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Pérou

Le Pérou balayé par les scandales de corruption au cœur de la justice

Alors que le nouveau président péruvien Martín Vizcarra tente de redresser le pays, après la crise politique déclenchée par la démission de son prédécesseur Pedro Pablo Kuczynski à la suite du scandale de corruption lié à l’entreprise brésilienne Odebrecht, de nouveaux cas de corruption plongent le Pérou dans l’une des plus graves crises de son histoire.

Photo : Martín Vizcarra/Diario Financiero
«Si les empires, les grades, les places ne s’obtenaient pas par la corruption,
si les honneurs purs n’étaient achetés qu’au prix du mérite,
que de gens qui sont nus seraient couverts, que de gens qui commandent seraient commandés.
»
W. Shakespeare, Le Marchand de Venise.

L’information a été révélée par des enquêtes journalistiques : trois des sept membres du Conseil national de la magistrature, organisme chargé de nommer et de destituer les juges et les procureurs, ont été impliqués dans des affaires de corruption. Soupçonnés d’avoir des liens avec des membres du réseau criminel de blanchiement d’argent fonctionnant à Puerto Callao, près de Lima, ils ont été mis sur écoute téléphonique sur ordre d’un juge fédéral.

Sur les enregistrements, ils ont parlé de pots de vin en échange de la manipulation de documents, de trafic d’influence et autres crimes. Ces écoutes sont survenues dans le cadre d’une enquête judiciaire qui vise une organisation de trafic de drogue, mais «il n’y a aucun lien jusqu’ici entre les personnages des écoutes téléphoniques et l’organisation criminelle d’origine», a déclaré le procureur supérieur Jorge Chávez Cotrina.

Parmi les fonctionnaires impliqués figurent le président de la Cour supérieure de justice de Callao, Walter Ríos, et les membres Julio Gutiérrez, Guido Aguila et Ivan Noguera. Sur l’un des enregistrements, Noguera, qui est musicien et magistrat, demande à un entrepreneur d’acheter cinquante billets pour son concert en échange de la ratification d’un juge à son poste !

Sur un autre enregistrement apparaît également le président de la deuxième chambre criminelle transitoire de la Cour suprême, César Hinostroza, qui a déjà été démis de ses fonctions. Il s’agit sans doute de la partie visible de l’iceberg, comme le relève Adriana León, de l’Institut de la presse et de la société du Pérou : «Au Pérou, il y a un pouvoir exécutif très faible, coopté par la corruption du Congrès […] et la justice a également été prise par la corruption. Parmi les 130 députés, 80 ont des plaintes de toutes sortes. Ce qui se passe ici est une chose terrible

Les Péruviens découvrent-ils soudain comment fonctionne leur système ? Qu’on ne s’étonne pas de tous ces cas de corruption. Cette situation dure depuis des décennies et il faut bien voir que cette crise en englobe plusieurs. En effet, le Pérou traîne derrière lui un très lourd passé de corruption qui débouche sur la crise actuelle.

On pourrait se demander comment ce pays en est arrivé là. Pour comprendre la situation actuelle, il est nécessaire de rappeler que le Pérou était le berceau de l’empire le plus puissant de l’Amérique. En expansion depuis le XVe siècle, au moment de l’arrivée du conquistador Francisco Pizarro (l’homologue austral de Hernán Cortéz), l’empire Inca était cinq fois plus grand que celui des Aztèques. Un immense territoire qui équivaut, en Europe, à un espace compris entre le pôle Nord et l’Afrique septentrionale, avec un réseau de 30 000 km de sentiers et dont la route nord-sud, ou «voie royale», faisait 6000 km de long. Voilà la seule civilisation américaine qu’on compare souvent, par l’étendue de son territoire et son réseau de communication, à la Rome antique.

Vers la fin du XVIIIe siècle, Lima, la capitale du Pérou, était encore le centre vital de l’Amérique latine. Durant le siècle suivant, grâce à l’exportation de matières premières, comme la laine, le nitrate, et le boom du guano, le pays connut un début de modernisation, interrompu par sa défaite lors de la guerre du Pacifique contre le Chili (1879-1883). Les premiers cas de corruption commencent à voir le jour dans la première moitié du XXe siècle, quand les capitaux étasuniens investissent dans le pétrole et les ressources minières, qui deviennent alors la principale source d’exportation. Or, dépendant désormais du prix des matières premières, imposé par le marché international, l’autonomie et le contrôle financier du Pérou ont été fortement réduits, entraînant de graves conflits sociaux et politiques (coups d’État) et, par conséquence, une corruption récurrente.

Le retour à la démocratie en 1980 n’a pas fait disparaître les «vices» liés à l’exercice du pouvoir. Après la présidence de Belaúnde Terry, le mandat de Alan García (1985-1990) s’achève sur une débâcle économique et des accusations de corruption. Le triomphe d’Alberto Fujimori aux élections de 1990 marque la fin des actions terroristes menées par le Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru (guevariste) et surtout le Sentier lumineux (maoïste). Mais, en septembre 2000, une grave affaire de corruption le contraint à convoquer des élections anticipées.

Et si aujourd’hui les fonctionnaires de la Cour supérieure de justice de Callao ont été impliqués dans des nouveaux cas de corruption, c’est par le biais d’une enquête judiciaire contre une organisation de trafic de drogue. Sur ce point, mentionnons que dans l’économie en ruine des années 1990, la drogue était l’industrie vitale du Pérou : la production de cocaïne représentait 15 % du PNB, ce qui équivaut à 135% de la production agricole et 145 % des exportations.

