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De quel bois se chauffe Jair Bolsonaro ? – Chronique d’une catastrophe annoncée

De quel bois se chauffe Jair Bolsonaro ? Du bois «Brésil», du bois d’Amazonie, qui partent en fumée depuis quelques semaines ? Vérité apparente, répondant à une question semble-t-il allant de soi ? Vérité «Inspirante», en dépit des fumées, pour beaucoup. Qui éructent aussitôt une bordée de mises en garde. Adressées à Jair Bolsonaro, président du Brésil depuis le 1er janvier 2019, au nom de valeurs environnementales universelles.

Photo : Slate

Valeurs prises au sérieux hors du Brésil, au delà, bien au delà de Planalto, le palais présidentiel brésilien. Tout simplement parce que ces principes ne sont pas familiers au Chef de l’Etat brésilien. Les pompiers écologistes de la France à l’ONU, en passant par l’Allemagne et la Norvège, ont été renvoyés dans leurs pénates, qui n’ont pas «1 km2 de forêt vierge», par le Président brésilien. Mais de quel bois se chauffe donc Jair Bolsonaro ? Pourquoi ce rejet des normes environnementales admises par presque tous les pays «civilisés», enfin presque. Serait-il, disent certains, ignare, voire inconscient, ou déséquilibré mental ? 

Pour sortir du bois, et retrouver un sens, il faut retourner à la case départ. Passer au crible ce qu’a dit et fait depuis le 1er janvier 2019, le président Bolsonaro en matière environnementale. Que disait son programme électoral de 2018, «Proposition de plan de gouvernement» sur l’écologie et la déforestation ? Pratiquement rien. Il ne comportait en effet aucune référence à l’environnement. Dédié à la liberté d’entreprendre, et à la sacralisation de la propriété privée, il déléguait la gestion de l’espace rural et forestier aux producteurs agricoles. A l’occasion de réunions publiques le candidat Bolsonaro avait attaqué, le 2 février 2018 par exemple, le «chiisme écologiste» et «les industriels de l’extension des réserves indigènes». Le 28 octobre 2018, le soir de sa victoire, il avait signalé son intention de mettre un terme aux amendes imposées par l’Institut brésilien de l’environnement. Les députés et sénateurs agro-industriels, «Frente parlamentario de Agropecuário», (FPA), communément qualifiés de groupe «B», avaient apprécié ces prises de position, et le 2 octobre 2018 appelé à voter Jair Bolsonaro, aux côtés des groupes B comme Balles (policiers et militaires) et Bible (les évangélistes pentecôtistes).

Les premières annonces par le président élu et son équipe, ont confirmé cette philosophie productiviste libérale. Le Brésil devait accueillir la COP 25 en décembre 2019. Très en retrait sur les Accords de Paris, le Brésil de Jair Bolsonaro, n’a plus souhaité organiser l’évènement. Annonce faite dès le 7 novembre 2018, quelques jours après l’élection de Jair Bolsonaro à la présidence. Cette distance a été confirmée par la participation, le 5 juillet 2019, du gouvernement brésilien à une conférence négationniste du changement climatique, organisée à Washington par The HeartlandInstitute

Les mesures prises ont été à l’avenant. Le 1er janvier 2019, premier jour de son gouvernement le Président Bolsonaro a supprimé le Conseil national de sécurité alimentaire, organisme qui avait été créé en 2003. Le 10 janvier 2019, 28 pesticides jusque là interdits ont été autorisés. Au 31 juillet 2019, ce sont 262 pesticides qui ont été légalisés. Le Chef de l’Etat a nommé Tereza Cristina, présidente du FPA, ministre de l’agriculture. Lui affectant la responsabilité de la délimitation des terres indigènes, retirée ainsi à la FUNAI (Fondation nationale de l’Indien). En pleine crise des feux de forêt le 27 août 2019, Jair Bolsonaro, devant les gouverneurs de l’Amazonie brésilienne a traité «d’irresponsables ses prédécesseurs», qui ont «instrumentalisé les Indiens pour affaiblir (l’économie) des Etats». Les agences et services de protection de l’environnement ont été placés sous la tutelle du ministère chargé du développement. Il en va ainsi de l’Agence nationale des eaux et du Secrétariat national de sécurité hydrographique. 

Jair Bolsonaro a nommé ministre de l’environnement, Ricardo Salles, ex-directeur de la Société rurale brésilienne. Qui a procédé à un démantèlement des dispositifs protecteurs. Au nom comme il l’a revendiqué le 3 juillet 2019 du développement économique. Qui seul a-t-il déclaré est à même de réduire la déforestation. Les crédits de l’Institut brésilien de l’environnement ont été réduits de 25%. Ses responsables ont été remerciés. Et remplacés par des fonctionnaires complaisants à l’égard des industries extractives et des industriels de la terre. Le directeur de l’INPE, institut national de recherche spatiale, a également été démis de ses fonctions le 2 août 2019 pour avoir selon Jair Bolsonaro, diffusé des données mensongères, alimentant «une psychose environnementale». 

Les conséquences de ce laxisme écologique organisé sont mesurables… 25% des Brésiliens boivent une eau «potable» de plus en plus contaminées par les pesticides. 500 millions d’abeilles seraient mortes de juin à août 2019. Les incendies en Amazonie, résultat de départs de feux, tolérés, et de moins en moins pénalisés, ont provoqué une déforestation exacerbée. Selon l’Institut national de recherche spatiale (INPE), la déforestation de l’Amazonie brésilienne aurait de juin 2018 à juin 2019 augmenté de 88%. Passée à 278% en juillet. Cet organisme a détecté 74 000 incendies depuis janvier. 30 000 de plus que pour toute l’année 2018. Poursuivant une inflexion négative constatée depuis 2015. De janvier à août 2019, l’Amazonie aurait perdu 4700km2. 

