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Colombie

Rodrigo Landaño, « Timochenko », ex-guérillero des FARCS, candidat à la présidentielle

Rodrigo Landaño, également connu sous le nom de Timoléon Jiménez ou le surnom Timochenko, vient de présenter sa candidature aux prochaines élections colombiennes qui auront lieu en 2018. L’ancien leader du groupe guérillero des Forces armées révolutionnaires (FARC) va conserver cet acronyme, bien que cette fois-ci, il ne renvoie pas à un groupe armé mais à un nouveau parti politique.

Photo : Rodrigo Landaño/Semana

La candidature de l’ex-guérillero est l’une des conséquences de l’accord de Paix conclu à Bogotá le 24 novembre 2016, prévoyant l’incorporation des FARC à la vie politique du pays. C’est ainsi que le Conseil National Électoral a autorisé le 31 octobre dernier (7 voix pour, 2 voix contre) l’inscription de la Force Alternative Révolutionnaire Commune (FARC) en tant que parti politique. Dès le lendemain, les candidatures d’ex-membres de la guérilla, dont celle de Rodrigo Landaño, ont été proposées.

Un long chemin a dû être parcouru avant que cet accord ne soit conclu. Ce n’est pas la première fois que le gouvernement et le groupe guérillero essayent de négocier afin de mettre fin au conflit. Néanmoins, après des mois de négociations, à La Havane, à Oslo et à Bogotá, le président Juan Manuel Santos et son gouvernement sont parvenus à cet accord de paix avec les FARC, entraînant la participation du groupe guérillero à la vie politique du pays.

De nombreuses difficultés apparaissent cependant face à l’incorporation des FARCS à la vie politique du pays. Selon les propos tenus par María Gómez à El Tiempo, nombreux partis essayent d’empêcher la mise en place de l’accord de paix, selon une stratégie élaborée contre les FARC. Le fait d’être contre les ex-guérilleros leur permettrait ainsi, selon María Gómez, de gagner des voix, alors que ce qui était l’esprit et le but de l’accord n’était que de faire en sorte que les FARCS sortent de la guerre et se tournent vers la politique.

Outre la volonté politique du gouvernement, ils existent également des obstacles juridiques à l’aboutissement de tout ce qui a été signé. D’ailleurs, après une première discussion, La Comisión de Seguimiento a los Delitos Electorales, commission créée en 2017 ayant pour but le contrôle électoral, estime que le fait que les ex-guérilleros soient condamnés les rend non éligibles, comme le dit l’article 179 de la Constitution.

D’autre part, il y a ceux qui, à l’inverse, s’appuient sur la Juridiction Spéciale pour la Paix (JPD) pour défendre la légitimité des candidatures politiques des ex-guérilleros. Cette loi, créée en 2017, a pour but, entre autres, la réparation des victimes ou l’insertion des ex-guérilleros via l’admission de leurs culpabilités et l’abandon des armes. C’est ainsi que, selon l’article transitoire 20 de l’acte législatif 01 de 2017, ceux qui seront jugés sous ces normes verront annuler cette inhabilité pour l’activité politique. Dans tous les cas, les délais pour que cette loi puisse être appliquée sont courts et cela empêcherait éventuellement l’effectivité de sa mise en œuvre.

C’est pour cela que le gouvernement doit surmonter ces obstacles juridiques en cherchant la façon d’adapter la réalité politique de l’accord de paix à la loi. Selon le quotidien El Tiempo, le ministre de l’intérieur, Guillermo Rivera, en plus de demander le calme, insiste sur le fait que, avec le développement de l’article transitoire 20, les droits politiques des ex-guérilleros seront respectés, tout en assurant que le gouvernement est en train de faire le nécessaire afin de trouver des solutions à ces difficultés juridiques.

Mario PÉREZ MORALES

Dialogues avec deux documentaristes colombiennes : Marta Rodríguez et Catalina Mesa

C’est un cycle original et passionnant qui se termine à Paris au Forum des Images dans le cadre de la saison de la Colombie en France. Le public a pu découvrir de nombreux documentaires, souvent inédits en France, réalisés par des cinéastes colombiennes venues de leur pays ou vivant en France depuis plusieurs années. À la suite des projections, les échanges avec le public ont permis de découvrir une réalité plus complexe de la Colombie et de mieux connaître ces réalisatrices, leur itinéraire personnel et leur point de vue. Parmi ces documentaristes, rencontre de deux générations, de deux mondes différents, à travers des débats et interviews, en particulier avec Marta Rodríguez et Catalina Mesa.

PHOTO : Jérico, l’envol infini des jours / Catalina Mesa

« C’est la pionnière avec une carrière de 50 ans dans le documentaire engagé », « une conscience sociale », « la voix des opprimés » : les qualificatifs ne manquent pas. En 1959, Marta Rodríguez étudie la sociologie à l’Université de Bogotá et elle rencontre Camilo Torres, prêtre et sociologue, figure de la gauche latino- américaine révolutionnaire et de la théologie de la libération. « Il a marqué ma vie. Avec lui les étudiants allaient travailler dans des quartiers. C’était une époque terrible après les débuts de la violence en Colombie en 1948. Beaucoup de gens avaient migré à Bogotá. Camilo Torres a proposé qu’on aille travailler dans un quartier populaire. Comme institutrice, j’ai enseigné aux enfants en leur racontant des histoires. Ils subissaient des injustices et travaillaient comme des esclaves ». C’est ce qui va la décider à faire du cinéma pour raconter et dénoncer ce qui se passait dans le pays. Elle est ensuite venue à Paris étudier l’ethnologie et l’anthropologie et là, a fait une autre rencontre décisive pour elle : Jean Rouch. « J’ai eu la chance d’avoir les meilleurs maîtres en ethnologie ! Il m’a dit : il n’y a pas d’école de cinéma en Amérique latine mais c’est vous qui allez créer le cinéma documentaire ! »  Marta va aussi suivre les cours de Claude Lévi-Strauss et d’autres intellectuels de l’époque. À son retour en Colombie, elle va travailler au documentaire avec Jorge Silva, photographe et cinéaste et qui sera son compagnon pendant 20 ans. Ils vont ensemble réaliser le film Chircales tourné sur plus de cinq ans entre 1966 et 1971, sous le concept de « l’observation participative » sur une famille de briquetiers. Les cinéastes vont partager leur vie au jour le jour, et montrer ainsi les conditions d’exploitation qu’ils subissaient, en particulier pour les enfants très jeunes. Ce film culte obtiendra de nombreux prix dans les festivals du monde entier.

