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Théâtre

Lyon, capitale du théâtre avec la 5e édition du festival Sens interdits

Le festival international de théâtre de la métropole lyonnaise Sens Interdits ouvre sa cinquième édition. Du 19 au 29 octobre, vingt et une compagnies venues de dix-sept pays amèneront le public à s’interroger sur son rapport à l’autre, sur les bouleversements du monde contemporain, ici et là.

Photo : La Despedida, du Mapa Teatro

Il s’agit de la cinquième édition du festival de théâtre international Sens Interdits, mémoires, identités, résistances. Cette année encore, ce festival unique continue d’interroger notre monde en s’affirmant comme « un espace de libre expression et de confrontations intellectuelles et esthétiques ». Pendant une dizaine de jours, du 19 au 29 octobre 2017, dans la métropole lyonnaise, se produiront des troupes de pays comme la Serbie, la Russie, le Liban, l’Égypte, l’Irak, la Lituanie, la Roumanie, le Kazakhstan, la Grèce, la France, la Belgique, la Suède, la Suisse, le Rwanda, le Cameroun, la Colombie et la Bolivie, en partenariat avec treize salles de l’agglomération dont, entre autres, les théâtres des Célestins, de la Renaissance, Jean-Marais, l’Espace Albert-Camus, la Maison de la Danse, Le Radiant, etc. Ce théâtre de l’urgence et de la résistance nous fera découvrir la grande diversité d’un monde globalisé. Nombre des compagnies et troupes invitées ont vu le jour dans des pays en guerre, en conflits armés ou traversés par des crises politiques et économiques. Les sujets qu’elles abordent nous parlent ainsi de l’autoritarisme, de l’oppression, de la discrimination, du fanatisme politique ou religieux, de l’exil, des crises humanitaires, des migrations. Pour ces metteurs en scène et artistes, ce festival représente une occasion exceptionnelle afin de se faire connaître et de faire entendre leur révolte et, pour le public, de sentir la diversité des voix, des esthétiques et des langages.

La Colombie à l’honneur

Cette année, Sens Interdits, en écho à l’année croisée France-Colombie, met un focus sur la Colombie avec trois pièces. Mujer Vertical, interprétée par trois grandes actrices colombiennes, se consacre à la violence faite aux femmes. Après avoir été présentée en Colombie en mai dernier, Mujer Vertical est en tournée en France. Le metteur en scène français (Saint-Étienne) Éric Massé a entendu à Bogotá les témoignages de femmes démobilisées, victimes, guérilleras des FARC, paramilitaires, de femmes politiques. Labio de liebre, du metteur en scène Fabio Rubiano et Marcela Valencia du Teatro Petra, traite le sujet de la vengeance et du pardon dans un pays ravagé par une guerre civile de plusieurs décennies. La Despedida, du Mapa Teatro de Heidi et Rolf Abderhalden, est la troisième partie d’un triptyque créé en 2010, dont la deuxième partie fut présentée en Avignon, en 2012. Cette pièce interroge l’histoire contemporaine colombienne. Et, toujours en lien avec l’Amérique latine, le grand Matthias Langhoff met en scène La Mission, œuvre s’inspirant d’un texte de Heiner Müller, avec des comédiens boliviens de l’École nationale de théâtre de Santa Cruz.

L’édition précédente, en 2015, avait donné aussi une place d’honneur au théâtre chilien avec des pièces politiques très fortes comme J’ai tué Pinochet de Christian Flores ou Acceso des Chiliens Pablo Larraín et Roberto Farías. Acceso, grâce au soutien de Sens Interdits, a réalisé une tournée en Europe avec une quarantaine de représentations. Cette édition est dédiée également au metteur en scène Kirill Serebrennikov, assigné à résidence depuis cet été par le pouvoir russe.

Une volonté de renouveau artistique

Pendant ces dix jours, vingt et un spectacles seront présentés et, en parallèle, le public pourra assister à de nombreuses rencontres (48), dialogues et débats avec les artistes autour des thématiques abordées par les œuvres de théâtre à l’issue des représentations ou dans le grand chapiteau installé pour l’occasion sur la place des Célestins ou dans des lieux partenaires. Des spectacles de rue, de danse, du cirque et des conférences, des tables rondes, des expositions accompagneront ces dix jours. Cette édition est marquée par une volonté manifeste de renouveau artistique, avec la création de l’École éphémère qui accueillera, pour des ateliers, des master class, et surtout pour une immersion dans le festival d’une soixantaine d’élèves de grandes écoles d’art d’ici ou d’ailleurs.

Ouvrir les yeux et les oreilles

Voici un extrait de l’éditorial de Patrick Penot, directeur de Sens Interdits, qui nous invite à ouvrir grand nos yeux et nos oreilles pour voir et écouter la rumeur du monde, notre monde : « Le monde tangue d’un attentat à l’autre, d’une guerre civile à une catastrophe écologique, d’un espoir vite avorté à la résignation devant la montée de la division et du repli. Crise économique, crise humanitaire, discrédit du politique, perte des repères, confusion générale… La liste est longue de ce qui conduit à l’abandon du collectif, à l’indifférence aux autres et au plaisir mortifère de l’entre-soi. Alors quoi ? La frontière et le mur comme horizon ? L’asphyxie comme projet ? Réagissons ! Ouvrons portes et fenêtres et regardons le monde ! Appelons la diversité des regards, des pratiques, des esthétiques ! Écoutons les artistes ! Suivons ces troupes invitées. […] Alors, l’espoir par le théâtre ? ». Nous ne pouvons donc que vous inciter à aller voir ce théâtre pour mieux nous saisir et appréhender les réalités du monde, mais aussi pour imaginer avec lui des solutions et, pourquoi pas, de nouvelles perspectives et utopies.

