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Douze écrivains confirmés au 17e festival Belles Latinas du 10 au 20 octobre prochain

La liste définitive des écrivains latino-américains traduits en français est confirmée pour le festival ; une liste à laquelle s’ajoutent deux écrivains français ayant déjà participé au sixième festival Bellas Francesas au Pérou et en Colombie en mars dernier. Nous appelons les universités et les bibliothèques qui souhaiteraient recevoir un ou plusieurs écrivains à nous contacter avant la fin du mois de mai.

2018 marquera un tournant dans le parcours de médiateur culturel des Nouveaux Espaces Latinos. Nous allons intensifier notre action de mutualisation des ressources afin d’approfondir et d’élargir notre travail d’information, notamment par le biais de nos quatre festivals annuels, uniques en France, par leur contenu et par les moyens mobilisés pour les mettre en œuvre.

La dix-septième édition du festival Belles Latinas va connaître d’importants changements dans la conception de ses animations. Tout d’abord, un changement de date : nous basculons de novembre vers octobre afin de retrouver de nouvelles synergies, notamment avec les festivals de Biarritz Amérique latine, la Fête du Livre de Saint-Étienne et surtout la Foire du livre de Francfort, où sont régulièrement invités de nombreux écrivains latino-américains. Nous pourrions d’ailleurs profiter de leur présence dans un pays voisin pour les inviter à l’édition des Belles Latinas au cours de l’automne, du 10 au 20 octobre 2018.

L’autre changement majeur concerne la sélection des auteurs : ils sont désormais choisis parmi ceux qui ont déjà une actualité littéraire en librairie, afin de donner la possibilité au public de se procurer leurs livres auprès de nos libraires partenaires. Nous souhaitons donc arrêter la liste des auteurs invités avant la fin du mois de mai pour s’assurer que leurs livres soient en vente durant tout l’été. Autre point à souligner, la rémunération des auteurs à hauteur de 150 euros par prestation nous contraint à gérer de façon différente ce budget conséquent.

Enfin, nous allons intensifier les lectures, dialogues et passerelles pour élargir l’audience à un public plus large ; un public qui vient pour les langues et leurs sonorités spécifiques, mais aussi pour la poésie, les réflexions, les voix de l’âme et la musique afin de mettre en miroir les réalités venues d’ailleurs et les réalités propres que nous vivons chaque jour. Pour découvrir l’œuvre de chacun des auteurs invités en octobre, il suffit d’aller sur notre site où vous pourrez lire des chroniques qui leurs sont consacrées.

Januario ESPINOSA
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Ola Cuba ! Expositions et événements dans le cadre de lille3000 du 19 avril au 2 septembre

Lille est devenue en 2004 Capitale Européenne de la Culture. lille2004 a puisé sa force dans les artistes et les habitants qui ont transformé la cité pendant un an. lille3000 poursuit et approfondit ce dynamisme. Ni festival, ni biennale, lille3000 invite à la découverte des cultures à travers les artistes les plus contemporains, d’ici ou d’ailleurs, tout en partageant ses manifestations avec le plus grand nombre, au cœur de la ville. En 2018, lille3000 vous plongera notamment au cœur de Cuba, en attendant sa cinquième grande édition thématique prévue au printemps 2019 avec ELDORADO !

Photo : Ola Cuba

La Gare Saint Sauveur accueille du 19 avril au 2 septembre 2018 l’exposition lille3000 « Ola Cuba ! » qui présente les œuvres de plus de 35 artistes cubains dont une dizaine de productions. Ola Cuba ! se déploiera aussi partout dans la ville. Du 20 au 22 avril, grand week-end d’ouverture à la Gare Saint Sauveur avec les associations cubaines de Lille : concerts, initiation salsa, ateliers pour les familles et les enfants… Du 5 au 13 mai, une semaine sera dédiée à Cuba dans toute la ville, avec concerts, DJ sets, salsa, bals, conférences, littérature, cinéma… (Le Grand Sud, Cie du Tire-Laine, Furet du Nord, le Métropole, Centre Social Faubourg de Béthune, bibliothèque Jean Lévy, Sciences-Po, médiathèques, dans les marchés et sur les places…). Et du 5 mai au 1er juillet, Cuba Mío : des expositions de photos amateurs à découvrir chez les commerçants et les partenaires de lille3000.

Ces artistes sont peintres, photographes, vidéastes, plasticiens, graphistes, architectes… Ils présentent la particularité d’être nés à Cuba entre la fin des années 60 et le milieu des années 80, d’avoir donc débuté leur carrière dans les années 90, au moment de la « Période spéciale » déclarée par Fidel Castro il y a 25 ans. Résultant des conséquences de la dislocation du bloc soviétique, cette époque définit une importante crise économique pour l’île qui dépendait du soutien de l’URSS.

Les artistes de « Ola Cuba ! » font donc partie de cette génération, à la fois meurtrie mais fière, fidèle à son pays dans lequel elle met son espoir et son énergie créative, refusant de le quitter. Sous un embargo imposé à Cuba par les États-Unis dès 1961, ces artistes sont porteurs d’une liberté d’expression encore fragile mais inédite, qui dépasse les contours du possible. Avec une grande subtilité, ils abordent la difficile question de la mémoire mais aussi de l’ouverture au monde et à d’autres modèles, à d’autres rêves. Ils font bouger les lignes, par leur volonté renforcée de créer.

