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« La Vie invisible d’Eurídice Gusmão » du Brésilien Karim Aïnouz en salle cette semaine

Au Festival de Biarritz, Le Prix du jury et celui du Syndicat Français de la Critique de Cinéma ont été décernés à La Vie invisible d’Eurídice Gusmão (A Vida invisível de Eurídice Gusmão) de Karim Aïnouz, (Brésil, Allemagne). Le film avait déjà reçu le prix Un Certain Regard à Cannes. Dans le compte rendu, nous avions dit tout le bien que nous pensions du film. Un mélodrame tropical, par le réalisateur de Madame Satã.

À Rio de Janeiro, dans les années cinquante, Euridyce, 18 ans et sa sœur Guida, 20 ans, sont inséparables. Mais Guida va suivre un marin grec et lorsqu’elle reviendra enceinte, elle sera rejetée par ses parents. Euridyce veut entrer au conservatoire en classe de piano, mais mariée à un comptable, elle ne pourra exercer son talent. Les deux sœurs ne se rencontreront jamais. Adapté librement d’un roman de Maria Bethana qui se déroule dans les années vingt, Karim Aïnouz a déplacé le récit aux années cinquante, avant le mouvement de libération des femmes. Car ces femmes, issues de l’immigration portugaise sont soumises : la mère ment pour être en accord avec son mari, émigré portugais. Euridyce ne pourra jamais entrer au conservatoire. Seule Guida trouvera avec une femme noire qui garde les enfants un certain équilibre.

Bien sûr, on pourra dire qu’il s’agit d’un mélodrame, mais un très beau mélodrame  Il s’agit pour lui de « partir du genre et en faire un film très personnel… J’ai été profondément ému quand j’ai découvert le livre. Il a fait remonter en moi de vibrants souvenirs de ma propre vie. J’ai grandi dans le Nordeste brésilien conservateur des années 60, au sein d’une famille composée majoritairement de femmes ; une famille matriarcale dans un contexte très machiste ». 

À noter qu’Euridyce âgée est jouée par Fernanda Montenegro qui interprétait en 1998 le beau rôle de Dora, la dame de la gare, dans Central do Brasil. En salles le 11 décembre.

Alain LIATARD

Sortie le 11 décembre 2019 | 2 h 20 min. De Karim Aïnouz. Avec Carol Duarte, Julia Stockler, Gregório Duvivier, Bárbara Santos, Flávia Gusmão.

Un tango parisien : Le Carrasco « H » Quartet à la maison de l’Amérique latine de Paris

Photo : eltangoysusinvitados.com

Ce vendredi 13 décembre, à la Maison de l’Amérique latine (Paris 7), les airs porteños envahissent l’ambiance de la ville lumière avec les sons du tango du Carrasco « H » Quartet, un groupe trentenaire formé à Paris avec pour but d’apporter l’essence argentine en France

Formé par Juan Carlos Carrasco en 1984, le groupe met en valeur les qualités classiques du tango en s’inspirant aussi d’innovateurs tels que Astor Piazzolla. Ce groupe de renommée internationale est composé de son fondateur, Carrasco « H », au piano et à la direction, Yohann Juhel au bandonéon, Bernard Cazauran à la contrebasse et Christian Brièreau violon. 

La Maison de l’Amérique latine invite ce groupe pour un concert ce vendredi 13 à 21h dans son espace du 7èmearrondissement de Paris (métro Solférino), pour continuer à soutenir la mémoire tanguera de la ville, apportée par le groupe.

Nicolas BONILLA

La Casa de Santa Fé-Paris : Tarifs Paf : 12€ – réduit 8€ – Réservations indispensables SITE

Un journal de bord en Colombie de Cédric Rutter aux éditions La Guillotine

« La Colombie (sans Ingrid ni Pablo) » est un livre où alternent impressions d’un Européen et conversations avec des Colombiens et des Colombiennes. Un journal très personnel, pas une énième analyse scientifique aride ni un pamphlet politico-dramatique. Un outil de formation et de sensibilisation selon l’avis d’un éducateur colombien. Nous présentons ici la préface de Lode Vanoost, ancien membre de la Chambre des représentants de Belgique.

Photo : Auteur et éd. La Guillotine

Dans ce pays « touristique, le seul d’Amérique latine qui se trouve à la fois sur l’Atlantique et sur l’océan Pacifique, vous pouvez voir des villes splendides, d’impressionnants espaces naturels et des étendues de plages sans fin. Le gouvernement colombien fait d’ailleurs tout son possible pour améliorer son image. Il est parfaitement possible de visiter la Colombie et de ne pas remarquer la terrible réalité sociale qui se cache derrière la version carte postale. Ce n’est pas ce que Cédric a fait.

Il s’était bien préparé. Mais ce pays immense, beau, fascinant et cruel l’a saisi et bouleversé. Pas seulement à cause des terribles conditions de vie dans les villages et les bidonvilles, des routes boueuses impraticables, des bus délabrés, de la mauvaise alimentation, de la peur constante de la répression, des familles, des amis, des collègues assassinés ou « disparus » et des arrestations qui s’accompagnent toujours de mauvais traitements. Mais aussi pour la détermination avec laquelle des milliers de Colombiens continuent malgré tout à résister, à s’organiser et à faire entendre leur voix. 

