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Brésil

Brésil : les journaux l’appellent président MiShell Temer ! Suites d’un enquête de Greenpeace…

Le journal britannique The Guardian a publié le texte d’un télégramme officiel suite à une enquête menée par Greenpeace, qui montre que le gouvernement britannique aurait agi en « lobby » auprès du Brésil pour obtenir des avantages pour les multinationales britanniques Shell et British Petroleum (BP). Avec succès !

Photo : www.ocafezinho.com

Les documents officiels révélés par Greenpeace et publiés par le Guardian[1]  montrent que le ministre britannique du Commerce, Greg Hands, a rencontré Paulo Pedrosa, vice-ministre brésilien de l’Énergie du gouvernement de Michel Temer, pour lui exprimer « les inquiétudes de son gouvernement relatives aux normes environnementales, aux taxes et à l’obligation d’engager des firmes locales » qui nuiraient aux intérêts des firmes britanniques, et lui demander de les changer. Lorsqu’en 2007 les autorités brésiliennes révèlent l’existence de gigantesques réserves de pétrole en eaux profondes au large de ses côtes, toutes les multinationales du pétrole deviennent frénétiques : il y a là des milliards à gagner. Mais les règles brésiliennes pour l’exploitation de ces gisements, établies sous le gouvernement de Dilma Rousseff, sont strictes : toute exploitation se fera en partenariat avec l’entreprise publique Petrobras qui gardera toujours la main, les produits extraits seront taxés, et les entreprises étrangères devront donner priorité aux entreprises brésiliennes.

Lobby or not lobby, that is the question…

Étrangement (ou pas), Shell est la grande gagnante et a reçu les droits d’exploitation d’une grande partie des gisements. Le gouvernement brésilien semble tout à fait prêt à modifier la loi pour permettre aux entreprises étrangères de rafler tous les bénéfices de cette exploitation au détriment de l’entreprise publique brésilienne Petrobras. Le président actuel de celle-ci, Pedro Parente, un ancien fonctionnaire du gouvernement néolibéral de Henrique Cardoso (1995-2002), a d’ailleurs déjà commencé à vendre les actions de son entreprise. Le gouvernement britannique, bien sûr, dément toute action de lobby…

Opposition parlementaire

Les sénateurs Roberto Requiao, pourtant du même Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) que le président Michel Temer, et Lindbergh Farias, du Parti des Travailleurs de Dilma Rousseff et Lula da Silva (opposition), ont déposé auprès du Procureur Général de la République une accusation d’entente tacite entre les deux gouvernements. Pour l’opposition politique, « il est clair que le gouvernement Temer veut privatiser l’entreprise publique ». Des parlementaires dénoncent également des « conversations » entre Michel Temer et Theresa May, Première Ministre britannique, dont l’objectif serait l’élimination des impôts pour les multinationales et l’allègement de l’obligation d’acheter brésilien. Selon ces parlementaires, la perte fiscale pour le Brésil se monterait à plus de 5 milliards de dollars et provoquerait une grave crise dans les chantiers navals brésiliens si les entreprises étrangères ne devaient plus s’adresser aux entreprises brésiliennes en priorité. Voilà pourquoi le président Michel Temer est appelé par ses opposants, MiShell Temer…

Jac FORTON

[1] Lire l’article sur The Guardian du 19 novembre 2017.

Lula da Silva et Jair Bolsonaro en tête des intentions de vote

Une nouvelle enquête réalisée au Brésil par Ibope entre le 18 et le 22 octobre montre que 35 % des Brésiliens voteraient pour Luiz Inácio Lula da Silva aux élections présidentielles de 2018. En deuxième position se trouve Jair Bolsonaro : 13 % des Brésiliens soutiendraient sa présidence. La différence de chiffres est considérable. Cependant, Lula da Silva risque d’être condamné dans le cadre de l’opération Lava Jato. Dans ce cas, Bolsonaro et la troisième favorite, Marina Silva, seraient en ballottage avec 15 % des votes.

Photo : Wikimedia

Dans un moment politiquement critique pour le Brésil, beaucoup d’énigmes se posent. Le parti de gauche principal du panorama brésilien, le Parti des travailleurs, risque de perdre son leader indiscutable, Lula da Silva. Le juge Sergio Moro, qui s’occupe du scandale Petrobras, l’a condamné en juillet à 9 ans de prison pour corruption et blanchiment d’argent. La sentence doit être confirmée en deuxième instance par le tribunal fédéral de la quatrième région de Brésil. Sans Lula à la tête du parti, les possibilités de trouver un autre candidat aussi crédible et qui puisse le remplacer pour essayer de gagner les élections sont nulles.

Par ailleurs, Jair Bolsonaro a créé des polémiques à plusieurs reprises, selon Infobae Amérique latine, par ses discours homophobes :« Je serais incapable d’aimer un fils homosexuel », machistes : « Je ne te viole pas parce que vous ne le méritez pas [à la députée Maria do Rosario] »  et racistes : « Indiens répugnants, non éduqués et ne parlant pas notre langue ». Néanmoins, selon le même média, il n’est pas en tête des intentions de vote « pas à cause de ce qu’il dit, mais parce qu’il représente. Il est une attaque directe aux partis et aux groupes qui ont contrôlé, depuis le retour de la démocratie, le système politique brésilien ».

Serifa Naralo

Les rejets continus de la mise en accusation du président brésilien Michel Temer

Le Congrès brésilien remet en cause la séparation des pouvoirs du pays avec une deuxième tentative d’empêcher la possible destitution du président brésilien non-élu, Michel Temer. Le président brésilien est accusé, depuis le 14 septembre, d’un délit de « participation à une organisation criminelle » et « d’obstruction à la justice ». Il risque d’être soumis à une suspension de ses fonctions pendant 180 jours.