Sensibles, engagées, éclairées, drôles, diversifiées, leurs œuvres parlent d’Histoire, d’architecture, de diversité ethnique, de paysages de ciels, de terres et de mers, de migrations, d’isolement, de musique, de couleurs, d’héritages et de ruptures. Cette exposition prend aussi toute sa cohérence dans l’actualité, avec la mort récente de Fidel Castro en 2016, mais aussi les relations incertaines avec les États-Unis depuis l’arrivée de Donald Trump et malgré le rapprochement annoncé entre les deux pays à la fin de l’administration Obama. Cuba vit une période importante de son Histoire ; les artistes de l’exposition n’en sont pas que les témoins, ils forgent leur propre vision, sont les porteurs de messages et les créateurs de nouveaux horizons.

Artistes : Abel Barroso, Alejandro Campins, Iván Capote, Yoan Capote, Elizabet Cerviño, Duvier Del Dago, Roberto Diago, Humberto Díaz, Leandro Feal, Adonis Flores, Carlos Garaicoa, Alejandro González, Osvaldo González, jorge & larry, Glenda Léon, Alexis Leyva a.k.a Kcho, Reynier Leyva Novo a.k.a Chino, Liudmila y Nelson, Nicola Lo Calzo, Luis López-Chávez a.k.a Chinito, Yornel Martínez Elias, Adrián Melis, Nocturnal, Susana Pilar, Daniel Silvo, Stainless, Mabel Poblet, Michel Pou Díaz, Wilfredo Prieto, José Yaque.  Une exposition de photographies sera également présentée du 05 mai au 1er juillet 2018 au Musée de l’Hospice Comtesse avec la série mythique du grand photographe français Marc Riboud, présent sur l’île en novembre 1963 avec son ami journaliste Jean Daniel, partis à La Havane pour une rencontre avec Fidel Castro. Ainsi que le photographe italien Nicola Lo Calzo, qui présente la permanence et la diversité des traditions ancestrales à travers sa série « Regla », et un portrait de Fidel Catro par Gérard Rancinan.

Commissariat : Justine Weulersse
Conseillère artistique : Laura Salas Redondo

Violence et corruption : le Mexique gangrené de Martín Solares dans «N’envoyez pas de fleurs»

Récit impitoyable, désabusé, drôle, dans la grande tradition du roman noir, les témoins sont convoqués, on les fait parler et mentir. Police corrompue, services secrets partisans, meurtres, enlèvements, bandes rivales sont une allégorie du Mexique contemporain. N’envoyez pas de fleurs, du Mexicain Martín Solares, invité de nos Belles Latinas d’octobre prochain et du festival international des littératures policières de Toulouse.

Photo : Christian Bourgeois éditeur

La Eternidad, port et plage dans l’État de Tamaulipas. Carlos Treviño, ex-policier retiré, bien qu’il n’ait qu’une trentaine d’années, patron à présent d’un hôtel pour touristes étrangers, est «convoqué» par Rafael De León, magnat du coin, et Don Williams, consul des États-Unis, et prié, avec arguments sonnants, trébuchants et sentimentaux, de reprendre du service. Il s’agit de tenter de retrouver Cristina, la fille de De León, disparue un jour et demi plus tôt, probablement enlevée, même si aucune rançon n’a encore été demandée. Dans un décor désespérant (les magasins et les restaurants ont fermé, criblés de balles, et ceux qui continuent de fonctionner baissent leur rideau de fer avant la tombée de la nuit), Treviño entame son enquête, hors de tout contact avec la police officielle, dont on ne sait pas si elle est impliquée. Au temps où il était policier, Treviño faisait figure de mouton noir parmi ses collègues, trop indépendant par rapport au douteux commissaire Margarito qui avait fini par lui faire donner une belle raclée par ses propres collègues. Depuis, on ne cherche même plus à sauver les apparences au commissariat, comme le dit un personnage.

Le temps passe, Cristina peut être exécutée à tout moment, Treviño fait avancer son enquête, surveillé de près ou carrément poursuivi par les deux cartels principaux du coin, et aussi par les flics officiels qui le font «officiellement» passer pour un criminel de plus. Il reste pourtant des gens honnêtes à La Eternidad, le mot honnête étant encore plus relatif qu’ailleurs. La dégradation générale est récente, et donc elle peut régresser avec la même rapidité : autant d’étincelles qui empêchent ce roman noir, vraiment très noir, de l’être absolument. On est loin d’une caricature, ce qui renforce le malaise. La violence endémique aurait pu stagner au sud du Mexique, au Chiapas ou dans l’État de Guerrero, avec le mouvement zapatiste et l’Armée populaire révolutionnaire, c’est pourtant au Nord qu’elle s’est répandue, entre 2006 et 2010.

La mauvaise entente entre les gouverneurs des États et le gouvernement fédéral n’a pas arrangé la situation, surtout si l’on sait que tous les gouverneurs sont sous mandat d’arrêt national ou international. Ce qui est sûr aussi, c’est qu’à chaque étape de son enquête, la vie de Treviño est directement menacée. Le danger est partout, le suspense ne diminue pas. Le deuxième personnage important du roman est le commissaire Margarito, l’autre côté du miroir. Il permet de voir l’engrenage dans lequel il est lui-même engagé par ses supérieurs politiques (au Mexique, le chef de la police dépend directement du maire), par la situation générale qui s’est institutionnalisée. Martín Solares ne cherche pas à blanchir le policier, il explique très clairement ce qu’il vit au quotidien en dressant un constat, et la conclusion est d’un pessimisme noir.

Les explications que donne Martín Solares sont claires, elles ressemblent, dans le domaine de la pure fiction, à un véritable documentaire et complètent, sans l’alourdir, l’histoire pleine de rebondissements et de violences d’une pègre généralisée.

Christian ROINAT

N’envoyez pas de fleurs de Martín Solares, traduit de l’espagnol (Mexique) par Christilla Vasserot, éd. Christian Bourgois, 384 p., 25 €. Martín Solares en espagnol : No manden flores / Los minutos negros, Literatura Random House. Martín Solares en français : Les minutes noires, Christian Bourgois et 10/18.