On ne peut pas faire autrement que de ressentir de l’admiration et du respect pour ces braves gens. Mais comment tiennent-ils le coup ? Avec son livre, Cédric Rutter lève un bout du voile. Le Colombien ordinaire a en fait deux choix, se soumettre à la violence semi-féodale de l’élite colonisatrice, ou résister. Certains ont choisi la confrontation armée – ce qui a conduit à une répression encore plus atroce. D’autres continuent de choisir la résistance non violente et démocratique. Cédric Rutter a écouté ces derniers et a pris note.

Les termes « féodalisme » et « colonisation » sont justifiés dans ce contexte. Dans les années 1960, le gouvernement central utilisait littéralement le terme « colonisation » dans ses documents des programmes de « développement rural ». Ce récit de voyage montre les faits, et au XXIe siècle, c’est à ce mot que cela se résume encore. Les multinationales unissent leurs forces à celles de l’élite locale et financent des milices armées privées pour terroriser et chasser les gens de leurs villages et de leurs propriétés, après quoi, l’exploitation à grande échelle, minière, forestière ou agricole, peut commencer « sans entraves ».

Ce livre a représenté pour moi un flash-back, un retour émotionnel à la période où j’ai moi-même visité le pays. En 1998, 1999, 2001 et 2002, alors que j’étais encore membre de la Chambre des représentants de Belgique, j’ai pu m’entretenir avec des défenseurs des droits de l’homme, des militants syndicaux, des journalistes et des représentants des peuples indigènes. Ils nous avaient expliqué que le tout nouveau Plan Colombie du président Bill Clinton n’était ni plus ni moins qu’une stratégie visant à étouffer toute résistance sociale dans l’œuf. « Cette soi-disant lutte contre le trafic de drogue est un écran de fumée. Il s’agit de militariser les campagnes et d’éradiquer toute résistance démocratique, me répétait-on. » Dix ans plus tard, Cédric Rutter conclut que cette analyse était correcte. Tous ses témoins confirment que tout s’est déroulé comme les opposants à ce plan l’avaient prédit.

J’avais eu l’occasion de parler aux membres de l’organisation Nunca Más (Plus jamais ça) qui avait dressé la liste des victimes de violences politiques, des disparitions, des exécutions sommaires, des tortures et des peines d’emprisonnement sans aucune forme de procès. Le rapport montrait que la grande majorité des morts avaient été victimes de violences de la part de l’armée, de la police et des paramilitaires, et non des guérillas. Ensuite, j’avais rencontré le ministre de la Justice, le commandant en chef de l’armée et le président Samper. Au cours de nos discussions, les officiels avaient clairement indiqué que Nunca Más était pour eux, comme tous les autres défenseurs des droits de l’homme, des « agitateurs terroristes » – une rhétorique identique à celle ressassée durant la guerre froide, remplacez uniquement « communiste » par « terroriste », le reste ne change pas. Le fait que Nunca Más ait réalisé exactement le même type d’inventaire des violences causées par les groupes rebelles ne fut d’aucune utilité pour faire accepter leur travail. Le ministre et le président nous expliquèrent tous deux que « l’histoire étrangère » selon laquelle, en Colombie, l’appareil d’État lui-même serait à l’origine de la terreur représentait une absurdité. Ils ne montrèrent aucun signe d’impulsion au dialogue, ni à la compréhension des revendications sociales.

Comme Cédric, je me demandais sans cesse : « Comment ces gens résistent-ils dans ces circonstances, contre tant de refus, contre tant de cruauté brutale ? » Au cours de sa visite, Cédric admire la persévérance infatigable avec laquelle les Colombiens continuent d’exiger des éclaircissements pour les massacres, dont certains ont été commis dix années avant ma première visite. Dix ans après, ce livre reste d’actualité.

La Colombie nous concerne tous. Là-bas, le pétrole et les autres matières premières qui sont extraits et les produits d’alimentation qui sont cultivés sont ensuite vendus aux consommateurs européens et américains par des entreprises canadiennes, françaises, espagnoles, américaines… Appelez ça du capitalisme ou du néolibéralisme, ça n’a pas d’importance. La Colombie montre ce qu’est réellement le système économique mondial, un système basé sur une exploitation épouvantable et une concentration du pouvoir et de l’argent entre les mains du plus petit nombre possible. Ce ne sont pas là les excès d’un système intrinsèquement bon devenu incontrôlable, mais l’essence même de l’économie mondiale. La réaction la plus facile serait de critiquer l’élite compradore colombienne et de s’en tenir là. Cependant, cette élite ne peut faire ce qu’elle fait que parce qu’elle sert les intérêts économiques occidentaux.

