Archives des auteurs :

Direction Webmaster

Visite de la cacique Tanoné en France pour parler de la situation écologique en Amazonie

Voilà 100 jours que Jair Bolsonaro est président du Brésil. À cette occasion, la cacique Ivanice Pires Tanoné, âgée de 64 ans, invitée par les éditions Actes Sud et Planète Amazone, visitera la France du 5 au 20 avril. Son souhait est de livrer une prise de conscience sur la situation écologique de l’Amazonie.

Photo : Ito Waia

Cette cacique représente son peuple Kariri Xocó à Alagoas depuis plus de trente ans. Véritable gardienne de la nature, elle replante des arbres, seule. Reforestation qui sert à la protection des derniers hectares de forêt sacrée des terres de son peuple. Or sa lutte contre la déforestation et l’assèchement du fleuve San Francisco n’est pas entendue par le président Jair Bolsonaro.  Ce président menace les minorités indigènes. Leur culture et les écosystèmes dont ils dépendent sont alors en danger.

Alors que les minorités autochtones sont plus que jamais incomprises par leur gouvernement, la cacique Tanoné cherche du soutien en France. Lors de sa visite, elle portera également la voix de l’Alliance des Gardiens de Mère Nature. Mouvement lancé par la COP 21, pour la paix, la justice climatique et les générations futures. En parallèle, la cacique assurera la promotion de l’ouvrage Paroles des peuples racines – Plaidoyer pour la Terre, un livre de Sabah Rahmani qui rassemble les témoignages de 19 représentants autochtones dans le monde, mais qui représente aussi la Déclaration de l’Alliance des Gardiens et Enfants de la Terre Mère, pacte signé à Brasília par 200 indigènes et alliés de 30 pays. 

Pendant sa campagne présidentielle, Bolsonaro a déclaré que «les indiens n’auront plus un centimètre de terres en plus». Depuis son investiture au gouvernement brésilien, les terres indigènes sont désormais à la merci de l’agro-business, de l’industrie minière et des grands complexes de barrages. Cela représente la violation de la Constitution de 1988 et de la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail.

Lors de son appel en France, la cacique livrera plusieurs conférences. Première conférence le mercredi 10 avril lors de la «Up Conférences» à Hasard Ludique, Paris. Seconde conférence le lendemain à l’occasion des «100 jours de Bolsonaro» à l’Espace Niemeyer, Paris. Dernière conférence le mercredi 17 avril lors de la conférence «S.O.S. d’un Brésil indigène en détresse» à l’Espace Jean Dame de la Capitale française.

Eulalie PERNELET

«Apagón» historique au Venezuela durant plusieurs jours : Maduro et Guaidó s’accusent mutuellement

Le jeudi 7 mars dernier, une panne énergétique nationale a secoué le Venezuela. L’incident est survenu vers 17 heures et a affecté 18 des 24 États vénézuéliens, dont Caracas, la capitale. Pendant plus de 50 heures, la majorité des villes n’avait pas d’énergie. Le Venezuela s’est trouvé dans la pénombre totale ces derniers jours. Nicolás Maduro et Juan Guaidó s’accusent mutuellement.

Photo : Cronio

Maduro n’a pas hésité à qualifier cet incident de «sabotage» et à culpabiliser Juan Guaidó ainsi que les États-Unis, parlant de cet acte comme de «terrorisme». Au Venezuela, les coupures électriques sont fréquentes, mais généralement ne durent que quelques heures et ne sont pas à cette échelle. Le ministre de l’Énergie électrique depuis 2015, Luis Motta Domínguez (ancien général de l’armée) et président de la corporation électrique nationale (CORPOELEC, 2007) a parlé cette fois-ci de «guerre électrique». Mais à dire vrai, le manque de maintenance des équipements de production ainsi que de distribution est à l’origine du problème. D’après Aixa López, représentante du comité des affectés par les coupures électriques, entre janvier et décembre 2018, plus de 30 000 failles sont survenues dans le pays.

En effet, le Venezuela dépend à 70% d’un seul barrage hydraulique situé dans l’État Bolivar, nommé le barrage Guri-Simon Bolivar. Il s’agit du quatrième barrage le plus puissant au monde avec 10 200 MW.  Il est difficile à l’heure actuelle d’obtenir des données (fiables) concernant la production d’énergie électrique de ce barrage, mais selon Leonardo Vera, professeur de l’université centrale du Venezuela (UCV), seulement onze des vingt turbines installées sont aujourd’hui en fonctionnement.  

En 2009, l’ex-président Hugo Chávez avait promis que pour l’année 2011, le Venezuela aurait le système électrique le plus performant du continent. Pourtant, en 2018, la député Nora Bracho, membre de la commission de gestion et des services de l’assemblée nationale, a expliqué que les fonds d’investissement nécessaires au développement et à la modernisation du système électrique du pays s’élevaient à 40 milliards de dollars. Pourtant, les gouvernements de Chávez puis de Maduro ont investi plus de 100 milliards de dollars dans le projet.

Pendant plus de 50 heures, la majorité des villes n’avait pas d’énergie. Le Venezuela s’est trouvé dans la pénombre totale ces derniers jours. À cette heure, plusieurs villes n’ont pas encore d’énergie électrique (comme dans l’État Zulia ou Amazonas), ou ne bénéficient que d’un service partiel (notamment à Caracas). 

Des manifestations ont eu lieu le samedi 9 mars, ainsi que le mardi 12 mars 2019. Le but était de réclamer au gouvernement Maduro de pallier la crise énergétique. Plusieurs faits irréguliers se sont reportés dans les villes vénézuéliennes, dont des pillages de commerces (Zulia et district capital), et certains marchés facturaient leurs marchandises en dollars (acte illégal). Les services de base (eau et gaz) ainsi que le service de téléphonie et internet ont été impactés de ce fait. Les habitants les plus démunis de Caracas ont dû prélever de l’eau dans la rivière contaminée qui traverse la capitale (Guaire) pour satisfaire leurs besoins.       