Photo : Les Inrocks

À partir de là, Marta Rodríguez va consacrer une grande partie de sa vie aux luttes des communautés indiennes en Colombie. Avec Jorge Silva, ils vont d’abord filmer dans les Llanos : « Il y avait à ce moment-là des massacres contre des indiens guahibos » (Planas, Testimonio de un etnocidio, 1972) et surtout après dans le Cauca au sud-ouest de la Colombie où en 1971 avait été fondé le CRIC (Consejo Regional Indígena del Cauca ). « J’ai travaillé avec les Indiens Nasa / Paez à l’occasion des premières récupérations de terre cette fois-là à l’archevêque de Popayán », (en 1980 avec La voz de los sobrevivientes en hommage à des leaders indigènes assassinés, en particulier Benjamin Dindicue tué en 1979, ou en 1982, Nuestra voz de tierra, memoria y futuro, comment une communauté indienne se mobilise). « Il y avait à cette époque un nouveau cinéma latino-américain engagé à Cuba, au Brésil avec Glauber Rochas, en Argentine avec Jorge Sanjines. On est allé au Venezuela et on a vu qu’on n’était pas les seuls à faire un cinéma comme celui-là. On ne fait plus maintenant ces grands films comme par exemple La Hora de los Hornos, de Sanjines. Il y a un autre cinéma plus intimisteOn montrait les films à la communauté. Auparavant personne n’avait jamais filmé leur histoire. Ils se reconnaissaient. On avait filmé des leaders qui avaient été tués par la suite. Dans le Cauca, on nous remercie d’avoir ainsi laissé une mémoire de leur histoire, de leurs luttes ». C’est bien en effet un processus de récupération de la mémoire qui fait des documentaires de Marta Rodríguez un témoignage unique pour la Colombie.

Les indiens vont aussi s’intéresser à se filmer eux-mêmes. « Quand j’ai eu les premières caméras VHS, j’ai fait un atelier avec eux après avoir eu une aide de l’Unesco. Il y a d’ailleurs depuis plusieurs années un mouvement du cinéma indien en Colombie ». On peut signaler le Festival du cinéma et vidéo des peuples indiens avec des femmes par exemple de la communauté embera comme Mileidy Domicó ou la productrice Gloria Jusayu. On peut citer aussi un film du peuple Kogi de la Sierra Nevada de Santa Marta, Resistencia en la línea negra, primé en France. Après le décès de Jorge Silva en 1988, Marta Rodriguez va continuer de filmer avec son fils Lucas Silva, par exemple sur les cultures illicites et, à partir de 2001, avec le réalisateur et photographe Fernando Restrepo. Elle va s’intéresser au drame des populations déplacées. La Colombie est le 2ème pays au monde avec le plus grand nombre de populations déplacées (plus de 6,3 millions). Marta Rodriguez va ainsi filmer avec Fernando Restrepo les populations afro colombiennes de l’Urabá, qui fuient le conflit armé face aux différents acteurs que sont la guérilla, les paramilitaires et l’armée (Nunca más, 2004). Quand se crée la zone démilitarisée dans la région de El Caguán, beaucoup de familles fuient. Des massacres dans plusieurs régions font que la population va se réfugier à Bogotá. Ils vont occuper pendant trois ans le siège de la Croix Rouge internationale. Marta Rodriguez va recueillir la parole de ces familles avec toute la capacité d’écoute et d’échanges qui est la sienne et ainsi leur rendre leur dignité (La Toma del Milenio, 2000).

Entre 2004 et 2010, Marta Rodríguez, en lien avec Fernando Restrepo, va faire un travail d’archives sur ses films : « 40 ans de mémoire, 40 ans à entendre des voix de révoltes, de filmer des luttes, je suis une documentariste qui a consacré sa vie à lutter pour les droits de l’homme en Colombie. Je lègue ce documentaire aux peuples indigènes, mes frères…. C’est avec eux que j’ai appris le mot résistance. Que restent les paroles des anciens comme un guide pour les luttes futures ». C’est ainsi que va être réalisé Testigos de un etnocidio : memoria y resistencia. Cela n’a pas été une carrière facile ; une carrière où elle « n’a jamais trahi son discours et son engagement avec la réalité » : des difficultés à trouver de l’argent pour ses documentaires, des menaces, mais aussi de nombreux prix au niveau international, des hommages un peu partout lui ont été rendus.

Mais à 84 ans, Marta Rodriguez continue à réaliser d’autres projets. Elle est en train de terminer un documentaire, La Sinfónica de los Andes. Elle y raconte l’histoire d’une famille dans la région du Cauca, qui a perdu deux enfants tués par une mine. Mais à côté de cette tragédie, Marta Rodriguez a appris l’existence d’un orchestre de musique traditionnelle avec flûtes et tambours, dirigé par un professeur qui a consacré toute sa vie à essayer d’empêcher le recrutement forcé des enfants de la région. « Nous voulons qu’on écoute ces voix parce qu’en ce moment, est en train de se décider un processus de paix avec le Farc. Il y a beaucoup de forces avec des intérêts politiques qui veulent anéantir cela. Nous voulons que ce documentaire soit un témoignage vivant des victimes qui ont l’espoir qu’on leur demande pardon. C’est une mémoire vitale des peuples indiens et surtout des enfants qui ont été les victimes de cette guerre inutile, barbare et absurde ».

Dialogue avec Catalina Mesa

Photo : Catalina Mesa/Canal Cinema +

Catalina Mesa a fait l’ouverture du Forum des Images avec son premier film Jericó, el vuelo infinito de los días : un documentaire pour préserver l’esprit féminin de sa culture d’origine.

Expliquez-nous en quoi votre grand-tante Ruth Mesa a été importante pour ce film ?
Elle a transmis toute l’histoire de la famille. C’est cette génération qui a migré à la ville. Et c’est la dernière génération de la famille qui a eu le contact avec tout cet espace rural. Elle avait une grâce de transmission délicieuse. On chantait avec elle les mêmes chansons. Elle avait aussi une sorte de lien avec l’invisible, une religiosité, avec poésie, un amour pour le langage, l’écriture. Quand elle est tombée malade, j’ai pensé qu’il fallait absolument que j’enregistre ces histoires pour la mémoire de ma famille. Je l’ai donc enregistrée. Quand ma grande tante est morte, je me suis dit que j’irais retourner à Jericó pour faire le même exercice avec ma famille collective, une sorte de travail ethnographique pour conserver toute cette oralité de cette région d’Antioquia, laisser une trace de cette mémoire, de cette intimité-là.

