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mars 2014

« Signes qui précéderont la fin du monde » du Mexicain Yuri Herrera

Un titre mystérieux, qui illustre bien l’atmosphère un peu brumeuse d’un récit aux multiples facettes, mais finalement dépouillé, aussi simple, au premier degré, qu’un conte pour enfants. Un titre qui aura son explication à la dernière ligne du roman.

Dans son roman précédent, Yuri Herrera avait choisi une ambiance faussement médiévale pour parler du monde des trafiquants de drogue, au nord du Mexique et donner un recul presque poétique à un véritable thriller moderne. Il veut cette fois parler de frontière(s) et pour cela il choisit de parodier, en quelque sorte, le conte initiatique, auquel il mêle les légendes indiennes. Signes qui précéderont la fin du monde est un récit initiatique sans nul doute, mais aussi un conte philosophique et un roman social qui empiète parfois sur le fantastique.

L’histoire, la “grande”, est là, on devine la guerre contre l’Irak et les rapports toujours problématiques entre le Mexique et les États-Unis. On la sent affleurer au second plan, derrière l’histoire personnelle de Makina, envoyée par sa mère à la recherche de son frère parti pour l’autre côté de la frontière. En neuf chapitres, Makina vit neuf étapes, neuf sortes d’épreuves dont certaines, comme la traversée des montagnes d’obsidienne, ressemblent au passage dans la mythologie aztèque entre le monde des vivants et celui des morts, et d’autres font irrésistiblement penser à l’actualité la plus prosaïque, comme la traversée du Río Grande sur des pneus de camions. Et, bien sûr, l’ultime étape sera la résolution de toutes les épreuves vécues depuis la première ligne.

Yuri Herrera utilise une langue décalée, d’une forme épurée, peu descriptive, qui peut décontenancer au début, mais qui donne une atmosphère étrange et surtout une force extraordinaire à un déplacement qui sans elle pourrait être banal.

Christian ROINAT

 Yuri Herrera : Signes qui précéderont la fin du monde, traduit de l’espagnol (Mexique) par Laura Alcoba, Gallimard, 119 p., 12 €.
Yuri Herrera en espagnol : Trabajos del reino / Señales que precederán al fin del mundo, ed. Periférica, Cáceres.
Yuri Herrera en français : Les travaux du royaume, Gallimard.

Les faits de l’actualité de la semaine du 17 au 23 mars 2014

17 mars –MEXIQUE – La démission de Manuel Mondragón, le commissaire national de la sécurité au Mexique, est le premier changement significatif du président Enrique Peña Nieto. Il avait reçu comme mission de créer la gendarmerie, une police basée sur le modèle de la Garde civile espagnole. Le projet a été dilué au fil du temps. Mandragón a été remplacé par un vétéran spécialiste des systèmes de renseignement mexicain, Monte Alejandro Rubido qui a été nommé commissaire de la sécurité du gouvernement d’Enrique Peña Nieto. Le secrétaire Intérieur (ministre de l’Intérieur), Miguel Ángel Osorio Chong a rendu officielle la nomination, qui doit être ratifiée par le Sénat.

17 mars – VENEZUELA – Les médias d’état vénézuéliens célébrant la “libération” de la Plaza Altamira, véritable “point zéro” des manifestations à Caracas. 1 000 agents armés – des membres de la Garde nationale et de la police nationale – ont été nécessaires pour prendre le contrôle d’un bastion de l’opposition, datant des émeutes de 2002 contre le président Hugo Chávez. Le président Nicolás Maduro, avait lancé un ultimatum aux manifestants du secteur qui ont plus d’un mois engagé des escarmouches quotidiennes avec la police anti-émeute. En utilisant des gaz lacrymogènes ils ont réduit  des petits groupes de manifestants dans les rues. Il y a eu 30 arrestations dans la région. Le bilan officiel de ces 33 jours de troubles au Venezuela est de 29 morts, plus de 300 blessés et autour de 1600 arrestations. Selon  l’ONG le Forum Pénal Vénézuélien, trois sur dix arrestations ont eu lieu dans la région métropolitaine de Caracas.

17 mars – MEXIQUE – L’organisation Article 19 vouée à la défense des professionnels de l’information, a dénoncé le cambriolage de la maison du directeur général de l’agence au Mexique et en Amérique centrale, Darío Ramírez. Dans un communiqué, l’association explique que les responsables de l’action ont emporté des ordinateurs, des documents de travail et d’autres objets de valeur. Une plainte a été déposée auprès du procureur général du District fédéral. Darío Ramírez “ne prétend pas que l’agression a à voir avec le travail effectué, mais je ne l’exclue pas et nous exigeons une enquête”. L’organisation a subi cinq attaques depuis avril 2013 et son directeur a reçu des menaces de mort tandis que le personnel est harcelé. La première année du gouvernement d’Enrique Peña Nieto est la plus violente pour les journalistes depuis 2007. L’ONG Article 19 affirme que 59 % des agressions contre les journalistes sont produites par un agent public.

17 mars – MEXIQUE Les Templiers, le cartel de la drogue qui opère principalement dans le Sud-Ouest, sont soupçonnés d’avoir dirigé un réseau pédophile dans la région et sont soumis également à une enquête pour trafic d’organes d’enfants. Deux hommes ont été arrêtés et parmi eux Manuel Plancarte Gaspar, le neveu d’Enrique Kike Plancarte, l’un des principaux dirigeants du groupe. Le meurtre de dizaines d’enfants est à ajouter à la liste déjà longue des crimes de ces mafias du Michoacán.

17 mars – CUBA – La police cubaine a procédé à 2 103 arrestations pour des motifs politiques en janvier et février, soit davantage que pendant toute l’année 2010, selon la Commission cubaine des droits de l’homme et de la réconciliation nationale, non reconnue par les autorités. À ces arrestations, majoritairement de courte durée, s’ajoutent des cas d’agression ou de harcèlement par les forces de sécurité. Face à cette intensification, de nombreuses associations de défense des droits de l’homme se sont mises d’accord sur quatre revendications : libération des prisonniers politiques ; arrêt de la répression politique ; respect des traités internationaux signés par Cuba et ratification des conventions sur les droits ; reconnaissance de la société civile indépendante.

