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Au Brésil, les producteurs de maïs appellent à la prudence dans le conflit États-Unis/Iran par peur des sanctions

Les producteurs de maïs du Brésil appellent à la prudence dans le conflit entre les États-Unis et l’Iran par peur des sanctions que le pays nord-américain pourrait appliquer au pays persan, ce qui compliquerait encore plus les exportations de cette céréale, la principale ressource que le pays sud-américain exporte en Iran.

Photo : Unsplash

« Nous avons déjà eu un problème passé dû aux restrictions qui sont imposées à l’Iran dans le débat sur le problème nucléaire (…). Nous sommes inquiets que les restrictions puissent augmenter, et surtout qu’il y ait un embargo plus grand, c’est le moment de faire preuve de prudence », a commenté lors d’une interview avec Sputnik le président de l’Association Brésilienne de Producteurs de Maïs (Abramilho), Alysson Paolinelli.  Les exportations agricoles du Brésil vers l’Iran représentent 2,7% du total qu’il exporte dans le monde, mais dans le cas des céréales, et particulièrement du maïs, la dépendance est plus grande, et a augmenté ces dernières années. En 2016, le Brésil a exporté 4800 tonnes de maïs pour une valeur de 796 millions de dollars, mais l’an passé c’étaient déjà 5422 tonnes, l’équivalent de presque 1000 millions de dollars, d’après les chiffres officiels du Ministère de l’Agriculture. Au total, en 2019, le Brésil a exporté dans le monde 43200 tonnes de maïs (7344 millions de dollars). En termes monétaires, l’Iran représente approximativement un neuvième du total des exportations de cette céréale. 

Le marché brésilien impacté par la politique de Trump

Le représentant du secteur assure qu’il ne peut pas vérifier si l’actuel conflit avec les États-Unis a fait diminuer les exportations, étant donné qu’à cette période de l’année les envois sont peu fréquents, du fait des dures conditions climatiques de l’hiver iranien. Cependant, il remarque que la politique de sanctions a déjà provoqué plusieurs « situations inconfortables », puisqu’en dépit du fait que les sanctions, théoriquement, n’affectent pas les aliments pour ne pas porter préjudice à la population, le cadre légal n’est pas clair, le maïs s’utilisant aussi pour nourrir les animaux. 

À cause de cela, les producteurs brésiliens se sont vus obligés de recourir au troc pour éviter les prohibitions : ils importent de l’urée d’Iran (un fertilisant) et, en échange, ils envoient du maïs. Même ainsi, ce système a également dû surmonter des obstacles : au mois de juillet dernier, deux bateaux iraniens ont stationné pendant presque 50 jours devant la côte brésilienne, ce qui était sur le point de provoquer un conflit diplomatique. Les bateaux apportaient de l’urée au Brésil et pensaient rentrer avec un chargement de maïs, mais ils n’ont pas pu le faire parce qu’ils se sont retrouvés sans combustible, et l’entreprise pétrolière Petrobras refusait de les fournir, de peur d’être sujette à des sanctions aux États-Unis. Finalement, l’impasse s’est résolue lorsque le Tribunal Suprême Fédéral du Brésil a obligé l’entreprise à fournir les bateaux, avançant que l’entreprise brésilienne qui avait affrété les bateaux n’était pas sur la liste des agents sujets à des sanctions de la part des États-Unis. 

Le gouvernement brésilien en dilettante

Le gouvernement brésilien s’est maintenu au second plan dans cet épisode, mais il a montré une posture plus ferme récemment, après que les États-Unis ont tué le général iranien Oasem Soleimani, s’alignant entièrement avec l’administration de Donald Trump en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme. Cela a provoqué un malaise chez les Iraniens, qui ont émis une requête à la représentante du Brésil à Téhéran ; toutefois, le porte-parole des exportateurs de maïs valorise positivement la gestion du conflit par le gouvernement de Jair Bolsonaro et ne craint pas un boycott de l’Iran sur les produits brésiliens. 

« La position brésilienne a été correcte, elle a maintenu une position de côté par rapport aux États-Unis » a déclaré l’ingénieur agronome, tout en soulignant que le Gouvernement souhaite continuer à faire du commerce avec tous les peuples de la région. Paolinelli valorise de façon particulièrement positive la ministre de l’Agriculture, Tereza Cristina de Costa, qui « aide à maintenir l’équilibre ». Ces derniers mois, la ministre s’est distinguée dans son rôle à l’heure d’apaiser les esprits entre les pays arabes (grands importateurs d’aliments brésiliens) après les déclarations ou les gestes du président Bolsonaro en faveur d’Israël et des États-Unis qui avaient causé un certain malaise. 

Lou BOUHAMIDI
D’après Sputnik Mundo

Brésil, deux souhaits : rester dans les accords de Paris et libérer Lula de prison

Ricardo Salles le ministre de l’Environnement brésilien se rend en Europe pour faire savoir son indignation face aux politiques de déforestation en Amazonie. Au même moment, le parquet brésilien requiert la libération de prison de l’ancien président Lula Da Silva.

Photo : C-News

Ricardo Salles, ministre brésilien de l’Environnement du Brésil, cherche un soutien politique européen. Depuis que Jair Bolsonaro est le président du pays, la déforestation de l’Amazonie a quasiment doublée. Ce qui a déclenché d’importants incendies cet été. Face à quoi, l’opinion publique mondiale a montré son indignation face aux politiques non écologiques du gouvernement brésilien. Pourtant Ricardo Salles compte bien rester dans les accords de Paris de 2015 sur le Climat, d’où sa venue en Europe actuellement.