Comment s’est faite la rencontre avec ces femmes du village pour votre film ?
Je voulais préserver l’esprit féminin de ma culture d’origine mais je ne savais pas ce que j’allais trouver. Cela a été alors une symphonie de rencontres. Le Directeur du Musée m’a mis en contact avec un homme qui connait tout le monde à Jericó. Il a travaillé dans plusieurs institutions culturelles. On a fait une liste de 25 femmes. Je les ai rencontrées une par une, je les ai écoutées. Je voulais un kaléidoscope, que chaque femme représente comme un archétype féminin, une couleur différente. Par exemple, Chila est la commerçante, Anna Luisa l’institutrice, Miss Suarez la voyageuse. Que l’on sente ainsi que c’est un seul esprit féminin qui voyage ! Cela a été comme une co-création avec elles. Poser des questions, voir ce qui était important pour elles, ce qu’elles voulaient raconter de leur vie.

Comment êtes-vous entrée dans leur intimité à travers le film ?
Je voulais être une présence réceptive avec douceur. J’avais avec moi un dispositif léger, avec deux caméras pour accompagner l’émergence de leurs êtres. Je voulais aussi porter mon regard, un regard d’auteur, qui aime cette culture et cette génération. Elles ont senti un regard qui était là pour les accompagner.

Comment avez-vous procédé pour l’écriture ?
C’est une ethnographie de l’oralité. Cela a été une cocréation. Laisser leur oralité émerger le plus naturel possible. Je voulais que les caméras n’existent pas. J’étais très inspirée par Depardon par exemple. Je voulais être dans une ligne entre le documentaire et la fiction. Pouvoir imprégner cet itinéraire avec mon propre regard car c’était un hommage. On a choisi ensemble avec qui elles voulaient parler, dans le quotidien, Fabiola avec sa voisine, Chila, avec son assistante… Je laissais parler. Je suis revenue en France avec 80 heures de tournage ! L’écriture, cela a été dans le montage avec mon incroyable monteur Loïc Lallemand…

Pouvez-vous nous parler des couleurs dans ce film, couleurs du village de Jericó, etc. ?
Jericó est une ville de la province d’Antioquia, pleine de couleurs sur les façades, les fenêtres. Cela me faisait penser au peintre Mondrian, des lignes géométriques très colorées. Il fallait filmer le village très frontalement, comme une peinture. J’ai lu aussi des poèmes de Jericó. Il y a eu à Jericó beaucoup de communautés religieuses et une tradition littéraire et poétique très riche. Tous les poètes parlaient de ces montagnes qui touchent un peu l’infini, comme si la terre touchait un peu le ciel. J’ai filmé ainsi le soleil qui entre dans un couloir, une maison, comme un personnage esthétique.

La musique est tout le temps présente dans votre film…
Oui, j’ai grandi avec la musique de ma grand-tante. On chantait ensemble des boléros, des tangos. J’avais même trouvé la musique avant le film ! Le rythme allait tisser toutes ces rencontres. J’étais aussi à l’écoute des musiques qu’elles entendaient. Et il y a aussi Teresita Gomez, grande pianiste qui travaille des compositions colombiennes de la fin XIXe début XXe. C’était cohérent, elles sont de la même génération (Teresita a 76 ans).

Expliquez-nous aussi pourquoi l’importance du détail dans les images ?
Un livre m’accompagne souvent : La Poétique de l’espace de Gaston Bachelard. Célébrer les espaces de la maison comme l’extension de l’être. Le corps est important mais aussi les objets autour qui appartiennent à leur vie, au quotidien et qui font émerger des histoires très intimes.

La religion est aussi très présente dans votre film Jericó : la collection de chapelets de Chila…
C’est propre à la région d’Antioquia. Chez ces femmes, l’invisible est presque palpable ? Miss Suarez de 104 ans fait un contrat avec la vierge ! Fabiola se bagarre avec les saints ! Chila parle avec Jésus et les anges de l’église. C’est une façon physique de côtoyer l’invisible. C’est de leur époque !

Comment s’est passée la présentation de votre film à Jericó ? Ces femmes ont dû devenir de véritables stars ! Et quelle a été la réaction du public colombien ?
Cela a été un moment incroyable ! Cela a lancé la sortie du film en Colombie. Tout le village a été invité au théâtre Santa María rénové récemment. Ma grand-tante Ruth Mesa était entrée dans ce théâtre en 1948 comme Reine de Jericó ! Ces femmes sont toutes très fières d’avoir été dans ce film. Elles se sentent valorisées. Des touristes viennent maintenant aussi visiter le village de Jericó ! Pour le film il y a eu 25 000 spectateurs en Colombie. C’est un très bon résultat pour un documentaire ! Le film a été présenté à l’étranger dans 20 festivals et souvent on vient me dire « Merci de nous amener un autre regard de notre pays… J’ai regardé ma mère, ma grand-mère à travers votre film ». En effet les gens sont fatigués qu’on leur parle de la guerre.

À ce propos, dans le contexte colombien, de conflit armé jusqu’à présent, de violence, c’était une volonté de votre part de montrer un autre regard ? avec de l’espoir ? Vous dites d’ailleurs que ces femmes ne sont pas des victimes, qu’elles ne sont pas tristes … Même si surgit à un moment l’histoire de Celina et son fils disparu, enlevé par les groupes armés.
Quand on va à la rencontre de ces femmes, qu’on passe trois mois avec elles, on voit qu’elles sont pleines de vie, d’humour. Pourquoi montrer uniquement un côté sombre ? Cela fait 20 ans que j’ai quitté la Colombie, j’avais 17 ans. Dehors on ne voit que le côté sombre et quand je rentre, je découvre des choses extraordinaires. C’est important de voir l’ombre pour la transformer mais il y a aussi beaucoup d’autres histoires à raconter. Dans la vie il y a de tout. Moi je défends « la palette de la vie » !

Chantal GUILLET

Fin décembre s’achève l’année France-Colombie. Après un retour en arrière… des lumières sur les dernières semaines

Depuis le mois de janvier 2017, l’Année France-Colombie a su explorer et cultiver les liens qui unissent ces deux pays. Ce festival de grande envergure présente des projets collaboratifs, donne une voix aux artistes contemporains et ouvre des discussions mutuelles sur les héritages et l’avenir des relations franco-colombiennes.

C’est la première Année Croisée organisée en Amérique latine depuis l’année France-Brésil en 2009. La décision d’organiser un tel événement, à l’initiative des présidents colombien et français en 2015, fut encouragée par un contexte politique favorable : l’aboutissement du processus de paix, qui met fin à cinquante-deux ans de guerre en Colombie, promet effectivement des relations bilatérales plus prometteuses avec la France. Ce partenariat réaffirme l’engagement de la France aux côtés du peuple colombien et son soutien à Juan Manuel Santos, qui s’est vu attribuer le Prix Nobel de la Paix en 2016 pour sa politique pacifiste. L’objectif de cette Année, tout en accompagnant cet effort de paix, est d’établir des partenariats durables entre les deux pays par l’intensification et la diversification des domaines d’échange et de coopération. Pour ce faire, la programmation des nombreux événements concerne cette année tous les secteurs (arts, culture, recherche universitaire, économie, commerce, tourisme et sport) et encourage vivement l’implication des collectivités territoriales et des entreprises.