17 mars – ARGENTINE – L’inflation en Argentine a atteint un des plus hauts niveaux de l’ère Kirchner. La dévaluation du peso en janvier a également frappé en février ; selon le nouvel indice des prix à la consommation (IPC) du gouvernement de Cristina Fernández de Kirchner, en hausse annuelle, l’inflation s’élève à 30,1 %.

17 mars – MEXIQUE – Le Mexique est le seul des 34 pays de l’OCDE a ne pas avoir d’assurance-chômage. Mais au lieu d’allouer davantage de fonds publics, le gouvernement va réduire les aides à la personne comme l’achat d’un logement. Les députés ont approuvé en octobre la proposition du président Enrique Peña Nieto, qui avait inclus l’assurance-chômage dans un ensemble ambitieux de réformes qui a marqué sa première année de mandat. Mais la loi a été adoptée sans préciser d’où viendrait le budget. Cependant, les mécanismes qui prennent de l’argent pour l’assurance-chômage de l’allocation de logement ont été approuvés la semaine dernière. La contribution du gouvernement est minime: seulement 0,5 % des salaires des travailleurs. Le taux de chômage au Mexique s’élevait à 5 % en février, mais le pays a aussi un des taux les plus élevés d’emploi informel: le taux le plus élevé en Amérique latine, 59 % de la population en âge de travailler.

17 mars – PÉROU – La cinquième équipe du président du Pérou reçoit l’approbation du Parlement au troisième tour. Le cabinet présidé par le Premier ministre René Cornejo a reçu des 127 députés présents, 66 voix pour, 52 contre et 9 abstentions. Le député Víctor Andrés García Belaunde a déclaré 5 minutes plus tard dans une chaîne de télévision: “il s’agit d’une rupture très grave avec le président du Conseil des ministres, d’une enquête de la Commission de contrôle. Le Cabinet sort très affaibli et il lui sera difficile de rester longtemps.”

18 mars – GUATEMALA – L’ex-président du Guatemala, Alfonso Portillo Cabrera,  au pouvoir de 2000 à 2004, a reconnu devant un juge de New York avoir reçu 2,5 millions de dollars de Taiwan en échange de la reconnaissance diplomatique. Il a plaidé coupable d’association illicite pour blanchiment d’argent devant un tribunal de Manhattan dans le brouhaha de cercles politiques du Guatemala, alors que dans son pays il a nié avec véhémence ces accusations et a déclaré qu’il était victime de persécution politique.

18 mars – ARGENTINE – Quelque 370 personnes ont été reconnues coupables de crimes durant la dernière dictature militaire argentine (1976-1983), mais jamais un journaliste. C’est pourquoi la nouvelle a indigné quand a été accusé de terrorisme d’État, Vicente Massot, directeur et propriétaire de journal conservateur La Nueva Provincia, de Bahia Blanca, une des villes les plus importantes de la province de Buenos Aires. Il a dû répondre devant les tribunaux de sa ville parce qu’il est imputé par la justice d’avoir participé à une association illégale avec les militaires, d’être co-auteur du meurtre de deux de ses travailleurs de l’imprimerie… Il est également accusé de dissimulation de la vérité dans l’enlèvement, la torture et assassinat des 35 autres victimes du régime. La Nueva Provincia, comme la plupart des journaux en Argentine, a un moment soutenu la dictature. Vicente Massot s’est aussi aventuré dans l’arène politique et a été ministre adjoint de la Défense du gouvernement du péroniste néolibéral Carlos Menem (1989-1999).

19 mars – COLOMBIE – Le maire de Bogotá, l’ex-guérillero Gustavo Petro (photo à la une), a été destitué par les autorités au terme d’une affaire de passation de marché considérée illégale. Cette décision – actée par le président Juan Manuel Santos au terme d’un véritable marathon judiciaire – est assortie d’une inéligibilité de 15 ans. Peu avant la destitution, l’influente Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH), basée à Washington, avait appelé à maintenir Gustavo Petro à son poste afin de “garantir ses droits politiques” et lui permettre d’“achever son mandat”. Une demande à laquelle les autorités ont opposé une fin de non-recevoir, estimant que la justice colombienne a agi de manière “transparente, efficace et opportune”. Une sanction qui risque de peser sur les négociations de paix avec les Farc. La réaction du principal intéressé a été de lancer un appel à la grève générale.

19 mars – ARGENTINE – Le gouvernement de l’Argentine veut payer ce qu’il doit aux 19 pays de la Club de Paris. Le Club a accepté d’entamer des négociations formelles le 26 mai. À partir de là, l’Argentine et les 19 devront s’entendre sur le montant de la dette, estimée à environ 9 500 millions de dollars, un tiers des réserves de change disponibles à la Banque centrale. Devrait également être discuté les délais d’annulation, les formes et les modalités de paiement, et ce que l’acompte sera. De passage à Paris la présidente de l’Argentine, Cristina Fernández, a gagné de son homologue français, François Hollande, une déclaration de soutien après une réunion privée à l’Élysée. Jusqu’à présent, ils ne sont que des mots. Mais jusque-là, l’Argentine n’a jamais eu un tel soutien public du Club de Paris.

20 mars – VENEZUELA – Le Service de renseignement bolivarienne a arrêté à Caracas Daniel Ceballos, maire de San Cristóbal (ouest du Venezuela), la ville qui depuis plus d’un mois est prise par les manifestants réclamant le départ du président Nicolás Maduro. Ses partisans veulent décapiter l’aile de l’opposition vénézuélienne en demandant au Parlement de lever l’immunité parlementaire de la députée María Corina Machado. La violence à San Cristóbal a été particulièrement marquée dans les deux derniers jours, deux blessures par balle dans la ville de Rubio, le noyau brûlant de l’Université nationale de la Force armée (UNEF) à San Cristóbal et l’assassinat du fonctionnaire de la Garde nationale bolivarienne John Rafael Castillo d’une balle dans le dos. Il est le cinquième agent de la Force armée nationale qui tombe depuis le début des troubles le 12 Février.

20 mars – AMÉRIQUE DU SUD – L’Amérique du Sud a maîtrisé “la vague de la crise”. C’est la conclusion que le prix Nobel d’économie Paul Krugman, qui a attribué l’évolution positive de la région pour le type de politiques économiques mises en œuvre. “Les pays [latino-américains] ont une politique monétaire et budgétaire stable, sont moins vulnérables à la dette extérieure, ce qui a permis à la région de traverser la vague de la crise”, a déclaré l’universitaire.