À Paris, le président de l’Environnement brésilien a rencontré Emmanuel Macron. Il en a alors profité pour rappeler les « relations historiques et fortes » entre la France et le Brésil. Puis le périple du ministre se poursuivra par un séjour en Allemagne et au Royaume-Uni. La principale ambition de Salles est de «  clarifier les choses, apporter des données complètes, car ces derniers mois, beaucoup d’informations sur les incendies en Amazonie étaient imprécises  », a-t-il affirmé.

Finalement, le brésilien compte aussi vouloir se «  concentrer sur les origines de la hausse  » des déforestations. Qui selon lui est liée à «  la déforestation illégale, que nous devons combattre  ». À ses yeux, la protection de l’Amazonie doit passer par une «  stratégie économique  » visant un «  développement durable  » qui implique la population amazonienne.

De l’autre côté du pacifique, au Brésil justement, le parquet anticorruption brésilien requiert que Lula da Silva, l’ancien président brésilien, bénéficie d’un régime de semi-liberté pour purger la fin de sa peine. Incarcéré en avril 2018 à Paraná, Lula est condamné à 8 ans et 10 mois de prison pour corruption. Ayant purgé un sixième de sa peine, l’ancien chef de l’État a maintenant le droit d’obtenir un régime de semi-liberté ou d’assignation à domicile, ce qu’il a néanmoins refusé.

Pourtant, les procureurs du scandale Petrobras ont estimé que Lula avait le droit d’obtenir un « régime plus souple » pour s’être bien comporté en prison. Cristiano Zanin, l’avocat de Lula a affirmé que « Lula doit recouvrer complètement la liberté parce qu’il n’a commis aucun délit et a été condamné à l’issue d’un procès illégitime et entaché d’irrégularités flagrantes ».

Eulalie PERNELET

Des écrivains argentins contre la censure au Brésil  et en particulier le maire de Rio de Janeiro

L’Union d’Écrivaines et d’Écrivains d’Argentine ont exprimé leur dégoût face à la croisade  homophobe  lancée par le maire évangéliste de Rio de Janeiro, Marcelo  Crivella, qui a décidé que la bande dessinée  Avengers : The  children’s  crusade(Avengers : La croisade des enfants)  ne pourrait pas être vendue à la Biennale du Livre de Rio de Janeiro, le plus grand événement littéraire du Brésil. L’entité qui regroupe les auteurs argentins a rejeté “une mesure à ce point rétrograde” *

Photo : Espaces Latinos

En tant que membres de la communauté littéraire et culturelle argentine, nous rejetons la censure et la saisie d’oeuvres  au contenu LGBTQI+ mise en œuvre par le maire Marcelo  Crivella, un fonctionnaire du gouvernement de  Jair  Bolsonaro, à la Biennale du Livre de Rio de Janeiro, déclarent les écrivains qui ont signé la pétition. L’interdiction plus que symbolique d’un baiser gay sur la couverture d’une bande dessinée représente une claire avancée répressive des politiques de la droite homophobe du président du Brésil et son alliance avec l’Église Universelle représentée par le fonctionnaire carioca. » Crivella, évêque évangélique et chanteur de gospel qui avait auparavant qualifié l’homosexualité de « comportement malin » dans un livre qu’il avait publié en 1999 sur son expérience comme missionnaire dans différents pays africains , a expliqué que « des livres comme celui-ci (au sujet de la bande dessinée Marvel) doivent être cachés dans un sac plastique noir zippé avec un avertissement à l’extérieur. ». Il a ajouté sur son compte Twitter  : « Il ne s’agit pas de censure ou d’homophobie, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent. À la Biennale, le thème des bandes dessinées a un objectif clair  : aller dans le sens des mesures du Statut de l’Enfance et de l’Adolescence. Nous voulons seulement préserver nos enfants, lutter en faveur des familles brésiliennes et respecter la loi. » 

Le livre censuré, écrit par Allan Heinberg et illustré par Jim Cheung, fait partie d’une série de nouvelles créée en 2005 à partir de jeunes personnages dérivés des super héros de Marvel, Les Avengers. L’œuvre, qui explore des thèmes variés comme l’homosexualité, a gagné de nombreux prix dans le monde. Elle a pour protagonistes deux gays  : Wiccan et Hulkling. Les déclarations de Crivella ont soulevé une vague d’indigations. Le ministre de la Cour Suprême, Celso de Mello, a qualifié la tentative de censure de « fait gravissime ». « Sous le signe d’un retour en arrière (…) une ère nouvelle et sombre s’annonce », affirma-t-il dans un communiqué envoyé au Folha de São Pablo. « Ca n’était jamais arrivé à cette Biennale, c’est une tentative horrible de censure », a déclaré Flavio Moura, de l’éditorial Todavía. « Nous rejetons tout acte de censure », a manifesté Luis Schwarcz, de la Compagnie des Lettres, une des plus grandes maisons éditoriales du Brésil. Il a aussi critiqué les tentatives pour « inscrire la société brésilienne au Moyen-Âge ». Après la croisade des inspecteurs de la Biennale, certains mirent bien en évidence toutes les œuvres au contenu LGBT qu’ils avaient à vendre en signe de protestation.   