Belles Latinas et Bellas Francesas, une littérature d’une rive à l’autre

Du 13 au 24 mars se déroulent, au Pérou et en Colombie, les rencontres des Bellas Francesas. Depuis 2002, les Nouveaux Espaces Latinos décident de faire connaître davantage les cultures latino-américaines en France en créant le festival littéraire Belles Latinas et, tout naturellement, son homologue en Amérique latine a été lancé en 2013 avec des écrivains français.

Les Nouveaux Espaces Latinos organisent depuis 2002 des festivals littéraires, documentaires et scientifiques, essentiellement en région Auvergne-Rhône-Alpes, parfois au-delà en France et dans des pays francophones voisins (Suisse et Belgique). En seize éditions, le festival littéraire Belles Latinas a accueilli plus de deux cent cinquante écrivains latino-américains. Depuis 2013, autour de la langue française et de la francophonie, Bellas Francesas répond à Bellas Latinas en organisant des voyages d’écrivains français en Amérique latine. En 2018, pour la sixième édition, le choix s’est porté sur le Pérou et la Colombie : du 13 au 24 mars 2018.

Les deux manifestations ont le même objectif général : permettre aux auteurs latino-américains traduits en français de venir en France, et aux auteurs français et francophones d’aller en Amérique latine à la rencontre ou à la conquête de lecteurs, de traducteurs, d’éditeurs. Ici et là-bas, les structures culturelles et éducatives de ces rencontres sont diverses : bibliothèques, universités, lycées, associations et centres culturels, Instituts français, librairies indépendantes, Alliances françaises et, de manière générale, les institutions se donnant une mission de diffusion artistique et culturelle.

Pour Belles Latinas comme pour Bellas Francesas, les invités sont de jeunes auteurs et des auteurs consacrés. Tous les romanciers et romancières français invités en Amérique latine n’ont pas leurs romans traduits en espagnol, et l’invitation peut leur offrir cette opportunité. En revanche, les Latino-Américains invités en France sont tous traduits en français. Les formes des rencontres sont diverses, choisies avec les partenaires et les interlocuteurs locaux : dialogues, tables rondes associant écrivains français et romanciers du pays déjà invités en France, conférences, rencontres à caractère universitaire, lectures par l’auteur ou par un acteur…

Les auteurs invités pour cette sixième édition des Bellas Francesas sont :

MIGUEL BONNEFOY : Né en France, il a grandi au Venezuela et au Portugal. Il a publié en français Naufrages (éd. Quespire, Paris, 2011) remarqué au prix de l’Inaperçu 2012. En 2013, il a été premier prix du « Jeune Écrivain » avec Icare et autres nouvelles (Buchet-Chastel, Paris, 2013). Le Voyage d’Octavio (éd. Rivages, Paris, 2015) son premier roman, fut finaliste du prix Goncourt du Premier roman, prix Edmée de La Rochefoucauld, prix L’Île aux Livres, prix de la Vocation 2015 et Mention spéciale du Jury au prix des Cinq Continents. En 2016, il a publié Jungle aux éd. Paulsen, lauréat du prix littéraire des lycéens, apprentis et stagiaires de la formation professionnelle. En 2017, il publie Sucre noir (éd. Rivages, Paris, 2017), finaliste du prix Femina.

PIERRE DUCROZET : Né en 1982 à Lyon. Romancier, il est également chroniqueur littéraire, traducteur et collaborateur de la Société européenne des auteurs. Requiem pour Lola rouge, (éd. Grasset, 2010) – prix de la Vocation 2011. La Vie qu’on voulait, (éd. Grasset, 2013). Eroica, (éd. Grasset, 2015). L’Invention des corps, (éd. Actes Sud, 2017) – prix de Flore 2017.

LAURE LIMONGI : Elle est née à Bastia et travaille entre Paris, Le Havre et la Corse. Écrivaine, elle publie des textes entre fiction, poésie et essai tels Anomalie des zones profondes du cerveau (éd. Grasset, 2015), Ensuite, J’ai rêvé de papayes et de bananes (éd. Le Monte-en-l’air, 2015), Soliste (éd. Inculte, 2013), Indociles (essai littéraire de Denis Roche, Hélène Bessette, Kathy Acker et B. S. Johnson, éd. Léo Scheer, 2012). Ses dernières performances littéraires ont été programmées au Palais de Tokyo, aux Laboratoires d’Aubervilliers, à la Maison de la poésie de Paris, à La Colonie.

Januario ESPINOSA

À Grenoble, du 20 mars au 1er avril, un festival de cinéma très Ojo Loco

Le Festival Ojoloco, organisé par l’association Fa Sol Latino, a été créé à Grenoble, il y a maintenant six ans, par une équipe de passionné-e-s du cinéma et des thématiques sociétales latino-américaines. Plus de 30 000 spectateurs et 500 projections plus tard, l’essence du festival est toujours de développer une ligne artistique exigeante mais ouverte à toutes et tous, et se voulant l’écho des débats traversant les sociétés ibériques et latino-américaines.

Le poumon vital du festival est axé autour de trois pôles : Au cinéma le Méliès de Grenoble avec une cinquantaine de films inédits sur 13 jours autour du cinéma contemporain et des créations cinématographiques de ces deux dernières années avec une compétition fiction et une compétition documentaire (dotée d’une résidence à Lussas) ; À la cinémathèque de Grenoble avec quatre soirées dont deux consacrées au cinéma de Patrimoine, une soirée compétition court-métrages et une nuit blanche autour du cinéma de genre avec cinq films de 20 h à 6 h du matin ! Sur le campus avec un cycle autour des jeunes talents qui proposent leur premier ou deuxième film gratuitement les midis.