Au moment où j’écris ces lignes, plus de 300 assassinats politiques ont déjà été commis en Colombie au cours du premier semestre 2019. Les organisations de défense des droits de l’homme désignent l’armée, la police et les groupes paramilitaires, comme en 1999, comme en 2010, comme en 2019. En même temps, le gouvernement de Washington tente de « restaurer » la démocratie et les droits de l’homme au Venezuela. Les États-Unis souhaitent le faire depuis le pays voisin, la Colombie, le pays le plus cruel d’Amérique latine, et ce, depuis plus de 50 ans. L’hypocrisie est immense.

Pourtant, ce n’est pas un livre cynique. Au contraire, vous pouvez lire ici comment les Colombiens continuent et n’abandonnent pas le combat. Ils méritent notre respect et notre appui. Ils comptent là-dessus. « Sans protestation internationale, nous ne pourrons jamais rien changer par nous-mêmes ».  Mais on a besoin de plus que de solidarité internationale. Le monde entier doit changer et vivre différemment, pour le bien du climat, contre la folie nucléaire des superpuissances et pour une existence digne, y compris en Colombie.

Lode VANOOST

La Colombie (Sans Ingid ni Pablo) par Cédric Rutter, 220 p. 12 euros aux éditions La Guillotine. SITE

Lode Vanoost, ancien membre de la Chambre des représentants de Belgique (1995-2003), est journaliste pour le site d’informations progressiste DeWereldMorgen.be.

Après un mois de manifestations, le début de la fin de la Constitution de Pinochet ?

Les partis politiques au Chili, à l’exception du parti communiste qui ne fut pas invité, sont parvenus, vendredi 15 novembre à 2h du matin heure australe, après deux longues et frénétiques journées au parlement, à un accord que l’on pourrait qualifier d’historique. Afin de tenter d’apaiser la grave crise sociale qui secoue le pays depuis près d’un mois, l’accord consiste en la décision d’entamer la voie d’un référendum en avril 2020 afin que les Chiliens se prononcent et disent oui ou non à l’élaboration d’une nouvelle Constitution, remplaçant celle héritée voilà quarante ans de la dictature d’Augusto Pinochet.

Photo : Sénat du Chili

Ce processus compliqué suppose deux questions : l’une sur le changement ou non de la Constitution et l’autre, le cas échéant, sur la méthode pour la changer. Cette seconde question devra déterminer quel organe rédigera la future Constitution ; soit un congrès mixte – idée soutenue par la coalition gouvernementale – composé à parts égales de membres élus à cette fin et de parlementaires en exercice, soit une assemblée constituante intégralement composée de membres élus à cette fin – idée soutenue par les milliers de manifestants et par l’opposition.

Si le projet de changement, selon la droite gouvernementale, ou de suppression pure et simple de l’actuelle Constitution de Pinochet, selon l’opposition, est validé par référendum, l’élection des membres de l’une ou l’autre de ces instances se fera en octobre 2020, au suffrage universel, en même temps que les élections municipales et régionales. La ratification de la nouvelle Constitution s’effectuera au suffrage universel, à une date ultérieure, lors d’un nouveau plébiscite avec vote obligatoire pour l’occasion.

Cet accord ne constitue qu’un premier pas, mais c’est un premier pas historique et fondamental pour commencer à construire peut-être un nouveau pacte social. Mais il faut le dire et redire, c’est grâce à la pression populaire et aux millions de manifestants qui ont payé un lourd tribut.  Les manifestations ont fait 24 morts reconnus officiellement (plus selon d’autres sources), des disparitions non encore élucidées, plus de 2 000 blessés, dont plus de 200 personnes (notamment de nombreux jeunes) ont perdu un œil ou les deux, des viols sur des jeunes femmes et des actes de tortures dans les commissariats. Le vice-président de l’Ordre des médecins chiliens a interpellé il y a deux jours le gouvernement pour qu’il fasse cesser la répression policière car les hôpitaux de la capitale sont débordés par le nombre de blessés qui arrive chaque jour aux urgences. Amnesty internationale dénonce aussi pour sa part les actes d’une violence inouïe contre les manifestants.

Les analystes doutent cependant de la capacité de cet accord politique pour calmer la colère populaire et résoudre rapidement la crise. Quelques heures après l’annonce de l’accord, des milliers de manifestants se réunissaient une nouvelle fois sur Plaza Italia, au centre de Santiago et ce week-end la mobilisation n’a pas fléchi et la répression de la police n’a pas diminué.

Pour l’instant on ne voit pas une formule magique permettant au gouvernement de résoudre rapidement la crise étant donné la complexité du mouvement et des revendications. Il existe une très grande méfiance vis-à-vis du gouvernement, des instances politiques y compris de l’opposition de gauche ou de centre gauche.

Le paquet de mesures sociales que le président Piñera a annoncé ces dernières semaines n’a pas réussi à éteindre l’incendie. Cette nouvelle décision d’organiser un plébiscite en vue d’un changement de constitution a déjà provoqué des dissensions au sein des différents partis de droite ou de gauche sur la manière dont ce processus est envisagé. Des secteurs de la droite (jadis pinochetiste) annoncent déjà qu’ils feront tout pour que le Non l’emporte lors du plébiscite. C’est la raison pour laquelle des vastes secteurs insistent sur l’idée de l’appel à une assemblée constituante et non d’un plébiscite.