Le dimanche soir, le député de l’Assemblée nationale, Juan Manuel Olivares (Primero Justicia) a établi un bilan de 21 personnes mortes à cause de la panne nationale du service électrique, notamment des personnes qui étaient hospitalisées (dont 6 nouveau-nés). 

En raison de ces faits, le président Maduro a déclaré jours de non-travail du vendredi 8 mars au mercredi 13 mars 2019. Quant à Guaidó et au parlement, ils ont décrété un état d’alerte nationale. D’après le président par intérim, le dernier weekend a entraîné des dégâts qui s’élèvent à 400 millions de dollars (endommagement des plans énergétiques, magasins pillés). Il a soumis un décret qui a été approuvé par l’Assemblée nationale, qui consiste à : mobiliser les forces de l’ordre pour protéger les installations de CORPOELEC, solliciter de l’aide à des experts internationaux, ordonner au personnel public de coopérer avec le secteur privé, proposer des plans d’économie de combustible et l’arrêt immédiat de l’approvisionnement de pétrole et de ses dérivés à Cuba. Le décret durera 30 jours et pourra être prolongé de 30 jours.

Entre temps, une équipe de cinq personnes (dont on ne connaît pas les noms) envoyée par la Haute Commissionnée des droits de l’homme, Michelle Bachelet, est arrivée ce week-end à Caracas. L’équipe échangera avec des membres du gouvernement Maduro, de Guaidó, des organisations de la société civile ainsi qu’avec des victimes de violation de leurs droits fondamentaux. L’objectif majeur de cette visite est d’évaluer la situation sociale mais aussi de planifier une éventuelle visite (accès sans entrave) de Mme Bachelet au Venezuela.

Gilberto Andrés OLIVARES

Voir reportages sur France 24

100 photos pour célébrer la biodiversité, entre menaces et beauté

Reporters sans frontières est fière de présenter le 59e album de sa collection. «100 photos de Vincent Munier pour la liberté de la presse». Un manifeste visuel pour la préservation de la biodiversité !

Photo : RSF

En cette fin d’année 2018, Reporters sans frontières (RSF) met au pied des sapins un manifeste visuel pour la préservation de la biodiversité ! Vincent Munier, photographe au style inimitable, offre à l’ONG ses plus beaux clichés animaliers. D’incroyables images qui viennent de ses quêtes lointaines et patientes : ours bruns du Kamtchatka, loups blancs et bœufs musqués de l’Arctique, panthères des neiges du plateau tibétain, manchots empereurs de l’Antarctique… Invité naturel de ce projet, le WWF France y dévoile ses décryptages.

Dossier spécial «Le journal vert broie du noir»

Dans de nombreux pays du monde, les journalistes qui traitent d’environnement ressemblent de plus en plus à leurs confrères et consœurs reporters de guerre ou spécialistes des mafias : quand on ne les assassine pas comme au Brésil, aux Philippines, au Mexique ou en Inde, quand on ne les emprisonne pas comme en Russie ou aux États-Unis, on tente par tous les moyens d’empêcher, de saboter ou de confiner leurs enquêtes. La criminalité environnementale et l’urgence écologique, qui décuplent leur courage, convaincront-elles les médias de leur accorder la primauté qui leur revient ? 

Les ventes d’albums permettent à RSF de financer plus de 30 % de ses actions de soutien et d’assistance aux journalistes partout dans le monde. Vous pouvez nous aider à les développer en mettant à disposition des espaces publicitaires gracieux au sein de vos publications à partir du 8 novembre.

L’équipe de Reporters sans frontières

Saison en droits au Musée de l’Homme à Paris avec Sebastião Salgado

Des expositions de photographie, de street art et d’histoire, des performances et événements pour célébrer les soixante-dix ans de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, signée au Palais de Chaillot le 10 décembre 1948. Autant de façons de s’interroger sur les valeurs qu’elle porte et son importance aujourd’hui. L’exposition de photo Déclarations de Sebastião Salgado est programmée du 8 décembre au 30 juin 2019.

Photo : Musée de l’Homme

Sebastião Ribeiro Salgado, né à Aimorés, État du Minas Gerais, le 8 février 1944, est un photographe franco-brésilien humaniste travaillant principalement en argentique noir et blanc. Il est basé à Paris. En 1973, il commence à s’intéresser à la photographie, en autodidacte. Il intègre successivement les agences photographiques Sygma (1974-1975), Gamma (1975-1979) et Magnum (1979-1994). En 1994, il crée à Paris l’agence de presse photos Amazonas Images avec sa femme Lélia Wanick SalgadoDéclarations présente une trentaine d’images en grand format de Sebastião Salgado, invité exceptionnel, dans le foyer de l’auditorium du Musée de l’Homme. Ces photographies illustrent des articles de la Déclaration universelle des droits de l’Homme tels que le droit à l’asile, à la liberté de pensée, de conscience et de religion, le droit au travail et d’autres encore. Des articles qui font particulièrement écho aux valeurs humanistes portées par le Musée depuis son inauguration en 1938. 

Sebastião Salgado a porté un regard rétrospectif sur son œuvre et a choisi des photographies prises au cours des 40 ans de sa carrière, dans une vingtaine de pays soulignant la portée universelle de la Déclaration. Des images comme autant de témoignages émouvants qui incarnent la nécessité́ de défendre au quotidien les droits énoncés en 1948, quelle que soit la région du monde concernée. 