Olga BARRY

Festival Sens Interdits, du jeudi 19 octobre au dimanche 29 octobre 2017, Les Célestins – Théâtre de Lyon, Place des Célestins, 69002 Lyon. Réservations ici

Théâtre : la danse du feu de Carole Zalberg

Carole Zalberg a le vent en poupe. Peu de temps après la parution de son nouveau roman, Je dansais, chez Grasset un autre de ses textes, Feu pour feu, édité chez Actes Sud, est adapté au théâtre de Belleville à Paris. Or, il se trouve que Carole Zalberg était aux côtés du  directeur de Nouveaux Espaces Latinos, pour les 5e Bellas Francesas qui ont eu lieu en Colombie au mois de mars. De plus, l’actrice principale de sa pièce  – Fatima Soualhia-Manet  est l’épouse d’un des membres et ami de notre équipe de rédaction. C’est pourquoi Feu pour feu  nous intéresse tout particulièrement…

Photo : France 2 et Facebook

Feu pour feu retrace l’exil d’un homme et de son bébé, de la Terre Noire au Continent Blanc, dans une démocratie dominée par la loi du marché, dans une société de l’image où l’on assiste à une dégradation spectaculaire de la culture. C’est aussi, et surtout, le saisissant cri d’amour d’un parent pour son enfant, entre deux générations, deux réalités, deux pays diamétralement opposés. La pièce est présentée au Théâtre Belleville, du mercredi 19 avril au dimanche 9 juillet (du mercredi au samedi à 19 h 30 et dimanche à 20 h 30). Mise en scène Gerardo Maffei, Avec Fatima Soualhia-Manet. Assistanat à la mise en scène Francesca Cominelli – Décors et costumes Marta Pasquetti et Federica Buffoli – Création lumière Boris van Overtveldt – Création sonore Lorenzo Pagliei – Aide à l’écriture gestuelle Sonia Alcaraz  – Vidéo et photographie Guendalina Flamini

NOTE DE MISE EN SCÈNE 

 « Cette révolution capitaliste, du point de vue anthropologique, c’està-dire quant à la fondation d’une nouvelle “culture”, exige des hommes dépourvus de liens avec le passé. Elle exige que ces hommes vivent, du point de vue de la qualité de la vie, du comportement et des valeurs, dans un état, pour ainsi dire, d’impondérabilité – ce qui leur fait élire, comme le seul acte existentiel possible, la consommation et la satisfaction de ses exigences hédonistes. » Pier Paolo Pasolini

Feu pour Feu de Carole Zalberg (après Un Petit Poisson de Pier Paolo Pasolini, Silvio’s Glam Democracy , écrit par mes soins et publié en France par Les éditions du Félin, suivi de La Brouette d’après Luigi Pirandello) est le texte qui va compléter ma Tétralogie de la Consommation. Il s’agit du dernier acte d’un parcours de recherche consacré aux mécanismes absurdes d’un systeme parasitaire qui s’est désormais emparé de nos vies.

Chaque jour, en Europe, nous sommes confrontés à l’arrivée massive de populations fuyant l’horreur de la guerre. Une guerre entretenue par des luttes mafieuses servant les intérêts des multinationales, dans le seul but d’augmenter leur profit, sans aucun scrupule. Adama et son père font partie de cette nuée. Ils ont quitté leur pays, perdu leurs cultures. Ils sont censés s’intégrer, mais à quoi ? Aux obscénités de nos démocraties corrompues,  aux valeurs occidentales qui ne correspondent désormais qu’à une misérable dégradation spectaculaire-américaine de toute culture ? Oui, malheureusement. Le Capital/Continent Blanc n’a pas seulement besoin d’une main d’œuvre à bas coût, mais aussi d’individus non-sociaux, capables d’interagir uniquement à travers la forme aliénée et aliénante de l’échange mercantile. Des “hommes nouveaux”. Homologués, stéréotypés et apatrides, intoxiqués par une pensée unique incontestable et irréversible.

À travers la création d’un imaginaire global, capable de conditionner les choix de ces nouveaux êtres inhumains, le Capital/Continent Blanc n’agit pas seulement sur le plan social, mais aussi sur le plan anthropologique et génétique. Toute identité – y compris sexuelle – pouvant représenter un obstacle à une réification de masse, devra se plier à la seule forme d’’autorictas” reconnue : celle de la forme-marchandise. Cet hurlement poétique de Carole Zalberg, reste le plus efficace et, peut-être, le seul acte de résistance possible envers ces échos d’une pensée absolue. Même les mots sont devenus inhérents au Capital, dans un épouvantable processus de réécriture d’une  nov-langue orwellienne.

Nous vivons aujourd’hui dans une post-démocratie autoritaire, gérée par les lois du marché. C’est la démocratie des politiciens corrompus, des journaux contrôlés par la finance et de l’état d’urgence. La désobéissance civile envers un État qui nous spolie de tout, au nom des intérêts économiques, risque de devenir bientôt une nécessité vitale.  Et, exactement à la manière d’ Adama, chacun de nous pourrait vouloir accomplir un geste de rupture avec un système paraissant de plus en plus fragile et faux, tel un vieux régime fasciste et autoritaire du siècle dernier.

Gerardo MAFFEI

Feu pour feu, de Carole Zalberg. Mise en scène : Gerardo Maffei. Avec Fatima Soualhia-Manet. – Article tiré du blog : http://www.lagrandeparade.fr/index.php/l-entree-des-artistes/theatre/1488-theatre-la-danse-du-feu-de-carole-zalberg – Lire dossier de presse ici.

Après Avignon et Paris, la pièce « 2666 » adaptée par Julien Gosselin d’après le roman de Roberto Bolaño sera à Toulouse, Grenoble, Strasbourg…

Publié en 2004, quelques mois après la disparition de Roberto Bolaño (2008 pour la traduction française aux éd. Christian Bourgois), considéré dès sa sortie comme le chef d’œuvre de son auteur, cet immense roman, par sa taille (1100 pages) comme par ses qualités, était-il adaptable au théâtre ? Une première version scénique en espagnol, par Àlex Rigola et Pablo Ley est donnée en 2007 à Barcelone au Teatre Lliure, puis dans le reste de l’Espagne avant une tournée en Amérique latine et en France. La structure du roman, en fait cinq romans qui se répondent, se complètent et finissent par faire un tout unique et cohérent, est respectée et la séance dure six heures. Lire aussi notre chronique après Avignon.

