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Colombie

Iván Duque prend les rênes d’un pays axé sur l’accord de paix avec la guérilla

Dimanche dernier, la Colombie a vécu sa première élection présidentielle depuis la signature de la paix en 2016 qui a permis de mettre fin à un demi-siècle d’affrontements avec l’ancienne guérilla marxiste Farc. Iván Duque a été élu nouveau président de la République colombienne pour cinq ans.

Photo : La Semana

Le président élu, candidat du Centre démocratique, avait précisé pendant la campagne qu’il ne voulait pas réduire en miettes l’accord avec les Farc, mais qu’il était nécessaire de lui apporter certaines modifications. Car pour Iván Duque, poulain de l’ancien président Álvaro Uribe, si l’accord de paix a partiellement atteint son but, des corrections sont prêtes à être apportées à cet accord, dont l’un des axes était de permettre aux ex-guérilleros de déposer leurs armes et de se reconvertir dans la vie politique. Ainsi l’ex-FARC (acronyme des Forces armées révolutionnaires de Colombie) est devenu, en août dernier, le nom du nouveau parti FARC (Force alternative révolutionnaire du commun). 

En ce qui concerne les corrections à apporter à l’accord de paix signé par son prédécesseur Juan Manuel Santos –un accord qui lui a valu le prix Nobel de la paix–, le détail des modifications prévues n’est pas connu. Cependant, pendant sa campagne, Iván Duque s’en était pris à certains ex-chefs de la guérilla dont il avait dit vouloir envoyer en prison ceux coupables de crimes graves. Le nouveau président de la droite dure avait aussi promis de leur interdire de siéger au Parlement.

Après l’annonce des «corrections» à apporter à l’accord, le FARC n’est pas resté muet et a appelé le président nouvellement élu de faire preuve de bon sens. «Ce que demande le pays, c’est une paix intégrale qui nous mène vers la réconciliation», a affirmé la formation avant d’ajouter que «contourner cet objectif ne peut être un programme de gouvernement». Mais pour Iván Duque, ces corrections auront pour but de placer les nombreuses victimes au centre du processus pour leur garantir vérité, justice et réparations.

En effet, la guerre sans merci déclarée à la guérilla par l’ancien président Álvaro Uribe n’a pas épargné les civils : arrestations, contrôle du transport des aliments, restriction des ventes de médicaments étaient devenus monnaie courante en 2005. Pour ne donner qu’un exemple des exactions commises, rappelons que les groupes paramilitaires d’extrême droite débarquèrent, en 1998, dans la région de San Onofre, un gros bourg du nord de la Colombie, sous prétexte d’en finir avec la guérilla d’extrême gauche. Par la suite, on a retrouvé des fosses communes qui témoignent de l’horreur : en un mois, plus de quarante corps ont été exhumés, le crâne parfois défoncé ou les membres arrachés. «Et nous craignons de trouver d’autres corps», avait indiqué à l’époque le procureur de la République, Luis Carlos Osorio. Cela sur un fond de trafic de drogue, selon le témoignage d’Álvaro, un professeur de la région : «les paramilitaires ont massacré des dizaines de civils, paysans et villageois. Et sous prétexte de financer leur guerre, ces hommes sont devenus des narcotrafiquants.» Ainsi, depuis un demi-siècle de lutte contre la guérilla, on estime au moins qu’il y a eu 8 millions de victimes entre les morts, les disparus et les déplacés.

Après le scrutin, le FARC, qui ne ferme pas la porte à des discussions avec le nouveau pouvoir, a demandé à rencontrer Iván Duque. Si à première vue la pacification du pays est en cours, le conflit armé est toutefois loin d’être terminé, comme le rappelle le chercheur Yann Basset, de l’université El Rosario de Bogotá : «Aujourd’hui, le conflit n’a pas vraiment disparu en Colombie, mail il a été relégué un petit peu aux marges, aux zones les plus éloignées du centre du pays, sur la côte Pacifique notamment, ou dans le sud du pays, ou à la frontière vénézuelienne. Il a même pu prendre des proportions un peu plus importantes, puisque les problématiques qui affectaient des zones importantes du pays comme le trafic de drogue s’est déplacé vers ces zones-là et des groupes armés subsistent ou se réorganisent. Donc il y a toujours des opérations militaires et c’est une des principales préoccupations pour l’avenir.»

On peut conclure donc que l’insécurité est toujours palpable, notamment en zone rurale. «C’est encore pire qu’avant, rappelle Christoph Harnischn, parce que les point de repère ont complètement changé.» Le directeur du Comité international de la Croix-Rouge en Colombie demande de la part du nouveau gouvernement une «politique de sécurisation beaucoup plus décidée… L’État, seul, peut jouer ce rôle. Et c’est malheureusement quelque chose qui se fait très lentement

Eduardo UGOLINI

Juriste de profession, Iván Duque, membre du Centre démocratique et proche du président Álvaro Uribe, a été sénateur de 2014 à 2018. Le 11 mars 2018, il remporte la primaire de droite (Grande consultation pour la Colombie) en vue de l’élection présidentielle, obtenant 67,8% face à Marta Lucía Ramírez et Alejandro Ordonez. Pendant la campagne présidentielle, il reçoit l’appui explicite des milieux d’affaires colombiens. Il est également soutenu par les anciens présidents Álvaro Uribe, Andrés Pastrana et César Gaviria. Après être arrivé en tête du premier tour, il est élu au second, le 17 juin, avec 54% des voix contre 41,8% pour le candidat de gauche, Gustavo Petro.

Le président colombien à l’OIT : «il n’y a pas de paix possible sans justice sociale»

Le président colombien, Juan Manuel Santos, a dit aux délégués à la Conférence internationale du travail à Genève que la justice sociale devait être le fondement d’une paix durable. Il a également mis en exergue le rôle clé du travail décent.