20 mars – URUGUAY – Le président uruguayen José Mujica, s’est mis d’accord avec le président américain, Barack Obama, pour accepter de recevoir cinq détenus de la prison de Guantánamo, base américaine à Cuba depuis 1903, où 155 terroristes islamistes présumés sont détenus sans procès depuis 13 ans par son prédécesseur, George W. Bush. Le président José Mujica a nié un échange de quelque chose de spécifique pour son pays.

21 mars –PARAGUAY – Le Paraguay est le plus grand producteur d’hydroélectricité par habitant au monde et puissant exportateur à ses voisins, mais l’offre locale est si loin derrière que les coupures de courant sont un phénomène fréquent et souvent prolongé. Il produit plus de cinq fois sa demande interne d’énergie, en exportant une partie au Brésil et l’Argentine, ce qui représente 4 % de son PIB et près d’un quart des recettes totales du gouvernement. Mais toute cette richesse n’atteint pas les ménages paraguayens à cause d’une infrastructure inadaptée.

21 mars – ARGENTINE – Le Salon du livre de Paris, du Parc des Expositions de Paris de la Porte de Versailles, est consacré cette année aux auteurs de l’Argentine, pays invité, et au défunt Julio Cortázar, écrivain né à Bruxelles et peut-être francisé par hasard/vocation dont le centième anniversaire de la naissance est célébré.

22 mars –MEXIQUE – Le maire de la ville de Tanhuato (État de Michoacán, au sud-est du Mexique) Gustavo Garibay, un membre du conservateur Parti d’action nationale, a été abattu alors qu’il sortait de sa maison. Le maire de cette ville d’environ 20 000 habitants avait survécu à une tentative d’assassinat en 2012. Les maires de Michoacán se sont plaints que les Templiers recueillent 10 % de l’argent que le gouvernement fédéral leur envoie.

23 mars – BOLIVIE – Le président Evo Morales appelle de nouveau à un débouché maritime du Chili pour la Bolivie. L’État bolivien déposer plainte en avril à la Cour internationale de Justice (CIJ) à La Haye en réclamant l’accès à la mer qui a perdu il y a 135 ans.

Au fil de l’actualité du 8 au 16 mars 2014

8 mars –VENEZUELA – La Chilienne Gisella Rubilar Figueroa – 47 ans – est morte d’un tir dans la tête dans la nuit, tandis qu’il essayait de dégager une barricade antichavista dans la ville vénézuélienne de Mérida. Son père, l’écrivain Luis Rubilar, est psychologue et professeur de pédagogie à l’université de Trujillo, tout comme sa mère, María Figueroa. Après le coup d’État de 1973, ont été obligés de s’exiler, d’abord en Argentine et ensuite au Vénézuéla. Giselle a vécu une grande partie de son enfance dans le pays bolivarien; elle est retournée au Chili pour douze années mais est revenue au Vénézuéla. Mère quatre enfants, elle a soutenu la révolution promue par Hugo Chávez.

11 mars – CHILI – La socialiste Michelle Bachelet [photo] a été investie pour un second mandat de quatre ans à la tête du Chili. La nouvelle présidente a prêté serment lors d’une cérémonie d’investiture tenue au Congrès à Valparaiso et c’est la sénatrice socialiste Isabel Allende, fille de l’ex-président Salvador Allende, et première femme à présider le Sénat chilien, qui a remis l’écharpe présidentielle bleu, blanc et rouge à Michelle Bachelet. Plus tard, depuis le balcon du palais présidentiel de la Moneda à Santiago, la présidente a lancé : « Le Chili a un seul ennemi, ce sont les inégalités« .De nombreux chefs d’État latino-américains et le vice-président des États-Unis, Joe Biden, ont assisté à l’investiture. Le président vénézuélien, Nicolás Maduro, a annulé son voyage à la dernière minute, en raison de la crise dans son pays.

11 mars – CUBA – Melba Hernandez, héroïne de la Révolution cubaine, est décédée à 92 ans. Avec Fidel et Raúl Castro, elle était de ceux qui avaient attaqué la caserne Moncada en 1953 et contribué à préparer le débarquement du Granma et gravit la Sierra Maestra avec un fusil. Elle était l’un des fondateurs du Parti communiste de Cuba et membre de son Comité central et membre de l’Assemblée nationale. Elle fait partie de la génération historique qui commence à disparaître.

12 mars –VENEZUELA – Lors d’une audition à la Chambre des représentants à Washington, le secrétaire d’État nord-américain John Kerry a reconnu que l’administration des États-Unis ne renonce pas à l’imposition de sanctions contre le gouvernement de Caracas. Cependant, il a préconisé que l’Organisation des États américains et d’autres pays de l’hémisphère prennent un rôle plus actif en face de ce qui se passe au Venezuela et encouragent le dialogue dans ce pays entre le gouvernement et l’opposition. Quant au chef du commando Sud des États-Unis – qui comprend la région l’Amérique du Sud, l’Amérique Centrale et des Caraïbes – signale qu’au sein des Forces Armées vénézuéliennes il y a une division sur la dérive du pays mais que, pour l’instant, elles sont loyales à Nicolás Maduro.

13 mars – UNASUR – Les ministres des Affaires étrangères de l’Union des nations sud-américaines (Unasur) lors d’une réunion spéciale qui a eu lieu à Santiago du Chili pour discuter de la crise à Caracas, ont soutenu le gouvernement de Nicolás Maduro. Les pays ont publié une déclaration exprimant leur « inquiétude devant toute menace à l’indépendance et à la souveraineté de la République bolivarienne du Venezuela. » Ils ont également exprimé « leurs condoléances et leur solidarité avec les familles des victimes, avec le peuple et le gouvernement démocratiquement élu. » Les représentants des douze pays qui composent l’organisation ont décidé d’envoyer une mission des ministres des Affaires étrangères au Venezuela pour « accompagner, soutenir et conseiller un dialogue politique large et constructif visant à récupérer la coexistence pacifique. » La déclaration finale a été lue par le représentant du Chili, Heraldo Muñoz, et approuvé à l’unanimité. L’équipe se réunira la première semaine d’avril et examinera la Conférence Nationale pour la Paix mis en place par le gouvernement vénézuélien le 27 Février.

