Archives mensuelles :

février 2014

Verdict «mitigé» pour les familles des Français assassinés en Bolivie

En Bolivie, le verdict est tombé ce jeudi 27 février dans la soirée, dans le procès des assassins présumés de Fannie et Jérémie, et le principal accusé, Jaime Martinez a écopé de 30 ans de prison ferme. Les deux jeunes Français avaient disparu à Guayaramerin, à la frontière brésilienne, il y a plus de trois ans, alors qu’ils effectuaient un voyage de plusieurs mois en Amérique du Sud.
Selon l’enquête, Jérémie et Fannie se seraient rendus dans la nuit du 28 au 29 août 2010 dans la ferme du principal suspect, Jaime Martinez. Les assassinats auraient eu lieu à l’issue d’un viol ou tentative de viol sur Fannie. Quatre Boliviens étaient accusés d’avoir participé, à des degrés divers, à leur assassinat. Suite sur RFI>>

Les faits de l’actualité latino-américaine du 17 au 24 février

17 février – ARGENTINE – L’organisme régulateur des médias audiovisuels de l’Argentine a approuvé la proposition du premier groupe de médias du pays, Clarín, de diviser ses activités en six unités distinctes. Ainsi, le conglomérat qui pendant six ans, est devenu un ennemi du gouvernement de Cristina Fernández de Kirchner, avec des critiques mutuelles permanentes, sera adapté à la loi sur la radio et la télévision approuvée en 2009 par le Congrès argentin, non seulement par les partisans de la présidente mais aussi par l’opposition progressiste.

18 février – VENEZUELA – Après que le quotidien Últimas Noticias ait identifié un agent – sans uniforme – du Service bolivarien de renseignement (Sebin) qui tirait sur les opposants lors de la manifestation du 12 février, à Caracas, le général Manuel Bernal, directeur de la Sebin – directement rattachée à la présidence de la République – , a été limogé. Entouré de dizaines de milliers de manifestants venus lui apporter leur soutien, Leopoldo Lopez, dirigeant de l’opposition vénézuélienne, s’est rendu aux autorités. L’opposant est accusé par le pouvoir d’être le responsable de la mort des trois manifestants, à Caracas, le 12 février.

18 février – BRÉSIL – Après le mandat controversé de Marco Feliciano (Parti chrétien-social, CFP), pasteur évangélique ouvertement homophobe et raciste, le Parti des Travailleurs a décidé d’assumer la direction de la Commission des droits de l’homme et les Minorités du Congrès pour éviter que le député du Parti Progressiste – qui malgré son nom est héritier de la dictature – Jair Bolsonaro, militaire homophobe connu par ses positions extrémistes, occupe la présidence avec le soutien des évangélistes.

18 février – COLOMBIE – Deux jours après que soient connues certaines conversations du commandant général des forces armées de Colombie Leonardo Barrero Gordillo avec un colonel suspect de meurtres extrajudiciaires de deux civils, le président Juan Manuel Santos a annoncé que ce général était démis de ses fonctions parce qu’il estimait que les expressions utilisées par le général étaient « irrespectueuses » envers la justice.

18 février – CELAC – La Communauté des États d’Amérique latine et les Caraïbes (CELAC), a déploré la violente crise qui secoue le Venezuela depuis la semaine dernière et a encouragé le gouvernement du président vénézuélien Nicolas Maduro, « de poursuivre les efforts pour promouvoir le dialogue entre toutes les forces politiques. » Dans un communiqué publié dans la capitale du Costa Rica, le CELAC a appelé que soient garantis « l’information véridique et exacte » et le plein respect de « tous » les droits de l’homme. La communauté, a-t-il ajouté, « était consternée par les actes de violence » et a déploré « la perte de vies humaines. »

19 février – VENEZUELA – L’opposant Leopoldo Lopez a été placé dans une prison militaire, dans la banlieue de Caracas, où il attend d’être interrogé par un juge. Le dirigeant de l’opposition, tenu responsable des manifestations qui ont fait trois morts le 12 février, est inculpé d’homicides et de terrorisme, parmi d’autres charges. Dans une vidéo enregistrée avant de s’être livré aux autorités, Leopoldo Lopez appelle ses partisans à poursuivre la mobilisation. La police a dispersé violemment des manifestants dans l’est de Caracas. Le bilan des morts est passé à quatre personnes après le décès d’une manifestante de 21 ans, blessée par balles la veille à Valencia (nord).