Photo : OIT

Le président colombien, Juan Manuel Santos, a dit à la Conférence internationale du travail (CIT) qu’ayant réussi à établir la paix, la Colombie avait maintenant besoin de l’ancrer dans la justice sociale, en créant davantage d’emplois, en luttant contre la pauvreté et en réduisant les inégalités. «Je viens vers vous aujourd’hui comme président d’un pays qui commence à bâtir la paix et qui emprunte un chemin difficile, mais plein d’espoir, vers le développement, la prospérité et plus de justice», a déclaré M. Santos, qui avait reçu le prix Nobel de la paix en 2016 pour avoir conclu un accord qui mettait fin à plus de cinquante années de conflit.

Paraphrasant le préambule de la Constitution de l’OIT – qui célèbrera son centenaire l’an prochain –, M. Santos a rappelé la nécessité de réaliser la justice sociale pour instaurer une paix durable. «La justice sociale s’obtient par plus d’emplois, moins de pauvreté et moins d’inégalités», a-t-il précisé, ajoutant que «le travail décent était un pilier» de la justice sociale.

Dans une allocution de bienvenue prononcée en espagnol, le Directeur général de l’OIT, Guy Ryder, a rappelé que la Colombie était un membre fondateur de l’OIT. Ce qui veut dire «que nous avons parcouru ensemble près d’un siècle – un siècle de solidarité». «Malheureusement, pendant la moitié de cette histoire partagée, la Colombie a été plongée dans un conflit tragique», a déploré M. Ryder, ajoutant qu’aujourd’hui, alors que le pays consolide le processus de paix, «nous tous, dans cette maison, souhaitons à la Colombie des jours meilleurs, des jours de paix, des jours de justice sociale.»

«De nombreux défis demeurent et l’OIT s’engage à continuer d’œuvrer au côté de la Colombie pour parvenir à un avenir de travail décent pour tous, dans le respect total des normes internationales du travail, et avec une attention toute particulière aux victimes de la violence», a poursuivi M. Ryder. La CIT, qui rassemble les représentants gouvernementaux, employeurs et travailleurs de 187 États membres de l’OIT, s’est déroulée du 28 mai au 8 juin.

D’après OIT infos

Élections 2018 : l’opportunité de tirer un trait sur l’histoire écrite par le sang et les armes

Entre la mer des Caraïbes et l’océan Pacifique se trouve un territoire tropical dont l’histoire singulière se traduit par le sang depuis son indépendance en 1810. La Colombie fait partie de ces pays souillés par les grandes puissances mondiales, où l’oligarchie a toujours gouverné et où le bipartisme a laissé des centaines de mères sans enfants. En Colombie, les oiseaux n’ont pas toujours chanté et volé comme des êtres libres. «Los Pájaros» ont été le bras armé du parti conservateur dans les années 1950, et ont assassiné et arraché de leur terre des familles entières en raison de leurs orientations politiques.

Photo : Gustavo Petro – Iván Duque/El artículo

Dans la souffrance et la misère de son peuple, dans la rage et l’indignation de nombreux citoyens, le pays de «Gabo» a vu naître à plusieurs reprises des groupes rebelles clamant une justice sociale, une participation politique, une terre pour tous et le respect de la vie… L’actuel conflit interne colombien voit ses origines en 1947, alors que le socialiste et candidat à la présidence Jorge Eliécer Gaitán se fait assassiner. Dès lors, le pays n’a cessé de traverser de nombreuses épreuves. D’abord le temps de la «violencia» entre 1948 et 1958, puis la période des guérillas pendant laquelle des groupes armés tels que le M-19, les FARC ou encore l’ELN envisagent la possibilité d’une révolution, à l’image de celle qui a secoué Cuba en 1959. Puis c’est l’entrée en matière d’un nouveau conflit : celui du secteur paramilitaire et du narcotrafic.

Mais au milieu de ces tumultes, la Colombie a également connu de douces accalmies qui se sont concrétisées par les signatures de différents traités. On pense par exemple au traité de paix signé avec les FARC en 2016. Cependant, certains accords reviennent aujourd’hui dans le débat public, notamment ceux passés avec le M-19 en 1991 qui ont laissé place à la Constitution colombienne encore en vigueur aujourd’hui. Pourquoi invoquer l’Histoire en introduction de cet article ? Pourquoi le traité de paix avec le M-19 est-il remis en cause ? Parce que depuis ce dimanche 26 mai 2018, pour la première fois depuis des décennies, la Colombie peut dire qu’elle a connu des élections présidentielles légitimes, «dignes» d’un système représentatif, avec une participation de plus de 53% de la population. Dans quelques semaines, les citoyens colombiens participeront au deuxième tour de ces élections et devront choisir entre un candidat issu des oligarchies colombiennes et un candidat issu du M-19.

En effet, le Centre démocratique, parti de l’ancien président Álvaro Uribe Vélez aujourd’hui sénateur de la République, représenté par Iván Duque, vient de remporter le premier tour avec 39,14% des voix, soit 7 569 693 votes, suivi par Gustavo Petro qui a obtenu 25,08% des voix, soit 4 851 254 votes. Enfin, Sergio Fajardo a obtenu 23,73% des voix, soit 4 589 696 votes. Les deux candidats représentants la politique colombienne traditionnelle, Germán Vargas Lleras et Humberto de la Calle, n’obtiennent respectivement que 7,28% et 2,06% des voix. Le traité de paix signé en 2016 avec les FARC a ainsi donné son premier fruit, en offrant aux citoyens colombiens la possibilité de voter en masse. La photographie de Rodrigo Londoño, ancien chef des FARC, se rendant aux urnes, restera elle-même dans l’Histoire.