Pour cette sixième édition qui aura lieu entre le 20 mars et le 1er avril 2018 à Grenoble, soixante films ont été sélectionnés (dont une dizaine de premières françaises !) avec une centaine de projections et une vingtaine d’invité-e-s. En effet, les rencontres font partie intégrante de l’ADN du festival avec plus d’une rencontre par jour sur les deux semaines de festival ! Cette année, l’invité d’honneur est le génial réalisateur cubain Fernando Pérez. Une soirée spéciale lui sera dédiée à la Cinémathèque de Grenoble et son dernier film, Últimos Días en La Habana, sera présenté en compétition officielle fiction. À noter également qu’il proposera deux ateliers-masterclass ; l’un autour du nouveau cinéma latino-américain, l’autre sur la direction d’acteurs. Toujours à Cuba, le nouveau film du réalisateur Ernesto Daranas (primé à Ojoloco il y a deux ans pour Chala, une enfance cubaine), Sergio y Sergéi, sera présenté en exclusivité en compétition officielle.

Enfin, il est à noter également les nouveautés de cette sixième édition : l’inauguration d’une ciné-caravane afin de proposer des courts-métrages dans un objet cinéphile itinérant sur tous les territoires (le financement participatif de ce projet est toujours en cours ; proposer grâce à des plateformes partenaires des films gratuitement en ligne en vidéo à la demande dont le magnifique vénézuélien La Soledad ; proposer deux films de patrimoine chaque jeudi à la Cinémathèque de Grenoble autour d’un même cinéaste ; renforcer l’accent mis sur la compétition documentaire au Méliès avec 10 documentaires savamment sélectionnés et 8 équipes de films présentes afin de présenter leur travail ! ; des ateliers, débats, conférences, expositions toujours plus nombreux dont notamment un brunch-débat sur la place des femmes dans le cinéma, une exposition exceptionnelle sur Segundo de Chomón, précurseur des trucages au cinéma et contemporain de Méliès, des conférences sur la situation politique au Venezuela et en Catalogne.

Ojoloco

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De Michelle Bachelet à Sebastián Piñera, l’alternance gauche-droite à la présidence du Chili

Sebastián Piñera, l’homme d’affaires de centre-droite, a repris la présidence du Chili dimanche 11 mars dernier. Il succède à Michelle Bachelet, à qui il avait déjà succédé en 2010. On assiste depuis 2006 à une alternance gauche-droite entre ces deux candidats, mais cette fois-ci, Sebastián Piñera représente une nouvelle coalition des trois partis sous le nom de « Chile Vamos », constituée et intégrée par son ancien parti, Rénovation Nationale (RN), le Parti Régionaliste Indépendant (PRI), Evópoli, et l’Union Démocratique Indépendante (UDI), proche de la ligne de Pinochet.

Photo : Wikimedia

Michelle Bachelet, aujourd’hui ex-présidente socialiste, a signé cinq jours avant la fin de son mandat un projet de réforme constitutionnelle qui propose une nouvelle constitution. C’était une de ses promesses de campagne. Sachant que l’actuelle constitution date de 1980 et fût imposée par le régime de Pinochet, elle pourrait être modifiée pour la deuxième fois, suite aux rectifications établies sous la gouvernance du socialiste Ricardo Lagos dans les années 2000. Ce nouveau document permet la reconnaissance des groupes indigènes Mapuche devant de la loi et se fonde sur les droits fondamentaux du peuple chilien.

Sebastián Piñera a repris la présidence en promettant de relancer la croissance économique, comme l’un des accomplissements les plus emblématiques de son premier mandat. Son nouveau programme économique promeut la libre concurrence entre les entreprises et prévoit la réduction des impôts sur celles-ci. Il promet également d’augmenter les retraites, d’assouplir les régulations dans le secteur minier, et de réduire le niveau de pauvreté. Lors de la passation de dimanche dernier, il a souligné : « Ma mission, c’est de transformer le Chili en un pays développé et sans pauvreté. »

En tant qu’homme d’affaires possédant l’une des plus grandes fortunes du pays et après une formation d’économiste, il a réussit à convaincre ses électeurs par son discours libéral. Piñera est très critique vis-à-vis du mandat de Bachelet, et l’accuse d’avoir laissé le pays paralysé avec un taux de chômage encore plus élevé (6,5 %) et des salaires abaissés. Il promet de doubler la croissance (sur ce point, ce qui ne fut pas le cas pour le gouvernement de Michele Bachelet, le Chili devrait profiter du contexte international) et de créer 600 000 emplois. En outre, d’aucuns craignent une remise en cause des réformes sociétales du gouvernement sortant en matière de dépénalisation de l’avortement et du mariage homosexuel. Mais, d’après les spécialistes, cette crainte serait infondée puisque la majorité de la population a déjà approuvé ces réformes.

L’héritage de Michelle Bachelet

Le gouvernement de Bachelet a instauré une série de réformes avec succès (certaines d’entre elles sont encore inachevées, d’autres sur le point d’être approuvées), afin de modifier les réformes imposées par la dictature de Pinochet et de doter le Chili d’une meilleure protection sociale et d’un système universitaire accessible à tous. Le candidat Piñera a accepté de conserver la « gratuité » des universités. Les réformes sous Bachelet constituent des avancées en matière d’éducation supérieure et publique, de politique fiscale, mais aussi dans le monde du travail. Elle a aussi soutenu des réformes sociétales telles que le droit à l’avortement dans certains cas, ainsi que la loi sur l’identité de genre et l’union civique entre personnes du même sexe (Pacs).