Jair Bolsonaro admet la recrudescence exceptionnelle des sinistres en Amazonie. Mais selon son propos du 19 juillet 2019, les ONG seraient les principales responsables de cette situation. Elles se vengeraient ainsi de la rétraction des crédits qui jusqu’en 2018 leur étaient versés. «Nous sommes en guerre», a-t-il conclu. La guerre en effet est bien au rendez-vous. Jair Bolsonaro est en croisade contre le «marxisme culturel», diabolisation commode et magique de tous ceux qui contestent sa conception unilatérale, libérale, productiviste, extractiviste et évangélique, de la démocratie. «Le marxisme culturel a perverti jusqu’au paroxysme (…) la cause environnementale» avait pu déclarer en novembre 2018, quelques semaines avant sa prise de fonction comme ministre des affaires étrangères, Ernesto Araujo

Les ministres de l’environnement brésiliens des années 1993 à 2018, réunis à São Paulo le 8 mai 2019 ont fait un autre constat. Ils ont tiré une sonnette d’alarme. Pour dénoncer la chronique d’un désastre annoncé. Prédiction effectivement confirmée en ce mois d’août enfumé et enflammé d’Amazonie. Mais les défenseurs de la démocratie, et donc aussi de l’environnement, doivent, devraient, aussi tenir compte du terrain choisi par Bolsonaro pour esquiver ses responsabilités environnementales… Et poser au président brésilien la question en termes diplomatiques, renvoyant au respect des engagements internationaux signés par le Brésil, Accords de Paris sur le réchauffement climatique ; traité Mercosur-Union européenne. Faute de quoi, mais c’est un constat de plus en plus universel, on assisterait, comme on le voit ailleurs, entre l’Angleterre et l’Union européenne, les Etats-Unis et le reste du monde, la Généralité catalane et le gouvernement espagnol, à un dialogue de sourds. 

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

Au Mexique, dix journalistes ont déjà été tués depuis le début de l’année

Reporters sans Frontière vient d’émettre un communiqué via son site web pour alerter sur la situation des journalistes au Mexique. Le cadavre de Nevith Condes, 42 ans, a été découvert samedi près de la ville de Tejupilco. Il est le quatrième professionnel de la presse assassiné depuis début août. Le directeur du portail d’information local, Observatorio del Sur, est le dixième journaliste tué en 2019, soit davantage que sur l’ensemble de l’année précédente.

Photo : France 24

Le corps de M. Condes, qui a été trouvé dans une zone montagneuse du sud de l’Etat de Mexico, présentait plusieurs blessures à l’arme blanche selon le parquet de cette région, voisine de la capitale. Le journaliste couvrait l’actualité locale dans cette zone rurale, meurtrie par les cartels de la drogue. Leur guerre sanguinaire contre le gouvernement mais aussi entre eux a fait 33 500 morts en 2018 au niveau national, un record depuis plus de vingt ans. Depuis, l’hécatombe ne cesse de croître avec 20 135 homicides de janvier à juillet.

Les professionnels de la presse sont en première ligne. Trois autres journalistes avaient déjà été assassinés plus tôt en août dans les Etats de Veracruz (est) et de Guerrero (ouest). Ce chiffre portait à neuf le nombre de crimes de presse depuis le début de l’année, soit autant qu’en 2018. Selon Reporters sans frontières (RSF), le Mexique est le pays le plus meurtrier au monde pour les professionnels de la presse, après l’Afghanistan et la Syrie, avec plus d’une centaine de journalistes tués depuis 2000.

L’enquête est en cours pour déterminer si le meurtre de M. Condes est lié à ses activités journalistiques à Tejupilco, municipalité de 70 000 habitants. La piste du crime organisé n’est pas écartée, selon les autorités. Mais la presse locale rappelle aussi que des articles publiés par M. Condes sur la corruption policière avaient provoqué des tensions avec le gouvernement local. Au Mexique, un journaliste est agressé toutes les 16 heures par la délinquance organisée mais aussi par des représentants des autorités, selon Article XIX.

En juin, M. Condes avait été l’un des premiers à couvrir la chute d’un hélicoptère, après des échanges de coups de feu entre des policiers et des délinquants. Dans la foulée, il avait reçu des menaces de mort, selon certains de ses collègues interviewés par la presse locale. Il avait alors sollicité la protection du gouvernement fédéral. D’après RSF, l’intéressé avait finalement refusé les mesures de sécurité proposées par l’organisme public dédié, en raison de la procédure bureaucratique que nécessite leur obtention.

Un programme de protection critiqué

Créé en 2012, le Mécanisme de protection des journalistes et des défenseurs des droits de l’homme gère les cas de plus de 900 personnes menacées, dont un tiers de journalistes. Ces derniers sont parfois déplacés dans d’autres régions du pays, certains protégés par des gardes du corps ou des «boutons d’urgence» reliés aux services de police. Mais l’efficacité du programme est fortement critiquée. Un rapport publié le 22 août par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) dénonce «son manque de ressources économiques et matérielles pour garantir son fonctionnement adéquat». Le tout alors que le nouveau président de centre gauche, Andres Manuel Lopez Obrador, mène une sévère cure d’austérité au sein des services publics.

Selon le rapport, le mécanisme aura besoin pour fonctionner de 325 millions de pesos (14,5 millions d’euros) en 2019. «Pourtant, son budget n’est que de 207,6 millions de pesos, moins qu’en 2018 et 2017», alerte le HCDH. Le rapport déplore aussi le manque de personnel avec seulement 36 salariés, qui gèrent en moyenne les cas de 155 personnes menacées.

Pour redresser la barre, le ministère de l’intérieur a sollicité, en avril, une rallonge budgétaire de 150 millions de pesos. «Mais les fonds n’ont toujours pas été alloués», dénonce le HCDH. Aucune personne menacée n’a pu sortir du programme en 2018 en raison des risques encourus. Pis, sept journalistes ont été assassinés, depuis 2012, alors qu’ils bénéficiaient de mesures de protection du mécanisme. Samedi, la Commission mexicaine des droits de l’homme a déploré, dans un communiqué, que la violence contre les journalistes soit «l’un des principaux obstacles qui empêchent que notre pays se renforce en tant que démocratie».