Un de ses reportages les plus renommés, intitulé La Mine d’or de Serra Pelada, porte sur le quotidien dans une mine d’or au Brésil, reportage dans lequel il parvient à décrire les conditions de travail auxquelles les mineurs sont soumis. Il est nommé représentant spécial de l’Unicef en 2001. Dans l’introduction d’Exodes, il écrit : «Plus que jamais, je sens que la race humaine est une. Au-delà des différences de couleur, de langue, de culture et de possibilités, les sentiments et les réactions de chacun sont identiques. Les gens fuient les guerres pour échapper à la mort ; ils émigrent pour améliorer leur sort ; ils se forgent de nouvelles existences dans des pays étrangers : ils s’adaptent aux pires situations…»

En 2014, Wim Wenders et le fils du photographe, Juliano Ribeiro Salgado, ont réalisé un documentaire sur le travail de Sebastião Salgado, Le Sel de la Terre (The Salt of the Earth) qui a reçu le prix spécial Un Certain Regard au festival de Cannes 2014. En 2016, Sebastião Salgado se met au service de la liberté de la presse en offrant à Reporters sans frontières une anthologie de ses 100 plus belles photos en noir et blanc. Encore en 2016, il réalise en noir et blanc une série de portraits de membres de la tribu indigène Ashaninka, dont il tire un calendrier. Il photographie notamment la famille du leader indigène Benki Piyako.

D’après le Musée de l’Homme

Bolsonaro, la rencontre entre l’extrême droite et les milieux évangéliques

Ce texte de Mylène Gaulard est extrait du livre qui vient de paraître, sous la direction d’Olivier Da Lage, aux éditions Démopolis : L’Essor des nationalismes religieux. Il a été écrit avant la victoire de Bolsonaro mais en livre des éléments importants de compréhension.

Photo : MSN

Contrairement aux promesses de fin de l’histoire et des idéologies, nous observons une montée spectaculaire des nationalismes religieux. Le but du livre est d’expliquer ce phénomène dangereux pour la démocratie et la paix. Nés après la Première Guerre mondiale, en réaction à la révolution russe de 1917, ils réécrivent volontiers l’histoire et redessinent la géographie. Ils mobilisent les émotions, les sentiments, d’appartenance, d’amour d’un côté et d’exclusion de l’autre, de rejet ou de haine. 

Liés à la bourgeoisie commerçante (le Bazar de Téhéran en Iran), ils cherchent à enrôler les classes populaires et la bourgeoisie dans la collaboration de classe au sein de Communautés imaginées. La pauvreté, le chômage, l’absence de services publics et la corruption seraient la faute des étrangers, des infidèles, et des ennemis de l’extérieur. Ils imposent un protectionnisme à poigne vis-à-vis des voisins menaçants, du libre-échange, de la mondialisation et de la décadence des mœurs. Ils prescrivent une relecture des textes religieux et de nouvelles pratiques du culte autour de personnalités charismatiques.

La place des femmes et des minorités sexuelles est souvent dramatique, les droits sociaux et la démocratie sont souvent bafoués. Le rôle important des organisations paramilitaires et militaires débouche sur des guerres civiles, d’extermination et de conquêtes. Le contrôle des médias et de l’enseignement est décisif pour cristalliser des Communautés imaginées, conquérir puis conserver le pouvoir politique, religieux et militaire…

Mylène GAULARD

Mylène Gaulard est maître de conférences en sciences économiques à l’université Grenoble Alpes. Se réclamant d’un marxisme non dogmatique elle est spécialisée en économie du développement, et ses recherches portent plus spécifiquement sur le Brésil et la Chine. Elle est l’auteur de L’Économie du Brésil aux éditions Breal. Olivier Da Lage (1957 à Saint-Cloud, Hauts-de-Seine) est un journaliste français.

L’essor des nationalismes religieux aux éditions Demopolis sous la direction d’Olivier Da Lage. En savoir plus

Cinq phrases d’AMLO lors de son premier discours en tant que président du Mexique

Le nouveau président du Mexique Andrés Manuel López Obrador (AMLO), élu en juillet 2018 avec 53 % des votes, a tenu son premier discours comme président, samedi 1er décembre. Nous transcrivons une synthèse de l’article publié sur le site en espagnol de la BBC, traduit par nos soins.

Photo : BBC

Lors de son investiture devant le Congrès, Andrés Manuel López Obrador (AMLO) a annoncé samedi dernier sa volonté de combattre la corruption et de réformer le gouvernement national. AMLO a surtout fait la promesse devant les Mexicains de «ne pas échouer» dans sa volonté de réformer le pays. Le politicien de 65 ans a souligné qu’il veut aujourd’hui impulser une quatrième transformation à la hauteur des mouvements d’indépendance de la Réforme libérale et de la Révolution mexicaine. «Il n’y a rien de prétentieux ou exagéré, mais aujourd’hui, ce n’est pas seulement le début d’un nouveau gouvernement, mais d’un changement de régime politique» a prononcé AMLO.

Il va soumettre son gouvernement à un référendum à mi-parcours de son mandat de six ans, soit en 2021. «Je précise qu’en aucun cas je ne devrai me réélire. Au contraire, je me soumettrai à la révocation du mandat», a déclaré le nouveau président du Mexique. BBC Mundo a noté cinq phrases clés prononcées par le président lors de son premier discours aux Mexicains.

1) «Je m’engage à ne pas voler»

Le président a consacré une grande partie de son discours de plus d’une heure à expliquer ce qu’il considère comme les causes de la «grande corruption» du pays et comment les gouvernements passés l’ont tolérée. «Je m’engage à ne pas voler, à ne permettre à personne d’user de sa position pour soustraire des biens ou faire des affaires sous le couvert des pouvoirs publics» a-t-il affirmé. 

Il a également annoncé que son gouvernement encouragera les réformes législatives comme la suppression de l’immunité présidentielle ou la qualification de la corruption comme «délit grave» afin que tous les fonctionnaires de son gouvernement soient soumis à la justice. Il inclut également les «amis, compagnons et familles» pour éviter toute forme de malhonnêteté. 