20 février – PANAMA – La société d’état la Autoridad del Canal de Panamá (ACP) et le consortium de construction Grupo Unidos por el Canal (GUPC) mené par la Sacyr espagnole sont arrivés à un accord préliminaire et les travaux sur le canal ont repris. L’Autorité du Canal paiera 26,8 millions d’euros au consortium pour la reprise du travail. Malgré la crise, les vielles écluses centenaires ont continué à fonctionner normalement.

22 février – MEXIQUE – Le chef du cartel de Sinaloa, Joaquín Guzmán Loera, El Chapo (surnom du à sa petite taille), a été arrêté par les autorités au Mexique, en collaboration avec les États-Unis. Le chef du cartel de Sinaloa, la plus grande organisation criminelle du pays, a été capturé vivant dans un hôtel dans la ville de Sinaloa, sur la côte Pacifique. Joaquín Guzmán Loera avait été arrêté au Guatemala en 1993 et huit ans plus tard, en janvier 2001, il s’était évadé d’une prison de haute sécurité dans l’État de Jalisco caché dans un panier à linge. Depuis lors, il est devenu le plus célèbre trafiquant de drogue dans le monde.

20 février – VENEZUELA – Le gouvernement vénézuélien a reconnu le grave problème de l’ordre public qui existe à San Cristobal, capitale de l’Etat de Tachira, à la frontière avec la Colombie. Le ministre de l’Intérieur et de la Justice, Miguel Rodriguez Torres, a assuré qu’à cause des protestations des citoyens un couvre-feu virtuel avait été imposé. Le gouvernement a décidé de suspendre le port d’armes et d’envoyer des renforts de la garde nationale pour rétablir l’ordre. Le président Nicolas Maduro a menacé d’imposer l’état d’urgence dans la ville, si ces premières décisions ne permettent pas de reprendre le contrôle de la ville.

20 février – PARAGUAY – « Les Etats dits développés nous font tord avec leurs émissions et ensuite dévastent nos champs en les consacrant à produire des biocarburants au lieu de la nourriture » a déclaré l’ancien ministre de l’Environnement du Paraguay (de 2009 à 2012) Oscar Rivas – Prix Goldman en 2000 (sorte de Nobel de protection de l’environnement) – qui lutte pour que les populations puissent disposer de leurs terres pour cultiver de la nourriture. Il constate qu’au cours des dix dernières années, le Paraguay a vu la proportion de terres consacrées à la production de céréales destinées à la fabrication des agro carburants utilisés par les pays développés se multiplier par quatre, entraînant un important phénomène de déforestation.

20 février – BRÉSIL – Le procureur brésilien Ivan Marx a déposé une plainte pour crime présumé devant le tribunal de la province de Corrientes, dans le nord de l’Argentine, qui avait déjà enquêté depuis des années sur la mort du président brésilien João Goulart (1961-1964) en 1976 en Argentine. Il existe de plus en plus des preuves que de la mort du président brésilien n’était pas due à une crise cardiaque mais qu’il a été empoisonné lors des opérations du Plan Condor, programme de coopération des régimes militaires de la plupart des pays sud-américains pour éliminer les opposants. Le procureur brésilien a également produit des documents qui auraient prouvé que l’ancien chef de l’État et une douzaine d’autres exilés brésiliens ont souffert de persécutions et de la surveillance des régime de leur pays, ainsi que de l’Argentine et de l’Uruguay.

20 février – HAÏTI – L’ex-dictateur Duvalier sera jugé pour « crimes contre l’humanité » a décidé la cour d’appel de Port-au-Prince. Les trois magistrats de la cour ont considéré que ces crimes étaient imprescriptibles. Ils ont ordonné la reprise de l’instruction dans le cadre des poursuites engagées par des victimes de la dictature contre l’ancien président à vie qui était rentré en Haïti en janvier 2011 après vingt-cinq ans d’exil en France. Surnommé « Bébé Doc », il est accusé d’assassinats, de tortures et de disparitions, ainsi que de corruption et de détournement de fonds.