Photo : Wikimedia/Diego DEAA

Selon le procureur général brésilien Rodrigo Janot, qui a présenté une demande de mise en accusation auprès de la Cour suprême, cette organisation criminelle a accumulé 587 millions de réales (158 millions de dollars). En moins de deux mois, Michel Temer a dû faire face à deux mises en accusation. En août, on lui a reproché sa « corruption passive » mais un tiers des députés s’est opposé aux poursuites de la plainte. À cette occasion, une commission parlementaire s’est réunie mercredi 18 octobre : 39 des 65 élus ont voté à nouveau contre les poursuites. Cette polémique arrive à un moment de popularité faible pour le président Temer. Selon une enquête réalisée par la firme MDA pour la CNT (Confédération nationale du transport), et diffusée au mois de septembre, son taux d’approbation est de 3,4 %. La statistique montre que Temer est le président le plus impopulaire depuis la dictature militaire.

Ce mercredi, un nouveau vote a été organisé pour statuer sur cette polémique. Temer a sauvé encore une fois son mandat: par 251 contre 233 la Chambre des députés a refusé à nouveau le renvoi de Temer devant la Cour suprême. Le scandale ne semble pas affecter l’impassibilité d’un président qui essaie par tous les moyens d’échapper aux procès.

Serifa Naralo

Pour la deuxième fois en trois mois, le président brésilien Michel Temer accusé par le procureur général

Deux nouvelles affaires frappent le président Michel Temer : la police fédérale a découvert dans une maison appartenant à un membre de son parti proche de lui des billets de banque pour une valeur de 16 millions de dollars, et un financier déclare que Temer a reçu plus de 4 millions de dollars en pots-de-vin et qu’il a acheté des députés pour qu’ils votent la destitution de l’ex-présidente Dilma Rousseff.

Photo : Guasabaraediciones

Première accusation

En juin dernier, le président de fait Michel Temer avait été accusé de corruption passive par le procureur Rodrigo Janot. Réponse de Temer : une demande à la Cour suprême (CS) pour que le dossier soit retiré des mains de Janot ! Mais, sur 11 juges, 9 votèrent contre Temer et la CS déclarait l’accusation de Janot « recevable », ce qui obligeait la Chambre des députés à voter la levée de son immunité parlementaire. Les alliés du président à la Chambre firent échouer cette procédure. Temer n’était pas trop inquiet car le procureur Janot arrivait en fin de mandat et devait donc abandonner le dossier Lava Jato (fraude et corruption). Et c’est le président qui pouvait désigner son successeur. Il choisit Raquel Dodge qu’il pensait plus compréhensive envers le gouvernement…

Les porteurs de valise du président

Il est de plus en plus évident que pour destituer Dilma Rousseff et prendre le pouvoir, Temer et sa clique de députés corrompus du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, droite) ont acheté le vote de nombreux parlementaires. La police a découvert les porteurs de valises pleines d’argent. Déjà en mars dernier, Rodrigo Loures, conseiller spécial de Temer, avait été filmé (puis détenu) portant une mallette contenant 165 000 dollars reçus de l’entreprise JBS. Un juge compréhensif lui concéda la détention à domicile ce qui garantissait son silence. Début septembre, la police fédérale de Salvador de Bahia découvre neuf valises et sept cartons contenant 16 millions de dollars en beaux billets verts au domicile de Geddel Vieira Lima, un proche du président, chargé de remettre l’argent aux membres des autres partis pour qu’ils votent avec le PMDB.

Deuxième accusation

Avant de quitter son poste, le procureur Janot lance une deuxième accusation contre Michel Temer. Selon son enquête, « Temer dirigeait une association illicite » qui avait reçu 175 millions de dollars qui proviendraient de pots-de-vin reçus de diverses entreprises pour arranger de juteux contrats entre elles et Petrobras (Pétrole du Brésil). La défense du président repose sur un article de la Constitution qui dit qu’un président ne peut être l’objet d’une procédure judiciaire que pour des faits ayant eu lieu pendant son mandat. Or les « achats » de parlementaires ont eu lieu avant les élections, pour qu’il devienne président et non lorsqu’il était devenu président… Quand cynisme rime avec légalisme. Après que la Cour suprême a de nouveau voté contre le président (6 voix contre 5), la parole est maintenant au Congrès. Le 27 septembre, la députée Mariana Carvalho a lu le texte de l’accusation réalisée par le procureur général Janot devant les parlementaires. Le vote du Congrès aura lieu la semaine prochaine.

Des élections incertaines
Si le Congrès rejette à nouveau la levée de son immunité, le président pourra très probablement se maintenir au pouvoir jusqu’aux élections d’octobre 2018. Garder le pouvoir semble très problématique pour la droite. D’abord parce que (presque) toutes ses personnalités sont en prison, suspectées ou mises en examen pour corruption, ensuite parce que tous les sondages montrent que le gagnant probable serait l’ancien président Lula da Silva. Il faut donc l’empêcher de se présenter. La justice a l’air de vouloir se charger de cette tâche : le juge Sergio Moro a condamné Lula à 9 ans de prison pour un délit pour lequel il n’a apporté aucune preuve. Lula a fait appel, on attend le verdict de la Cour.

Bruits de bottes ?

