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Honduras

Au Honduras, les assassins de l’activiste Berta Cáceres condamnés

Après un procès de six semaines dans la capitale hondurienne, Tegucigalpa, sept hommes ont été jeudi 29 novembre reconnus coupables du meurtre de Berta Cáceres, leader environnementaliste Lenca, un des peuples autochtones du pays. Elle a été abattue chez elle, le 2 mars 2016 à minuit, par deux hommes armés, pour s’être opposée au projet d’un barrage sur la rivière Gualcarque, dans l’ouest du Honduras par l’entreprise Desa. Les Lencas considèrent le fleuve comme sacré et son eau est indispensable à leur survie.

Photo : Claudia Korol

Le tribunal a jugé que le meurtre avait été ordonné par les dirigeants de la société du barrage, Desa, en raison des retards et des pertes financières liés aux manifestations dirigées par Berta Cáceres. Les assassins payés pour tirer sur Cáceres et ceux qui ont organisé le crime ont été condamnés, mais les commanditaires du meurtre restent pour l’instant dans l’impunité.

Deux des condamnés sont liés à Desa : Sergio Rodríguez Orellana, directeur du développement social et environnemental de l’entreprise, et Douglas Bustillo, lieutenant à la retraite de l’armée hondurienne qui avait occupé le poste de chef de la sécurité de la société mais en était parti avant la mort de Berta. Cinq autres personnes, dont Mariano Diaz, un commandant de l’armée hondurienne, ont également été condamnées. Un autre accusé, le frère de l’un des accusés, a été acquitté.

Le directeur général de Desa, David Castillo, arrêté en mars 2018, sera jugé séparément. L’entreprise continue de nier toute implication et a déclaré que MM. Castillo et Rodríguez, les deux dirigeants travaillant pour Desa au moment du meurtre, avaient été accusés et condamnés à tort.

Le sang coule toujours au Honduras 

Le procès, qui avait commencé le 17 septembre, s’est déroulé sans représentation légale pour les victimes, car le tribunal avait exclu les avocats de la famille de Berta et de Gustavo Castro, blessé lors de l’attaque. Ils accusaient les trois juges de partialité et d’abus de pouvoir et avaient demandé qu’ils soient récusés et remplacés, parce qu’une série de décisions et d’omissions au cours des audiences préliminaires rendaient la procédure irrégulière et démontraient une partialité à l’égard des victimes. En août dernier, le procureur général avait été obligé d’admettre que les enquêteurs n’avaient pas analysé de nombreux téléphones portables, tablettes, ordinateurs, disques durs, documents et même une arme à feu et des balles confisquées lors des arrestations et des perquisitions plus de deux ans auparavant.

Le tribunal a aussi refusé d’appeler à la barre, à titre de témoins, les dirigeants de Desa, dont certains membres de la famille Atala Zablah, l’un des clans les plus puissants du Honduras. Les juges avaient aussi interdit la retransmission vidéo du procès, mais une équipe d’observateurs juridiques internationaux a été autorisée à suivre les débats.

Malgré l’indignation internationale suscitée par le meurtre de Berta Cáceres, le sang coule toujours au Honduras. Le 29 novembre, un activiste environnemental, Reynaldo Reyes Moreno, a été tué par deux assassins à moto. Il dirigeait la lutte d’une petite communauté contre un vaste projet solaire financé au niveau international dans le sud du Honduras et imposé par l’État hondurien sans la consultation obligatoire des communautés locales.

Laura Zúñiga, la plus jeune fille de Berta Cáceres, a déclaré, à la fin de l’audience : «Pour en finir avec ces meurtres, il faut en finir avec l’impunité des auteurs de ces crimes. Notre combat pour la dignité, la vérité et la justice ne s’arrête pas là. Nous continuerons à nous battre.»

Élisabeth SCHNEITER
D’après Reporterre

Des milliers de migrants honduriens marchent vers les États-Unis, envers et contre Trump

Défiant les menaces de Donald Trump, une foule de milliers de migrants, pour la plupart honduriens, poursuit sa marche vers les États-Unis. Après avoir traversé le Guatemala, les migrants ont franchi la frontière mexicaine et ont installé des camps de fortune dans des espaces publics de la ville de Tapachula. La police mexicaine, qui suit leur progression, se garde pour l’instant d’intervenir. Nous reproduisons ici un article de Radio Canada.