21 février – PÉROU – La province de Cajamarca (nord) est le théâtre de nouveaux affrontements entre forces de l’ordre et paysans opposés au projet Conga, une mine d’or et de cuivre à ciel ouvert. Porté par la compagnie américaine Newport, le projet a été suspendu fin 2011, mais la vidange de quatre lacs, remplacés par des réservoirs artificiels, se poursuit. Le conflit a fait cinq morts depuis 2012.

21 février – VENEZUELA – Le Procureur général de la République, Luisa Ortega Díaz [photo], a reconnu, lors son intervention hebdomadaire de radio, le bilan huit personnes tuées et 137 blessées au cours des manifestations au Venezuela depuis le 12 Février. Ce chiffre représente le premier rapport officiel de la semaine dernière, lorsque trois personnes ont été tuées dans une manifestation organisée par l’opposition à l’occasion de la Journée de la jeunesse. Le ministère public a enregistré 24 personnes emprisonnées durant les protestations et 80 autres présentées à la justice pour les délits commis dans différents états du pays. La presse de l’ONG Human Rights Watch a également fait l’écho de la décision du président Nicolas Maduro de censurer les médias de communication.

23 février – ÉQUATEUR – Quito, Guayaquil et Cuenca, les trois grandes villes de l’Equateur, ont donné leur voix à l’opposition dans les élections locales. Cela peut être interprété comme un rejet du parti du président Rafael Correa au pouvoir, Alianza País, qui cherchait à consolider son pouvoir dans les circonscriptions régionales. Les trois projets politiques qui se sont imposées dans les urnes doivent leur victoire aux alliances politiques qu’ils ont faites pour cette élection. Le président Rafael Correa a reconnu que l’une des erreurs de son mouvement a été de pas ne chercher des alliances politiques avec d’autres organisations. « Je crois que nous sommes tombés dans le sectarisme. Je ne me peux pas m’occuper tous les jours du mouvement, mais je crois que ce sectarisme nous passe sa facture« , a-t-il dit après la diffusion des résultats électoraux.

24 février – BRÉSIL – Le septième sommet UE-Brésil qui réunit à Bruxelles le président de l’exécutif européen, José Manuel Barroso, la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, et le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, va essayer de conclure à Bruxelles un accord commercial entre les pays européens et le Mercosur (du bloc commercial regroupant l’Argentine, la Bolivie, le Paraguay, l’Uruguay, le Venezuela et le Brésil). La négociation n’a pas progressé dans ces quatre dernières années. Bien que l’intention initiale soit de donner un point final aux négociations entre l’UE et le Mercosur, la réticence du gouvernement argentin a obligé les parties à réduire temporairement leurs perspectives et à ne pas rejeter une négociation à deux vitesses. À cette fin, des sources communautaires considèrent la possibilité de signer, d’abord, un accord avec le Brésil qui pourrait s’étendre postérieurement au reste de membres de Mercosur. En outre, ils vont essayer de rapprocher leurs positions sur la situation au Venezuela, où il y a eu au moins 10 morts dans des affrontements entre groupes d’opposition au gouvernement de Nicolas Maduro et la police.

Guy MANSUY

Trop tard pour une conférence pour la paix?

Alors que les manifestations contre le gouvernement vénézuélien continuent, le président Nicolas Maduro appelle au dialogue. Il a convoqué, pour ce mercredi 26 février, une grande conférence pour la paix, invitant tous les courants sociaux politiques, corporatistes et religieux. Mais il est peu probable que cette initiative contribue à calmer la situation. Suite sur RFI.

Mexique: arrestation du chef du cartel du Sinaloa

Coup de filet magistral des services antidrogues mexicains. Joaquin Guzman, le chef du cartel du Sinaloa, le principal cartel mexicain, a été arrêté ce samedi 22 février dans la ville de Mazatlan, dans l’Etat du Sinaloa. La police vérifie son identité.
Le chef du cartel du Sinaloa a été arrêté dans un hôtel de Mazatlan, une station balnéaire du nord du Mexique. Les services antidrogues l’ont arrêté sans violence au cœur de la nuit. Les autorités américaines et mexicaines avaient mis sa tête à prix et offraient une récompense de 5 millions de dollars à toute personne pouvant permettre son arrestation.Suite sur RFI>>

« Le Barbu céleste » de Sébastien Rozeaux sur fond brésilien

Il va mourir. Il ne lui reste que trente jours à vivre, pas un de plus. C’est inéluctable, c’est fixé : c’est un diseur de bonne aventure qui le lui a dit. Et le Barbu du titre organise son dernier mois en fonction de cette prédiction qu’il a pris au pied de la lettre.