D’après le site de RSF

L’acteur chilien Alfredo Castro est primé à la 76e Mostra de Venise 2019

L’acteur chilien AlfredoCastro a reçu le Prix Starlight International Cinéma Awards, prix du Cercle de femmes journalistes. Il est le premier acteur latino à recevoir cette reconnaissance par le festival de Venise, pour son travail dans le film «Blanco en Blanco» du réalisateur chilien Théo Court. Le film a été présenté dans la section Horizontes. «Cette section accueille le plus innovateur et radical du 7e art», dit son producteur Giancarlo Nasi.

Photo : Presse La Mostra

L’acteur Alfredo Castro a dédié son prix à Pablo Larraín, grand réalisateur chilien reconnu internationalement et demandé au gouvernement chilien actuel la restitution des fonds supprimés au cinéma de son pays. «C’est un grand honneur de recevoir ce Prix et je souhaite le dédier à Pablo Larrain, mon maitre qui m’a appris comment faire ce métier», a-t-il déclaré ému. «Le cinéma a été un ambassadeur incroyable de notre pays et il devrait continuer à l’être» a -t-il ajouté. 

Alfredo Castro joue dans deux films chiliens présentés à la compétition «Blanco en Blanco» et «El Príncipe» (Le Prince) de Sebastián Muñoz, en compétition dans la Semaine internationale de la Critique. «El Principe» est le premier long métrage du réalisateur. Ce drame se déroule dans les années 70, à San Bernardo, au Chili. Un jeune homme est emprisonné après avoir tué un ami. Sous la houlette d’un codétenu, il va découvrir son orientation sexuelle et trouver la maison qu’il n’a jamais eue hors de la prison. À l’affiche de ce film, on retrouve notamment Alfredo Castro, dont la filmographie est grande, entre autres «Tony Manero», «El Club», «Les Amants de Caracas» ou encore «Rojo»

L’acteur chilien avait déjà participé dans d’autres films en compétition à Venise, à Berlin, à San Sebastián avec des films tels que Post Mortem (2010), de Pablo Larraín ; È stato il figlio (2012), de Daniele Cipri ; «Las niñas Quispe» (2013) de Sebastián Sepúlveda et le film vénézuélien «Desde allá», de Lorenzo Vigas, Lion d’Or du festival de Venise en 2015 avec le film Les Amants de Caracas

L’histoire de «Blanco en Blanco» se situe aux débuts du 20e siècle en Terre du Feu, territoire hostile où les conditions de vie sont extrêmes. Il fut filmé en plein hiver et le blanc de la neige envahi la désolation de ce lieu. Les grands propriétaires terriens, de colonisateurs s’imposèrent par la barbarie. Pedro, le protagoniste principal arrive en Terre du Feu pour faire les photos de la noce de Mr. Porter, un puissant latifundiste avec une très jeune femme Sara. Cette dernière devient l’obsession du photographe. Une obsession qui le mènera à sa perte jusqu’à trahir ses principes devenant ainsi un complice indirect du génocide du peuple natif, les Selknam. 

Le réalisateur Théo Court parle de la genèse de son film : «Lorsque j’ai observé des photographies de la chasse des indiens Selknam perpétrées par Julius Popper en Terre du Feu, j’ai voulu savoir qui était ce photographe qui participait à de tels actes comme un voyeur».

Hormis ces deux films chiliens, ont été présentés à la Mostra, dans La semaine de la critique, les films «Ema» de Pablo Larraín en compétition officielle. C’est la troisième fois que le réalisateur présente un film à la Mostra de Venise après Post-Mortem (2010) et Jackie (2016). «Ema» est un film féministe qui aborde le délicat sujet de l’adoption. Et le Colombien Ciro Guerra avec «Esperando a los barbaros» (Waiting for the Barbarians). Une adaptation du livre de J.M. Coetzee, Waiting for the Barbarians, avec Johnny Depp et Mark Rylance, allégorie qui traite le sujet de la colonisation et des abus au cours des guerres.

La réalisatrice argentine Lucrecia Martel, déjà membre du jury en 2008, est la présidente du Jury de 2019 – après le Mexicain Guillermo del Toro en 2018. Elle remettra le Lion d’or à l’issue de la 76e édition de la manifestation italienne qui se déroulera du 28 août au 7 septembre.

Olga BARRY

Un bel automne avec les Belles Lectures… Belles Latinas est prêt

En septembre les Nouveaux Espaces Latinos fêtent leurs 35 années d’existence et le festival littéraire Belles Latinas accueille sa dix-huitième édition au mois d’octobre. Rendez-vous incontournable de la littérature latino-américaine en France, le festival Belles Latinas a déjà invité plus de 250 écrivains. Du 9 au 19 octobre de cette année ce sont 14 écrivains d’Argentine, du Brésil, du Chili, de Colombie, du Mexique, du Pérou ainsi que trois écrivains français qui comme chaque année sont attendus par un public curieux et ouvert à une littérature parfois encore méconnue en France.

Photo : Nouveaux Latinos

Dans le dernier numéro de notre revue trimestrielle, nous présentions les écrivains qui nous honoreront de leur présence. Cela vous permettra de les découvrir et d’entamer en amont la lecture de leurs œuvres. Pour souligner cet anniversaire et cette longévité, nous préparons des moments forts comme un grand hommage à un auteur culte, Roberto Bolaño, décédé en 2003 dont les œuvres complètes sont à nouveau publiées en France par les éditions L’Olivier. Dans notre dernier trimestriel nous présentions une entrevue d’Olivier Cohen qui sera présent lors de cet hommage accompagné des écrivains et spécialistes de l’œuvre de cet écrivain disparu trop tôt. Dans notre publication nous proposons également deux interviews d’écrivains représentants de deux générations : le grand écrivain péruvien Alfredo Bryce Echeñique qui fête ses 80 ans et le talentueux écrivain chilien Alejandro Zambra, 44 ans.