Comme on peut le constater, depuis des décennies les dirigeants péruviens ont été, ou bien poursuivis par la justice, ou mis en examen pour corruption. Et justement, la corruption était le thème essentiel du dernier Sommet des Amériques qui s’est tenu les 13 et 14 avril derniers à Lima : «la gouvernance démocratique face à la corruption et l’adoption de mesures concrètes sur ce sujet». Or, ironie du destin, au même moment, le président du pays organisateur, Pedro Pablo Kuczynski, a été contraint de démissionner après avoir reconnu entretenir des liens personnels illicites avec l’entreprise de construction brésilienne Odebrecht, déjà sous l’œil de la justice dans différents pays de la région.

Ainsi, cette affaire répond en quelque sorte à la question que nous nous sommes posés dans un précédent article : si le Sommet des Amériques ne fournit pas le cadre approprié pour mener à bon terme ce projet, alors à quoi sert-il ? 1 On pourrait donc voir dans les nouveaux cas de corruption découverts récemment au Pérou (ainsi qu’au Brésil et en Argentine) que des mesures concrètes ont été mises en place pour lutter contre ce fléau devenu indissociable de la vie politique.

Enfin, au regard des grands bouleversements en tous genres qui frappent à présent de nombreux pays (Venezuela, Nicaragua, Brésil, Argentine, etc.), force est de constater que l’Amérique latine est en train de vivre un moment clé de son histoire, dans son ensemble. Et tandis que Transparence International dénonce une hausse de la corruption dans la région, d’autres se demandent «pourquoi certains pays sont plus corrompus que d’autres», et certains assurent que «la baisse de compétitivité de l’Amérique latine favorise la corruption». La grande majorité de la population péruvienne se montre fermement disposée à ne pas laisser passer l’occasion de faire évoluer la vie en démocratie : ainsi cette crise a généré plusieurs marches contre la corruption à l’échelle nationale, notamment les 19 et 27 juillet derniers.

Eduardo UGOLINI

  1. Article du 13 avril 2018, Sommet des Amériques.

Martín Vizcarra nommé président du Pérou à la suite de la démission de Pedro Pablo Kuczynski

On note deux évènements majeurs cette semaine au Pérou : d’une part, la démission de Pedro Pablo Kuczynski, et d’autre part, l’arrivée d’un nouveau président, Martín Vizcarra. L’ancien président Kuczynski était censé se soumettre à un vote du parlement avant sa destitution, le 21 mars. Pourtant, il a présenté sa démission dans un message télévisé sans même attendre les résultats du vote. Et de quoi était-il accusé ?

Photo : Todo Noticias

Pedro Pablo Kuczynski devait s’expliquer sur différents points, notamment sur ses liens avec l’entreprise brésilienne Odebrecht. Selon Clarín, journal argentin, alors qu’il était ministre de l’Économie, celui-ci aurait obtenu un prêt pour la « Corporación Andina de Fomento » de 77 millions de dollars en 2005 pour financer un projet commandé à Odebrecht. Le problème se pose puisqu’Odebrecht était alors client de la société Westfield Capital, dont Kuczynski était le patron. Aussi, alors qu’il était ministre de l’Économie, Pedro Pablo Kuczynski a signé un contrat avec un groupe de sociétés, dont Odebecht était à la tête, pour la construction de deux tronçons de l’autoroute transocéanique. Marcelo Odebrecht, ex-PDG de l’entreprise de construction Odebrecht, a confirmé aux impôts le paiement à Kuczynsky pour des travaux dans son entreprise. D’ailleurs, il a admis avoir financé tous les candidats les plus importants des élections présidentielles de 2011, soulignant qu’il pouvait montrer les détails de ces apports.

Ce n’est pas la première fois qu’une session parlementaire est convoquée pour voter sa démission. Trois mois plus tôt, ce vote, pour les mêmes raisons, n’avait pas abouti. Normalement, il n’avait pas suffisamment de soutien. Pourtant, Kuczynski a réussi à en réchapper grâce à l’appui des membres du parti FP (Force Populaire). Ces membres auraient obtenu des contreprestations, comme la grâce à Fujimori, et, étant eux-mêmes sous les yeux de la justice, la promesse de faire arrêter ces poursuites pénales. Cette fois-ci, selon le congressiste Héctor Becerril, l’ex-président aurait passé plusieurs jours à tenter d’acheter les voix nécessaires afin de gagner le vote. C’est ce que montrent des vidéos confirmant cette accusation. Kuczynski a donc présenté sa démission, entraînant avec lui les dix-neuf ministres du Conseil. Il perd ainsi son immunité devant la justice. Pour l’instant, il lui est interdit de sortir du pays durant les dix-huit mois à venir. Hamilton Castro, responsable de l’enquête sur l’affaire Odebrecht au Pérou, défend ces dix-huit mois de peine afin de l’empêcher de prendre la fuite (on se souvient de l’ancien président Toledo).

Suite à cette démission, le Pérou est face à un nouveau président. Il s’agit de Martín Vizcarra, l’ancien ambassadeur du Pérou au Canada. Vizcarra faisait partie de l’équipe de Kuczynski dans le parti PPK (Péruviens pour le changement). Il était chargé des politiques sociales en-dehors de la capitale. Martín Vizcarra a aussi occupé le poste de gouverneur dans sa ville d’origine, Moquegua, de 2011 à 2014. Il est parvenu à mettre en place, avec succès, des politiques sur le plan de l’éducation et il a réussi à mener de bonnes négociations avec les compagnies minières. Il aurait investi l’argent obtenu lors de ces négociations dans l’éducation. Vizcarra faisait partie du gouvernement de PPK comme ministre des Transports. Cependant, il s’est vu également contraint de démissionner. Après quoi, il est devenu ambassadeur du Pérou au Canada en 2017.