Photo : Infobae

Ces migrants qui, par méfiance, ont refusé de se rendre dans les refuges que leur ont réservés les autorités, bénéficient de l’aide de Mexicains pour poursuivre leur chemin, que ce soit à bord de camionnettes, de fourgonnettes ou de camions de marchandises. L’un de ces bons Samaritains, Jesus Valdivia, de Tuxtla Chico, au Mexique, a laissé monter jusqu’à une vingtaine de migrants dans son véhicule, au détriment de sa suspension qu’il entendait parfois grincer sous leur poids. «Vous devez aider ces gens, a-t-il commenté. Aujourd’hui, on le fait pour eux, demain ce sera pour nous.» M. Valdivia ajoute qu’il reçoit un cadeau précieux des gens qu’il aide : «Ils nous apprennent à apprécier ce qu’ils n’ont pas

L’une de ses passagères, Brenda Sanchez, de San Pedro Sula, au Honduras, a voyagé avec ses trois neveux de 10, 11 et 19 ans. Elle a tenu à témoigner sa gratitude envers «Dieu et les Mexicains qui les ont aidés». Elle a même eu de bons mots pour la police mexicaine. «La caravane comprend 7233 personnes, dont la plupart ont l’intention de continuer leur marche vers le nord», a déclaré le porte-parole adjoint de l’ONU, Farhan Aziz Haq, en soulignant la nécessité qu’elles soient «traitées avec respect et dignité».

Farhan Aziz Haq a précisé que l’Organisation internationale des migrations (OIM) et le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) de l’ONU étaient mobilisés pour porter assistance à ces migrants. «Cette situation doit être gérée en accord avec le droit international et dans le plein respect des pays à contrôler leurs frontières», a ajouté Farhan Aziz Haq en faisant valoir que «les États de la région devaient coopérer pour résoudre la crise».

Le rêve américain

Épuisés par de longues heures de marche, les migrants ne songeaient qu’à se procurer de quoi survivre. «Je veux juste trouver de la nourriture et un endroit où dormir», a déclaré un jeune Hondurien de 16 ans, Roger Pineda, qui a rejoint la caravane la semaine dernière avec cinq membres de sa famille et un groupe d’amis. Ils disent avoir fui la violence, la corruption et la pauvreté de la ville de San Pedro Sula. «J’espère que Trump nous permettra de passer de l’autre côté», a-t-il lancé.

Transportant l’ours polaire en peluche de ses filles de trois et quatre ans, une Hondurienne explique qu’il s’agit du seul et unique jouet qu’elle a apporté. Diplômée en administration des affaires, Besi Jaqueline Lopez souhaite trouver du travail aux États-Unis. Elle précise avoir été incapable de le faire au Honduras. Elle accepterait également de demeurer au Mexique si elle parvenait à y décrocher un emploi.

Les migrants ont pu compter sur la sympathie de nombreux Mexicains qui leur ont fourni eau, nourriture et vêtements. Alors que les migrants traversaient des villages mexicains, les habitants ont applaudi et crié des encouragements. Une Mexicaine de Lorenzo, Maria Teresa Orellana, a distribué des sandales aux migrants passant par là. «C’est de la solidarité», dit-elle. «Ce sont nos frères.»

Menace de châtiments

Après avoir blâmé les démocrates pour la «faiblesse des lois» sur l’immigration quelques jours auparavant, Donald Trump a déclaré sur Twitter lundi que : «Les caravanes sont une honte pour le Parti démocrate. Changez les lois sur l’immigration MAINTENANT !» «Tous les efforts sont faits pour mettre un terme aux afflux d’étrangers illégaux de franchir notre frontière méridionale», a-t-il déclaré dans un autre tweet. «Les gens doivent faire une demande d’asile au Mexique en premier et, s’ils ne le font pas, les États-Unis les expulseront. Les cours demandent aux États-Unis de faire des choses impossibles», a-t-il poursuivi.

Mettant à exécution l’une de ses menaces, le président Trump a annoncé «la réduction ou la suppression de l’aide américaine» à trois pays d’Amérique centrale. «Le Guatemala, le Honduras et le Salvador ont été incapables d’empêcher leurs gens de quitter leur pays pour tenter d’entrer illégalement aux États-Unis, a déclaré le président Trump sur Twitter. Nous allons commencer à supprimer ou à réduire substantiellement l’aide étrangère massive que nous leur acheminons régulièrement.» Les trois pays ont touché, ensemble, quelque 500 millions de dollars des États-Unis en 2017.

Toujours sur Twitter, le président Trump a blâmé les autorités mexicaines pour leur incapacité à juguler la marche des migrants. «Malheureusement, on dirait que la police et l’armée mexicaines sont incapables d’arrêter la caravane, a-t-il déploré. J’ai alerté la police frontalière et l’armée américaine en leur disant qu’il s’agissait d’une urgence nationale.»