Si les coups d’Etat militaires ne sont plus nécessaires pour faire tomber un gouvernement (1), les militaires ne sont jamais très loin. Le 26 septembre 2017, le général (4 étoiles en activité) Antonio Mourao appelle « à un soulèvement militaire s’il n’est pas mis fin à la corruption… pour refonder le système politique » avec « de nouveaux leaders ». Son supérieur, le chef de l’armée, général Villas Boas, l’a félicité, ce qui signifie que les hauts gradés sont d’accord avec lui. Pour eux, il s’agirait de « garantir la stabilité institutionnelle ». On se rappelle que pour les militaires, la présidente Dilma Rousseff était une subversive et que, tous les 31 mars, le Club militaire évoque la période « aimable » de 1964 à 1985 (la dictature) « qui a permis la croissance économique » (2). Invité sur TV Globo, Villas Boas fut reçu par de chauds applaudissements du public à la demande de l’animateur ce qui montre la position de cette chaîne (radio, TV et papier).

Coup d’État militaire en 2018 ?

Villas Boas fait courir le bruit que « la Constitution contemple l’irruption des militaires si le pays était submergé par le chaos », une fausse « information ». Un Lula vainqueur en 2018 et pas de leader dans les partis de droite pourrait-il être considéré comme une forme de chaos par l’armée ? C’est ce que semble craindre le PT (Parti des travailleurs) de Lula da Silva qui se dit « préoccupé » et affirme que « la société doit garantir la démocratie ». C’est aussi ce que pense le célèbre théologien Leonardo Boff pour qui « le nouveau régime a donné lieu à une démocratie de très basse intensité ». Villas Boas ne vient-il pas d’appeler les juges à « écarter de la vie publique toute personne impliquée dans des actes de corruption » ? Il ne visait pas les Cunha, Loures, Vieira ou les députés « achetés », bien sûr, mais bien Lula qui attend toujours que la justice présente des preuves matérielles de sa soi-disant collusion avec une entreprise…

Jac FORTON

(1) Voir les coups d’État politiques au Venezuela en 2002, au Honduras en 2009, au Paraguay en 2012 et au Brésil en 2016. (2) Publié par le journal argentin Pagina12 en ligne le 26 septembre 2017.

Incertitudes à foison pour le plus grand pays d’Amérique latine : la définition actuelle de la situation politique brésilienne

Maud Rea, étudiante en sciences politique, a voyagé en juillet dernier au Brésil. Paysages paradisiaques, entre des villes stupéfiantes et une nature extraordinaire, son voyage au Brésil fut teinté par la découverte des merveilles, au rythme de la danse et de la musique. Elle apprenais un peu plus chaque jour sur les douceurs exaltantes du pays, rêves ternis par la réalité : la situation politique branlante. Voici son récit.

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Un ex-président condamné : Luiz Inacio Lula da Silva

12 juillet à Rio de Janeiro et première secousse politique, l’ancien président Lula da Silva est condamné à neuf ans et demi de prison pour corruption et blanchiment d’argent. Le juge Sergio Moro, en charge de l’enquête « Lava Jato » qui a mis au jour un gigantesque scandale de corruption a déclaré l’ancien président coupable. Celui-ci est accusé d’avoir reçu de la part du constructeur OAS un appartement de luxe et ce en échange de faveurs. OAS est une des entreprises condamnées dans la Lava Jato. Lula a fait appel de ce jugement qui est maintenant entre les mains du Tribunal régional fédéral de Porto Alegre (TRF 4). Celui-ci a tout de même validé dans leur majorité les décisions du juge Moro. Les avocats de Lula dénoncent un « jugement politiquement tendancieux. Aucune preuve crédible n’a été produite alors que des preuves écrasantes de son innocence ont été ignorées de façon éhontée ».

Une reconquête pour Lula Da Silva

L’ancien président, bien que condamné, reste en tête des sondages pour le premier tour de la présidentielle 2018. Le magistrat en charge de l’affaire, par prudence, n’a pas décrété immédiat l’emprisonnement de Lula. Celui reste donc pour le moment libre et éligible. Et sa reconquête a débuté le jeudi 17 août à Salvador de Bahia. La tournée politique du candidat se fera dans sa région natale, le Nordeste, jusqu’au début du mois de septembre. Sillonnant la région qui constitue son véritable bastion politique, Lula a déclaré : « Je vais parcourir le pays pour découvrir aux côtés du peuple ce qui se passe dans le pays, un pays qui est soumis à un groupe de personnes qui n’ont jamais été capables de gouverner ».  Cependant même si Lula reste le favori de ces élections, les grandes manifestations du 20 juillet annoncées par les partis et les mouvements de gauche n’ont pas mobilisé autant qu’ils le souhaitaient. Je me trouvais ce jour-là à São Paulo où plusieurs milliers de personnes étaient venus soutenir l’ancien président. Celui-ci, se tenant devant la foule, répétait que la justice ne disposait d’aucune preuve pour le condamner.

Un président non élu au bord du gouffre : Michel Temer    

Accusé depuis le mois de juin par le procureur général Rodrigo Janot de s’être « prévalu de sa condition de chef d’État » afin de recevoir des pots-de-vin d’une valeur de 500 000 réais (environ 140 000 euros) venant du géant de la viande JBS, Temer a réussi à sauver son mandat le mercredi 2 août en empêchant un procès pour corruption passive. A la tête du pays depuis un an, il y restera certainement jusqu’aux élections de 2018 puisque l’opposition n’a pas réussi à rassembler les deux tiers des votes, soit 342 sur 513, nécessaires pour le pousser vers la sortie lors du vote à la Chambre des députés concernant l’ouverture de son procès. En effet, sur les députés présents 263 se sont prononcés contre l’ouverture du procès, face à seulement 227 pour et 2 abstentions. La plupart des députés ayant voté contre ont expliqué qu’il était nécessaire de continuer à mettre en place les promesses faites par le président actuel. Déjà en juin dernier, Temer avait échappé à la justice électorale, in extremis. Celle-ci n’avait pas invalidé son mandat, et ce malgré les accusations d’irrégularités financières dans la campagne menée en 2014 aux côtés de Dilma Rousseff, dont Temer était vice-président. Celui-ci s’est réjoui de cette seconde victoire : « la chambre des députés, qui représente le peuple brésilien, s’est prononcée de façon claire et incontestable. Ce n’est en aucun cas une victoire personnelle, c’est une victoire de l’État de droit démocratique ».