Olga BARRY

Depuis Santiago du Chili…

La crise que connaît actuellement le Chili prend ses racines dans la dictature. Certes, Pinochet a perdu sa réélection en 1989, mais rien n’a pratiquement changé du régime qu’il avait mis en place, à la fois un libéralisme forcené et une constitution complètement verrouillée au bénéfice des plus riches. La révolte couvait, mais sans que les victimes du système ne s’impliquent encore vraiment. Et puis tout a changé il y a maintenant un mois ; depuis, le président Pinera, et ceux qui le soutiennent ont pensé retenir la crue par des mesurettes de plus en plus importantes ; mais chaque réponse apportée n’a fait qu’aggraver la colère populaire, assoiffée de justice et de dignité. Du coup, plus personne ne fait confiance au président et à la majorité des politiques (y compris ceux de l’opposition).

Ce qui est maintenant demandé, c’est la mise en place d’une nouvelle constitution ; et cette demande vient enfin d’être acceptée par les pouvoirs (y compris par une partie importante de l’opposition), mais selon des procédures qui cachent encore bien des manœuvres potentielles. Il s’agit certes d’un acquit essentiel, impensable il y a encore une semaine, mais qui comporte de nouvelles « digues » pour éviter une remise en cause profonde du système en place, telle que le voudrait la majorité populaire (et ce, bien au-delà du million de manifestants).

Il s’agit donc d’une belle victoire, mais qui en appelle d’autres pour que cette volonté soit enfin reconnue pour ce qu’elle est : non à l’injustice, non à la corruption, non au pouvoir absolu de l’argent, dans un pays ou 80% de la population doit s’endetter pour survivre. Où même l’eau appartient à celui que détient la propriété des sources, des nappes, ou même des rivières !

Michel SERUZIER
Depuis Santiago du Chili

« La Cordillère des Songes » le dernier documentaire de Patricio Guzmán en salle ce mercredi 30 octobre

« Au Chili, quand le soleil se lève, il a dû gravir des collines, des parois, des sommets avant d’atteindre la dernière pierre des Andes. Dans mon pays, la cordillère est partout mais pour les Chiliens, c’est une terre inconnue. Après être allé au nord pour Nostalgie de la lumière et au sud pour Le Bouton de nacre, j’ai voulu filmer de près cette immense colonne vertébrale pour en dévoiler les mystères, révélateurs puissants de l’histoire passée et récente du Chili. » Patricio Guzmán.

« En février 2015, mon documentaire Le Bouton de nacre a été présenté à Berlin où il a remporté l’Ours d’argent. Quelques mois plus tard, je l’ai présenté au Chili dans le cadre du FIDOCS (le festival de documentaires que j’ai créé il y a vingt-deux ans à Santiago). L’accueil qui a été fait au film m’a grandement surpris. J’avais préparé une longue liste d’arguments pour le défendre. J’étais habitué à ce que mes documentaires suscitent la polémique car ils se réfèrent au coup d’État de Pinochet. Or, le grand public ne veut pas qu’on lui parle des disparus de la dictature, de ses morts, des prisonniers politiques, des personnes torturées. Mais je n’ai pas eu besoin de justifier le propos du film. Les gens se sont montrés plus intéressés et plus ouverts que jamais. Puis Le Bouton de nacre est resté très longtemps à l’affiche à Santiago et il a attiré des milliers de spectateurs.

Peu de temps après, le ministère de l’Éducation du Chili a même acquis des copies de mes autres films pour les présenter dans les universités, les lycées et les collèges [1]. Mon pays que je croyais « sans mémoire » commençait à se pencher sur son passé. Il sortait de son amnésie, dépoussiérant les textes qui relatent son histoire. Je me suis aussi rendu compte que la nouvelle génération s’intéressait beaucoup plus qu’avant au sort des prisonniers, des fusillés, des exilés.

La répression qui a duré plusieurs décennies serait-elle devenue un sujet d’actualité ? C’est très nouveau pour moi et cela fait évoluer ma relation avec ma terre natale, que j’explore dans mon travail depuis plus de quarante ans. De fait, la manière dont j’envisageais mon film La Cordillère des songes – qui, après Nostalgie de la lumière et Le Bouton de nacre, sera le dernier volet de cette trilogie que j’ai commencée il y a dix ans – s’est elle-même transformée. Le sens du film a pris corps. Il est bien sûr toujours question de la confrontation des hommes, du cosmos et de la nature. Mais cette gigantesque chaîne de montagnes, qui est au cœur de mon sujet, est pour moi devenue la métaphore de l’immuable, de ce qui nous reste et nous habite, quand on croit avoir tout perdu. Plonger dans la cordillère me fait plonger dans mes souvenirs. Scrutant ses sommets escarpés, m’enfonçant dans ses vallées profondes, j’entame un voyage introspectif qui, peut-être, me révèlera en partie les secrets de mon âme chilienne.