Le festival s’adresse à tous les publics, aux lecteurs de romans policiers, de fictions historiques, de poésie, de différents genres littéraires mais surtout à des passionnés d’une littérature venue d’ailleurs. Elle nous parle quelques fois d’autres réalités mais elle n’est jamais totalement éloignée de ce qui nous inquiète ici. Au programme notamment des rencontres, des lectures musicales et des conférences ainsi qu’une résidence d’auteur et des séances de dédicaces qui seront organisées dans les médiathèques, les bibliothèques, les universités, les lycées et les librairies dans de nombreuses villes en France avec un ancrage dans la région Auvergne-Rhône- Alpes et la Métropole de Lyon.

Olga BARRY
Rédactrice en chef

Voir les écrivains et le programme 2019

Le Chili invité au 19e festival international du film insulaire de Groix en Bretagne

Le Festival International du Film Insulaire de l’île de Groix (Fifig) est né en 2001, lorsqu’une poignée de Groisillons a souhaité donner la parole aux insulaires du monde entier. D’emblée, l’envie de créer du lien les a guidés et ils se sont employés à rendre ce festival accessible, étonnant, humain et de qualité, proposant des films inédits et invitant des artistes du monde entier.

Photo : Films Insulaires de Groix

L’édition estivale du Fifig est le point d’orgue d’un projet mené à l’année : stage de création vidéo pour les collégiens avec les Tempestaires de Belle-Île, projections sur le caillou, au Quai Branly et même en Sicile. Si le cinéma est le premier langage du Fifig pour rapporter la parole insulaire, le festival a toujours pris vie en dehors des salles obscures. Se mêlent alors aux festivaliers et bénévoles, des réalisateurs, des artistes en tout genre et des invités des îles. A la sortie d’un film, après un débat passionné, autour d’un verre, devant un concert ou en flânant devant les expositions, le temps de quelques jours tous ces mondes se rejoignent.

Pour cette 19eédition, comme nous avons coutume de le dire, le Fifig «met le cap» vers les îles chiliennes. Pourtant c’est bien à Groix qu’est ancrée notre action, et celle-ci s’inscrit dans une dynamique associative locale, essentielle pour garantir l’accès à la culture sur l’île. Le Cinéma des Familles vient d’être acquis par la commune afin d’en confier la gestion à l’association Cinéf’îles qui a défendu ce projet durant de longs mois. 

Sarah FARJOT
Coordinatrice au FIFIG

Le festival du Film Insulaire 2019 aborde pour la première fois le continent sud-américain et donne un coup de projecteur sur les îles chiliennes : l’île de Chiloé, l’archipel Juan Fernandez avec l’île de Robinson Crusoé, les îles de Patagonie, l’île de Pâques ou Rapa Nui … Au programme : du cinéma documentaire et des fictions, des projections en plein-air, des concerts, expositions, débats, spectacles, une radio et une librairie. Du 21 au 25 août à Port Lay, île de Groix. Tous les soirs du festival sont animés par des concerts dans l’ancienne usine de Port Lay. Lors de concerts on pourra écouter le groupe chilien Valparaiso de Mora Luca.

Chaque année, le festival organise des expositions en lien avec l’île ou l’archipel à l’honneur. Avec un regard toujours porté vers l’insularité, les œuvres exposées peuvent aussi bien être des photographies, des vidéos, des peintures ou des installations multimédias. Le Festival se déroule dans le port et aux alentours de Port-Lay, sur l’île de Groix. Ce port est l’un des plus petits de Bretagne, il est spécialement aménagé pour l’occasion.

Le festival organise, en fonction des films projetés, des débats thématiques avec des réalisateurs et d’autres personnalités du monde insulaire. Parmi les invités chiliens, sont à l’honneur le photographe Rodrigo Gómez Rovira, le réalisateur Patricio Guzmán, dont on présente deux de ses films (Bouton de Nacar et L’île de Robinson Crusoé), José Domingo Rivera qui a réalisé le film sur l’île de Paques YorgosGeorgi Lazarevski, Zona Franca, tourné dans la Patagonie chilienne, Tiziana Panizza avec son film Tierra Sola, filmé en Rapa Nui, Iñaki Moulian et La isla y los hombres, entre autres. Ce sont une quinzaine de longs et courts métrages chiliens filmés dans les îles chiliennes dont un certain nombre sont en compétition.

La soirée d’ouverture présente la création (film, photographies et mise en musique par Mathilda Haynes) du Chilien Rodrigo Gomez Rovira intitulée Ultime Sud (Último Sur). «En Terre de Feu, on ne nomme pas le sud, il n’existe plus. La contemplation est quotidienne, le rapport au temps différent, en décalage avec nos sociétés. Les forces naturelles alimentent la poésie du lieu et façonnent le caractère de ses habitants. Le bout du monde n’est pas une métaphore, il est concret, palpable, permanent, c’est, el Último Sur» dit le photographe et réalisateur de Valparaiso.

Le festival Insulaire de Groix décerne cinq prix : L’île d’or (1er prix du jury), Prix Lucien Kimitété (2e prix du jury), Coup de cœur du jury, Prix du public et le Prix du jury jeune (compétition de courts métrages).