Une nouvelle vague de privatisation pour combler le déficit budgétaire

L’éternel pays d’avenir, comme aimait à l’appeler Georges Clémenceau, va mal. Et pour tenter de le remettre sur pied le gouvernement brésilien a annoncé cette semaine une nouvelle vague de privatisations. La liste de 58 actifs à privatiser au Brésil comprend des ports, des autoroutes et la concession d’aéroports, y compris le très lucratif terminal de Congonhas, à São Paulo ainsi que la Maison de la Monnaie, qui fabrique les billets de banque et les passeports. Sans compter la plus grande compagnie d’énergie d’Amérique latine, Eletrobras, dont les actions ordinaires ont fait un bond de près de 50 % au lendemain de l’annonce du plan de privatisation. Le but de ces privatisations étant de combler le déficit budgétaire du pays. Les analystes estiment que l’État pourrait gagner environ 40 milliards de réais (10,75 milliards d’euros) avant la fin 2018 grâce à ces privatisations. Ce montant est non négligeable puisqu’il marquerait une victoire pour la fin du mandat de Temer. Si ces plans deviennent réalité, il s’agira là de la plus importante vague de privatisations depuis la présidence de Fernando Henrique Cardoso (1995-2002).

Lula, une nouvelle « crise institutionnelle » contre Temer et une crise populaire

Otavio Amorim Neto, politologue de la Fondation Getulio Vargas, explique que si la décision du TRF 4 était rendue tardivement, l’interrogation autour de la condamnation de l’ancien président serait susceptible de créer une nouvelle « crise institutionnelle ». En effet, si le tribunal de Porto Alegre confirmait la condamnation de Lula, celui-ci ne pourrait plus occuper une charge publique, et ce pendant 19 ans. Cette sentence, rendue par le juge Sergio Moro, serait alors problématique si Lula se présentait comme candidat, encore plus s’il remportait les élections présidentielles de 2018.
Temer quant à lui, fait face à une forte impopularité auprès des Brésiliens. Je n’ai pu m’empêcher de remarquer lors de mon séjour les innombrables “Fora Temer” inscrits sur les murs des bâtiments. Ainsi alors que le vote des parlementaires le sauve d’un procès, il est en décalage total avec l’opinion brésilienne. Nombre d’opposants ont manifesté devant le parlement, à Brasilia, durant la séance du vote. Un récent sondage montre que 81 % des Brésiliens auraient voulu que les députés se prononcent en faveur d’un procès pour le premier président de la République à être poursuivi pour un crime de droit commun. Aujourd’hui à un niveau abyssal équivoque, la cote de popularité de Temer, qui ne dépasse pas les 5 %, est l’illustration même de ce ras-le-bol.

Un capharnaüm politique qui profite aux candidats plus à droite

Le maire de São Paulo, Joao Doria, n’exclut pas une possible candidature. Lorsqu’on lui demande de s’exprimer sur ses aspirations présidentielles, il admet que « dans la vie, rien ne peut être écarté ». Membre du PSDB (centre droit), l’homme politique aux tendances conservatrices a déjà lors des élections municipales d’octobre 2016 repris la capitale économique du Brésil alors aux mains du PT (gauche). Même s’il salue la nouvelle vague de privatisations annoncée par le gouvernement, il pense qu’une gestion privée aurait empêché, par exemple, l’entreprise Petrobras d’être emportée dans la machine du Lava Jato. Un sondage publié en juin par l’Institut Datafolha lui crédite déjà 10 % des votes alors qu’il n’est pas encore déclaré officiellement candidat à l’élection présidentielle.

Jair Bolsonaro, candidat catholique et patriote, ancré à l’extrême droite, surfe lui aussi sur cette vague. Député et aujourd’hui candidat à l’élection présidentielle, Bolsonaro est donné en deuxième position des intentions de vote. Son ascension dans les sondages est donc fulgurante puisqu’il se place directement derrière Lula. Mater la corruption, lutter contre l’insécurité… c’est derrière ces promesses que le député forme sa campagne. Le parti Patriotas devrait l’investir en juillet 2018 comme son candidat officiel. « Le Brésil a besoin d’un président honnête, un patriote, au sang jaune et vert et avec Jésus dans le cœur » a-t-il scandé lors d’un discours le 17 août dernier. Discours qui va de pair avec son slogan de campagne : « Le Brésil au-dessus de tout, Dieu au-dessus de tout ». Les différentes crises que connaît le pays, économique, sociale et politique, expliquent cette popularité grandissante. Face au ras-le-bol de la corruption, Bolsonaro est un des rares hommes politiques brésiliens de premier plan dont le nom n’a jamais été cité dans un scandale de corruption.

Maud REA

 

Luiz Inácio Lula da Silva : entre condamnation à neuf ans et demi de prison et campagne pour les présidentielles 2018

L’ancien président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a été condamné à neuf ans et six mois de prison pour corruption et blanchiment d’argent. Celui-ci a démenti toutes ces accusations, il a ainsi fait appel de sa condamnation au Brésil et devant l’ONU et dénonce une absence de preuves. Cette affaire pourrait compromettre ses projets de campagne pour les présidentielles de 2018.

