« Lavez-vous en couple » : en Colombie, le phénomène climatique El Niño met les autorités aux abois

Depuis le 11 avril, les habitants de Bogotá sont obligés de rationner l’eau. La sécheresse que subit le pays a presque tari les réserves en eau qui approvisionnent la capitale colombienne. Une situation inédite due à El Niño mais aussi, peut-être, à un manque de préparation des pouvoirs publics.

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À Bogotá l’eau vient à manquer. La capitale colombienne traverse une sécheresse inédite depuis quelques semaines. Tant et si bien que les pouvoirs publics ont décidé de rationner, dès ce 11 avril, l’eau pour tout le monde, y compris pour les particuliers, rapporte le média local Infobae. La métropole, qui compte près de dix millions de personnes, a été divisée en neuf zones distinctes. L’approvisionnement en eau courante sera coupé pendant vingt-quatre heures dans chacun de ces secteurs, un par un. Bogotá n’avait pas eu à mettre cela en place depuis 1980. Les réservoirs d’eau potable ont vu leur niveau drastiquement baisser ces dernières semaines. Situés dans le parc naturel de Chingaza, à l’est de la ville, ces réservoirs fournissent 70 % de l’eau qui transite par Bogotá. Mais aujourd’hui, leur niveau n’a jamais été aussi bas. Selon les autorités, ils ne sont remplis qu’à 16 % de leur capacité.

Cette sécheresse d’ampleur est due à plusieurs phénomènes climatiques. Il n’a pas plu de manière considérable en Colombie depuis juin 2023. Les quelques averses qui se sont déversées sur le pays d’Amérique du Sud n’ont pas suffi à remplir les réservoirs d’eau. Les températures ont également été très élevées, entraînant de graves incendies. El Niño est également pointé du doigt pour expliquer cette sécheresse intense. Ce phénomène climatique, qui commence par une augmentation des températures de l’eau dans le Pacifique Sud, entraîne des dérèglements intenses du climat partout dans le monde, et notamment en Amérique du Sud. Pour certains observateurs, cependant, faire une corrélation directe entre l’épisode El Niño et le manque drastique d’eau dans la capitale colombienne est hypocrite. Pour Omar Orostegui, directeur du laboratoire de gouvernement de l’université de La Sabana, les conséquences du phénomène climatique étaient « prévisibles ». « Le problème est que nous ne faisons rien pour améliorer la collecte, la gestion et la réutilisation de l’eau. Nous n’avons pas appris à gérer l’eau […] dans l’une des régions du monde où les précipitations annuelles sont les plus élevées », dénonce-t-il dans une tribune publiée dans « El Tiempo ».

Les pouvoirs publics semblent en effet agir avec précipitation pour éviter le pire. Et cela donne des discours rarement prononcés par les politiciens. Sur le ton de la plaisanterie, le maire de Bogotá, Carlos Fernando Galán, a recommandé ce 9 avril à ses administrés de réduire le temps qu’ils passent sous la douche. « Moi, je le fais en trois minutes », s’est-il enorgueilli sur les médias colombiens. Il conseille également de « se laver en couple », « dans un souci d’exercice pédagogique pour économiser l’eau uniquement », ou encore de ne pas se laver si l’on n’a pas prévu de sortir de chez soi. Ces conseils, qui pourraient paraître risibles mais que les pouvoirs publics souhaitent véritablement véhiculer, doivent permettre de traverser la crise. Mais, comme le rapportent les médias colombiens, d’autres régions de Colombie – autour de Santander, de Medellín ou encore sur la côte pacifique – vivent également une période très sèche et pourraient elles aussi se voir rationner en eau.

D’Après El Tiempo et Geo