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Pérou 2020 : une année cruciale sous la houlette du président réformateur Martín Vizcarra

À l’aube d’une campagne électorale marquée par des réformes inédites visant à démanteler l’ancien système de corruption organisé, Martín Vizcarra poursuit son héroïque croisade contre les vrais responsables de la crise.

Photo : perureports.com

Après cinq présidents impliqués dans des affaires de corruption et d’autres cas qui englobent le pouvoir judiciaire et les partis politiques, on pourrait croire que le but que Martín Vizcarra s’est fixé relève de l’utopie. Grattez un peu et dans chaque politicien vous trouverez la corruption, selon le dire des péruviens.  Mais le remède à la maladie profonde qui ronge la classe politique depuis des décennies ne peut venir, selon le chef de l’État, que d’un nettoyage généralisé des institutions afin de garantir à tous leurs droits dans une démocratie responsable. 

L’idée formulée, et mise en place par l’actuel président est une véritable réforme politique et sociale dans le plus strict sens du terme : « Corriger, ramener à la vertu, rétablir une règle, une discipline, un système qui s’est corrompu ». Et pour preuve, l’entreprise brésilienne Odebrecht a reconnu avoir distribué, entre 2005 et 2014, un total de 788 millions de dollars dans une dizaine de pays latino-américains pour remporter des contrats (dont 29 millions de pots-de-vin aux dirigeants péruviens).  

C’est donc sous ce mot d’ordre –ré-former– que la nouvelle phase du programme officiel a démarrée avec le coup d’envoi du marathon électoral de 2020. Il s’agit, en effet, d’une très longue course qui durera pratiquement toute l’année. Après une première confrontation, qui a eu lieu la semaine dernière, les candidats aux législatives du 26 janvier auront l’occasion d’exposer encore deux fois leurs programmes, le jeudi 16 janvier et le dimanche 19, lors de débats publics diffusés par TV Perú et les réseaux sociaux.  

Conséquence de la politique d’assainissement menée par l’actuel président,  le renforcement du système judiciaire et la lutte contre la corruption figurent parmi les axes thématiques de ces rencontres organisées par le Jury National des Élections (JNE).  Selon les sondages, sept partis pourraient dépasser le seuil de 5% des voix, parmi lesquelles AcciónPopular (AP), Fuerza Popular (FP), Alianza para el Progreso (APP), Partido Morado (PM), Somos Perú (SP) et le Frente Amplio (FA). Or, pour réussir une représentation parlementaire, la loi n° 28617 fixe ce seuil de 5% à l’échelle national ou bien l’obtention de sept sièges en plus d’une circonscription électorale.  

Rappelons que M. Vizcarra avait proposé d’anticiper les élections parlementaires et présidentielles d’un an, soit en avril 2020 au lieu de 2021. Par conséquent, le mandat actuel des députés, ainsi que son propre mandat, prendra fin le 28 juillet prochain. C’est lui-même qui l’a annoncé, dans son message à la nation, le 28 juillet 2019, à l’occasion du 198eanniversaire de l’indépendance du Pérou. En outre, il a précisé, et à plusieurs reprises, qu’il ne serait pas candidat à la prochaine élection présidentielle.

Or, quelles sont les possibilités de réussite du plan Vizcarra en matière économique ? Selon les estimations de l’ex-ministre Jorge Gonzalez Izquierdo, si le président réussit à stabiliser la situation politique, afin de relancer les investissements, le PIB pourrait atteindre plus de 4% de croissance pour cette année. Toutefois, la situation est particulièrement délicate à cause des réformes structurelles engagées par l’actuel gouvernement. Et l’économiste renommé tire la sonnette d’alarme : « l’instabilité politico-institutionnelle est un obstacle majeur surtout pour les investisseurs privés, mais aussi pour l’augmentation de la consommation et la productivité des entreprises. Ce sont là des variables très importantes pour la bonne santé de l’économie. »

Dans cette perspective, le coût des réformes risque de peser lourdement en particulier en ce qui concerne la Sécurité Sociale. Mais sur ce point Martín Vizcarra s’est montré rassurant en annonçant que « 2020 sera l’année de l’universalité sanitaire ». Il a également affirmé, lors d’une visite à Cuzco pour l’habilitation d’un hôpital situé dans le village de Machu Picchu, que son gouvernement prévoit une aide aux quatre millions de péruviens qui n’ont pas accès à une assurance ou à un service de santé.

Pendant ce temps, une information venue du parti de l’opposition est susceptible de faire basculer les urnes en faveur de l’actuel projet présidentiel : Keiko Fujimori, la cheffe de Fuerza Popular (droite populiste) a annoncé son retrait de la vie politique. La fille de l’ex-président Alberto Fujimori était en tête des sondages avant le scandale Odebrecht. « Je vais suspendre mes activités parce que ma priorité est et sera toujours ma famille, et nous allons faire face à ce processus avec toute la famille », et elle se dit « inquiète pour (ses) deux filles ». Selon la justice, Keiko (« fille bénie » en japonais) aurait financé une partie de la campagne présidentielle de 2011 avec de l’argent versé par le géant brésilien du bâtiment. Elle avait été arrêtée en octobre 2018 à la demande du parquet péruvien, accusée d’avoir organisé « un stratagème pour commettre un crime » et d’avoir « blanchi » de l’argent illicite. En décembre dernier, après treize mois de détention provisoire, la Cour constitutionnelle péruvienne a ordonné sa remise en liberté mais elle fait toujours l’objet d’une enquête judiciaire.

L’absence de Keiko Fujimori dans l’arène électorale a suscité beaucoup d’interrogations. Mais pour Martha Chavez cette décision est largement justifiée. Selon la candidate qui mène actuellement la liste de Fuerza Popular au Congrès, Keiko n’a pas eu le temps de préparer sa campagne, c’est pour cette raison qu’elle a décidé de faire « une pause car elle vient d’être libérée après avoir été en prison injustement pendant un an et sans une accusation formelle. » 

Par ailleurs, Martha Chavez est persuadée que le Fujimorisme « a une identité propre et que tous les candidats sont conscients que le Pérou joue son avenir dans cette courte période d’élections. » Ce qui permet d’affirmer que 2020 marquera sans doute une date charnière dans l’histoire du pays andin. C’est une actualité qui mérite d’être suivie de près, car l’enjeu est considérable et le défi sans précèdent. Pour l’instant, la grande question reste ouverte sur le projet en apparence utopique de Martín Vizcarra. Réussira-t-il à poser des bases solides pour que l’objet de ses réformes ne reste pas un pays imaginaire où un gouvernement idéal règne sur un peuple heureux ?

Eduardo UGOLINI

Au Pérou, la cheffe  de l’opposition Keiko Fujimori, est sortie de prison

Après treize mois de détention provisoire, accusée d’avoir reçu des fonds dans le cadre du scandale Odebrecht, la Cour Constitutionnelle péruvienne a ordonné la remise en liberté de Keiko Fujimori. Oui à la libération, mais pas encore innocentée.

