Archives des auteurs :

Direction Webmaster

Hommage à Pedro Lemebel à Lyon et rencontre avec Andrés Neuman à Villefranche-sur-Saône

Des changements importants sont à prévoir dans la programmation du 17e festival Belles Latinas. Le premier est l’ouverture du festival le mercredi 10 octobre à 20 h au Nouveau Théâtre du 8e à Lyon et le deuxième est le jeudi 11 octobre à 19 h à la librairie Develay à Villefranche-sur-Saône pour une rencontre avec l’écrivain argentin Andrés Neuman autour de son roman Bariloche publié aux éditions Buchet-Chastel.

Photo : Espaces Latinos

À l’initiative de la comédienne Manon Worms et grâce au soutien du Nouveau Théâtre du 8e (NTH8), nous organiserons pour l’ouverture du festival Belles Latinas une soirée hommage et découverte axée autour de l’auteur et artiste chilien Pedro Lemebel. Cette soirée se tiendra en deux temps : d’abord la performance Cœurs fugitifs, issue du projet Pedro et mise en scène par Manon Worms, qui sera ensuite suivie d’une discussion avec l’équipe du spectacle aisi que avec de Carolina Navarrete Higuera, maître des conférences de l’Université Lumière Lyon 2, spécialiste de l’oeuvre de Pedro Lemebel.

Artiste visuel, écrivain et chroniqueur à la radio, Pedro Lemebel est né à Santiago du Chili en 1952 et décédé dans la même ville en janvier 2015. Travesti, militant pour les droits des personnes homosexuelles, il est une immense figure populaire au Chili. À travers ses nombreux récits et chroniques, il raconte l’histoire de tout un pays, dans ses contrastes et dans ses drames les plus intenses : la dictature militaire, les crimes, les séquelles sociales, politiques et humaines. Sa voix est la mémoire vivante d’une société-mosaïque, et il construit par des récits une galerie de portraits l’image d’un Santiago résistant. Ses phrases et ses images peuplent les murs des villes et les fêtes du Chili.

Une médiathèque dans une librairie

Depuis cinq ans déjà, la Médiathèque municipale de Villefranche-sur-Saône soutient fidèlement notre festival littéraire Belles Latinas. Bien qu’en travaux cette année, grâce à une collaboration avec la librairie Develay, elle y recevra l’écrivain argentin Andrés Neuman qui vient une fois de plus à Belles Latinas pour présenter son nouveau roman en français, Bariloche, édité il y a peu par les éditions Buchet-Chastel.

Christian Roinat, un de nos chroniqueurs littéraires les plus assidus, signale dans sa présentation d’Andrés Neuman que «si on lui parle de sa carrière, Andrés Neuman se hérisse : ce mot ne veut rien dire du tout pour lui. Et il le prouve en publiant peu mais en se payant le luxe de soigneusement réviser une nouvelle édition d’un roman ancien, c’est le cas pour ce Bariloche, écrit entre 1996 et 1999 (il avait alors 19 ans !) et revu en 2015, ou pour Una vez Argentina qui s’est vu augmenté d’une bonne cinquantaine de pages dans son édition de 2014». Nous espérons, pour ces deux soirées qui lanceront les dix jours des Belles Latinas 2018, que le public sera au rendez-vous et qu’il nous aidera une fois de plus à diffuser les belles lettres latino-américaines grâce à sa créativité, sa diversité et sa passion.

J. E.

Lire les présentations de Pedro et de Bariloche.
Lire le programme complet des Belles Latinas.

À vos agendas ! Le Brésilien Caetano Veloso en concert à Lyon et à Paris

Chaque semaine, nous réservons un espace dédié aux événements et aux invitations. Il vous suffit de nous envoyer un courrier électronique avec des informations susceptibles d’intéresser nos internautes en indiquant simplement le titre de votre manifestation, le lieu, la date et l’heure, un visuel et un contact. Le temps fort de cette semaine se déroulera successivement à Lyon et à Paris. Les 5 et 7 juillet prochains, le chanteur brésilien Caetano Veloso se produira d’abord à Lyon, dans le cadre des Nuits de Fourvière, puis au Grand Rex à Paris. Pour le reste des semaines du 23 juin au 6 juillet, voici notre sélection.

Déposez votre annonce

VENDREDI 29 JUIN – 21H — PARIS — CONCERT

Hommage à Mercedes Sosa à la MAL par les musiciens Martín Oliva et Lucas Velich

Martín Oliva vient de Córdoba (Argentine), accompagné pour la première fois à Paris de son complice le guitariste Lucas Velich avec lequel il parcourt les scènes les plus prestigieuses de la musique populaire argentine et latino-américaine. Un voyage musical à travers les régions, les paysages et les réalités sociales du continent latino-américain… avec le chanteur argentin qui fut l’ami et partenaire de Mercedes Sosa. Artistes invités : Pelu Merco (voix), Fermín Juarez (percussion) et Emilio Ortecho (basse électrique). Plus d’infos

SAMEDI 30 JUIN — AIX-EN-PROVENCE — BRÉSIL

La Roda propose une semaine autour des expressions brésiliennes au Château de l’Horloge 

Le samedi 30 juin 2018, au Château de l’Horloge, la Roda et ses adhérents vous invitent à venir découvrir ou redécouvrir la musique populaire brésilienne. Nous vous donnons rendez-vous à partir de 16h avec, au programme : projection du film Na Rodas do Choro (Dans les Rondes du Choro) de Milena Sà ; un documentaire qui traverse l’univers du choro, en mettant l’accent sur les processus de transmission de cette musique typiquement brésilienne. Concert-Roda, un atelier de choro, un «brin de causette», Roda des enfants dans le parc, restauration Roda de samba. Infos et réservations

DÉBUT JUILLET — GRANDS CONCERTS D’ÉTÉ

Caetano Velozo aux Nuits de Fourvière à Lyon et au Grand Rex à Paris Réservations ouvertes

En France, c’est en 2002 que Caetano Veloso crève l’écran, grâce à sa délicieuse reprise de Cucurrucucú Paloma dans Parle avec elle de Pedro Almodóvar. Le grand public découvre alors ce chanteur étourdissant de génie, à la fois héritier des classiques (Tom Jobim, João Gilberto) et inventeur de formes – il fut le principal artisan du tropicalisme, qui rénova en profondeur les musiques brésiliennes. À 75 ans, Caetano nous embarque dans une nouvelle aventure en compagnie de ses trois fils, Moreno, Zeca et Tom. Tout Veloso est là, résumé dans ce qui promet d’être un sommet de musicalité. Infos Nuits de Fourvière et Grand Rex

MERCREDI 3 JUILLET — 19H — PARIS — LITTÉRATURE

«Aucune pierre ne brise la nuit» par Frédéric Couderc aux éditions Héloïse d’Ormesson