Martín Vizcarra a prononcé un discours d’investiture afin de présenter les lignes maîtresses de sa politique : lutte contre la corruption, amélioration des politiques d’éducation et de santé, et la promesse de stabilité constitutionnelle, entre autres. Par ailleurs, il a promis d’annoncer sa prochaine équipe, totalement renouvelée, pour gouverner dans dix jours, début avril. Face à cette nomination, les réactions sont nombreuses, comme celle de Juan Sheput (El Universo) : «Je pense que la gestion de Vizcarra va dans le même sens que les politiques menés par Fujimori. Si c’est le cas, je devrai faire de l’opposition.» Lors de sa visite à l’Hospital Del niño, le nouveau président a parlé de politiques de santé. En revanche, il a refusé de se prononcer sur le départ de son prédécesseur.

Le nouveau président ne semble pas concerné par le scandale Odebrecht. Il a pourtant été contraint de démissionner alors qu’il était ministre des Transports, à cause de l’affaire Chinchero (à propos de la construction d’un aéroport international). Les travaux étaient accordés à la société Kunturwasi, société avec laquelle l’ex-ministre a été accusé d’entretenir des rapports. Des photos de l’ex-ministre accompagné des dirigeants de cette société ont été publiées à l’époque. Finalement, l’enquête a été conclue et le nouveau président n’a pas été condamné. Pourtant, face aux pressions, il a renoncé à son poste en devenant ambassadeur au Canada. Aujourd’hui, il s’apprête à faire son entrée sur la scène politique au Pérou. Attendons quelques mois et voyons si le Pérou se trouve de nouveau confronté à des scandales de corruption…

Mario PÉREZ MORALES

Le pape François en visite au Chili et au Pérou entre les 15 et 21 janvier 2018

Le 15 janvier prochain, le pape François entreprendra son sixième voyage pontifical en Amérique latine. Depuis son élection, François a porté son message de paix et d’espérance au Brésil en juillet 2013, en Équateur, en Bolivie et au Paraguay en juillet 2015, à Cuba en septembre 2015, au Mexique en février 2016 et en Colombie en septembre 2017. Le pape argentin, qui ne s’est pas encore rendu dans son pays d’origine (où certains lui reprochent son rôle pendant la dictature militaire), visitera à cette occasion le Chili et le Pérou jusqu’au 21 janvier.

Photo : Radio Canada

Son programme officiel commencera le 16 janvier à Santiago du Chili, avec la rencontre des autorités, de la société civile et du corps diplomatique au Palais de la Moneda, où il fera son premier discours avant de s’entretenir, vers 9 h, heure locale, avec la présidente Michelle Bachelet. Dans les jours suivants, le Saint-Père se rendra à Temuco, au sud du pays, et Iquique, grand port du nord. Au Pérou, François visitera la capitale Lima, Puerto Maldonado, au sud-est du pays, et Trujillo, au nord-ouest.

Ce qu’il faudrait retenir de cette présence papale, au delà des discours et des messes, des visites aux sanctuaires ainsi que dans une prison de femmes et dans un foyer pour des enfants en difficulté, au delà des circulations en papamobile, des rencontres avec des diplomates, des évêques, des prêtres consacrés et séminaristes et des incontournables déjeuners avec les habitants d’ici et là, c’est le fait que la présence du pape véhicule une forte charge émotive liée à l’agitation sociale et politique avec laquelle des minorités aborigènes expriment leurs inquiétudes. Ainsi, comme dans ses précédents voyages en Amérique latine, les Mapuches de Temuco et les autochtones de l’Amazonie péruvienne seront au cœur du voyage apostolique de François, après avoir donné sa bénédiction aux indiens du Mexique, d’Équateur, de Bolivie, du Paraguay et de Colombie, et demandé « pardon » pour l’exclusion dont ils ont été victimes.

Cette reconnaissance ouverte envers les « erreurs » commises dans le passé (voire des crimes) peut surprendre. Mais si l’on veut comprendre une grande partie de l’Amérique actuelle, afin de construire un avenir plus propre dans le respect d’autrui, il faudrait l’analyser comme le résultat de l’action conjointe de l’épée espagnole et de la Croix latine, aussi brutalement que les conquistadores l’ont fait. Le pouvoir et l’ambition de la première furent complétées par ceux du zèle religieux. Mais, bien que l’acier trempé dans le credo du monde civilisé imposa sa raison, il n’a pas pu éliminer l’essence millénaire, résultant aujourd’hui un syncrétisme bigarré entre deux manières différentes de communiquer avec les dieux. Au fil du temps, les grandes capitales indiennes devinrent progressivement des répliques espagnoles, et les autochtones commencèrent à parler la langue de Don Quichotte mélangée avec des termes nahuatl, mapuches et quechuas, etc.

Cette fusion, pour le moins prodigieuse de cultures antithétiques, a donné lieu à des fêtes baroques où les dieux indigènes portent souvent des noms catholiques, et où s’imbriquent les rites archaïques et les symboles européens. Par exemple au Pérou, berceau de la civilisation Inca, Cuzco porte un témoignage dans ce sens, dans le plus vaste monument de la ville et haut lieu de l’Empire, le Grand Temple du Soleil, appelé Coricancha (l’enceinte d’or). C’est sur les fondations en pierre de ce temple que les Dominicains construisirent leur couvent après la conquête. Dans le grand temple de Coricancha se trouvait, au-dessus de l’autel, une représentation de la vision cosmologique du monde inca. La peinture murale montrait sept petits cercles, chacun avec un point au centre, évoquant sept yeux. Ce sont « les yeux du créateur de toutes choses », qui n’étaient autres que les yeux de Viracocha, dieu suprême des Incas. Cette singulière représentation du monde sacré rappelle le texte de la Bible, où le prophète Zacharie (4, 10) parle des sept yeux du Seigneur qui surveillent tous les peuples de la terre. On peut donc voir là une influence de la pensée judéo-chrétienne.