Olga BARRY

Le festival Amérique latine de Biarritz, temps fort du ciné latino de la rentrée

Le septième art latino-américain est bien présent dans les différents festivals de la rentrée : tour d’horizon de Locarno à Biarritz en passant par Lussas, Venise et San Sebastián. Le 27 août commencera la Biennale de Venise sous la présidence de la cinéaste argentine Lucretia Martel. On annonce en compétition Ema du grand Pablo Larraín (Chili) qui raconte une période difficile d’un chorégraphe et sa femme lors d’une procédure d’adoption

Photo : Festival Biarritz Amérique latine

La programmation de Biarritz (30 septembe-6 octobre) se met en place. Le focus de cette année portera sur la Patagonie avec, entre autres, Chubut, libertad y tierra de Carlos Echeverría (Argentine – 2018), El viento sabe que vuelvo a casade José Luis Torres Leiva (Chili – 2016), Escribir desde el sur del mundo de Ignacio Masllorens (Argentine – 2019), Le bouton de nacre (El botón de nacar) de Patricio Guzmán (Chili – 2015), Rey de Niles Atallah (Chili – 2017), Zona franca de Georgi Lazarevski (France – 2016). La programmation des courts métrages comprend 10 films. Dans la section documentaire, 10 titres sont également sélectionnés : Fait vivir de Oscar Ruiz Navia (Colombie/Canada) qui raconte la légende du Gypsy Kumbia Orchestra, 18 gitans musiciens, danseurs et circassiens qui ont inventé «Makind», Homo botanicus de Guillermo Quintero (Colombie/France), La arrancada de Aldemar Matias (Cuba/Brésil) sur l’athlétisme à Cuba, La búsqueda de Daniel Lagares et Mariano Agudo (Pérou/Espagne), regards, vingt ans après la fin du conflit, avec le Sentier lumineux, La visita de Jorge Leandro Colas (Argentine) sur cinq cents femmes et quelques hommes qui vont chaque fin de semaine rendre visite à des détenus, Vida à bordo de Emiliano Mazza de Luca (Uruguay) sur un porte-conteneur qui voyage sur les fleuves Paraná et Paraguay. La programmation des longs métrages sera annoncée prochainement…

Autres manifestations à souligner

En août, retour des festivals généralistes : d’abord Locarno (du 7 au 17/8) qui propose un riche panorama avec des projections en plein air. En compétition, A fiebre, un film très bien accueilli, suspendu entre rêve et réalité, par la réalisatrice brésilienne Maya Da-Rin sur une communauté indigène. Dans la section «Cinéma au présent» sera proposé La paloma y el lobo de Carlos Lenin (Mexique). 

Dans un petit village d’Ardèche, du 18 au 25 août se déroulent de fabuleux États Généraux sur le cinéma documentaire. Doté d’un nouveau grand bâtiment, «L’imaginaire», ce nouvel espace réunit maintenant «le village documentaire», l’aboutissement d’un long et ambitieux projet au milieu des vignes. Concrètement, pour les États Généraux, cela permet d’ouvrir une nouvelle salle, non pas pour programmer plus de films mais pour fluidifier la fréquentation parfois débordante sur certaines séances. Ces bouleversements géographiques ne changeront pas ce qui constitue l’originalité de cette semaine, intense et festive, notamment l’absence de compétition, l’exploration de cinématographies étrangères et les séminaires de réflexion. De «L’effraction du réel» au «Cinéma en actes d’Edgar Morin», de «Orientation/Désorientation» à une rencontre avec Artur Aristakisian, de l’Histoire du cinéma yougoslave à l’émergence du cinéma vietnamien, les échanges ne manqueront pas. Alors n’hésitez pas à passer par Lussas.

Le 27 août commencera la Biennale de Venise sous la présidence de la cinéaste argentine Lucretia Martel. On annonce en compétition Ema du grand Pablo Larraín (Chili) qui raconte une période difficile d’un chorégraphe et sa femme lors d’une procédure d’adoption et un film en anglais du colombien Ciro Guerra, le réalisateur de Les Oiseaux de passage, qui vient de sortir en DVD, Waiting for the Barbarians. Dans la section «Orrizonti» est annoncé Blanco en blanco de Theo Court (Espagne/Chili/France/Allemagne).

Pour le festival de San Sebastián, qui se déroule fin septembre, sont déjà prévus Vendrá la muerte y tendrá tus ojos de José Luis Torres Leiva (Chili/Argentine/Allemagne) et Workforce de DavidZonana (Mexique).

En outre, début juillet au Festival International du cinéma documentaire (FID) de Marseille, un film chilien d’Ignacio Agüero a remporté le Grand Prix de la Compétition Internationale : Nunca Subí El Provincia. Le réalisateur y explore son quartier.

Sorties en salle à souligner

Deux films seulement sont sortis sur écrans en juillet, l’un de manière confidentielle, Ils reviennent, fantastique mexicain d’Issa López, l’autre mieux distribué, le documentaire Diego Maradona par le britannique Asif Kapadia, à qui l’on doit Amy, un beau film sur Amy Winehouse. Voici la montée et la chute d’une légende à qui on pardonnerait son addiction à l’héroïne, mais pas qu’avec l’Argentine, il ait battu l’Italie. Le dieu des napolitains a été déboulonné. Le film est à voir même si l’on n’est pas fan de foot car il va bien au-delà en montrant comment, sorti des bidonvilles de Buenos Aires, on peut devenir un roi du stade et comment un pays (les supporters, la Camora et la justice) peut ensuite se venger.

Le 14 août est sortie la version cinéma de Dora l’exploratrice, la célèbre série d’animation destinée aux jeunes enfants. Les aventures de cette fillette hispano-américaine et de son singe parlant, Babouche, ont longtemps rythmé le quotidien des familles. Fort de son succès, le dessin animé éducatif (apprendre l’espagnol aux états-unien(ne)s) a été adapté au cinéma en live action. Le long-métrage, intitulé Dora et la Cité perdue, dévoile une version adolescente de Dora, jouée par Isabela Moner. Enfin le 18 septembre sortira enfin L’autre Cristobal, le film toujours inédit d’Armand Gatti sur Cuba réalisé en…1963 !