En 1998, Gabriel et Ariane se croisent dans un musée du Havre, face à l’œuvre d’un figuratif argentin. Ils l’ignorent encore, mais l’Argentine et l’amour viennent de se poser là, entre eux, faisant resurgir les fantômes du passé. Assis sur un axe Paris-Buenos Aires, la tragédie des «vols de la mort», les complicités innombrables de la France et d’anciens de l’OAS, Frédéric Couderc livre un roman bouleversant, dans lequel une folle histoire d’amour cherche la vérité. Présentation animée par le Collectif argentin pour la mémoire, à la Maison de l’Amérique latine de Paris. Plus d’infos

JUSQU’AU 7 JUILLET — LILLE ET SES ENVIRONS — PHOTOGRAPHIE

Suites des manifestations «Ola Cuba !» – Exposition des photographies d’Alejandro González

Dans le cadre de son partenariat officiel avec Auchan Retail, lille3000 a imaginé une exposition itinérante afin de connecter un nouveau public à la photographie d’art dans les hypermarchés et galeries marchandes Auchan de la métropole lilloise, ainsi que le centre commercial V2. L’exposition se présentera sous forme de cubes sur lesquels seront affichées des clichés du photographe cubain Alejandro GonzálezPlus d’infos

LES 6, 7 et 8 JUILLET — LYON — RÉFLEXIONS ET ÉCHANGES 

Trois jours de dialogues en humanité au parc de la Tête d’or à Lyon

Le mouvement des Dialogues en humanité a germé à Johannesburg en 2002. Il s’agit d’un forum mondial sur la question humaine, dont l’objectif est de sortir de l’impuissance et de l’indifférence. Que ce soit à Lyon ou sur tous les continents, le mouvement permet chaque année, sur une durée d’un à trois jours, de réunir dans la bienveillance et la convivialité des citoyens du monde entier de tous âges et de tous horizons pour tisser des liens et agir ensemble. Dans la riche programmation de cette année, nous prêtons attention à la pièce Papa est dans l’Atlantide du dramaturge mexicain Javier Malpica par Les Curieux Polyglottes. Plus d’infos

DU 25 AU 29 JUIN — EN DIRECT DU PARLEMENT EUROPÉEN

Cinq députés européens se rendent en Colombie et au Brésil pour étudier les conditions des Vénézuéliens

Le Venezuela a sombré dans une crise politique, économique et humanitaire sans précédent. La semaine prochaine, cinq députés européens se rendront en Colombie et au Brésil pour étudier sur le terrain la situation humanitaire aux frontières avec le Venezuela. La délégation visitera des postes frontières et rencontrera des représentants des autorités locales, régionales et nationales, ainsi que des organisations internationales et des ONG en charge de gérer l’afflux de citoyens vénézuéliens fuyant vers les pays frontaliers. Plus d’infos

EN LIBRAIRIE 

Un numéro spécial été de la revue littéraire «Europe» consacré à l’écrivain chilien Roberto Bolaño

Depuis 1923, Europe est une revue littéraire d’audience internationale. Sa dernière édition (n° 1070-71-72) est consacrée à l’écrivain chilien Roberto Bolaño (1953-2003), figure majeure de la littérature contemporaine, dont l’œuvre est traduite dans le monde entier et dont le rayonnement ne cesse de s’accroître. Pour sa part, Philippe Lançon, dans le journal Libération de ce samedi 23 juin, propose une chronique sur Bolaño, chevalier troubadour raconté par ses compagnons de route. Plus d’infos

ÉCHOS DE PRESSE 

José Luis Fuentes, un architecte chilien en charge de la Tour Eiffel

Plan vigipirate oblige, depuis les attentats de novembre 2015, la Tour Eiffel est entouré d’un important périmètre de sécurité permettant de filtrer ses visiteurs. Une nécessité sécuritaire peu esthétique, qui avait malheureusement tendance à entacher la majesté de ce monument visité par sept millions de touristes par an. Le Chilien José Luis Fuentes a alors imaginé une structure de verre de 3 mètres de hauteur et de 6,5 cm d’épaisseur, capable de résister à tout impact, y compris celui des balles, conformément aux règles requises par la préfecture de police de la ville de Paris. Plus d’infos

EXPOSITION INTERACTIVE

(Re)découvrez l’œuvre et la vie de l’artiste mexicaine Frida Kahlo sur Google Arts & Culture

Google Arts & Culture consacre en ce moment une exposition interactive baptisée Face of Frida, entièrement consacrée à l’œuvre de Frida Kahlo. Articles thématiques, expositions en ligne, un regard intime sur sa vie à travers ses écrits et celui d’autres artistes, divers témoignages… : plongez dans la vie de Frida Kahlo (les moments heureux, douloureux et tragiques) à travers ses œuvres. Une façon originale de (re)découvrir l’œuvre de l’iconique peintre mexicaine. Voir l’exposition interactive

Discours à Lyon de Jean-François Ploquin, directeur de Forum Réfugiés

Lors de la Journée mondiale du réfugié ce mercredi 20 juin 2018, le directeur de Forum Réfugiés, Jean François Ploquin, en présence du maire de Lyon, Georges Képénékian, a lu un mot lors du départ de la quinzième Marche des parapluies ; un discours qui nous interpelle et que nous avons souhaité reproduire ici.

Photo : Lyon Capitale Lyon

«Monsieur le Maire de Lyon, cher Georges Képénékian, Mme la vice-présidente de la métropole de Lyon, Mme la représentante de la délégation du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés en France et à Monaco, Mme Khatib, qui allait témoigner dans un moment de votre parcours de réfugiée, Mesdames et messieurs, demandeurs d’asile, réfugiés, collègues, partenaires, citoyennes et citoyens,

Pour la 15e fois, dans cette ville de Lyon qui la vit naître, nous allons entreprendre la «marche des parapluies» qui exprime de la manière la plus simple –c’est la force des symboles–, qu’il existe des femmes, des hommes, des enfants, qui doivent s’en remettre à un autre pays, un autre État que le leur, à d’autres sociétés que la leur, pour que leur existence, leur corps, leur esprit, leur destinée, ne soit pas brisée par la violence, l’avilissement, le deuil, la mort, pour que ces femmes, ces hommes, ces enfants, trouvent un lieu durablement sûr et protecteur –un refuge–, pour rester vivants, sinon indemnes du moins entiers, retrouver leurs forces et leur dignité, retrouver la capacité à agir, à bâtir, à faire société dans un pays et une culture différente.

Ce matin, un groupuscule lyonnais d’extrême-droite a déployé une banderole sur la façade de l’immeuble où se trouve la plateforme d’accueil des demandeurs d’asiles gérés par notre association, rue Garibaldi (tiens ! un grand Italien !). Sur la banderole s’étalait un immense cadenas. Si ce n’était pas leur donner davantage de poids qu’ils n’en ont, je dirais : voilà le combat où nous sommes aujourd’hui, qui sonne comme le titre d’une fable de La Fontaine : «Les réfugiés, le cadenas et le parapluie.»