Au regard de l’histoire, des mythes, des coutumes et des croyances des peuples qui habitaient jadis sur le continent américain, il apparaît que la notion de Territoire se révèle dans l’actualité être un élément important pour l’avenir de leurs descendants. Ainsi les Mapuches luttent pour que le gouvernement chilien reconnaisse leur souveraineté sur un territoire ancestral aujourd’hui géré par des entreprises forestières. Les plus radicalisés affrontent la police, coupent les routes et saccagent camions et engins depuis une vingtaine d’années. Selon Pauline Abramovicht, journaliste de Santiago du Chili, « privés de canaux de communication et critiqués par la majorité des Chiliens, les Mapuches espèrent que la visite du pape va permettre de « mettre en lumière » leur combat, bien que certains, peu enclins à négocier, disent ne pas attendre grand-chose de la visite du Saint Père ». Dans ce sens, un des leaders de la Coordination Arauco Malleco (araucanos : nom générique donné par les Espagnols aux tribus réunissant les Mapuches, les Pehuenches et les Puelches, parmi d’autres), Ramon Llanquileo, a dit : « Ici, les transformations concrètes, nous allons les obtenir nous-mêmes avec nos propres efforts ».

Cette organisation radicale pro-Mapuche fait sans doute écho au mouvements de revendication territorial qui ont eu lieu dans les années 70 et 90 aux États-Unis et au Canada : « Les autochtones n’ont pas à attendre la souveraineté. Ils n’ont qu’à la prendre […] Si les gouvernements résistent, alors les Indiens vont répliquer en organisant des barrages routiers ou des sit-in », avait déclaré en juillet 1996 Olide Mercredi, grand chef de l’Assemblée des Premières Nations du Canada.

Au Pérou, dans une salle de Puerto Maldonado, le pape va se réunir avec environ 3 500 indiens de l’Amazonie, où 350 000 autochtones habitent distribués en une cinquantaine de groupes ethniques. Cette zone est victime d’une intense activité aurifère illégale. « La présence du pape dans la région de Madre de Dios est liée à la pollution et à l’exploitation de nos territoires, outre la manque de sécurité juridique pour les terres des communautés indigènes », s’est ainsi exprimé Julio Cusuriche, président de la Fédération des natifs de la rivière de Madre de Dios. Pour conclure, une information susceptible de fournir matière à méditer : la visite du pape François au Pérou,  va coûter au contribuable près de 10 millions d’euros, « une somme correspondant à ce type d’événements » selon le ministre péruvien du Travail, Alfonso Grados, coordinateur général de l’itinéraire papal. Bien sûr, le plus important est de ne pas perdre la foi.

Eduardo UGOLINI

Le président péruvien Pedro Pablo Kuczynski a-t-il évité sa destitution en libérant l’ex dictateur Fujimori ?

Condamné en 2009 à vingt-cinq ans de prison pour crimes contre l’humanité commis durant sa dictature, l’ancien président Alberto Fujimori a été « grâcié » par l’actuel président Pedro Pablo Kuczynski. Était-ce en échange de voix fujimoristes pour éviter sa destitution ?

Photo : elcomercio.pe

En décembre 2017, le président Pedro Pablo Kuczynski (plus connu comme PPK), accusé de « corruption » par un groupe de parlementaires pour avoir reçu plus de 5 millions de dollars de pots-de-vin de la part de l’entreprise brésilienne Odebrecht, était menacé de destitution. « PPK » avait toujours nié avoir reçu cet argent jusqu’au moment où le PDG de cette firme, Marcelo Odebrecht, a reconnu : « nous avons très certainement financé les campagnes électorales » des quatre derniers présidents péruviens[1] ainsi que celle de Keiko Fujimori, fille de l’ancien dictateur, candidate malheureuse aux élections de 2016. Malgré son déni, le conflit d’intérêts du président Kuczynski est évident : son entreprise Westfield « conseillait » Odebrecht dans ses licitations auprès du gouvernement d’Alejandro Toledo dont il était ministre de l’Économie !

Une destitution évitée de justesse…

Pour pouvoir destituer le président Kuczynski, le Congrès unicaméral devait réunir au moins 87 voix sur les 130 députés. Pour éviter sa destitution et obtenir le soutien de Fuerza Popular, le parti fujimoriste, PPK avait laissé entendre depuis fin 2017 qu’il était favorable à une « grâce humanitaire » pour le dictateur emprisonné. Or les deux enfants de l’ex-dictateur sont députés : Keiko Fujimori, sa fille, présidente du parti, était en faveur de la destitution ; Kenji, son fils, légèrement dissident du même parti, qui exige la libération de son père depuis longtemps, hésitait à voter. Surprise lors du vote du 21 décembre : non seulement Kenji s’est abstenu mais neuf autres députés fujimoristes l’ont suivi, ce qui permettait d’éviter la destitution du président. Trois jours plus tard, PPK « graciait » le dictateur Alberto Fujimori, ce qui l’autorisait à quitter la prison et à purger le reste de sa peine chez lui.

…mais à quel prix ?

Les accusations de « magouille » ont immédiatement fusé de toutes parts. De fait, il semble que cette « libération » déguisée se préparait depuis longtemps. La seule façon « honorable » de libérer Fujimori était de lui octroyer une « grâce humanitaire » en cas de maladie grave. Il fallait donc que les administrations correspondantes soient dirigées par des partisans de la libération. Quand on est président, c’est simple : on démet ceux qui sont « contre » la libération et on les remplace par des partisans du « pour » ! Une fois élu, PPK s’est mis au travail : tout d’abord, il démet la ministre de la Justice, Marisol Pérez, et la remplace par Enrique Mendoza, favorable au « pour » ; ensuite, il nomme un amiral « pour » au ministère de la Santé. Un mois plus tard, il nomme un nouveau président à la Commission des grâces présidentielles. Puis il change les trois membres de la Junta Médica Penitenciaria (Commission médicale pénitentiaire) qui décide si l’état de santé d’un prisonnier permet qu’il puisse accomplir sa peine à domicile. Parmi ces nouveaux membres, un certain Juan Postigo, qui se trouve être le chirurgien qui a opéré Fujimori, qu’il connait depuis 20 ans !