Service de presse de Pyramide Films

[1] Chili, la mémoire obstinée (1997), Le Cas Pinochet (2001), Salvador Allende (2004), Nostalgie de la lumière (2010) et Le Bouton de nacre (2015).

Après des études à l’Ecole Officielle de l’Art Cinématographique à Madrid de 1966 à 1969, Patricio Guzmán produit et réalise La Bataille du Chili avec la contribution de Chris Marker. Cette trilogie de cinq heures sur la période finale du gouvernement de Salvador Allende remporte six grands prix en Europe et en Amérique latine. Exilé à Paris et très attaché à l’histoire de son pays d’origine, il réalise plusieurs documentaires sur les bouleversements majeurs que connaît le Chili en cette fin de XXe siècle : Au nom de Dieu sur la lutte de l’Eglise catholique pour la défense des droits de l’homme au Chili, Chili : la mémoire obstinée (1997) sur la mémoire historique de son pays, Le Cas Pinochet (2001) sur l’arrestation du célèbre dictateur chilien, ou encore Salvador Allende (2004), forme d’hommage rendu à un homme qui a profondément marqué la vie de Patricio Guzmán.

À Lyon du 14 au 23 novembre, la nouvelle édition de Documental – Le programme est en ligne

Le programme définitif de Documental, l’Amérique latine par l’image est désormais en ligne. Dix excellents films documentaires, inédits dans la région lyonnaise, proposent un regard diversifié des réalités latino-américains, au moment où nous assistons à un regain de tension sociale qui motivera les spectateurs de s’intéresser aux débats et réflexions qui accompagneront chaque projection.

Au fil des ans et dans les lieux ouverts gratuitement à tous, le festival propose aux publics des films sous-titrés en français, absents dans les grands circuits de diffusion, toujours récents car produits dans l’année du festival ou l’année antérieure. Les Nouveaux Latinos ont pour vocation la connaissance des sociétés et des cultures d’Amérique latine. Le Festival Belles Latinas, avec 18 éditions, le fait chaque année et offre des occasions de découvertes et de rencontres avec la littérature latino-américaine d’aujourd’hui. Le Festival Documental en est le pendant par l’image. En treize éditions, l’Amérique latine actuelle est donnée à voir et à comprendre au plus près : éclectique, surprenante, dérangeante et enchantante, du Mexique à la Terre de feu.

Chaque film a sa singularité : après les projections les débats donnent l’occasion d’aborder des questions sociétales, politiques, écologiques, historiques, culturelles. En 2019, les thématiques qui prédominent ont trait à l’enfermement (Prisons et centres psychiatriques) aux droits humains et aux révoltes, utopies et projets politiques et sociaux. Ces films nous parlent parfois de territoires inconnus mais plus souvent de notre proximité lointaine avec les peuples de cette vaste région du monde. Le public décerne ses préférences ainsi qu’un jury de professionnels, chacun accordant son prix pour plus de visibilité à des « pépites » et de chances à de talentueux réalisateurs. 

 Depuis sa fondation, le festival Documental est organisé autour d’une équipe de bénévoles qui prépare le festival autour d’un ou plusieurs coordonnateurs pour sélectionner les films à programmer. Documental se déroule sur la Métropole de Lyon et n’a pas cessé d’évoluer. Ce parcours doit beaucoup à ceux qui nous ont accueilli et accompagné et que nous remercions : en 2007 et 2008 la mairie de Lyon 1eret la Marmite Colbert, local municipal juste en face de notre siège ; en 2009 et 2010, la Maison du Passage (Lyon 5e) ; en 2011 et 2012, la MJC du Vieux Lyon puis en 2013, la Villa Gillet. De 2014 à 2017, l’Amphi Opéra de Lyon nous a accueilli dans un espace central. Depuis 2018, le Festival est devenu décentralisé et itinérant assurant une semaine de projections à la Maison des cultures et des langues de Lyon 3, la Manufacture des Tabacs, l’Insa de Lyon, au Cin’ Ecully, à l’Instituto Cervantes de Lyon, à l’Ecole normale supérieure….

Cette année, du 18 au 23 novembre,nous sommes à nouveau à l’Université Jean Moulin-Lyon 3 (Manufacture des Tabacs), à l’INSA Lyon (La Doua), à l’Instituto Cervantes de Lyon, au Cin’ Ecully Maison de rencontre, et nous saluons de nouveaux partenaires :  la Médiathèque de Lyon Bachut et la Ferme du Vinatier ainsi que La Villa Gillet pour la clôture du Festival et la projection des deux films primés (prix du public et du jury) le samedi 23 novembre… Dès le lendemain de cette édition, une équipe renouvelée préparera l’édition 2020 soucieuse d’améliorations et de nouvelles initiatives permettant de garantir la bonne continuité de Documental.

Maurice NAHORY

Le programmme ici.

Zinemaldía : Le cinéma latinoaméricain a un problème de promotion extérieure

Le directeur du Festival du Cinéma de San Sebastián (Donostia Zinemaldia), José Luis Rebordinos, assure que le cinéma latinoaméricain est « très fort d’un point de vue créatif », mais il pense que certains pays font face à un « grave problème » en ce qui concerne la promotion de leurs films à l’étranger.