2) «Le président du Mexique ne donnera jamais l’ordre de réprimer le peuple»

S’agissant de la situation d’insécurité au Mexique, un pays où 2017 a été reconnue comme la pire année en nombre d’homicides depuis plusieurs décennies, López Obrador a réaffirmé sa proposition de créer une Garde nationale militaire. Il assure qu’en tant que chef de l’Armée, il ne permettra aucun usage répressif ni actes de violences de la part des forces de sécurité publique. 

Bien que pendant des années il se soit opposé à l’implication de l’Armée dans les tâches de sécurité publique, AMLO a finalement défendu l’idée de la Garde nationale, en déclarant que «les forces armées ne sont pas concernées par la corruption des corporations policières». Cette mesure «sera mise en place seulement si elle est approuvée dans une consultation citoyenne» a-t-il promis.

3. «Ils vont baisser les salaires de ceux qui sont en haut parce qu’ils vont augmenter ceux de ceux qui se trouvent en bas»

AMLO a consacré une autre partie de son discours à expliquer comment il utilisera le budget disponible pour financer les programmes de son gouvernement. Il a assuré que son programme «d’austérité républicaine» qui vise à réduire les dépenses du gouvernement contribuera également à augmenter les salaires de la base des travailleurs du secteur public. 

De plus, le nouveau président a expliqué que l’objectif sera d’augmenter les revenus des Mexicains en général pour faire en sorte que la migration soit «facultative, et non pas obligatoire». «Nous allons mettre de côté l’hypocrisie néolibérale. L’État s’occupera de diminuer les inégalités sociales. La justice sociale ne sera plus écartée du programme gouvernemental» a déclaré AMLO. 

4. «La vengeance, ce n’est pas mon fort.»

Bien que AMLO a souligné à plusieurs reprises la complicité des gouvernements précédents dans la «grande corruption» du pays, il a également assuré qu’il ne demanderait pas la poursuite des autorités précédentes. «La vengeance n’est pas mon fort, même si je n’oublie pas, je suis un partisan du pardon et de l’indulgence» a dit le politicien. 

«La crise du Mexique a été causée non seulement par l’échec du modèle économique néolibéral appliqué les 36 dernières années de gouvernement, mais aussi par la prédominance immonde de la corruption publique et privée» a-t-il signalé. 

«J’ai proposé au peuple du Mexique que nous mettions fin à cette horrible histoire et que nous recommencions sur de meilleurs bases.»

5) «Je n’ai pas le droit d’échouer»

AMLO a terminé son discours sur une anecdote : alors qu’il se dirigeait vers le Congrès, un cycliste s’est approché de sa voiture et lui a dit : «tu n’as pas le droit de nous décevoir». Il a promis de faire de cette expression l’un de ses objectifs : «c’est la promesse que j’ai faite avec mon village : je n’ai pas le droit d’échouer.» 

AMLO, qui a été trois fois candidat aux présidentielles (2006, 2012, 2018), a expliqué se sentir prêt à affronter les problèmes du pays. Il arrive à la présidence comme président le plus voté depuis des décennies, en plus d’avoir une majorité quasi absolue dans les deux chambres du Congrès. 

«Rien de matériel ne m’intéresse et je ne me soucie pas du tout de l’attirail du pouvoir, j’ai toujours pensé que le pouvoir devait être exercé avec sagesse et humilité» a déclaré le politicien. Il a conclu: « je suis optimiste : nous sommes sur la voie de la renaissance du Mexique.»

D’après BBC Mundo
Traduit de l’espagnol
par Chloé GARCÍA DORREY

José, le film guatémaltèque de Cheng Li, primé au 40e festival des 3 Continents de Nantes

Cette année, neuf films ont tenté de décrocher un prix. À l’issue de la projection du film Tel Aviv on fire de Sameh Zoabi présenté en avant-première au Grand T à Nantes, le jury de cette 40e édition a remis les prix suivants : Montgolfière d’Or à Mémoires of my body de Garin Nugroho (Indonésie), Montgolfière d’argent à Three adventures of brooke de Yuan Qing (Chine), et mention spéciale du jury à José de Cheng Li (Guatemala).

Photo : Festival 3 Continents

José, 19 ans, vit seul avec sa mère, œuvrant chacun de son côté à de petits métiers pour assurer leur ordinaire : elle vendant sans licence des sandwichs, lui rabattant à un carrefour les clients potentiels vers un restaurant. Sa rencontre avec Luis, venu de la Côte pacifique du pays pour gagner sa vie comme manœuvre sur des chantiers de construction à Guatemala City, conduit José à réinvestir la part intime mais cachée de son existence.

Film guatémaltèque réalisé par Cheng Li, chinois résidant aux États-Unis, José parvient à faire glisser sur un même plan l’attention qu’il porte à son personnage principal à travers l’usage récurrent de plans fixes et une distance à lui qui installe son histoire dans l’épais tissu social et urbain qui l’entoure jusqu’à une poignante scène de clôture. Parvenant à neutraliser une menace naturaliste au bord de laquelle le film se tend, le jeu des acteurs non professionnels l’alimente d’un élan contrôlé mais convaincant, donnant aux hésitations des personnages, et Enrique Salanic à celui de José, leur juste poids. 

Chaque année depuis 1979, à la fin du mois de novembre à Nantes, le Festival des 3 Continents propose des films de fictions et des documentaires d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. Cette spécialisation géographique, pionnière en son temps, ne résume pas l’identité du Festival, elle est une des formes de ce qui l’anime et le distingue : la passion et la curiosité, le goût de la découverte et des rencontres, l’amour des films du Sud et la volonté de les servir.