Photo La Fabrique Simon Gosselin

En 2016 le Français Julien Gosselin crée à Valencienne, avant de le proposer à Avignon, sa version, douze heures, entractes compris, une plongée dans l’univers imaginé par Bolaño. La structure est la même, cinq pièces dont chacune dure de une heure trente à deux heures, qu’il est souhaitable de voir dans leur continuité. Ce qui apparaît immédiatement dès le début de la représentation, c’est l’intelligence de l’adaptation et de la mise en scène et  le respect pour le texte original. Julien Gosselin n’a pas cherché à se mettre ou à mettre ses comédiens en valeur. L’essentiel était de faire partager son admiration pour une œuvre démesurée, surhumaine, glaçante et terriblement émouvante. Au sens noble du terme, il sert Bolaño en permettant de visualiser ses mots et ses phrases.

Une conception scénique relativement simple (des modules roulants, cubes de verre qui ouvrent des espaces intérieurs, chambre à coucher, salon, bureau), des musiciens qui accompagnent, discrètement souvent, parfois qui participent directement au crescendo de la tension, lumières toujours très efficaces, qu’elles soient atténuées ou violentes et surtout une troupe de comédiens dont la prestation est à saluer sur tous les plans : la qualité de leur jeu d’abord, et aussi leur endurance, leur investissement et, ce qui est encore plus rare, le bilinguisme parfait de plusieurs d’entre eux, qui alternent l’anglais, l’espagnol ou l’allemand et le français en toute facilité.

Le respect du texte passe aussi dans cette adaptation par de longues citations du roman, phrases projetées sur l’écran (l’interminable énumération des victimes de Santa Teresa, aussi éprouvante ainsi « scénarisée » qu’à la lecture du roman) ou monologues dits par le personnage seul sur scène, simplement accompagnés par la musique, elle aussi prenante. Les images projetées (filmées en direct la plupart du temps), loin de sembler artificielles comme cela se produit parfois, donnent une vision de proximité qui s’ajoute à la vision globale et humanise davantage le journaliste ou l’intellectuel qui pourrait n’être qu’un personnage. On a du mal à la sortie d’une représentation aussi parfaite, de se retrouver sur une avenue parisienne parmi les sirènes des pompiers ou les klaxons aux feux rouges, de reprendre le métro, après ces heures de pur théâtre, de  revenir à une vie quotidienne française. La solution serait peut-être de se replonger dans le roman…

Christian ROINAT

Après les représentations parisiennes, la troupe Si Vous Pouviez Lécher Mon Cœur reprendra 2666 à Toulouse du 26 novembre au 8 décembre, à Grenoble les 14 et 15 janvier, à Strasbourg du 11 au 26 mars et à Mulhouse le 6 mai.

El grito, une pièce de Ximena Escalante au NTH8 à Lyon

Le Théâtre du Huitième nous propose Je crie, une pièce en espagnol – sous-titré français – de la dramaturge mexicaine Ximena Escalante avec une mise-en-scène de Sylvie Mongin-Algan  et la participation de deux actrices Aliée Bingöllü et Anne de Boissy, à Lyon du 13 au 19 octobre prochain.

Entre ciel et terre, dans la nuit éternelle des mythes et des rêves, deux actrices s’affrontent, se confrontent, s’étreignent, se déchirent, échangent leurs rôles. Tour à tour mère et fille, belle-mère et belle-fille, sœurs ou amies, maîtresse et servante, épouse et amante, grand-mère et petite-fille, orpheline ou simplement Femme, elles ressuscitent toutes celles qui les ont précédées en faisant résonner leurs cris d’amour et de haine mêlés. Nous connaissons en France grâce aux publications du Miroir qui fume, le volet de réécriture des mythes grecs dans la dramaturgie de Ximena Escalante.

Avec Grito /Je crie, Ximena Escalante présente des personnages qui, s’ils ne sont pas nommés dans le répertoire mythologique, portent pourtant une traversée dans l’histoire de l’humanité et interrogent les rôles endossés par les femmes depuis la nuit des temps. Comment rompre ces mécanismes ? Comment échapper à la reproduction des modèles ? Comment être enfin soi-même ?  « N’as-tu jamais vu l’ordre terrible des fourmis ? Elles avancent en file indienne sans dévier leur route. Où vont-elles ? Elles obéissent. Elles ne savent pas qu’elles obéissent, elles accomplissent leur tâche joyeusement. Je suis comme elles. Je suis liée à une façon d’aimer qui vient de la nuit des temps. Mais je te le dis, comme ça, en face : je ne veux plus, dans mes sentiments, être une fourmi parmi les autres… Non. Plus de haine, plus de peur, plus d’amour, plus de liens avec le passé »…

‘Un Grito al Cielo…’ présentée à l’Institut Culturel du Mexique à Paris

Paris – Le temps d’une escapade en France, quelques jours avant de terminer la série de représentations au Théâtre Chopin, la mise en scène Grito al cielo con todo mi corazón//Je crie… a été présentée à l’Institut Culturel du Mexique à Paris. La pièce de Ximena Escalante a été abordée dans un format  inédit : une lecture mise en espace, bilingue avec deux duos  d’actrices : les mexicaines Ludwika Paleta – Daniela Schmidt et les françaises Anne de Boissy – Alizée Bingöllü. (…) Vêtues de noir, sur une petite estrade avec seulement une table et quatre chaises, avec toute l’intensité dramatique de leurs interprétations, les actrices alternent les rôles, les dialogues et les langues devant un public français et de résidents mexicains.

Le dialogue était dit parfois par le duo français pendant que leurs collègues ne bougeaient pas; puis, la situation s’inversait. Quelques scènes ont été interprétées à quatre voix : lorsque Ludwika parlait en espagnol, Anne lui répondait dans la langue de Molière. « Entendre la pièce dans sa langue originale et en français c’est comme accentuer la qualité universelle du théâtre de Ximena Escalante », commente la metteuse en scène de la pièce en français, Sylvie Mongin-Algan.  Pour les actrices mexicaines c’était également une expérience inédite, de partager une scène avec deux collègues qui interprétaient leurs rôles dans une autre langue. « C’est comme si tu prêtais l’une de tes robes à une amie et qu’elle la met avec un collier ou une chaîne auquel tu n’avais pas pensé. C’est comme voir cette pièce pour la première fois ». commente Daniela. (…) Mexicaines et françaises n’ont eu que deux jours de répétitions pour présenter cette maquette commune. « Il s’agissait d’affirmer le rythme et la spontanéité de nos langues ». a commenté Anne. (…)

Mónica DELGADO
Reforma – Service presse du NTH8

Site NTH8

L’Amérique latine au Festival d’Avignon

Comme nous l’avons déjà signalé dans une précédente newsletter, le Festival d’Avignon a permis de découvrir une adaptation de 2666, le dernier roman de Roberto Bolaño. Cette adaptation-fleuve (le spectacle dure 11 h 30) mise en scène par Julien Gosselin, ainsi que ses suites, seront à Paris au Théâtre de l’Odéon à partir du mois de septembre. Mais il ne s’agit pas de la seule œuvre latino-américaine qui était représentée sur les planches de la Cité des Papes. Tour d’horizon des écrits nés outre-Atlantique qui ont inspiré troupes de théâtre et metteurs en scène pour le festival.