13 mars – HAÏTI – Les victimes de l’épidémie de choléra qui a éclaté en Haïti en Octobre 2010 ont tenté un troisième procès contre les Nations Unies devant les tribunaux fédéraux à New York, après avoir constaté que c’est un contingent népalais de maintien de la paix qui a apporté les bactéries sur l’île et que l’agence porte la responsabilité dans l’épidémie de choléra qui a tué 9000 personnes.

13 mars – SALVADOR – L’ancien guérillero de gauche Salvador Sánchez Cerén a remporté l’élection présidentielle au Salvador, a confirmé le Tribunal électoral suprême lui accordant 50,11 % des voix, contre 49,89 % à son adversaire de droite Norman Quijano, de l’Alliance républicaine nationaliste.

13 mars – VENEZUELA – La police vénézuélienne a multiplié, les perquisitions et interpellations d’opposants, après cinq semaines de contestation dans les rues. À Valencia, troisième ville du Venezuela, le gouvernement a fait appel à l’armée pour reprendre le contrôle de plusieurs quartiers. Le président, Nicolás Maduro, avait annoncé « des mesures drastiques« , tout en réitérant ses appels au dialogue. « Personne n’accepte un monologue ni les directives d’un gouvernement qui a décidé de résoudre la crise en faisant des morts, des blessés, des tortures, des arrestations, des détenus« , a répondu sur Twitter le dirigeant de l’opposition, Henrique Capriles Radonski. Depuis le début des protestations, on compte 28 morts et 400 blessés.

13 mars – COLOMBIE – Les candidates à la présidentielle du Pôle démocratique, Clara López Obregón, et de la renaissante Union patriotique-UP, Aida Avella, ont décidé de s’unir en tant que candidates de la gauche à l’élection présidentielle en Colombie, dont le premier tour aura lieu le 25 mai. Clara López Obregón sera la candidate à la présidence et Aida Avella à la vice-présidence, selon les médias locaux. Cette décision a été prise par les deux candidates après les résultats des dernier élections législatives où le Pôle démocratique remporté seulement cinq des huit sièges qu’il avait au Sénat, alors qu’à la Chambre il en a remporté trois. L’UP, pour sa part, qui est retourné à la politique active après plus d’une décennie après le Conseil d’État lui ait rendu son statut juridique, n’a conquis aucun siège au parlement. Tous deux ont de faibles perspectives électorales.

14 mars – ONU – L’Organisation des Nations Unies prend un nouveau tournant dans sa vision du problème de la drogue dans le monde, mais on ne peut pas encore parler d’un changement radical d’approche. L’un des derniers rapports de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) a déclaré que le but “n’est pas de mener une guerre contre la drogue, mais de protéger la santé et le bien-être de l’humanité”. Il est clair que l’ONU préfère désormais mettre l’accent sur la santé, après avoir constaté que cela produit des résultats plus efficaces. “Chaque dollar investi dans la prévention permet d’économiser au moins 10 dollars en coûts futurs en matière de santé et de services sociaux” : Oui à la dépénalisation, mais pas la légalisation de la production et du commerce.

15 mars – AMÉRIQUE LATINE – Les dépenses publiques en Amérique latine sont inférieures d’un tiers à celles de la zone euro. L’Argentine et le Brésil sont les pays dont les investissements de l’État sont les plus élevés tandis que le Pérou et le Chili sont ceux où ils sont les plus bas… Dans son récent rapport Panorama exercice 2014, la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC) a noté que les dépenses publiques ont augmenté au court des deux dernières décennies, en particulier dans l’éducation et la santé, mais a averti de la nécessité de plus de recettes fiscales, de continuer à développer les dépenses, et de la nécessité d’améliorer la qualité et la transparence des dépenses.

16 mars – PÉROU – Le Congrès a refusé d’accorder un vote de confiance au Cabinet nommé il y a trois semaines. La principale mise en question de l’opposition était que le premier ministre René Cornejo, lors du débat au Parlement, n’a pas donné de garanties pour que cesse l’influence de la première dame Nadine Heredia dans les décisions de l’exécutif. Dans le dernier mois Nadine Heredia a publiquement accompli les fonctions de Président du Conseil des Ministres et les membres du cabinet actuel ont été recrutés par elle. Le Congrès l’a familièrement appelé “le Cabinet Heredia”.

16 mars – COSTA RICA – Une société israélienne achetait organes costaricains par l’intermédiaire d’un médecin. Le Costa Rica en 2013 a démantelé un réseau de contrebande d’organes qui avait des liens en Israël et en Europe de l’Est. Une société israélienne a accepté de payer 20 000 dollars à un couple de Costariciens pour l’achat du rein gauche de la femme, en les déplaçant tous les deux en Israël pour effectuer la transplantation en mars 2013 dans un centre de santé du pays, après une négociation coordonnée plusieurs mois par un médecin du Costa Rica qui a été emprisonné en juin pour la traite de personnes pour prélèvement d’organes.

Guy MANSUY

« Les rues de Santiago » du Chilien Boris Quercia

Qu’il est sympa, ce flic ! Amoureux sans histoire de Marina, dont les dents légèrement de travers sont un charme supplémentaire, il est lassé de la violence, des coups de feu, il est à l’opposé de ces super keufs, ceux qui dégainent avant de réfléchir.

Et pourtant, dès le premier chapitre il descend un jeune délinquant. Et puis, qu’est-ce qui pousse Santiago Quiñones à suivre dans la rue cette fille qu’il ne connaît pas (et dont les dents de devant sont légèrement de travers…) ? On s’en doute, il se met dans une situation compliquée. Belle inconnue, avocat véreux, collègues dont on ne sait pas s’ils sont des amis ou des menaces, les ingrédients sont là pour créer un beau suspense dont l’enjeu est la vie ou la mort de notre Santiago. Boris Quercia, dont c’est le premier roman, réussit un récit tendu, dans une ambiance crépusculaire, sans négliger un certain humour qui rend son personnage très humain.