Le youtubeur brésilien, Felipe Neto, a acheté quatorze milles publications aux thématiques LGBT et les a distribuées gratuitement samedi dernier à la Biennale. Elles portaient un adhésif qui disait  : « Ce livre n’est pas approprié pour les personnes retardées, rétrogrades et pleines de préjugés ». Neto a monté une vidéo sur sa chaîne, dans laquelle il explique pourquoi il a offert des milliers de livres  : « J’espère que, bien qu’ils n’aient pas de sympathie pour la cause homosexuelle, ils comprennent le niveau de censure et de répression que représente cette décision. Ceci est un message pour Crivella  : je l’ai fait pour que vous compreniez que vous n’avez pas les ressources nécessaires pour réprimer la population en 2019 ». 

Inès JACQUES 

Petition signée par Claudia  Piñeiro,  Ángel a Pradelli, Horacio  Convertini, María Sonia  Cristoff, Gabriela Cabezón  Cámara, Cecilia  Szperling, Enzo  Maqueira, Gonzalo Unamuno,  Alejandra  Laurencich,  Belén  López  Peiró, Gloria  Peirano, Alejandro  Horowicz Elsa  Drucaroff, Débora  Mundani, Carla  Maliandi, María  Inés  Krimer, Gabriela Franco et Eduardo  Mileo, entre autres.  

D’après un article traduit de Silvina Friera publié dans l’éditorial Página 12 le 10 septembre 2019.

Au Brésil, l’Amazonie enflamme avec elle les relations diplomatiques internationales

Les incendies qui font rage dans diverses régions de l’Amazonie ont mis le Brésil sous une intense pression internationale. Jair Bolsonaro est plus que jamais critiqué par plusieurs ONG internationales, par la majorité de son peuple, mais aussi par le président français.

Photo : Victor Moriyama – Greenpeace

Le 27 août, le Pérou et la Colombie ont proposé un sommet régional pour répondre aux enjeux des feux qui surviennent en Amazonie. Jair Bolsonaro a d’abord affirmé son intention de venir au sommet se déroulant le vendredi 6 septembre. Cependant, le lundi 2 septembre, le président brésilien a annoncé l’annulation de sa participation au sommet pour des raisons médicales. «Le président doit suivre un régime à base de liquide à partir de vendredi, deux jours avant de subir une intervention chirurgicale à l’abdomen, ce qui rend son voyage pratiquement irréalisable», a déclaré le porte-parole de Bolsonaro, Otavio Rego Barros.

Cependant, Bolsonaro a tout de même confirmé que cette opération ne l’empêcherait pas de se rendre à l’Assemblée générale de l’ONU le 24 septembre. Durant cette visite à New York, le président brésilien espère pouvoir défendre la position du Brésil sur l’Amazonie. «Je vais me présenter devant l’ONU même si ce doit être en fauteuil roulant ou sur un brancard, je vais y aller parce que je veux parler de l’Amazonie», a déclaré Bolsonaro à Brasilia.

Alors que les flammes continuent de brûler la faune et la flore amazonienne, Amnesty International se positionne contre les mesures actuelles du gouvernement brésilien. L’ONG a souligné que «Les autorités brésiliennes doivent mener des enquêtes afin de poursuivre en justice les responsables qui ont déclenché les incendies illégaux.» Le gouvernement devra aussi prendre des mesures pour empêcher que la forêt amazonienne ne subisse d’autres destructions. Amnesty International a aussi lancé une pétition pour que Jair Bolsonaro «renforce la protection des territoires indigènes et des réserves environnementales». L’ONG craint que, sans poursuite, «la situation […] inévitablement empir[e] jusqu’à la fin du mandat» de Bolsonaro.

Les incendies ont aussi provoqué une crise diplomatique avec la France. Emmanuel Macron a déclaré que «La question de la souveraineté de la plus grande forêt tropicale du monde était ouverte, car elle est essentielle dans la régulation climatique de la planète tout entière.»

Le président brésilien face aux attaques nationales

Lors des incendies, les populations indigènes du Brésil ont directement été touchées. Plus de 148 terres d’indigènes ont largement été endommagées par les flammes. Les représentants de plusieurs tribus estiment que «Les incendies ont été encouragés par le discours anti-indigène de Jair Bolsonaro.» Selon eux, l’armée de Rio de Janeiro aurait mis du temps à intervenir sur les lieux face au danger imminent. 

Par ailleurs, le gouvernement de Bolsonaro a réduit les budgets pour la protection de la forêt Amazonienne. Le peuple amérindien se retrouve d’autant plus seul face aux feux d’envergures colossales. «Parmi les 850 000 Amérindiens du Brésil, beaucoup ont compris qu’avec la forêt, c’est leur patrimoine et leur mode de vie ancestral qui partent en fumée.»

Quant au reste de la population du Brésil, celle-ci va aussi majoritairement à l’encontre de la voix du président. Fin août, le taux d’approbation populaire du président brésilien se situait à 29%, alors que Bolsonaro a été élu il y a moins d’un an, le 28 octobre 2018, avec 55% des voix. Le pays le plus peuplé de l’Amérique latine se plonge donc dans une crise démocratique nationale et internationale lourde de conséquences sur des aspects économiques, sociaux et climatiques. 