Photo : La Fabrique – Simon Gosselin

L’Amérique latine était également présente au Festival Off, avec quelques pièces, comme Luz, par la Cie Théâtre Les pieds dans l’eau (compagnie basée à Mourenx, dans les Pyrénées-Atlantiques). Il s’agit d’une adaptation, par Violette Campo, du premier roman d’Elsa Osorio (A veinte años, Luz (1998) publié en France aux éditions Métailié en 2000 sous le titre Luz ou le temps sauvage. La pièce met en scène la question des enfants nés en captivité pendant la dictature argentine, et leur quête identitaire 20 ans plus tard. La pièce est organisée comme un va-et-vient entre présent et passé, et c’est la partie consacrée aux années 70 qui est la plus réussie : le jeu des jeunes acteurs (dans les rôles d’un tortionnaire, de sa copine – une ex-prostituée – et d’une guérillera qui va accoucher en prison) permet au spectateur de saisir les angoisses et les peurs de ces années de folie meurtrière. La longueur quelque peu réduite de la pièce (le format off exige des pièces de moins d’une heure trente) fait que la partie consacrée à la rencontre entre l’enfant et son père vingt ans plus tard donne un certain goût d’inachèvement. De même, les animations vidéo ne sont pas tout à fait réussies, mais la pièce reste un très bon moment de théâtre et le public a beaucoup apprécié.

De son côté, la Compagnie Zéphiro Théâtre présente la pièce Preuve d’amour, une adaptation de la pièce de théâtre Prueba de amor (1947) de l’écrivain argentin Roberto Arlt, enrichie avec des passages tirés d’autres œuvres d’Arlt. L’ambiance du Buenos Aires des années 30 est très bien reconstruite grâce à un décor très intelligemment agencé (avec l’écrivain en arrière plan et les textes qu’il tape à la machine se surimpressionnant sur une grande toile). Au devant de la scène, se joue une histoire d’amour qui pourrait être intemporelle, même si des éléments de la culture argentine de l’époque sont très présents, et notamment l’univers du tango-chanson avec ses thématiques classiques (la jalousie masculine, la misogynie…). La mise en scène de Rafael Bianciotto permet au trio d’interprètes (le couple et l’écrivain) de maintenir l’intérêt du public tout au long du (court) spectacle, même si les transitions entre les différentes scénettes de la pièce manquent parfois de fluidité.

Enfin, nous conseillons vivement de voir l’adaptation de Cahier d’un retour au pays natal du poète martiniquais Aimé Césaire. Cette production belge (La charge du Rhinocéros), mise en scène par Daniel Scahaise, permet à l’acteur burkinabé Etienne Minoungou de rendre accessible à tous un texte difficile, écrit dans une langue hautement poétique. Toute l’histoire de l’esclavage et de la colonisation passe par la voix et le corps d’Etienne Minoungou, et l’œuvre devient un chant à l’esprit de fraternité entre tous les êtres humains. Nous avons vu cette pièce dans la foulée de l’attentat de Nice et, face à ces tragédies à répétition, le message de Césaire apparaît encore plus juste et plus nécessaire que jamais.

Raúl CAPLAN

Site Avignon

Le scénographe argentin Daniel Bianco est à la tête du Teatro de la Zarzuela à Madrid

Nommé en novembre 2015 à la direction du Teatro de la Zarzuela (équivalent de l’Opéra Comique à Paris), l’Argentin Daniel Bianco, une des figures les plus créatives de la scène espagnole et internationale, met en œuvre un projet artistique qui marque un tournant radical dans la vocation de ce théâtre.

Daniel Bianco, né à Buenos Aires en 1958, se forme à l’École des Beaux-Arts en scénographie (spécialité théâtre et cinéma) et à l’École Supérieure des Beaux Arts de la Nation Ernesto Carcova. En 1983 il s’installe en Espagne où il commence à travailler comme scénographe et costumier dans diverses productions d’opéra et de théâtre, en collaborant avec des artistes prestigieux comme Emilio Sagi, Giancarlo del Monaco, Lluis Pascual, Ruggero Raimondi. Son ascension est rapide. Il est successivement directeur technique, directeur artistique et directeur de production dans de grandes institutions : à l’Opéra de Madrid, au Théâtre María Guerrero (Centre Dramatique National de Madrid), à la Compagnie Nationale de Théâtre Classique puis directeur artistique du Teatro Arriaga à Bilbao où il entame une collaboration très fertile avec le grand metteur en scène de théâtre lyrique Emilio Sagi.

La palette de son art scénographique va de l’opéra, la zarzuela, au ballet et au théâtre dramatique. Travaillant avec les plus grands théâtres lyriques et dramatiques en Espagne, Daniel Bianco est très apprécié et demandé à l’étranger. Il travaille régulièrement en Amérique Latine en créant des scénographies pour des opéras à Santiago du Chili, en Argentine, et dans de nombreux pays d’Europe : Belgique, Suisse, Autriche, Lituanie, Italie, Monte-Carlo. En France, il a fait plusieurs scénographies pour des zarzuelas mises en scène par Emilio Sagi au Théâtre du Châtelet et au Théâtre de l’Odéon à Paris ainsi qu’à Avignon et à Toulouse.