D’autre part, c’est la première fois que deux candidats indépendants de la politique traditionnelle colombienne obtiennent un si grand nombre de voix. Même si en 2010 Antanas Mockus, premier candidat indépendant à arriver au deuxième tour des élections présidentielles, avait rassemblé de nombreux votants, la Colombie entrevoit pour la première fois la possibilité qu’un candidat de gauche, ancien membre du M-19, accède au pouvoir. Ce sont 261 558 voix qui séparent Gustavo Petro de Sergio Fajardo et l’alliance des deux candidats permettrait de réunir 9 440 950 voix soit autant de votes qui ne seraient pas accordés au parti de l’ancien président Álvaro Uribe qui, depuis la fin de son mandat en 2010, essaye de récupérer le pouvoir par tous les moyens. L’accès à la présidence est donc entre les mains des partisans de Sergio Fajardo. Le candidat qui y accédera a jusqu’au 17 juin prochain pour convaincre le plus grand nombre d’électeurs.

Jusqu’à ce jour, le candidat de la Coalición Colombia n’a pas appelé à voter pour tel ou tel candidat. Cependant, toute sa campagne reposait sur l’éducation, la lutte contre la corruption et la victoire face à Uribe. Par ailleurs, il a déjà reçu le soutien de plusieurs autres représentants politiques : Claudia López, Antanas Mockus et Jorge Robledo. Ce dernier appartient au Polo Democrático, parti de gauche dont Petro a été auparavant membre pendant plusieurs années.

Un éventail de progrès semble donc éclairer ces dernières élections et, pour la première fois dans l’histoire de la Colombie, les alternatives politiques reçoivent le soutien d’un si grand nombre de votants. Mais n’oublions pas qu’il s’agit également d’une période sensible pour le pays, où les traités de paix et la Constitution de 1991 sont mis en péril par les propositions du candidat du Centre démocratique. De plus, la société colombienne vit aujourd’hui encore dans la peur des «idées de gauche» et de tout candidat présenté par les médias comme porteur standard de la gauche. De plus, le fantasme véhiculé par l’idéal socialiste vénézuélien joue un rôle important dans les prises de décisions des électeurs colombiens. Le 17 juin prochain, la Colombie aura donc le choix entre la continuité d’une politique vieille de plus de seize ans ou la possibilité d’un changement qui, pour la première fois de l’Histoire, fera basculer l’exécutif à gauche.

Jonathan Z. CORONEL

La Colombie adhère à l’Organisation de coopération et de développement économiques

Le président de la République française, M. Emmanuel Macron, et le secrétaire général de l’OCDE, M. Angel Gurría, ont ouvert la réunion annuelle du conseil de l’OCDE au niveau des ministres en appelant les pays à déployer davantage d’efforts afin que la coopération multilatérale réponde efficacement aux défis du monde d’aujourd’hui.

Photo : OCDE

Cette réunion ministérielle de 2018, présidée par la France, traitera de diverses thématiques, notamment la coopération pour promouvoir une croissance inclusive, le renforcement du commerce international, la coopération en matière de fiscalité et de changement climatique, les solutions pour répondre à l’impact de la transformation numérique et des nouvelles technologies, et le maintien du financement des Objectifs de développement durable. Sur le thème «Refonder le multilatéralisme pour des résultats plus responsables, plus efficaces et plus inclusifs», les ministres examineront comment améliorer le multilatéralisme et faire en sorte qu’il réponde mieux aux besoins de ceux qui estiment ne pas avoir recueilli les fruits de la mondialisation, tout en permettant de relever de nouveaux défis.

«La coopération multilatérale a donné lieu à des avancées sans précédent et a grandement contribué à l’amélioration de la vie des populations au cours des 70 dernières années, comme en attestent des accords phares tels que l’Accord de Paris sur le climat et les Objectifs de développement durable. Pourtant, nombreux sont ceux qui se sentent exclus des bienfaits de la mondialisation de l’économie, et estiment que le système multilatéral ne produit pas les résultats escomptés. Au cours des deux prochains jours, nous aurons l’occasion de commencer à remodeler les fondations du multilatéralisme pour le rendre plus responsable, plus efficace et plus inclusif, de sorte qu’il profite à tous», a déclaré M. Gurría devant les participants à la réunion ministérielle.

«Le multilatéralisme n’est pas une addition de bilatéralismes. C’est un dialogue à plusieurs voix, une polyphonie de l’action et de la pensée, et c’est cette polyphonie que nous devons apprendre ensemble à tisser, à réinventer, à rendre juste et efficace dans le monde qui est le nôtre,» a dit le Président Emmanuel Macron. «L’OCDE s’est judicieusement placée au cœur de combats contemporains décisifs, et notamment le combat contre les inégalités, et ce sont ces combats que je suis venu saluer et appuyer.»

«Avec l’adhésion de la Colombie et de la Lituanie, l’OCDE devient un forum plus dynamique, pluraliste et inclusif pour l’échange et le partage des meilleures pratiques», a déclaré M. Gurria lors de la cérémonie de signature. «Le processus d’adhésion a été un catalyseur pour des réformes impressionnantes, qui ont non seulement profité aux deux pays, mais qui sont également des sources d’inspiration et d’apprentissage pour d’autres membres de l’OCDE et partenaires confrontés à des défis similaires.»

Étaient également présents à l’ouverture de la réunion ministérielle, la présidente de la République de Lituanie, Mme Dalia Grybauskaitė et le président de la République de Colombie, M. Juan Manuel Santos, qui ont participé à une cérémonie de signature officielle consacrant l’adhésion imminente de leur pays à l’OCDE en tant que 36ème et 37ème membres. Leurs adhésions entreront en vigueur une fois que la Lituanie et la Colombie auront pris les mesures appropriées au niveau national pour adhérer à la Convention de l’OCDE et déposé leur instrument d’adhésion auprès du gouvernement français, dépositaire de la Convention.

D’après l’OCDE

Ivan Duque, candidat du «Centro democrático» en tête des sondages pour les présidentielles

Le 27 mai prochain auront lieu les élections présidentielles en Colombie. Il semble que la droite ait pour l’instant un avantage assez large pour remporter ces élections. C’est ce que montre le dernier sondage publié le 3 mai dernier par la société colombienne Centro Nacional de Consultoría (CNC).