De son côté, le gouvernement mexicain a prévenu les migrants qu’ils devaient présenter une demande d’asile au Mexique sans quoi ils seraient expulsés. La forte affluence de migrants mettra toutefois l’appareil gouvernemental mexicain à rude épreuve. Le Mexique a d’ailleurs demandé l’aide de l’ONU pour faire face à la situation. Plus de 3400 migrants honduriens ont d’ailleurs été renvoyés dans leur pays d’origine au cours des dernières 48 heures, selon la femme du président hondurien Juan Orlando Hernández, Ana Garcia de Hernández.

Qu’à cela ne tienne, une nouvelle colonne de quelque 1000 migrants, en provenance du Honduras, marche à travers le Guatemala en direction des États-Unis, selon le ministère de l’immigration guatémaltèque. Ces centaines de migrants, marchant sous un soleil de plomb, soutiennent se sentir plus en sécurité en progressant en convoi. «Nous allons y arriver, nous allons continuer d’avancer tant qu’ils ne nous arrêteront pas», a déclaré un Hondurien de 17 ans, Jaffe Borjas. Il marche avec un ami d’enfance en tête de la colonne. À l’approche de Tapachula, ils se sont mis à chanter : «Si vous nous renvoyez, nous reviendrons !»

D’après Radio Canada

Juan Orlando Hernández de nouveau président. Un coup d’État civil en plusieurs phases ?

Une Constitution bafouée, des accusations de fraude, des institutions à la solde du gouvernement, les élections du président Juan Orlando Hernández seraient-elles un coup d’État civil destiné à empêcher une victoire du centre gauche ? Entre les dérives autoritaires d’un président tout acquis au néolibéralisme, le soutien du FMI et des États-Unis, l’indifférence de l’Union Européenne, les ONG européennes ont rédigé une lettre ouverte qui exige notamment « le respect du choix des peuples dans les urnes ».

Photo : Página ciudadana

En 2009, le président Manuel Zelaya envisage un léger rapprochement avec l’ALBA, une entité politico-économique de huit pays (dont le Brésil et l’Argentine) impulsée par le Venezuela de Hugo Chávez, au grand désarroi des élites économiques honduriennes qui redoutent une alternative au néolibéralisme. Comment empêcher cela ? L’occasion surgit lorsque le président Zelaya propose, à l’occasion des prochaines élections, de consulter la population sur la possibilité d’amender la Constitution. Une alliance politico-militaire l’accuse d’enfreindre la Constitution : le 29 juin, l’armée l’arrête en pleine nuit, le met en pyjama dans un avion et l’expulse vers le Costa Rica ! Les putschistes organisent des élections, remportées par Porfirio Lobo, un des leurs. Les États-Unis et l’Europe gardent un silence complice et reconnaissent rapidement le nouveau gouvernement… Le président du Congrès est Juan Orlando Hernández, connu comme JOH.

Le soutien du FMI

En tant que président du Congrès, JOH impulse une politique économique inspirée par le FMI (Fonds monétaire international), gardien de l’orthodoxie néolibérale : programmes d’ajustements économiques, réduction des dépenses publiques, privatisations, annulation des acquis sociaux, baisse des salaires de base, vente du patrimoine public au privé, etc. En 2013, soutenu par le parti au pouvoir Partido Nacional, Juan Orlando Hernández est élu président de la République au terme d’élections qualifiées de frauduleuses. Les élites économiques sont soulagées : le modèle n’est plus en danger, du moins jusqu’en 2017…

Un coup d’État civil en deux phases

Mais les politiques d’austérité affectent gravement la vie des citoyens qui commencent à protester. La dérive autoritaire du président fait vite son apparition : prévoyant des résistances à ses politiques sociales, JOH crée une Police militaire et des troupes policières de choc, puis s’attaque à la Constitution. Alors que celle-ci interdit une réélection (une des raisons du coup d’État de 2009), il est clair que le président Juan Orlando Hernández verrait bien le candidat JOH se représenter aux élections de 2017 ! Comment contourner la Constitution ? En changeant ses gardiens, tout simplement. Première phase du coup d’État : il fait élire des membres du Tribunal électoral acquis à sa cause, remplace les membres de la Cour suprême par des hommes à lui et place un ami au poste de Procureur général de la République. Sans surprise, la Cour suprême décide que l’interdiction de réélection est anticonstitutionnelle et que JOH peut se représenter.