Sébastien Rozeaux, docteur en histoire, connaît bien le Brésil et a visiblement envie de nous faire partager son amour pour une population modeste, envie de nous montrer la vraie vie quotidienne dans une ville de province (Porto Alegre). Ce qu’il raconte n’est que le prétexte pour nous montrer une réalité peu diffusée parce que trop peu spectaculaire pour faire l’objet par exemple d’un film documentaire. C’est le grand mérite de ce livre, pas tout à fait un roman, malgré le sous-titre, pas tout à fait un documentaire, mais qui flotte entre les deux.

Autour du Barbu, personnage hors du commun, toute une galerie d’hommes et femmes pas très bien adaptés à cette société qui continue, en plein 21ème siècle à se chercher. Lui, le Barbu, survit en récupérant les canettes vides jetées un peu partout, en particulier dans le parc central et en les revendant à un « grossiste » qui les recyclera. Et c’est là la grande fierté du Barbu : il participe à l’écologie. Il participe aussi à l’amélioration de la société en détournant des dangers bien connus (la délinquance, la drogue) des gamins à la dérive : il les invite à « travailler » avec lui. Ce n’est qu’une goutte d’eau dans la mer, il le sait bien, mais elle est indispensable à la survie de toute la société, cela, il le sait aussi.

Sa mort annoncée ne le trouble pas plus que ça, il en accepte l’idée et il l’intègre littéralement à sa vie, à ce qui lui reste de vie, pour vivre encore mieux : puisqu’il ne pourra plus profiter du peu qu’il possède, autant le faire bien ! Mais ce qui reste de la lecture du Barbu céleste, outre ces personnalités attachantes, c’est bien la description d’un pays tout entier, pas celle de Rio, de São Paulo ou de Brasilia, celle d’une province très discrète dans la littérature. Sébastien Rozeaux montre très clairement ses petites failles et surtout, car le livre au fond est optimiste, les liens qui existent vraiment entre ces gens qui se croisent. N’est-ce pas la définition justement d’une société qui fonctionne quand même ?

Christian ROINAT

Le Barbu céleste, de Sébastien Rozeaux aux éditions Globophile, 199 p., 17,50 € – Site editeur

 

Le film brésilien « Les bruits de Recife » de Kleber Mendonça Filho

À Recife, sur la côte brésilienne, les habitants d’un quartier prospère de Setúbal suivent le cours d’une vie calme, entre légers désagréments et insouciance. Bia déploie des stratagèmes pour faire taire le chien du voisin, João se réveille dans les bras de son amante de la veille, tandis que Francisco, qui règne en patriarche mystérieux sur le voisinage, reçoit la visite d’une société de sécurité privée qui souhaite s’implanter dans leur rue. Peu à peu des rapports de force, passés et présents, se dessinent, parfois inscrits dans l’architecture même de la ville.

Le film représentera le Brésil aux Oscars dans quelques jours. Voici un film particulièrement intéressant. Le film mêle réminiscence du passé et ville moderne avec ses tours et ses personnages qui vivent dans leur bulle de peur. Lorsque quelqu’un marche à pied dans la rue, c’est un étranger et c’est l’émoi. Ajoutons qu’il est rare que l’architecture joue un rôle aussi important dans une fiction.

Le réalisateur en parle très bien : « Recife, dans l’État du Pernambuco, est la cinquième ville du Brésil. Elle connaît les problèmes récurrents de n’importe quelle grande agglomération d’Amérique Latine. Setúbal est la partie la plus jeune et la plus calme du quartier de Boa Viagem, là où le mètre carré est le plus cher et où poussent des tours de toutes tailles et de toutes formes. Setúbal est resté familial et villageois. Il est convoité par les promoteurs à un moment où le boom économique a créé une forte demande et où il devient impossible de construire une seule pièce dans tout Boa Viagem. Setúbal est le décor des Bruits de Recife.

La majeure partie du film vient de mes observations de la vie de tous les jours, juste au coin de ma rue, de ma fenêtre ou du toit de mon voisin. Les tensions particulières qui font dysfonctionner la société brésilienne transparaissent dans le poids et l’apparence d’une architecture chaotique et éclectique. La filmer à la fois comme une alliée et une ennemie était déjà la démarche de mes films courts, particulièrement dans Electrodoméstica (2005). L’éclat tropical du ciment et du béton y avait autant d’importance que les personnages. (…).