Eulalie PERNELET
D’après les dépêches

De quel bois se chauffe Jair Bolsonaro ? – Chronique d’une catastrophe annoncée

De quel bois se chauffe Jair Bolsonaro ? Du bois «Brésil», du bois d’Amazonie, qui partent en fumée depuis quelques semaines ? Vérité apparente, répondant à une question semble-t-il allant de soi ? Vérité «Inspirante», en dépit des fumées, pour beaucoup. Qui éructent aussitôt une bordée de mises en garde. Adressées à Jair Bolsonaro, président du Brésil depuis le 1er janvier 2019, au nom de valeurs environnementales universelles.

Photo : Slate

Valeurs prises au sérieux hors du Brésil, au delà, bien au delà de Planalto, le palais présidentiel brésilien. Tout simplement parce que ces principes ne sont pas familiers au Chef de l’Etat brésilien. Les pompiers écologistes de la France à l’ONU, en passant par l’Allemagne et la Norvège, ont été renvoyés dans leurs pénates, qui n’ont pas «1 km2 de forêt vierge», par le Président brésilien. Mais de quel bois se chauffe donc Jair Bolsonaro ? Pourquoi ce rejet des normes environnementales admises par presque tous les pays «civilisés», enfin presque. Serait-il, disent certains, ignare, voire inconscient, ou déséquilibré mental ? 

Pour sortir du bois, et retrouver un sens, il faut retourner à la case départ. Passer au crible ce qu’a dit et fait depuis le 1er janvier 2019, le président Bolsonaro en matière environnementale. Que disait son programme électoral de 2018, «Proposition de plan de gouvernement» sur l’écologie et la déforestation ? Pratiquement rien. Il ne comportait en effet aucune référence à l’environnement. Dédié à la liberté d’entreprendre, et à la sacralisation de la propriété privée, il déléguait la gestion de l’espace rural et forestier aux producteurs agricoles. A l’occasion de réunions publiques le candidat Bolsonaro avait attaqué, le 2 février 2018 par exemple, le «chiisme écologiste» et «les industriels de l’extension des réserves indigènes». Le 28 octobre 2018, le soir de sa victoire, il avait signalé son intention de mettre un terme aux amendes imposées par l’Institut brésilien de l’environnement. Les députés et sénateurs agro-industriels, «Frente parlamentario de Agropecuário», (FPA), communément qualifiés de groupe «B», avaient apprécié ces prises de position, et le 2 octobre 2018 appelé à voter Jair Bolsonaro, aux côtés des groupes B comme Balles (policiers et militaires) et Bible (les évangélistes pentecôtistes).

Les premières annonces par le président élu et son équipe, ont confirmé cette philosophie productiviste libérale. Le Brésil devait accueillir la COP 25 en décembre 2019. Très en retrait sur les Accords de Paris, le Brésil de Jair Bolsonaro, n’a plus souhaité organiser l’évènement. Annonce faite dès le 7 novembre 2018, quelques jours après l’élection de Jair Bolsonaro à la présidence. Cette distance a été confirmée par la participation, le 5 juillet 2019, du gouvernement brésilien à une conférence négationniste du changement climatique, organisée à Washington par The HeartlandInstitute

Les mesures prises ont été à l’avenant. Le 1er janvier 2019, premier jour de son gouvernement le Président Bolsonaro a supprimé le Conseil national de sécurité alimentaire, organisme qui avait été créé en 2003. Le 10 janvier 2019, 28 pesticides jusque là interdits ont été autorisés. Au 31 juillet 2019, ce sont 262 pesticides qui ont été légalisés. Le Chef de l’Etat a nommé Tereza Cristina, présidente du FPA, ministre de l’agriculture. Lui affectant la responsabilité de la délimitation des terres indigènes, retirée ainsi à la FUNAI (Fondation nationale de l’Indien). En pleine crise des feux de forêt le 27 août 2019, Jair Bolsonaro, devant les gouverneurs de l’Amazonie brésilienne a traité «d’irresponsables ses prédécesseurs», qui ont «instrumentalisé les Indiens pour affaiblir (l’économie) des Etats». Les agences et services de protection de l’environnement ont été placés sous la tutelle du ministère chargé du développement. Il en va ainsi de l’Agence nationale des eaux et du Secrétariat national de sécurité hydrographique. 

Jair Bolsonaro a nommé ministre de l’environnement, Ricardo Salles, ex-directeur de la Société rurale brésilienne. Qui a procédé à un démantèlement des dispositifs protecteurs. Au nom comme il l’a revendiqué le 3 juillet 2019 du développement économique. Qui seul a-t-il déclaré est à même de réduire la déforestation. Les crédits de l’Institut brésilien de l’environnement ont été réduits de 25%. Ses responsables ont été remerciés. Et remplacés par des fonctionnaires complaisants à l’égard des industries extractives et des industriels de la terre. Le directeur de l’INPE, institut national de recherche spatiale, a également été démis de ses fonctions le 2 août 2019 pour avoir selon Jair Bolsonaro, diffusé des données mensongères, alimentant «une psychose environnementale». 