Deuxième phase : manipuler les élections

Les élections du 26 novembre dernier se présentent mal pour le président. Une alliance de centre gauche, le Parti de l’opposition à la dictature [1], présidé par l’ancien président Manuel Zelaya, propose un présentateur de télévision célèbre, Salvador Nasralla, comme candidat à l’élection présidentielle. Et les sondages annoncent un coude à coude avec JOH. Le 27 novembre, le lendemain du vote, à la mi-journée, alors que plus de la moitié des bulletins sont comptés, le candidat de l’opposition a cinq points d’avance sur le président ! C’est alors que les embrouilles commencent. « Le système informatique est tombé », annonce le Tribunal électoral. Des « pannes de courant » répétées bloquent les résultats électroniques. Quand « le système » est rétabli, le président-candidat a miraculeusement gagné neuf points et passe devant le candidat de l’opposition. Celle-ci dénonce une fraude électorale. Mais quelques jours plus tard, le Tribunal déclare JOH gagnant avec moins d’un point et demi d’avance… Les États-Unis reconnaissent le gagnant, l’Union Européenne regarde ailleurs. Coup d’État réussi…

En France, des ONG protestent

Cette fraude, dénoncée par le Parti de l’opposition à la dictature, provoque de grandes manifestations populaires violemment réprimées (30 morts et 300 blessés). Mais le manque de réaction des USA et de l’UE a découragé le candidat perdant : Salvador Nasralla annonce qu’il abandonne la politique et retourne à ses émissions de télévision. Par contre, Manuel Zelaya annonce une opposition tenace au pouvoir autoritaire de JOH. En France, impulsée par les associations Alerte Honduras et France Amérique latine, et signée par plusieurs autres [2], une lettre ouverte publiée le 24 janvier « exige le respect du choix du peuple dans les urnes et son droit à disposer de son avenir […] et l’arrêt de la répression ». Ces associations rappellent que l’article 3 de la Constitution hondurienne proclame que « personne ne doit obéissance à un gouvernement usurpateur ni à ceux qui assument des fonctions par la force des armes… Le peuple a le droit de recourir à l’insurrection pour défendre l’ordre constitutionnel » [3]. Le président Hernández a pris ses fonctions il y a quelques jours, ce 26 janvier dernier, pour quatre ans…

Jac FORTON

[1] Composée des Parti Libre, Parti Innovation et Unité et un secteur du Parti Anti-corruption.
[2] Le Collectif Guatemala, Forum Honduras Suisse, Association AlterCultures, le Centre Tricontinental (CETRI, Belgique), la Confédération paysanne, le Parti communiste français et Terre et Liberté pour Wallmapu.
[3] Voir le texte complet sur Alerte Honduras : www.facebook.com/alertehonduras ou FAL : www.facebook.com/france.ameriquelatine.

Élections présidentielles au Honduras : les deux principaux candidats au coude à coude et des suspicions de fraude

Alors qu’en 2009, la Cour suprême demandait à l’armée d’arrêter le Président Manuel Zelaya qui prétendait changer la Constitution pour permettre sa réélection, celle-ci autorise aujourd’hui le Président actuel, Juan Orlando Hernández (Parti national de droite), à se représenter ! La lenteur du dépouillement des résultats fait soupçonner des pratiques frauduleuses.

Photo : Salvador Nasralla/Página 12

Le coup d’État de 2009

À l’époque, le Président Manuel Zelaya propose que, à l’occasion des futures élections de novembre, une « quatrième urne » soit mise en place. Cette consultation populaire portait sur la question suivante : « Êtes-vous d’accord pour qu’une assemblée constituante discute de modifications à la Constitution ? ». Il s’agissait de modifier un des articles qui interdit la réélection d’un président ou d’un ancien président. Le Parlement et le pouvoir judiciaire, entièrement contrôlés par la droite, y virent l’occasion de se débarrasser d’un président accusé de « gauchisme », parce qu’il envisageait un rapprochement avec le Venezuela d’Hugo Chavez. Accusé de « traître à la patrie, d’abus d’autorité et d’usurpation de fonctions », Zelaya est arrêté par l’armée au petit matin, mis en pyjama dans un avion militaire et expulsé au Costa Rica ! Pour que les choses soient claires, l’armée arrête également les ambassadeurs du Nicaragua, de Bolivie et du Venezuela. Ceci est vécu en Amérique latine comme un coup d’État.

Un deuxième coup d’État en 2017 ?