Le premier mandat de Bachelet, débuté en 2006 et achevé en 2010, atteint un taux de popularité de 89 %. Aujourd’hui, elle quitte son poste avec 39 % d’approbation, selon les études du centre d’investigation Cadem. On assiste aujourd’hui à une autre victoire significative qui illustre un virage à droite dans d’autres pays de la région, comme c’est le cas en Argentine avec Mauricio Macri et au Brésil avec Michel Temer. Il nous faudra attendre la totalité des résultats des élections à venir pour mieux visualiser le nouveau paysage politique d’Amérique latine.

Karla RODRIGUEZ

Singulière campagne présidentielle pour les Vénézuéliens : un chemin miné vers la paix ?

Dans cette nouvelle phase qui s’ouvre vers une conception incertaine de l’avenir, le paysage de la campagne présidentielle finit de se mettre en place. Les causes de cette crise inédite, et le rôle joué par le président Maduro dans la débâcle de ce grand pays pétrolier, qui est passé à côté d’une prospérité pourtant inscrite dans ses gènes, ont été largement exposés dans les articles précédents. La situation de l’opposition, face aux prochaines élections, retient à présent toute notre attention. Cette élection présidentielle anticipée, qui s’était tenue jusqu’ici au mois de décembre et qui avait été avancé au 22 avril, a été finalement repoussée au 20 mai prochain.

Photo : Jamez42/Wikimedia

Tout d’abord, la grande question est de savoir dans quelle direction Nicolás Maduro propose de conduire le peuple vénézuélien. Car toute proposition de la part de l’ex-chauffeur de bus et candidat à sa propre réélection semble davantage semer le doute que rapprocher d’une vérité. Il a pris une décision paradoxale pour éviter que le Venezuela replonge un peu plus dans l’incertitude politique : des élections forcées, sur fond de réconciliation avec une partie de l’opposition à la dérive, au détriment de la démocratie et de la liberté.

Avec un taux d’impopularité de 75 % et condamné par la communauté internationale, Maduro, qui excelle dans l’art chaviste de lever la voix et le poing sur une estrade, riposte et confirme sa ligne avec un langage qui rappelle la brutalité des grands dictateurs du XXe siècle : « Nous allons vers les élections, même s’il pleut, s’il y a du tonnerre et des éclairs, avec ou sans opposition. »

Cette élection présidentielle anticipée, prévue au mois de décembre et qui avait été avancée au 22 avril, a été finalement repoussée au 20 mai prochain. Un accord in extremis a été trouvé entre le gouvernement et deux candidats fantômes de l’opposition : Javier Bertucci, un pasteur évangéliste peu connu des électeurs, et Henri Falcón, ex-allié d’Hugo Chávez et gouverneur de l’État de Lara (2008-2017). Or, beaucoup se demandent si ce chaviste dissident est un véritable adversaire ou un allié crypté de l’actuel président. En effet, on ne peut pas dire, après l’accord entre Falcón et Maduro, que ce dernier a fait preuve d’une incroyable capacité à tendre la main à l’adversaire. Dans ce sens, le journal Tal Cual apporte un témoignage qui ne laisse pas de doute : « Ne nous voilons pas la face, pour rendre crédible cette élection présidentielle, le régime avait besoin d’un candidat capable de représenter un contrepoids au président sortant, Nicolás Maduro. Mais quand les lumières des projecteurs se sont éteintes […] et que les caméras avaient disparu, le chef de l’État et son soi-disant adversaire se sont serré la main, très émus, se sont mutuellement félicités par le spectacle grandiose qu’ils venaient de produire pour démontrer l’esprit démocratique de cette dictature. »

Et le journal El Nacional constate avec des mots très durs à entendre pour les Vénézuéliens, fiers il y a deux décennies de la révolution bolivarienne prônée par Hugo Chávez : « la MUD a permis que se développe en son sein une sorte de “chavisme light”, en la personne de Henri Falcón, qui s’est porté candidat à la présidentielle et servira désormais de punching-ball au boucher Maduro. » C’est là un élément essentiel de la situation actuelle : profondément divisée quant à la conduite à tenir face à l’omnipuissance de l’héritier du chavisme, la Mesa de la Unidad démocratica (MUD), Table de l’unité démocratique composée d’une vingtaine de partis de l’opposition, n’a pas réussi à définir une solide stratégie capable d’enrayer cette spirale qui entraîne dans son mouvement institutions, partis, cohésion sociale, tolérance, vies humaines et, enfin, la légitimité même de l’État.

Ángel Oropeza, le coordinateur de la MUD, avait déclaré que la coalition d’adversaires au gouvernement ne participera pas aux élections, car ce « n’est qu’un simulacre frauduleux et illégitime d’élection présidentielle […], un show du gouvernement pour simuler une légitimité dont il ne dispose pas. » Mais une deuxième lecture de cette non-participation révèle un fait encore plus grave : le manque de consensus au sein même de l’Union démocratique. Voici l’analyse de Félix Seijas, directeur de l’institut de sondage Delphos : « Maduro se trouve sans doute au moment où il est le plus faible, mais il puise sa force dans l’affaiblissement, les erreurs et le manque de cohésion et de cohérence de l’opposition. C’est ce qui lui donne de l’oxygène. » Et sur l’avenir de la MUD, Seijas reste sceptique : « Si la MUD n’a pas de plan, si dans les deux prochains mois elle échoue à mobiliser la société civile, je pense qu’elle va disparaître. »