Les conséquences de ce laxisme écologique organisé sont mesurables… 25% des Brésiliens boivent une eau «potable» de plus en plus contaminées par les pesticides. 500 millions d’abeilles seraient mortes de juin à août 2019. Les incendies en Amazonie, résultat de départs de feux, tolérés, et de moins en moins pénalisés, ont provoqué une déforestation exacerbée. Selon l’Institut national de recherche spatiale (INPE), la déforestation de l’Amazonie brésilienne aurait de juin 2018 à juin 2019 augmenté de 88%. Passée à 278% en juillet. Cet organisme a détecté 74 000 incendies depuis janvier. 30 000 de plus que pour toute l’année 2018. Poursuivant une inflexion négative constatée depuis 2015. De janvier à août 2019, l’Amazonie aurait perdu 4700km2. 

Jair Bolsonaro admet la recrudescence exceptionnelle des sinistres en Amazonie. Mais selon son propos du 19 juillet 2019, les ONG seraient les principales responsables de cette situation. Elles se vengeraient ainsi de la rétraction des crédits qui jusqu’en 2018 leur étaient versés. «Nous sommes en guerre», a-t-il conclu. La guerre en effet est bien au rendez-vous. Jair Bolsonaro est en croisade contre le «marxisme culturel», diabolisation commode et magique de tous ceux qui contestent sa conception unilatérale, libérale, productiviste, extractiviste et évangélique, de la démocratie. «Le marxisme culturel a perverti jusqu’au paroxysme (…) la cause environnementale» avait pu déclarer en novembre 2018, quelques semaines avant sa prise de fonction comme ministre des affaires étrangères, Ernesto Araujo

Les ministres de l’environnement brésiliens des années 1993 à 2018, réunis à São Paulo le 8 mai 2019 ont fait un autre constat. Ils ont tiré une sonnette d’alarme. Pour dénoncer la chronique d’un désastre annoncé. Prédiction effectivement confirmée en ce mois d’août enfumé et enflammé d’Amazonie. Mais les défenseurs de la démocratie, et donc aussi de l’environnement, doivent, devraient, aussi tenir compte du terrain choisi par Bolsonaro pour esquiver ses responsabilités environnementales… Et poser au président brésilien la question en termes diplomatiques, renvoyant au respect des engagements internationaux signés par le Brésil, Accords de Paris sur le réchauffement climatique ; traité Mercosur-Union européenne. Faute de quoi, mais c’est un constat de plus en plus universel, on assisterait, comme on le voit ailleurs, entre l’Angleterre et l’Union européenne, les Etats-Unis et le reste du monde, la Généralité catalane et le gouvernement espagnol, à un dialogue de sourds. 

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

Au Brésil, Sergio Moro et les procureurs cherchent à freiner le scandale des messages filtrés

Le ministre de la Justice du Brésil Sergio Moro, et les procureurs, tentent de se tirer d’affaire à la suite de la publication du rapport du site web The Intercept, sur des messages filtrés qui ont été envoyés dans le cadre de l’investigation «Lava Jato» sur la corruption .

Photo : EFE

The Intercept explique que cette affaire n’est que le début d’un «énorme trésor». Une affaire qui met en lumière des messages entre le juge Moro et les procureurs sur Telegram, une plateforme de messagerie cryptée, interceptés et envoyés par une source anonyme. Un anonyme qui soutient que les messages posent de sérieux doutes sur l’impartialité de Moro qui, en tant que juge, a envoyé en prison l’ex-président Luiz Inácio Lula da Silva. Des extraits de messages, publiés ce dimanche, incluent des conversations dans lesquelles Moro oriente les procureurs sur la mise en place, le rythme et l’ordre des investigations à effectuer.

Les avocats de Lula, une icône de la gauche latino-américaine qui continue à être l’une des figures d’opposition les plus influentes au Brésil, ont demandé au tribunal le plus important du pays la libération de l’ex-mandaté et ont tiré parti de ces accusations pour contester sa condamnation et demander son annulation.

Lors d’un événement brésilien ce lundi, Moro a revendiqué que jusqu’à maintenant ces messages ne prouvaient pas une conduite inappropriée de sa part, et l’équipe des procureurs explique qu’elle a agi en adéquation pendant ces cinq ans d’investigation «Lava Jato» qui avait révélé le versement de pots-de-vins de millions de dollars à de nombreux politiciens. Ils ont également souligné lors de déclarations écrites avoir été attaqués par un pirate informatique, ajoutant qu’il était alarmant que les messages aient été sorti de leur contexte et possiblement falsifiés.

Moro, qui s’est retiré de son rôle de juge principal dans l’investigation «Lava Jato» pour occuper la place de ministre de la Justice en janvier, a également critiqué The Intercept pour ne pas avoir identifié «la personne responsable de l’invasion criminelle des téléphones portables des procureurs». «Quant au contenu des messages dont vous me parlez, il n’y a aucune preuve de quelque anomalie ou de preuves que j’aie été à la tête de tels actes en tant que magistrat, bien qu’ils aient été sortis de leur contexte

Un porte-voix du président Jair Bolsonaro a rapporté que celui-ci n’a pas encore discuté de cette situation avec Moro et qu’il veut entendre le ministre directement avant de prendre une décision. Le Collège national des avocats du Brésil, qui a souvent critiqué ce qu’il considère comme des procédés trop agressifs, a exprimé ce lundi que n’importe quel procureur impliqué dans la filtration devait se retirer. 

Influence sur les élections

La condamnation de Lula par Moro est la faute la plus terrible commise dans l’investigation de «Lava Jato» qui a abouti à l’emprisonnement d’une dizaine de personnages politiques et de chefs d’entreprises puissants du Brésil et dans d’autres parties d’Amérique latine, perturbant le panorama politique de la région.