L’Institut Français et le Ministère des affaires étrangères, en charge de l’organisation générale du festival, ont pu exploiter le dynamisme des échanges économiques et culturels déjà à l’œuvre entre les deux pays. Cette Année a débuté par une Saison française en Colombie, de décembre 2016 à juillet 2017, et se poursuit jusqu’en décembre par une saison colombienne en France. À l’occasion des nombreux projets mis en place dans les six premiers mois de l’année, la Colombie a attribué à la France le statut privilégié d’invitée spéciale, entre autres au Festival de musique de Carthagène, au Salon du livre de Bogotá – où de nombreux projets de co-créations ont vu le jour – ou encore au Salons de l’Agriculture et du Tourisme. Nous devons aussi à cette dernière l’organisation sur son territoire d’un événement exclusif : les premières Assises du français en Colombie.

Concernant le revers commercial de cette Saison croisée, le Ministère de l’Économie et des Finances a organisé à Paris, en juin dernier, le « Forum économique France-Colombie ». L’événement visait à approfondir cette relation économique bilatérale (déjà 180 filiales françaises implantées en Colombie) et à mieux faire connaître aux entreprises françaises les opportunités d’affaires en Colombie. Il avait aussi vocation à présenter aux entreprises et investisseurs français les avancées importantes pour la stabilité politique et économique de ce pays. Effectivement, depuis 2010, la présidence José Manuel Santos met l’accent sur l’importance du tourisme et de l’attrait économique de la Colombie vis-à-vis des investisseurs étrangers.

Divers cycles de colloque ont par ailleurs été aménagés dans les deux pays depuis le début de l’année, portant sur différentes questions d’actualité et de société comme la sortie de la violence, la ville durable, les femmes et la science… Ces discussions croisées sont d’une importance particulière puisqu’elles participent à enrichir le dialogue, promeuvent un nouveau regard, actuel et pertinent, sur le quotidien et les enjeux des sociétés colombienne et française, dans un contexte de coopération universitaire en pleine croissance. La mobilité étudiante bilatérale est encore une fois encouragée, avec diverses bourses et programmes de coopération universitaire, qui ont sans doute déjà participé à faire des étudiants de Colombie la deuxième communauté estudiantine latino-américaine en France. L’Institut Caro y Cuervo, une des entités publiques colombiennes actives dans le cadre des Saisons croisées, a aussi organisé de nombreuses activités en relation avec des sujets d’études divers (le post conflit, le cinéma en Colombie, la littérature d’écrivains d’ascendance africaine…) dans les villes de Paris, Lyon, Toulouse et Bordeaux. Ces projets sont le résultat d’une collaboration avec l’Institut Cervantès et l’Ambassade de Colombie en France.

Parmi les rencontres de fin d’année à ne pas manquer, le colloque « Identité, Mémoire et Représentations » réunira, à l’Université de Nantes du 8 au 10 novembre et à l’Université de Rennes du 16 au 17 novembre, des chercheurs français et colombiens sur le thème de la violence et de la (re)construction d’une identité. Les 34° Assises de la Traduction d’Arles ont, elles aussi, intégré à leur programme du 12 novembre, une table ronde intitulée « Colombie : Mémoires Infidèles », où vous aurez l’occasion d’écouter les Colombiens Octavio Escobar Giraldo, William Ospina en dialogues avec la journaliste Anne Proenza et le traducteur Claude Bleton.

Du côté de l’art, plusieurs villes françaises ont choisi de mettre à l’honneur la musique, la peinture, la gastronomie ou encore la danse colombienne. Le Festival « Sens Interdits », qui s’est déroulé à Lyon fin octobre, a permis d’opérer un éclairage sur le théâtre contemporain colombien, notamment par sa co-production de la dernière création de la compagnie « Mapa Teatro » : La Despedida (mise en scène d’Heidi et Rolf Abderhalden). Cette dernière pièce du triptyque « Anatomie de la violence en Colombie », initié en 2010 et consacré au long conflit armé entre le gouvernement et les Forces armées révolutionnaires colombiennes, a encore quelques représentations à son programme : à Arras du 7 au 8 novembre ; au Théâtre de la Ville à Paris du 13 au 18 novembre ; ou encore au Centre Dramatique National de Montpellier du 28 au 30 novembre. D’autres villes françaises se sont positionnées comme des étapes fortes de la Saison France-Colombie, comme Grenoble ou Toulouse (qui organise le festival « ¡ Locombia ! » du 6 au 10 novembre, avec projections, conférences, expositions, représentations, masterclass et concerts).

Les Nouveaux Espaces Latinos ont eux aussi décidé de prendre part activement à cette Saison, en particulier dans la programmation de la seizième édition de son festival « Belles Latinas », du 8 au 18 novembre dans la région de Lyon. Cinq écrivains colombiens figurent parmi les seize auteurs invités : Gloria Bernal Acevedo (poète, avocate et criminologue spécialisée dans la violence de genre) ; Roberto Burgos Cantor (universitaire, auteur de romans et de contes) ; Myriam Montoya (poète, romancière et traductrice) et les jeunes poètes colombiens Camila Charry et Ronaldo Cano. Par ailleurs, Espaces Latinos organise aussi le 11e festival Documental, du 27 novembre au 2 décembre, l’Amérique latine par l’image. À cette occasion, deux documentaires colombiens seront diffusés à l’Amphi-Opéra de Lyon : Poison contre Poison, de Marc Bouchage ; et Niñas de Ichitu’u, de Helena Salguero.

Toutes les initiatives culturelles ayant pris part à l’événement ont contribué à mieux faire connaitre la Colombie aux Français, à en véhiculer une image actualisée, en donnant un aperçu de l’effervescence de sa culture et du dynamisme de son activité artistique. Elles ont octroyé à de nombreux artistes la possibilité de s’exprimer sur la scène publique et l’opportunité d’échanger, voire de collaborer, avec d’autres artistes internationaux. Cette Année croisée, qui touchera bientôt à sa fin, revêt donc des enjeux majeurs sur les plans politique, économique, universitaire et artistique. En promouvant les richesses culturelles des deux pays en question, les forces économiques et politiques qui sont un enjeu primordial de leurs relations, ainsi que des valeurs de partage et d’ouverture, le festival a su jusqu’à présent, comme l’a affirmé Juan Manuel Santos : « continuer de consolider une relation d’amitié et d’appui mutuel qui dure depuis près de deux siècles ».