Fin décembre dernier, juste avant le vote devant décider de la destitution ou non du président, Alberto Fujimori dépose une demande de transformation de sa peine en détention domiciliaire et Juan Postigo propose à la Commission des grâces présidentielles un indulto, « une grâce pour raisons humanitaires » de l’ex-dictateur « atteint d’un cancer terminal ». L’abstention du courant Kenji Fujimori sauve le président de la destitution et celui-ci signe immédiatement la grâce de l’ex-dictateur. Pour de nombreux analystes, le président Kuczynski est maintenant « entre les mains du fujimorisme », un courant politique conservateur, défenseur du néolibéralisme à outrance imposé par l’ancien dictateur dont les opposants craignent que la libération ne nourrisse le côté autoritaire de Fuerza Popular, le parti créé par lui, actuellement contrôlé par sa fille Keiko qui a de bonnes chances de gagner les prochaines élections…

Des réactions indignées

Ces magouilles politiques soulèvent l’indignation tant au Pérou qu’à l’étranger. Trois ministres péruviens ont déjà démissionné : Carlos Basombrio de l’Intérieur, Jorge Nieto de la Défense et Salvador del Solar de la Culture, ainsi que plusieurs hauts fonctionnaires. 230 auteurs péruviens  (dont Alfredo Bryce Echenique et le Prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa), ont signé un manifeste dans lequel la libération de Fujimori est jugée « illégale et irresponsable ». Ils rappellent que l’ex-président a été « responsable d’un coup d’État en 1992 » et « condamné pour violation des droits de l’homme » : en bref, l’organisation sous son gouvernement d’escadrons de la mort coupables de l’assassinat de dizaines de personnes (y compris des enfants) lors de la guerre contre l’organisation terroriste « Sentier Lumineux », guerre ayant provoqué la mort de 70 000 personnes, la disparition de 15 000 autres et la stérilisation forcée de 350 000 femmes surtout dans les régions rurales et andines…

Pour la française Agnès Callamard, Rapporteure spéciale des Nations Unies pour les exécutions extrajudiciaires, et le Colombien Pablo de Greiff, Rapporteur spécial pour la promotion de la vérité et de la justice, « c’est une gifle infligée aux victimes et aux témoins dont l’engagement infatigable a mené le dictateur devant la justice… Les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles… ». C’est aussi un pas en arrière pour la justice, qu’elle soit péruvienne ou de compétence universelle.

Jac FORTON

[1] Pedro Pablo Kuczynski, Alejandro Toledo, Ollanta Humala et Alan García.

Accusé de corruption, le président de la République du Pérou, Pedro Pablo Kuczynski, évite la destitution 

Les ravages de la corruption de la firme brésilienne Odebrecht en Amérique latine atteignent les plus hauts niveaux des États : le président du Pérou, Pedro Pablo Kuczynski aurait reçu des millions de dollars pour favoriser la firme Odebrecht dans de grands chantiers d’infrastructures. Une procédure de destitution a été lancée contre lui par une opposition fujimoriste elle-même soupçonnée. Tous les présidents péruviens sont-ils impliqués ? Le Congrès a finalement rejeté la destitution.

Photo : Pedro Pablo Kuczynski/Topsi.com

Odebrecht, le grand corrupteur

Dans le cadre du scandale de corruption Odebrecht-Petrobras au Brésil, il apparait que cette entreprise BTP a corrompu de (très) hauts fonctionnaires dans une douzaine de pays latino-américains. Cette entreprise payait des pots-de-vin généreux à ces fonctionnaires pour qu’ils lui octroient de juteux contrats pour la construction d’infrastructures telles que routes et ponts. Le président de cette entreprise, Marcelo Odebrecht, a été arrêté au Brésil et condamné à 19 ans de prison. Pour diminuer sa peine, il a, dans le cadre d’une loi dite du « délateur récompensé », fait des révélations fracassantes mettant en cause des dizaines de fonctionnaires latino-américains. Les quatre derniers présidents péruviens ainsi qu’une candidate aux élections présidentielles de 2011, sont impliqués.

Pour sauver sa peau, Jorge Barata dit tout

Directeur exécutif de Odebrecht au Pérou depuis 12 ans, le Brésilien Jorge Barata a d’abord fait des aveux détaillés aux juges de son pays, puis à des juges péruviens qui se sont déplacés au Brésil. M. Barata a dit que Odebrecht avait donné des pots-de-vin à deux anciens présidents : 3 millions de dollars pour la campagne électorale de Ollanta Humala en 2011 (élu) et 20 millions au président Alejandro Toledo pour obtenir le contrat de la Route Interocéanique qui doit relier la côte Atlantique du Brésil à la côte Pacifique du Pérou. Il avoue aussi avoir financé la campagne électorale 2011 de la candidate Keiko Fujimori à hauteur de 500 000 dollars (battue aux élections), avoir engagé l’ex président Alan García comme conférencier grassement payé suivi d’un pot-de-vin de 8 millions lié à la construction de la Ligne 1 du métro, et 4,8 millions au président Pedro Pablo Kuczynsi (connu comme «PPK») lorsqu’il était ministre de l’Economie du président Alejandro Toledo.