Depuis sa création, le Festival des 3 Continents a constamment fait preuve d’un flair certain dans sa programmation. De nombreux hommages ont fait date : Raj Kapoor (Inde) en 1984, nouvelle vague argentine dès 1997 et à nouveau en 2002, Melvin Van Peebles en 1979 (USA), Tolomouch Okeev (Kirghistan) en 2002, Satyajit Ray (Inde) en 2006…

La Compétition a également ses titres de gloire : Souleymane Cissé (Mali) en 1979, Hou Hsiao-hsien (Taïwan) en 1984, Abbas Kiarostami (Iran) en 1987, Wong Kar-wai (Hong-Kong) en 1991, Tsai Ming-liang (Taïwan) en 1993, Jia Zhang-ke (Chine) en 1998 et bien d’autres encore… Le Festival des 3 Continents a été et restera un lieu de découvertes et de rencontres, un lieu d’échange et de passion.

Service de presse
Festival des 3 Continents de Nantes

Voir aussi l’article de Kevin Saint-Jean sur le festival 3 Continents de Nantes

Les Genevois ont afflué au 20e festival de cinéma Filmar en América Latina

Nous transcrivons un article de la Tribune de Genève de lundi dernier qui publie les films primés du vingtième festival Filmar en América Latina. Deux films cubain et péruvien ont été récompensés, ont indiqué les organisateurs à l’issue de ce festival qui a accueilli durant les trois semaines vingt mille spectateurs.

Photo : Filmar Genève

Le festival Filmar en América Latina, qui célébrait cette année son 20e anniversaire, a autant séduit voire davantage les Genevois que lors des précédentes éditions. Selon les premières estimations, l’affluence sur deux semaines pourrait même être supérieure aux dernières années où elle a atteint environ 20 000 personnes.

Des soirées supplémentaires sont prévues sur un site jusqu’à mardi. La fréquentation dans les principales salles partenaires «a augmenté», a relevé la directrice du festival, la cinéaste genevoise d’origine chilienne Vania Aillon.

Les 90 films ont été montrés à Genève mais aussi plus largement dans le canton et en France voisine. Deux nouveaux sites étaient prévus. «Nous sommes fiers d’œuvrer pour la diffusion de ce cinéma qui a le vent en poupe» et de diffuser des films qui ne sont, pour la plupart, pas projetés en Suisse, s’est félicitée Vania Aillon.

Parmi les deux films récompensés, Un traducteur de Rodrigo et Sebastián Barriuso a remporté le Prix du public. Le premier a salué «un honneur» que le film ait été désigné par le public. Tournée à Cuba, cette coproduction cubano-canadienne, inspirée de l’existence du père des deux jeunes réalisateurs, raconte le quotidien d’un professeur de littérature russe à l’université de La Havane en 1989. Celui-ci est détaché à l’hôpital pour une mission spéciale auprès d’enfants victimes de la tragédie de Tchernobyl. Le film montre la rencontre de cet homme avec un jeune patient. Le prix du public est doté de 4 000 francs suisses.

De son côté, la fiction Retablo du Péruvien Alvaro Delgado-Aparicio, a reçu le prix du Jury des jeunes, alimenté du même montant. «Très heureux», le réalisateur a relevé que cette œuvre, tournée au sein d’une communauté autochtone, mettait notamment l’accent sur la diversité. Dans un village de montagne au Pérou, un artisan réputé enseigne à son fils l’art des retablos, crèches décoratives vendues à l’église ou à des familles. Le jury a salué un film qui porte sur «les conséquences dramatiques» provoquées parfois par des valeurs patriarcales. Outre les films, une discussion sur les défis de tourner en Amérique latine a réuni des cinéastes et producteurs. La 21e édition aura lieu du 15 novembre au 1er décembre 2019.

La Tribune de Genève

Festival Filmar

Camilo Catrillanca, jeune Mapuche tué sans aucune justification par la police chilienne

Des plaintes pour vol de voiture dans une petite ville d’Araucanie, puis Camilo Catrillanca, un jeune mapuche tué par balle par le commando «Jungle» des forces de sécurité chilienne. Une carte mémoire de caméra embarquée qui est détruite. Un témoin de 15 ans qui aurait été torturé. Un journaliste révèle l’existence d’une liste de personnalités mapuches surveillées. Tout cela dans le climat militarisé d’une zone rurale où un peuple indigène tente de défendre ses droits face aux grandes entreprises forestières.

Photo : Alberto Valdés (EFE)

Cela pourrait être la quatrième de couverture d’un nouveau thriller, le Millenium sud-américain. Mais il s’agit de la nouvelle affaire secouant le Chili depuis quelques semaines. Le temps passe et les circonstances de la mort de Camillo Catrillanca se troublent de plus en plus. Le 14 novembre dernier, dans la commune d’Ercilla, à 600 kilomètres au sud de Santiago, trois véhicules de professeurs d’une école sont volés. Selon les forces de police, la suite de l’enquête mène les gendarmes à la communauté mapuche de Temucuicui. À leur arrivée sur place, une fusillade éclate et Camillo Catrillanca est tué alors qu’il tentait de fuir.

Dès la mort du jeune homme, des voix s’élèvent pour demander à ce que les circonstances du drame soit éclaircies. Le vice-président et ministre de l’Intérieur, M. Patricio Chadwick, annonce le 16 novembre que Camillo Catrillanca avait des antécédents judiciaires. Peu de temps après, sa famille rend public l’extrait du casier judiciaire de la victime, et M. Chadwickre revient sur ses déclarations. Camilo Catrillanca n’avait pas d’antécédents judiciaires mais était connu des services de police.

Par ailleurs, les gendarmes ne peuvent pas prouver que Camilo Catrillanca était lié au vol de voiture. Plus grave, il est rapidement établi qu’il ne fuyait pas et qu’il a été abattu d’une balle à l’arrière de la tête alors qu’il était au volant de son tracteur. Un adolescent de 15 ans l’accompagnait et devient ainsi le principal témoin de sa mort. Arrêté par les forces de l’ordre, l’identité de l’adolescent est gardée secrète.