Les gens, qui, au quotidien, vivent dans cet environnement sont au cœur du film. Nos personnages, soumis à des tensions internes et externes, évoluent dans une géographie apparemment contemporaine mais dont les fondements ne le sont pas. Leur paysage social reste fait de seigneurs et de serviteurs. Les relations de classe n’affectent pas uniquement les domestiques en ce qu’ils ont un accès restreint aux biens des maîtres (voitures, maisons, appartements) mais aussi ces derniers qui vivent dans la paranoïa, avec une peur paralysante de la violence urbaine. Mais si la mauvaise architecture est une nuisance, elle est extrêmement photogénique.

J’ai une idée sur la classe moyenne brésilienne qui est la suivante : ses pieds ne touchent jamais le sol. Ses membres sont toujours ou chez eux, ou dans la voiture avec la clim’, à leur travail avec la clim’. Ils voient en permanence la ville de haut, à travers une vitre. Ils ne marchent pas dans la ville. Les enfants qui jouent au foot dans la rue, c’est un peu une tentative d’avoir une relation concrète avec la ville. Sauf qu’elle échoue. Comme dans la scène où le même garçon envoie le ballon de l’autre côté d’une barrière, et qu’il demande à la jeune fille qui le regarde depuis son balcon de lui renvoyer. I l y a toujours des obstacles. Quand le ballon explose, la famille ne s’en rend même pas compte. Elle vit dans une bulle. La maison est une bulle, la voiture est une bulle, le travail est une bulle. Les personnages sont toujours protégés par des systèmes de sécurité. »

Ajoutons que c’est le son qui est le conducteur du danger. Ce son est hors-champ, c’est-à-dire en dehors de ce que l’on voit. Mais le bruit amène aussi la fureur comme dans les meilleurs films fantastiques. Allez découvrir ce film ! En salle à partir du mercredi 26 février.

Alain LIATARD

BO et fiche tecnique

ON CARTOON à LYON

Pour la sixième année consécutive, Lyon deviendra pendant trois jours la capitale européenne du film d’animation : plus de 700 producteurs de longs métrages d’animation, investisseurs et distributeurs de 40 pays, se retrouveront dans le cadre du 16e Cartoon Movie du 5 au 7 mars pour établir des coopérations et lever des financements, permettant ainsi de mener à leur terme de nombreuses productions. Le nombre croissant de projets destinés aux adultes, l’essor des documentaires animés et le passage d’un jeu vidéo sur grand écran font partie des traits marquants de l’édition 2014. La France reste le leader incontesté de l’animation européenne, présentant 22 projets. La production rhônalpine sera fortement représentée avec 7 projets, dont 4 proposés par le studio Folimage, implanté à Bourg-lès-Valence. Le nombre de projets destinés aux jeunes adultes et adultes a doublé depuis l’année passée, ils représentent désormais 30% de la sélection. 4 projets naviguent même aux frontières du documentaire et de l’animation, mêlant images d’archives et dessin animés. Bien sur, les comédies familiales et films d’aventure pour enfants constitueront le reste des projets. Parallèlement au marché professionnel, le grand public pourra voir ou revoir une sélection de dessins animés européens en présence de certains réalisateurs dans le cadre du festival «On cartoon dans le Grand Lyon» du 22 février au 9 mars 2014.

 A. L.

 

 

Une autre petite-fille des Grands-Mères de la place de Mai « récupérée »

Pendant les sept ans qu’a duré la dictature argentine (1976-1983), les agents de la répression ont exécuté et fait disparaître près de 30 000 personnes. Plusieurs centaines de femmes étaient enceintes lors de leur détention et on estime à plus de 500 les enfants nés en captivité. Ces enfants étaient donnés ou vendus à des policiers ou des militaires ; leurs mères, assassinées, ont disparu.