Nommé en novembre 2015 à la direction du Teatro de la Zarzuela à Madrid, Daniel Bianco va y conjuguer les deux versants de son parcours, celui de créateur et scénographe, avec celui de gestionnaire du théâtre, en ouvrant davantage ce théâtre à des genres musicaux différents, aux collaborations pluridisciplinaires et aux publics très divers et en particulier aux jeunes. Son défi est de rénover ce genre de théâtre lyrique et de le rapprocher du public néophyte, en particulier des jeunes, en combinant dans sa programmation les traditions propres de la zarzuela avec les apports de nouvelles lectures des œuvres et d’autres types de musique. Bref, il s’agit de resituer la zarzuela dans l’actualité et de construire son futur. Pour la saison 2016-2017, Daniel Bianco propose une programmation amplifiée qui va de divers genres et styles du lyrique aux récitals, concerts, danses, spectacles de cabaret, aux expositions et aux rencontres débats avec le public.

Quels sont les principaux axes de votre politique artistique ?

« Le défi principal de mon projet pour ce théâtre est d’opérer un changement radical, à savoir que ses programmations s’adressent à tous et non seulement à un public fidèle, averti. Je veux séduire et conquérir un nouveau public, avant tout les jeunes. Mon objectif est également d’ouvrir les portes de ce théâtre à des jeunes talents et à un éventail beaucoup plus large de théâtre lyrique, depuis divers types de zarzuelas jusqu’à la revue, la comédie musicale. La philosophie de mon projet consiste à faire découvrir les potentialités et l’actualité de la zarzuela. »

Comment la programmation 2016-2017 reflète ces objectifs ?

« Un des piliers de ma politique, le théâtre lyrique, est représenté par les divers types de zarzuelas : Las Golondrinas de José María Usandizaga, La Villana de Amadeo Vives, Marina de Emilio Arrieta, Chateau Margaux et La viejecita de Manuel Fernando Caballero, Enseñanza libre de Gerónimo Giménez, La gatita blanca de Gerónimo Giménez y Amadeo Vives, Iphigenia en Tracia de José de Nebra. Tout cela avec les meilleurs chanteurs du panorama lyrique espagnol. Des metteurs en scène comme : Giancarlo del Monaco, Lluís Pasqual, Natalia Menéndez qui va faire La Villana inspirée de Peribañez y el Comendador de Ocaña de Lope de Vega, Enrique Viana, un spécialiste du género chico, Pablo Viar avec Frederic Amat vont proposer de nouvelles lectures de la zarzuela. Parallèlement aux représentations de Iphigenia en Tracia, nous présenterons dans le cadre de notre collaboration avec le Musée Thyssen une exposition des œuvres de Frederic Amat liées au théâtre. »

« Un autre aspect important pour moi dans les programmations concerne les reprises, comme par exemple Marina mise en scène par Ignacio Garcia. Un grand théâtre doit remonter ses grandes et importantes créations avec un regard nouveau, en donnant aux jeunes chanteurs la possibilité d’interpréter de grands rôles. Le Teatro de la Zarzuela se trouve dans la petite rue Jovellanos. Mon pari est non seulement d’ouvrir ses portes à tous mais aussi de sortir du théâtre pour représenter la zarzuela dans la rue. Nous le ferons en mai 2017 à l’occasion des fêtes de San Isidro, patron de Madrid, avec un spectacle Zarzuela dans la rue. Le chœur du Teatro de la Zarzuela accompagné par un personnage. » « Le rideau de théâtre », gardien de la mémoire et des secrets de la scène, seront les grands protagonistes de ce spectacle.

Le Teatro de la Zarzuela s’ouvre davantage à des musiques différentes en proposant de nouvelles formes de spectacle…

« Pour moi il n’y a pas de catégories ni de hiérarchie dans la musique. Elle est bonne ou mauvaise. Nous allons proposer diverses formes de concert avec une gamme très ouverte de musiques. Ainsi par exemple un programme, pot-pourri de diverses zarzuelas, le récital de Jeronimo Rauch qui va de la comédie musicale, des romances de zarzuelas à la musique pop, ou encore, dans le cadre de l’année Cervantès, un concert avec les œuvres de grands compositeurs européens comme Massenet, Ravel. Nous allons inaugurer de nouvelles formes de concert comme par exemple Deconcerts avec des grands chanteurs, Rosa Torres Pardo, Rocio Marquez, Joaquin Notario et un récitant. Le concert traditionnel de fin d’année s’appellera Brindis (Toasts) avec plusieurs airs de toast des zarzuelas, des opéras comiques français et des opérettes viennoises. Plusieurs concerts proposent d’autres styles de chant comme par exemple celui de Martirio qui fusionne la copla populaire avec le bolero, le tango, le jazz, la musique cubaine ou celui de la Purissima, une chanteuse « cyclone » qui fusionne la copla, la zarzuela, le jazz et la musique brésilienne. »

Le projet pédagogique est une de vos priorités. Comment est-il conçu ?

« 34 % des productions dans la programmation font partie du programme pédagogique qui s’adresse particulièrement aux jeunes. Dans ce programme il y a par exemple La Revoltosa, une zarzuela classique très connue. Nous allons constituer, après des auditions, un groupe de jeunes entre 18 et 28 ans qui, sous la direction d’un jeune metteur en scène, Jose Luis Ovellano, feront une version libre de cette œuvre. Ça m’intéresse beaucoup de savoir ce que ces jeunes vont faire avec cette œuvre classique et comment le jeune public dans la salle recevra cette    «jeune version» de La Revoltosa. Chaque représentation sera suivie d’un débat. Nous proposons la même chose pour ce qui est de la danse. Il s’agit de la création, en collaboration avec l’Université Carlos III, d’un spectacle La Zarzuela dans la danse sous la direction de la chorégraphe Nuria Castejon. Également dans le cadre du programme pédagogique nous coproduirons avec la Fondation March deux spectacles, La cinesi de Manuel Garcia et Mozart et Salieri de Rimski-Korsakov. »

Pour approcher le public de la musique et du chant, vous avez créé dans le foyer du théâtre un nouvel espace destiné à des spectacles intimistes…

« Pour créer ce lieu de proximité, je me suis inspiré de la formule de concert dans les salons particuliers. J’ai programmé un cycle de ces concerts intimistes où les chanteurs et les chanteuses accompagnés de piano ou d’une guitare proposeront un programme de chansons en parallèle avec la zarzuela qui se jouera dans la grande salle. »

Pour projeter la zarzuela dans le futur et créer un répertoire contemporain à partir de cette saison, vous ouvrez aux compositeurs un concours de projets…

« Je ne suis pas partisan de commandes d’œuvres qui ont à voir avec le goût et les préférences du directeur d’un théâtre. Pour moi c’est plus juste de donner à tous la possibilité de présenter leurs projets d’œuvre dans un concours. Le projet choisi par un jury international sera produit par le Teatro de la Zarzuela. Nous allons produire un projet tous les deux ans. Une création mondiale représente un effort énorme pour ce théâtre. »

Comment allez-vous vous impliquer en tant que scénographe dans les programmations du Teatro de la Zarzuela ? Quels sont vos projets de scénographie en dehors de ce théâtre ?