Lula, qui confronte au moins six autres juges pour corruption, a postulé à la présidence l’année passée, mais s’est vu contraint de ne pas participer aux élections en raison de la décision de Moro de le condamner, une décision qui avait été confirmée en cours d’appel. Lula était en tête des sondages avant les élections, lesquelles ont finalement été gagnées par le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro. 

Dans certains extraits des conversations publiées par The Intercept, les procureurs discutent du moyen d’empêcher les journalistes d’interviewer Lula, alors en prison, pendant la campagne présidentielle. L’un d’eux suggère que cela pourrait contribuer à aider l’ex-président à devenir le candidat du Parti des Travailleurs.

Dans un communiqué, les avocats de Lula expliquent que les messages prouvent la préparation de l’argumentaire fait dans les tribunaux : Moro et les procureurs fédéraux se sont liés pour s’assurer que leur client soit déclaré coupable et qu’il ne puisse pas participer aux élections présidentielles de l’année passée. Moro et les procureurs ont nié toute collaboration illégale ou motivations politiques.

D’après SWI
Traduit par Cécile PILGRAM

Jair Bolsonaro, ou la fausse solution à l’enlisement économique du Brésil

Après cinq mois de présidence, Jair Bolsonaro ne parvient toujours pas à tenir ses promesses. Pourtant élu avec plus de 55,13% des voix, l’économie peine à se relever et les étudiants grondent dans les rues du pays. 

Photo : Fabio Rodrigues Pozzebom / Agência Brasil

La 7e puissance économique mondiale a placé à la tête du pays le 28 octobre 2018 Jair Bolsonaro du parti d’extrême droite brésilien. Un slogan, «Ensemble nous allons changer le destin du Brésil», veut œuvrer en faveur d’une politique engagée directement à contre-courant des avancées sociales lancées par ses prédécesseurs socialistes. Mais les beaux discours de l’ancien général se font déjà rattraper par un bilan mitigé après cinq mois d’exercice. Le taux de chômage concerne plus de 11% de la population active et l’inflation s’élève à 4,2%. Une situation à laquelle s’ajoute une dette colossale à la suite de l’organisation de la Coupe du monde de football et des Jeux olympiques ces dernières années. Le redressement économique peine à arriver alors que le premier trimestre 2019 enregistre un recul du PIB de 0,2 point. Jair Bolsonaro peine à reprendre le contrôle de son programme qui place pourtant l’économie au cœur de sa politique.  

«Délulaliser», mais à quel prix ?

C’est alors dans un pays qui croule sous la pression économique que le nouveau gouvernement prévoit des coupes budgétaires conséquentes. Loin de toute forme de philanthropie, ces restrictions vont concerner majoritairement les tranches les plus fragiles de la population. Dans un premier temps, la réforme sur les retraites permettrait d’économiser plus de 230 milliards d’euros sur dix ans, à laquelle s’ajoute comme un coup de grâce l’amputation de plus de 1 milliard d’euros au milieu de l’éducation. Politique menée par un ministre de l’Éducation qui souhaite retirer les sciences humaines de tous les programmes scolaires. Il est donc clair que la volonté du gouvernement derrière ces actions est de «délulaliser» tous les secteurs, et cela même au risque d’entraîner les jeunes dans les rues et les cerveaux loin du pays. 

L’Amazonie fait son entrée en Bourse 

Toute cette vague de déséquilibre se produit dans une atmosphère de moins en moins oxygénée. Si Jair Bolsonaro ne conquit pas le cœur des Brésiliens, il tente tout de même le tout pour le tout avec les «poumons de la terre». La promesse faite aux investisseurs de continuer la déforestation de l’Amazonie fait miroiter de nouvelles sources de revenus. Ici il n’est plus question de réfléchir aux conséquences, mais bien, dans un premier temps, de trouver de quoi soumettre une solution potentielle au Brésil laissé à l’abandon.

Corentin RICHARD

Le périple européen du cacique Raoni Metuktire pour défendre l’Amazonie

Le chef indigène du Brésil Raoni Metuktire continue son voyage à travers l’Europe en rassemblant des fonds pour sensibiliser sur la question environnementale à l’échelle planétaire et défendre l’Amazonie.

Photo : Vatican News

Raoni Metutkire, qui a défendu l’Amazonie brésilienne pendant des décennies, fait son deuxième tour en Europe afin d’alerter sur la déforestation de l’Amazonie. Celle-ci s’est beaucoup aggravée depuis les premiers mois de l’année 2019 et le mandat du nouveau président brésilien, Jair Bolsonaro,puisqu’il considère l’activisme environnemental comme du terrorisme. C’était en 1989 que le chef indigène était venu en Europe pour un entretien avec François Mitterrand, ancien président de la République françaiseà l’Élysée, en présence du chanteur de Sting. C’est ainsi que Raoni Metutkire est devenu célèbre et a commencé son combat contre la déforestation en Amazonie. Son but était similaire à celui qu’il poursuit aujourd’hui : promouvoir la construction d’un institut Raoni pour le développement des tribus indiennes dans une réserve protégée.