Christian ROINAT

Boris Quercia : Les rues de Santiago, traduit de l’espagnol (Chili) par Baptiste Chardon, éd.Asphalte, 152 p., 15 €. / Titre original : Santiago Quiñones, tira, Mondadori, Santiago, 2010.

« Petits papiers au gré du vent » par l’Argentin Eduardo Sacheri

Buenos Aires, quatre hommes, amis depuis l’enfance passée dans un même quartier tout à fait banal, amis à la vie, à la mort. Ils ont maintenant la quarantaine. La mort de l’un d’eux va-t-elle justement en finir de cette belle amitié ?

Le mort, c’est le Singe, Alejandro, ainsi surnommé depuis qu’enfant il s’était pris pour Tarzan… et était tombé de l’arbre sur la voiture d’un voisin ! Il était divorcé, avait une fillette, Guadalupe et sa maladie lui avait laissé le temps de prévoir l’avenir de sa fille : il avait acheté un jeune footballeur prometteur qui, malheureusement s’était vite révélé complètement tocard. Les trois amis décident peu après la disparition de leur alter ego, de tout faire pour donner à Guadalupe l’héritage auquel elle a droit. Mais comment faire, quand on ne connaît pas grand-chose au milieu du foot pour se débarrasser d’un tel boulet ?

Eduardo Sacheri, l’auteur du roman qui a inspiré le film Dans ses yeux, oscarisé à Hollywood, prend son temps pour décrire comment une relation d’une  solidité a priori à toute épreuve peut se modifier au fil des circonstances. Le frère du Singe, Fernando, est professeur dans des collèges un peu difficiles, Le Russe est le propriétaire très peu motivé d’une station de lavages de voitures qu’il a ouverte après diverses faillites déjà dues à son manque d’enthousiasme dans les affaires, ce qui rend son épouse un tant soit peu acariâtre. C’est Mauricio qui a le mieux réussi, brillant avocat dans un cabinet qui a le vent en poupe. Son problème majeur est également sa femme qui prend de plus en plus mal ses flirts un peu poussés avec ses secrétaires.

Quand l’argent et le pouvoir se mêlent à l’amitié, celle-ci est en danger, c’est une banalité, mais elle est ici transformée en un récit plein de rebondissements et d’humour. Nos lascars vont faire des pieds et des mains pour tenter de faire passer pour une star du ballon rond ce pauvre gamin dénué de tout talent et affublé d’un père gaffeur. Cela donne à l’auteur, bien au-delà de l’aspect comique des situations, l’occasion de dire combien l’amitié peut être fragile et forte à la fois, l’occasion de se demander jusqu’où on peut avaler des couleuvres de la part d’un ami d’enfance et si on a le droit de vouloir changer ce qui ne nous plaît pas en lui. Malgré sa longueur c’est un roman qui se lit d’une traite, porté que l’on est par les épisodes rocambolesques et les retours en arrière qui éclairent sur la personnalité de chacun.

Christian ROINAT

 Eduardo Sacheri : Petits papiers au gré du vent, traduit de l’espagnol (Argentine) par Vanessa Capieu, éd. Héloïse d’Ormesson, 540 p., 24 €. / Eduardo Sacheri : Papeles en el viento / El secreto de sus ojos, Alfaguara. / Eduardo Sacheri en français : Dans ses yeux, Denoël et 10/18.

« Cronopios » de Daniel Mordzinski un regal pour tout lecteur…

Il existe des livres qui sont de vrais miracles, Cronopios  en est un : tout y est parfait, tout simplement. Pas une faute de goût, un équilibre admirable entre les informations (qui pourraient être secondaires dans un tel ouvrage) et les images. Un régal pour tout lecteur qui a envie d’aller un peu au-delà de la lecture.

Le livre commence, après quelques mots du photographe, par une préface qui veut être une présentation en moins de dix pages de la littérature argentine, l’une des plus riches du monde depuis plusieurs décennies. Une gageure ? C’en est une, mais José Manuel Fajardo (l’auteur, espagnol, de plusieurs romans remarqués) parvient à donner une vision juste et complète de cette création débordante et à facettes multiples. Comment fait-il ? Il faut le lire pour le croire !

Depuis trente-cinq ans, Daniel Mordzinski, Argentin qui s’est réfugié à Paris à l’âge de dix-huit ans, photographie (entre autres) les écrivains. Il a commencé avec Jorge Luis Borges, une photo déjà saisissante, portrait, peut-être, mais un de ces portraits qui, comme ceux de Goya, disent tout du modèle : Borges est montré dans une espèce d’obscurité mystérieuse et même si on ne le savait pas, on devinerait que l’homme est aveugle, on le découvre hors du monde et pourtant en lui (à qui est la main sortie du néant, derrière lui, qui indique ce qu’il pourrait voir et qui n’est que du noir, quel est l’objet au second plan, objet optique sûrement, lunette ou projecteur, qui n’est utile à personne ici ?). La photo est belle et parlante.

Et il en est de même pour tous les auteurs-modèles, l’artiste a parfaitement su exprimer, toujours sans le moindre effet artificiel, ce qu’est vraiment celui qu’il présente : la noble sobriété, qui pourrait passer pour de l’austérité mais qui ne l’est pas, d’Alan Pauls, par exemple, le débraillé qui se veut provocateur de Carlos Salem, la hauteur élégante de Laura Alcoba, le mystère qui ne se prend pas au sérieux d’Andrés Neuman. Il faudrait tous les citer, mais mieux vaut prendre le temps de regarder ces hommes et ces femmes que nous connaissons par leur œuvre et qui apparaissent ici comme des hommes ou des femmes, tout bonnement.

Un court texte de la journaliste argentine Leila Guerriero accompagne intelligemment et sobrement une cinquantaine de ces portraits recueillis pendant ces trente-cinq ans où Daniel Mordzinski a fréquenté ses créateurs qui pour la plupart sont devenus ses amis. Et enfin (ne nous refusons rien !) une bibliographie de cinquante-six écrivains photographiés vient compléter l’ensemble. Il est évident que cet ouvrage, sorti à l’occasion du Salon du Livre restera comme une référence, en marge, en complément de la pure littérature.

Christian ROINAT

Daniel Mordzinski : Cronopios, textes de José Manuel Fajardo et de Leila Guerriero traduits par François Gaudry et Maya Sanchez, éd. Métailié, 141 p., 20 €.