En bref : l’opposition, dans son ensemble, ne sert aucunement de contrepoids aux incertitudes qui pèsent sur la reconstruction du pays. Et Maduro s’est chargé de bannir toute personnalité qui pourrait prendre trop d’importance à son projet de réélection. C’est le cas d’Henrique Capriles, 45 ans, candidat de l’opposition contre Hugo Chávez en 2012 et qui avait avait perdu de très peu face à Maduro en avril 2013 : l’ancien gouverneur de l’État de Miranda (2008-2017) fut condamné l’an passé à 15 ans d’inéligibilité, accusé de gestion frauduleuse. Un autre leader proscrit est le très populaire Leopoldo López, 46 ans, fondateur du parti Voluntad Popular, ayant pris la tête des manifestations contre Nicolás Maduro en 2014 : contestation qui l’a conduit en prison, dont il a été libéré l’an passé après trois années d’incarcération, mail il reste en résidence surveillée. De son côté, Antonio Ledezma, 62 ans, ancien maire de Caracas balayé par Hugo Chávez à la fin des années 1990, a été arrêté en 2015 et placé en résidence surveillée avant de prendre la fuite l’an passé vers l’Espagne. C’est ainsi que Maduro et son escouade de thuriféraires ont su bricoler, à force de bidouiller et de tripatouiller dans l’appareil judiciaire et législatif, une élection présidentielle scélérate qui pourrait le catapulter jusqu’en 2025.

Disons-le derechef : pour Maduro, il n’y a que lui et, vu la manière dont il considère l’opposition, on voit mal ce qui pourrait, à ses yeux, freiner sa marche triomphale vers un nouveau mandat. Profitant donc du fait que face à lui personne ne réussit à faire consensus, le clan Maduro pense pouvoir établir la domination d’un pouvoir unique : le leur. Même au sein de son gouvernement, la moindre critique le hérisse. Toute contestation le fait sortir de ses gonds. Par exemple, divulguer les chiffres de la crise sanitaire, comme l’a fait Antonieta Caporale, relève du crime de lèse-majesté : la ministre de la Santé a été démise de ses fonctions, en mai 2017, pour avoir révélée que le taux de mortalité infantile avait augmenté de 30 %, et le taux de mortalité maternelle de 65 %, entre 2015 et 2016. Le même bulletin épidémiologique avait confirmé ainsi la grave situation de la santé vénézuélienne avec une augmentation de 76,4 % dans les cas de paludisme, maladie qui avait été éradiquée du pays et qui, selon un rapport établi par des associations médicales, a rebondi pendant ces trois dernières années.

Cela dans un climat d’extrême violence, où la répression politique et sociale contre les émeutes populaires s’est achevée dans un bain de sang avec un bilan de 120 morts entre avril et juillet dernier. Selon les chiffres officiels, en 2017, le Venezuela est devenu le pays le plus dangereux du monde, après le Salvador, avec plus de 26 600 morts. C’est la raison pour laquelle tout le monde se demande si le Venezuela a touché le fond, et si tel est le cas : a-t-il une chance de s’en sortir sans l’intervention de forces étrangères ?

En attendant une réponse concrète à ces questions essentielles, Nicolás Maduro continue à surfer sur la vague d’incertitude générée par une opposition qui ne sert aucunement de contrepoids et qui fait naître nombre d’interrogations dans une communauté internationale paralysée, et surtout parmi les millions de Vénézuéliens exaspérés par l’incertitude du lendemain. Par conséquent, malgré ce « simulacre d’élection », rien ne permet d’augurer une pacification du pays.

Eduardo UGOLINI

La nouvelle semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes se précise pour fin mai prochain

La semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes se précise. Dans notre newsletter du 16 février dernier, nous présentions la nouvelle secrétaire générale, Mme Caroline Dumas. Cette fois-ci, nous reproduisons un communiqué transmis par son secrétariat à Paris à toutes les organisations qui œuvrent pour le rapprochement entre l’Amérique latine et la France. La semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes s’étalera sur quinze jours, entre le 28 mai et le 10 juin 2018.

« Grâce à votre collaboration, l’édition 2017 de la Semaine de l’Amérique Latine et des Caraïbes a été un véritable succès, qui a permis de célébrer l’amitié entre la France, l’Amérique latine et les Caraïbes au travers de plus de 230 manifestations dans une vingtaine de villes françaises.

Nommée Secrétaire générale de l’édition 2018 de la Semaine de l’Amérique Latine et des Caraïbes, je serais très heureuse de voir se renouveler cette année encore l’excellente coopération mise en place les années précédentes avec l’ensemble de nos partenaires. Mon collaborateur, M. Victor Emandes, m’épaulera dans cette tâche.

Pour 2018, la Semaine de l’Amérique Latine et des Caraïbes se tiendra du lundi 28 mai au dimanche 10 juin. Comme lors de ses précédentes éditions, celle-ci comprendra, nous l’espérons, de nombreux évènements culturels, artistiques, voire scientifiques, sur l’ensemble du territoire français. Cette année, la Semaine inclura également un volet institutionnel renforcé et des rencontres de niveau politique. Un effort particulier sera également fait afin de développer encore la visibilité des évènements qui rythmeront cette nouvelle édition de la Semaine.

Je vous invite donc à nous faire parvenir dès à présent une brève description du ou des évènements(s) que vous souhaiteriez mettre en valeur cette année dans le cadre de la Semaine, accompagnée autant que possible de supports visuels (photos, vidéo). Il peut s’agir de tous types d’évènements (concert, exposition, projection de film, évènement littéraire, dégustation … ), du moment que ceux-ci sont représentatifs d’une création latino-américaine et caribéenne de qualité. 

Vous pouvez, dès que vous le souhaitez, nous faire parvenir vos propositions d’évènements par le biais de notre adresse mail. M. Emandes et moi-même vous répondrons dans les plus brefs délais. Afin de nous donner suffisamment de temps pour établir et publier le programme officiel de la Semaine, notez néanmoins que nous devrons clôturer la réception des propositions d’évènements le 16 avril au plus tard.