Le 21 novembre, le Général Hermes Soto, à la tête du corps des Gendarmes, déclare devant la commission Sécurité de la Chambre des députés qu’un de ses hommes a détruit la carte mémoire de sa caméra embarquée. Ce gendarme portait en effet, lors de l’opération ayant aboutie à la mort de Camilo Catrillanca, une caméra GoPro dont les images auraient pu éclairer les circonstances du drame. La raison avancée pour expliquer cette destruction est que cette carte mémoire contenait également des images intimes de lui et de sa femme.

Le jeune témoin qui accompagnait Camilo Catrillanca au moment du drame reste ainsi la seule source disponible pour que la justice puisse comprendre le déroulement des évènements. De nouveau, les méthodes des forces de l’ordre sont remises en question. L’Institut des Droits Humains a ainsi annoncé porter plainte contre l’État, disant avoir la preuve que ce jeune homme avait été victime de torture lors de sa détention.

Plusieurs éléments inquiètent la défense. L’avocat de la famille Catrillanca réclame en effet la restitution des vêtements de la victime, ceux-ci ayant mystérieusement disparus entre le moment de sa mort et son arrivée à l’hôpital. Toutefois, d’après les premiers éléments de l’enquête, aucune trace de poudre n’a été relevée, que ce soit sur les vêtements ou sur le corps de Camilo Catrillanca, mettant à mal la thèse d’un affrontement armé. Par ailleurs, l’enquête établit que 21 douilles de balles ont été retrouvées sur les lieux, ce qui effrite un peu plus la version officielle des gendarmes, qui disent avoir répliqué de manière proportionnelle à des tirs.

De plus, le groupe de gendarmes qui a pris en charge cette affaire de vol de voiture est un commando surnommé «Jungle». Il s’agit d’une unité de 80 hommes récemment créée, formée aux États-Unis et en Colombie à la lutte armée contre les narcotrafiquants en terrain hostile. Une partie de l’opposition s’est interrogée quant à la pertinence d’une telle unité dans le cadre de la lutte contre les Mapuches, mettant en avant la faible dangerosité des mouvements de défense indigènes et questionnant l’assimilation des Mapuches à des réseaux terroristes.

Surtout, ce groupe ne devait intervenir, selon ses ordres de mission, que dans le cas d’affrontements entre les forces de l’ordre et des groupes armés. Il est donc incompréhensible pour une partie de l’opinion publique que ce soit ce commando qui ait pris en charge ce qui au départ n’était qu’une affaire de vol de voiture. Les groupes mapuches et leurs sympathisants soupçonnent ainsi une volonté de militariser tout délit impliquant les communautés indigènes. Par ailleurs, comme le souligne la Comission Interaméricaine des Droits de l’Homme, Camilo Catrillanca était connu pour avoir été un des leaders des manifestations étudiantes en 2011 et était un des porte-paroles de sa communauté.

Enfin, le 27 novembre dernier, un journaliste du média d’investigation Centro de Investigación e Información Periodistica (Centre d’Investigation et d’Information Journalistique) révèle l’existence d’un fichier policier listant les principaux meneurs des organisations mapuches. Ce document a été élaboré par la Unidad de Inteligencia Operativa Especializada de Carabineros (Unité Spécialisée du Renseignement Opérationnel des Gendarmes). Cette unité aujourd’hui dissoute est également celle qui est impliquée dans «l’affaire Ouragan», un cas ayant révélé la fabrication de fausses preuves par cette unité pour pouvoir inculper plusieurs mapuches de crimes et délits qu’ils n’ont pas commis.

Ce fichier, recensant de nombreuses personnalités mapuches, comprend à la page 24 les membres de l’Alianza Territorial Mapuche (Alliance Territoriale Mapuche), une organisation défendant les droits de la communauté. Cette organisation est non-violente et a été à plusieurs reprises sollicitée par les différents gouvernements pour travailler sur les problématiques liées aux Mapuches. Le grand-père de Camilo Catrillanca, Juan Segundo Catrillanca, à la tête de l’organisation, et d’autres membres ont même participé à des réunions de travail à la Moneda lors du premier gouvernement Piñera (2010-2014). Le document contient également des commentaires sur les opinions politiques et les amitiés (sur les réseaux sociaux) de nombreux membres d’organisations mapuches diverses.

Pour le moment, l’enquête n’a pas permis d’établir qui a tiré sur Camillo Catrillanca. Le Ministère Public a ouvert trois enquêtes. La première concernant le vol de voiture initiale, la deuxième sur la mort de Camilo Catrillanca, et la troisième porte sur la destruction de preuves et les faux témoignages des policiers impliqués. Une quatrième pourrait être ouverte à partir de la plainte de l’Institut des Droits Humains concernant les actes de torture subis par le jeune témoin.

La Commission Interaméricaine des Droits Humains a fait part de sa préoccupation et appelle l’État chilien à enquêter de manière impartiale et rappelle que les forces de sécurité sont tenues de respecter les normes du droit international. Des sanctions administratives ont déjà été prises à l’encontre des gendarmes. Quatre hommes du commando «Jungle» ont été exclus des forces de police, le général et le préfet des forces de sécurité en Araucanie ont été contraint de démissionner. Par ailleurs, l’Intendant régional, nommé par le président, a quitté ses fonctions. Le président Sebastián Piñera s’est rendu dans la région à l’occasion de la nomination du nouvel Intendant.

Ces tristes évènements ont évidemment engendré plusieurs manifestations, aussi bien en Araucanie qu’à Santiago. Plusieurs affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestants ont éclaté, y compris dans le cortège funéraire menant Camilo Catrillanca à sa dernière demeure. Celui-ci rejoint les nombreux mapuches tués ces dernières années en Araucanie, conséquence directe d’une militarisation toujours plus importante du conflit social, avec toutes les violences que cela engendre.