Faut-il cadenasser un pays, le nôtre, dont l’histoire des derniers siècles –depuis la révocation de l’édit de Nantes, au moins,– est marquée par l’exil de centaines de milliers de Français contraints de fuir, ou partis chercher sur d’autres continents un avenir meilleur ? Une histoire marquée aussi par l’accueil de nombreux réfugiés, plus spécialement depuis un siècle (le génocide arménien, la révolution russe, la guerre d’Espagne, le fascisme, le nazisme, la guerre, la répression en Hongrie en 1956, le coup de Prague en 1968, les dictatures militaires en Amérique Latine, les boat people, l’invasion de l’Afghanistan en 1979, les guerres des Balkans… et jusqu’aux conflits actuels, en Syrie, en Centrafrique ou en Ukraine  ?

Faut-il cadenasser un pays qui a inscrit comme un droit sacré – laïquement sacré – le droit d’asile dans son préambule ?

Notre pays, la France, n’est pas aux premières loges des conflits, comme le sont le Liban, la Turquie, le Pakistan ou encore l’Ouganda, qui accueillent les réfugiés par millions. La France n’est pas aux premiers rangs de l’accueil en Europe, puisqu’elle occupe la 11e place, si l’on rapporte à sa population le nombre de demandeurs d’asile qui ont frappé sa porte l’an passé. 74.000 premières demandes en 2017, 91.000 en comptant les mineurs qui accompagnent leurs parents, c’est moins qu’en Allemagne ou en Italie en valeur absolue, et c’est beaucoup moins qu’en Grèce, à Malte, en Autriche ou en Suède, en valeur relative. Autrement dit, la France, en Europe, fait gentiment sa part. Alors, parce qu’elle fait gentiment sa part, fallait-il que la France accueille l’Aquarius, le bateau de sauvetage affrété par l’association SOS-Méditerranée, dans un de ses ports de la Corse ou du golfe du Lion ?

Une fois qu’on a rappelé, à juste titre, que la République italienne était mise au devoir de laisser accoster un bateau ayant à son bord des personnes certes secourues, mais toujours vulnérables, et que, ne l’ayant pas fait, elle a méconnu le droit international, que faut-il faire ? On peut interpréter le droit international, brandir les chiffres pour savoir qui accueille plus que qui et qui refoule à ses frontières plus que qui, faire valoir avec raison que la dimension du problème ce n’est pas un navire de 600 naufragés, mais des centaines de milliers de personnes jetées sur les routes périlleuses du désert, de la Libye et de la mer. Ou encore que c’est compliqué, que c’est un sujet européen –et en effet ça l’est !– que plus largement encore sont concernés de nombreux pays d’origine, de transit ou d’accueil, quand l’alternative c’est «est-ce qu’on laisse ces personnes errer des jours en mer» ou «est-ce qu’on les accueille sur la terre ferme, et après on verra», eh bien on aurait aimé, peut-être parce qu’on se fait «une certaine idée de la France», on aurait aimé que la France fît ce que l’Espagne a fait.

Quand un plaisancier imprudent est au péril de la mer, les sauveteurs vont le chercher ! Quand il y a 40 ans, le drame des boat people suscita l’envoi du bateau Île de Lumière en Asie du Sud-Est, Jean-Paul Sartre le justifia ainsi : «ce qui compte ici, c’est que ce sont des hommes. Des hommes en danger de mort.» À la suite de quoi, la France accueillit plus de 130.000 Cambodgiens, Laotiens et Vietnamiens, qui font partie de la France d’aujourd’hui.

Dans l’édition du 14 juin dernier du Progrès, un sondage indiquait que 71% des 17 000 votants comprenaient «qu’on refuse d’accueillir un bateau de migrants en détresse». C’est un peu ce qui se joue là, aujourd’hui, en ce moment : qu’est-ce qui aura le plus d’influence dans les mois et les années qui viennent sur les décisions politiques, la France du cadenas, ou bien la France du parapluie ? Un morceau de la réponse est dans nos mains. L’accueil des demandeurs d’asile et des réfugiés doit être clairement assumé, les yeux grand ouverts, à la hauteur des enjeux et des besoins, chacun dans ses compétences : État, services publics, collectivités territoriales, bailleurs sociaux, secteur associatif, mais aussi simples citoyens.

Et c’est bien ce que nous faisons à Lyon et sur le territoire métropolitain (merci à Georges Képénéhian et à l’équipe municipale, aux maires d’arrondissement qui accueillent nos équipements, à commencer par Nathalie Perrin-Gilbert dans cet arrondissement), merci au président de la Métropole David Kimelfeld, à vous aussi, Murielle Laurent, en charge de l’action sociale et éducative). Oui, c’est bien ce que nous faisons à Lyon et sur le territoire métropolitain, en accueillant chaque jour les personnes qui se confient à nous, en les accompagnant avec professionnalisme, en leur ouvrant simplement notre porte.

Ce que nous expérimentons chaque jour, c’est que la passion de vivre et la force d’agir des réfugiés apportent à notre société d’accueil plus de richesse, plus de solidarité, plus d’humanité. Je nous souhaite donc, au nom du président de Forum réfugiés-Cosi, Marc Noailly, des salariés, bénévoles et adhérents de l’association, avec les partenaires ici présents qui soutiennent cette marche, avec les élus, avec les demandeurs d’asile et les réfugiés, une marche des parapluies tranquille et joyeuse, sous la conduite en musique des Zurbamateurs, jusqu’à la Place Carnot où nous attendent, sous la statue de la République, la fanfare Marcel Frontale, des stands associatifs et de quoi se réconforter après l’effort.

Jean-François PLOQUIN

Plus d’informations sur Forum Réfugiés COSI

Lire aussi notre article sur l’essais Raconte-moi la fin de l’écrivaine mexicaine Valeria Luiselli édite aux édition L’Olivier  ICI

«Personne n’est obligé de me croire», le nouveau roman du Mexicain Juan Pablo Villalobos

Les éditions Buchet Chastel publieront en septembre prochain le nouveau roman en français de Juan Pablo Villalobos, Personne n’est obligé de me croire, qui a reçu en 2016 en Espagne le prestigieux prix Herralde. L’auteur mexicain sera en France pour la promotion de son nouveau roman, ainsi que lors du festival littéraire Belles Latinas en octobre prochain.

Photo : Ámbito cultural/Buchet Chastel

Mexico, 2004. Juan Pablo, le narrateur, reçoit une bourse pour partir suivre son doctorat à Barcelone. Valentina, sa fiancée, sera également du voyage. Mais quelques jours avant leur départ, son cousin, qui a le don de se fourrer dans des histoires pas possibles, lui donne rendez-vous : il veut lui proposer de participer à un soi-disant «projet de haut niveau».