« Dans la saison 2016-2017 je vais faire dans ce théâtre la scénographie pour La enseñanza libre et pour La gatita blanca. Avant d’être nommé directeur du Teatro de la Zarzuela j’avais beaucoup de contrats déjà signés avec divers Opéras en Espagne et à l’étranger. Tous ces contrats sont signés toujours quelques années à l’avance. L’année prochaine on reprend Le Turc en Italie de Mozart à Toulouse en France et Linda de Chamonix de Donizetti à Rome. En mars 2017 nous inaugurons le Teatro Colon à Buenos Aires avec Don Giovanni de Mozart. J’ai un projet de La damnation de Faust de Berlioz avec Ruggero Raimondi pour janvier 2018. En 2019 je ferai Don Carlos de Verdi à Bologne. Avec ma responsabilité de directeur du Teatro de la Zarzuela, j’ai décidé de ne faire désormais qu’une seule scénographie par an en dehors de ce théâtre. »

Propos recueillis par
Irène SADOWSKA

Site du Teatro de la Zarzuela Madrid

Roberto Bolaño et son livre posthume « 2666 » inspire Avignon

L’œuvre majeure du chilien Roberto Bolaño, 2666, qui a connu un succès mondial et qui est publié en français par les éditions Christian Bourgois, va être adaptée par le metteur en scène Julien Gosselin lors du festival d’Avignon, dont la 70e édition débute le 6 juillet. La pièce d’une durée de 11h30, entractes compris, est programmée les 8, 10, 12 et 14 juillet à 14 heures. Elle sera reprise à Paris pour la rentrée. 

Tout au long de sa vie, la littérature de Roberto Bolaño sera nourrie de ses expériences et de ses voyages : au rythme des changements de régime politique, il s’installe tour à tour en Amérique Latine et en Europe. L’écrivain chilien est notamment connu pour ses livres La Littérature nazie en Amérique, ou encore Amuleto. Mais c’est à sa mort, en 2003, qu’il laisse un dernier manuscrit d’envergure publié ensuite à titre posthume : 2666. L’intrigue nous plonge dans la ville mexicaine fictive de Santa Teresa, frappée par une mystérieuse série de meurtres de femmes. Elle n’est pas sans rappeler la ville, très réelle cette fois-ci, de Ciudad Juárez, à la violence tristement célèbre. 2666 aborde en effet des thèmes difficiles parmi lesquels la mort, le mal et le sens de l’existence. Ce qui n’empêche pas l’auteur de créer des passerelles entre les genres, les époques, les personnages et les lieux, et de faire ainsi de son roman un croisement de multiples histoires qui illustrent toutes la dureté du monde et la cruauté des hommes.

C’est avec l’adaptation de ce roman que le jeune Julien Gosselin revient à Avignon, trois ans après sa mise en scène des Particules élémentaires de Michel Houellebecq. Le défi est de taille : avec son collectif « Si vous pouviez lécher mon cœur », Gosselin a fait des 1 000 pages de l’œuvre de Bolaño un spectacle dont la durée avoisine les douze heures, entractes compris ! Le metteur en scène se risque donc à un projet ambitieux, qui ne peut que bousculer le public. Cette adaptation est néanmoins l’une des plus attendues de la 70ème édition du festival d’Avignon, malgré la relative célébrité de l’écrivain chilien hors du monde hispanophone. Bolaño reste indéniablement une voix majeure de la littérature latino-américaine contemporaine, à laquelle Gosselin tentera de faire écho pendant tout le mois de juillet à Avignon, puis au début de l’automne au Théâtre de l’Odéon à Paris.

Anaïs DUEE

Site du Festival d’Avignon

Les Curieux Polyglottes, une première à Lyon le mercredi 22 juin à 18 heures

Notre publication est heureuse de vous apprendre la création d’une nouvelle association : Les Curieux Polyglottes. Cette association a pour but la promotion de textes poétiques, scientifiques, littéraires et dramatiques d’auteurs contemporains francophones ou étrangers.

Elle souhaite ainsi favoriser un environnement plurilingue et une ouverture culturelle. Les Curieux Polyglottes propose des lectures publiques et des spectacles de petit format. Des personnalités du monde culturel national et de la région lyonnaise ont déjà manifesté leur soutien. Metteure en scène et scénographe, Christine Marest Blanc-Bernard a fondé cette association et porte le projet. Le mercredi 22 juin à 18 h., au 53 rue des Tables Claudiennes à Lyon, sur les pentes à la Croix Rousse, Les Curieux Polyglottes présentent une lecture d’extraits de Tejas Verdes du dramaturge espagnol Fermín Cabal, écrit en 2003. Cinq comédiennes liront ces extraits de l’œuvre traduite en français par Françoise Thanas et publiée aux éditions Les Solitaires intempestifs en 2006.

Tejas Verdes était un centre de détention et torture à l’époque de la dictature militaire chilienne, dans les années soixante-dix. La pièce écrite par Fermín Cabal s’est inspirée de l’œuvre de Hernán Valdés : Tejas Verdes, Diario de un campo de concentración en Chile (Journal d’un camp de concentration au Chili), publiée par les éditions LOM en 1996 au Chili. Jouée dans plusieurs pays en espagnol et anglais, Tejas Verdes ne l’a jamais été dans un pays francophone. Pour ceux qui souhaitent devenir membre des Curieux Polyglottes, la lecture sera suivie d’une assemblée constitutive. Nouveaux Espaces Latinos soutiennent cette initiative conjointement à d’autres organisations culturelles de Lyon, et vous invitent à y assister nombreux.