Depuis 1977, les Grands-Mères de la Place de Mai recherchent inlassablement leurs « nietos », leurs petits-enfants. En 2013, trente  ans après la fin de la dictature, elles ont d’identifié la « Nieta n° 110 » (petite-fille).  Lorsque Oscar Gutierrez et Liliana Acuña, membre des Montoneros, une organisation de résistance à la dictature, sont arrêtés le 26 août 1976, Liliane est enceinte de cinq mois. Les militaires détiennent aussi Elba, la sœur de Liliana, et son mari, Hugo Saez. Tous sont emmenés à la base militaire de Campo de Mayo, torturés puis emprisonnés au commissariat n° 4 de San Isidro.

Un agent de ce commissariat informe discrètement leurs familles : ils sont toujours en vie et la grossesse de Liliana suit son cours. Fin 1976, le même agent fait savoir que Liliana a accouché d’une petite fille. Mais le chef du commissariat se rend compte que la famille est au courant : tous les prisonniers disparaissent, la famille ne sait pas ce qu’est devenu l’enfant.

Vilma Sesarego, la mère d’Oscar, se met à leur recherche. Elle rencontre d’autres femmes qui cherchent aussi leurs enfants et douze d’entre elles fondent alors l’association des Grands-Mères de la Place de Mai. Les parents de Liliana se joignent aussi à l’association. Les gouvernements de Néstor Kirchner et Cristina Fernández créent la CONADI, la Commission nationale du droit à l’identité, fondée sur une banque de données génétiques à laquelle les familles dont des parents ont disparus donnent leur ADN. La CONADI lance ensuite une campagne nationale : « Si tu es né-e entre 1975 et 1980 et tu as des doutes sur ton origine, viens nous voir ». Au cours des ans, les Grands-Mères retrouvent une centaine de petits-enfants, mais pas la petite-fille de Vilma et des parents de Liliana. Ils meurent tous entre 2010 et 2012…

La justice argentine avait, depuis 2003, ouvert des procès contre les agents de la répression de la base militaire Campo de Mayo. Le général Santiago Omar Riveros a été, en 2009 et 2013, condamné à la prison à perpétuité pour crimes contre l’humanité. Parmi ses victimes, Liliana et Oscar. Le 31 octobre 2013, une jeune femme de 24 ans contacte les Grands-Mères et leur dit qu’elle a des doutes sur son identité : sa mère lui a révélé qu’elle lui avait été donnée par la Police fédérale qui l’avait trouvée abandonnée sur le bord d’une route. Le « père » de la jeune femme est lui-même un policier fédéral… Les grands-Mères l’envoient immédiatement à la CONADI qui compare son ADN avec les données de la banque génétique. Et découvre qu’elle est la fille de Liliana et Oscar.

Le 6 février 2014, Estela de Carlotto, présidente des Grands-Mères informe le pays que l’association a le plaisir d’annoncer la « récupération » de la petite-fille n° 110. Son nom restera en réserve jusqu’à ce qu’elle accepte de sortir de l’anonymat. A côté de Carlotto, le juge espagnol Baltasar Garzón. Rodolfo Gutiérrez, l’oncle de la jeune femme « est convaincu que la vie l’emporte toujours sur la mort, en voilà la preuve. Ce fut une grossesse de 37 ans… » Pour Estela de Carlotto, « C’est le triomphe de la vérité sur le mensonge, le triomphe de l’amour ».

 Jac FORTON

 Le site des Grands-Mères.

Les faits de l’actualité latino-américaine du 8 au 16 février

8 février – AMÉRIQUE LATINE – L’Amérique latine, où des millions d’enfants souffrent de malnutrition chronique, a perdu 15 % de sa production annuelle de nourriture, soit environ 80 millions de tonnes et 6 % du total des pertes mondiales. En Amérique latine, les déchets se produisent également aux stades de la production et de la consommation: chacune représentant 28 % des pertes totales, selon les estimations de la FAO.

8 février – COSTA RICA – À trois mois de la fin de son mandat, la présidente Laura Chinchilla est déterminée à faire un nouveau procès contre son voisin Daniel Ortega du Nicaragua qui veut offrir aux compagnies pétrolières internationales d’explorer des champs sous-marins dans les zones qui, selon les institutions du Costa Rica font partie de leur juridiction.

9 février – PÉROU – Le gouvernement péruvien a annoncé, par un décret au Journal officiel, le doublement du salaire des ministres – passant alors de 15 600 à 30 000 soles, soit de 5 531 à environ 10 600 dollars – et également celui des sous-ministres et d’autres hauts responsables de l’exécutif, des responsables des gouvernements régionaux, tous des postes de confiance. Face aux réactions critiques les autorités déclarent que cette mesure “[est] pour justement retenir et attirer les talents dans l’État”.