Juan Pablo regrettera de s’y être rendu. Entraîné malgré lui dans un réseau criminel mafieux, son voyage en Europe se transforme peu à peu en un truculent roman noir… Dans un Barcelone foisonnant, on croise une galerie de personnages hauts en couleur : de terrifiants truands, des Laia à la pelle dont l’une est la fille d’un politicien corrompu, une enfant poète. «Je ne demande à personne de me croire», répètent, comme une litanie, les voix de ce roman : Juan Pablo, dans le récit de ses aventures incroyables, sa mère, dans les lettres désespérées qu’elle lui envoie, et Valentina, dans son journal intime.

Dans un jeu permanent entre fiction et réalité, usant d’une série de mises en abîme, de jeux de langue, de style, de genres et d’une intertextualité débordante (sous la figure tutélaire de Roberto Bolaño et de ses Détectives sauvages), Villalobos livre ici une captivante réflexion sur les procédés littéraires. On y retrouve son excellente plume, et surtout son désopilant humour noir…

D’après les éditions Buchet Chastel

Personne n’est obligé de me croire, traduit de l’espagnol (Mexique) par Claude Bleton, Paris, Buchet Chastel, 288 p., 20 €. 

Juan Pablo Villalobos est né à Guadalajara (Mexique) en 1973. Écrivain, critique, et traducteur, il est l’auteur de cinq livres, dont trois ont été traduits en France chez Actes Sud.

Depuis avril dernier, un mouvement féministe historique ébranle le Chili

Depuis le 17 avril dernier, une énorme vague de manifestations féministes embrase le Chili. L’élément déclencheur de ce mouvement inédit : un nouveau cas de harcèlement sexuel d’un professeur envers une employée de l’université australe du Chili, à Valdivia, située à 850 kilomètres au sud de la capitale. Reconnu coupable, l’homme a reçu comme unique sanction sa mutation vers un autre poste, ce qui a conduit à la première occupation féministe de l’université.

Photo : France 24

En 2016, à l’Université du Chili de Santiago, deux professeurs avaient été accusés pour abus de pouvoir et harcèlement sexuel. Les étudiantes en droit avaient à leur tour occupé leur faculté pour exiger l’aboutissement de la procédure d’enquête. Depuis, plus d’une vingtaine d’universités dans le pays ont été bloquées et les dénonciations de comportements sexistes ne cessent de voir le jour à travers tout le pays. Exigeant des sanctions réelles en cas d’abus sexuels, l’élaboration d’un protocole normatif, ainsi qu’une éducation non sexiste, les étudiantes organisent des assemblées, des marches massives dans les rues de la capitale et dans de nombreuses autres villes du pays.

Un mois après les évènements du 17 avril, ce sont plus de 150 000 personnes qui ont manifesté à Santiago et plus de 200 000 à travers tout le pays, selon les organisatrices du rassemblement. Alors qu’un automne très froid s’est déjà installé dans le pays, de nombreuses étudiantes marchent seins nus, à l’image des Femen, pour «dénuder le patriarcat» selon leurs propres mots, réaffirmant ainsi leur pouvoir de décision sur leur propre corps et provoquant parfois des débats et polémiques dans un pays conservateur qui se déchire socialement à chaque remise en cause de l’ordre établi. La preuve en est qu’à l’heure actuelle, les femmes ne peuvent toujours pas avorter librement. C’est seulement depuis août 2017 que les femmes dont la vie est en danger, qui ont été violées ou dont le fœtus est jugé non viable, ont obtenu le droit d’avoir recours à l’interruption volontaire de grossesse.

Il s’agit donc d’un mouvement historique et populaire soutenu par 69% de la population. Parmi les slogans dénonçant les abus sexuels machistes dont les femmes sont victimes, on peut lire : «Non c’est Non», «Non au harcèlement sexuel et à l’impunité» ou encore «Occupation féministe des universités».

Le 6 juin dernier, les étudiantes accompagnées de femmes de toutes catégories sociales confondues ont organisé une grève générale et une nouvelle marche considérant que le mouvement ne peut pas s’arrêter là. Catalina Cabello, une des porte-paroles du mouvement de l’Université catholique, déclare que «ce mouvement ne se limite pas au domaine universitaire, nous souhaitons faire partie de la construction d’une nouvelle société féministe». Il faut dire qu’il est né dans la continuité du ras le bol international généralisé, souligné par les mouvements #MeToo et son homologue argentin #NiUnaMenos, qui dénoncent les violences et abus envers les femmes alors que nous fêtons cette année le cinquantième anniversaire de mai 68. Le mouvement est d’ailleurs surnommé le «mai 2018 des femmes chiliennes».

Au Chili, ces manifestations s’inscrivent dans la lignée du mouvement de 2011 entrepris par les étudiantes lors du le premier gouvernement de Sebastián Piñera, qui protestaient contre le lucre dans l’éducation. Le précèdent mandat du milliardaire (2010-2014) a en effet été marqué par un mouvement étudiant en faveur de l’éducation publique, gratuite et de qualité, qui avait rassemblé les plus grandes manifestations depuis la chute de la dictature de Pinochet en 1990. Mouvement qui a découlé de la loi de gratuité approuvée par le gouvernent suivant de la socialiste Michelle Bachelet, ainsi que de la loi pour un droit à l’avortement limité en 2017. Le droit au divorce n’a quant à lui été reconnu qu’en 2004. «C’est une rébellion culturelle contre le patriarcat» a déclaré Faride Zerán, écrivaine et vice-rectrice du département d’Extension Comunicaciones de l’Université du Chili, à l’AFP.

«C’est un processus où la société avance vers des changements dans les domaines de l’égalité des sexes.» Dans ce sens, cette lutte ne se limite pas aux universités ; elle est plus profonde et populaire contre les discriminations faites envers la femme chilienne au sein du travail, de la famille et de l’ensemble de la société. «Le mouvement féministe actuel est porteur d’une puissance mobilisatrice car il articule divers conflits sociaux.» «On demande à en finir avec les inégalités de genre, la culture du viol, le machisme et le système patriarcal, des problèmes dont l’expression la plus extrême réside dans les féminicides, qui trouvent leur origine dans un cycle de violences –interfamiliales notamment– qui ne sont pas punies légalement.»

Face à l’ampleur du mouvement, le président chilien, Sebastián Piñera, a annoncé fin mai une série de mesures rassemblées dans «l’agenda des femmes» en douze points, dont la plus symbolique consiste à inscrire l’égalité hommes-femmes dans la Constitution. Il espère ainsi calmer une colère étudiante, dont il ne connaît que trop bien le caractère ingouvernable. La réponse rapide et solennelle de Piñera ne convainc donc pas dans les rangs des activistes du «Mai chilien».«La déclaration du gouvernement était nécessaire, mais elle est symbolique et insuffisante», estime Maria Fernanda Barrera.

