Le film Le Sud ressort en salles ce mois de janvier 2026, le plus accessible de l’un des plus grands cinéastes vivants, le trop rare espagnol Victor Erice, surtout connu pour L’Esprit de la ruche. Le réalisateur était au festival de Cannes en 2023, où il a présenté son quatrième film Fermer les yeux.Le Sud sort au cœur de l’hiver pour nous chauffer nos âmes. Merveilleux et très touchant. À ne pas manquer !
1957 en Espagne. Les parents de la jeune Estrella, 8 ans, sont originaires de Séville, mais ils sont partis parce que le père, qui défendait le camp républicain, s’engueulait tout le temps avec son paternel à lui, partisan du pouvoir franquiste après la guerre civile espagnole (à la fin des années 30). Pour Estrella, le Sud est comme un rêve. Un pays qu’elle ne connaît pas et où il fait toujours beau et chaud, tout le contraire de ce Nord où il fait toujours froid et moche. Le père d’Estrella est médecin, sa mère, une ancienne institutrice virée à cause de ses positions politiques. Ils vivent dans une villa, « La Mouette », louée en dehors de la petite ville où ils vivent. Seule la présence d’une bonne les rattache au reste du monde.
Tout l’art d’Erice pourrait être rassemblé dans ce titre, Le Sud, qui désigne ce qu’on ne voit jamais dans le film mais qu’on visualise, tant le cinéaste sait trouer son récit, jouer sur l’hors-champ et sur le contraste entre l’obscurité et la lumière. Victor Erice est un immense cinéaste : il sait faire voir sans montrer, grâce à une maîtrise incroyable des forces du cinéma, et pourtant dans une simplicité qui n’est que façade.
L’art de montrer l’invisible
La réalité, en ce qui concerne la production du film, est prosaïque : Victor Erice n’eut pas l’argent nécessaire pour tourner la partie du film qui devait se dérouler en Andalousie. À vrai dire, cela ne change rien. Il n’y a pas de hasard. Tout ce qu’évoque ce titre est quand même vrai. Estrella vénère son père, qui a plus d’une corde à son arc, puisqu’il pratique la radiesthésie, soit avec un pendule (technique à laquelle il forme sa fille), soit avec une baguette de sourcier (les paysans du coin font appel à lui pour repérer les hypothétiques sources d’eau cachées sous la terre). Estrella et son père, magicien et étrange, s’aiment beaucoup. Mais en grandissant, Estrella va découvrir peu à peu qu’il a une vie cachée, qu’il n’est ni un saint ni un génie (non plus qu’un criminel…).
Individuation naturelle normale chez l’enfant qui grandit, mais qui fait tout le sujet du film, vu et raconté en voix-off par Estrella. Il ne se passe à la fois rien et tout dans Le Sud. Le moindre plan semble un indice, porteur de sens. Estrella est souvent filmée (dès le début du film) seule dans son lit et dans sa chambre, et seuls les sons lui permettent de comprendre ce qui se joue dans le reste de la maison. Comme souvent pour les enfants que nous fûmes. Victor Erice n’a rien perdu de cet esprit de l’enfance, de l’imagination que développent les bruits, les accents, les lumières et les non-dits.
Une renaissance
En 2023, il a présenté son quatrième film au Festival de Cannes, le grand et romanesque Fermer les yeux, qu’il considérait comme la suite et fin de Sud, ce film inachevé dont le souvenir – ce qui n’est plus mais est toujours présent – ne l’avait jamais lâché. Pour des raisons inexplicables, le film fut présenté dans la section Cannes Première, et le cinéaste en fut peiné. Présenté dans une copie neuve qui rend grâce aux magnifiques fondus du chef opérateur José Luis Alcaine (qui travailla aussi avec Pedro Almodovar), LeSud renaît comme au premier jour, et n’a rien perdu de ses mystères envoûtants. Une merveille qui ouvre sur un ailleurs qu’on ne verra jamais et qui nous laissent libres de l’imaginer.
Dossier de presse
Le Sud 1 h 33 min du réalisateur espagnol, Victor Erice, avec Omero Antonutti, Sonsoles Aranguren et Icíar Bollaín. En salle depuis le 7 janvier 2026.