Bonnie DUPONT

Agenda global France-Colombie ici

Crise des transports publics à Bogotá : le débat autour du TransMilenio

La capitale colombienne, qui compte à ce jour plus de 8 millions d’habitants (presque 10 millions si l’on compte l’agglomération) est l’une des grandes capitales mondiales aujourd’hui encore dépourvue de métro. Les embouteillages font partie du quotidien de ses citoyens et le réseau d’autobus, baptisé Transmilenio et inauguré en 2000, n’a pas suffit à résoudre les problèmes de transports de la ville.

Le TransMilenio, ou Entreprise de Transport du Troisième Millénaire (Empresa de Transporte del Tercer Milenio), inauguré en décembre 2000 par Enrique Peñalosa, maire de Bogotá, est l’élément principal du SITP, le Système Intégré de Transports Public de Bogotá (Sistema Integrado de Transporte Público), qui traverse actuellement une crise sans précédent. On ne peut nier qu’à ses débuts, le TransMilenio fut considéré comme un modèle de stratégie urbaine véritablement révolutionnaire, d’un point de vue spatial, mais aussi social, reliant le Nord de la ville au Sud, brisant ainsi les barrières créées par les inégalités entre les deux parties de la ville. Fondé sur des partenariats publics-privés originaux, TransMilenio constitua un système reconnu et étudié dans le monde entier. Le maire de Bogotá à l’époque, Peñalosa (redevenu maire aujourd’hui), avait alors mené une politique urbaine innovante, incitant les gens à laisser leur voiture au garage, et contribuant au développement des transports en commun, mais aussi des pistes cyclables. Le TransMilenio était alors une fierté pour les Bogotanos, et un exemple à suivre pour de nombreuses villes du monde.

Mais, 17 ans après, il faut aujourd’hui se rendre à l’évidence : le TransMilenio n’est plus adapté à une ville comme Bogotá, qui ne cesse de s’étendre et de croître. Aujourd’hui, le maire de la ville propose une alternative aux problèmes de transports posés par l’extension continue de la ville : créer une nouvelle voie pour le TransMilenio sur la 7ème Avenue, la carrera Séptima, une rue emblématique de Bogotá.

Un crime de « lèse-urbanisme »

Le week-end dernier, des centaines de citoyens ont défilé sur la Séptima pour exprimer leur désaccord avec ce projet. Edmundo López, porte-voix du comité citoyen Defendamos la Séptima (Défendons la Séptima), a déclaré que le TransMilenio “n’était ni moins cher, ni aussi efficace qu’un métro” et a ajouté que la construction de cette ligne risquait de dévaloriser la zone. Les détracteurs du projet mettent en avant la nécessité de détruire de nombreux immeubles pour permettre sa réalisation, son désastreux impact environnemental (les autobus de TransMilenio fonctionnant principalement au diesel), ainsi que le prix des travaux.

Le camp de Enrique Peñalosa a répondu à ces inquiétudes point par point. La voie d’autobus sera créée de manière à garantir la cohabitation avec les autres usagers, les 140 bus qui circuleront sur la Séptima seront à la pointe de la technologie durable et leur transit réduira de 80 % le passage des autres autobus de la SITP. Il a également affirmé que la construction de la ligne concernait seulement la destruction de 300 propriétés, et que, selon des études internationales, cette infrastructure serait bien moins coûteuse qu’un métro.

Un métro à Bogotá ?

En 1942, on réalisait déjà les premières études concernant la construction d’un métro dans la capitale. Aujourd’hui, 76 ans ont passé et Bogotá n’a toujours pas de métro. Un nouveau projet de construction de métro aérien est actuellement en cours, avec la possibilité d’un co-financement (70 % de l’État et 30 % de la ville de Bogotá). L’actuel maire de Bogotá, Enrique Peñalosa, a affirmé à plusieurs reprises : « La principale différence entre notre métro et ceux qui ont été annoncés pendant tant d’années, c’est que celui-là, nous allons le faire ». Contre ces déclarations, de nombreuses voix s’élèvent, dont celle de Ernesto Samper, ex-président colombien qui a déclaré vouloir « inviter les citoyens à s’opposer à cette folie ». En 1998, un projet de métro avait déjà été lancé par Peñalosa, qui avait alors déjà bénéficié d’une aide similaire de la part de l’État Colombien, duquel Samper était commanditaire. Mais Peñalosa, après avoir reçu l’argent de l’État, l’avait utilisé pour lancer et inaugurer le TransMilenio ; aujourd’hui, les discordances et polémiques autour de ce projet sont bien loin de s’éteindre, et les habitants de Bogotá réclament, plus que jamais, des solutions efficaces pour l’amélioration de leur quotidien.

Léa JAILLARD

L’Année partagée France-Colombie 2017… en pointillé sur le sentier de la paix

Octobre 2017, Grenoble a vécu un mois à la colombienne. La France souffle les dernières bougies d’une année dédiée à la Colombie, pays officiellement sur le sentier de la paix depuis septembre 2016. Beaucoup de manifestations, de rendez-vous colombiens jalonnent les derniers mois de 2017. Grenoble, Biarritz, Paris, Montreuil, ici et là, cinéma, théâtre, chanson, solidarité associative, administrations nationales et locales ont tous azimuts couvert le « pré carré » français en initiatives Colombie.

Photo : l’écrivain Hector Abad Faciolince – (Jordi Socias)

Le choix n’était pas fortuit. Il avait l’ambition d’accompagner un accord de paix mettant fin à plus de 50 ans d’affrontements avec la guérilla des FARC signé le 26 septembre 2016 à Carthagène des Indes. « Guerre et paix », de la guerre à la paix. La paix changeait la donne, et renversait les images. Elle ouvrait les opportunités d’échanges, de partenariats. Elle donnait à voir, et à entendre, la Colombie festive et inventive jusqu’ici occultée par le bruit des conflits. Exit Marulanda, exit Uribe, bienvenue à García Márquez, et Carlos Vives. Les FARC, ont bel et bien remis leurs armes le 19 juin 2017. 7132, une plus ou moins par combattant démobilisé. Elles ont troqué le 1er septembre 2017 le fusil pour le bulletin de vote. Gardant le sigle, – FARC -, mais changeant d’appellation contrôlée, FARC désormais a pris un autre sens, – Force Alternative Révolutionnaire du Commun.

Les Françaises et les Français c’est vrai tout au long de cette année colombienne ont eu bien des sonorités, des voix, des images à découvrir. Le choc de la diversité a bel et bien été au rendez-vous. Le débarquement du Cholo Valderrama, de Jesus Maria Strapper, a heureusement cassé aux quatre coins de France les stéréotypes véhiculés par la « culture » médiatique de masse. Le Pape François a béni le chemin de la paix les 6-10 septembre 2017. Ces manifestations ont, un peu, permis de compenser les lieux communs complaisamment véhiculés par les acteurs « latins » stéréotypés et calibrés par Hollywood dans la saison 3 du feuilleton Narcos, intitulé  « les caballeros de Cali ».