Photo Cinecita Neews

Dans une interview avec EFE le directeur du festival Donostia affirme : « Il y a six ou huit ans, les choses semblaient s’être stabilisées, la production paraissait avoir de la force et l’argent ne pas manquer pour s’exporter au monde. Le problème qu’a aujourd’hui l’Amérique latine est politique, social et économique ». Il cite la situation de l’Argentine où, malgré le maintien des aides pour donner une ampleur internationale aux films, « ils souffrent de la dévaluation de la monnaie ». Et ils viennent de recevoir une information selon laquelle, au Brésil, « il semblerait que les aides aux directeurs et producteurs pour participer aux différents festivals soient suspendues ».

« Quand, dans un pays, les aides dédiées au cinéma s’amenuisent, ses cinématographies ont moins de force », ajouteRebordinos, qui situe le Chili dans une situation opposée, « avec un organisme qui fonctionne très bien et fait la promotion du cinéma chilien, dont la présence internationale est brutale ».

Dans le cas du Festival de San Sebastián, les films chiliens participent dans pratiquement toutes les sections du festival, ce qui est aussi le cas des films argentins ; qu’il présente dans la Section Officielle, dans une projection spéciale hors concours, « L’odyssée des empotés », de Sebastián Borensztein, incarné par Ricardo et Chino Darín.

Le prix le plus prestigieux, la Coquille d’Or, est visé par « La mort viendra et elle aura tes yeux » (« Vendrá la muerte y tendrá tus ojos« ), du chilien José Luis Torres Leiva, et la réalisation mexicaine « Main d’oeuvre » (« Mano de obra« ), premier long-métrage de David Zonana, que Rebordinos qualifie de « surprenant ».

Il affirme que la participation des films latino-américains à la 67e édition du Festival de San Sebastián, qui se tient du 20 au 28 septembre, est similaire à celle observée lors des éditions précédentes.

« J’ai l’impression que nous vivons une période d’impasse. Nous verrons bien ce que donnent les élections argentines et le régime de Bolsonaro. C’est un moment compliqué », commente le directeur de ce festival, qui insiste sur la qualité des propositions créatives de ces cinématographies.

«Peut-être que, parmi les plus fortes, certains industries du cinéma ont perdu un peu de puissance. Toutefois, des pays à production réduite -mais celle qu’ils ont est intéressante- commencent à sortir du lot, tel que le Costa Rica », explique-t-il.

« De plus, c’est un cinéma très pluriel, on y produit des films commerciaux destinés au marché interne, des productions commerciales que l’on peut voir dans n’importe quel pays, et des films plus radicaux », souligne-t-il.

Inès JACQUES
D’après EFE

Traduction d’un article d’EFE publié dans El Diario le 14 septembre 2019.

La première édition du Festival documentaire Amazonie et Caraïbes du 14 au 19 octobre

Le premier Festival international du Film documentaire Amazonie Caraïbes (FIFAC) se tiendra à Saint-Laurent du Maroni au camp de la déportation, en Guyane. C’est la première édition du festival créé par Frédéric Bellenay et dont le jury sera présidé par Patrick Chamoiseau. Cet événement va enfin donner de la visibilité aux productions des régions amazoniennes et caribéennes. 

Photo : Fifac

C’est dans le cadre de la politique de soutien de France Télévisions aux festivals documentaires en Outre-Mer qu’est né le FIFAC. Après la création du FIFO (Festival International du Film documentaire Océanien) en Polynésie il y a 16 ans, le FIFAC donne une visibilité nouvelle aux documentaires locaux. France Télévisions retransmettra la cérémonie d’ouverture sur la 1. Toutes les productions réalisées il y a moins de trois ans et traitant de la zone géographique composée par la Guyane, l’Amazonie et les Caraïbes seront représentées. De nombreux thèmes sont abordés : le social, l’économique, l’ethnologique, l’animalier, l’historique, le culturel, le patrimonial, entre autres. De plus, tant les documentaires que les documents digitaux pourront participer au festival.

Durant ces trois jours, le camp de déportation sera aménagé en village. Deux salles de projection, des projections en plein air, un marché artisanal et des conférences seront à disposition du public. 