Un président acculé à la destitution

Les documents montrent que Odebrecht versait alors au ministre Kuczynski l’argent sur les comptes de deux entreprises : l’une, Westfield Capital, dont « PPK » était seul propriétaire ; l’autre, First Capital, appartenait à Gerardo Sepúlveda, un ami chilien du président dont l’entreprise était domiciliée à la même adresse que Westfield à Miami ! La corruption concerne plus particulièrement la construction de la Route Interocéanique, le dossier dit IIRSA. Une procédure de destitution a été lancée début décembre contre M. Kuzcynski par l’opposition menée par Keiko Fujimori, fille de l’ex-dictateur Alberto Fujimori. Le fujimorisme est lui-même visé par des accusations de corruption, raison pour laquelle il cherche à faire tomber le gouvernement, forcer des élections qu’il estime (probablement avec raison) pouvoir gagner et ainsi se mettre à l’abri de poursuites. Légalement, si M. Kuczynski est destitué par le Congrès, il est remplacé par le vice-président Martín Vizcarra, actuel ambassadeur au Canada (on dit qu’il est déjà en train de faire ses bagages !) jusqu’en 2021. Mais le fujimorisme fera tout pour provoquer de nouvelles élections présidentielles et sauver le parti et son chef Keiko Fujimori de problèmes judiciaires pour corruption.

Le Congrès vote contre la destitution

Ce jeudi 21 décembre, en une session marathon de plusieurs heures, le président Kuczynski a basé sa défense sur un avertissement : « Le fujimorisme organise un coup d’État ». De fait, Keiko Fujimori a prévenu qu’en cas d’élections et de victoire de son parti, elle remplacerait les membres de la Cour suprême et du Conseil constitutionnel par des gens à elle, de manière à contrôler tous les rouages de l’Etat. Plutôt que de répondre aux accusations de conflit d’intérêt dans ses rapports avec Odebrecht, M. Kuczynski a insisté sur « les intentions golpistes du fujimorisme qui annoncent une nouvelle dictature… » Plusieurs députés des partis de gauche (Front Elargi et Mouvement Nouvelle gauche) ont déclaré : « Nous sommes contre la corruption du président mais aussi contre le golpisme fujimoriste ». Le message a été entendu : 79 voix pour la destitution, 19 contre et 21 abstentions. Il en fallait 87. PPK restera président avec tous ses millions… La corruption a décidément bien pourri la politique en Amérique latine.

Jac FORTON

Des ex-présidents péruviens en prison et en cavale… crient à leur innocence

Une nouvelle affaire de corruption secoue l’Amérique latine après la condamnation à neuf ans et demi de prison visant l’ex-président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, icône de la gauche dans son pays. Deux anciens présidents péruviens sont accusés de corruption et blanchiment d’argent, Ollanta Humala a été placé en détention provisoire tandis qu’Alejandro Toledo est en exil aux États-Unis.

Cette fois-ci c’est au Pérou que les événements se passent, l’ancien président péruvien Ollanta Humala et son épouse Nadine Heredia, ont été placés par la justice en détention préventive pour 18 mois sur des accusations de corruption. Ils ont été transférés le vendredi 14 juillet 2017 dans deux établissements pénitentiaires différents après s’être livrés spontanément à la justice aussitôt après l’ordre donné par un tribunal de Lima de leur arrestation. Le tribunal a invoqué des témoignages d’anciens cadres dirigeants du groupe brésilien du BTP pour accusé l’ex-président à la tête du Pérou de 2011 à 2016, et son épouse d’avoir accepté trois millions de dollars de pots-de-vin. Tous deux démentent ces accusations et estiment que leur incarcération avant procès est injuste. Le juge Richard Concepción Carhuancho a préféré placer l’ancien président en détention provisoire au motif qu’Ollando Humala pourrait rapidement fuir le pays en attentant le procès pour blanchiment d’argent présumé.

En effet, ce n’est pas la première accusation de corruption portée contre un président péruvien. L’ex-chef de l’État Alejandro Toledo, au pouvoir de 2001 à 2006, est en exil aujourd’hui aux États-Unis. Il est lui aussi soupçonné de corruption, deux mandats d’arrêt ont été émis contre lui pour avoir prétendument reçu 20 millions de dollars en pots de vin. Celui-ci a refusé de se présenter aux autorités, alors même que Concepcion avait ordonné son incarcération en préventive. Toledo s’est exprimé sur les réseaux sociaux  suite à l’incarcération de Ollanta Humala, il  dénonce « l’injustice » de cette décision résultat de la persécution politique et la conséquence d’une violation de Etat de droit. Cette nouvelle affaire d’incarcération témoigne du triste état de la scène politique péruvienne : en 25 ans, quatre des cinq derniers présidents ont été touchés par des scandales de corruption. En effet, un autre ancien président péruvien, Alberto Fujimori, purge une peine de 25 ans pour violations des droits de l’homme et corruption dans la même prison où vient d’être incarcéré M. Ollanta Humala et son épouse.

Camille FÉRON

Rencontre historique entre le Chili et le Pérou pour un premier gouvernement binational

Le 6 juillet dernier, Michelle Bachelet, présidente du Chili, a été reçue à Lima par le chancelier péruvien Ricardo Luna, l’ambassadeur chilien au Pérou, Roberto Ibarra, et  Jorge Valdez, ambassadeur du Pérou au Chili. L’objectif de la visite officielle de Mme Bachelet à son homologue péruvien, Pedro Pablo Kuczinski, était de raffermir la relation entre les deux pays limitrophes, notamment avec la création  du premier cabinet binational Pérou-Chili dont la cérémonie d’inauguration s’est déroulée dans le salon Tupac Amaru du Palais présidentiel à Lima.