Le président s’est engagé à établir le droit universel aux crèches, dans lesquelles les femmes actives pourraient laisser leurs enfants, à mettre fin aux inégalités de cotisations sociales entre hommes et femmes dans le cadre du système de santé privé actuel, entre autres. «C’est le moment de l’égalité pleine des femmes et rien ni personne ne pourra nous arrêter», a dit le président Piñera au moment de la signature d’un projet de réforme de la Constitution garantissant l’égalité des droits entre femmes et hommes.  

Cette puissance mobilisatrice se ressent effectivement dans l’ensemble du pays : c’est à Concepción, ville étudiante située à 500 kilomètres au sud de Santiago, que s’est tenu ce week-end le «premier meeting national de femmes autoconvoquées». Il a réuni environ 700 femmes, venues de tout le Chili pour débattre des questions inhérentes au mouvement qui a débuté quelques semaines plus tôt. Dayenú Meza Corvalán, sociologue et militante féministe, s’est rendue dans sa ville natale pour l’occasion. «Je ne sais pas si je peux parler d’une vague féministe, car ce n’est pas le premier mouvement féministe que connaît le Chili. Ce qui est intéressant, ce sont les nouvelles formes de mobilisation», affirme-t-elle.

Il est vrai que les organisations traditionnelles étudiantes se sont retrouvées dépassées par les assemblées autonomes, soulignant l’hétérogénéité du mouvement féministe. Cependant, la jeune femme est optimiste : «Je crois que nous vivons un moment historique.» À la vue des universités barricadées et recouvertes de messages féministes, on ne peut que confirmer cette impression. Durant les récentes manifestations, l’une des banderoles énonçait déjà la prophétie suivante : «La révolution sera féministe, ou ne sera pas.»

L’Église a joué historiquement un rôle, favorable au maintien de la subordination des femmes, avec plus de poids que dans d’autres pays de la région, notamment sous l’influence de groupes comme l’Opus Dei dans certains médias et dans certaines universités d’importance nationale. Ces secteurs conservateurs, auxquels se sont joints ces dernières années les évangéliques, s’opposent en permanence aux campagnes et programmes d’éducation sexuelle ainsi qu’à la rédaction de lois favorables à l’égalité de genre. La vague de dénonciations d’abus sexuels commis par des ecclésiastiques semble avoir affaibli la confiance en l’Église comme institution, mais il existe une religiosité sociale qui justifie encore beaucoup de stéréotypes de la famille et de la femme.

Cette même Église aujourd’hui secouée par le scandale des actes pédophiles des nombreux prêtres et par la dernière perquisition par la justice chilienne de l’archevêché de Santiago, ordonné par le juge chargé d’enquêter sur quelques cas. Les institutions les plus conservatrices au Chili sont donc sérieusement ébranlées par la jeunesse chilienne.

Olga BARRY

L’Amérique latine à l’Elysée dans le cadre de la « Semaine » de l’Amérique latine et des Caraïbes

Ce mardi 29 mai, les Nouveaux Espaces Latinos étaient une fois de plus invités au palais de l’Élysée à l’occasion du lancement de la cinquième édition de la semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes en France le 25 mai dernier. Elle s’achèvera le 10 juin prochain, avec une riche programmation et sous la tutelle d’un secrétariat général qui devrait pérenniser cette initiative qui dynamise dans toute la France la présence latino-américaine.

Photo : Espaces Latinos

Un des temps forts de cette manifestation reste, outre les réceptions au Sénat et à la Maison de l’Amérique latine de Paris, celle au Palais de l’Élysée. Dans nos newsletters, dont vous pouvez consulter les archives depuis 2012, nous avons toujours consigné les temps marquants ainsi que les interventions des diverses personnalités et leurs discours dont, à deux reprises, celui de l’ancien chef de l’État François Hollande.

En tant que média spécialisé, nous avons suivi les préparatifs de cette cinquième «Semaine» depuis le début de l’année. Nous étions en contact avec le secrétariat général ainsi qu’avec les responsables des grandes manifestations qui figurent désormais dans le programme officiel. Nous ignorions que le nouveau président de la République, M. Emmanuel Macron, souhaitait aussi s’inscrire dans la tradition en organisant le mardi 29 mai dernier une réception à l’Élysée. D’ailleurs, le carton d’invitation de l’Élysée nous est parvenu une semaine à l’avance seulement, alors que nous avons reçu ceux des autres grandes manifestations un mois auparavant.

À 18 h précisément, une centaine de personnalités était dans la grande salle de réception de l’Élysée. L’attente a été bien longue et, à la place du chef de l’État, est arrivé M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Après d’explications confuses pour signaler que M. Macron ne serait pas des nôtres et qu’il lirait le discours que le président avait préparé. Un bon discours, lyrique, sincère, très bien intentionné, sans éluder les points délicats de certains pays latino-américains et en soulignant au passage les points qui unissent Français et Latino-Américains à travers l’histoire, les relations politiques et économiques, et en particulier le domaine culturel où la littérature joue un rôle essentiel. Au sein des Nouveaux Espaces Latinos, nous sommes bien placés pour le savoir, puisque la littérature occupe une place centrale dans nos festivals annuels.

Nous regrettons de pas pouvoir reproduire ce discours ici. En revanche, grâce au site de la semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes en France, nous vous invitons à visionner la vidéo du discours de Mme Caroline Dumas, ambassadrice de France et secrétaire générale de la manifestation annuelle, et surtout à découvrir la riche programmation qu’en peu de temps elle et son équipe ont réussi à composer pour donner une belle continuité à cette initiative si nécessaire. Dès l’an prochain, nous programmerons notre festival Primavera Latina parallèlement à la sixième édition de la « Semaine », en espérant que le président de la République fasse un nouveau discours afin de souligner les liens entre Latino-Américains et Français.

Januario ESPINOSA

Regarder l’allocution de Mme Caroline Dumas

Élections 2018 : l’opportunité de tirer un trait sur l’histoire écrite par le sang et les armes

Entre la mer des Caraïbes et l’océan Pacifique se trouve un territoire tropical dont l’histoire singulière se traduit par le sang depuis son indépendance en 1810. La Colombie fait partie de ces pays souillés par les grandes puissances mondiales, où l’oligarchie a toujours gouverné et où le bipartisme a laissé des centaines de mères sans enfants. En Colombie, les oiseaux n’ont pas toujours chanté et volé comme des êtres libres. «Los Pájaros» ont été le bras armé du parti conservateur dans les années 1950, et ont assassiné et arraché de leur terre des familles entières en raison de leurs orientations politiques.

