : L’une et l’autre, éd. Les Allusifs / L’Odyssée barbare, éd. Passage du Nord-Ouest.

Deux films argentins en salle ce mois de novembre

Tout d’abord, le 5 novembre le film de Benjamin Naishat Historia del Miedo. Buenos Aires, dans la chaleur de l’été, entre quartiers pavillonnaires sécurisés et terrains vagues recouverts d’immondices. Les aboiements de chiens errants, les coupures de courant à répétition et les nuages de fumées incontrôlables poussent les habitants à se confronter à leurs instincts les plus primaires. J’ai voulu parler d’une réalité que je perçois comme caractéristique des maux actuels de l’Argentine et de tout ce qui, à mon avis, ne fonctionne plus dans nos sociétés d’Amérique Latine, et même au-delà. La peur naît quand les gens craignent d’avoir quelque chose à perdre : la santé, la vie, le pouvoir, la famille, la propriété. La peur du bruit, d’une météorite, du voisin, d’une alarme qui se déclenche par erreur, cette juxtaposition de saynètes a priori banales est conçue de manière à créer un sentiment de malaise, d’oppression progressive qui se mue en terreur sociale. Le film est tourné dans une banlieue chic de Buenos Aires, où la richesse ostentatoire côtoie la misère la plus crasse. Quand, dans les années 90 on a commencé à parler de plus en plus d’« insécurité »  les gens aisés – mais pas seulement ! – ont choisi de s’enfermer dans de grands quartiers privés. Aujourd’hui la peur et l’insécurité sont en Argentine le sujet politique par excellence. C’est l’un des moteurs qui m’a poussé à réaliser ce film. Site web

La semaine dernière est sortie le dernier fil de Daniel Burman La Felicidad ; Santiago et Eugenio sont amis de longue date mais aussi associés dans le travail. Ils se comprennent sans se parler, se complètent et ne se quittent pratiquement jamais. Des parties de tennis au rendez-vous d’affaires, ils sont inséparables et aucun n’a de secret pour l’autre. C’est du moins ce que pensait Santiago avant la  mystérieuse disparition de son associé. Comble du sort, voilà Santagio obligé de supporter Laura, l’épouse d’Eugenio qu’il a toujours pris soin d’éviter. Le moins qu’on puisse dire est que Laura et Santiago ne s’apprécient pas, mais désormais, ils sont bien obligés de cohabiter en attendant le retour d’Eugenio. Site web.

D’après les agences

Historia del miedo (2014), sorti le 5 novembre 2014, réalisé par Benjamin Naishat et avec Jonathan Da Rosa, Tatiana Giménez, Mirella Pascual.
Benjamin Naishat : Réalisateur et scénariste, nommé à 11 reprises, réalisateur de El Juego (2010)
La Felicidad (2014), sorti le 29 octobre 2014, réalisé par Daniel Burman et avec Guillermo Francella,  Fabián Arenillas, Inés Estévez.
Daniel Burman : Réalisateur et producteur, Ours d’Argent à la 54e Berlinade pour Le Fils d’Elias

Actualités de la semaine n°44 : 27 octobre au 3 novembre 2014

27 octobre – HONDURAS – Le Honduras apparaît dans les statistiques de l’UNODC (l’agence de Nations Unies contre les Drogues et l’Infraction) comme celui qui enregistre les plus grands taux d’homicides dans le monde, soit 90,4 homicides pour 100.000 habitants, selon les chiffres de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) en 2012. Au total, il y a 6000 homicides volontaires par an, selon cette organisation. Trois mères de famille du Honduras font face à des gangs, les maras, au trafic de drogues et à la migration forcée pour forger une génération de « Jóvenes Sin Violencia ». Pour leur dévouement à la Communauté, Francisca, Céleste et Elena, les trois « Guerrières de la Paix« , ont été choisies comme chefs communautaires et membres de l’équipe du projet Communes Les Plus Sûres, du sous-secrétaire à la Sécurité en Prévention de la Violence du Gouvernement du Honduras, soutenu par la Banque Mondiale. À travers cette initiative sont offertes des activités de type formations à des pères, d’organisation d’activités extrascolaires et de formation technique pour des jeunes.

27 octobre – CHILI – La présidente du Chili, Michelle Bachelet, a débuté à Berlin une visite officielle de deux jours, marquée par de bonnes relations qui lient les deux pays dans le but de trouver un nouvel accord de partenariat entre le Chili et l’Union européenne. Il  s’agit aussi de mettre l’accent sur la coopération entre les deux pays dans des matières aussi différentes que les énergies renouvelables, l’innovation scientifique et technologique, la formation technique professionnelle, trois domaines dans lesquels l’Allemagne bénéficie d’un avantage. Michelle Bachelet a une bonne connaissance de l’Allemagne acquise au cours de son exil dans l’ancienne République démocratique allemande (RDA), d’où est originaire la chancelière.