Photo : France24 TV

C’est le candidat Ivan Duque, leader du Centro Democrático, qui arrive en tête du sondage avec 38% des voix. En deuxième position, Gustavo Petro, de Colombia Humana (25%), suivi par Sergio Fajardo, de la Coalición Colombia (17%). Très loin derrière les trois premières positions arrive Germán Vargas Lleras de Mejor Vargas Llera (7%) et Humberto de la Calle, du Partido Liberal (4%).

Il faudra normalement procéder à un deuxième tour : c’est ainsi que fonctionne le système électoral colombien où il faut au moins 50% de voix pour être élu président. Certains ne sont pas contents de ces sondages ; c’est le cas du leader de gauche Gustavo Petro. Pour lui, il s’agit d’un essai de manipulation ayant pour but de favoriser celui qui arrive en tête de ce sondage. D’après El Espectador, cette affirmation serait fondée. En effet, selon ce journal, les gens qui n’ont pas encore décidé pour qui voter soutiendraient celui qui arrive en tête des sondages.

Ce sondage a recueilli par ailleurs la tendance des voix pour Viviane Morales, de Somos. Mais la veille de la publication du sondage, la candidate a renoncé à se présenter aux élections présidentielles du 27 mai. Il semblerait que Viviane Morales se soit rapprochée d’Ivan Duque pour lui proposer son soutien. Voici un exemple de l’un des enjeux les plus importants chez les candidats aux élections, étant donné qu’il n’y a que deux candidats qui peuvent passer au second tour. En toute logique, les candidats doivent donc réfléchir en terme d’accords et de soutiens politiques et ce dès le lendemain du premier tour des élections présidentielles.

Comment se passe la campagne électorale en Colombie ? Rien n’est facile en Colombie. L’ambiance est loin d’être tranquille. Même si les différents candidats s’étaient mis d’accord pour maintenir le calme, différents incidents se sont produits. Par exemple, ce qui s’est passé dans le débat prévu dans la salle de théâtre Los Fundadores à Manizales. L’acte a du être annulé pour des raisons de sécurité à cause des tumultes à l’extérieur de la salle. Humberto de la Calle a accusé Gustavo Petro de rendre l’ambiance hostile avec ses déclarations sur les candidats de droite.

Un autre enjeu assez important en Colombie, et qui joue un rôle essentiel au moment des élections, est celui de la violence. Outre les FARC, il y a toujours d’autres groupes guérilleros qui continuent à mener leurs opérations. De plus, il existe toujours parmi les FARC des dissidents menant des actions criminelles, comme l’a montré l’assassinat récent de journalistes à  la frontière entre l’Équateur et la Colombie (cf l’article de cette semaine à ce sujet). Les auteurs, des ex-FARC, ont agi dans un territoire où opéraient traditionnellement les FARC.

D’autre part, certaines actions menées par le gouvernement ne favorisent pas une bonne évolution du conflit. Par exemple, comme nous l’avions évoqué dans notre Newsletter du 30 mars dernier, avec l’incarcération d’un des négociateurs des FARC, Jesús Santrech, qui serait compromis dans le trafic de stupéfiants. L’un des enjeux de ces élections sera donc, pour le futur président, de définir une position claire en ce qui concerne les termes du processus de paix avec les FARC.

Nombre de sujets controversés sont placés au coeur du débat entre les candidats à la présidence colombienne. Par exemple, la corruption politique et les politiques d’agriculture. Ces deux sujets semblent très liés au trafic de drogue, dans un pays avec des niveaux élevés de production de cocaïne. Il semble que les paysans ne disposent pas de beaucoup d’alternatives à la culture de cette drogue. Dans El Espectador, Petro déclare son intention de mener à bien une réforme de l’agriculture qui consisterait en l’achat de terrains aux propriétaires et leur distribution aux paysans. Ainsi, l’on pourrait lutter contre le modèle économique lié à la culture de la drogue. Pourtant, nombreux sont ceux qui se méfient de Petro, souvent considéré comme un populiste et dangereux pour le pays.

Mario PÉREZ MORALES

Deux ans après la signature de la paix en Colombie : un accord qui perd ses plumes ?

La «Communauté internationale», expression peu satisfaisante mais commode, avait applaudi le 26 septembre 2016 la signature de la paix en Colombie. Près de deux ans plus tard, la colombe de paix lancée à cette occasion peine à rester en vol. De quelle paix, il est vrai, parlait-on ? L’accord célébré en grande pompe au palais des Congrès de Carthagène engageait, pensait-on, l’État colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie, les FARC. Ce traité était censé mettre un terme définitif à cinquante-trois ans de conflit, soldé par plusieurs dizaines de milliers de victimes. Le constat que l’on peut faire le 23 avril 2018 est celui d’un accord qui perd ses plumes.

Photo : Tusemanario

La plume gouvernementale a perdu de ses couleurs. Les électeurs colombiens consultés par référendum le 2 octobre 2016 ont, à une faible majorité, mais une majorité tout de même, rejeté ces accords. Des responsables politiques, militaires et religieux ont depuis levé la voix et signalé publiquement au président Santos leur désaccord. Un président en fin de mandat, un président qui ne peut pas se représenter. Un président dont l’héritier potentiel, le vice-président sortant Germán Vargas Lleras, évite de parler et encore moins de revendiquer les acquis de la paix. Il n’est pas le seul. Aux présidentielles du 27 mai prochain, la défense de ces accords ne fait pas consensus. La dominante se situe entre condamnation, silence prudent et engagement discret. Plusieurs dizaines de membres des FARC désarmés ont été assassinés. Le gouvernement appelle à l’application des accords. Il promet les foudres de la loi aux anciens combattants qui hésiteraient à prendre le chemin de la paix. Alors que les ex-combattants croupissent dans des campements de moins en moins provisoires, les ETCR, «Espaces territoriaux de capacitation et réincorporation». Le 9 avril, la justice a décidé d’incarcérer l’un des négociateurs des FARC qui serait compromis dans le trafic de stupéfiants.