Le FIFAC présentera treize documentaires et autant de documents digitaux : Breaking the cycle (Trinidad et Tobago), Douvan jou ka leve (Haïti), El país roto (Vénézuela), Fabulous (Guyane), Flag (Guyane), Ka’apor, le dernier combat (Bolivie/France), Last Street (Jamaïque), Modelo Estereo (Colombie/France), Scolopendres et papillons (Martinique), Spears from all sides (Équateur), Tournés vers la Mecque (Guadeloupe), Unti les origines (Guyane) et Vertige de la chute (France/Brésil). Plus de 150 personnes seront présentes, tant des réalisateurs que des journalistes ou des représentants des chaînes de télévisions. Frédéric Bellenay, président de l’association AFIFAC, a déclaré : « Durant une semaine, on va diffuser 13 films en compétition avec des prix et 8 ou 9 films dans ce que l’on appelle écran parallèle. Tous ces films seront projetés en plein air ici au camp de la transportation. » 

Le jury sera présidé par le romancier martiniquais Patrick Chamoiseau. Les autres membres du jury viennent de différentes secteurs : Mehdi Lalaoui (réalisateur et écrivain), Laurence Magloire (réalisatrice), Laurence Mayerfeld (directrice du réseau France 3), Véronique Kanor (réalisatrice), Serge Poyotte (réalisateur) et Fanny Glissant (réalisatrice). Cinq prix seront remis par le jury international : celui du Meilleur documentaire, le Prix spécial du jury, le Prix du public, le Prix des lycéens et le Prix du meilleur contenu digital. 

De même que le FIFO, le FIFAC tend à valoriser la création documentaire locale et à dynamiser l’industrie et la production de la région. La variété de réalisations et de personnalités présentes a pour but de représenter la diversité des peuples, des cultures du bassin amazonie-caraïbes. Ce type de festival – d’autant plus que les documentaires seront visibles sur les antennes de France Télévisions – permet de faire découvrir de nouvelles cultures au public. 

Sophie Charles, la maire de Saint-Laurent du Maroni, a déclaré à ce sujet : « Tout d’abord de la production, de la production locale et mettre en avant ce que nous savons faire et aussi développer tout un circuit autour de ce festival, qui permettra d’avoir de la formation pour les jeunes et puis aussi de la connaissance dans les établissements scolaires, et aussi des films qui vont circuler dans le département. » 

Finalement, ce tout nouveau festival recherche une légitimité internationale. Avec ses projections, ses ateliers et ses rencontres, il devrait devenir un rendez-vous culturel professionnel international. Les prochaines éditions devraient permettre une promotion internationale de la production documentaire et digitale locale. 

Ainsi, selon Luc de Saint-Sernin, en charge du conseil éditorial Pôle Outre-Mer et coordonnateur du festival, « l’idée c’était de se dire que chaque année on va organiser un festival, dans lequel il y aura une compétition de films, des films qui viennent de partout, de la Caraïbe et de l’Amazonie, et puis en même temps ce seront des réunions de travail. Cela va créer un rendez-vous annuel et nous on veut que ce festival soit un festival de référence dédié au documentaire. » 

Inès JACQUES

Fifac 

Rodrigo Mundaca récompensé dans son combat pour l’accès à l’eau en Amérique latine

Le jury, composé de Gilbert Mitterrand, Christiane Taubira, Philippe Starck, Agnès B, Hindou Oumarou Ibrahim et Jacqueline Madrelle, a désigné Rodrigo Mundaca comme lauréat de la 7e édition du prix Danielle Mitterrand. Une récompense décernée à tout acteur de la société civile portant les valeurs de résistance au néolibéralisme, et d’expérimentation de solutions alternatives au modèle en place. 

Photo : France Libertés

En 2010, Rodrigo Mundaca co-fonde le Movimiento de Defensa por el acceso al Agua, la Tierra y la Protección del Medioambiente (Mouvement de défense pour l’accès à l’eau, la terre et la protection de l’environnement), Modatina. À sa création, Modatina défend les droits des agriculteurs, travailleurs et habitants de la région de Petorca, victimes depuis les années 1990 du vol et de l’accaparement de l’eau par des entreprises de l’agrobusiness, en connivence avec les politiques. La revendication d’une «justice de l’eau» est apparue face aux abus commis par les puissants, qui sont aujourd’hui couverts par les garanties constitutionnelles relatives au droit de propriété ainsi que par le Code de l’eau qui permet la privatisation de l’eau du pays. Le Chili est ainsi l’un des États du monde qui va le plus loin dans la marchandisation et la privatisation de ses eaux. Cela empêche de nombreuses personnes de jouir du droit à l’eau pourtant reconnu en 2010 par les Nations Unies. 

Modatina cherche à donner de la visibilité aux conflits de l’eau dans la province de Petorca mais aussi au niveau national. La lutte prend de multiples formes : dénonciation au Parlement par la participation à diverses instances, mobilisations et marches internationales pour la réappropriation de l’eau et de la vie, participation à des forums universitaires, des débats avec des experts, des organisations sociales et environnementales et avec les populations des différentes régions du Chili. 

Le mouvement se déploie dans tout le pays à partir de 2015. Depuis le Forum Alternatif Mondial de l’Eau de 2018 au Brésil, Modatima fait partie de la Red Vida.Ce Réseau de la vie regroupe des organisations de tout le continent américain qui luttent pour la réappropriation de l’eau et la défense des territoires. 

Un activiste criminalisé et menacé 

«La réponse à la lutte pour le droit à l’eau dans la province de Petorca a été la criminalisation, la persécution, la censure et l’intimidation, alors que le droit fondamental à l’accès à l’eau est bafoué en toute impunité, ce qui met en péril la vie des habitants». Rodrigo Mundaca. Il a commencé en 2012 à dénoncer les atteintes aux droits humains commises par des responsables politiques locaux et des entreprises qui ont eu des incidences sur l’accès à l’eau des populations rurales. 