Photo : la-Corix.com

« Je continuerai de répondre à l’enquête comme je l’ai toujours fait » a déclaré Keiko Fujimori le vendredi 29 novembre peu après avoir été libérée de la prison de Santa Monica, à Lima. Reste à savoir maintenant si la leader de Fuerza Popular, qui a été libérée après un recours mais qui fait toujours l’objet d’une enquête judiciaire, réussira l’énorme pari de redonner à son parti la crédibilité et la cohésion que ce procès menace d’ébranler.

Alors que d’autres cas de corruption plongent le Pérou dans l’une de ses crises institutionnelles les plus graves de son histoire (sept membres du Conseil National de la Magistrature, organisme chargé de nommer et de destituer les juges et les procureurs, ont été impliqués dans des affaires de corruption), l’affaire Odebrecht a mis, en effet, la principale force d’opposition fujimoriste dans une situation difficile.

Rappelons que Keiko (« fille bénie » en japonais) avait été arrêtée en octobre 2018 à la demande du parquet péruvien, accusée d’avoir organisé « un stratagème pour commettre un crime » et d’avoir « blanchi » de l’argent illicite pour financer sa campagne présidentielle de 2011. Selon les enquêtes, la fille de l’ancien président Alberto Fujimori avait financé une partie de la campagne présidentielle avec de l’argent versé par le géant du bâtiment Odebrecht. En 2017, des anciens dirigeants de l’entreprise brésilienne, aujourd’hui au cœur d’un scandale de pots-de-vin pour obtenir des chantiers en Amérique latine, ont déclaré avoir remis 1,2 millions de dollars en 2011. L’argent avait été « collecté » dans des cocktails, ce qui a valu à l’affaire Keiko Fujimori le nom de « Case cocktails ». 

L’ancien patron d’Odebrecht au Pérou, Jorge Barata, a reconnu avoir donné de l’argent à deux des dirigeants du parti de Keiko, Jaime Yoshiyama et Augusto Bedoya, dont les maisons ont été perquisitionnées en mars dernier. Jorge Barata avait également avoué à la justice péruvienne avoir « contribué » aux campagnes électorales d’Ollanta Humala (2011-2016), Alejandro Toledo (2001-2006) et Pedro Pablo Kuczynski, l’ex-chef de l’État élu en 2016 qui a démissionné en mars 2018 sur fond de scandale de corruption. 

Battu lors du second tour dans ses deux candidatures à la présidence (2011 et 2016), l’image du parti de la droite populiste est en chute libre et au bord d’une grave crise interne. Depuis sa défaite de justesse face à M. Kuczynski en 2016, Keiko, âgée de 44 ans, dirige l’opposition sur fond de rivalité avec son petit frère, Kenji Fujimori, 40 ans. Celui-ci est devenu une personnalité politique de premier plan, bien que pour la majorité de péruviens il soit l’enfant gâté de la dynastie Fujimori, laquelle est présente dans la vie politique péruvienne depuis trois décennies.

Le fils chéri des Fujimori a été éclaboussé par une affaire de corruption passive, révélée par une vidéo le 20 mars 2018, où on peut le voir en train de négocier un achat de votes lors de la procédure de destitution de l’ancien président Pedro Pablo Kuczinski. De son côté, sa soeur Keiko a déclaré qu’elle n’arrêtera pas de se battre pour réaliser son rêve de gouverner le Pérou, et a demandé que le Congrès lève l’immunité parlementaire de son frère. « Ce n’est pas une lutte contre la corruption, mais une lutte pour le pouvoir » a répliqué Kenji a propos de cette guerre fratricide. 

Or, dans le cadre d’une croisade inédite contre la corruption endémique qui ronge son pays depuis des décennies, l’actuel président Martin Vizcarra a proposé d’anticiper les élections parlementaires et présidentielles d’un an, soit en avril 2020 au lieu de 2021. Par conséquent, le mandat actuel des députés, ainsi que son propre mandat, prendra fin le 28 juillet prochain. C’est lui-même qui l’a annoncé, dans son message à la nation, le 28 juillet, à l’occasion du 198e anniversaire de l’indépendance du Pérou. Aussi, M. Vizcarra a précisé, et à plusieurs reprises, qu’il ne serait pas candidat à la prochaine élection présidentielle. 

En attendant la suite de son procès, Mme Fujimori a dit : « j’ai vécu l’événement le plus douloureux de ma vie », en référence à son séjour en prison. Elle est disposée à coopérer avec la justice selon son avocat, qui considère cette décision comme un « abus de droit ». En réalité, Keiko se considère victime de « persécution politique ». Mais un réconfort pour elle peut être de croire qu’au-dessus de la justice des hommes existe une autre justice suprême, à caractère divin, comme l’a écrit Mathieu dans son Evangile (V, 10) : « heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des cieux est à eux ».

Eduardo UGOLINI 

Le Pérou dans la tourmente : quelque chose de pourri au sein des élites péruviennes

À la suite de la profonde instabilité politique qui traverse le pays, le nouveau président péruvien en intérim Martín Vizcarra, 56 ans, ingénieur civil, a formé son gouvernement jeudi 3 octobre après la dissolution du Congrès dominé par l’opposition : « J’ai décidé de dissoudre le Congrès et de convoquer des élections législatives », a-t-il déclaré dans une allocution télévisée. 

La lutte entre l’exécutif et le législatif au Pérou a créé ces dernières semaines une crise constitutionnelle grave. L’armée au Pérou a annoncé son soutien au président Martín Vizcarradans une déclaration publiée sur le compte Twitter de l’armée, en affirmant que les quatre corps des forces de sécurité nationale se tenaient à ses côtés. Les députés de l’opposition dénoncent une « incapacité morale permanente » et ont lancé un processus destiné à révoquer Vizcarra de ses fonctions. D’ores et déjà le Congrès a rejeté un vote de confiance une fois et a mis en veilleuse la proposition de Vizcarra. En raison de la limitation des mandats consécutifs, Vizcarra ne pourra pas se présenter aux prochaines élections.

 « Laissons le peuple finalement décider. La fermeture que j’ai faite est dans les limites de mes pouvoirs autorisés par la Constitution. Mettre fin à cette étape de prise au piège politique afin que l’avenir du pays soit défini lors des scrutins », a déclaré Vizcarra dans un discours prononcé au Palais du gouvernement. La Constitution autorise le président à dissoudre le Congrès et à convoquer de nouveaux scrutins si l’assemblée vote par deux voix de censure contre un le gouvernement. 

Les législatives et la présidentielle devaient initialement se dérouler en avril 2021. La dernière dissolution du Parlement remonte au 5 avril 1992 et avait été décidée par Alberto Fujimori (1990-2000), considérée à l’époque comme un auto coup d’État.