La plume FARC a perdu de sa vitalité. L’accord remis sur rail comme le traité de Lisbonne sur l’Union européenne par un laborieux rabibochage parlementaire, le 24 novembre 2016, a dévissé à plusieurs reprises. Les FARC ont créé le 1er septembre 2017 un parti, sous le même sigle, les Forces Alternatives Révolutionnaires du Commun. Elles pensaient participer aux législatives et aux présidentielles des 11 mars et 27 mai 2018 sur un pied d’égalité. Ses candidats ont été conspués, caillassés, menacés. Le chef des FARC, Rodrigo Londoño, dit «Timochenko», a jeté l’éponge. Victime d’un accident cardiaque, il est aujourd’hui sous traitement médical. Ces évènements ont pesé sur le moral des troupes. Le sort matériel réservé aux anciens guérilleros, l’incarcération de Jesús Santrich, négociateur des FARC, le 9 avril, ont accéléré les désertions. Avec pour certains un reclassement délinquant comme cela s’était produit pour les mêmes raisons au Nicaragua et au Salvador après la signature des accords de paix Gouvernements/Guérillas. Estimées officiellement à 7%, au mois de novembre 2017, des 12482 démobilisés, les désertions toucheraient, en mars 2018, 20% de l’effectif initial. Le prudent repli, loin de Bogotá, de Luciano Marín Arango, «Iván Márquez», membre du Secrétariat des FARC, rendu public le 19 avril 2018, la «disparition» concomitante d’Hernán Darío Vásquez, «El Paisa», ancien chef d’une colonne armée des FARC, témoignent de la dégradation du climat et du processus de paix.

Cette paix en gruyère arrache d’autant plus de plumes que les relaps de la paix tombent dans un bouillon de culture porteur de violences. Les FARC, il ne fallait pas l’oublier, n’étaient pas les seuls fauteurs de violences. Groupes paramilitaires reconvertis en Bacrims, en Bandes criminelles, ELN, Armée de libération nationale, ERP, Armée populaire de libération (EPL), restaient et restent opérationnels. Prêts à accueillir les dissidents de la paix. Et prêts aussi éventuellement à les combattre. Les querelles territoriales ont pris ces derniers temps un tour préoccupant dans plusieurs régions de la Colombie. La région du Chocó, le Pacifique colombien et, plus au sud, celle du port de Buenaventura, ont été les premières touchées. Le terrain abandonné par les FARC a été réoccupé de façon violente par des groupes criminels. Les assassinats de responsables syndicaux ou associatifs se sont multipliés. Cent-un ont été exécutés de janvier 2017 à février 2018. Soumis à des pressions physiques insoutenables, près de 15 000 personnes ont quitté leurs foyers en 2017. Au nord-ouest, ELN et groupes Gaitanistas du Clan du Golfe se disputent le contrôle de la frontière avec le Panama. Plus au sud, le relai a été pris dans la région limitrophe de l’Équateur. Un front des FARC, n°29, refusant la paix de Carthagène, est entré en dissidence. Ce GAOR (Groupe armé organisé résiduel), fragmenté en cinq branches, dispute le contrôle des territoires situés des deux côtés de la frontière aux forces de l’ordre colombienne et équatorienne, mais aussi à des concurrents, ELN, délinquants du Clan du Golfe et de la Gente del Orden. Attentats, enlèvements, assassinats se sont multipliés depuis le 27 janvier 2018. Au nord-est du pays, dans le canton de Catatumbo, Nord de Santander, le départ des FARC a ouvert un conflit brutal entre ELN et EPL (Armée populaire de libération) le 5 mars 2018. Ici encore à l’origine d’une trentaine de victimes et du déplacement de 3000 personnes.

Les statistiques officielles enregistrent une forte dégradation de la sécurité publique. 3491 assassinats au premier trimestre 2018, soit une hausse de 7,2%. Ainsi que le retour à des pratiques de violences exacerbées comme la découpe et la dispersion dans des sacs plastiques du corps des personnes assassinées (crime dit des embolsados). Cette dégradation est d’autant plus difficile à contenir que le contexte international est indifférent ou hostile. Face à cette montée des périls sur sa frontière nord, l’Équateur a décidé de ne plus accueillir les pourparlers de paix entre l’ELN et Bogotá ouverts à Quito en 2017. Le Venezuela, l’un des pays garants des accords de Carthagène avec les FARC, est hors jeu diplomatiquement, accaparé par sa crise intérieure, économique, sociale et politique. Qui plus est le président Santos, qui doit par ailleurs accueillir des centaines de milliers de réfugiés économiques vénézuéliens, a durci le ton avec Caracas. Les États-Unis de Donald Trump, enfin, ont rompu avec la politique de soutien apporté au processus de paix voulue par Barack Obama. Priorité à la lutte contre le trafic de stupéfiants a «touité» Donald Trump. Qui a envoyé à Bogotá son vice-président remettre cette feuille de route au président Santos.

Les Nations unies s’inquiètent. Jean Arnault, chef de la mission de vérification de l’ONU, a présenté au Conseil de sécurité début avril 2018 un rapport qui multiplie les sonnettes d’alarme. Il confirme celui de la Commission internationale de vérification des droits humains en Colombie qui signalait en février 2018 que seuls 18,5% de ce qui a été signé par l’État a été engagé. La sécurité des ex-combattants n’est pas garantie. Leur réincorporation économique, pas plus. La violence et les assassinats de responsables communautaires ont fortement progressé, ajoutent-ils.