La condamnation est venue du bureau de Sergio Moro, juge emblématique de l’opération « Lavage-Express » qui a déjà mis sous les verrous des dizaines d’hommes politiques dans le scandale de corruption impliquant la compagnie pétrolière Petrobras. L’ancien chef de l’État aurait reçu en guise de pots-de-vin un appartement en triplex dans une station balnéaire du groupe de construction OAS. Selon le juge Moro, il aurait bénéficié au total de largesses à hauteur de 3,7 millions de réais (1,06 million d’euros) pour intercéder en faveur de cette société dans l’obtention de contrats publics du géant pétrolier Petrobras.

Lula a présidé le Brésil de 2003 à 2010, visé par quatre autres procédures judiciaires, il dénonce un complot afin de freiner ses ambitions pour l’élection présidentielle de 2018. En effet, l’ancien chef de l’État reste populaire au Brésil et serait en tête des intentions de vote pour les prochaines élections. Le Parti des travailleurs (PT), qu’il a fondé dans les années 1980, a appelé à des manifestations, ses partisans dénoncent un acharnement judiciaire pour empêcher son retour au pouvoir. L’affaire et les accusations faites par le juge Sergio Moro, ne reposeraient selon eux sur aucune preuve concrète. L’impartialité de la justice brésilienne est ainsi mise à l’épreuve. L’avenir politique de Lula est alors en jeu, selon la loi, seule une condamnation en appel est à même d’empêcher Lula de se porter candidat à la présidentielle de 2018. Cette condamnation pourrait aggraver les tensions politiques et sociales dans un pays traversant actuellement une grave crise politique.

Camille FÉRON

Un futur incertain du président Michel Temer du Brésil

Le président de fait Michel Temer a été accusé de « corruption passive » par le procureur général de la République, Rodrigo Janot. Un feu vert de la Commission de Constitution et Justice, puis du Parlement et de la Cour suprême, à l’ouverture d’une procédure d’accusation devant le Congrès,  ouvrirait la voie vers une destitution du président.

Photo : Cuajas

« Corruption passive ».  L’élément fondamental de l’accusation repose sur l’enregistrement en mars dernier d’une conversation entre le président Michel Temer et Joesley Batista, le propriétaire de JBS, la plus grosse chaine de frigos de viandes du pays, dans laquelle les protagonistes parlent de pots-de-vin, de pression sur les juges et se mettent d’accord pour prendre Rodrigo Rocha Loures comme intermédiaire. Quelques jours plus tard, Rocha Loures est filmé par la Police fédérale alors qu’il reçoit dans une pizzeria de Sao Paolo une valise contenant plus de 150 000 dollars de pots-de-vin à distribuer. Le président Temer avait déjà été enregistré alors qu’il donnait son aval pour qu’une importante somme d’argent soit remise à l’ancien président du Parlement Eduardo Cunha pour acheter son silence suite à son arrestation pour corruption. C’est sur ces éléments que le procureur Janot a déposé une accusation de corruption passive contre le président Temer.

Vers la destitution ?  Pour qu’une investigation criminelle soit ouverte, il faut d’abord l’approbation des deux tiers de la Chambre des députés, puis une décision de la Cour suprême. Si ces deux instances sont favorables à l’ouverture d’une procédure, le président sera automatiquement écarté du pouvoir pendant 180 jours. La présidence sera alors assumée par le président de la Chambre basse, Rodrigo Maia. Celui-ci a d’abord nommé un député-instructeur, Sergio Zveiter, qui a considéré que « la dénonciation du procureur était admissible ». Cet avis sera présenté aux 66 membres de la Commission de Constitution et de Justice. Si plus de 40 d’entre eux votent en faveur de l’ouverture d’une procédure, c’est le plénum des 513 membres de la Chambre des députés qui devra voter pour ou contre la procédure. Si une majorité des deux tiers est acquise, soit 342 voix, le président sera écarté de son mandat pendant 180 jours. Le président Temer affirme être certain que ce quorum ne sera pas atteint.

L’ancien président Lula dénonce un « recyclage ».   « La raison pour laquelle nous demandons la sortie de Temer n’est pas la même que celle invoquée par [la chaîne de médias audiovisuelle conservatrice] O’Globo ». Le journaliste Dario Pignotti (1) rappelle que Maia appartient au Parti Démocratique qui, dans les années 1970, alors qu’il s’appelait Arena, avait soutenu la dictature, et qu’en 2016, il faisait partie des partisans acharnés du groupe qui avait organisé la destitution de la présidente Dilma Rousseff. Pour Lula da Silva et le Parti des Travailleurs (PT), seules des élections générales peuvent restaurer la démocratie au Brésil. Bien qu’une partie de plus en plus importante de la population manifeste la même analyse, la coalition au pouvoir rejette cette solution, consciente qu’elle les perdra probablement. Pour le PT, les conservateurs et certains secteurs de la droite réclament la sortie de Temer « non pour sa corruption mais parce qu’il n’a pas mené à bien les réformes conservatrices prévues ». Rodrigo Maia aurait un an pour les réaliser (les élections présidentielles sont prévues fin 2018), plus de temps qu’il n’en faut pour défaire complètement l’héritage social du PT…

Jac FORTON

(1) Dans un article publié dans le journal argentin Página12 du 7 juillet 2017.

Le chef de l’État intérimaire, Michel Temer, accusé de corruption : où va le Brésil ?