Photo : Gustavo Petro – Iván Duque/El artículo

Dans la souffrance et la misère de son peuple, dans la rage et l’indignation de nombreux citoyens, le pays de «Gabo» a vu naître à plusieurs reprises des groupes rebelles clamant une justice sociale, une participation politique, une terre pour tous et le respect de la vie… L’actuel conflit interne colombien voit ses origines en 1947, alors que le socialiste et candidat à la présidence Jorge Eliécer Gaitán se fait assassiner. Dès lors, le pays n’a cessé de traverser de nombreuses épreuves. D’abord le temps de la «violencia» entre 1948 et 1958, puis la période des guérillas pendant laquelle des groupes armés tels que le M-19, les FARC ou encore l’ELN envisagent la possibilité d’une révolution, à l’image de celle qui a secoué Cuba en 1959. Puis c’est l’entrée en matière d’un nouveau conflit : celui du secteur paramilitaire et du narcotrafic.

Mais au milieu de ces tumultes, la Colombie a également connu de douces accalmies qui se sont concrétisées par les signatures de différents traités. On pense par exemple au traité de paix signé avec les FARC en 2016. Cependant, certains accords reviennent aujourd’hui dans le débat public, notamment ceux passés avec le M-19 en 1991 qui ont laissé place à la Constitution colombienne encore en vigueur aujourd’hui. Pourquoi invoquer l’Histoire en introduction de cet article ? Pourquoi le traité de paix avec le M-19 est-il remis en cause ? Parce que depuis ce dimanche 26 mai 2018, pour la première fois depuis des décennies, la Colombie peut dire qu’elle a connu des élections présidentielles légitimes, «dignes» d’un système représentatif, avec une participation de plus de 53% de la population. Dans quelques semaines, les citoyens colombiens participeront au deuxième tour de ces élections et devront choisir entre un candidat issu des oligarchies colombiennes et un candidat issu du M-19.

En effet, le Centre démocratique, parti de l’ancien président Álvaro Uribe Vélez aujourd’hui sénateur de la République, représenté par Iván Duque, vient de remporter le premier tour avec 39,14% des voix, soit 7 569 693 votes, suivi par Gustavo Petro qui a obtenu 25,08% des voix, soit 4 851 254 votes. Enfin, Sergio Fajardo a obtenu 23,73% des voix, soit 4 589 696 votes. Les deux candidats représentants la politique colombienne traditionnelle, Germán Vargas Lleras et Humberto de la Calle, n’obtiennent respectivement que 7,28% et 2,06% des voix. Le traité de paix signé en 2016 avec les FARC a ainsi donné son premier fruit, en offrant aux citoyens colombiens la possibilité de voter en masse. La photographie de Rodrigo Londoño, ancien chef des FARC, se rendant aux urnes, restera elle-même dans l’Histoire.

D’autre part, c’est la première fois que deux candidats indépendants de la politique traditionnelle colombienne obtiennent un si grand nombre de voix. Même si en 2010 Antanas Mockus, premier candidat indépendant à arriver au deuxième tour des élections présidentielles, avait rassemblé de nombreux votants, la Colombie entrevoit pour la première fois la possibilité qu’un candidat de gauche, ancien membre du M-19, accède au pouvoir. Ce sont 261 558 voix qui séparent Gustavo Petro de Sergio Fajardo et l’alliance des deux candidats permettrait de réunir 9 440 950 voix soit autant de votes qui ne seraient pas accordés au parti de l’ancien président Álvaro Uribe qui, depuis la fin de son mandat en 2010, essaye de récupérer le pouvoir par tous les moyens. L’accès à la présidence est donc entre les mains des partisans de Sergio Fajardo. Le candidat qui y accédera a jusqu’au 17 juin prochain pour convaincre le plus grand nombre d’électeurs.

Jusqu’à ce jour, le candidat de la Coalición Colombia n’a pas appelé à voter pour tel ou tel candidat. Cependant, toute sa campagne reposait sur l’éducation, la lutte contre la corruption et la victoire face à Uribe. Par ailleurs, il a déjà reçu le soutien de plusieurs autres représentants politiques : Claudia López, Antanas Mockus et Jorge Robledo. Ce dernier appartient au Polo Democrático, parti de gauche dont Petro a été auparavant membre pendant plusieurs années.

Un éventail de progrès semble donc éclairer ces dernières élections et, pour la première fois dans l’histoire de la Colombie, les alternatives politiques reçoivent le soutien d’un si grand nombre de votants. Mais n’oublions pas qu’il s’agit également d’une période sensible pour le pays, où les traités de paix et la Constitution de 1991 sont mis en péril par les propositions du candidat du Centre démocratique. De plus, la société colombienne vit aujourd’hui encore dans la peur des «idées de gauche» et de tout candidat présenté par les médias comme porteur standard de la gauche. De plus, le fantasme véhiculé par l’idéal socialiste vénézuélien joue un rôle important dans les prises de décisions des électeurs colombiens. Le 17 juin prochain, la Colombie aura donc le choix entre la continuité d’une politique vieille de plus de seize ans ou la possibilité d’un changement qui, pour la première fois de l’Histoire, fera basculer l’exécutif à gauche.

Jonathan Z. CORONEL

«Explorer l’esprit de Mai n’a rien d’une visite au musée Grévin. C’est renouer avec notre présent»

Dans la déferlante médiatique à laquelle nous assistons depuis quelques semaines autour du demi-siècle de Mai 68, nous avons souhaité mettre en avant l’enquête proposée par le mensuel Le Nouveau Magazine littéraire dans son édition de mars dernier, disponible en ligne, où huit Français sur dix saluent les conséquences «positives» du mouvement, sans oublier, bien sûr, d’en critiquer certain aspects. Ceux de notre équipe qui ont vécu la fin des années soixante en Amérique latine se réjouissent que notre militantisme actif né dans les rues de Santiago, Buenos Aires, México ou Rio soit encore présent dans notre quotidien aujourd’hui. Nous retranscrivons ci-dessous, avec son autorisation, l’éditorial de Raphaël Glucksmann, fondateur et directeur du Nouveau Magazine Littéraire, écrit cinquante ans après les événements de mai 1968.

Photo : OIP 

«Liquider l’héritage !» Nicolas Sarkozy résuma, en 2007, l’obsession de tous les conservatismes et de toutes les réactions depuis cinquante ans : «tourner la page de Mai 68». La Rolex solidement attachée au poignet, sous les applaudissements de ses amis du CAC 40 et les vivats de la très ascétique famille Balkany, il réussit même la prouesse de déceler dans la plus grande grève ouvrière de l’histoire l’origine véritable de «l’argent roi». Thatcher ou Reagan ? L’école de Chicago ? Les banquiers ? Non, les lanceurs de pavés du Quartier latin et les autogestionnaires de Lip ! Mai 68 était coupable de tout : la fin de la souveraineté nationale, la délégitimation du travail, le triomphe de l’individualisme, l’éclatement des familles, la faillite de l’école républicaine, le malaise des profs, la colère des flics, les errances du multiculturalisme… Accusé. Condamné. Enterré.