Les lettres argentines à l’honneur au Salon du livre de Paris

La 34e édition du Salon du livre de Paris mettra à l’honneur les lettres argentines. Avec une délégation de quarante-huit écrivains parmi les plus représentatifs de la littérature argentine actuelle, l’édition 2014 du Salon du livre de Paris promet d’être à l’image de ce pays à la dimension d’un continent : foisonnante et multiculturelle. Les visiteurs du Salon pourront mesurer la vitalité et la diversité de sa production littéraire contemporaine à la fois dense, inventive et poétique. Le Salon du livre de Paris sera également l’occasion de fêter le centenaire de la naissance de Julio Cortázar, figure emblématique de la littérature argentine de la seconde moitié du XXe siècle et auteur du livre culte Marelle, qui a longtemps vécu à Paris.

Pour connaître davantage la scène littéraire argentine, les éditions Métailié feront paraître, le 20 mars prochain, un ouvrage de photographies de deux cents écrivains argentins vivants ou disparus, réalisées par Daniel Mordzinski accompagnées de textes de Leila Guerriero, journaliste et auteure argentine. Le titre de ce livre Cronopios, du nom des personnages inventés par le grand écrivain Julio Cortázar, est une façon de lui rendre hommage, à l’occasion du centenaire de sa naissance.

Daniel Mordzinski, né en 1960 à Buenos Aires, est un photographe vivant à Paris, spécialisé dans les portraits d’écrivains latino-américains. Chaque portrait est l’occasion d’une rencontre entre l’écrivain et le photographe. Un des premiers portraits d’écrivains de Mordzinski a été celui de Borges, l’un des pères fondateurs de la littérature argentine du XXe siècle, plus tard celui de Julio Cortázar, qui est devenu son ami et dont l’écriture a marqué définitivement sa vie. Une multitude de belles rencontres se sont alors succédé pendant ses trente-cinq ans de carrière. Ce livre magnifique en est le reflet.

Les auteurs argentins invités au Salon du Livre de Paris 2014 : Laura Alcoba / Selva Almada / Leandro Ávalos Blacha / Silvia Baron Supervielle / Vicente Battista / Diana Bellessi / Sergio Bizzio / Liliana Bodoc / Hernán Brienza / Leopoldo Brizuela / Arnaldo Calveyra / Rosalba Campra / Luis Chitarroni / Oliverio Coelho /Jorge Consiglio / Pablo de Santis /Alicia Dujovne Ortiz / José Pablo Feinmann / Marcelo Figueras / Ricardo Forster / Luisa Futoransky / Fernanda García Lao / Inès Garland / Mempo Giardinelli / Mario Goloboff / Horacio González / Noé Jitrik / Martín Kohan / Ernesto Laclau / María Pia López / Alberto Manguel / Guillermo Martínez / Tununa Mercado /José Muñoz / Elsa Osorio / Ricardo Piglia / Claudia Piñeiro / Lucía Puenzo / Quino / Rep / Eduardo Rinesi / Guillermo Saccomanno / Juan Sasturain / Samanta Schweblin / Ana María Shua / Perla Suez / Damián Tabarovsky / Miguel Vitagliano
Pour les bio et bibliographies consulter en ligne le Site du salon du livre

Des invités polémiques

Les auteurs qui ne sont pas présents sur la liste ne se gênent pas pour en critiquer la méthode de composition : “Ils ont donné des petites récompenses à leurs amis”, lâche ainsi Martin Caparros (édité en France chez Fayard et Buchet/Chastel). La jeune auteure Pola Oloixarac (édité chez Seuil) souligne que “le gouvernement argentin s’est déjà servi de la Biennale à Venise et de la Foire de Francfort pour la promotion des ‘idées officielles’”. Le Secrétariat à la Culture argentin a vivement démenti ces accusations de choix partisans, soulignant que “les invitations ont été choisies avec le CNL et l’Institut français”. Pour constituer les listes, le CNL confie observer “plusieurs critères de sélection : une certaine parité dans les genres littéraires (littérature, BD, jeunesse…), ainsi que dans le sexe des participants est ainsi appliquée, mais le critère principal reste la traduction d’au moins une œuvre en français”. Outre ces critères, le CNL et l’Institut français privilégient des auteurs à l’actualité récente. Aux éditions du Seuil, des responsables éditoriaux se sont pourtant émus de l’absence d’invitation pour certains de leurs auteurs, notamment Rodrigo Fresán ou Pola Oloixarac. “Ce sont des regrets d’éditeurs. Il n’était pas possible de faire venir plus de 30 auteurs, ce qui est déjà énorme comparé aux 21 auteurs roumains invités l’année dernière”. Bertrand Morisset, Commissaire Général du Salon du Livre, a de son côté précisé qu’“il n’y a eu en aucune manière une pression ou des choix politiques. Et puis ces chamailleries locales ne nous concernent pas”. D’après ActuLitte.com.

Prune FOREST

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Deux femmes socialistes à la tête du Chili

Ce mardi 11 mars restera comme une date historique au Chili. Une première probablement dans le monde. Deux femmes occupent au Chili les plus hautes fonctions de l’État. La nouvelle présidente du Sénat Isabel Allende et Michelle Bachelet présidente du Chili pour un deuxième mandat. Espaces Latinos a participé à cette symbolique passation du pouvoir avec deux envoyés spéciaux.

Symbole fort dans un pays encore marqué par la dictature, c’est la sénatrice socialiste Isabel Allende, fille de l’ex-président Salvador Allende renversé par le coup d’État du 11 septembre 1973, et première femme à présider le Sénat chilien, qui a remis l’écharpe présidentielle bleu, blanc et rouge à Michelle Bachelet, 62 ans. Un des moments émouvants de cette cérémonie de passation du pouvoir fut de voir les deux femmes socialistes s’embrasser et avoir pensée pour leurs pères respectifs.

Les cérémonies d’investiture se sont déroulées à Valparaíso, à quelques 120 km de la capitale chilienne et à Santiago, la capitale, en présence de la plupart de chefs d’État latino-américains et du vice-président des États-Unis Joe Biden ainsi que de quelques représentants du Vieux Continent et des autres pays du monde. Le président vénézuélien Nicolás Maduro avec un pays en crise a choisi de ne pas y assister et de se faire représenter par son Ministre des Affaires étrangères.

