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Cinq phrases d’AMLO lors de son premier discours en tant que président du Mexique

Le nouveau président du Mexique Andrés Manuel López Obrador (AMLO), élu en juillet 2018 avec 53 % des votes, a tenu son premier discours comme président, samedi 1er décembre. Nous transcrivons une synthèse de l’article publié sur le site en espagnol de la BBC, traduit par nos soins.

Photo : BBC

Lors de son investiture devant le Congrès, Andrés Manuel López Obrador (AMLO) a annoncé samedi dernier sa volonté de combattre la corruption et de réformer le gouvernement national. AMLO a surtout fait la promesse devant les Mexicains de «ne pas échouer» dans sa volonté de réformer le pays. Le politicien de 65 ans a souligné qu’il veut aujourd’hui impulser une quatrième transformation à la hauteur des mouvements d’indépendance de la Réforme libérale et de la Révolution mexicaine. «Il n’y a rien de prétentieux ou exagéré, mais aujourd’hui, ce n’est pas seulement le début d’un nouveau gouvernement, mais d’un changement de régime politique» a prononcé AMLO.

Il va soumettre son gouvernement à un référendum à mi-parcours de son mandat de six ans, soit en 2021. «Je précise qu’en aucun cas je ne devrai me réélire. Au contraire, je me soumettrai à la révocation du mandat», a déclaré le nouveau président du Mexique. BBC Mundo a noté cinq phrases clés prononcées par le président lors de son premier discours aux Mexicains.

1) «Je m’engage à ne pas voler»

Le président a consacré une grande partie de son discours de plus d’une heure à expliquer ce qu’il considère comme les causes de la «grande corruption» du pays et comment les gouvernements passés l’ont tolérée. «Je m’engage à ne pas voler, à ne permettre à personne d’user de sa position pour soustraire des biens ou faire des affaires sous le couvert des pouvoirs publics» a-t-il affirmé. 

Il a également annoncé que son gouvernement encouragera les réformes législatives comme la suppression de l’immunité présidentielle ou la qualification de la corruption comme «délit grave» afin que tous les fonctionnaires de son gouvernement soient soumis à la justice. Il inclut également les «amis, compagnons et familles» pour éviter toute forme de malhonnêteté. 

2) «Le président du Mexique ne donnera jamais l’ordre de réprimer le peuple»

S’agissant de la situation d’insécurité au Mexique, un pays où 2017 a été reconnue comme la pire année en nombre d’homicides depuis plusieurs décennies, López Obrador a réaffirmé sa proposition de créer une Garde nationale militaire. Il assure qu’en tant que chef de l’Armée, il ne permettra aucun usage répressif ni actes de violences de la part des forces de sécurité publique. 

Bien que pendant des années il se soit opposé à l’implication de l’Armée dans les tâches de sécurité publique, AMLO a finalement défendu l’idée de la Garde nationale, en déclarant que «les forces armées ne sont pas concernées par la corruption des corporations policières». Cette mesure «sera mise en place seulement si elle est approuvée dans une consultation citoyenne» a-t-il promis.

3. «Ils vont baisser les salaires de ceux qui sont en haut parce qu’ils vont augmenter ceux de ceux qui se trouvent en bas»

AMLO a consacré une autre partie de son discours à expliquer comment il utilisera le budget disponible pour financer les programmes de son gouvernement. Il a assuré que son programme «d’austérité républicaine» qui vise à réduire les dépenses du gouvernement contribuera également à augmenter les salaires de la base des travailleurs du secteur public. 

De plus, le nouveau président a expliqué que l’objectif sera d’augmenter les revenus des Mexicains en général pour faire en sorte que la migration soit «facultative, et non pas obligatoire». «Nous allons mettre de côté l’hypocrisie néolibérale. L’État s’occupera de diminuer les inégalités sociales. La justice sociale ne sera plus écartée du programme gouvernemental» a déclaré AMLO. 

4. «La vengeance, ce n’est pas mon fort.»

Bien que AMLO a souligné à plusieurs reprises la complicité des gouvernements précédents dans la «grande corruption» du pays, il a également assuré qu’il ne demanderait pas la poursuite des autorités précédentes. «La vengeance n’est pas mon fort, même si je n’oublie pas, je suis un partisan du pardon et de l’indulgence» a dit le politicien. 

«La crise du Mexique a été causée non seulement par l’échec du modèle économique néolibéral appliqué les 36 dernières années de gouvernement, mais aussi par la prédominance immonde de la corruption publique et privée» a-t-il signalé. 