Problème, dés le 2 octobre 2016 la paix a hoqueté. Les Colombiens consultés par référendum ont dit « Non » aux accords de paix. Repêchés par le parlement, ils peinent à convaincre électeurs urbains, et les candidats aux présidentielles de 2018. En fin de mandat le chef de l’État, Juan Manuel Santos, perd chaque jour un peu de son autorité. Il ne peut pas se représenter. La Constitution le lui interdit. Le parti de la « U », sa formation est en voie de désagrégation. Son ex-vice-président, German Vargas Lleras, est bien candidat. Mais il est très discret dans sa campagne sur les accords de Carthagène. Tandis que les proches de l’ex-président Alvaro Uribe contestent vivement le bien fondé d’accords signés d’égal à égal avec ceux qui pour eux sont des « narco-terroristes ».

Comme un souci ne va jamais seul, le désarmement des FARC fait le bonheur de groupes concurrents. Sans doute avait-on un peu vite oublié que la paix avec les FARC ne concernait que l’un des acteurs des violences. Il y en a beaucoup d’autres. Ils remplissent peu à peu le vide territorial laissé par le départ des FARC. L’un d’entre eux est officiellement politique, le ELN. Le ELN a décrété un cessez le feu du 30 septembre 2017 au 9 janvier 2018, pour accompagner un dialogue bien tardif, avec un gouvernement colombien en fin de parcours, à Quito, en Équateur. Quelques heures avant ce cessez le feu le ELN a fait sauter l’oléoduc Cano Limon-Covenas qui a répandu son pétrole dans les cours d’eau avoisinants, Catatumba et Cubugon. La majorité des autres groupes, baptisés par commodité « bacrims » ou bandes criminelles, relève de la délinquance, petite ou organisée. Le clan du Golfe est la plus connue. On peut également citer les Autodéfenses gaitanistas. À leur tableau de chasse l’assassinat de plusieurs ex-guérilleros des FARC démobilisés, et celui d’environ 190 cadres associatifs et syndicaux.

Cette réalité n’a pas échappée à tous ceux qui ont organisé des moments de rencontre et débats. Les ambassades de France et d’Allemagne décernent un prix des droits de l’homme, portant le nom de celui qui le premier en Amérique latine a traduit la déclaration des droits de l’homme de 1789, le colombien Antonio Nariño. Les lauréats 2017, issus du Foro Interétnico Solidaridad Choco, venus du Pacifique colombien invités à visiter les deux pays ont pu exposer leur vécu difficile, entre menaces, assassinats et expulsions et leur espoir d’une dynamique de paix globale.  Propos confirmés par les invités du Forum des ONG colombiennes et françaises de Grenoble, les 17-19 octobre 2017.

Hector Abad Faciolince, romancier colombien, a perdu son père, assassiné par des paramilitaires le 25 août 1987. Victime du conflit, il a a peut-être tiré la moralité de cette fable sur le fil de l’histoire. « 2016 aura été une année bizarre avec le Brexit, la victoire du Non en Colombie et celle de Trump [aux États-Unis]. Beaucoup de gens sont experts en polarisations. […] Ils disaient que les FARC n’allaient pas tenir parole. […] Elles ont remis leurs armes. Ce sont des gens peu recommandables. Mais ils ont tenu parole. La suite va être difficile. Ils sont peu appréciés. Mais à la clef il y a une chute des taux d’homicides »[1].

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

[1] Hector Abad Faciolince, El olvido que seremos, Barcelone, Seix Barral, 2010 (livre de poche)/L’oubli que nous serons, Paris, Gallimard, 2012.

Les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) deviennent parti politique : Force alternative révolutionnaire commune

Après plus de quatre ans de pourparlers, de débats et de traités, les Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie) vont enfin s’intégrer à la société civile, s’intégrer à la vie politique colombienne et donc clore cinquante-deux ans de conflit armé avec le gouvernement. Il résulte d’un long débat, la semaine dernière, avec un vote de mille deux ans délégués.

Depuis 2016, un vaste programme de désarmement de la guérilla a été mis en place, assurant ainsi l’apaisement des conflits armés dans le pays.  Celui-ci s’est conclu le 15 août dernier. En revanche, le peuple colombien a lui freiné contre toute attente le processus de paix en votant « Non » à celui-ci, dans le cadre du référendum du dimanche 2 octobre (50,2 % des voix contre et 49,8 % pour). Malgré cela, les Farc entrent donc en politique, en créant un parti du même acronyme :  Fuerza Alternativa Revolucionaria del Común (Force alternative révolutionnaire commune). Il résulte d’un long débat et d’un vote de près de 1 200 délégués de l’ex-force armée.

Son emblème sera lui une rose rouge avec une étoile à cinq branches en son centre et les lettres FARC en vert. Les Farc se verront octroyer un minimum de cinq sièges à la Chambre des députés et cinq sièges au Sénat, sachant qu’ils devraient en gagner davantage aux prochaines élections qui se tiendront en 2018. Les revendications de certains dirigeants des Farc portent le parti comme un mouvement révolutionnaire, inspiré des idéologies marxistes et bolivariennes, de lutte sociale et d’alternative à la politique du président Juan Manuel Santos. Selon l’ex-commandant Pablo Catatumbo, ce sera  »un nouveau parti pour une nouvelle Colombie », dont les objectifs sont de  »garantir la justice sociale, la paix, la souveraineté, pour une réforme agraire, pour la défense des intérêts populaires ». Dans cette dynamique politique, les Farc organisèrent sur plusieurs jours leur premier congrès national à Bogota fin août.

Leopold MOLLARD

Le pape François en visite officielle en Colombie du 6 au 10 septembre prochain

Le pape François fait « le premier pas » en Colombie. Au moment même où son voisin le Venezuela s’engouffre dans une crise économique et d’agitation sociale particulièrement grave, la Colombie s’apprête à recevoir le pape François. C’est un événement remarquable depuis la dernière visite de Jean-Paul II, en 1986, surtout pour la santé spirituelle des fidèles, ravagée par un demi-siècle d’une guérilla sanglante menée par les rebelles des Farc.