Le président actuel, Juan Orlando Hernández (connu sous le sigle JOH), issu du Partido Nacional qui a soutenu le coup d’État de 2009, n’a donc pas pu, selon le même article de la Constitution, se représenter aux élections présidentielles du 26 novembre dernier. La montée de la coalition Alliance de l’Opposition contre la Dictature de Salvador Nasralla (gauche) inquiète la droite. Le président Hernández souhaitant conserver son statut, il lui a suffit de convaincre la Cour suprême de passer outre la loi en vigueur. Tous les rouages de l’État étant contrôlés par sa personne, cette dernière s’est empressée de déclarer que l’article 239 était « inapplicable » concernant les élections présidentielles de 2017 ! Ce tour de passe-passe autorise ainsi la nouvelle candidature du Président sortant. Manifestement, ce qui est un crime pour un président de centre gauche n’en est plus un quand il s’agit d’un président de droite…

Mauvaise surprise pour le président sortant

Il y avait neuf candidats, dont trois seulement avaient une chance de gagner au premier tour : le président sortant Juan Orlando Hernández du Partido Nacional, grand favori de l’élection, Salvador Nasralla du Parti de gauche Alianza de Oposición contra la Dictadura et Luis Zelaya (aucun rapport familial avec l’ancien président Manuel Zelaya victime du coup d’État de 2009) du Partido Liberal très à droite. Le premier bulletin du Tribunal électoral n’était pas encore publié que le Président sortant clamait déjà sa victoire, suivi aussitôt par son opposant Nasralla. Tout le monde crie victoire sauf Luis Zelaya, reconnaissant sa défaite et félicitant Nasralla qu’il déclare vainqueur des élections.

Après les premiers résultats, le silence…

Les premiers résultats donnent Salvador Nasralla devançant Juan Orlando Hernández d’environ cinq points, « une tendance difficilement réversible » selon des observateurs. Les votes dépouillés jusqu’à présent sont ceux émis électroniquement dans les grandes villes comme la capitale Tegucigalpa, ou San Pedro Sula. Restent à dépouiller plusieurs centaines de milliers de votes venant des zones les plus reculées du pays et dont les urnes arrivent lentement par camions à la capitale – ce qui les exposent à toutes les manipulations possibles, dénonce l’opposition.

Une lenteur suspecte

La lenteur du dépouillement éveille les soupçons. La sociologue Mirna Flores, de l’Université Nationale, a confié au journal argentin Página12 que « les citoyens ne croient plus dans les institutions : une Cour suprême qui approuve un candidat contre la Constitution et un Tribunal Électoral qui accepte une inscription illégale… Et maintenant, tant de temps pour compter les votes. Les citoyens croient que se prépare une fraude électorale » pour que gagne le président Hernández. Le fait que les ordinateurs du Tribunal électoral (TSE) soient tombés plusieurs fois en panne, dont une fois pendant plus de cinq heures, inquiètent avec raison les électeurs de Nasralla. Vendredi 1er décembre au matin, le TSE annonçait que le gagnant était le président Hernández par une très étroite marge de 1 %. Les électeurs de l’Alliance sont immédiatement descendus dans la rue pour crier à la fraude. Salvador Nasralla a annoncé qu’il ne reconnaîtra pas les résultats et exige que les actes de votes soient recomptés devant des observateurs internationaux indépendants « et surtout pas par le TSE ». Le Honduras entre en grave crise institutionnelle…

Jac FORTON

Selon une enquête du journal « The Guardian », Berta Caceres aurait été assassinée par un escadron de la mort militaire

Un an après l’assassinat de la dirigeante indigène Berta Caceres, des documents « fuités » de la justice indiqueraient que le meurtre serait une exécution extrajudiciaire mise sur pied par des spécialistes du renseignement hondurien formés aux États-Unis, pour éliminer l’opposition des indigènes à la construction d’un barrage.

Qui était Berta Caceres ?   Indigène Lenca, grande défenseure des Indiens, des petits paysans, des femmes et de l’environnement, elle était co-fondatrice du COPINH (Conseil civique des organisations populaires et indigènes du Honduras). Surtout, elle  organisait des campagnes d’opposition au barrage Agua Zarca sur la rivière Gualcarque et au système économique basé sur l’extractivisme. Ce projet de quatre barrages mené par l’entreprise chinoise Sinohydro en coopération avec la hondurienne DESA (Desarrollos Energéticos S.A.) et financé par la Banque mondiale mettait en danger l’approvisionnement en eau et la survie des communautés lencas de la région qui n’ont jamais été consultées.  Suite à ces campagnes, Sinohydro et la Banque mondiale avaient  retiré leur  soutien financier et logistique au projet en 2013. Pour son action de défense de l’environnement, Berta avait reçu le Prix Goldman de l’Environnement, considéré comme le « Nobel vert ». Pour son action, elle avait aussi été menacée de mort plus de 30 fois.