Le procureur général colombien, Néstor Humberto Martínez, a signalé avec bon sens le 19 avril 2018 que le cœur des conflits n’était pas politique mais financier. Les disputes territoriales, a-t-il dit, relèvent du contrôle de régions «productrices» d’argent sale, souvent liées au trafic de stupéfiants. Dérive prévisible qui aurait dû mobiliser les finances publiques afin d’assurer les dividendes de la paix. Mais les ennemis des FARC étaient et sont tout aussi hostiles à toute fiscalité exceptionnelle pour gagner la paix. Le prix à payer par la Colombie, finalement, risque d’être plus lourd que celui de l’impôt refusé par les pompiers incendiaires du tout sécuritaire.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

Premières élections depuis l’accord de paix avec les FARC : résultats et analyses

Les images historiques en Colombie montrant des ex-guérilleros en train de participer au scrutin pour les élections législatives annoncent un possible revirement politique. Dimanche 11 mars dernier, 36 millions de Colombiens étaient appelés aux urnes afin d’élire 172 députés pour la Chambre des représentants et 108 pour le Sénat.

Photo : Iván Duque/Cambio 16

La droite a remporté les trois premières positions pour les sièges du Sénat : Centro Democrático, Cambio Radical et le parti Conservador ont obtenu respectivement 19, 16 et 15 sièges. Pour la Chambre des représentants, Partido Liberal, Centro Democrático et Cambio Radical ont obtenu respectivement 35, 32 et 30 sièges. Par ailleurs, les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie), formées par les ex-guérilleros, ont obtenu des résultats trop faibles qui révèlent leur manque de popularité chez les électeurs.

Il s’agissait des premières élections depuis l’accord de paix avec les militants des FARC et nombreux ex-guérilleros sont allés voter pour la première fois. La journée s’est déroulée sans incident. À cette occasion, l’ELN (Armée de libération nationale) a déclaré une trêve temporaire dès le 9 mars pour contribuer à cette ambiance de tranquillité.

Comme dans beaucoup d’autres pays, le taux d’abstention reste très élevé en Colombie : 51 %, malgré une baisse d’environ 10 % par rapport aux élections précédentes. Le mécontentement de la population envers leurs représentants pourrait en être la cause. On note un très haut niveau de corruption (achats de votes) et des condamnations de personnalité politiques pour avoir entretenu des liens avec des groupes armés paramilitaires. Le terme « parapolitique » qui désigne précisément ces liens entre hommes politiques et organisations paramilitaires a d’ailleurs été largement utilisé par les médias depuis la présidence d’Uribe (2002-2010). Ces circonstances pourraient expliquer le ras-le-bol des citoyens et leur déconnexion vis-à-vis des pratiques liées aux démarches démocratiques.

Des consultations interpartis ont eu lieu en parallèle des législatives. Ce sont des regroupements réunissant différents partis (avec des idées et des projets en commun) qui se mettent d’accord pour mettre en place une consultation. Chaque parti s’engage alors à soutenir pour les élections présidentielles le candidat remportant la victoire. À gauche, Gustavo Petro a gagné face à Carlos Caicero dans la consultation « Inclusion sociale pour la paix ». À droite, Iván Duque a remporté la « Grande consultation pour la Colombie », face à Marta Lucía Ramírez et Alejandro Ordóñez.

Par ailleurs, l’un des enjeux importants des élections était l’avenir de l’accord de paix signé en 2016. Grâce à cet accord, de nombreux ex-guérilleros ont accepté d’aller voter pour la première fois. Ils ont également la possibilité d’être présents dans les institutions démocratiques. En effet, l’accord leur assure cinq sièges à la Chambre et cinq au Sénat. Néanmoins, des lois importantes, nécessaires à la mise en œuvre de cet accord de paix, sont encore à voter ; celle du système de justice spéciale par exemple. Pour l’instant, avec la victoire du Centro Democrático, c’est la droite qui gagne, c’est-à-dire les partisans les plus radicalement opposés à l’accord. Il faudra donc attendre les présidentielles pour avancer sur cette question.

Les élections présidentielles, qui auront lieu prochainement le 27 mai et — s’il y a un deuxième tour — le 17 juin, désigneront le successeur de l’actuel président, Juan Manuel Santos. Parmi les candidats, on retrouve : Germán Vargas Lleras (Mejor Vargas Lleras), Gustavo Petro (Colombia Humana), Humberto de La Calle (Partido Liberal), Iván Duque (Centro Democrático), Juan Carlos Pinzón (Ante Todo Colombia), Piedad Córdoba (Poder Ciudadano), Sergio Fajardo (Coalición Colombia) et Viviane Morales (Somos Región Colombia). Les FARC ne se présentent pas aux présidentielles. Leur seul candidat, Rodrigo Londoño, s’est vu obligé d’abandonner la course aux présidentielles en raison de problèmes de santé. Logiquement, chaque candidat souhaiterait devenir le futur président de la Colombie. Cependant, étant donné qu’ils sont huit, mais par la force des choses, certains d’entre eux devront chercher des alliances.

De son côté, la droite semble être bien organisée et unie pour s’opposer au processus de paix. Normalement le candidat Duque devrait pouvoir compter avec le soutien du parti Conservador et d’autres partis de centre droite. À gauche cependant, les partis sont beaucoup plus divisés et la situation change notoirement. Malgré son succès aux législatives dimanche dernier, Petro est un leader qui reste très contesté, accusé en effet de représenter l’idéologie chaviste. À l’heure actuelle, à cause de sa position antiestablishment, il aurait vraiment du mal à trouver des partenaires. Manquant de soutiens, cet isolement pourrait donc rendre assez difficile sa candidature pour la présidence. De la même façon, le candidat Duque, parfois aussi contesté que Petro, occupe une position très polarisée.

Néanmoins, comme l’affirme Abel Veiga, dans le journal El Tiempo, la Colombie a besoin de cet accord de paix, entre autres, pour faire face aux problèmes du pays. Cruel dilemme, qui reflète ainsi un défi « aussi bien collectif que titanesque ». Dans les semaines à venir, il faudra donc prêter attention aux différentes manœuvres des candidats et prendre en compte les stratégies mises en place pour remporter cette présidence en mai prochain.