En vous remerciant vivement de votre intérêt pour la Semaine de l’Amérique Latine et des Caraïbes, je vous prie de croire en mes pensées très cordiales. »

Caroline DUMAS

  • Vous pouvez consulter nos archives des trois éditions précédentes de la semaine d’Amérique latine et des Caraïbes que nous avons suivies de 2015 à 2017. 
  • Voir la semaine 2017

Libérez Ahmet Altan, romancier et journaliste turc, condamné à perpétuité

Les éditions Actes Sud viennent de lancer une campagne signée conjointement avec l’association Les Nouveaux Dissidents pour demander la libération d’Ahmet Altan, un des journalistes les plus renommés de Turquie, dont l’œuvre littéraire a connu un succès mondial. Il vient d’être condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

Photo : DW
Accusé d’avoir participé au putsch manqué du 15 juillet 2016, alors qu’il ne fait que dénoncer, depuis plusieurs décennies, toutes les atteintes du pouvoir à la démocratie, Ahmet Altan était incarcéré depuis septembre 2016 à la prison de Silivri (à 70 kms d’Istanbul). Vendredi 16 février 2018, il a été reconnu coupable ainsi que cinq autres personnes dont son frère, le journaliste Mehmet Altan, d’avoir tenté de « renverser l’ordre prévu par la Constitution de la République de Turquie ou de le remplacer par un autre ordre ou d’avoir entravé son fonctionnement pratique au moyen de la force et de la violence ». Il est condamné à la réclusion à perpétuité.
 
« Après le coup d’État manqué de juillet 2016, nous sommes les deux premiers écrivains à avoir été arrêtés sur des chefs d’accusation kafkaïens. La prison à vie a été requise contre nous et nous avons cru d’abord que c’était une blague. Nous avons cru qu’ils nous libéreraient après avoir eu la satisfaction de nous avoir maltraités. Ils m’ont relâchée, mais lui, ils l’ont condamné à perpétuité. Sans preuve, sans faits avérés, c’est purement atroce ! J’appelle tous les écrivains, les éditeurs, les journalistes à être solidaires d’Ahmet Altan et de tous les écrivains, journalistes, jetés en prison ou persécutés. » Asli Erdogan, le 19 février 2018.
 
Ahmet Altan, né en 1950, est un des journalistes les plus renommés de Turquie, son œuvre de romancier a par ailleurs connu un grand succès, traduite en de nombreuses langues (anglais, allemand, italien, grec…). Deux de ses romans sont parus en français, chez Actes Sud : Comme une blessure de sabre (2000) et L’Amour au temps des révoltes (2008). Son père, le journaliste Çetin Altan, fait partie des dix-sept députés socialistes qui entrent au Parlement turc en 1967. Pour ses articles, il sera condamné à près de 2 000 ans de prison. En 1974, dans le contexte de L’Opération de maintien de la paix (invasion de la partie nord de Chypre par les forces militaires turques), Ahmet Altan s’engage dans le journalisme : très vite, il commence à être connu pour ses articles en faveur de la démocratie. Il publie en 1982 son premier roman (vendu à 20 000 exemplaires) puis devient, en 1985, rédacteur en chef du journal Günes. Il publie son deuxième roman qui est condamné pour atteinte aux bonnes mœurs et fait l’objet d’un autodafé.
 
Esprit critique et très en prise avec la société turque, il est arrêté le 10 septembre 2016 ainsi que son frère Mehmet Altan, également journaliste, accusés d’avoir participé au putsch manqué du 15 juillet 2016. Douze jours plus tard, il est mis en liberté provisoire, mais vingt-quatre heures plus tard, il est de nouveau incarcéré et reste en prison, inculpé « d’appartenance à une organisation terroriste » et de « tentative de renversement de la République de Turquie ». Il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, le vendredi 16 février 2018, par le 26e tribunal pénal d’Istanbul.
Éditions Actes Sud
 

Les élections anticipées de Maduro au Venezuela : une bombe à retardement

Le pays pétrolier cherche à sortir de sa situation critique en s’appuyant sur un nouveau scrutin inventé par son président Nicolas Maduro. Comme une réaction en chaîne, après avoir proclamé sa décision d’avancer la date de l’élection présidentielle pour le 22 avril prochain, initialement prévue pour décembre, le groupe de Lima a exigé un nouveau calendrier électoral.

Photo : Groupe de Lima/Infobae

À l’issue d’une réunion qui s’est déroulée le 13 février dernier, l’alliance de 14 pays d’Amériques et des Caraïbes ont exhorté « le gouvernement du Venezuela à reconsidérer la convocation pour l’élection présidentielle », car « il ne peut y avoir d’élections libres et justes sans la pleine participation des partis politiques. » Selon un sondage de l’Institut vénézuélien d’analyse des données (IVAD), Maduro doit faire face à un taux d’impopularité de 75 %. Mais, en avançant la date des élections de plusieurs mois, il semble avoir réussi sa manœuvre de déstabilisation à toute intention de former une coalition de la part de l’opposition, déjà affaiblie par ce que l’Église avait évoquée l’année dernière comme la mise en place d’une « dictature ». Le mot est juste depuis que la MUD, « Table de l’unité démocratique » qui réunit les principaux partis de l’opposition, a été interdite de participation. Le système politique vénézuélien reste ainsi largement bloqué par la concentration du pouvoir.