Suite à la révélation de corruption accusant le président brésilien Michel Temer, oppositions, grande presse et bourse réclament sa démission. Ce scandale pourrait-il mener à la destitution ou à la démission du président Michel Temer ? Quelle serait alors l’alternative politique envisageable ?

photo : Diego DEAA (Wikimedia Commons)

Les faits reprochés au président Michel Temer pourraient effectivement le conduire à démissionner. À la suite de révélations similaires, le sénateur et président du Parti social-démocrate brésilien (PSDB) – candidat malheureux aux présidentielles de 2014 – Aecio Neves, vient de se voir retirer son mandat de sénateur. Il a en conséquence démissionné et remis à disposition du PSDB sa charge de président du parti. Sa principale collaboratrice – qui se trouve être sa sœur – est actuellement en prison. Ainsi, pour le même type d’accusation, ce sénateur a été contraint de s’écarter du jeu politique.

Le cas du président Michel Temer est-il différent ?

Oui. En tant que président de la République, il bénéficie d’un statut judiciaire particulier – comme dans d’autres pays. Cela étant, compte tenu de l’ampleur du scandale, combien de temps va-t-il pouvoir résister ? Déjà une demi-douzaine de demandes de destitution ont été présentées à la justice brésilienne par des parlementaires. Beaucoup d’élus considèrent que la meilleure solution serait que le président présente volontairement sa démission. Néanmoins, si effectivement sous la pression des élus, de la presse – en particulier du groupe Globo, dont le rôle avait déjà été très important en 2016 pour la destitution de Dilma Rousseff – de la bourse et de la rue, Michel Temer démissionnait, une grande inconnue demeurerait : dans quelles conditions le Brésil pourrait-il être dirigé jusqu’aux prochaines élections d’octobre 2018 ?

La Constitution prévoit l’organisation d’élections pour suppléer la vacance au sommet de l’État survenue durant les deux premières années d’un mandat présidentiel. Ce délai étant dépassé, c’est au vice-président d’assurer la fin du mandat. Le pays est déjà dans ce cas de figure puisque l’an dernier, la présidente Dilma Rousseff, élue en 2014, a été écartée du pouvoir par un coup d’État parlementaire dont les motivations strictement politiques n’ont rien à voir avec des scandales de corruption – contrairement à ce que disent souvent les médias français. La Constitution ne prévoit pour une nouvelle relève en fin de mandat présidentiel qu’une seule option : l’élection de l’éventuel successeur du chef de l’État, ou du vice-président intérimaire, par un candidat élu par les parlementaires. Or, quand on connaît l’état politique et éthique du Parlement élu en 2014, il est difficile de penser que cette solution serait acceptée comme satisfaisante par les Brésiliens.

La destitution constitutionnelle, au cas où le président refuserait de démissionner, suppose la mise en œuvre d’une procédure initiée par les élus. Dilma Rousseff avait été instruite par une commission d’enquête créée avec l’aval et les encouragements du président du Congrès de l’époque, Eduardo Cunha, actuellement emprisonné pour corruption. Celui-ci, avec une majorité d’élus eux-mêmes accusés de corruption, avaient écarté la présidente en détournant les dispositifs requis par la Constitution. Cette dernière ne prévoit une relève présidentielle que dans le cas où une violation grave de la Constitution et de la morale publique était constatée. Ce cas de figure pourrait être appliqué avec pertinence pour destituer Michel Temer. Mais cette voie apparait peu crédible compte tenu du sinistre moral, politique et économique ambiant, de même que du discrédit du Parlement et des élus

En quoi la corruption représente-t-elle un sujet particulièrement sensible au Brésil ?

La corruption est un thème de débat sociétal et politique dans tous les pays se trouvant dans une situation socio-économique compliquée, ce qui est le cas du Brésil. Depuis le rétablissement de la démocratie dans le pays, le fonctionnement du système politique et des règles électorales pose des problèmes récurrents, politiques comme éthiques. Dans ce pays fédéral, le système électoral éclate la représentation partisane. Ainsi, depuis le rétablissement de la démocratie, tous les gouvernements ont été à majorité composite avec des têtes de file venant la plupart du temps du PSDB ou PT (les deux grands partis) (2). Cependant, ces partis ont toujours été très minoritaires au Parlement et ont donc dû négocier avec cinq à dix autres formations, plus ou moins importantes. Bien souvent, des compensations sont exigées par ces alliés de circonstance, ce qui ouvre la voie à toute sorte d’abus et de fait, de corruption.

La réforme politique et électorale est un serpent de mer de la vie politique brésilienne. Tout le monde sait qu’il faudrait assainir la vie politique en modifiant le mode d’élection pour simplifier le fonctionnement de la vie partisane, ainsi que procéder à de profondes réformes institutionnelles. Néanmoins, aucun président n’a eu soit le courage d’affronter les petits partis du Congrès, soit n’a eu la capacité de pouvoir le faire. La crise de l’an dernier a été démonstrative de ces dysfonctionnements. Les députés opposés au programme économique de Dilma Rousseff ont voté sa destitution, alors qu’ils étaient en théorie membres de sa majorité. Ils ont basculé de la majorité vers l’opposition du jour au lendemain, du fait de leur manque de « consistance » idéologique et morale. Dilma Rousseff a fait l’objet d’une manipulation parlementaire et politique visant à l’écarter du pouvoir pour changer de politique économique et sociale. Parallèlement, des collaborateurs des présidents Lula da Silva et Dilma Rousseff ont été mis en examen et condamnés pour des faits de corruption, relevant du mode de fonctionnement institutionnel brésilien, signalé supra.  L’ex-président Lula a fait l’objet de poursuites nombreuses, qui n’ont pas abouti mais qui se sont accentuées depuis l’an dernier.