Alain LIATARD

« L’impensé – Inactualité de Parménide » du Mexicain Santiago Espinosa

Les latino-américains sont très connus en France : en tant que sportifs, musiciens et romanciers. Mais un latino-américain philosophe, écrivant dans la langue d’Henri Bergson, est chose rare. Voici donc Santiago Espinosa, né au Mexique, auteur de L’impensé. Inactualité de Parménide, Les Belles Lettres, collection Encre Marine, 2019.

Photo : A Due Voci

On doit avouer que le sous-titre nous a laissé perplexe car l’inactualité nous a tout de suite fait penser à Nietzsche et je savais, du moins je croyais savoir, que Nietzsche s’opposait manifestement à Parménide. J’étais ainsi, dès le départ, très curieux de savoir ce que l’auteur avait en tête. Le texte porte donc sur Parménide, né à Élée (actuelle Italie du sud), philosophe grec du Vesiècle avant notre ère. Il serait l’auteur d’un poème dont il ne reste que quelques fragments. Il est, avec Héraclite, l’un de deux plus grands penseurs d’avant Socrate et donc Platon, raison pour laquelle on appelle ces deux penseurs «présocratiques». La lecture faite par l’auteur s’attache à montrer que pratiquement toute l’histoire de la philosophie n’a pas compris Parménide, ou, pis encore, on a fait dire au texte du poème le contraire de ce qu’il disait !

Dans le sillage notamment de Friedrich Nietzsche et surtout Ludwig Wittgenstein, en passant par Henri Bergson et Clément Rosset, qui fut son maître et ami, l’auteur s’attache, dans sa lecture du poème -la seule que restituerait la vérité du texte- à montrer que l’idée maîtresse de Parménide est une tautologie : l’être (ou plus simplement la réalité) est. Il n’y a rien d’autre que ce qui se présente à notre perception. En fait, ce que l’auteur accomplit par cette (re)lecture de Parménide c’est une attaque en règle contre la philosophie considérée comme métaphysique. Cette pensée métaphysique a son origine chez Platon et s’étend jusqu’à Martin Heidegger même si ce dernier se veut le penseur du «dépassement de la métaphysique».

On s’interdira dans ces quelques lignes de rentrer dans le vif du sujet, et donc prendre position sur la lecture de Parménide et de la métaphysique en général proposé par l’auteur, tout d’abord parce qu’il faudrait beaucoup plus d’espace que celui imparti à ce bref compte-rendu, et surtout parce que notre revue n’est pas une revue pour des philosophes spécialistes. Mais rappelons grosso modo, la critique que l’auteur fait de la métaphysique considérant que la source de cette critique se trouve déjà chez Parménide, autrement dit, il aurait anticipé la dérive métaphysique de la philosophie, dérive dans laquelle nous serions encore empêtrés.

En quoi consiste donc la métaphysique? A penser, plutôt à croire, que, derrière la réalité il y a un autre monde, plus vrai, plus réel. C’est le monde des «formes intelligibles» de Platon, mais la pensée métaphysique s’exprime aussi dans la distinction entre l’être et le devoir-être, et celle chère à Heidegger, entre l’être et l’étant. Or, pour l’auteur, et selon sa lecture des fragments de Parménide, il n’y a qu’une seule réalité, celle que nous percevons, la situation dans laquelle nous nous trouvons, le monde dans lequel nous sommes. Il n’y a rien d’autre : il n’ y a pas d’autres mondes, d’autres «arrières-mondes» selon l’expression de Nietzsche. Cela implique qu’il faudrait suivre ce dernier dans ce qu’il appelle amor fati : il faut accepter le monde tel qu’il est, même si, et c’est souvent le cas, il n’est pas comme on voudrait qu’il soit. Il faut se résigner à accepter la réalité telle qu’elle est. Il faut donc en finir avec l’illusion, le désir d’un autre monde. Il n’y a que la réalité, ce qui est, et seulement ce qui est peut être véritablement pensé. Voilà l’explication du titre de l’œuvre ; ce qui n’existe pas, ne peut en aucun cas être pensé, c’est donc l’impensé.

Nous sommes partis de l’idée que Santiago Espinosa était mexicain, désormais nous savons qu’il a la nationalité française, mais à la lecture de son livre nous découvrons qu’en vérité il est grec![1]

Eduardo P. LOBOS


[1][…]s’il est vrai que devenir philosophe c’est avant tout devenir Grec -et par là élève d’Homère. op. cit. page 122.

A Guadalajara, au Mexique manifestation contre l’augmentation du prix du bus

Face à une population très indignée, une augmentation de 35 % du prix des transports publics a pris effet ce samedi 27 juillet. Malgré les tentatives du gouverneur de l’état de Jalisco pour justifier cette décision, plusieurs manifestations se sont déclenchées en conséquence, une desquelles aurait vu des affrontements entre la police et les manifestants et faisant état de cinq arrestations.

Photo : Amaranta Zermeño

Bien que l’augmentation des tarifs du transport public ait été annoncée le matin du 24 juillet, plusieurs personnes n’étaient pas au courant que quelques lignes de bus allaient coûter plus cher à partir du samedi de la même semaine. Le prix du transport public dans la zone métropolitaine de Guadalajara est passé de 7 à 9,50 pesos, affectant 135 lignes de bus et les quelques lignes de tramway. 

Le samedi 3 août une manifestation contre cette augmentation s’est déroulée dans les rues de Guadalajara, ayant comme point de départ le Parc de la Révolution, aussi connu comme «Parc Rouge». Une centaine d’individus se sont réunis, portant une grande variété de banderoles sur lesquelles on pouvait lire : «Non à l’augmentation !», «Alfaro démission», «Alfaro répresseur», «Gouvernement qui n’écoute pas son peuple est destiné à l’échec», entre autres. 