9 février – VENEZUELA – Azul y no tan rosa, le premier film du metteur en scène et acteur Miguel Ferrari, a donné au Venezuela la meilleure des nouvelles de l’année à venir. Le film a reçu le Prix Goya de l’Académie du cinéma espagnol qui récompense le meilleur film latino-américain. L’œuvre devance ses concurrents La jaula de oro, El médico alemán et Gloria, du Mexique, de l’Argentine et du Chili. Le film primé dénonce l’intolérance et l’homophobie caractéristique de cette société.

9 février – MEXIQUE – Chargés d’armes et à coups de klaxon, des dizaines de camions des auto-défenses de l’ASC de Michoacán, escortés par la police fédérale, ont fait une démonstration de force en défilant dans la ville d’Apatzingán considéré comme le bastion du cartel des Templiers.

10 février – COLOMBIE – Les présidents de la Colombie, du Mexique, du Pérou et du Chili se sont réunis à Cartagena de Indias, pendant le VIIIe  Sommet de l’Alliance du Pacifique pour signer un accord qui élimine les droits de douane sur 92 % des marchandises et des services. Le Costa Rica a commencé son processus d’adhésion au bloc.

12 février –BRÉSIL – La police brésilienne a dispersé une manifestation de 15 000 paysans sans terre en tirant des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes à Brasilia. Deux paysans et huit policiers ont été blessés, ont indiqué des porte-parole des manifestants et de la police. La marche du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST) entendait dénoncer la “paralysie” de la réforme agraire.

12 février – VENEZUELA – Une manifestation organisée par l’opposition au gouvernement Nicolás Maduro a dégénéré en violences. Les troubles ont commencé par une manifestation d’étudiants devant les bureaux du procureur général, dans le centre de la capitale que la police a tenté de disperser. Les principaux dirigeants de l’opposition politique se sont immédiatement éloignés de la violence. Le Procureur général du Venezuela, Luisa Ortega Diaz, a confirmé la mort par balle de trois personnes et de 23 blessés dans les manifestations qui ont eu lieu à Caracas et dans d’autres grandes villes. Selon le ministre de l’intérieur Miguel Rodriguez, plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées.

12 février – PANAMA – Bien que la crise financière du projet d’expansion du canal de Panama soit en voie d’ajustement, le contrecoup du conflit commence à se faire sentir: l’expansion de la voie d’eau sera achevée en décembre 2015 et non en juin de cette année, avec un retard six mois à cause de la suspension des travaux depuis le 5 février.

13 février –MEXIQUE – La mobilisation des journalistes mexicains, d’une ampleur inédite, n’a pas suffi à sauver la vie d’un de leurs confrères, Gregorio Jiménez de la Cruz [photo], 42 ans. Six jours plus tôt, le journaliste avait été enlevé sous les yeux de sa famille, et son cadavre a été découvert dans une fosse clandestine de l’État de Veracruz au sud-est du Mexique. Sa mort provoque l’indignation des professionnels des médias dans le pays le plus meurtrier du continent américain pour les journalistes, où 87 reporters ont été assassinés et une vingtaine ont disparu depuis 2000. Ceux de Veracruz sont les plus touchés avec dix tués et quatre disparus depuis quatre ans, sans aucune condamnation pénale jusqu’alors.

16 février – VENEZUELA – Alors que le procureur général de la République, Luisa Ortega Díaz, a dénoncé la formation d’un possible coup d’État au Venezuela, l’ancien candidat à la présidentielle et leader de l’opposition Henrique Capriles, gouverneur de Miranda a annoncé le prochain appel à un rassemblement contre violence. Luisa Ortega Díaz s’est joint à d’autres fonctionnaires publics – parmi eux le président Nicolás Maduro – qui prétendent que les désordres de Caracas et d’autres villes du Venezuela de la semaine dernière font partie d’une conspiration qui cherche à renverser le gouvernement.

16 février – COLOMBIE Le magazine “Semana” a révélé l’existence présumée d’un réseau de corruption qui impliquerait certains généraux et plusieurs colonels pour l’attribution de contrats lucratifs. Le président Juan Manuel Santos s’est dit « scandalisé » et a demandé au ministère public, au procureur général et à l’inspection des finances de lui remettre rapidement les résultats de cette recherche, parce qu’il préfère que l’affaire ne soit pas traitée par la justice pénale militaire  Il a également demandé à son ministre de la défense, Juan Carlos Pinzón, des “décisions fortes et exemplaires”.