27 octobre – URUGUAY – Après 98,9 % des votes comptés, les élections parlementaires confirment que la formation de gauche, le Frente Amplio, a perdu quelques votes par rapport aux élections de 2009 mais maintient sa majorité parlementaire.

27 octobre – VENEZUELA – Après que la région ait approuvé la candidature vénézuélienne au Conseil de Sécurité de Nations Unies et que des gouvernements latino-américains aient été consolidés par des élections récentes, y compris celles qui viennent de confirmer Dilma Rousseff au pouvoir, des militants vénézuéliens critiquent le manque de soutien de la région pour leur pays.

27 octobre – MEXIQUE – Le diagnostic de diverses organisations comme Amnesty International ou Human Rights Watch International sur l’inefficacité de la Commission nationale des droits humains (CNDH), l’agence que gère Raúl Plascencia Villanueva a été confirmé par les récentes violences. L’affaire humiliante des 22 trafiquants de drogue présumés tués par l’armée à Tlatlaya et la disparition de 43 professeurs stagiaires après un affrontement avec la police à Guerrero a de nouveau jeté le doute sur le travail de l’agence au Mexique. Malgré l’absence de résultats apparents, la commission a triplé son budget pour sa gestion. « La commission est l’exemple le plus parfait de la faillite éthique de la classe politique mexicaine » conclut cassant le professeur de Collège de México Sergio Aguayo. Par ailleurs, les autorités mexicaines ont arrêté quatre membres du cartel des Guerriers Unis qui ont reconnu être impliqués dans la disparition de 43 élèves-maîtres.

27 octobre – CUBA – Un membre de la coopération de la brigade cubaine envoyé en Afrique plus tôt ce mois-ci pour lutter contre le virus Ebola est décédé en Guinée à la suite du paludisme, tel que rapporté par le gouvernement de Cuba à travers une déclaration publiée lundi dans le quotidien Granma. Cuba a joué un rôle actif dans la campagne internationale de lutte contre Ebola afin d’empêcher sa propagation.

28 octobre – CHILI – Après l’Allemagne, la visite de la présidente Michelle Bachelet en Europe se poursuit en Espagne en mettant l’accent sur les affaires. D’autre part, l’un des objectifs est de renégocier l’accord signé avec l’Union européenne. Une rencontre des représentants de la vie économique, académique, politique et gouvernementale du Chili et de l’Espagne a eu lieu afin d’analyser le rôle du Chili sur la scène internationale et son importance en tant que destination d’investissement pour les entreprises espagnoles. Compte tenu du rôle joué par l’investissement direct étranger (IDE) dans la croissance économique du Chili, l’Espagne est un partenaire à soigner : il est le premier investisseur direct étranger en termes de stock, à 32.263.000 dollars. Il s’agit d’un portefeuille diversifié de secteurs comme des infrastructures et de l’énergie.

28 octobre – VENEZUELA – Pour la première fois depuis les années 90, le pays, producteur et exportateur, et l’un des pays fondateurs de l’OPEP importe de l’Algérie du pétrole brut léger pour des raisons techniques. Comme le pétrole extra-lourd de l’Orénoque doit être dilué et que cette fonction est exercée principalement dans le pays par Petrocedeño, géré par l’étatique PDVSA (Petroleos de Venezuela) en collaboration avec la norvégienne Statoil et la française Total, et que celle-ci sera paralysée, dans les prochains jours, par une opération de maintenance, il est nécessaire, selon la version du gouvernement, d’importer du pétrole léger pour l’exportation. En août, l’agence Reuters a révélé depuis Houston les négociations entre l’Algérie et le Venezuela. Dans un communiqué publié le 20 octobre, PDVSA a expliqué qu’il s’agit d’achats « éventuels« . Le président Nicolás Maduro a accusé à l’agence britannique « d’une campagne pour détruire le Venezuela » et assure que les États-Unis ont provoqué la chute du prix du pétrole pour leur nuire.

29 octobre – MEXIQUE – Le président mexicain Enrique Peña Nieto a reçu les proches des 43 étudiants disparus depuis plus d’un mois pour tenter de les convaincre de faire confiance aux autorités qui cherchent leur trace, pour l’instant sans succès. « J’ai eu l’occasion pendant pratiquement cinq heures d’écouter leurs préoccupations, leurs inquiétudes et leur douleur », a déclaré le président. La rencontre a réuni 120 parents, compagnons et avocats des disparus. « Nous en sommes sortis avec la même information : que tout l’effort de l’Etat vise à leur recherche, mais nous n’avons rien », a dit Felipe de la Cruz, le porte-parole des parents.