Cela, Nicolas Sarkozy n’était pas le seul à le penser et à le dire : une cohorte d’intellectuels, parfois de gauche, le précédait dans cette bataille. Cela, nous disait-on, «les Français» – les vrais, pas ceux qui lisent Libé ou fréquentent le Café de Flore – le savaient bien. Il n’y avait guère que quelques archéobobos déconnectés aux tempes grisonnantes, à la tête vide et au ventre plein pour rester attachés à ce totem moisi, version postmoderne du perroquet empaillé de Félicité dans Un cœur simple de Flaubert. Un mythe rongé par les vers adoré par des aveugles. À balancer fissa à la poubelle, donc.

Nous-mêmes, qui n’accusions pas les barricades du Quartier latin de tous les cataclysmes, nous avions fini par le concéder, l’admettre, l’intégrer : 68 était «impopulaire». C’est ainsi que se perdent les batailles culturelles. Nous voulions donc savoir pourquoi tant de rejet, pourquoi tant de griefs, comprendre ce qu’on lui reprochait, au juste, cinquante ans après. De quoi Mai 68 était-il le nom, surtout aux yeux des gens qui ne l’avaient pas vécu ? Nous voulions savoir, et nous avons posé la question. Bêtement. Sur la pointe des pieds. Presque honteux. La réponse fut un choc : 68 est plébiscité dans toutes les catégories socioprofessionnelles et à travers les générations. Il séduit les jeunes plus encore que les vieux, les pauvres davantage que les riches. Ce peuple, que les réactionnaires brandissent comme argument d’autorité à chaque débat, vote pour 68. Pour le questionnement et l’ébranlement de l’ordre des choses. Même le sulfureux «Il est interdit d’interdire» est adoubé ! Pareille surprise ne nous exonère pas d’un examen critique de ce dont nous héritons et n’enlève rien au sentiment de vide qui nous habite, nous les enfants de 68. Elle n’efface pas nos questions sur les limites du libéralisme que beaucoup de soixante-huitards ont embrassé ensuite ou nos doutes profonds quant au refus de toute contrainte collective pesant sur nos libertés individuelles, au cœur de l’esprit de Mai. Mais elle valide une intuition, la conviction que les Français ne ressemblent pas à ce qu’Éric Zemmour ou Patrick Buisson disent d’eux. S’ils voient avec autant de bienveillance ou d’envie ce moment de chaos où la marche du monde fit une pause pour laisser libre cours aux rêves les plus fous, c’est que tout aujourd’hui reste possible. Politiquement, intellectuellement, poétiquement. Il y a dans ce regard tendre posé sur le passé une promesse immense pour l’avenir.

En lançant Le Nouveau Magazine littéraire, nous avons fait le pari que le temps n’était plus aux lamentations déclinistes et aux éructations identitaires, qu’il nous fallait, nous aussi, «tourner une page». Et que la page à «tourner» n’était pas celle de 68, mais celle du néo-maurrassisme triomphant des années à peine écoulées. Explorer l’esprit de Mai n’a rien d’une visite au musée Grévin. C’est renouer avec notre présent.

Raphaël GLUCKSMANN
Le Nouveau Magazine Littéraire 

À lire aussi  : 68, mon amour ! L’enquête qui dément les clichés réacs

Jusqu’au 1er juin, le journal Libération donne quotidiennement carte blanche à des écrivains pour évoquer les événements, les souvenirs, l’héritage ou l’imaginaire de chacun des jours deMai.

«Changer le Monde – Changer sa vie» chez Actes Sud

Enquête sur les militantes et les militants des années 68 en France

Cinquante ans après Mai 1968, que sont les militants devenus ? Après avoir jeté toutes leurs forces dans la bataille, cru souvent en l’imminence d’une révolution, suspendu longtemps leurs investissements scolaires, professionnels, voire affectifs pour «faire l’histoire», comment ont-ils vécu l’érosion des espoirs de changement politique ?
La force de ce livre tient à un triple déplacement du regard – de Paris aux régions, des têtes d’affiche aux militants ordinaires, de la crise de mai à la séquence historique  1966-1983 – autant qu’à la richesse du matériau exploité : un dépouillement d’archives le plus souvent inexplorées, comme les documents déclassifiés des Renseignements généraux et des centaines de récits de vie recueillis à Lille, Lyon, Marseille, Nantes et Rennes auprès de militants des syndicats ouvriers, des gauches alternatives et du mouvement féministe.
Cette mosaïque d’histoires constitue la chair de ce livre et permet de brosser un portrait non impressionniste des soixante-huitards, de leur carrière professionnelle, de leur vie affective, de la continuité de leurs engagements, apportant des réponses enfin étayées aux questions sui vantes : la vie des soixante-huitards a-t-elle été bouleversée ou simplement infléchie par le militantisme corps et âme des années 1970 ? En ont-ils tiré profit ou le déclassement social fut-il le prix à payer ? Face aux convictions politiques d’antan, les militants font-ils figure d’apostats ou sont-ils toujours ancrés dans un rapport critique au monde social ? Peut-on dire qu’il existe une génération 68 ou n’est-ce qu’un mythe recouvrant d’un voile épais une hétérogénéité de personnes plus grande qu’on ne l’imaginait ? Plus d’infos sur le site des éditions Actes Sud

Tensions au sein de l’UNASUR : six pays latino-américains suspendent leur participation

Le 20 avril 2018, après plus d’une décennie d’existence et sous l’initiative de l’ancien président du Venezuela Hugo Chávez pour faire face aux États-Unis sur le plan économique et politique, l’Union des Nations sud-américaines (UNASUR) a connu la plus grande crise de son histoire. Six pays  l’Argentine, le Brésil, le Chili, la Colombie, le Paraguay et le Pérou ont décidé de suspendre leur participation au sein de l’organisation.

Photo : Edgar Romero/RT

Les gouvernements des pays déserteurs justifient leur choix ainsi : la présidence temporaire de l’UNASUR, assurée par la Bolivie, conduirait l’organisation dans la mauvaise voie. De même, dans un communiqué, ils expliquent : «Compte tenu des circonstances actuelles, les pays signataires ont décidé de ne pas participer aux différentes instances de l’UNASUR à partir de cette date tant qu’ils n’auront pas, au cours des prochaines semaines, des résultats concrets qui garantissent le bon fonctionnement de l’organisation.»

Depuis janvier 2018, après que le Colombien Ernesto Samper ait quitté le poste de secrétaire général, les différents pays membres n’arrivent pas à aboutir à un consensus pour nommer le nouveau secrétaire, poste convoité par un seul candidat. Le communiqué établi par les différents pays qui abandonnent l’organisme revient sur ce point : «L’impossibilité de nommer un secrétaire général en raison du manque de consensus autour du seul candidat présenté à ce jour a eu de sérieuses conséquences pour l’organisme.»