Michelle Bachelet revient à La Moneda avec l’engagement d’accomplir le plus urgent de ses 50 promesses de campagne au cours des 100 premiers jours de son mandat. Elle est soutenue par la coalition Nueva Mayoría (Nouvelle Majorité) formée par les partis qui avaient intégré la Concertation démocratique (Parti socialiste, Parti pour la Démocratie, Démocratie chrétienne, Parti radical et indépendants) auxquels s’est ajouté le Parti communiste.

Michelle Bachelet a déclaré, dans le discours qui a suivi son investiture depuis le balcon de La Moneda et devant un public enthousiaste, qu’elle avait pleine conscience de la responsabilité qui l’incombait pour ce deuxième mandat. En effet, la présidente élue, entame ce mardi 11 mars 2014 un mandat de quatre ans, bien décidée à opérer les “profondes transformations” dont a besoin son pays en proie à de fortes inégalités.

Pour elle le principal adversaire du Chili est l’“inégalité” et elle s’est engagé à “faire du Chili un pays plus juste et plus inclusif”. Le pays, dont l’économie a cru à un rythme annuel supérieur à 4 ou 5 %, connaît un développement spectaculaire depuis vingt ans. Ce qui a permis des avancées considérables sur la voie d’une éradication de l’extrême pauvreté. Cependant les inégalités persistent parmi ses 16,6 millions d’habitants. Elles furent au cœur du mouvement de contestation étudiante de ces trois dernières années.

 Réformer en conservant le sérieux budgétaire

Son programme est fondé sur une révision de la Constitution de 1980 héritée de la dictature, ainsi que sur une réforme fiscale envisageant une augmentation de l’impôt des sociétés de l’ordre de huit milliards de dollars (3 % du PIB) destinée notamment à une refondation du système éducatif et à l’amélioration du système de santé et des services publics. Michelle Bachelet, à qui la Constitution interdisait de briguer un deuxième mandat consécutif en 2010 malgré sa forte popularité, s’est toutefois engagée à maintenir le sérieux budgétaire qui caractérise le Chili depuis le début des années 1990.

La mise en œuvre de ses projets dépendra en grande partie du rapport de forces au sein du Congrès. Sa Nueva Mayoria (Nouvelle Majorité) a remporté les législatives qui se sont déroulées en même temps que le premier tour, sans toutefois atteindre la majorité absolue. Or, si la majorité simple suffit à modifier la fiscalité, une majorité qualifiée est en revanche requise pour réformer l’éducation et la Constitution. Quant à la droite chilienne, elle avait réalisé le plus mauvais score de son histoire lors des élections présidentielles et législatives. Elle a également souffert de l’impopularité du président sortant Sebastián Piñera.

 De nombreux défis

 Michelle Bachelet fait face à de nombreux défis pour son retour à la Moneda, qu’elle avait quitté en 2010 avec un taux de popularité record. Elle succède au conservateur Sebastian Piñera, qui quitte le pouvoir avec un bilan contrasté. Rompant avec le style figé de la classe politique traditionnelle, cette médecin de formation, ancienne ministre et ex-directrice de l’ONU-Femmes, mère de trois enfants et grand-mère, s’est notamment fortement engagée en faveur de l’amélioration des droits des femmes dans un pays très conservateur, où l’avortement, même thérapeutique, est interdit et où le divorce n’a été légalisé qu’en 2004. Élue le 15 décembre dernier avec une ample votation, presque 20 points devant sa rivale de droite Evelyn Mattei, la nouvelle présidente a promis de mener “enfin” à bien “de profondes transformations” pour réduire les importantes inégalités sociales et développer le pays “de façon plus équitable”.

 Des attentes fortes

La leader socialiste s’est fixé des objectifs ambitieux, pour un pays un peu essoufflé par le ralentissement de l’économie mondiale, un recul des investissements et la baisse des prix du cuivre, dont il est le premier producteur au monde. Mais l’économie chilienne reste globalement solide, avec une croissance entre 3,75 % et 4,75 % prévue pour 2014.  Mais c’est dans le domaine de l’éducation, alors que des dizaines de milliers d’étudiants n’ont pas accès à un enseignement gratuit et de qualité, que les attentes sont les plus grandes. Les nouveaux leaders de l’influent mouvement étudiant, fort du soutien des centaines de milliers de jeunes descendus dans la rue lors des manifestations massives, avaient exprimé leur méfiance vis-à-vis de Michelle Bachelet et avaient appelé à ne pas voter lors des élections.

Reconnaissant elle-même les difficultés à venir, la présidente socialiste avait mis en garde les impatients au lendemain de sa victoire aux élections. Lors de son premier discours de future présidente, elle s’était déjà interrogée : “Mais quand a-t-il été facile de changer le monde ?”

 Ambiance festive à Santiago 

 Les sympathisants sont arrivés tôt pour entendre le discours de la Présidente devant le palais présidentiel de la Moneda portant des drapeaux chiliens et de différents partis politiques de la coalition de la Nueva Mayoría scandant des consignes. Dans la soirée, aux environs de 19 h, la nouvelle équipe de gouvernement quittait la place de la Constitution, salués par la foule alors qu’un journaliste racontait l’histoire de Michelle Bachelet et les grands défis qui l’attendaient. Après avoir salué ses 23 ministres et que la garde du Palais lui a rendu les honneurs, la présidente est rentrée à La Moneda. Devant l’arrivée massive des personnes qui l’applaudissaient, les carabiniers ont élargi le périmètre de sécurité pour permettre au public d’écouter son discours.

 Michelle Bachelet depuis les balcons de La Moneda a réitéré ce mardi 11 mars son engagement pour une réforme constitutionnelle, tributaire et éducationnelle telle qu’annoncée dans son programme de gouvernement. Dans ses premiers mots, la Chef de l’État a rappelé qu’il y a quatre ans elle avait traversé la même porte pour quitter ce palais de la présidence et qu’elle revient à nouveau par la même porte« Nous allons tous ensemble mener à bien le programme de gouvernement et nous le ferons dans le dialogue avec les forces politiques et sociales du pays. Mais un dialogue dont l’objectif est d’avancer pour accomplir notre programme.” Et elle a ajouté “nous croyons qu’il peut y avoir un Chili différent et beaucoup plus juste. Je veux que le jour où je quitterai cette maison, vous sentiez que la vie a changé en bien pour vous. Que le Chili ne se réduit pas à une liste d’indicateurs ou statistiques, mais qu’il doit être une meilleure patrie pour y vivre, une société pour son peuple dans sa totalité.”