Rai BENNO
Depuis Santiago du Chili

La venue à Lyon de la réalisatrice vénézuélienne Alexandra Henao pour le festival Documental 2018

La douzième édition du festival «Documental : l’Amérique latine par l’image» a accueilli la réalisatrice vénézuélienne Alexandra Henao, dans le cadre d’une collaboration avec le festival «Documenta» de Caracas. Elle a présenté son long-métrage documentaire Kuyujani envenenado à l’Institut Cervantès le mardi 20 novembre, son film étant en lice pour les prix du jury et des spectateurs décernés à la fin du festival.

Photo : Beto Benitez (Pérou)

Alexandra Henao est vénézuélienne. Elle est diplômée en communication sociale (Université Catholique André Bello, Caracas, Vénézuela) et en cinématographie (Nation Film & TV School, Beaconsfield, Angleterre). Directrice cinématographique et de la photographie, les courts et longs métrages qu’elle a réalisés ont tous été primés dans son pays d’origine ainsi qu’à l’international.

La réalisatrice s’est rendue à Lyon la semaine dernière afin de présenter un long-métrage sur les questions amérindiennes et écologiques au festival «Documental, l’Amérique latine par l’image». C’est dans le cadre d’une collaboration avec le festival «Documenta» de Caracas que la structure culturelle Espaces Latinos a eu l’honneur d’accueillir Alexandra Henao.

Entre 2010 et 2016, la réalisatrice vénézuélienne s’est rendue à trois reprises dans les communautés Yekuana et Sanema qui souffrent d’une catastrophe humaine et environnementale. En effet, ces peuples risquent de disparaître sous peu car les lacs qui traversent leurs territoires et dont ils se servent pour les activités quotidiennes sont empoisonnés au mercure. Cet élément chimique que les locaux appellent le «vif d’argent» est utilisé pour extraire l’or des exploitations minières qui se développent de manière exponentielle sur les territoires indigènes. Jusqu’à 2016, ce commerce était absolument illégal mais n’en demeurait pas moins réel. Kuyujani envenenado montre l’impossible affrontement entre les communautés Yekuana et Sanema et ceux qui bénéficient de cette activité illégale et l’autorisent, au détriment des locaux et de leur santé. Le documentaire met en exergue l’implication de commanditaires militaires dans ce commerce qui, loin de le faire cesser, l’alimentent.

Les différentes séquences du film montrent l’altération du quotidien de ces peuples à cause d’activités polluantes, dangereuses et très rentables, dans un Vénézuela en crise économique. On ne peut que regarder, abasourdi, cette réalité qui nous est si lointaine se déployer devant nous, et se sentir révolté par cette injustice. L’approche humaniste et militante de la réalisatrice est frappante en ce qu’elle montre le bienfondé des revendications des Yekuana et Sanema qui, malheureusement, sont les laissés-pour-compte de ce désastre sanitaire et écologique.

Le mercredi 21 novembre, c’est à l’École Normale Supérieure de Lyon que son documentaire a été projeté, en miroir avec le court-métrage Mi territorio, de Cécile Spanu et Arturo Rodríguez, lors d’une double-projection, suivie d’un échange avec le public.

Nina MORELLI

De gauche à droite : Nicolas Olivares Pereda, Alexandra Henao, Cécile Spanu, Arturo Rodriguez, Nina Morelli – Crédit : ENSeguida

“Les populations amérindiennes, la terre et l’écologie : un dialogue latino-américain”, une rencontre de réalisateurs à l’Ecole normale supérieure de Lyon

Dans le cadre du 12e festival «Documental : l’Amérique latine par l’image», les Nouveaux Espaces Latinos et ENSeguida, association latino-américaniste de l’ENS de Lyon ont organisé à l’ENS, avec le soutien de l’association écologiste ENvertS, une double projection de documentaires sur la condition de peuples amérindiens du Venezuela (communautés Yekuana et Sánema) et du Mexique (communauté Maya). Celle-ci s’est prolongée par une discussion avec les réalisateurs.

La rencontre a été modérée par Nina Morelli et interprétée par Nicolás Olivares Pereda. Les deux projections ont été suivies par un échange avec les réalisateurs Alexandra Henao (Kuyujani envenenado, Vénézuela), Cécile Spanu et Arturo Rodríguez (Mi territorio, France et Mexique). La rencontre a débuté avec une première interrogation : comment, en tant que réalisateur, peut-on s’intégrer à ces communautés indigènes ? Dans le cas d’Alexandra Henao, c’est un chef Yekuana qui lui a demandé de venir faire un documentaire sur une des fêtes traditionnelles les plus connues de cette communauté. Une fois sur place, elle a décidé de centrer son film sur la question des mines et des lacs empoisonnés au mercure, devant l’urgence de la situation.

Cécile Spanu et Arturo Rodríguez, sont initialement allés dans des communautés indigènes au Mexique afin de filmer et d’interroger des spécialistes sur des questions écologiques et agricoles, dans le cadre d’un projet documentaire plus vaste. L’association Maderas del pueblo les a introduit dans une petite communauté maya. Cette association aide à l’autonomisation des peuples indigènes. Ils insistent sur le fait qu’ils n’ont pas eu à faire beaucoup d’efforts pour s’intégrer : c’est bien plus la communauté qui les a intégrés.

L’échange s’est poursuivi sur les différences de modes de vie. Cécile Spanu et Arturo Rodríguez ont mis en avant ce qu’était le concept de «communauté». Ils ont découvert un tout, un fonctionnement harmonieux. Le rapport de la communauté à l’environnement est fusionnel. Arturo Rodríguez raconte le plaisir qu’il y a à se dire : «ce fleuve, c’est chez moi, cette forêt, c’est chez moi aussi. Finalement, pour nous qui cherchons une solution écologique et une manière de repenser notre vie avec le territoire, tout est déjà là. Ces peuples vivent selon le rythme de la nature, leur calendrier dépend de la croissance du maïs, et résulte donc d’une l’osmose avec la nature.»