Les faits qui ont déclenché cette grave crise remontent à dix-huit mois, au scandale financier inédit révélé par l’enquête Lava-Jato au Brésil et puis dans de nombreux pays d’Amérique latine (lavage express). Un vaste scandale du géant du BTP brésilien Odebrecht qui, après son inculpation, a éclabousse la classe politique latino-américaine. Au Pérou, il a fait tomber les quatre derniers présidents : Ollanta Humala et son épouse, Alejandro Toledo (il a été arrêté le 16 juillet aux Etats-Unis, où il réside, en vue d’une extradition), Alan Garcia (qui s’est suicidé lorsque la police est venue à son domicile avec un mandat d’arrêt) et Pedro Pablo Kuczynski, le président en fonctions aux moments des faits, contraint à démissionner car visé par une enquête pour blanchiment d’argent présumé dans cette même affaire. Martín Vizcarra son vice-président, un inconnu de la politique, l’a succédé au pouvoir.

Depuis Martín Vizcarra a fait sien le combat contre la corruption avec son premier ministre Salvador del Solar. Ils ont demandé au Congrès une motion de confiance pour permettre à l’exécutif de changer les normes de désignation des magistrats du Tribunal constitutionnel (principal tribunal du pays) afin de mettre un terme à la connivence de cette institution avec certaines forces politiques. Pendant les quatre prochains mois, le pays devra être gouverné par des décrets d’urgence émis par l’exécutif jusqu’aux prochaines élections parlementaires et présidentielles. Ce que l’opposition dénonce comme un début de régime autoritaire et compare le gouvernement de Vizcarra au gouvernement de Fujimori.

La population, écœurée par le scandale financier impliquant les élites politiques, commence déjà à exiger des changements véritables et surtout des résultats économiques et sociaux. Le président a des énormes défis à relever dans un pays extenué ou quasiment la moitié des enfants de moins de trois ans présentent de sérieuses carences alimentaires. Aussi, il devra relancer la reconstruction des zones de la côte pacifique détruites par les pluies diluviennes et les inondations provoqués par le phénomène climatique El Niño en 2017.

Il devra faire face à une opposition représentée par l’ancien président du Congrès Pedro Olaechea, qui s’est montré très critique à son égard et qui persiste à maintenir la nomination par le Congrès des magistrats du Tribunal constitutionnel. En toile de fond, on trouve aussi Keiko Fujimori, leader de la droite populiste (fille de l’ancien président et dictateur Alberto), en prison préventive depuis 2018 pour présomption de blanchiment d’argent. Elle attend que le Tribunal constitutionnel décide si les accusations contre elle seront annulées. Pour Vizcarra aucun accord n’est possible avec l’opposition fujimoriste.

L’équipe spécial de Lava Jato au Pérou a confirmé que cette semaine devrait commencer l’interrogatoire de l’ex-chef de Odebrecht au Pérou, Jorge Barata ; il devrait révéler l’identité d’un total de soixante-et-onze personnes impliquées dans des affaires liées à Odebrecht. 

Il est clair que cette crise qui secoue le Pérou ainsi que d’autres pays de l’Amérique latine n’augure rien de bon pour la démocratie dans la région : les prochains agendas électoraux dans plusieurs pays dont les élites politiques nous montrent que quelque chose de pourri existe quel que soit le bord nous en diront plus dans un avenir très proche.

Olga BARRY

Séisme politique au Pérou : la corruption endémique menace la stabilité économique et sociale

«Nous avons besoin d’un renouvellement total de notre façon de faire de la politique, de notre façon de gérer l’État et l’économie» a déclaré la dirigeante Verónika Mendoza, tandis que plusieurs centaines de milliers de manifestants réclament l’organisation d’élections anticipées.

Photo : El Carretero

Le président péruvien Martín Vizcarra a gagné en popularité dans sa lutte contre la corruption, mais il doit faire face à l’une des plus graves crises institutionnelles de l’histoire de son pays. «Le Pérou réclame à grands cris de pouvoir prendre un nouveau départ», a-t-il déclaré avant d’affirmer «qu’il faut écouter la voix du peuple». Il avait remporté, en juin dernier, une première victoire en obtenant un vote de confiance du parlement, dominé par l’opposition fujimoriste et éclaboussé par plusieurs affaires crépusculaires.

M. Vizcarra sait donc qu’il peut compter avec la vox populi pour mener les reformes politiques qui s’imposent. Des mobilisations massives, tel un chorus national composé d’étudiants, d’organisations sociales, de délégations de paysans et de peuples indigènes ; mais aussi de partis politiques de gauche et du centre, ont manifesté leur soutien à l’action du président. Dans toutes les grandes villes du pays (Arequipa, Trujillo, Cusco, entre autres), les Péruviens ont condamné la gestion du pouvoir législatif et la protection accordée par le Parlement à ceux qui sont soupçonnés ou jugés pour corruption. Ce cri d’indignation, «¡Que se vayan todos!» (Qu’ils s’en aillent tous !), est toujours latent sur les lèvres du peuple, comme un mantra collectif contre les «vices» du pouvoir.

Or la mesure concrète proposée par le président pour sortir de la crise institutionnelle est d’anticiper les élections parlementaires et présidentielles d’un an, soit en avril 2020 au lieu de 2021. Si la stratégie de Vizcarra a un écho favorable, le mandat actuel des députés, ainsi que son propre mandat, prendra fin le 28 juillet prochain. C’est lui-même qui l’a annoncé, dans son message à la nation, le 28 juillet, à l’occasion du 198e anniversaire de l’indépendance du Pérou. De même, il l’a précisé à plusieurs reprises, il ne sera pas candidat à la prochaine élection présidentielle.

D’une façon inédite dans un pays gangrené par la corruption, Martín Vizcarra avait menacé de dissoudre le Parlement si les députes d’opposition ne soutenaient pas ses réformes. Car, bien que profondément ancré dans la vie politique sud-américaine (l’inculpation en Argentine de l’ex-présidente et actuelle candidate à la vice-présidence Cristina Kirchner n’est que la partie visible de l’iceberg), le phénomène de la corruption est particulièrement frappant au Pérou. En effet, la corruption y est restée immuable depuis des décennies, et ce n’est qu’à partir de 2015 que de nombreux cas commencèrent à sortir à la lumière. Cette année-là, l’enquête menée au sein de l’entreprise pétrolière Petrobras a révélé un système de financement illégal des partis politiques, alimenté par les grandes entreprises du secteur du bâtiment et de travaux publics, parmi lesquelles la tentaculaire et tristement célèbre Odebrecht.

Rappelons que Martín Vizcarra était le vice-président de Pedro Kuczynski qui, pour des raisons de soupçons de corruption, avait été contraint de démissionner en 2018. Il a depuis été inculpé pour blanchiment d’argent dans le scandale Odebrecht qui éclabousse la classe politique latino-américaine. Kuczynski est issu de cette lignée d’obscurs dirigeants qui présentent des qualités extraordinaires de parasitisme dans le sens propre du terme («condition d’un être qui vit sur le corps et aux dépens d’un autre être dont il altère plus ou moins la santé») : Ollanta Humala (2011-2016), inculpé pour blanchiment lié au géant du BTP brésilien ; Alejandro Toledo (2001-2006), soupçonné d’avoir reçu vingt millions de dollars de pots-de-vin, a été arrêté aux États-Unis en vue d’une extradition ; Keiko Fujimori, le leader de l’opposition, est en détention provisoire depuis le 31 octobre, et son frère, le député Kenji Fujimori, également accusé de corruption (en 2000, une grave affaire de corruption avait contraint leur père Alberto Fujimori à convoquer des élections anticipées). Le 17 avril dernier, Alan García (1985-1990 / 2006-2011) le troisième chef d’État éclaboussé par Odebrecht, qui prétendait devenir un des grands dirigeants du Cône Sud, s’est tiré une balle dans la tête au moment où la police allait l’arrêter à son domicile. Et n’oublions pas de mentionner les trois membres du Conseil national de la Magistrature, organisme chargé de nommer et de destituer les juges et les procureurs, impliqués en août 2018 dans des affaires de corruption, parmi lesquels Walter Ríos, le président de la Cour supérieure de justice de Callao.