Désormais, les doutes augmentent quant au futur de l’UNASUR. Après avoir été la première organisation politique de la région, elle y a remporté plusieurs succès. Tout d’abord, elle a permis une union entre la zone andine et le Cône sud, plus la participation des pays comme la Guyane et le Surinam. Même s’ils appartiennent géographiquement à l’Amérique du Sud, ils n’avaient auparavant pas le sentiment de partager culturellement plusieurs aspects avec les autres nations et furent exclus du débat public pendant plusieurs décennies. Ils font aujourd’hui eux aussi partis de l’UNASUR.

Parallèlement, l’organisation internationale a pu faire des progrès dans des domaines comme la défense, la culture et le tourisme. Elle a également servi de garant au cours de plusieurs crises dans la région, à l’exemple des élections législatives vénézuéliennes en 2015 où, grâce à l’intervention de l’UNASUR, une commission de quatre pays (Brésil, Colombie, Équateur et Uruguay) a servi de garant pour la réalisation des élections. Le 6 décembre 2017, le conseil électoral du Venezuela a permi le déroulement des élections, au moment où l’opposition a remporté une victoire dans le pays bolivarien. Ensuite, pendant la crise entre le Venezuela et la Colombie, et plus précisément lors de l’expulsion arbitraire des citoyens colombiens du territoire vénézuélien, l’UNASUR a permis la négociation entre le président colombien Juan Manuel Santos et le président vénézuélien Nicolás Maduro pour essayer d’aboutir à un accord.

Pendant que des gouvernements dits de gauche étaient à la tête de plusieurs pays de la région, l’organisation fonctionnait et avançait correctement, donnant l’impression d’un futur possible et marqué par une profonde collaboration entre les pays sud-américains. Des projets comme celui de la citoyenneté sud-américaine avaient pris de l’importance. Depuis que plusieurs pays ont basculé vers la droite, notamment le Chili et l’Argentine, la continuité de la collaboration entre les nations est en péril. De plus, les grandes tensions qui existent entre le gouvernement du Venezuela qui maintient une crise humanitaire et les autres pays de la région, notamment la Colombie et l’Argentine, ajoutent des difficultés supplémentaires à la résolution des problèmes régionaux et à la bonne collaboration des pays, laissant penser que c’est peut-être la fin de l’aventure pour cet organisme international.

Jonathan Z. CORONEL

Deux journalistes équatoriens et leur chauffeur assassinés par des ex-Farc

Le 26 mars 2018, le journaliste Javier Ortega, 32 ans, le photographe Paul Rivas, 45 ans, et le chauffeur Efrain Segarra, 60 ans, ont été pris en otage par le groupe dissident des FARC, le Frente Oliver Sinisterra, sous le commandement de Walter Patricio Artízala Vernaza, alias Guacho. Les trois hommes travaillaient pour le quotidien équatorien El Comercio. Les faits ont été confirmés le jour suivant par le ministre de l’Intérieur équatorien César Navas. Dix-huit jours après leur enlèvement dans le nord de l’Équateur, à la frontière avec la Colombie, le président équatorien Lenín Moreno, lors d’une brève allocution présidentielle, a confirmé l’assassinat du groupe de journalistes.

Photo : RSF

La fondation pour la liberté de la presse (FLIP) aurait reçu un communiqué de presse du groupe dissident qui confirmerait le meurtre des otages. Selon ce communiqué, la décision prise par le Front Oliver Sinisterra d’assassiner les otages a été mise en œuvre après un échec de sauvetage de la part des forces armées colombiennes et équatoriennes : «Le gouvernement paramilitaire et corrompu de la Colombie et le gouvernement agenouillé équatorien dirigé par ses présidents et ses procureurs ont conclu des accords pour combattre et éliminer notre mouvement. Depuis lors, les troupes et les forces d’intelligence colombiennes, équatoriennes, ont franchi avec insistance leurs frontières dans le but d’assassiner nos troupes, des milliers d’hommes ont cherché la guerre, la répression envers les populations de la zone frontalière, ainsi que nos combattants et familles, qui nous rappellent l’époque de 1964 dans la guerre de Marquetalia».

D’autre part, le premier média qui aurais reçu des preuves du meurtre des otages a été RCN radio. Le média colombien a reçu le communiqué de presse, de même que des photos des corps de trois travailleurs quelques heures avant le délai de douze heures laissé par le président équatorien aux kidnappeurs pour envoyer des preuves de vie. Or RCN n’a pas voulu se prononcer immédiatement tant que la véracité des preuves n’était pas confirmée. Quelques jours auparavant, un faux communiqué d’un groupe dissident confirmait le décès des journalistes. Cependant, vendredi 13 avril au matin, le groupe dissident a réclamé l’aide d’organismes internationaux pour venir récupérer les corps des otages.

Selon la FLIP, Bogotá et Quito auraient fait plusieurs erreurs dans la gestion de la situation. La fondation s’interroge sur la manière avec laquelle les deux gouvernements ont agi, irresponsable et autoritaire face à la menace de vies en péril. Cependant, le résultat rappelle une nouvelle fois la situation délicate dans laquelle se trouve la Colombie, où la période de post-conflit avec les FARC ne fait que commencer et, pour l’instant, le bilan est très négatif. À cela s’ajoute une situation périlleuse au travers des dialogues de paix entamés avec l’autre groupe de guérilla, l’ELN, qui se déroule en Équateur. Javier Ortega, Paul Rivas et Efrain Segarra se rendaient sur place afin d’obtenir plus d’informations sur la situation des territoires situés à la frontière de la Colombie et de l’Équateur, auparavant aux mains des FARC, et dont le contrôle est désormais disputé entre plusieurs groupes de narcotrafiquants et des dissidents de l’ancienne guérilla.

Le vendredi 13 avril, le président Juan Manuel Santos a ordonné au ministre de la Défense, Luis Carlos Villegas, de se rendre en Équateur pour faire face à la grave situation avec, à ses côtés, le directeur de la police, le général Jorge Nieto, et le commandant des forces militaires, le général Alberto José Mejía. Le président Lenín Moreno a, quant à lui, annoncé sur son compte Twitter que, dans les prochaines minutes, il rencontrera le Conseil de sécurité publique de l’État pour analyser les derniers événements et, par la suite, il se rendra dans le pays.

En revanche, les attaques du Front Oliver Sinisterra n’ont pas cessé : le 17 avril, à travers une vidéo reçue par le ministre de l’Intérieur équatorien César Navas, le groupe dissident envoie des preuves de vie d’un couple équatorien pris en otage. Sur cette vidéo, le couple réclame l’aide du président Lenín Moreno pour pouvoir sortir sain et sauf de cette prise d’otage, pendant que Bogotá et Quito ont envoyé environ 80 hommes à la frontière pour trouver «Guacho», le chef du groupe dissident.

Jonathan Z. CORONEL

Page 1 sur 108123...Last »

Inscription newsletter

Inscription newsletter

Articles par mois

Articles par catégorie