C’était ensuite en 2000 qu’il a rencontré Jacques Chirac, ancien président, à l’occasion de la sortie de ses mémoires «Mémoires d’un chef indien». En 2009, il a rencontré Nicolas Sarkozy à l’ambassade française et en 2012, François Hollande avec qui il a échangé quelques mots. Cette fois-ci, c’est Emmanuel Macron qu’il a rencontré à l’Élysée le jeudi 16 mai à Paris, dont il reçoit le soutien pour poursuivre son combat. Ils ont parlé pendant 45 minutes avec trois autres chefs amazoniens : Kaïlu,Tapy Yawalapitiet Bemoro Metuktire ; et la rencontre s’est terminée par un triomphant lever de bras sur le perron de l’Élysée.

Emmanuel Macron a aussi affirmé son soutien pour la biodiversité et la présidence du G7, ainsi que pour les droits des communautés autochtones : «La France est naturellement engagée dans la lutte contre la déforestation» et «défend les droits des autochtones, notamment en tant qu’acteurs essentiels de la préservation des forêts, de la biodiversité et par conséquent engagés dans la lutte contre les dérèglements climatiques».

Suivant les pas de Raoni, il a fait escale vendredi 17 mai à Bruxelles où il a rencontré le prince Charles-Philippe d’Orléans qui lutte contre le réchauffement climatique et défend les sujets environnementaux. Raoni a d’ailleurs participé à une marche pour le climat ce même jour, organisée par Youth for Climate. Il a expliqué aux jeunes la raison de sa présence en Belgique «Je suis venu ici parce que je suis très préoccupé par la destruction de la forêt, des arbres et des animaux. Je viens ici vous demander votre aide pour la protection de la forêt».

Il y a avait des jeunes qui ne le connaissaient pas, mais ont été touchés par ses paroles et les actions qu’il mène. Il est donc devenu une source d’inspiration pour nombre de militants pour le climat : «Raoni s’est battu toute sa vie pour le climat. Nous venons de commencer cette bataille il y a quelques semaines. Raoni est un modèle pour nous tous» s’est écrié Anuna De Weber, l’une des militantes pour le climat.

Le dimanche 19 mai, le cacique est allé à Malmedy, une ville dans la Région wallonne en Belgique pour la présentation de son ouvrage «Raoni, mon dernier voyage» écrit par lui-même et Jean-Pierre Dutilleux, réalisateur et écrivain originaire de Malmedy. La première fois qu’il était venu à Malmedy, c’était en 1989 avec le chanteur de Sting ; il y était revenu une deuxième fois en 2010. Dans son ouvrage, il souligne diverses problématiques, dont celle des rivières polluées par les pesticides et le mercure, provoquant des cancers d’estomac et du foie chez les Indiens qui boivent cette eau. Depuis l’arrivée de Bolsonaro, 200 produits toxiques ont été autorisés pour accélérer la pousse du maïs et du soja transgéniques, entre autres. Ce livre raconte aussi la vie de Raoni, l’un des chefs les plus connus de l’Amazonie, et explique comment il vivait avant son premier contact avec «le monde extérieur», comment il est devenu chef et une icône mondiale de l’environnement.

Ce lundi 20 mai, le cacique a rencontré le Premier ministre du Luxembourg Xaviel Bettel avec Pierre Gramegna, le ministre des Finances pour discuter des fonds dédiés à l’amélioration du marquage de la frontière de la réserve de Xingu. 100 000 euros seront ainsi attribués à des fins de réhabilitation ; une réserve de biodiversité d’environ 180 000 km2, ce qui équivaut au tiers de la France. Raoni souhaite financer des murs végétaux à base de bambou pour délimiter la réserve, laquelle a constamment subi des intrusions de braconniers, de chercheurs d’or et de trafiquants de bois. Bettel en a aussi profité pour affirmer que le gouvernement est engagé à soutenir l’action climatique dans les pays en voie de développement. Le Luxembourg a une place importante dans le marché  d’obligations vertes grâce à sa Bourse qui dispose de la première plateforme dédiée aux valeurs durables, écologiques et sociales,le Luxembourg Green Exchange (LGX).

Le lundi 27 mai, Raoni estpassé à Lyon pour recevoir la médaille d’honneur de la Ville à l’Hôtel de Ville en présence de Gérard Collomb, maire de Lyon, pour saluer son courage dans le combat pour l’écologie qu’il mène depuis des années. Il a continué ensuite son périple dans différentes villes d’Europe : en Suisse, Monaco, et au Vatican en Italie où il a rencontre le pape François.

Andrea RICO

Raoni, représentant des indigènes brésiliens, voyage en Europe pour défendre l’Amazonie

Raoni, chef indigène brésilien, visite l’Europe pour trois semaines afin d’alerter sur l’augmentation de la déforestation en Amazonie depuis l’arrivée du président brésilien d’extrême droite Jair Bolsonaro.

Photo : Reuters Philippe Wojazer

Le célèbre chef indien brésilien, Raoni Metuktire, reconnu pour le plateau rond qu’il porte à la bouche, passe trois semaines en Europe afin de rencontrer les chefs d’État et le Pape, pour les mettre en garde contre la déforestation. Il vise la collecte d’un million d’euros pour la protection de la réserve de Xingu ainsi que l’achat de drones et d’autres équipements techniques pour en assurer la surveillance. Sa visite a commencé à Paris où il a rencontré le ministre de l’Environnement, François de Rugy, à qui il a offert un bâton pour « assommer ses ennemis ». Il se rendra ensuite après en Belgique, en Suisse, au Luxembourg, à Monaco pour finalement s’entretenir avec le Pape au Vatican.