En attendant que les secousses politiques provoquées par la volonté de fer et le courage du président Vizcarra donnent leurs fruits et se communiquent au reste de l’Amérique latine, la situation actuelle au Pérou peut être analysée et résolue en attaquant le problème depuis deux angles différents mais complémentaires.

D’une part, s’il y a en ce moment, au début du troisième millénaire, un grand courant mondial en faveur du climat – comme l’ont compris tous les grands dirigeantes des pays les plus riches – la corruption qui ronge la plupart des pays latino-américains peut également être considérée comme une forme de pollution. Elle contribue incidemment à la décadence de la santé, de l’éducation et de la sécurité des habitants, et le phénomène peut entraîner également une catastrophe sociale généralisée. C’est pourquoi la croisade patriotique qui mène Martín Vizcarra devrait compter avec le soutien de la communauté internationale, mais aussi éveiller les consciences et susciter le même élan écologique chez les futurs émules de Greta Thunberg.

D’autre part, comme la corruption est la fille de la mauvaise éducation, pour qu’en grandissant elles n’aient pas le sentiment que «les hommes sont tous pareils, enragés de vice et de corruption» (Alphonse Daudet), l’instruction fondée sur la morale civique aura peut-être dans un avenir proche une place privilégiée dans le développement et la conduite des prochaines générations de dirigeants sud-américains. Ce mal, qui semble consubstantiel à la nature humaine, l’éducation pourrait l’éradiquer en informant que la corruption est l’une des épreuves à surmonter afin de construire des bases solides pour un avenir prospère. Selon les mots de René Guénon, «modifier la mentalité d’un milieu est le seul moyen d’y produire, même socialement, un changement profond et durable».

Il faut donc croire à l’efficacité de l’éducation et à l’engagement social dès la toute petite enfance. Mais comment expliquer «la corruption» aux enfants ? Si l’écologie est d’actualité, alors d’une manière ludique et simple on peut s’inspirer de la nature, qui offre maints modèles semblables à la vie de certains politiques. L’ascidie par exemple, ce petit animal marin qui, après avoir nagé vers le rocher où il va s’installer, digère son cerveau car il lui est devenu inutile. Mais c’est surtout le Mutan, de l’île de Bornéo, qui semble illustrer parfaitement le sujet du présent article.

L’arbre Mutan (de «mutant») est en réalité une liane. La légende raconte qu’avant de grandir, les oiseaux et les animaux (ou les politiciens et les entreprises) transportent la graine dans leur bouche. L’oiseau se pose sur une branche et crache dans un petit creux de l’arbre (ou L’État). Après deux semaines, la graine de Mutan commence à pousser. Il fait des feuilles, puis quelques branches et des racines. Une petite liane par-ci (des pots-de-vin), une autre par-là (des dessous la table). Alors l’arbre lui dit : «Tu es si lourd Mutan ! Va-t’en, je ne peux plus te porter», et le Mutan lui répond : «Attends, attends que mes pieds touchent terre et je m’en irai». Ainsi passent les mois et les années, le Mutan sort du creux de l’arbre et grandit encore et encore jusqu’à envelopper complètement l’arbre, étouffé par le Mutan. L’étreinte du Mutan finit par tuer l’arbre.

Eduardo UGOLINI

Réfractaire aux mesures anti-corruption, le parlement péruvien risque la dissolution

Le Pérou a une chance historique de se débarrasser d’un système institutionnalisé dans lequel des juges et des anciens présidents ont succombé au credo de l’argent sale. Encore considérée comme un tabou il y a un an, cette question secoue les bases d’un des pays les plus corrompus d’Amérique latine. La proposition du président Vizcarra sera-t-elle un prélude au changement du régime parlementaire ?

Photo : Wikimedia commons

Le thème de la corruption revient sans cesse sur la scène publique andine ces derniers temps. Martín Vizcarra veut jouer un rôle central dans la rénovation de son pays. Son intention de réformer la vie politique en s’attaquant à ce fléau qui gangrène le Pérou depuis des décennies atteste dans ce sens. Mais les mesures proposées par le président, parmi lesquelles l’interdiction du financement privé des campagnes électorales, trouvent en effet une forte opposition au sein du parlement.

Qu’est-ce qui l’empêche de mener sa croisade à bien ? De toute évidence, l’initiative de Vizcarra, qui veut «renforcer l’ensemble de l’État afin de vaincre les mafias criminelles et corrompues», reste en travers de la gorge de Fuerza Popular (fujimoriste de droite) et du Partido Aprista Peruano (PAP, de centre gauche). Ces deux partis de l’opposition majoritaire sont la «moelle de la corruption», selon la député Tania Pariona du parti de gauche Nuevo Perú. C’est la raison pour laquelle le gouvernement accuse le Congrès de vouloir établir un «pacte d’impunité» afin de bloquer sa réforme.

«Il existe clairement une majorité parlementaire qui veut continuer à nuire au Pérou» a martelé Vizcarra, qui ne mâche pas ses mots. «Assez ! Vous en avez assez fait en défendant la corruption avec la mauvaise application de la loi» a-t-il ajouté lors de son discours, fin mai, un an après son investiture au poste de président. Ces propos virulents dénoncent le système parlementaire actuel, où l’argent de la corruption domine de plus en plus la vie politique. Et le problème est tellement endémique que le discours du président, ses propositions pour lutter contre la corruption, et les enquêtes judiciaires en cours, galvanisent les différents courants d’opinion qui circulent entre les couches les plus défavorisées de la société civile.

Ainsi la transparence politique prônée par le gouvernement, comme l’interdiction de réélire les membres actuels du Congrès, a été plébiscitée, le 9 décembre dernier, par une ample majorité de la population (78,34%). Ces résultats s’inscrivent dans un contexte encore très marqué par la démission de l’ex-président Pedro Pablo Kuczynski. Précisément, la corruption était le thème essentiel du dernier Sommet des Amériques qui a eu lieu le 13 et 14 avril 2018 à Lima : «la gouvernance démocratique face à la corruption et l’adoption de mesures concrètes sur ce sujet»[1]. Or, ironie du destin, au même moment, le président du pays organisateur, Pedro Pablo Kuczynski, a été contraint de démissionner, accusé de liens illicites avec la désormais tristement célèbre entreprise Odebrecht, déjà sous le collimateur de la justice dans différents pays de la région.