Mario PÉREZ MORALES

Les dialogues de paix avec l’Armée de libération nationale (ELN) en suspens suite aux attentats survenus à Barranquilla

Le weekend du 27 et 28 janvier, trois attentats ont eu lieu dans la ville de Barranquilla en Colombie, en moins de 24 heures. Le président colombien Juan Manuel Santos a annoncé la suspension des pourparlers de paix avec la guérilla de l’ELN (Armée de Libération Nationale) qui ont lieu à Quito depuis un an, après avoir confirmé que ses membres étaient les responsables du premier attentat contre les forces de police.

Photo: UDGTV

Trois attentats on eu lieu dans la ville de Barranquilla en Colombie, en moins de 24 heures. Ces attaques à explosif ont frappé des commissariats de police, laissant un bilan de sept morts et d’une quarantaine de blessés. Quelques heures après, un autre commissariat de police, localisé à la frontière de l’Équateur avec la Colombie, a été détruit avec une voiture explosive, provoquant des blessures à 28 personnes, une quarantaine d’habitats endommagés et 95 % du commissariat de police détruit.

La première attaque en Colombie a été revendiquée par le groupe « Front de la Guerre Urbaine » qui fait partie de la guérilla ELN, la seule guérilla active suite aux Accords de Paix avec les FARCS signés fin 2016. Selon la déclaration du ELN partagée sur un site internet, la guérilla affirme que cette attaque contre les forces policières a été réalisée en tant qu’action militaire, en exerçant leur droit légitime à la rébellion. Ces attaques se sont déroulées ensuite le 9 janvier dernier lors d’un cessez-le-feu entre l’État et l’ELN mis en place en octobre 2017 pour une durée de 101 jours.

Le président colombien, Juan Manuel Santos, a suspendu le cinquième cycle des négociations avec l’ELN qui allait avoir lieu à Quito dans les prochains jours, « étant donné qu'[il] ne voi[t] pas de cohérence de la part de l’ELN entre ses paroles et ses actes », déclare-t-il. D’autre part, il a ordonné de renforcer la sécurité publique avec 1500 policiers supplémentaires à Barranquilla, ville qui accueillera bientôt un carnaval.

Le président colombien qui quittera le pouvoir en août après deux mandats de quatre ans, se trouve aujourd’hui dans un climat très négatif pour continuer les négociations. Ces dernières ont suscité des doutes au sein de la population civile et de la classe politique relatifs à l’efficacité de ces accords de paix avec l’ELN. Ils semblent plus difficiles à mettre en place que ceux avec les FARCS, du fait que ses 1800 combattants s’organisent sous la forme d’une structure fédérative qui donne une autonomie militaire à ses différents fronts. Néanmoins, le gouvernement de Santos a tout intérêt à reprendre ces dialogues de paix pour aboutir à un accord similaire à celui avec les FARCS.

Le chef du groupe de négociations de l’ELN, Pablo Beltrán, a demandé au président de poursuivre ces négociations avant la fin de son mandat, pour que celles-ci ne soient pas interrompues de manière drastique et puissent avoir une continuité au cours du prochain mandat présidentiel.

Karla RODRÍGUEZ

Visite du secrétaire général de l’ONU en Colombie dans le cadre du processus de paix

Du 13 au 15 janvier, le secrétaire général de l’ONU a passé deux jours sur le territoire colombien dans le cadre du processus de paix entre le gouvernement et l’ex-guérilla FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie). Menace sur la Colombie ? « Rien ne peut justifier la violence armée », a déclaré António Guterres lors de sa récente visite dans ce pays destiné, dans les années 60, à devenir la « vitrine-exposition » de ce que l’aide des États-Unis pouvait apporter à l’Amérique latine.

Photo : ONU/Misión de Verificación de la ONU en Colombia

Lancé en 2016, l’accord de paix a partiellement atteint son but. L’un des ses axes était de permettre aux ex-guérilleros de déposer leurs armes et de se reconvertir dans la vie politique. Ainsi « FARC » est devenu, en août dernier, le nom du nouveau parti dont son ancien chef, Rodrigo Londoño, alias Timochenko, sera candidat à la présidentielle de mai 2018. L’accord prévoit également que dix de ses candidats aux législatives entreront de droit au Parlement.

Mais le débat politique de fond a été obscurci, le 10 janvier dernier, par une série d’attaques attribuées aux combattants d’une organisation beaucoup moins hiérarchisée que ne l’étaient les FARC : l’ELN (Armée de libération nationale). Au point qu’un climat délétère s’est installé, propre à susciter des interrogations quant à la manière dont pourrait se dérouler la campagne pour la prochaine élection présidentielle. « J’exprime ma profonde préoccupation après les événements violents de ces derniers jours et face à une possible escalade des affrontements. » C’est par ces mots que s’est lamenté António Guterres après les 100 jours du cessez-le-feu, alors que la reprise des négociations était programmée.

L’ELN, qui compte environ 2 000 guérilleros et 450 membres emprisonnés, est soupçonné d’être à l’origine des explosions qui ont endommagé le gazoduc de Caño Limon, relié au deuxième plus important champ pétrolifère du pays, forçant l’arrêt du pompage. Deux soldats de l’armée colombienne ont également été blessés par une grenade dans une base navale de la province d’Arauca. De son côté, ECOPETROL, la compagnie pétrolière nationale, a dénoncé l’attaque d’une de ses installations située à Aguazul, dans la province de Casanare.