La question du rapport à la modernité a également été abordée. Arturo Rodríguez raconte ainsi que ces communautés ne comprennent pas «l’idée d’avoir des cartes de crédits, le fait de ne pas être payé directement avec de l’argent, sinon de manière virtuelle». Le concret est bien plus ancré : les membres de la communauté qu’ils ont fréquentés ne veulent que ce dont ils ont besoin, aux niveaux matériel et pratique. Il y a malgré tout un certain sens de la modernité, car ils utilisent des moteurs et des panneaux solaires.

Les communautés amérindiennes du Venezuela, les Yekuana et les Sánema ont attisé la curiosité du public. Des questions ethnologiques ont été posées à Isabel Soto, chorégraphe et danseuse qui a vécu avec ces communautés pendant plusieurs mois. Les spectateurs se sont demandés quel était le rapport de ces peuples au territoire. Cela a permis d’ouvrir le débat sur la question des peuples déplacés. Arturo Rodríguez et Cécile Spanu ont  expliqué que la communauté Maya dans laquelle ils vivaient était constituée de personnes déplacées de leur territoire d’origine (pour l’exploitation de leur ancienne terre), et que «ces gens étaient plutôt contents d’avoir une terre à eux, sur laquelle ils puissent vivre en paix, et qu’ils peuvent s’approprier». La position d’Alexandra Henao était toute autre. Elle a mis l’accent sur le lien étroit entre les peuples des régions de l’Amazonas à leurs territoires. Elle a notamment insisté sur le choc du déplacement qui «serait une vraie rupture dans leur système de vie ancestral. Le lien au territoire est essentiel pour la survie de la communauté et pour la perpétuation de leur culture».

La discussion sur les communautés indigènes a amené une question sur les  métissages entre les communautés Sánema et et Yakuana et les «créoles» (c’est-à-dire toute personne non indigène). Isabel Soto a expliqué qu’il n’y a que peu de mélanges et que les communautés citées sont deux peuples très différents. Il n’y a presque pas de cas de couples mixtes, entre différentes communautés, et de même avec des créoles. Quoiqu’il en soit, elle a insisté sur le fait que toute personne née dans la communauté, qui y a grandi, qui en maîtrise la langue et la culture est parfaitement intégrée dans cette communauté, qu’il soit métisse ou non. Il n’y a pas de telle distinction qui soit faite, même si les cas sont rares.

Suite à cela, la discussion est devenue politique. Dans le documentaire Kuyujani envenenado plusieurs séquences montrent des militaires et leurs rapports aux mineurs illégaux qui pénètrent dans les territoires indigènes. La réalisatrice a expliqué qu’il lui était impossible de filmer les militaires : elle a été obligée de placer des caméras cachées sur les chefs indigènes qui allaient à leur rencontre. Dans d’autres séquences, on voit des assemblées qui réunissent les chefs des communautés indigènes, les militaires et la ministre des Peuples Indigènes Aloha Núñez, qui évoquent les différentes lois quant au respect des territoires indigènes.

Le documentaire vénézuélien concerne la période 2010-2016. Lors du débat, la question de l’état actuel du problème sous la gouvernance de Nicolás Maduro a été posée. En 2016, le président vénézuélien a signé un accord autorisant l’extraction d’or dans un arc minier au sein de ces territoires. Désormais, l’exploitation, en plus d’être extrêmement polluante, n’est plus illégale. Sa dangerosité pour l’environnement et la santé des populations est totale. Les mineurs ne respectent pas les frontières de l’arc minier et c’est ainsi 52% du territoire des indigènes qui est exploité. L’accord du gouvernement pour l’exploitation intensive de ces ressources minières s’explique par la chute des prix du pétrole, qui était le revenu principal de l’État vénézuélien. L’extraction de l’or au mercure est devenu pour le pays une nouvelle ressource économique.

Les territoires miniers souffrent également de pressions externes, comme celle du Cartel del Sol (cartel de militaires), qui récupère une grande partie des ressources des extractions minières. C’est ce qui amène Alexandra Henao à parler du Vénézuela comme d’une dictature narco-militaire. Elle rappelle également que, malgré les lois pour les droits de ces communautés mises en place par Hugo Chávez, les accords n’ont jamais été appliqués. La séquence dans laquelle apparaît la Ministre des Peuples Indigènes incarne ce dialogue et cette mise en pratique impossibles : tout son discours vise à éviter de répondre aux protestataires et à plutôt mettre en avant la révolution menée par Chávez et sa lutte pour les peuples indigènes.

Le débat s’est ouvert sur d’éventuelles situations similaires dans d’autres pays d’Amérique latine. Alexandra Henao a donné quelques exemples, comme celui de peuples indigènes en Colombie, dont le taux de contamination au mercure est tel que les premiers effets à long-terme se font déjà remarquer, surtout chez les enfants. Au Brésil, le nouveau président Bolsonaro compte développer l’exploitation minière dans le pays. Le Pérou rencontre aussi ce genre de problèmes, mais dans aucun des cas évoqués le gouvernement ne prend des mesures contre ce qu’on peut appeler des écocides et des génocides.

Les réalisateurs ont transmis une note finale positive malgré tout. Aborder ces questions grâce au cinéma documentaire permet de soulever une indignation et créer des dynamiques des mobilisations et des lutte. C’est aussi, pour Cécile Spanu et Arturo Rodríguez, «une bonne chose que d’apprendre que les solutions écologiques que nous cherchons aujourd’hui existent déjà chez ces communautés indigènes. Nous avons donc beaucoup à apprendre d’eux.»

Ève LE FESSANT COUSSONNEAU

EnSeguida

Page 1 sur 112123...Last »

Inscription newsletter

Inscription newsletter depuis le 11 mars

Articles par mois

Articles par catégorie