Avec la démission de Kuczynski, et les nouveaux cas de corruption découverts en août 2018 impliquant des fonctionnaires de la Cour supérieure de justice de Callao, on peut constater que des mesures concrètes ont été mises en place pour lutter contre ce fléau devenu indissociable de la vie politique[2]. De fait, depuis des décennies, les dirigeants péruviens ont été, ou bien poursuivis par la justice, ou mis en examen pour corruption : outre Kuczynski, Alejandro Toledo (2001-2006), Alan García (1985-1990, 2006-2011) qui s’est suicidé il y a quelques semaines, et Ollanta Humala (2011-2016). Alberto Fujimori (1990-2000), a été contraint de convoquer des élections anticipées à cause d’une affaire de corruption. En outre, sa fille, Keiko Fujimori, leader du principal parti de l’opposition, a été arrêtée à la demande du parquet péruvien le mercredi 10 octobre dans le cadre de l’affaire Odebrecht, accusée d’avoir organisé «un stratagème pour commettre un crime» et d’avoir «blanchi» de l’argent illicite pour financer sa campagne présidentielle de 2011[3].

Au regard de ces exemples, qui ne sont que la partie visible de l’iceberg, la tâche à accomplir est considérable, alors que la marge de manœuvre de Vizcarra est étroite. Pour que ses cinq projets de loi soient approuvés, il doit obtenir d’abord ce qu’on appelle «la question de confiance» du Législatif, inspirée du parlement européen. En cas de refus de deux demandes de confiance, la constitution péruvienne permet à l’Exécutif de dissoudre le parlement et de convoquer de nouvelles élections. C’est ce qu’attendent certains partis, comme les gauchistes Nuevo Perú et Frente Amplio, qui sont d’accord avec les propositions du président même s’ils évoquent le fait que «toute possibilité de dialogue a été épuisée» au sein du Congrès.

Par conséquent, si M. Vizcarra n’obtient pas l’aval du Législatif, son état de grâce peut être de courte durée. Il devrait rester au pouvoir jusqu’en juillet 2021, et la lutte contre la corruption, d’une ampleur inédite dans l’histoire du pays, a toutes les chances de servir de pivot à ses stratégies électorales. Devenu président sans passer devant les électeurs (il était le vice-président de Kuczynski), avec l’atout de ne pas avoir de liens politiques avec les partis traditionnels, il voudrait certainement transformer cette «promotion» interne en vraie victoire électorale. Vizcarra a manifesté depuis quelque temps son intention de remplacer l’actuel Congrès unique par un système à deux Chambres. C’est pour cela que certains se demandent déjà, s’il est légitimé par les urnes, quel sera l’avenir de cette démocratie chancelante et son régime parlementaire, embourbé jusqu’aux essieux dans un terrain meuble où plongent les attentes de tout un peuple sous le poids d’un avenir incertain.

Eduardo UGOLINI


[1] Lire l’article Stabilité démocratique et mains propres au menu du VIIIe Sommet des Amériques.

[2] Lire l’article Keiko Fujimori, fille de l’ex-président Alberto Fujimori, arrêtée à la demande du parquet péruvien.

[3] Lire l’article Le Pérou balayé par les scandales de corruption au cœur de la justice.

L’ex-président péruvien Alan García se suicide juste avant son arrestation

Alan García, ancien président péruvien, s’est suicidé le 17 avril 2019 lorsque l’équipe de l’Opération Lava Jato s’est présentée chez lui dans le but de l’arrêter. García était en train de faire face à des accusations de corruption liées à l’entreprise brésilienne Odebrecht.

Photo : Washington Post

L’ancien président péruvien Alan García est mort délibérément après s’être tiré une balle dans la tête lorsque la police est arrivée chez lui pour l’arrêter dans le cadre d’une enquête de corruption. Président de 1985 à 1990 puis de 2006 à 2011, Alan Garcia a été accusé l’an dernier d’avoir reçu de l’argent du groupe brésilien Odebrecht, à l’occasion de la construction d’une ligne de métro dans la capitale.

Cinq ans après que l’Opération Lava Jato a dévoilé une énorme affaire de corruption au Brésil, le scandale continue à laisser ses traces en Amérique latine. L’affaire a détrôné plusieurs figures politiques dans la région et d’autres sont encore sous investigation pour avoir accepté des pots-de-vin de l’entreprise de construction Odebrecht. En 2016, Odebrecht, l’entreprise de construction la plus importante en Amérique latine, a révélé avoir payé une somme de 788 millions de dollars en dessous-de-table dans une dizaine de pays de la région.

Au Pérou, Odebrecht admet avoir payé 29 millions de dollars. Quatre des présidents les plus récents au Pérou apparaissent actuellement dans le cadre de l’enquête pour corruption, avec un cinquième, Alberto Fujimori, qui purge une peine d’emprisonnement pour corruption et abus des droits de l’homme. Avec la destitution de Pedro Pablo Kuczynski en 2018, le Pérou a été le premier pays où l’affaire a renversé un dirigeant. Le mercredi 10 avril, le Pérou est également devenu la scène du premier suicide directement lié aux investigations.

Depuis 2016, lorsque ont été révélés les pots-de-vin que l’entreprise brésilienne a payés à une douzaine de pays latino-américains, García est devenu une cible pour le bureau du procureur. Alors qu’au début il n’y avait pas d’indices qui impliquaient le président péruvien directement, les procureurs savaient que son deuxième mandat (2006-2011) coïncidait avec la période de 2005 à 2014 où Odebrecht a reconnu avoir payé des dons au Pérou. L’implication du cabinet de García s’est confirmée en 2017 lorsqu’a été dévoilé que le vice-ministre des Communications d’Alan García, Jorge Cuba, avait reçu 8 millions de dollars pour la licitation de la ligne 1 du métro de Lima sur des comptes privés. Il est actuellement en détention préventive.

De plus, les initiales “AG” figuraient dans les agendas de Marcelo Odebrecht, l’ex-président du géant brésilien du bâtiment. Ces documents ont aidé à identifier quelques-uns des récepteurs de pots-de-vin. Odebrecht a confirmé aux procureurs péruviens qu’il s’agissait d’Alan García. Ce dernier a toujours rejeté ces accusations. L’enquête a commencé à faire suffoquer Alan García vers la fin de l’année dernière lorsqu’un juge a émis l’ordre de l’empêcher de sortir du pays pour une durée de 18 mois dans le cadre d’une enquête pour blanchiment d’argent, collusion et trafic d’influence. Le leader du parti Aprista a rapidement sollicité l’asile à l’ambassade d’Uruguay, demande qui a été rejetée.

La situation légale de García s’est encore compliquée récemment lorsqu’a commencé à circuler que l’ex-secrétaire présidentiel Luis Nava et son fils José Antonio Nava ont reçu 4 millions de dollars pour conclure le contrat de construction de la ligne 1 du métro de Lima.

À la suite de ces révélations, le pouvoir judiciaire a autorisé la demande du Ministère public d’arrêter durant 10 jours Alan García et d’autres inculpés. Lorsque l’équipe spéciale de l’affaire Lava Jato s’est présentée chez lui pour exécuter l’ordre, l’ancien président est monté dans sa chambre et s’est donné la mort. Son corps a été ramené à l’hôpital Casimiro Ulloa vers 7h du matin. Sa mort a été confirmée à 10h25. Puis le diagnostic a été déclaré : “impact de balle dans la tête”.