Tuée dans un espace « protégé ».   Suite à ces menaces, Berta Caceres avait déménagé dans une maison utilisée par le COPINH dans un quartier résidentiel fermé, c’est-à-dire entouré de barrières et dont les entrées étaient contrôlées par des policiers armés. Bizarrement, le 2 mars 2016, il n’y a personne au portail d’entrée du quartier. Un peu avant minuit, quatre hommes entrent de force dans l’appartement, tirent sur Berta et Gustavo Castro, coordinateur de l’association Amis de la terre du Mexique, tuant la première et blessant le second. Au début, les enquêteurs ont suggéré qu’il s’agissait d’un vol, puis d’un amant éconduit, puis d’un collègue fâché avec elle. Ils ont ainsi longuement interrogé le survivant Gustavo Castro mais aussi les membres du COPINH Tomás Gómez et Auriliano Molina qu’ils durent finalement relâcher. Devant les réactions indignées nationales et internationales, la police a finalement arrêté huit personnes. L’enquête du Guardian révèle que sur les huit personnes accusées du meurtre, trois sont des militaires liés aux services de Renseignements honduriens formés aux États-Unis. Les principaux suspects sont le major Mariano Diaz, un vétéran des forces spéciales qui avait été nommé Chef du renseignement militaire en 2015 ; le lieutenant Geovanny Bustillo, entré dans l’armée en même temps que Diaz, et le sergent Javier Hernández, un ancien tireur d’élite qui a travaillé sous les ordres de Diaz avant de prendre sa retraite en 2013.

Des « unités spéciales » ou des escadrons de la mort ?   Publiée dans son édition en ligne (1), cette enquête du Guardian contient une interview de l’ancien sergent Rodrigo Cruz qui affirme que le meurtre a été commis par une unité hondurienne entrainée par les Forces spéciales états-uniennes. Craignant maintenant pour sa vie, Cruz est entré en clandestinité. Suite aux révélations du Guardian, James Nealson, ambassadeur US au Honduras a déclaré qu’il demanderait une enquête. Cette unité spéciale avait été créée pour lutter contre le terrorisme, le crime organisé et les gangs mais les défenseurs des droits humains dénoncent l’utilisation des services secrets pour attaquer les dirigeants de l’opposition, en particulier ceux qui défendent le droit des indigènes et l’environnement.

Des « services » formés aux États-Unis.   On sait que le major Mariano Diaz a suivi des stages de contrespionnage au Honduras et à Fort Benning en 1997 et un cours de contre-terrorisme à l’Académie interaméricaine de l’armée de l’air aux États-Unis en 2005. Et qu’en 1997,  le lieutenant Bustillo était à l’École des Amériques en Géorgie, connue pour avoir formé des milliers de militaires latino-américains qui ont ensuite commis des crimes contre l’humanité durant les dictatures militaires de leurs pays respectifs.

Cinq civils détenus pour complicité mais qui sont les donneurs d’ordre ?   Les cinq autres suspects sont  Edilson Duarte, ancien capitaine de l’armée, son frère Emerson Duarte, qui aurait tiré les coups mortels contre la victime, Elvin Rapalo et Oscar Torres, qui auraient blessé Gustavo Castro et Sergio Rodríguez. Mais si la police hondurienne a bien capturé les tireurs et les organisateurs  du meurtre, on ignore toujours qui sont les auteurs intellectuels de ce crime, les commanditaires…

Berta, un avertissement pour les activistes ?   COPINH et les autres organisations sociales du Honduras pensent que l’assassinat de Berta Caceres est un avertissement : voilà ce qui vous attend si vous continuez à vous opposer aux grands barrages. .. Moins d’un mois plus tard, Nelson García, militant de l’environnement membre du COPINH, était assassiné à Rio Chiquito après avoir participé à une manifestation s’opposant à l’expulsion forcée de 150 familles paysannes par des agents de l’État. Deux mois plus tard, c’est Lesbia Urquia qui était tuée… Depuis le coup d’État de 2009 contre le président Manuel Zelaya, 129 activistes des droits humains ou de défense de l’environnement ont été assassinés au Honduras.

Jac FORTON

(1) Voir les éditions du Guardian des 26 avril 2016,  2 et 28 février 2017.

Assassinat de la militante hondurienne Berta Cáceres

Au Honduras, Berta Cáceres, une dirigeante indigène qui défendait les droits de l’ethnie lenca contre des entreprises hydrauliques, a été assassinée jeudi dernier dans sa maison, à 200 kilomètres de la capitale Tegucigalpa. Elle avait lutté contre plusieurs projets de barrage, menés par des entreprises honduriennes et internationales.

Berta Cáceres était la coordinatrice du Conseil des organisations des peuples indigènes du Honduras (COPINH), une organisation qui regroupe les communautés lencas, la principale ethnie du pays. Le 3 mars dernier, vers minuit, les assassins forcent la porte arrière de sa résidence pourtant située dans un lotissement gardé, exécutent la dirigeante et blessent le sociologue mexicain Gustavo Soto, membre du M4 (Mouvement méso-américain contre le modèle minier extractiviste) avec qui elle préparait un forum sur les énergies alternatives.