En réponse au mécontentement croissant de la part des usagers, une vidéo où le gouverneur de Jalisco, Enrique Alfaro, expliquait le «besoin» de l’augmentation tarifaire, a circulé sur les réseaux sociaux. Il assurait que cet ajustement aurait dû se faire plusieurs années auparavant, mais que l’administration antérieure ne l’a pas fait pour éviter la grogne citoyenne, même si les tarifs n’avaient pas été ajustés depuis 7 ans. Selon Alfaro, l’augmentation de 7 à 9,50 pesos permettrait aux divers moyens de transport public de continuer à fournir le service avec une amélioration progressive. 

«On a dû augmenter le tarif, tout simplement parce que si on ne le fait pas, le SITEUR (Sistema de Tren Eléctrico Urbano) va imploser financièrement […] tout le monde est bien d’accord que, même avec quelques soucis, il fournit un service de qualité qui s’est malheureusement dégradé ces dernières années, et c’est ce qu’on est en train de corriger», dit Alfaro. 

Mais «tout le monde» n’est pas d’accord avec cette déclaration. Ce «service de qualité» est presque inexistant, selon Martha García, une des manifestantes : «Ce service ne dispose pas d’unités propres, c’est incroyable, les places réservées aux personnes âgées sont encombrées par des seaux ou des balais, c’est très très sale». En outre, d’autres soucis importunent les usagers des transports publics : «Un autre problème à considérer ce sont les chauffeurs, qui ne sont pas polis avec nous, parfois ils ne font pas attention à laisser le temps au passager de monter dans le bus, et parfois même ils ne s’arrêtent pas quand on le leur demande !». Martha García et Aurora Martinez soulignent aussi comment cette augmentation affectera directement leurs économies, puisqu’en utilisant les transports publics une dizaine de fois par semaine, elles dépensent une grosse quantité d’argent pour un service qui ne le mériterait pas. 

Cette manifestation a été soigneusement organisée dans le but de rester pacifique et d’éviter les possibles affrontements avec les autorités de Guadalajara. Ceci en conséquence de la manifestation du vendredi 26 juillet, où plusieurs jeunes ont été agressés et éventuellement détenus par la police de l’état, après avoir tenté d’entrer dans les transports sans payer. Dana Gonzalez, intégrante de l’assemblée populaire contre l’augmentation tarifaire explique : «La convocation à cette manifestation a été purement pacifique, on est conscients que vendredi dernier il a eu des actions de répression contre quelques étudiants, et on ne peut pas permettre que cela se reproduise. En tant que citoyens, l’expression est notre droit, c’est notre droit d’exiger un transport public en sécurité, et avec un coût juste».

La manifestation s’est déroulée tout au long de l’avenue Juárez, en effet, de manière pacifique. Le mécontentement citoyen s’est fait entendre dans les rues comme sur les réseaux sociaux, qui restent jusqu’à présent très actifs à dénoncer l’injustice de cette augmentation tarifaire. 

Amaranta ZERMEÑO
Depuis Mexique

Alejandro Giannatei nouveau président affiche sa volonté de supprimer le concept de «pays tiers sûr»

Plus de 8 millions de Guatémaltèques se sont rendus aux urnes le dimanche 11 août pour désigner leur nouveau président de droite Alejandro Giammatei. Le futur chef d’État hérite d’une situation difficile, malgré une croissance supérieure à 3 % du PIB pour cette année.

Photo : JForum

Avant la campagne présidentielle, Alejandro Giammatei n’était pas une figure politique émergente. Il rêvait d’être élu président depuis de longues années. C’est donc, pour ce médecin de 63 ans, le triomphe d’une volonté sans failles: il a gagné les élections alors qu’il était candidat pour la quatrième fois –la troisième pour son adversaire, la sociale-démocrate Sandra Torres

Dans un pays où six guatémaltèques sur dix sont sous le seuil de pauvreté, le nouveau gouvernement ne va pas attendre pour prendre les rennes de la présidence, le 14 janvier prochain, et se lancer dans l’action. Ainsi, M. Giammatei et ses collaborateurs ont multiplié les rencontres ces derniers jours, avec les membres du gouvernement actuel, afin de prendre la mesure des défis majeurs qui les attendent, à savoir la lutte contre le crime organisé, le narcotrafic et la corruption qui semblent incontournables.

Le président élu a d’abord rappelé ses priorités: «Le plus important pour nous sera de mettre l’accent sur la création d’emplois afin d’attirer les investissements. Notre deuxième priorité, c’est de mettre en œuvre un plan national de développement rural surtout dans les zones limitrophes avec le Mexique […] pour arrêter l’immigration, mais aussi pour générer des emplois et de la productivité pour éviter que les gens partent d’ici».

Puis le futur chef de l’État a relevé que des inquiétudes et des attentes étaient exprimées au sujet des groupes délinquants liés au trafic de drogue et aux extorsions de fonds. En conséquence, il a annoncé son intention de donner une nouvelle impulsion à son action avec la mise en place d’«une nouvelle politique de sécurité publique, et ceci dès le premier jour de [son] mandat.» Le signe de cette priorité : pendant la campagne, il s’était déjà engagé à lutter contre la délinquance et la drogue «avec de la testostérone» (!).

Mais surtout le nouveau président, qui s’est prononcé contre le mariage homosexuel et contre la légalisation de l’avortement, veut marquer une rupture avec son prédécesseur, Jimmy Morales, en ce qui concerne le pacte sur l’immigration signé le 26 juin avec Donald Trump : «Ce concept de “pays tiers sûr”, on peut déjà l’éliminer», a-t-il déclaré. Ce que certains appellent «le cadeau empoisonné» de Morales à son successeur prévoit d’accueillir les migrants des pays voisins qui souhaitent demander l’asile aux États-Unis. Selon nombre d’observateurs, la seule question qui vaille est de savoir si ce traité a une quelconque chance d’être appliqué. 