Photo : La Croix – Radio Vaticano

Pour quelques jours, entre le 6 et le 10 septembre, la ferveur religieuse des Colombiens sera exaltée par Demos el primer paso (« faisons le premier pas »), le slogan de la visite du pape et le titre d’une chanson composée pour l’occasion par une fraternité religieuse créée en 2016 à Bogota. Mgr Fabio Suescun Mutis, directeur général de la visite du pape, explique ainsi la devise « faisons le premier pas » : « faire le premier pas est un désir, c’est une décision qui se prend dans la vie. Celui qui fait le premier pas, prendre la décision de laisser une situation qui ne lui convient pas, et d’entreprendre le chemin vers le futur avec foi et espérance. La Colombie a besoin de faire un premier pas pour laisser derrière elle la situation de violence et d’injustice et que tous soient disposés à la réconciliation et à la reconstruction d’un pays nouveau avec Jésus Christ.« 

La présence de François n’a pas comme seul objectif de soutenir la foi du peuple, mais aussi de dresser un message d’espoir aux responsables politiques chargés de prendre des décisions transcendantales pour l’avenir du pays. En effet, après la signature de paix avec la guérilla marxiste des Farc en novembre dernier, le gouvernement essaie enfin d’ébaucher la plateforme sur laquelle asseoir une nouvelle période de prospérité dans la région. Rappelons que le souverain pontife est l’un des principaux précurseurs de l’accord de paix historique entre le gouvernement et la guérilla.

Le programme officiel de la visite papale commencera le 6 septembre, avec la cérémonie de bienvenue à Bogota. La journée du jeudi 7 sera inaugurée par un discours du pape, précédé d’une rencontre avec les autorités sur la Plaza de Armas du palais Nariño, siège du gouvernement où il se réunira avec le président de la République. Pour les jours suivants, voici un aperçu de son programme : Vendredi 8 : le Saint-Père se rendra au pied des Andes pour rejoindre la ville de Villavicencio, où il célébrera une messe avant de présider une rencontre de prière pour la réconciliation nationale. Samedi 9 : Medellín accueillera le pape, ville tristement célèbre pour la violence chronique liée aux cartels de la drogue. François se déplacera au stade de football de La Macarena, visitera le foyer des orphelins San José, et rencontrera les prêtes consacrés, les séminaristes et leurs familles. Dimanche 10 : départ pour Carthagène. Bénédiction des fondations d’un foyer pour les sans-abri de l’œuvre Talitha Qum. Angélus du pape (prière en latin) à l’église Saint-Pierre-Claver. Messe dans la zone portuaire de Contecar avant le départ en fin de journée du pape pour l’aéroport de Rome.

Cette visite répond également au souhait de l’Église de faire rayonner sa foi dans cette région de l’Amérique où les missionnaires catholiques obtinrent des résultats considérables grâce à la conversion massive des peuples autochtones depuis l’époque des conquistadores espagnols, mais aussi celle des esclaves africains. La présence du pape témoigne ainsi de l’intention de l’Église de perpétuer sa présence au XXIe siècle dans une Amérique latine où la foi catholique est mise à rude épreuve par la réalité quotidienne et par l’émergence d’autres concurrents spirituels – protestants, mormons, témoins de Jéhovah, adventistes, etc.

La présence du souverain pontife coïncide avec deux funestes événements : d’une part l’assassinat, en juillet dernier, du prêtre Diomer Chavarria Pérez, 31 ans, dont le corps a été retrouvé dans une contrée fréquentée par les combattants de l’Armée de libération nationale (dernière guérilla encore active en Colombie) ; d’autre part, la situation critique qui depuis six mois plonge le Venezuela dans une tragédie sociale sans précédent. Sur ce dernier point, contrairement à ce que pourrait laisser croire un tel déplacement depuis l’Europe, avant de retourner à ses vitraux romains, le Saint-Père ne s’arrêtera pas dans ce pays où le peuple lutte –  et meurt – dans la rue chaque jour contre la corruption et la répression héritée de l’époque chaviste. Il est difficile de comprendre les enjeux politico-religieux. Curieusement, pour cette traversée papale de l’Atlantique, les Vénézuéliens, qui ont sûrement autant besoin que le peuple colombien du message chrétien qu’il incarne, seront donc privés de la présence physique d’un François nimbé d’une aura de paix et d’espérance.

Eduardo UGOLINI

Paradoxes de la visite du président colombien Juan Manuel Santos à Paris

Leçons paradoxales d’une visite estivale à Paris et à Cannes. Le chef de l’État colombien, Juan Manuel Santos a effectué du 21 au 24 juin 2017, une visite éclair en France, bien paradoxale. Les flonflons du lancement le 23 juin 2017 d’une Année France-Colombie riche en évènements culturels, économiques et sportifs peinent en effet à couvrir les difficultés d’un processus de paix très contesté localement. Mais ils auront et ce n’est pas le moindre des paradoxes mis l’Amérique latine à l’ordre du jour d’un président français aux affinités bien davantage nord que sud-américaines.

Photo : Min. d’Éducation

Pour mémoire et bien situer ce monde de paradoxes, Juan Manuel Santos, a dans ce cours laps de temps, inauguré un Forum économique franco-colombien, prononcé un discours à l’Unesco, été honoré par la Sorbonne-Paris I, d’un titre de Docteur honoris causa, inauguré avec la maire de Paris une place Gabriel-Garcia-Marquez, et enfin assisté à un concert de jeunes binationaux dans la salle de la Philharmonique de Paris. Il a bien entendu dès son arrivée dans la capitale française rencontré son homologue français, Emmanuel Macron.

Paradoxe un, Juan Manuel Santos est un président colombien malheureux. Il a tenté avec succès de mettre un terme à l’un des plus vieux conflits intérieurs. Celui qui oppose, opposait serait aujourd’hui plus exact, la guérilla des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) à l’État et à ses représentants. Mais loin de lui en savoir gré, une majorité des Colombiens électoralement actifs, ont le 2 octobre 2016, refusé de légitimer les accords de paix. Cette bouderie politique reste majoritaire en dépit d’une ratification ultérieure du compromis de paix par le parlement, et de la communication présidentielle sur le sujet. Les sondages les plus récents sont sans appel. 75 % des personnes consultées par l’institut Yanhaas entre les 14 et 17 juin 2017 désapprouvent les accords passés par le président Santos avec les FARC. Le président a publiquement regretté cette incompréhension, à Cannes le 22 juin 2017, devant un auditoire français.

Paradoxe deux, les meilleurs soutiens au processus de paix et à Juan Manuel Santos, l’initiateur, sont en effet étrangers. Le 26 septembre 2016, à Carthagène, il avait reçu les encouragements personnels du secrétaire général de l’ONU, de la quasi-totalité des chefs d’État et de gouvernement d’Amérique latine, et de plusieurs gouvernements européens représentés par l’un de leurs membres. Le jury Nobel lui avait attribué son prix 2016 de la paix. L’Union européenne, apporte un appui matériel et humain à la bonne marche de la période du post-conflit. L’Unesco lui a réservé le meilleur accueil le 23 juin 2017. La France n’est pas en reste. Elle a reçu Juan Manuel Santos en 2011, en 2014, et en 2015. Le président François Hollande a visité la Colombie en 2017. Le Premier ministre, Manuel Valls, s’est brièvement rendu en Colombie, en 2015. Le secrétaire d’État à la francophonie et au développement, André Vallini, représentait la France le 26 septembre 2016. La diplomatie économique, le réchauffement climatique et bien sûr la paix ont été au cœur de ces visites croisées.