Comme coordinatrice, elle avait entrepris de lutter pour la défense de la vallée du río Gualcarque et plus récemment du río Blanco, dans le département de Santa Barbara, où une compagnie projetait de construire un barrage qui menaçait de laisser les communautés lencas sans eau. En 2015, pour sa lutte de la défense de l’environnement, elle avait reçu le Prix Goldman de l’environnement connu comme le Prix Nobel Vert. Pendant son discours de remerciement, Berta Cáceres avait déclaré : “Ils me suivent. Ils menacent de m’enlever, de me violer, de me tuer. Ils menacent ma famille. Voilà à qui nous sommes confrontés”.

Elle avait en effet reçu plusieurs menaces de mort de la part de grands propriétaires terriens et d’entreprises minières et hydrauliques pour sa défense des droits des communautés lencas et éviter qu’elles soient expulsées de leurs terres. Entre 2002 et 2014, 111 activistes de l’environnement ont été assassinés au Honduras, 80 ces trois dernières années (1).

Contre le barrage de Agua Zarcae

Ce projet de barrage, octroyé en 2012 à l’entreprise hondurienne Desarrollos energéticos (DESA), reçoit le soutien du chinois Sinohydro et de la Corporation financière internationale (CFI) qui dépend de la Banque mondiale. Les Lencas dénoncent immédiatement un contrat qui “donne les ríos aux entreprises privées pendant 30 ans !” Ils se mobilisent : blocages de routes, manifestations, recours divers. Fin 2013, Sinohydro met fin à sa participation “pour cause de résistance communautaire continue”. La CFI retire sa participation financière “préoccupée par les violations aux droits humains”.

Depuis, les menaces de mort contre Berta se sont accumulées. Le gouvernement hondurien avait alors reçu une injonction de protection de la dirigeante de la part de la Commission inter-américaine des droits humains (CIDH). Deux policiers avaient été chargés de sa protection mais, au moment du crime, ils étaient absents. Selon le gouvernement, Cáceres avait déménagé sans les  prévenir, ce qui est faux. De plus, elle résidait dans un lotissement fermé accessible seulement à travers un poste d’entrée surveillé par un gardien armé.

Devant l’importance des réactions nationales et internationales (Nations unies, Organisation des États Américains et même James Nealon, l’ambassadeur des États-Unis au Honduras), le président hondurien, Juan Orlando Hernández, a déclaré : “Ce crime est un crime contre le Honduras, contre le peuple hondurien. Il ne restera pas impuni…”. Il semble que trois personnes aient été arrêtées mais les Lencas dénoncent le gardien du lotissement et un membre du Copinh, utilisé comme bouc émissaire et accusé “d’avoir commis un crime passionnel”. Pour Berta Flores, la mère de Bertita, “la police dit que ce sont des voleurs qui ont été surpris et ont tiré mais tout le monde sait qu’elle a été exécutée”. Il y a quelques jours, quatre membres de l’association avaient déjà été assassinés.

Le principal argument des Lencas dans la défense de leurs communautés est que l’article 169 de l’OIT, Organisation internationale du travail, ratifié par le Honduras, oblige les États à consulter les communautés indigènes pour tout projet ayant lieu sur leurs terres. Les Lencas n’ont bien sûr jamais été consulté sur rien du tout !

Depuis le coup d’État de 2009 contre le président centriste Mel Zelaya, le Honduras est dominé par la droite néolibérale dure qui est favorable aux transnationales. Depuis, des responsables paysans, des syndicalistes, des journalistes et des dirigeants d’associations de défense des droits humains sont régulièrement assassinés dans ce pays.

Jac FORTON

(1) Chris Moye, de l’association Global Witness à la BBC en avril 2015.
Photo : (CC) Goldman Environmental Prize

Honduras : la victoire de Juan Hernández confirmée

Après la période de troubles provoquée par les élections de dimanche dernier, le Tribunal suprême électoral a confirmé la victoire de Juan Hernández malgré les accusations de fraude de la candidate de l’opposition Xiomara Castro.

Le dimanche 24 novembre, les 5 millions d’électeurs honduriens devaient élire le Président de la République, trois vice-présidents, 128 députés et 298 maires. Pour la première fois depuis 100 ans, il y a eu huit candidats à la présidence. En général, le Parti libéral et le Parti national alternaient au pouvoir… Les candidats les plus prometteurs étaient Orlando Hernández du Parti national, Mauricio Villeda du Parti libéral, Xiomara Castro du Parti Liberté et Refondation (LIBRE). Les principaux défis : la violence, l’insécurité et la pauvreté. Le Honduras est un des pays les plus violents au monde (20 assassinats par jour !), et le taux de pauvreté approche les 72 % de la population !