Depuis quelques semaines, des braconniers sont arrivés dans la forêt amazonienne au Brésil avec de faux papiers en s’écriant qu’ils venaient de vendre des bouts de terre qui ne leur appartenaient pas. Malgré la réduction importante de la déforestation pendant le mandat de Lula da Silva, les derniers mois ont augmenté de plus de 54%, d’après l’ONG Imazon. Les représentants de plus de 300 tribus se sont rendus fin avril à Brasilia pour protester contre la politique de Bolsonaro, laquelleest une véritable menace pour leurs réserves.

Selon le dirigeant brésilien, les peuples autochtones possèdent beaucoup de terres pour une faible population. Il a d’ailleurs publié un décret dans lequel il désigne le Ministère de l’Agriculture, plus exactement Tereza Cristina da Costa, ministre de l’Agriculture, pour s’occuper des territoires des peuples autochtones, autrefois gérés par un organisme spécial pour la protection des Indiens. Ce décret a pour but de remplacer les arbres par des cultures de soja et du bétail. Cette politique extrême du président a profondément affecté les communautés autochtones leur retirant des attributions en fonction de la démarcation des terres et des licences environnementales à la Funai, organisme public chargé des sujets indigènes.

Raoni rappelle que l’Amazonie est le poumon de la terre, qu’elle capte le carbone et nous donne de l’oxygène. Le cacique du peuple Kayapo a acquis une reconnaissance internationale et il est prêt à défendre les siens, même si cela doit entraîner sa morte. Au Brésil, il y a environ un million d’indigènes qui habitent dans la forêt amazonienne, dont 305 ethnies et depuis la Constitution de 1988, ils bénéficient d’un usage exclusif de la terre. Néanmoins, ils sont de plus en plus menacés par l’expansion de l’agriculture, les extractions minières et la déforestation. Après tout, ce ne sont pas seulement les indigènes qui vont subir les conséquences de la déforestation, mais l’ensemble de la planète.

Andrea RICO

Site Raoni

L’éducation, la clé de la crise du Brésil selon l’ancien président Lula da Silva

L’ancien président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva, emprisonné depuis déjà plus d’un an à la prison de Curitiba, offre un deuxième entretien au journaliste Kennedy Alencar de la BBC sous l’autorisation de la justice. 

Photo : France Amérique latine

La thématique invoquée est l’orientation politique actuelle du président Jair Bolsonaro, partisan et défenseur des armes, qu’il devrait davantage centrer sur l’éducation. «Bolsonaro est un dément qui croit que les armes sont la solution au problème du Brésil, alors que la solution se trouve dans les livres et les écoles» déclare Lula dans sa seconde interview. Il continue en exclamant que «Bolsonaro soutient l’État policier, un état armé. Il est malade et croit que le problème du Brésil se règle avec les armes. La solution est dans les livres et les écoles» s’exclame-t-il en révisant les chiffres des gouvernements des Partis des Travailleurs (PT) relatifs à ces questions : 18 nouvelles universités fédérales, 173 campus et presque le double d’étudiants inscrits en licence (entre 2003 et 2014, le nombre d’étudiants est passé de 505 000 à 932 000).

«Si le Brésil veut être respecté, il doit prendre soin de lui-même. Pas par le discours, mais avec la pratique. Au lieu de raconter des âneries, il devrait finir son mandat en créant plus d’universités, en amenant plus d’enfants à l’école et en construisant plus de maisons» ajoute Lula en dénonçant la guerre que le nouveau gouvernement mène contre l’éducation publique pour tenter d’effacer l’héritage des gouvernements du PT. «J’ai l’impression que Bolsonaro n’a aucune idée de ce dont il parle, il ne connaît rien de la politique étrangère ni de l’économie» s’exclame Lula, soulignant que son gouvernement n’a pas de méthode ni de stratégie. 

Il réaffirme son innocence et défie au juge qui l’a condamné en première instance, Sergio Moro, actuel ministre de la Justice de Bolsonaro, à fournir des preuves contre lui. «Montrez une seule preuve contre moi ! Moro est né pour se cacher derrière une toge, il doit faire face au débat maintenant. J’aimerais sortir d’ici et débattre avec Moro en l’invitant à fournir de véritables preuves au sujet des crimes que l’on m’a imputés.»

La défense de l’ex-dirigeant a demandé un recours au Tribunal supérieur de Justice pour l’octroi du bénéfice du régime ouvert après réduction de sa peine de douze à huit ans et dix mois. Lui restant moins de huit ans de peine à purger, la loi brésilienne lui permet l’accès au régime ouvert. «Le recours fait appel à une exécution de la peine au régime ouvert dans le cas où la peine n’est pas révoquée ou l’annulation totale du procès n’est pas acceptée.» D’après une note divulguée par Cristiano Zanin Martins, chef de l’équipe de juristes défendant Lula. L’équipe dénonce également dans le recours la présence d’incohérences, bien que la peine ait été réduite de 12 ans et un mois à 8 ans et dix mois. Elle affirme que le but de ce recours «n’est pas seulement la modification de la peine, mais l’acquittement absolu».

D’après LaRed21
Traduit par Andrea RICO

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