Guy MANSUY

Crimes homophobes et mariage gay, le paradoxe brésilien

Derrière la carte postale brésilienne, les plages et la samba, se cache une réalité préoccupante : le Brésil devient le champion du monde des crimes homophobes. Un paradoxe puisque le Brésil est devenu le 3ème pays latino-américain où les gays peuvent légalement se marier.Suite sur RFI>>

« Le corps où je suis née » de Guadalupe Nettel

Être regardée ou regarder. Être l’auteure d’un récit et en être le sujet central, le sujet unique. S’adresser à un certain Docteur Sazlavski qui n’existe pas tout en s’adressant au lecteur que nous sommes. Raconter la vérité en sachant que celle qui raconte ignore presque tout de son sujet, c’est-à-dire d’elle-même. Cela peut sembler un peu obscur, et pourtant ce «  roman », qui, c’est évident,  n’en est pas un, se lit d’une traite, tant le personnage central est attachant.

La narratrice naît avec une marque de naissance à l’œil, impossible à dissimuler sinon en apposant un cache bien plus spectaculaire. La fillette devient, « naturellement », un objet  d’observation et de curiosité, mais semble ne pas le vivre de façon trop pesante. En réalité, plutôt que de se sentir regardée, c’est elle qui regarde : tout est objet d’observation, ce monde qu’elle découvre, la ville de Mexico, les camarades de classe, sa famille surtout.

Ses parents pratiquent le libéralisme moral et sexuel très en vogue dans les années 70, ils l’imposent à leurs enfants, la fillette et son jeune frère. Aux yeux de la narratrice, cette attitude des parents, avec ses limites (on peut être baba cool et « passablement intransigeant » !) conduit directement le couple à la rupture, conséquence logique et inévitable, pour la fillette qu’elle est alors, d’idées plutôt mal digérées. La reprise en main par une grand-mère qui semble ne pas avoir quitté les années 40 ou 50 vient apparemment remettre de l’ordre dans tout ça. Mais cette nouvelle situation est-elle un malheur pour la fillette? Est-ce une sorte de bonheur faute de mieux ? La narratrice ne tranche pas, semblant nous dire que toute existence humaine est cette espèce de compromis, pas entièrement satisfaisant, mais qui est le lot commun. Malgré la gravité des situations, l’humour est partout dans ce récit… « l’humour, politesse du désespoir » ? Probablement. Toujours est-il que cette morosité du fond fait pourtant sourire et même rire franchement.

Guadalupe Nettel présente une galerie de personnages souvent hors des normes, des situations parfois mystérieuses (qu’est devenu le père qui disparaît sans explication immédiate), elle nous conduit de Mexico à Aix en Provence, nous fait partager ses doutes, qui sont l’essence de sa personnalité, c’est du moins ce qu’elle prétend. Une question cruciale demeure d’ailleurs quand on referme le livre : qui peut bien être ce mystérieux docteur Sazlavski, le psychiatre à qui s’adresse tout le monologue qui constitue le roman et dont le nom semble sortir tout droit de chez Nabokov, qui n’aimait guère les psys ! Et la réponse jaillit, d’une évidence totale et absolue : le docteur Sazlavski, c’est nous ! Guadalupe Nettel a fait de nous un éminent spécialiste en psychologie ! Merci, Guadalupe ! On peut donc sans hésitation recommander Le corps où je suis née qui sans aucun doute nous aidera à surmonter nos inévitables moments de découragement.

Christian ROINAT

Guadalupe Nettel : Le corps où je suis née, traduit de l’espagnol (Mexique) pat Delphine Valentin, Actes Sud, 189 p., 18,50 €.
Guadalupe Nettel en espagnol : El huésped / Pétalos y otras historias incómodas / El cuerpo en que nací, ed. Anagrama, Barcelona / El matrimonio de los peces rojos, ed. Páginas de Espuma, Madrid.
Guadalupe Nettel en français : Les jours fossiles, éd. L’Éclose, Paris, / L’hôte, Pétales et autres histoires embarrassantes Actes Sud.
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