Le gouvernement a mobilisé 25.000 soldats et policiers pour empêcher tout acte de violence dans les bureaux de vote. D’autre part, près de 800 observateurs internationaux sont présents pour évaluer la transparence du scrutin, dont une délégation du Parlement européen… Le tribunal électoral a dévoilé les résultats partiels lundi soir : Juan Orlando Hernández  (Parti  national)   34,19 % / Xiomara Castro  (Parti Libre)  28,83 % / Mauricio Villeda (Parti  libéral) 20,76 % / Salvador Nasralla (Parti anticorruption) 15,59 % / Romeo Vasquez (Alliance  patriotique) 0,21 % / Orle Solis (Démochrétien) 0,18 % / Jorge Aguilar (PINU) 0,16 % / Andrés Pavon (UD) 0,11 %

Xiomara Castro : la montée du Parti Liberté et Refondation (Libre)

C’est la grande surprise. Ce parti mené par Xiomara Castro est rapidement devenu un danger très clair pour les partis traditionnels car il tendait à rompre la routine bipartiste. Son slogan : « pour un socialisme démocratique ». Castro est l’épouse de l’ancien président Manuel Zelaya, victime d’un coup d’Etat en juin 2009. En 2006, Zelaya du Parti Libéral avait gagné les élections présidentielles. Á quelques mois de la fin de son mandat, une alliance Congrès – Cour suprême – armée le renverse : au petit matin et en pyjama, il est  transporté de force au Costa Rica. Ses crimes ? Avoir tenté de se rapprocher de l’ALBA (1) et proposer un referendum en vue d’organiser une Assemblée constituante visant à modifier la Constitution.
Des élections frauduleuses installent Porfirio Lobo à la présidence. Zelaya revient par surprise en Honduras et se réfugie à l’ambassade du Brésil où il reste plusieurs mois. Il n’a été autorisé que récemment à rentrer dans son pays. À la suite du coup d’Etat, les partisans de Zelaya se rassemblent dans le Front national de Résistance populaire (FNRP) au sein duquel Xiomara Castro joue un rôle prépondérant qui l’a naturellement amenée à présenter sa candidature pour le Parti Libre issu du FNRP. Dès la parution des résultats, Xiomara Castro et le Parti Libre dénoncent la fraude aux élections car « les résultats annoncés par le Tribunal électoral pour de nombreuses tables de vote ne correspondent pas aux informations que nous avons reçues », et se déclarent gagnants des élections !

Juan Orlando Hernández, le dauphin du putschiste

Le gouvernement Lobo a répondu par la violence institutionnalisée à la violence des maras (2), du crime organisé, des paramilitaires et des narcotrafiquants. Hernández, président du Congrès, considéré comme autoritaire, a promis « mano dura » contre les délinquants : « Je ferai ce qu’il faut faire… Les Honduriens savent ce que je veux dire… » Ce qui inquiète fortement Victor Meza, membre de la Commission de réforme de la sécurité publique du Congrès qui propose un nouveau modèle de police, celle-ci étant pour le moment corrompue jusqu’aux os ! La Commission a proposé aux huit candidats de s’engager à créer une nouvelle police, transparente, proche de la population et respectueuse des droits de l’homme. Hernández est le seul des huit candidats à ne pas avoir signé cette proposition… Le thème de la police va certainement être un facteur décisif dans le choix des électeurs.
À peine les résultats partiels le plaçant en tête, publiés  Hernández s’était déclaré gagnant, à l’instar de son adversaire politique.

Quelques surprises

C’est d’abord la troisième place de l’avocat conservateur Mauricio Villeda du Parti Libéral, ce qui marque la fin du bipartisme historique et le transforme en parti d’opposition de droite. C’est ensuite le bon résultat de Salvador Nasralla, un présentateur de télévision candidat du Parti Anticorruption et tout novice en politique. N’atteignant pas les 2% des voix, les autres partis en course perdront le droit de continuer  d’exister. 

Bien que vainqueur des élections, Hernández, n’ayant pas obtenu la majorité absolue, devra s’allier à d’autres formations pour pouvoir fonctionner.

Jac Forton

 (1)     Alliance bolivarienne pour notre Amérique comprenant neuf pays dont l’Argentine, le Brésil, l’Équateur, la Bolivie et le Venezuela.
(2)     Maras : jeunes organisés en bandes extrêmement violentes

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