L’article 78 du Code pénal du Pérou dit que l’action publique, l’attribution de réprimer une infraction en application de la loi pénale, expire lorsque l’inculpé meurt. Cela veut dire que les investigations autour de García s’archivent. Cependant, l’ordre d’arrestation ne touchait pas uniquement Alan García, mais huit autres fonctionnaires. Sa mort met fin à l’action publique engagée contre lui, mais la mise en lumière des faits continue pour les autres accusés.

Monica GIORDANELLI

Le célèbre acteur Salvador del Solar devient Premier ministre du Pérou

Ce lundi 11 mars, le président du Pérou, Martín Vizcarra, a nommé le célèbre acteur Salvador del Solar au poste de Premier ministre, en remplacement de César Villanueva, dont il a accepté la démission le vendredi 8 mars. Salvador del Solar change donc de registre, et va diriger le deuxième gouvernement de Vizcarra, qui fêtera sa première année au pouvoir le 23 mars prochain.

Photo : Tele Sur

M. Villanueva a officiellement donné sa démission pour des raisons personnelles. La version officieuse veut qu’il ait été vivement critiqué par le président Vizcarra pour son voyage effectué fin février au Portugal et en Espagne, où il assistait à des manifestations culturelles, pendant que des pluies abondantes ravageaient des maisons, des ponts et des routes dans des dizaines de villes péruviennes.

Au Pérou, il est habituel que les présidents renouvellent leur gouvernement lorsque leur cote de popularité baisse, et Vizcarra a chuté de sept points en mars (56% de satisfaits, selon un sondage de la firme Datum International).

Salvador del Solar est né le 1er mai 1970 à Lima. Il a étudié au Colegio Santa María Marianistas de Lima, et a obtenu son diplôme d’avocat à l’université Pontificale Catholique du Pérou en 1994. Il a également obtenu une maîtrise en relations internationales à l’université de Syracuse, dans l’État de New York.

Il a été nommé ministre de la Culture par Pedro Pablo Kuczynski en 2016, mais a démissionné fin 2017, après que Kuczynski a accordé la grâce à l’ancien président Alberto Fujimori, qui purgeait une peine de 25 ans d’emprisonnement pour crimes contre l’humanité (quelques mois plus tard, un juge a annulé la grâce et Fujimori est retourné en prison).

Mais Salvador del Solar est surtout connu au Pérou pour sa carrière d’acteur et de réalisateur. Il a joué dans de nombreux films péruviens ou colombiens, téléfilms et séries, la plus célèbre d’entre elles étant Narcos, diffusée par Netflix. Il a réalisé en 2015 le film Magallanes, inspiré du roman La Pasajera de l’écrivain péruvien Alonso Cueto, qui a été nominé aux Goya Awards en Espagne dans la catégorie du meilleur film ibéro-américain, et a été récompensé dans différents festivals. Ce film est un amer portrait des ravages du conflit armé interne qui a secoué le Pérou dans les années 1980 et 1990 entre le groupe terroriste Sendero Luminoso et les forces armées.

Même si aucun changement majeur n’est attendu dans la politique générale du gouvernement, que peut-il apporter ?

Del Solar sait que sa force est d’être un bon communicant et il veut l’exploiter au maximum. Il a la réputation d’être un homme de dialogue, engagé dans la lutte contre la discrimination et favorable au modèle économique qui favorise les partenariats public-privé.

Il a déclaré sur Canal N qu’il voulait «reprendre une pratique devenue très difficile dans le pays qui consiste à dialoguer, à écouter et à mieux communiquer quels sont les problèmes et les défis». Il a également ajouté qu’il fallait «continuer à nettoyer la maison et à mettre fin à la corruption».

D’autre part, le nouveau gouvernement Vizcarra se distingue par sa parité, et pour la première fois, un des ministres est ouvertement homosexuel. Il est de tradition au Pérou que tous les ministres mettent leur poste à la disposition du président, qui peut ainsi les confirmer ou les remplacer, à l’occasion du changement du Premier ministre.

Le nouveau gouvernement est donc composé de neuf femmes et neuf hommes, alors que le précédent ne comptait que cinq femmes parmi les 18 postes. «Pourquoi est-il important qu’il y ait neuf femmes dans un gouvernement mixte au Pérou? Parce qu’il est important que nos filles grandissent en sachant qu’elles peuvent incarner l’autorité, puisque depuis des siècles les hommes pensent que l’autorité leur revient, et qu’il est encore difficile pour nous de respecter les femmes dans notre société», a souligné Del Solar dans son entretien avec Canal N.

Le Premier ministre du Pérou se présente comme un homme politique centriste, favorable aux accords de libre-échange et également aux «efforts déployés par la Commission Vérité et Réconciliation (sur le terrorisme subi au Pérou entre 1980 et 2000), dans le respect des droits de l’homme».

En tant que Premier ministre, ou officiellement président du Conseil des ministres, Del Solar devient le porte-parole du gouvernement péruvien et sera chargé de la coordination entre les membres du gouvernement. En outre, il prendra en charge les relations de l’exécutif avec les autres pouvoirs de l’État. Peut-être travaille-t-il déjà son meilleur rôle au Pérou.

Catherine TRAULLÉ

Le Pérou signe un accord de collaboration judiciaire avec l’entreprise brésilienne Odebrecht

La signature d’un accord de collaboration judiciaire entre l’entreprise brésilienne Odebrecht et les procureurs Rafael Vela, José Domingo Pérez, Jorge Ramírez et Silvana Carrión, en charge de l’affaire Lava Jato, s’est finalement faite ce vendredi 15 février. Les deux objectifs principaux de cet accord, conclu dans le cadre du scandale de corruption, sont d’une part d’obtenir des informations, et d’autre part, d’obtenir une compensation financière.

Photo : Clarin

On rappelle qu’Odebrecht, une entreprise de BTP brésilienne qui opère dans la construction, la pétrochimie, la défense et la technologie, le transport et la logistique, le carburant et dans d’autres secteurs, aurait, au cours des vingt dernières années, versé des pots-de-vin à des fonctionnaires de 12 pays, essentiellement d’Amérique latine, afin d’obtenir des avantages en matière de marchés publics… Cette vaste affaire de corruption implique au Pérou, outre toute l’élite politique actuelle, plus de 300 personnes et des dizaines d’entreprises, ainsi que quatre anciens présidents, Alejandro Toledo (2001-2006) qui a fui aux États-Unis et fait l’objet d’une demande d’extradition, Ollanta Humala (2011-2016) qui a été emprisonné pendant neuf mois, jusqu’en juin dernier, Alan García (1985-1990 et 2006-2011) qui a tenté d’obtenir, en vain, l’asile politique auprès de l’ambassade d’Uruguay, et Pedro Pablo Kuczynski (2016-2018) qui a démissionné en mars dernier.