Mais l’affaire actuelle, qui vise Michel Temer, l’ex-sénateur Aecio Neves, ainsi que leurs amis politiques du PMDB et du PSDB (2), a révélé qu’une fois lancée, la justice ne peut pas s’arrêter aux affaires concernant le seul PT : tout le système étant gangrené, de fil en aiguille tous les partis politiques sont aujourd’hui sur la sellette. On assiste, comme en Italie avec l’opération « Mani pulite », à l’explosion du système politique brésilien, ce qui pose trois sortes de problèmes. Le premier concerne la gouvernabilité du pays. Le deuxième a trait au devenir de la démocratie brésilienne. Le troisième concerne les conséquences sur le contexte économique déjà difficile dans lequel est plongé le pays depuis plusieurs années.

Un an après sa prise de fonction controversée, quel est le bilan global de la présidence Temer ? La multiplication des manifestations illustre-t-elle une crise politique et socio-économique d’une ampleur sans précédent dans le pays ?  

Le président Temer est arrivé au pouvoir au terme d’un coup d’État parlementaire, alimenté par un certain nombre d’élus proches des milieux d’affaires et des médias dominants. Ceux-ci considéraient la politique suivie par Dilma Rousseff et le PT comme trop favorable aux catégories populaires, empêchant la mise en œuvre d’une autre politique économique, nécessaire au rétablissement « des grands équilibres ». Selon eux, le Brésil se devait de pratiquer une politique d’austérité, coupant dans les budgets sociaux et d’investissements et réorientée vers les États-Unis et l’Europe. Conformément à cette orientation, Michel Temer a pris des mesures d’austérité. La plus spectaculaire a consisté à geler le budget de l’État fédéral pendant vingt ans au niveau de celui de 2016. Cela a provoqué des troubles et des revendications sociales, ainsi qu’un regain de popularité pour l’ex-président Lula. Ces mesures n’ont par ailleurs pas redressé la situation de l’économie.

La croissance n’est toujours pas au rendez-vous, tandis que le chômage réel s’élève aujourd’hui à 24 % de la population active, soit deux points de plus qu’en 2016. La crise que vivait le Brésil à l’époque de Dilma Rousseff, loin de s’atténuer, s’est donc approfondie. C’est peut-être l’une des clefs des révélations faites par le journal brésilien O Globo, qui avait aussi été à la manœuvre pour la destitution de Rousseff et que l’on retrouve en première ligne aujourd’hui. Les milieux d’affaires sont insatisfaits. Michel Temer n’a non seulement pas su redresser la situation économique mais il n’a pas réussi non plus à arrêter les processus judiciaires en cours, qui déstabilisent la plupart des grandes entreprises brésiliennes ayant donné de l’argent aux partis politiques. Le délateur à l’origine des déboires de Michel Temer n’est rien moins que Joesey Batista, le patron du numéro 1 mondial de la viande froide, JBS.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

(1) Tribune de Jean-Jacques Kourliandsky, publiée par l’IRIS en mai 2017, reproduite ici avec l’autorisation de l’auteur. IRIS   (2) PSDB : Parti de la sociale démocratie brésilienne de Aecio Neves.  PMDB : Parti du mouvement  démocratique  brésilien de Michel Temer.  PT : Parti des travailleurs de Dilma Rousseff et Lula da Silva.

Autres Brésil propose à Paris mercredi 17 mai un débat « Après le coup d’État au Brésil »

Évènement organisé à Paris par l’association Autres Brésils le mercredi 17 mai prochain réunira des spécialistes pour débattre de la politique et la société brésiliennes après le processus de destitution de l’ex-présidente Dilma Roussef.

Photo : Agencia Senado Brasil

L’association Autres Brésil réalise le débat « Après coup d’État au Brésil » le mercredi 17 mai à 19h30 au Centre international de culture populaire (CICP) à Paris. Le débat portera sur la situation politique brésilienne un an après l’ouverture au Sénat du processus de destitution de l’ex-présidente Dilma Roussef. « Après coup d’État au Brésil » est la deuxième rencontre dans un cycle de débats prévus pour analyser les enjeux actuels de la politique brésilienne et des possibles sorties pour la crise. L’événement sera modéré par Ivan du Roy, journaliste cofondateur du magazine Basta ! et comptera la présence de Pierre Salama, économiste et professeur à l’université Paris XIII, Maud Chirio, maître de conférences à l’université Paris Est-Marne-la-Vallée et spécialiste de l’histoire contemporaine du Brésil et Silvia Capanema, historienne du Brésil contemporain, maître de conférences en civilisation brésilienne à l’université de Paris XIII.

Rappel historique

Le Brésil vit une crise économique, sociale et politique depuis 2014, qui a culminé à la destitution de la présidente Dilma Roussef le 31 août 2016, à la moitié de son deuxième mandat, « accusée de crime de responsabilité ». La destitution génère encore des discussions, étant vue comme justifiée par les opposants de Dilma et considérée par certains comme un coup d’état institutionnel. Depuis, la crise politique et institutionnelle s’aggrave au Brésil. Le Parti des travailleurs (PT), celui de l’ancienne présidente, s’est démoralisé et a perdu la majorité des élections locales, mais il n’est pas le seul atteint. La destitution de Dilma Rousseff n’a pas mis fin aux scandales de corruption. L’opération Lava Jato (lavage express) continue à investiguer le grand système de détournement de fonds orchestré par les géants du bâtiment et travaux publics et des directeurs du groupe pétrolier d’État Petrobras avec la complicité des principaux partis politiques brésiliens.