Elle a souligné dans ce sens, l’importance de la réforme de la Constitution, du système éducatif et de la fiscalité. “Je sais de première main ce que l’éducation publique peut offrir à une personne. Je suis fille de cette éducation publique et mon engament est qu’au Chili nous ayons tous les mêmes égalités de chance” a-t-elle indiqué. “Je connais ce que signifie de se battre pour une patrie libre, sans entraves autoritaires, où une minorité oppose son veto contre la majorité. Mon engagement est donc que cette Constitution soit une Constitution née en démocratie” a-t-elle dit avec énergie.

 Olga BARRY

« Le Testament du magicien ténor » de César Aira

Des montagnes suisses aux vallées du Pendjab… Un jeune magistrat traverse l’océan pour se rendre en Inde où il doit rencontrer Bouddah l’Éternel et lui remettre l’héritage mystérieux que lui a légué un vieux magicien. Avec Le Testament du magicien ténor, l’écrivain argentin César Aira signe un roman inclassable où le réel  se perd aux confins de l’imaginaire, de la poésie et de la philosophie.

Sur le point de mourir, dans la demeure où il réside, en Suisse, le Magicien Ténor convoque à son chevet son chargé d’affaires le président Hoffmann, éminent juriste du barreau de Lausanne, pour lui faire part de sa dernière volonté : remettre à Bouddha l’Éternel une enveloppe renfermant le secret d’un mystérieux tour de magie. Le magistrat confie cette mission à Jean Ball – Djinn Bowl – un jeune avocat qui s’embarque pour l’Inde. Pendant la traversée, il noue une liaison avec Palmyra, à la beauté énigmatique et fascinante qui lui fera les honneurs de Bombay avant qu’il ne se rende dans une vallée reculée du Pendjab où vivent Bouddah l’Éternel, minuscule divinité ruinée, au comportement puéril, et sa gouvernante, l’étonnante Madame Gohu au passé rocambolesque, que lui a imposée la société Brain Force, chargée d’administrer ses biens et de gérer son image.

Une cascade de péripéties improbables fait de l’intrigue, conduite avec brio, une sorte de puzzle mouvant qui aiguise l’imagination et entraîne le lecteur dans un monde où tout repère devient fluctuant, fuyant. Même les frontières se déplacent, celles du Népal, celles de la réalité. Ainsi des objets sont détournés de leur utilisation première, les contraires (haut et bas, jour et nuit, instant et éternité…) se manifestent simultanément dans un même lieu. Ainsi se côtoient simples mortels et fantômes, héros de légende et personnages historiques (un bel hommage est rendu à Benazir Bhutto dans le dernier chapitre).

La langue de César Aira, claire, limpide, épouse admirablement les méandres du récit. Le roman s’ouvre sur une description magistrale, somptueuse, – digne de Borges, diront certains – de la grande propriété délabrée où se meurt le Magicien Ténor, puis l’écriture se fait vive, incisive, parfois ironique, toujours riche en métaphores. Actions et personnages prennent alors une dimension nouvelle, le rythme devient vertigineux, les images s’enchaînent et on bascule dans cet univers de “belles asymétries” et d’“énumérations chaotiques” cher à l’auteur.

 Mireille et Jean-Paul BOSTBARGE

Le Testament du magicien ténor, de César Aira, traduit de l’espagnol (Argentine) par Marta Martínez Valls,  éd. Christian Bourgois,  149 p., 12 €.

Costa Rica : Coup de théâtre aux élections présidentielles, un des deux candidats jette l’éponge avant le second tour !

Le premier tour des élections présidentielles du 2 février dernier avaient apporté une surprise de taille. Alors que tout le monde donnait Johnny Araya du Parti de libération nationale (PLN, droite) gagnant, c’est Luis Solís du Parti action citoyenne (PAC, centre gauche) qui l’emportait d’une courte tête (30,64 % contre 29,71 %). José Villalta du Front Ample (FA, gauche), considéré comme le rival le plus sérieux d’Araya était relégué à la troisième place (17,25 %) (lire notre article paru le 5 février 2014).

Luis Solís, historien et politologue de 56 ans, se dit « progressiste mais pas de gauche », prend ses distances avec le néolibéralisme sauvage et donne comme modèle « le président Lula du Brésil ». Son objectif : « arrêter l’augmentation des inégalités sociales tout en restant dans le centre ». Johnny Araya et le PLN n’avaient pas compris que les Costaricains étaient très mécontents de la présidente sortante, Laura Chinchilla, du même parti « qui a été incapable de réduire la pauvreté ». Il semblait alors que les jeux étaient faits car une bonne partie des 17 % de Villalta allait voter pour Solis.

Inquiets, Araya et le PLN ont alors commandité des sondages. Et ce fut la catastrophe ! Quatre sondages montrent une victoire écrasante du PAC de Solís sur le PLN d’Araya : plus de 50 points de différence ! Johnny Araya annonce alors que « le bon sens indique qu’il faut peser la réalité et, avec fermeté d’esprit, je déclare conclure aujourd’hui ma campagne pour la présidence… » Autrement dit, il se désiste et retire sa candidature ! Stupeur et colère dans son parti, mais Araya explique sa décision : il veut éviter une défaite humiliante pour le parti lors du second tour le 6 avril et, surtout, il craint qu’une campagne onéreuse pour rien, ne mette son parti en faillite financière… Ceci pose un problème constitutionnel : la loi interdit aux candidats présidentiels de se désister. La solution : les Costaricains devront quand même aller voter même si Araya ne fait plus campagne.

De son côté, Luis Solís encourage vivement les citoyens à voter le 6 avril car il  « ne prend pas cette élection comme une simple formalité. Pour qu’il n’y ait aucun doute sur la légitimité de mon mandat et un engagement pour la démocratie, il faut que les Costaricains aillent voter » car son accession à la présidence « ne peut se faire qu’à travers une élection ».

 Jac FORTON

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