Délicate problématique dans ce mois d’avril charnière pour l’héritier de l’idéologie chaviste qui a conduit le pays à la ruine : le Pérou, hôte le 13 avril prochain du sommet des Amériques – réunissant des chefs d’État de 35 pays du continent et des Caraïbes – a demandé au président vénézuélien de s’abstenir d’y participer, et lui a fait savoir qu’« il ne sera pas le bienvenu ». La réponse de Maduro à cette mise en garde du gouvernement péruvien a une signification multiple. Elle révèle l’état d’esprit d’un homme désespéré, et le niveau de son langage montre sans ambiguïté non seulement qu’il n’est pas à la hauteur des circonstances, mais surtout qu’il ne possède pas la dignité que l’on pourrait attendre d’un chef d’État démocratique : « Ils ont peur de moi ? Ils ne veulent pas me voir à Lima ? Ils vont me voir, qu’il pleuve, qu’il y ait du tonnerre ou des éclairs, par les airs, par terre ou par mer j’arriverai au sommet des Amériques avec la vérité […] du Venezuela. »

Comme nous l’avons déjà dit dans un article précédent, le Venezuela vit les prémices de ce processus depuis la main de fer avec laquelle Hugo Chávez a coupé net le dialogue politique, bien que certains continuent encore à plaider en faveur de sa politique du populisme, mais sans avoir vécu ses conséquences. Au cœur de cette crise, il y a des erreurs et des insuffisances du passé, et le malaise démocratique qui traverse le pays depuis vingt ans reste intact. En effet, aucun progrès n’a été fait dans la démocratisation de la vie politique et sociale, condition sine qua non pour donner au peuple la possibilité de s’exprimer et d’exercer sa souveraineté librement. C’est là que réside le véritable populisme socialiste, consciencieux et visionnaire.

Depuis des années donc, la base de l’économie vénézuélienne s’est développée, marchand dans la voie de l’idéal chaviste, sans que des changements adéquats soient intervenus dans le système de gestion et de redistribution des divises générées par l’exportation du pétrole. Par conséquent, le gouvernement de Maduro n’a pas réussi à rattraper son retard par rapport aux pays les plus développés, malgré les immenses ressources pétrolières et gazières. Il n’a pas réussi non plus à transformer ses structures sociales, à former des ouvriers hautement qualifiés, à réaliser de profonds changements dans le domaine de la culture et de la technologie, à ouvrir le chemin de la promotion aux plus larges masses de travailleurs, à la jeune génération qui aujourd’hui est contrainte à émigrer vers de nouveaux horizons.

Toutes ces erreurs et déficiences ont été mises au jour par la crise sociale, économique et politique qui a conduit le pays à sa perte, dont les raisons, et l’ampleur du mécontentement, n’ont pas varié depuis très, très longtemps. Et les fléaux qui tourmentent le peuple, comme le chômage dans les villes, le surcroît de main d’œuvre à la campagne et l’incertitude du lendemain sont loin de disparaître même avec une élection anticipée, espèce de diagonale du vide empruntée par Maduro pour assurer sa continuité à la tête du pouvoir.

Cette catastrophe humanitaire prend des contours plus nets jour après jour, avec la pénurie d’aliments et de médicaments. Une pénurie aggravée par une hyper-inflation qui pourrait atteindre en 2018 le chiffre astronomique de 13 000 % selon un rapport du FMI. Pour se faire une idée, mentionnons que dans le courant du mois de décembre, les prix ont augmenté de 85 % (on parle d’hyper-inflation lorsque les chiffres dépassent le 50 % mensuel).

Aujourd’hui, l’afflux massif de migrants se poursuit vers les pays limitrophes. Par exemple, le Brésil a déclaré « l’état d’urgence sociale » après avoir accueilli 10 000 réfugiés pour le seul mois de janvier. En outre, plusieurs pays, comme le Mexique, qui vient de constituer un « groupe technique » avec le Canada et les États-Unis, envisagent de lourdes conséquences pour la population vénézuélienne, et sur l’économie d’autres pays, après les menaces de sanctions pétrolières que les États-Unis s’apprêteraient à imposer à la « république bolivarienne ». Sur ce point, rappelons que Donald Trump avait déjà manifesté, en septembre dernier, son intention d’intervenir avec une option militaire. Cette menace est toujours d’actualité selon Maduro : il a affirmé que, sous l’influence des États-Unis, l’armée colombienne se prépare à engager des exactions en vue de provoquer un conflit armé entre les deux pays voisins. En prévision de ces hypothétiques menaces étrangères, Nicolas Maduro vient d’annoncer la tenue de manœuvres militaires, les 24 et 25 février, « pour renforcer la capacité de défense du pays ».

Le Venezuela n’est pas menacée d’une guerre civile, mais d’un désordre qui peut mettre un frein à des processus de développement de l’Amérique latine en particulier, mais aussi de certains pays de la communauté internationale. Il ne faut surtout pas oublier que les deuxièmes réserves pétrolières de la planète gisent sous le sol vénézuélien, après celles de l’Arabie Saoudite. C’est la raison pour laquelle, à deux mois de l’élection – si la date du 22 avril est maintenue – Maduro est certainement animé par un double souci : celui, d’abord, de créer les conditions pour la stabilisation d’une économie minée par une affectation incorrecte des ressources ; ensuite, celui d’apaiser la tension que la situation interne provoque avec l’Amérique latine et les États-Unis.

Dans ce contexte menaçant dangereusement l’existence de l’État, au bord de l’implosion, une question reste ouverte : réussira-t-il, le plus rapidement possible, à sortir le pays de la crise en rassemblant les forces vives de la nation de manière pacifique pour le bien de la patrie « socialiste », et au-dessus des intérêts et des pressions de groupes particuliers qui détiennent le véritable pouvoir sur cette bombe à retardement ?

Eduardo UGOLINI

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