L’Année France-Colombie, paradoxe Trois, témoigne de cet engagement. Au-delà des concerts, des expositions, du Tour de France, des manifestations d’amitié et de coopération dans les domaines les plus divers, cette initiative a pour objet de sensibiliser le plus grand nombre de Français à la réussite d’un évènement exceptionnel, un accord entre belligérants alors que l’Afrique et le Moyen-Orient, enchainent des crises sans fin apparente. Elle a en retour vocation à donner aux Colombiens, un sentiment de respect retrouvé. La Colombie, a longtemps, été associée au trafic de drogue, et aux enlèvements. Pablo Escobar et Ingrid Betancourt, portaient à l’extérieur cette page d’histoire qui désormais serait tournée. La France avec cette Année France Colombie, marquée par six mois d’évènements positifs renverrait ainsi l’image d’un pays en train de gagner le pari de la paix et du développement. Reste bien sûr à en convaincre les Colombiens électoralement actifs, Netflix et les auteurs d’un attentat ayant le 17 juin 2017, à Bogota, causé la mort d’une jeune ressortissante française, Julie Huynh.

Paradoxe Quatre, Juan Manuel Santos a donné l’occasion à son homologue français de marquer un territoire absent de sa campagne électorale, l’Amérique latine. Le calendrier est ainsi fait en démocratie. Un chef de l’État nouvellement élu, chausse les souliers diplomatiques de son prédécesseur. C’est la raison pour laquelle entre Donald Trump, Vladimir Poutine et Angela Merkel, en un mois, Emmanuel Macron, le nouveau premier magistrat français, aura reçu ses homologues péruvien, guatémaltèque et colombien. Le séminaire annuel de l’OCDE, de la BID et du ministère français de l’Économie, la visite officielle du président Santos programmée depuis plusieurs mois, ont ainsi imposé leur présence et leur actualité inattendues.

Paradoxe Cinq, enfin, cette accumulation de bons sentiments et d’échanges culturels, économiques et sportifs convaincront-ils les Colombiens des villes, les Colombiens aisés, du bien-fondé de la paix ? L’enjeu des consultations présidentielles et législatives de 2018 pèse lourdement dans la balance. Les intérêts les plus égoïstes, la lutte des places, la perpétuation d’autres agents violents, menacent d’emporter la paix et le Nobel du président Santos. Tout comme elles menacent de façon incongrue la candidature présidentielle de l’ex-maire de Bogota, Gustavo Petro, condamné à payer une amende de 80 millions de dollars pour n’avoir pas augmenté le tarif des transports en commun publics. La France, en tous les cas a confirmé ses engagements antérieurs. L’Agence française de coopération a officiellement été mandatée pour appuyer financièrement le processus de paix. Plusieurs lignes de crédit ont été ouvertes pour le développement rural. Les Français, à défaut d’avoir réussi à convaincre une majorité colombienne des bienfaits de la paix y auront gagné à coup sûr une meilleure connaissance d’un pays et d’une culture trop souvent réduits à leur profil le plus caricatural. La musique de la Garde républicaine a significativement élargi la gamme de ses partitions musicales à la cumbia. Le président Santos a en effet été accueilli à l’Élysée au rythme de Colombia, tierra querida (Colombie, terre qui nous est chère).

Jean Jacques KOURLIANDSKY

Le bateau « Almirante » coule dans un lieu très fréquenté en Colombie aux yeux des visiteurs

Le naufrage de l’Almirante ce dimanche 25 juin dans le lac d’El Peñol de Guatapé, un lieu très touristique du nord-ouest de la Colombie. Le bateau qui transportait 170 personnes a coulé dans le lac du barrage de Guatapé, faisant au moins six morts et une trentaine de personnes portées disparues. 

Photo El Almirante – Europé 1

Il est 14 heures (21 heures à Paris) quand le bateau coule dans cet endroit très apprécié notamment pendant les week-ends prolongés comme celui-ci, lundi étant férié en Colombie. Des responsables régionaux ont déclaré que 170 personnes étaient à bord du bateau. La plupart des passagers ont pu s’enfuir par leurs propres moyens, d’autres ont été recueillis par des dizaines d’embarcations et de jet-skis se trouvant à proximité.

Trois passagers « sont morts à l’hôpital après avoir été secourus et trois autres ont été retrouvés sans vie sur le lieu de l’accident », a pour sa part indiquée à la presse Luis Pérez, le gouverneur du département d’Antioquia. Dans une vidéo circulant sur les réseaux sociaux, on peut voir le bateau, qui transportait 170 passagers et six membres d’équipage, en train de tanguer avant de commencer à couler.

Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux le montre sombrer et autour d’eux des dizaines d’embarcations qui viennent au secours des passagers. (Lien vidéos ci-dessous). « Une source au sein des autorités du département d’Antioquia, où le drame s’est produit, a expliqué que les personnes secourues étaient transférées vers l’hôpital municipal ». « Nos aéronefs et leurs équipages sont prêts à évacuer les personnes se trouvant dans un état grave et qui ont besoin d’une attention immédiate », a indiqué l’armée de l’air. Des équipes de secours ont également gagné les lieux par voie terrestre. Ce qu’on sait pour le moment c’est que le bateau avait la capacité d’accueil supérieur au nombre de personnes qui se trouvaient à bord au moment du naufrage.

Les autorités ignorent encore les raisons de ce naufrage, survenu en quelques minutes seulement dimanche vers 14 heures dans le lac du barrage El Peñol de Guatapé, à environ 68 kilomètres de Medellin.

            Francine BONENGE

Youtube1 et Youtube2

Paris honore Gabriel García Márquez par une Place en son nom

Auteur de l’universel Cent ans de solitude, le prix Nobel de littérature colombien Gabriel García Márquez a maintenant une place à son nom à Paris, récemment inaugurée par la maire de Paris Anne Hidalgo en présence du président colombien José Manuel Santos.

Photo: Ambassade de Colombie à Paris

En 2014, année de la mort de l’écrivain, la Ville de Paris avait décidé de lui octroyer un espace public. C’est chose faite rue du Bac. Anne Hidalgo, maire de Paris, accompagnée du président colombien José Manuel Santos, en visite officielle en France pour inaugurer l’année croisée France-Colombie, a dévoilé la plaque qui indique « Place Gabriel García Márquez, homme de lettres colombien, Prix Nobel de littérature ». De plus, situé près du Musée d’Orsay, le 9 rue Montalembert porte maintenant une plaque qui rappelle que c’est ici que Gabo écrivit son autre chef d’œuvre « Le colonel n’a personne qui lui écrit ».

Jac FORTON

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