Olga BARRY

SITE

Dans un labyrinthe de questions sans réponses « Tierra del Fuego » de Mario Diament mise en scène par Claudio Tolcachir

Tierra del Fuego de l’écrivain, dramaturge et journaliste argentin Mario Diament, à l’affiche depuis quatre ans à Buenos Aires, présentée aussi à Stockholm, est présentée à Madrid par Claudio Tolcachir jusqu’au 5 juin prochain. Bientôt en France ?.

Mario Diament aborde dans sa pièce, sans parti pris, sans manichéisme, la question du terrorisme en se basant sur un fait réel : l’attentat perpétré par un jeune terroriste palestinien à Londres contre un autobus arrivant de l’aéroport à un hôtel. En sortant de la vision bipolaire du fait et de la relation victime bourreau Mario Diament propose une réflexion sur les causes et les conséquences de la violence meurtrière politique et militaire bien au-delà du conflit israélo-palestinien.

Dans sa pratique du journalisme (L’opinion, El cronista, la revue Expresso) et en tant que correspondant entre autres au Moyen Orient Mario Diament a arpenté le théâtre du conflit israélo-palestinien. Sa pièce Tierra del Fuego est inspirée par un fait réel et par la vie d’une ex-hôtesse de l’air israélienne Yulie Cohen gravement blessée dans l’attentat dans lequel sa meilleure amie est morte. 23 ans après Yulie, dans la pièce Yaël Alon, décide de rencontrer Hassan, le jeune terroriste palestinien, auteur de l’attentat, détenu dans une prison à Londres, condamné à perpétuité. Pour Claudio Tolcachir Tierra del Fuego, son deuxième spectacle créé en Espagne avec des acteurs espagnols, est une pièce indispensable aujourd’hui. « Elle propose dit-il – de réfléchir sur la nécessité d’écouter l’histoire de l’autre, de l’ennemi, comme condition nécessaire pour commencer un dialogue, ébaucher la paix avec l’espoir de vivre ensemble pacifiquement. Le théâtre politique projette un point de vue idéologique. Ce n’est pas le cas dans Tierra del Fuego où on sort du bipolarisme stérile du bien et du mal, de la victime et du bourreau, en proposant plusieurs options et regards différents ».

Qu’attend Yaël de la confrontation avec le terroriste ? Cette rencontre pourra-t-elle calmer sa souffrance, la libérer de son emprisonnement dans ses souvenirs obsédants, de son incompréhension ? Les explications ? Le repentir du terroriste ? Le pardon est-il possible ? La rencontre de Yaël et de Hassan n’est pas un affrontement d’arguments contradictoires, elle est située dans un contexte plus ouvert où se croisent différents points de vue. Ainsi le mari de Yaël, architecte, progressiste, militant pour les droits de l’homme, ne comprend pas pourquoi sa femme continue à être toujours obsédée par cet attentat et pourquoi décide-t-elle de rencontrer le terroriste. La mère de l’amie de Yaël morte dans l’attentat ne comprend pas non plus cette décision. L’avocat de Hassan qui l’assiste depuis 23 ans doute de son repentir. Malgré tout Yaël s’obstine à rencontrer et à parler avec Hassan.

Claudio Tolcachir traduit magistralement sur la scène la dimension emblématique de l’engrenage de la violence idéologique et politique du conflit palestino-israélien, dont tous les protagonistes sont des victimes. Qui sont les véritables coupables de cette violence, des massacres perpétrés en majorité par des jeunes manipulés, intoxiqués par des idées mortifères ? Comment rompre cette chaîne de violence ? Elisa Sanz a conçu un espace mental qui évoque la prison et contient divers autres lieux du passé et du présent où se passent les dialogues entre les personnages. Un espace d’enfermement dans lequel chacun des protagonistes cherche le chemin de sortie vers la lumière. Sur scène une table et cinq chaises que les acteurs déplacent dans différentes situations. Sur le mur du fond en haut des carrés de lumière évoquent des fenêtres. Sur la table une bande de sable (référence aux territoires revendiqués par les Israéliens et les Palestiniens ? ou à la Terre de Feu ?).

Le public entoure la scène de trois côtés

Le spectacle commence par une image très forte de l’incompréhension, du choc des arguments contradictoires, un brouhaha de paroles inintelligibles des personnages parlants tous en même temps. Peu à peu, à mesure que se dévoilent leurs histoires, on perçoit des tentatives d’écouter l’autre, de dialoguer avec lui, de comprendre ses raisons. Mais comprendre, ressentir la douleur de l’autre, se mettre à sa place, semble impossible. Dans ce jeu d’accusations, de justifications, de questions : pourquoi ? au nom de quoi ? de qui ? qui a raison ? qui a le droit de vivre sur les territoires revendiqués par les uns et les autres ? qui y a été le premier ? s’entrechoquent les arguments historiques, bibliques, politiques, les justifications des droits par la souffrance subie par les deux peuples.

À travers les propos et les brefs échanges entre les personnages apparaît la difficulté de modifier leurs positions, leurs visions, de sortir de la haine réciproque, de leurs préjugés, de leurs critères moraux et religieux. Que signifie tuer l’autre ? Pour les uns c’est un assassinat, un acte criminel, pour les autres c’est un acte de courage, le sacrifice, le martyr, pour Dieu ou la patrie. Les acteurs impressionnants rendent avec naturel, subtilité et retenue la complexité des sentiments et des convictions des personnages, sans chercher à nous piéger émotionnellement. Alicia Borrachero (Yaël) et Abdelatif Hwidar (Hassan) sont fascinants créant des personnages d’une grande authenticité, capables d’une certaine tendresse mais en même temps implacables l’un envers l’autre.

Dans la rencontre de Yaël avec Hassan font irruption les dialogues d’autres personnages, les fragments de leurs histoires et des souvenirs du passé. Ainsi le souvenir de Hassan de son grand-père qui a vécu en Terre de Feu de laquelle le père de Yaël lui parlait aussi. Le souvenir de cette terre lointaine, inconnue, dresse un pont au-dessus de l’abîme qui les sépare. La Terre de Feu est dans la pièce une métaphore poétique, d’une terre rêvée, « promise », sans guerre. La terre sur laquelle Yaël et Hassan peuvent se rencontrer non pas comme ennemis mais simplement comme des êtres humains qui aspirent à faire la paix et à vivre en paix. Depuis cette Terre de Feu imaginée, chacun d’eux entame un long voyage jusqu’à l’autre. Grâce à l’intervention de Yaël Hassan est mis en liberté conditionnelle et commence une nouvelle vie en travaillant dans une boulangerie. Un happy end ? Sûrement pas. C’est seulement le premier pas vers la sortie du tunnel mortifère.