Au cours des trois années suivantes, les autorités chiliennes ont engagé quatre procédures pénales à son encontre parce qu’il avait dénoncé publiquement l’exploitation illégale de l’eau dans la province de Petorca. Il a été condamné à 61 jours de prison pour diffamation à l’issue de l’une de ces procédures. Sa peine a été assortie d’un sursis à condition qu’il se présente à la police chilienne tous les mois pendant un an et paye une amende. 

En mars 2015, Rodrigo a été agressé physiquement et en mars 2017, il a reçu un appel téléphonique lors duquel son interlocuteur a déclaré : «On va te tuer enfoiré, on va te tuer.» En 2017, Amnesty International a intégré Rodrigo Mundaca dans le cadre de sa campagne mondiale Soutenez leur courage, qui vise à renforcer la reconnaissance et la protection des défenseurs des droits humains dans le monde. 

Le prix Danielle Mitterrand récompense, chaque année, un acteur de la société civile ayant contribué à la construction d’un monde plus juste. Pour Gilbert Mitterrand, Président de la Fondation Danielle Mitterrand et membre du jury, «c’est un choix qui vient du cœur. L’engagement de Rodrigo Mundaca est radical et humaniste, comme l’était celui de Danielle Mitterrand». Pour Jérémie Chomette, le directeur de la Fondation Danielle Mitterrand, «l’action de Rodrigo Mundaca est une source d’inspiration pour la construction d’un monde plus juste.Nous sommes fiers de lui remettre ce prix». 

France Libertés

La cérémonie de remise du Prix Danielle Mitterrand se déroulera le mercredi 20 novembre 2019, entre 16h30 et 19h30, à la Bellevilloise, 19-21 rue Boyer, 75020 Paris. 

Occuper et résister. Le singulier festival « Le Brésil en Mouvements » à Paris

Occuper et résister. Telle est la teneur donnée au festival Brésil en Mouvements à l’heure où l’Amazonie brûle et les droits des peuples brésiliens reculent. Du 25 au 29 septembre 2019, cinq jours de films documentaires, débats et rencontres, pendant lesquels le festival entend bien porter la voix de la résistance brésilienne face à l’ethnocide et écocide légiféré par le gouvernement de Jair Bolsonaro.

Photo : Brésil en mouvements

En ouverture mercredi 25, le film Chāo de Camila Freitas. Un hymne à l’occupation et la résistance orchestré par des familles d’agriculteurs et des paysans brésiliens, regroupés au sein du Mouvement des Sans Terres (MST), qui bataille pour une réforme agraire et lutte pour vivre de leurs terres.

Le film Auto de Resistência de Natasha Neri et Lula Carvalho diffusé en avant-première jeudi 26, ouvre un débat pleinement d’actualité sur les violences policières opérées au Brésil, juste après la mort d’une fillette de 8 ans, tuée par balle perdue dans une favela de Rio dimanche dernier. Le film est suivi d’un débat en présence d’Assa Traoré et de Marinete da Silva, mère et avocate de Marielle Franco, assassinée en 2018 à Rio, et en l’honneur de qui la ville de Paris a inauguré samedi dernier, un parc dans le 10ème arrondissement. Un mois après le G7 à Biarritz et les feux en Amazonie, perpétués par une déforestation au service de l’agrobusiness international, Marinete da Silva nous rappelle aussi « qu’on ne peut pas continuer de fermer les yeux sur les crimes commis en Amazonie, car nous sommes tous impliqués. ».

Vendredi 27 septembre, les femmes autochtones en lutte sont sous les projecteurs. En partenariat avec Amnesty International, plusieurs courts métrages mettent en lumière le courage de ces femmes. Au travers ce type de rendez-vous, nous pouvons « rendre plus autochtones les écrans. Nous avons besoin de soutien pour dénoncer ce génocide légiféré qui touche tout le monde, car si les indigènes meurent, la terre meurt. Et si elle ne meurt pas d’un conflit de territoires, elle mourra d’intoxication alimentaire. », défend Célia Xakriabá, militante et représentante de l’APIB (Articulation des Peuples Indigènes au Brésil).

Mises en relief samedi 28, les luttes LGTBQI+ se rencontrent autour des films Indianara de Aude Chevalier-Beaumel et Marcelo Barbosa, et Sair do Armario de Marina Pontes. Enfin dimanche, posée au centre, la question « D’où va le Brésil ? », propose un éclairage sur le Brésil depuis l’élection de Jair Bolsonaro, mettant en perspective les atteintes à la démocratie et la montée des résistances.

Au cinéma les 7 Parnassiens à Paris, le festival Brésil en Mouvements organisé par l’association Autres Brésils, choisit d’occuper les écrans pour soutenir la résistance des mouvements sociaux brésiliens à travers une programmation cinématographique plurielle et émancipatrice.

Cécile GATINEAU

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