«J’ai proposé au peuple du Mexique que nous mettions fin à cette horrible histoire et que nous recommencions sur de meilleurs bases.»

5) «Je n’ai pas le droit d’échouer»

AMLO a terminé son discours sur une anecdote : alors qu’il se dirigeait vers le Congrès, un cycliste s’est approché de sa voiture et lui a dit : «tu n’as pas le droit de nous décevoir». Il a promis de faire de cette expression l’un de ses objectifs : «c’est la promesse que j’ai faite avec mon village : je n’ai pas le droit d’échouer.» 

AMLO, qui a été trois fois candidat aux présidentielles (2006, 2012, 2018), a expliqué se sentir prêt à affronter les problèmes du pays. Il arrive à la présidence comme président le plus voté depuis des décennies, en plus d’avoir une majorité quasi absolue dans les deux chambres du Congrès. 

«Rien de matériel ne m’intéresse et je ne me soucie pas du tout de l’attirail du pouvoir, j’ai toujours pensé que le pouvoir devait être exercé avec sagesse et humilité» a déclaré le politicien. Il a conclu: « je suis optimiste : nous sommes sur la voie de la renaissance du Mexique.»

D’après BBC Mundo
Traduit de l’espagnol
par Chloé GARCÍA DORREY

José, le film guatémaltèque de Cheng Li, primé au 40e festival des 3 Continents de Nantes

Cette année, neuf films ont tenté de décrocher un prix. À l’issue de la projection du film Tel Aviv on fire de Sameh Zoabi présenté en avant-première au Grand T à Nantes, le jury de cette 40e édition a remis les prix suivants : Montgolfière d’Or à Mémoires of my body de Garin Nugroho (Indonésie), Montgolfière d’argent à Three adventures of brooke de Yuan Qing (Chine), et mention spéciale du jury à José de Cheng Li (Guatemala).

Photo :

José, 19 ans, vit seul avec sa mère, œuvrant chacun de son côté à de petits métiers pour assurer leur ordinaire : elle vendant sans licence des sandwichs, lui rabattant à un carrefour les clients potentiels vers un restaurant. Sa rencontre avec Luis, venu de la Côte pacifique du pays pour gagner sa vie comme manœuvre sur des chantiers de construction à Guatemala City, conduit José à réinvestir la part intime mais cachée de son existence.

Film guatémaltèque réalisé par Cheng Li, chinois résidant aux États-Unis, José parvient à faire glisser sur un même plan l’attention qu’il porte à son personnage principal à travers l’usage récurrent de plans fixes et une distance à lui qui installe son histoire dans l’épais tissu social et urbain qui l’entoure jusqu’à une poignante scène de clôture. Parvenant à neutraliser une menace naturaliste au bord de laquelle le film se tend, le jeu des acteurs non professionnels l’alimente d’un élan contrôlé mais convaincant, donnant aux hésitations des personnages, et Enrique Salanic à celui de José, leur juste poids. 

Chaque année depuis 1979, à la fin du mois de novembre à Nantes, le Festival des 3 Continents propose des films de fictions et des documentaires d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. Cette spécialisation géographique, pionnière en son temps, ne résume pas l’identité du Festival, elle est une des formes de ce qui l’anime et le distingue : la passion et la curiosité, le goût de la découverte et des rencontres, l’amour des films du Sud et la volonté de les servir.

Depuis sa création, le Festival des 3 Continents a constamment fait preuve d’un flair certain dans sa programmation. De nombreux hommages ont fait date : Raj Kapoor (Inde) en 1984, nouvelle vague argentine dès 1997 et à nouveau en 2002, Melvin Van Peebles en 1979 (USA), Tolomouch Okeev (Kirghistan) en 2002, Satyajit Ray (Inde) en 2006…

La Compétition a également ses titres de gloire : Souleymane Cissé (Mali) en 1979, Hou Hsiao-hsien (Taïwan) en 1984, Abbas Kiarostami (Iran) en 1987, Wong Kar-wai (Hong-Kong) en 1991, Tsai Ming-liang (Taïwan) en 1993, Jia Zhang-ke (Chine) en 1998 et bien d’autres encore… Le Festival des 3 Continents a été et restera un lieu de découvertes et de rencontres, un lieu d’échange et de passion.

Service de presse
Festival des 3 Continents de Nantes

Voir aussi l’article de Kevin Saint-Jean sur le festival 3 Continents de Nantes

Les Genevois ont afflué au 20e festival de cinéma Filmar en América Latina

Nous transcrivons un article de la Tribune de Genève de lundi dernier qui publie les films primés du vingtième festival Filmar en América Latina. Deux films cubain et péruvien ont été récompensés, ont indiqué les organisateurs à l’issue de ce festival qui a accueilli durant les trois semaines vingt mille spectateurs.