Irène SADOWSKA

Tierra del Fuego de Mario Diament, créée par Claudio Tolcachir – Naves del Español Matadero Madrid. depuis le 21 avril au 5 juin 2016.

La nouvelle pièce d’Alfredo Arias, “Déshonorée”, au Théâtre du Rond-Point

Du 20 mai au 19 juin prochain, le Théâtre du Rond-Point à Paris présente Déshonorée la nouvelle pièce d’Alfredo Arias, célèbre figure de la scène argentine. Un spectacle sur les années de la dictature en Argentine, en écho à son 40e anniversaire, qui a donné lieu à de nombreuses manifestations en France.

Alfredo Arias est né à Buenos Aires. Il fait partie, dans les années soixante, d’un mouvement d’artistes plasticiens autour de l’Institut Di Tella, participant à de nombreuses expositions, happenings et performances. Puis, en 1968, il forme le Groupe TSE et quitte l’Argentine pour présenter ses spectacles à Caracas, New York et Paris.

Sa première création à Paris au Théâtre de l’Epée de Bois est Eva Perón de Copi. Alfredo Arias conservera toujours un lien avec l’écriture poétique et unique de son ami et montera La Femme assise ; Loretta Strong ; Les Escaliers du Sacré-Coeur ; Le Frigo et Cachafaz. Alfredo Arias compose un monde théâtral propre, avec une invention et un imaginaire baroque qui conserve toute la puissance de l’émerveillement de l’enfance, notamment Histoire du Théâtre ; Comédie policière ; Luxe ; Vingt-quatre heures ; Notes ; Vierge ; L’ Étoile du Nord. Découvrant le travail du dessinateur du 19e siècle Grandville, Alfredo Arias ouvre la porte d’un théâtre du merveilleux dans lequel règnent des animaux aux corps humains, et qui se prolonge dans un monde fantastique à l’instar de pièces comme Peines de cœur d’une chatte anglaise ; Peines de cœur d’une chatte française ; Le Jeu de l’amour et du hasard ; L’Oiseau bleu.

Avec Trio, pièce qui raconte la vie claustrée de ses tantes paternelles, Alfredo Arias commence un nouveau volet de son travail. C’est ainsi qu’il va explorer son enfance et plus tard ses retrouvailles avec son pays natal dans les spectacles Mortadela ; Faust Argentin ; Mambo Mistico et Famille d’artistes (musique originale d’Astor Piazzolla).

Son passage comme directeur du Centre dramatique national d’Aubervilliers lui permet de faire une halte dans son travail de création et de pouvoir ainsi visiter des textes fondamentaux par leur puissance dramatique : La Bête dans la jungle d’Henry James dans l’adaptation de Marguerite Duras, Les Jumeaux vénitiens ; La Locandiera, L’ Éventail de Carlo Goldoni, La Tempête de William Shakespeare (Festival d’Avignon), La Ronde d’Arthur Schnitzler (Comédie-Française), La Dame de chez Maxim’s de Georges Feydeau, Les Bonnes de Jean Genet (Athénée Théâtre Louis-Jouvet), Kavafis sur l’oeuvre du poète grec d’Alexandrie, Les Oiseaux d’Aristophane (Comédie-Française), Truismes d’après le roman de Marie Darrieussecq (Théâtre du Rond Point).

Alfredo Arias traduit également son univers dans celui de l’opéra, notamment dans La Veuve joyeuse au Théâtre du Châtelet ou Les Indes galantes et The Rake’s Progress au Festival d’Aix en Provence, Carmen à l’Opéra Bastille. Au Teatro Colon de Buenos Aires, il monte The Rake’s progress, Bomarzo et Mort à Venise. Toujours dans un esprit musical, il crée Concha Bonita sur une partition de Nicola Piovani, compositeur de Federico Fellini, entre autres pour Ginger et Fred. Puis il collabore avec Axel Krygier pour la création de trois pièces musicales Trois tangos ; avec Diego Vila pour le spectacle Tatouage et pour le Cabaret Brecht Tango Broadway, et avec Bruno Coulais qui lui écrit la partition d’El Tigre. Fuegos est son premier film, suivi du téléfilm Bella vista adapté de la nouvelle de Colette.

Déshonorée, la nouvelle pièce d’Alfredo Arias

Même dans mon sommeil je suis maquillée. Impossible de me démasquer.” Figure mythique des scènes du Rond-Point, Alfredo Arias dirige ce face à face entre une star oubliée, proche d’Eva Perón, et une commission d’épuration de la Revolución libertadora. Un portrait de Buenos Aires, ses fantômes et ses cauchemars.

Fin des années cinquante, Fanny Navarro répond aux questions du Capitaine Gandhi. L’Argentine est en flammes et l’actrice interrogée. Star oubliée, proche d’Eva Perón, fantôme d’un art moribond, elle devient la cible des commissions d’épuration de la revolución libertadora. Ses liens privilégiés avec le régime déchu, sa liaison probable avec le frère d’Evita confondent la comédienne éprouvée, proie facile. Elle se défend, se débat, fait face aux accusations dans une pièce froide, dialogue drôle et glacé de l’Argentin Gonzálo Demaría. Le dramaturge, musicien et metteur en scène est né à Buenos Aires en 1970, un an avant la mort de la réelle Fanny Navarro dont il s’inspire.
Gonzalo Demaría a écrit en collaboration avec Alfredo Arias les spectacles Mambo Mistico et Trois tangos. Duel sombre et caustique, Déshonorée dresse un nouveau portrait de la cité argentine, hantée par les figures cauchemardesques de son passé et par ses stars de music-hall. Figure mythique, prolixe et prodige de la scène, Arias dirige et interprète ce face à face édifiant, règlement de comptes historique. Après la folie d’El Tigre, ou des cabarets tel Tatouage, donnés au Rond-Point, il livre avec cet interrogatoire emblématique un portrait de sa ville natale, mystérieuse et flamboyante, et de sa terrible histoire.” (Pierre Notte)

Théâtre du Rond-Point

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