Contexte actuel

Pour combattre la crise économique, le nouveau gouvernement, commandé par l’ex-vice-président Michel Temer, investit dans des mesures d’austérité, comme le gel des dépenses d’État pour 20 ans, approuvé par la PEC (Projet d’amendement constitutionnel) 241. Plus récemment, deux projets de loi, qui doivent encore passer au Sénat, font du bruit : la réforme des retraites, qui pousserait la retraite à l’âge de 65 ans pour les hommes et 62 ans pour les femmes, et la nouvelle loi du travail qui flexibiliserait les contrats de travail et affaiblirait les syndicats. Cependant, ces nouvelles mesures ont provoqué la colère d’une partie de la population, étant perçues comme une régression des droits sociaux. Par conséquent, le pays a vécu le 28 avril la première grève générale en 21 ans. Des milliers des manifestants se sont réunis à São Paulo, Brasilia, Rio de Janeiro et dans la plupart des grandes villes. Écoles publiques et privées, postes, banques, commerces, transports, hôpitaux ont été perturbés et des confrontations entre des manifestants et les forces d’ordre ont eu lieu. La tension monte dans ce pays qui devient de plus en plus polarisé entre groupes de droite et de gauche et gouverné par un gouvernement centriste.

Barbara D’OSUALDO

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Au Brésil, le scandale Petrobas devient une bombe…

Au Brésil, le scandale de corruption Petrobas secoue les plus hauts fonctionnaires de l’État. Le Tribunal suprême fédéral, seul habilité à enquêter sur des élus bénéficiant de l’immunité, est chargé du dossier lié à un gigantesque scandale de corruption.

Photo : MercoPress

Le Tribunal suprême fédéral (TSF), la plus haute juridiction du Brésil, a annoncé mardi 11 avril l’ouverture d’une gigantesque enquête concernant au moins huit ministres du gouvernement et des dizaines de députés et sénateurs. Le juge Edson Fachin, chargé de ce dossier explosif, s’intéresse à 108 personnalités.

Toutes ces personnes sont soupçonnées d’être impliquées dans le plus grand scandale de corruption de l’histoire du pays : l’affaire Petrobras. Dans les années 2000, sous la présidence de Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), la compagnie pétrolière, gérée par l’État, a accordé des contrats surfacturés aux entreprises du BTP. Ces dernières s’étaient rassemblées en cartel pour se partager les marchés. Les pots-de-vin servaient ensuite à financer des partis de la coalition de centre gauche alors au pouvoir. Les contrats de ces chantiers étaient surfacturés de 1 à 5 % de leur valeur réelle. Des agents de change géraient ensuite les paiements et blanchissaient l’argent sale. Les personnes citées sont soupçonnées d’avoir détourné plus de deux milliards de dollars de la compagnie pétrolière, selon un document consulté par l’AFP.

L’investigation s’appuie en grande partie sue les témoignages de 77 anciens cadres d’Odebrecht, grand groupe de BTP. Son ex-patron, Marcelo Odebrecht, a d’ailleurs été condamné à dix-neuf ans de prison. mais d’autres cadres ont négocié une « délation compensée », un allègement de peine en échange de leur témoignage. Selon un décompte du site du journal Estado de Sao Paulo, 29 sénateurs et 42 députés sont visés par l’enquête, dont les présidents des deux chambres du Congrès. On retrouve également Eliseu Padilha, le chef de la Maison civile, l’équivalent d’un premier ministre dans le système politique brésilien. Les ministres des affaires étrangères, de l’agriculture et du commerce, ainsi que les leaders de deux partis appartenant à la coalition du président, Michel Temer, sont également sur la liste.

Interrogé par Associated Press (AP), Claudio Couto, un professeur de sciences politiques de l’université Getulio Vargas de Sao Paulo, parle de « tsunami » pour décrire l’ampleur du scandale. « Chaque parti, chaque Etat, a quelqu’un sur la liste. Les leaders des deux chambres sont impliqués. C’est la preuve que la corruption au Brésil est systémique. L’affaire pourrait potentiellement désorganiser toute l’administration », prévient-il.

En tant que président M. Temer ne peut être poursuivi que pour des actes commis au cours de son mandat. Mais sa situation est délicate : il fait face à des accusations de financement illégal de sa campagne tout en essayant de faire accepter au pays des mesures d’austérité. Depuis son arrivée au pouvoir, en 2016, plusieurs de ses ministres ont déjà été contraints de démissionner du fait d’accusations de corruption.

Le TSF a autorité pour juger les élus brésiliens protégés par l’immunité. Mais l’enquête vise aussi d’anciens politiques et des hommes d’affaires dont les cas sont suivis par d’autres tribunaux. Dilma Rousseff (destituée pour maquillage des comptes publics en 2016), Luiz Inacio Lula da Silva et Fernando Henrique Cardoso, trois anciens présidents, sont concernés. Le très populaire « Lula » a été inculpé dans plusieurs volets de l’enquête. Il aurait reçu 3,7 millions de réais, environ 1 million d’euros.

L’opération Lava Jato (Lavage express), simple enquête lancée en mars 2014 sur des stations-service, s’est donc transformée, trois ans plus tard, en scandale d’État. Les délits les plus récurrents dans ce dossier sont la corruption passive et active, la délinquance financière, le blanchiment d’argent et l’association de malfaiteurs. Des dizaines de chefs d’entreprise, cadres, intermédiaires et politiciens de tous bords sont déjà sous les verrous. Les juges ont prononcé jusqu’ici des peines de plus de 1 300 années de prison.

Catherine TRAULLÉ
D’après Le Monde et Le Figaro

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