30 octobre – ARGENTINE – Pour sa dernière année en tant que présidente, le gouvernement de Cristina Fernández fait approuver un budget avec des dépenses sociales élevées. Le Sénat a voté par 39 voix pour et 22 contre, le projet qui avait envoyé la leader péroniste qui termine son mandat le 10 décembre 2015. Mais la présidente peut vouloir influencer l’élection de son successeur ou peut-être rêver d’un retour au gouvernement en 2019. Toutefois un rapport publié par le Centre pour la mise en œuvre des politiques publiques en faveur de l’équité et de croissance (CIPPEC) ainsi que l’opposition a averti que les prévisions sur une croissance du PIB de 2,8% et une inflation de 15% en 2015 sont trop optimistes.

30 octobre – CHILI – La présidente chilienne Michelle Bachelet défend les réformes majeures visant à renforcer les institutions, à améliorer la productivité et à renforcer l’économie chilienne à long terme pour promouvoir l’égalité dans le pays. « Nous construisons un avenir meilleur pour le Chili », a déclaré la présidente lors de son discours au Forum Invest au Chili en ajoutant : « Vous pouvez être populaire sans être populiste ».

30 octobre – CUBA – Les États-Unis ont assisté à un atelier sur le virus Ebola à La Havane lors d’un sommet convoqué par l’Alliance bolivarienne pour travailler sur des stratégies communes pour lutter contre le virus en Afrique de l’Ouest.

30 octobre – ARGENTINE – La juge argentine Maria Servini de Cubría qui enquête depuis 2010 sur le seul cas ouvert dans le monde pour les crimes du franquisme, a émis un mandat d’arrêt contre José Utrera Molina, père de l’ancien ministre de la Justice Alberto Ruiz-Gallardón. La juge demande à l’Espagne de l’extrader pour l’interroger à Buenos Aires pour avoir « validé par sa signature l’arrêt de mort de Salvador Puig Antich » qui a été exécuté par garrot le 2 mars 1974, à 23 ans, et rappelle que les faits « sont punissables avec des peines de réclusion ou de prison à perpétuité. » Outre José Utrera Molina, la juge a ordonné l’arrestation de l’ancien ministre Rodolfo Martín Villa, qu’elle considère comme responsable « de la répression de travailleurs d’à Vitoria le 3 mars 1976 dans lequel plus d’une centaine ont été blessées, la plupart par balles. « 

31 octobre – RÉPUBLIQUE DOMINICAINE – La Commission interaméricaine des droits de l’homme a accusé le gouvernement d’être coupable de privation illégale et arbitraire de liberté et d’expulsions sommaires de 26 Haïtiens et Dominicains d’origine haïtienne entre 1999 et 2000.

31 octobre – ARGENTINE – Le gouvernement de Cristina Fernandez a reçu un crédit de 800 millions de dollars pour financer les importations et les travaux connexes engagé par le président chinois Xi Jinping lors de sa visite à Buenos Aires en juillet.

31 octobre – EQUATEUR – La Cour constitutionnelle (CC) de l’Équateur a approuvé à l’unanimité que la Constitution soit modifiée sans référendum. L’Assemblée nationale où le parti du président, Alianza País (AP) est majoritaire, va bientôt recevoir la mission de réformer 16 points de la Constitution équatorienne sans le concours des citoyens. La réélection indéfinie des autorités est un des points polémiques et tout indique que l’un des bénéficiaires serait le président Rafael Correa [photo], dont les partisans ont porté avec enthousiasme, il y a des mois, la réélection.

31 octobre – ARGENTINE – La présidente Cristina Fernández a envoyé au président des Etats-Unis, Barack Obama, une lettre de 1260 mots dans laquelle elle lui demande avec un ton ironique de clarifier si la présidente de la Public Interest Declassification Board (PIDB), organisme chargé de régler la déclassification de documents, est la même que celle qui sous le nom de Nancy Soderberg copréside le groupe de pression  lié « aux fonds vautour » American Task Force Argentin (ATFA). S’il s’agissait de la même personne, avertit Cristina Fernández, « ce serait grave pour les relations entre nos pays ».

2 novembre – ARGENTINE – Le président de l’Argentine, Cristina Fernandez, a été admis au sanatorium de Buenos Aires Otamendi pour « une fièvre infectieuse. » Les nouvelles ont été connues en Argentine, après que les médecins de la présidence Marcelo Ballesteros et Ricardo Plie aient diffusé un communiqué concis qui disait qu’ »Étant donné cela, on a décidé son internement pour étude et traitement »,  indique le document. La maladie survient après que le 17 octobre la présidente ait souffert d’une pharyngite pour laquelle elle a dû rester an repos pendant 48 heures, réapparaissant en public quatre jours plus tard.

 Guy MANSUY

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