C’est le souhait de Donald Trump, qui l’a fait savoir par l’intermédiaire de Mauricio Claver, le Chargé d’affaire pour l’Amérique latine du Département d’État états-unien: «Cet accord stipule simplement que le Guatemala accordera l’asile à un nombre précédemment convenu de migrants, et uniquement en provenance du Honduras et du Salvador», et pour rassurer les guatémaltèques il a ajouté: «Le fait d’appliquer l’accord conclu avec les États-Unis signifiera aussi pour le Guatemala d’avoir accès à un accord de visa X2A qui multipliera par trois le nombre de Guatémaltèques ayant accès à des permis de travail temporaire aux États-Unis.»

Ce dernier point est important: 1,5 million de Guatémaltèques résident aux États-Unis, la plupart sans-papiers. Or, si l’accord migratoire n’est pas ratifié, Washington menace de taxer les sommes d’argent qu’ils envoient dans leur pays, l’une des principales sources de revenus du Guatemala.

Craignant une invasion de chercheurs d’asile, Alejandro Giammatei s’est montré réfractaire au pacte d’immigration car il doit d’abord concentrer son action sur la préoccupante situation économique et sociale de son pays, laquelle s’est nettement dégradée ces dernières années à cause de ce mal endémique qui ronge la plupart des pays de l’Amérique latine : la corruption et la violence. 

Pour donner une idée, parmi les 60% de Guatémaltèques qui vivent sous le seuil de pauvreté, nombreux sont ceux qui tentent de traverser la frontière des États-Unis pour fuir l’ambiance de terreur des gangs. Le crime, l’impunité et la corruption confèrent au Guatemala l’un des plus élevés taux d’homicide au monde. C’était l’une des principales préoccupations des électeurs pendant la campagne et les deux candidats se sont montrés favorables à la création d’une institution locale pour «combattre cette maudite corruption dans laquelle on nous a plongés» selon Giammatei. Le président élu veut ainsi rompre avec la CICIG, la mission anti-corruption de l’ONU qui a menée des enquêtes contre lui, l’ex-candidate Sandra Torres et le président en fonction Jimmy Morales.

Eduardo UGOLINI

« Amazonia » un nouveau roman de Patrick Deville, écrivain reconnu et grand voyageur

Patrick Deville, on le sait, est un romancier reconnu et un grand voyageur. L’Orient, l’Afrique et l’Amérique latine font partie de ses destinations de référence. Il y a moins de deux ans, il a décidé de reprendre non la route mais le fleuve et, en compagnie de son fils Pierre, de remonter l’Amazone jusqu’au-delà de ses sources, puisque le parcours s’est achevé sur une île du Pacifique.

Photo : Editions du Seuil

Cette remontée de l’Amazone ne se présente pas comme un banal récit de voyage, avec descriptions minutieuses, impressions et dialogues avec les gens rencontrés. Elle est un grand bric-à-brac, Patrick Deville ne dédaignant pas une certaine confusion, dans sa façon d’écrire comme dans les thèmes abordés. Si on veut bien franchir ce qui peut apparaître comme un obstacle pour un esprit rationnel, on découvrira nature et littérature, sentiments et sensations.

Il faut donc être armé d’une certaine culture historique et littéraire pour prendre place avec profit sur ce bateau, la Jangada et naviguer, non seulement sur le grand fleuve entre Santarém et Iquitos, mais aussi entre Montaigne et Milton Hatoum. Il faut aussi avoir d’emblée un rien de sympathie pour Patrick Deville, car il est bien le centre de ce «roman» (annoncé comme tel sur la couverture). Normal, il en est l’auteur.

Tout comme les eaux de l’Amazone qui a besoin de dizaines de kilomètres avant d’accepter d’enfin se mêler à celles de ses principaux affluents, la prose de Patrick Deville coule tantôt paresseusement, tantôt en accélérant et mélange détails minimes et grands moments historiques, à l’image de tout voyage où l’on aura oublié le lendemain un fait qui nous avait marqués, croyions-nous, et où nous revient à la mémoire un événement tout à fait secondaire. 

Le fil rouge du récit, ce sont les rapports père-fils, Patrick et Pierre remontent l’Amazone sans se quitter, et l’écrivain multiplie les parallèles, historiques et littéraires pour la plupart, avec sa propre situation, comme par exemple Theodor Roosevelt et son fils Karmit, ou Rudyard Kipling et son fils John. Mais l’impression qui demeure de ce long voyage est davantage une cohabitation amicale qu’une communion. Il y a bien quelques moments de complicité (l’échange de regards amusés à la fin de l’opéra entendu à Manaus, alors que le fils vient de tuer son père sur scène), mais dans l’ensemble les deux hommes ne font que partager les conditions matérielles du voyage. D’ailleurs les deux protagonistes ne semblent pas en souffrir.

La pensée humaine, en liberté, n’épouse jamais la ligne droite, pas plus que l’Ucayali ou le Marañón avant qu’ils ne rejoignent l’Amazone, celle de Patrick Deville prend ces mêmes formes, fort heureusement, il ne faut pas attendre de ce livre un Guide du routard ou un récit de voyage à la Théophile Gautier. La seule logique est la distance parcourue entre le départ et l’arrivée. À nous de nous laisser porter par les considérations historiques sur l’époque de la sanglante conquête, par l’épopée que fut le tournage d’un film, par le portrait d’un ami rencontré, par mille petits riens ou encore par ces détails inutiles ou obscurs (que peut bien être une «roue Ferris qui clignote jusqu’à minuit» ?? Allez, crachons le morceau : c’est une grande roue de foire !). Ce sont ces choses qui font tout ce qui demeure dans une mémoire.

En refermant Amazonia, on connaitra mieux les multiples expéditions sur un territoire qui a toujours, depuis sa «découverte», fasciné les Européens et motivé des hommes hors du commun, on saura qu’au début du XIXe déjà Humbolt avait tout compris de ce que serait l’évolution des sociétés des deux côtés de l’Atlantique, pour en arriver jusqu’à la triste situation dans laquelle nous sommes et nous serons.

Christian Roinat

Amazonia de Patrick Deville, éd. du Seuil, 304 p., 19 €.

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