Cet accord de coopération avec l’entreprise brésilienne de construction, permettra au système judiciaire péruvien d’accéder à des informations «très précieuses»sur les «crimes graves» commis dans le pays, selon une déclaration faite lors d’une conférence de presse au consulat du Pérou à São Paulo par Rafael Vela. Selon lui, cet accord, qui aura un caractère «progressif et permanent», rendra possibles, si Odebrecht assume bien l’engagement de communiquer à tout moment les informations requises,que «de nouveaux axes de recherche» ou même de «nouvelles enquêtes» soient menés dans l’avenir. Odebrecht a clairement reconnu avoir contribué à la gestion de grands travaux d’infrastructure au Pérou entre 2005 et 2014, ainsi qu’à la campagne électorale de plusieurs personnalités politiques du pays, qui font donc actuellement l’objet d’enquêtes.

L’accord prévoit par ailleurs le versement, sur quinze ans, de 610 millions de soles (182 millions de dollars) pour les pots-de-vin versés, ainsi que les intérêts légaux correspondant à la valeur convenue, ce qui pourrait atteindre 150 millions de soles (environ 45 millions de dollars). Jorge Ramírez a de plus souligné qu’Odebrecht, en échange de sa possibilité de candidater aux appels d’offres publics au Pérou, devrait encore payer en 2019 «tous les impôts en vigueur à ce jour», ce qui représente 450 millions de soles (135 millions de dollars). «C’est-à-dire que cette année entreraient dans le Trésor public 450 millions de soles (135 millions de dollars), plus 80 millions de soles (24 millions de dollars) qui correspondent au premier versement d’indemnisation civile», a t-il déclaré.

Dès le 18 février et jusqu’en mars, les procureurs péruviens recueilleront les déclarations de plusieurs anciens responsables péruviens d’Odebrecht, dont Barata, dans la ville de Curitiba, capitale régionale de l’État du Paraná, dans le sud du pays. Outre les témoignages directs, le Bureau du Procureur aura accès aux informations des systèmes «My Web Day» et «Drousys», par lesquels Odebrecht a demandé, traité et contrôlé les opérations de paiement de pots-de-vin. Le procureur Vela a célébré la signature de «l’accord fructueux» après un processus de négociation «complexe», car, a-t-il expliqué, nombre de ces données étaient «sous la garde des autorités brésiliennes».

Pour sa part, l’entreprise Odebrecht a fait savoir que le Pérou était le huitième pays avec lequel elle parvenait à signer un accord, et qu’elle continuera «à rechercher des accords de même nature» avec les autres pays où elle opère, dans le cadre de la «restructuration en profondeur» qu’elle met en œuvre, et de «la mise en œuvre d’un système mondial de conformité rigoureux». Les autres pays avec lesquels elle a signé des accords sont le Brésil, les États-Unis, la Suisse, la République dominicaine, le Panama, l’Équateur et le Guatemala.

Catherine TRAULLÉ

La lutte continue contre la corruption judiciaire au Pérou autour d’Odebrecht

Le président péruvien Martín Vizcarra a demandé au Congrès, le mercredi 2 janvier, d’adopter une loi déclarant le ministère public en situation d’urgence pour suspendre ses activités, et ainsi révoquer le procureur général Pedro Chávarry. Ce dernier a limogé le lundi 31 décembre 2018 deux procureurs enquêtant sur l’élite politique impliquée dans des pots-de-vin de la société Odebrecht, révocation qui a provoqué des manifestations dans plusieurs villes du pays.

Photo : Pedro Chávarry/La República

Martín Vizcarra a écourté son séjour au Brésil, où il devait assister à l’intronisation du président Jair Bolsonaro, et a annulé une réunion avec le secrétaire d’État des États-Unis, Mike Pompeo, afin de se joindre aux protestations contre l’éviction des deux procureurs.

Les procureurs Rafael Vela et José Domingo Pérez enquêtaient depuis six mois sur l’affaire Odebrecht. Leur éviction, au nom d’une supposée violation du «principe de réserve» et d’un «manque de rigueur», intervenait alors que fin décembre, José Domingo Pérez avait accusé le procureur général Chávarry de dissimulation et d’obstruction dans les enquêtes contre Odebrecht et contre la leader de l’opposition, Keiko Fujimori. L’équipe que dirigeait le procureur Vela était chargée d’enquêter sur quatre anciens présidents péruviens : Alejandro Toledo (2001-2006) qui a fui aux États-Unis et fait l’objet d’une demande d’extradition, Ollanta Humala (2011-2016) qui a été emprisonné pendant neuf mois, jusqu’en juin dernier, Alan García (1985-1990 et 2006-2011) qui a tenté d’obtenir, en vain, l’asile politique auprès de l’ambassade d’Uruguay, et Pedro Pablo Kuczynski (2016-2018) qui a démissionné en mars dernier. Dans le collimateur également, Keiko Fujimori, actuellement en détention préventive, accusée d’avoir reçu des versements illégaux d’Odebrecht lors de sa campagne électorale de 2011.

On rappelle qu’Odebrecht est une entreprise brésilienne, qui opère dans la construction, la pétrochimie, la défense et la technologie, le transport et la logistique, le carburant et dans d’autres secteurs, qui aurait au cours des vingt dernières années versé des pots-de-vin à des fonctionnaires de 12 pays : Angola, Argentine, Colombie, Équateur, États-Unis, Guatemala, Mexique, Mozambique, Panama, Pérou, République dominicaine et Venezuela, afin d’obtenir des avantages en matière de marchés publics… Le scandale péruvien éclabousse toute l’élite politique actuelle, plus de 300 personnes et des dizaines d’entreprises.

La presse péruvienne a tiré à boulets rouges contre la décision du procureur général, et des centaines de personnes ont spontanément manifesté devant le siège du ministère public aux cris de «Dégage, Chávarry!». Dans un pays où les Péruviens méprisent les magistrats et les considèrent parfois comme indolents ou corrompus, les procureurs Vela et Pérez sont populaires. Les manifestants portent même des drapeaux péruviens avec le visage de Pérez imprimé à l’encre noire. Certaines radios l’ont nommé homme de l’année le dernier jour de 2018, date à laquelle il a été démis de ses fonctions.

Bien que Pedro Chávarry ait réintégré les deux procureurs dans leurs fonctions dès le 2 janvier, en expliquant avoir décidé cette réintégration «en prenant en considération la portée et l’importance des investigations liées à des délits de corruption de fonctionnaires et autres dans lesquels serait impliquée l’entreprise Odebrecht», et que le président ait déclaré aux journalistes qu’il en était satisfait, il n’en a pas pour autant annulé sa décision de révoquer le procureur général. Le projet de loi soumis au Congrès propose également qu’un procureur général temporaire dirige le ministère public jusqu’à l’élection d’un nouveau procureur général par le conseil de magistrats élu. La décision initiale de M. Chávarry de destituer les deux procureurs a provoqué une indignation populaire qui ne faiblit pas malgré son revirement ultérieur.

Le licenciement des procureurs mettait en péril l’accord signé avec Odebrecht en décembre. Les procureurs allaient recevoir toutes sortes d’informations des systèmes informatiques cryptés appelés «MyWebDay» et «Drousys» utilisés par Odebrecht pour protéger leurs pots-de-vin. L’entreprise de construction s’était également engagée à verser 181 millions de dollars en quinze ans à titre de réparation.