Photo : Filmar Genève

Le festival Filmar en América Latina, qui célébrait cette année son 20e anniversaire, a autant séduit voire davantage les Genevois que lors des précédentes éditions. Selon les premières estimations, l’affluence sur deux semaines pourrait même être supérieure aux dernières années où elle a atteint environ 20 000 personnes.

Des soirées supplémentaires sont prévues sur un site jusqu’à mardi. La fréquentation dans les principales salles partenaires «a augmenté», a relevé la directrice du festival, la cinéaste genevoise d’origine chilienne Vania Aillon.

Les 90 films ont été montrés à Genève mais aussi plus largement dans le canton et en France voisine. Deux nouveaux sites étaient prévus. «Nous sommes fiers d’œuvrer pour la diffusion de ce cinéma qui a le vent en poupe» et de diffuser des films qui ne sont, pour la plupart, pas projetés en Suisse, s’est félicitée Vania Aillon.

Parmi les deux films récompensés, Un traducteur de Rodrigo et Sebastián Barriuso a remporté le Prix du public. Le premier a salué «un honneur» que le film ait été désigné par le public. Tournée à Cuba, cette coproduction cubano-canadienne, inspirée de l’existence du père des deux jeunes réalisateurs, raconte le quotidien d’un professeur de littérature russe à l’université de La Havane en 1989. Celui-ci est détaché à l’hôpital pour une mission spéciale auprès d’enfants victimes de la tragédie de Tchernobyl. Le film montre la rencontre de cet homme avec un jeune patient. Le prix du public est doté de 4 000 francs suisses.

De son côté, la fiction Retablo du Péruvien Alvaro Delgado-Aparicio, a reçu le prix du Jury des jeunes, alimenté du même montant. «Très heureux», le réalisateur a relevé que cette œuvre, tournée au sein d’une communauté autochtone, mettait notamment l’accent sur la diversité. Dans un village de montagne au Pérou, un artisan réputé enseigne à son fils l’art des retablos, crèches décoratives vendues à l’église ou à des familles. Le jury a salué un film qui porte sur «les conséquences dramatiques» provoquées parfois par des valeurs patriarcales. Outre les films, une discussion sur les défis de tourner en Amérique latine a réuni des cinéastes et producteurs. La 21e édition aura lieu du 15 novembre au 1er décembre 2019.

La Tribune de Genève

Festival Filmar

Camilo Catrillanca, jeune Mapuche tué sans aucune justification par la police chilienne

Des plaintes pour vol de voiture dans une petite ville d’Araucanie, puis Camilo Catrillanca, un jeune mapuche tué par balle par le commando «Jungle» des forces de sécurité chilienne. Une carte mémoire de caméra embarquée qui est détruite. Un témoin de 15 ans qui aurait été torturé. Un journaliste révèle l’existence d’une liste de personnalités mapuches surveillées. Tout cela dans le climat militarisé d’une zone rurale où un peuple indigène tente de défendre ses droits face aux grandes entreprises forestières.

Photo : Alberto Valdés (EFE)

Cela pourrait être la quatrième de couverture d’un nouveau thriller, le Millenium sud-américain. Mais il s’agit de la nouvelle affaire secouant le Chili depuis quelques semaines. Le temps passe et les circonstances de la mort de Camillo Catrillanca se troublent de plus en plus. Le 14 novembre dernier, dans la commune d’Ercilla, à 600 kilomètres au sud de Santiago, trois véhicules de professeurs d’une école sont volés. Selon les forces de police, la suite de l’enquête mène les gendarmes à la communauté mapuche de Temucuicui. À leur arrivée sur place, une fusillade éclate et Camillo Catrillanca est tué alors qu’il tentait de fuir.

Dès la mort du jeune homme, des voix s’élèvent pour demander à ce que les circonstances du drame soit éclaircies. Le vice-président et ministre de l’Intérieur, M. Patricio Chadwick, annonce le 16 novembre que Camillo Catrillanca avait des antécédents judiciaires. Peu de temps après, sa famille rend public l’extrait du casier judiciaire de la victime, et M. Chadwickre revient sur ses déclarations. Camilo Catrillanca n’avait pas d’antécédents judiciaires mais était connu des services de police.