La réponse du président Juan Manuel Santos ne s’est pas fait attendre : « D’une façon inexplicable, le ELN a non seulement refusé de revenir à la table des négociations, mais il a en plus repris les attaques terroristes le jour même où devait débuter le nouveau cycle des négociations. Face à cette situation, j’ai parlé avec le négociateur en chef du gouvernement à Quito, Gustavo Bell, afin qu’il revienne immédiatement à Bogota pour évaluer l’avenir du processus. Parallèlement, j’ai réitéré à nos forces armées l’ordre de répondre avec force à cette agression, pour protéger la vie et l’honneur des Colombiens, car c’est leur devoir constitutionnel. »

Sur ce propos, il n’est pas inutile de rappeler ce qu’avait dit l’un des plus grands experts de l’Amérique latine : « Depuis quelques années tous les pays d’Amérique latine ont pris conscience qu’ils peuvent se développer en une génération et assimiler les méthodes de production qui leur permettront de vivre mieux. Il faut admettre que ces pays doivent progresser et il faut les y aider, sinon ils seront forcés d’adopter des méthodes sacrifiant la liberté politique au développement économique et aucune force de répression ne réussira à arrêter le mouvement. »

C’est en ces termes visionnaires que s’exprimait l’économiste Raul Prebisch en septembre 1964. Et c’est dans cette perspective d’aide internationale que l’ONU, à travers la visite de son secrétaire général, soutient l’effort de paix prôné par le président Santos. Ce dernier a exprimé sa reconnaissance envers António Guterres, tout en soulignant que la clé du processus de paix, interrompu par les attaques de l’ELN, a été le « système de surveillance et de vérification » dirigé par l’ONU.

Il faudrait voir dans cette aide une prise de conscience internationale sur une situation extrêmement dangereuse. En effet, la suspension du cessez-le-feu risque de disloquer non seulement le processus de paix, mais aussi l’équilibre de la région, notamment avec les troubles politiques et sociaux qui plongent dans le chaos depuis des mois le pays voisin, le Venezuela. Une crise avec « d’énormes répercussions » selon le président Santos : « La Colombie ressent l’impact de la présence de centaines de milliers de personnes qui quittent le Venezuela », a-t-il dit.

Cette situation pourrait s’aggraver dans le contexte des prochaines élections du 27 mai. Juan Manuel Santos arrive à la fin de son mandat, et le processus de paix sera certainement au cœur de la campagne électorale pour sa succession. Si le parti de Alvaro Uribe réussit à capter l’attention de l’électorat, un autre pan de l’accord conclu avec les guérilleros risque de tomber : l’ex-président, devenu sénateur, est un fervent opposant aux négociations car les Farc et autres organisations rebelles restent ses ennemis jurés.

Par conséquent, aujourd’hui personne n’est capable de dire qui sera le responsable – ou les responsables – de faire respecter un dialogue démocratique fondé sur l’égalité citoyenne, et sauvegarder en même temps la sacro-sainte stabilité régionale. En attendant la réponse, il n’est pas sans intérêt de se rappeler d’une époque où tout était à faire et où commençait à germer l’agitation révolutionnaire :

« Les États-Unis avaient souhaité faire de la Colombie la « vitrine-exposition » de ce que leur aide peut apporter à l’Amérique latine. Toutes les conditions de succès étaient réunies : sol fertile, mines, bons ports… Mais, après trois années d’efforts, et l’apport d’un milliard de dollars, voici ce qui est arrivé. », selon Philip Siekman, rédacteur de l’article intitulé « Menace sur la Colombie », publié dans la revue Le spectacle du monde, en janvier 1966.

Eduardo UGOLINI

« Les langues coupées » de Gloria Bernal Acevedo : un livre sur la violence sexuelle dans le conflit armé colombien

Originaire de Antioquia en Colombie, l’écrivaine colombienne Gloria Bernal Acevedo est avocate et criminologue, spécialisée en violence de genre. Son dernier livre, Langues coupées ou le réalisme quotidien, en édition bilingue, traite de la violence sexuelle contre les femmes et les homosexuels, du machisme exacerbé par la force et l’impunité dans le contexte du conflit colombien. Invitée des Belles latinas 2017, l’auteure a accepté de répondre à nos questions.

Photo : BM de Lyon – Gloria Bernal deuxième de gauche à droite.

Pourquoi vous êtes-vous intéressée à cette thématique ?

À partir du moment où je me suis intéressée au conflit armé du point de vue d’une perspective juridique, ma préoccupation fut comment amener sur le terrain judiciaire les cas de violence sexuelle comme arme de guerre. Le premier pas fut comment rendre visible ce qui était caché et qui ne donnait jamais lieu à des enquêtes. Le langage doit descendre jusqu’au contexte de la violence ; il faut comprendre ce que dit une femme victime de la violence quand elle parle, comprendre ses mots dans un contexte quasi encodé parce qu’il existe des sentiments complexes de culpabilité et d’incompréhension sur ce qu’il s’est passé. Je me suis décidée à enquêter sur ce thème lorsque je me suis rendue compte que les enquêteurs qui traitaient des violences contre la population civile, ne demandaient jamais aux femmes si elles avaient subi des violences sexuelles. Les femmes, encore moins les fillettes, n’osaient pas aborder ce sujet si personne ne leur demandait.

La justice transitionnelle aux paramilitaires a-t-elle apporté quelque chose ?

Aborder ce thème dans un pays qui n’a pas encore abordé le post conflit est assez paradoxal et complexe. Les procès transitionnels des paramilitaires depuis 2005 ont incontestablement été importants, comme le sont aujourd’hui ceux des FARC. Les paramilitaires ont confessé environ 60 000 délits sur 12 ans, parmi lesquels des massacres, des assassinats, des disparitions forcées, des évacuations forcées. Les délits de violence sexuelle ne furent pas reconnus. Cependant, suite à des enquêtes, il a été possible d’établir des centaines de délits de ce type. Cette procédure transitionnelle contre les paramilitaires, connue comme « Justice et Paix », a permis de révéler la vérité sur ce qu’il s’est passé. Bien que partielle, elle a au moins permis de trouver des auteurs de délits qui n’auraient jamais été découverts si ce n’était par leurs confessions. Il est important de mentionner que 33 % des guérilleros démobilisés sont des femmes guérilleras. La procédure de fin d’un conflit armé ne se fait pas en un an. C’est complexe parce qu’il faut matérialiser les accords de paix et placer ces crimes dans l’espace judiciaire, mais la perspective est encourageante. C’est aussi l’occasion de s’interroger sur la place de la littérature dans le processus de paix en Colombie.

D’après les propos de Gloria BERNAL,
traduction et adaptation par Jac FORTON

Gloria Bernal à Bellas Latinas ici 

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