Même si Martín Vizcarra a déclaré qu’«Odebrecht ne devrait pas continuer à travailler au Pérou», il respecte cependant les autorités qui ont négocié un accord avec Odebrecht. La signature d’un accord de collaboration judiciaire entre l’entreprise brésilienne Odebrecht et l’équipe fiscale de l’affaire Lava Jato, prévue pour le 11 janvier, a été reportée en raison de la crise interne que traverse le ministère public. Pour l’instant, Pedro González Chávarry refuse de démissionner de son poste…

Catherine TRAULLÉ

Martín Vizcarra, président du Pérou, remporte son référendum contre la corruption

Le président péruvien, Martín Vizcarra, a remporté haut la main «son» référendum anticorruption, dimanche 9 décembre dernier. L’actuel président, ingénieur de 55 ans, était quasiment inconnu lorsqu’il a succédé il y a quelques mois à Pedro Pablo Kuczynski. 

Photo : TDG.ch

M. Vizcarra s’était livré à un bras de fer avec le Congrès, dominé par l’opposition fujimoriste (extrême droite), pour l’obliger à accepter un référendum national ayant pour but de déraciner la corruption dans le pays, son «cheval de bataille». Il avait présenté ses propositions de réformes le 28 juillet, après un scandale frappant l’institution judiciaire qui avait entraîné de multiples démissions, y compris celle du président de la Cour suprême, Duberlí Rodríguez. Et rappelons que les quatre derniers présidents du pays sont dans le collimateur de la justice péruvienne dans le scandale Odebrecht : outre M. Pedro Pablo Kuczynski, il s’agit d’Alejandro Toledo (2001-2006), d’Alan García (1985-1990, 2006-2011) et d’Ollanta Humala (2011-2016).

Ce référendum constitutionnel a eu lieu le 9 décembre dernier et était composé de quatre questions distinctes portant sur une réforme de la magistrature, la limitation du financement des campagnes électorales, celle du nombre de mandats des élus, ainsi que le retour au bicaméralisme. C’est la première fois depuis l’adoption de la Constitution, en 1993, que les Péruviens étaient appelés à se prononcer sur sa modification. Voici quelles étaient précisément les questions soumises au référendum :

  • «Approuvez-vous la réforme constitutionnelle sur la structure et les fonctions de la Cour nationale de justice, anciennement Conseil national de la magistrature ?»

La réforme propose la dissolution du Conseil, et son remplacement par une Cour nationale de justice dont les membres seraient désormais sélectionnés par le défenseur des droits, le procureur général, le président de la branche judiciaire, le contrôleur général et le président du tribunal constitutionnel, dans le cadre d’un processus public basé sur le mérite. La durée de leur mandat serait notamment limitée à cinq ans, non renouvelables. La Cour devrait également présenter un rapport annuel de ses activités devant le Congrès. Cette réforme est considérée comme la plus susceptible d’entraîner des changements en profondeur dans le pays.

  • « Approuvez-vous la réforme constitutionnelle qui régule le financement des organisations politiques ?»

L’article 35 de la Constitution régule le financement des partis politiques. Ses dispositions ont été vivement critiquées comme insuffisantes lorsque l’ex-directeur d’Odebrecht a avoué en mars 2018 avoir illégalement financé les campagnes électorales des quatre précédents présidents et même de l’adversaire du dernier. La réforme soumise à référendum propose d’établir des audits et des mécanismes de contrôle, de brider au maximum le financement des campagnes des candidats par des entités privées, et de mettre en place des sanctions pour les partis qui ne s’y conformeraient pas. Les groupes politiques se verraient également interdits de recevoir des dons de la part d’individus condamnés pour certains crimes, de même que ceux d’origine anonyme. Les nouvelles mesures imposant la transparence vont jusqu’à stipuler que «tout don d’origine non établie devra être considéré comme d’origine illicite».

  •  «Approuvez-vous la réforme constitutionnelle qui interdit la réélection immédiate des parlementaires de la République ?»

La réforme prévoit l’interdiction pour les parlementaires de se présenter à leur réélection pour un mandat consécutif. Ce changement est considéré comme en partie symbolique, le taux de réélection au Congrès se limitant à environ un tiers de ses membres en moyenne. Les Péruviens considèrent cependant à une très large majorité que leur législature est l’institution la plus corrompue de tout le pays. 

  • «Approuvez-vous la réforme constitutionnelle qui établit le bicamérisme au Congrès de la République ?»

La réforme prévoit un passage au bicaméralisme, qui ferait de l’actuelle chambre unique, le Congrès de la République composé de 130 députés, la chambre basse d’un Parlement auquel serait ajouté pour chambre haute un Sénat composé de 50 sénateurs. Les candidats devraient être Péruviens de naissance et être âgés d’au moins 25 ans pour les députés et 35 ans pour les sénateurs. Le système législatif péruvien avait déjà été bicaméral jusqu’en 1992. Cette année-là, le président Alberto Fujimori avait procédé par un coup de force à la dissolution du Congrès et à l’adoption d’une nouvelle constitution ne conservant que la chambre basse. 

Le projet originel prévoyait de baisser le nombre de députés à 100 et de porter à 30 celui des sénateurs. Le congrès dominé par le parti Force populaire est cependant parvenu à en détricoter le contenu. Le nombre de parlementaires était ainsi relevé et les dispositions imposant la parité homme/femme retirées. Surtout, les parlementaires procédaient à une modification du texte retirant au président le pouvoir de poser au Congrès une question de confiance sur un projet de loi qui, dans certaines circonstances, lui permet, en cas de refus, de procéder à la dissolution de l’Assemblée. Cette disposition venait justement d’être utilisée en septembre par le président Vizcarra pour forcer la main du Congrès qui tentait d’enterrer le projet référendaire. Les changements apportés au projet étaient tels que Vizcarra lui-même avait annoncé qu’il voterait contre.

Selon des résultats officiels provisoires portant sur 83,69 % des bulletins, les Péruviens ont approuvé massivement, à près de 80 %, les trois premières réformes constitutionnelles proposées par le chef de l’État. Les 130 législateurs actuels se retrouveront donc sans siège après la fin de leur mandat prévue le 28 juillet 2021. En revanche, les électeurs ont refusé de rétablir un système bicaméral, proposition initialement soutenue par le président Vizcarra qui s’était ensuite ravisé pour ne pas rogner les pouvoirs présidentiels. 

Ces résultats sont une victoire pour Martín Vizcarra, cet ingénieur de 55 ans quasiment inconnu lorsqu’il a succédé il y a quelques mois à Pedro Pablo Kuczynski. Il sort ainsi renforcé du scrutin au détriment du Parlement, ce dernier faisant les frais de son discrédit auprès des Péruviens. Ce référendum «marque le début d’un changement que nous souhaitons pour le Pérou et pour tous les Péruviens», a-t-il déclaré à l’issue du scrutin.

Catherine TRAULLÉ

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