Photo : La Moneda

En signe de bienvenue, le président Pedro Pablo Kuczinski a écrit sur Twitter: « Avec cette historique binational Pérou-Chili, nous donnons un nouvel élan à nos relations bilatérales », En effet, cette réunion, à laquelle ont participé des entrepreneurs des deux pays, est la première qui se réalise entre ces États, dont les histoires ont été entremêlées de conflits armés. Ainsi, ce « Gabinete Ministerial Binacional » fut déclaré d’intérêt national lors de la résolution suprême qui a eu lieu le 8 mai dernier.

Ce rapprochement devrait aider les deux pays à ouvrir de nouvelles perspectives sur l’avenir dans différents domaines qui affectent la population en général. Sur ce point, Fernando Zavala, premier ministre péruvien et titulaire de l’économie et de finances, a affirmé que ce premier cabinet binational Pérou-Chili restera « un objectif historique fondamental pour la continuation et la consolidation des relations entre les pays latino-américains, dans ce cas spécial avec le Chili. »

La délégation chilienne était composée par dix-huit ministres, qui se sont concertés avec leurs homologues péruviens sur des sujets concernant chaque ministère. Mais surtout l’ordre du jour était axé autour de cinq thèmes fondamentaux sur lesquels repose désormais une solide coopération économique et commerciale : projets de société et de culture pour l’intégration ; sécurité et défense ; commerce extérieur, investissements et tourisme ; environnement, développement durable, affaires énergétiques et de l’industrie minière, et intégration des populations frontalières. Bien qu’il s’agit de la première réunion de ce type avec le Chili, le Pérou entretient régulièrement des « gabinetes binacionales » avec ses pays limitrophes : l’Équateur, la Colombie et la Bolivie. Rappelons que récemment la présidente Michelle Bachelet a rencontré son homologue argentin, Mauricio Macri, dans le même cadre de coopération internationale.

Eduardo UGOLINI

Accusé de corruption au Pérou, où se trouve l’ancien président péruvien Alejandro Toledo ?

Accusé d’avoir reçu vingt millions de dollars pour favoriser l’entreprise BTP brésilienne Odebrecht (encore elle !), l’ancien président Alejandro Toledo est-il toujours aux États-Unis, son pays de résidence, en France, où il serait passé, ou en Israël où il envisageait de voyager ? Confusion autour de l’alerte rouge d’Interpol à Lyon.

Photo : El Comercio

Le juge anticorruption Hamilton Castro a remis au juge Richard Concepción Carhuancho, un document qui prouverait que l’ancien président Alejandro Toledo aurait reçu plus de 20 millions de dollars en pots-de-vin de l’entreprise Odebrecht pour que le gouvernement octroie à celle-ci la construction de deux grands tronçons de la route interocéanique qui doit relier la côte atlantique brésilienne à la côte pacifique péruvienne. Le ministère public demande une décision de peine de prison préventive de 18 mois contre Toledo, accusé de trafic d’influence et de blanchiment d’argent de corruption. Mais il faut d’abord le trouver ! Alors, le gouvernement offre une récompense de 100 000 soles (28 000 €) à qui « fournit une information qui permette d’arrêter le fugitif ».

Aveux au Brésil, accusations au Pérou ! Des anciens présidents sur la sellette.   Le scandale Petrobras au Brésil continue à émettre des ondes de choc aux plus hauts niveaux. Pour alléger considérablement sa condamnation à 19 ans de prison pour corruption à dimension continentale, Marcelo Odebrecht « a tout avoué ». Il a ainsi impliqué de nombreuses personnalités dans une douzaine de pays, y compris des anciens présidents. La justice péruvienne se penche particulièrement sur des accusations de corruption visant l’ancien président Toledo (2001-2006) mais ses collègues Alan García (1985-1990 et 2006-2011) et Ollanta Humala (2011-2016) seraient également dans le collimateur, ainsi que le président actuel Pedro Pablo Kuczynski qui fut ministre de l’Économie de Toledo.

La trame de corruption dévoilée.   La justice base ses accusations sur les déclarations de Jorge Simoes Barata, l’homme fort d’Odebrecht au Pérou, qui a avoué avoir payé Toledo en versant des sommes convenues sur des comptes offshore appartenant à Josef Maiman, un homme d’affaires israelo-péruvien. On parle de 18 versements d’Odebrecht aux offshores de Maiman, mais le bénéficiaire réel et final serait bien Toledo. Les deux hommes ont été mis en examen.

Mais où est donc Alejandro Toledo ?   Chercheur à l’université de Stanford, Alejandro Toledo réside habituellement en Californie aux États-Unis. La justice péruvienne a envoyé une demande d’extradition à son homologue états-unien, appuyée par une demande semblable personnelle du président Kuczynski à son homologue Donald Trump. Mais on ne sait pas vraiment où il se trouve. On croit savoir que l’ancien président aurait voyagé en France, serait reparti en Californie et reparti vers Israël car sa femme, Eliana Karp de nationalité belge est d’ascendance juive, son associé Maiman est israélien et le Pérou et Israël n’ont pas de traité d’extradition. Les autorités israéliennes ont cependant indiqué que Toledo n’était pas dans l’avion en provenance de San Francisco et qu’elles ne l’accueilleraient pas en Israël.

Un « fugitif » qui ne l’est pas vraiment.  « Je ne me suis enfui de rien du tout. Ils m’appellent fugitif, mais quand j’ai quitté le Pérou, il n’y avait encore aucune accusation contre moi. C’est une distorsion machiavéliquement politique contre moi, que je rejette ». Et d’ajouter : « Je me défendrai », mais seulement dans les conditions d’une « justice juste ». En s’exprimant sur les réseaux sociaux, il insiste : « j’ai droit à la présomption d’innocence et le respect du droit à un procès juste ».

Confusion autour de la notice rouge d’Interpol. La justice péruvienne a demandé à Interpol (dont le siège mondial est à Lyon) de lancer une notice  rouge contre Toledo. En plaçant une notice rouge contre quelqu’un, Interpol aide les polices à identifier et localiser des individus recherchés par des juridictions nationales dans l’optique de leur arrestation et de leur extradition. Contrairement à ce qui est souvent diffusé, la notice n’est pas un mandat d’arrêt international, c’est un soutien aux mandats d’arrêt nationaux. Pour qu’elle soit applicable aux États-Unis, il faut qu’un juge états-unien signe d’abord un mandat d’arrêt. Or, le département de justice a fait savoir à son homologue péruvien que ses documents accusatoires étaient un peu légers et qu’il fallait envoyer des documents et des accusations plus précis. L’ancien président n’est donc pas encore sous la menace d’une arrestation aux États-Unis et il peut les quitter sans opposition. C’est ce que craint la justice péruvienne. Si les preuves ne sont pas concluantes, il n’y a pas de raison de l’arrêter ; si les preuves sont avérées, ce qui semble le cas, Toledo sera retrouvé un jour ou l’autre.

Jac Forton

Le nouveau président du Pérou dévoile la composition de son gouvernement

Après sa courte victoire face à Keiko Fujimori lors des dernières élections présidentielles (50,12 % contre 49,88 % des voix), le président élu Pedro Pablo Kuczynski doit former un nouveau gouvernement afin de diriger le Pérou pour les cinq années à venir. Alors qu’il s’apprête à prendre ses fonctions le 28 juillet, il dévoile peu à peu les noms des ministres qui composeront son gouvernement.

Photo : Newsok.com

Ollanta Humala va prochainement céder sa place à Pedro Pablo Kuczynski, son successeur à la tête du Pérou, et leader du parti Peruanos por el Kambio (PK). Cette passation de pouvoir induit également un renouvellement du cabinet ministériel qui l’accompagne. Kuczynski souhaitait que ce dernier soit équilibré, représentatif des hommes et des femmes, et de diverses tranches d’âges. Ainsi, 18 ministres intègreront le gouvernement Kuczynski dès la fin du mois de juillet, parmi lesquels : Alfredo Thorne comme Ministre de l’Economie, Carlos Basombrío comme Ministre de l’Intérieur, ou encore Mariano Gonzáles comme Ministre de la Défense. Plusieurs de ces personnes sont d’ores et déjà dotées d’une importante expérience politique.

Egalement, Fernando Zavala a été annoncé comme futur Premier ministre ; cet économiste de 45 ans dit vouloir moderniser le pays, qui a néanmoins déjà beaucoup avancé ces dernières années. Selon Kuczynski, lui même ancien banquier à Wall Street, Zavala a une très bonne connaissance du fonctionnement du pays et de la fonction publique, puisqu’il a déjà été ministre de l’Economie sous le mandat d’Alejandro Toledo. Le pedigree de Zavala ne serait pas complet sans ajouter qu’il est actuellement PDG du groupe Backus, qui n’est autre qu’une filiale locale du deuxième brasseur mondial SABMiller. C’est à la fois son âge encore relativement jeune, et son poste actuel de dirigeant d’entreprise, qui interrogent la pertinence de sa nomination au poste de chef du gouvernement. Cependant, les défis qui se profilent pour ce nouveau gouvernement sont nombreux : réduction de la pauvreté, proximité avec les citoyens, développement du pays, enjeux sécuritaires, soutien de l’économie… De plus, le Congrès demeure aux mains des alliés de Fujimori, puisque la majorité appartient encore au groupe Fuerza Popular (FP).

Anaïs DUEE

Verónika Mendoza: le Frente Amplio soutiendra le Pérou et ne fera pas d’opposition “obstructionniste”

Le Pérou pourra compter sur l’appui du Frente Amplio (FA) pour toutes les propositions qui concerneront la création d’emplois et le développement durable, a affirmé la leader de ce groupe, Verónika Mendoza, qui a nié que son parti allait faire de l’opposition « obstructionniste ».

Photo : Filckr

Après avoir rencontré le nouveau président élu, Pedro Pablo Kuczynski, elle a déclaré, qu’en tant que seconde force politique au niveau national, elle lui avait adressé son salut démocratique, et qu’elle avait exprimé  « ses préoccupations et propositions », concernant entre autres les régions du Sud, les travailleurs et les communautés. “Le Pérou pourra compter sur l’appui du Frente Amplio pour tout ce qui concernera la création d’emplois dignes et le développement durable. Nous ne ferons pas d’opposition obstructionniste, mais serons une opposition démocratique, constructive, et vigilante, mais nullement obstructionniste » a-t-elle affirmé.

CORRUPTION ET INDUSTRIE MINIERE

A cet égard elle a précisé que les membres de FA lutteraient contre la corruption, et que le groupe présenterait une série d’initiatives, comme la non prescription de ces délits et la « mort civile » des fonctionnaires corrompus, entre autres. Elle a aussi évoqué l’investissement décentralisé dans les régions pour relancer l’économie, générer des emplois dans l’agriculture et améliorer l’irrigation par le développement de l’infrastructure hydrique. En ce qui concerne le secteur minier, elle a soulevé la nécessité de planifier le développement, d’organiser le recensement des terres, en accord avec les autorités locales, régionales, la communauté, les investisseurs, en donnant la priorité aux investissements nécessaires. Kuczynski et Mendoza se sont rencontrés pendant une heure et demie dans la résidence du nouveau président élu. Etaient également présents  quelques dirigeants du groupe de gauche, dont Pedro Francke.

 Traduit par Catherine Traullé
D’après Radio Nacional del Perú

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