Par ailleurs, les gendarmes ne peuvent pas prouver que Camilo Catrillanca était lié au vol de voiture. Plus grave, il est rapidement établi qu’il ne fuyait pas et qu’il a été abattu d’une balle à l’arrière de la tête alors qu’il était au volant de son tracteur. Un adolescent de 15 ans l’accompagnait et devient ainsi le principal témoin de sa mort. Arrêté par les forces de l’ordre, l’identité de l’adolescent est gardée secrète.

Le 21 novembre, le Général Hermes Soto, à la tête du corps des Gendarmes, déclare devant la commission Sécurité de la Chambre des députés qu’un de ses hommes a détruit la carte mémoire de sa caméra embarquée. Ce gendarme portait en effet, lors de l’opération ayant aboutie à la mort de Camilo Catrillanca, une caméra GoPro dont les images auraient pu éclairer les circonstances du drame. La raison avancée pour expliquer cette destruction est que cette carte mémoire contenait également des images intimes de lui et de sa femme.

Le jeune témoin qui accompagnait Camilo Catrillanca au moment du drame reste ainsi la seule source disponible pour que la justice puisse comprendre le déroulement des évènements. De nouveau, les méthodes des forces de l’ordre sont remises en question. L’Institut des Droits Humains a ainsi annoncé porter plainte contre l’État, disant avoir la preuve que ce jeune homme avait été victime de torture lors de sa détention.

Plusieurs éléments inquiètent la défense. L’avocat de la famille Catrillanca réclame en effet la restitution des vêtements de la victime, ceux-ci ayant mystérieusement disparus entre le moment de sa mort et son arrivée à l’hôpital. Toutefois, d’après les premiers éléments de l’enquête, aucune trace de poudre n’a été relevée, que ce soit sur les vêtements ou sur le corps de Camilo Catrillanca, mettant à mal la thèse d’un affrontement armé. Par ailleurs, l’enquête établit que 21 douilles de balles ont été retrouvées sur les lieux, ce qui effrite un peu plus la version officielle des gendarmes, qui disent avoir répliqué de manière proportionnelle à des tirs.

De plus, le groupe de gendarmes qui a pris en charge cette affaire de vol de voiture est un commando surnommé «Jungle». Il s’agit d’une unité de 80 hommes récemment créée, formée aux États-Unis et en Colombie à la lutte armée contre les narcotrafiquants en terrain hostile. Une partie de l’opposition s’est interrogée quant à la pertinence d’une telle unité dans le cadre de la lutte contre les Mapuches, mettant en avant la faible dangerosité des mouvements de défense indigènes et questionnant l’assimilation des Mapuches à des réseaux terroristes.

Surtout, ce groupe ne devait intervenir, selon ses ordres de mission, que dans le cas d’affrontements entre les forces de l’ordre et des groupes armés. Il est donc incompréhensible pour une partie de l’opinion publique que ce soit ce commando qui ait pris en charge ce qui au départ n’était qu’une affaire de vol de voiture. Les groupes mapuches et leurs sympathisants soupçonnent ainsi une volonté de militariser tout délit impliquant les communautés indigènes. Par ailleurs, comme le souligne la Comission Interaméricaine des Droits de l’Homme, Camilo Catrillanca était connu pour avoir été un des leaders des manifestations étudiantes en 2011 et était un des porte-paroles de sa communauté.

Enfin, le 27 novembre dernier, un journaliste du média d’investigation Centro de Investigación e Información Periodistica (Centre d’Investigation et d’Information Journalistique) révèle l’existence d’un fichier policier listant les principaux meneurs des organisations mapuches. Ce document a été élaboré par la Unidad de Inteligencia Operativa Especializada de Carabineros (Unité Spécialisée du Renseignement Opérationnel des Gendarmes). Cette unité aujourd’hui dissoute est également celle qui est impliquée dans «l’affaire Ouragan», un cas ayant révélé la fabrication de fausses preuves par cette unité pour pouvoir inculper plusieurs mapuches de crimes et délits qu’ils n’ont pas commis.

Ce fichier, recensant de nombreuses personnalités mapuches, comprend à la page 24 les membres de l’Alianza Territorial Mapuche (Alliance Territoriale Mapuche), une organisation défendant les droits de la communauté. Cette organisation est non-violente et a été à plusieurs reprises sollicitée par les différents gouvernements pour travailler sur les problématiques liées aux Mapuches. Le grand-père de Camilo Catrillanca, Juan Segundo Catrillanca, à la tête de l’organisation, et d’autres membres ont même participé à des réunions de travail à la Moneda lors du premier gouvernement Piñera (2010-2014). Le document contient également des commentaires sur les opinions politiques et les amitiés (sur les réseaux sociaux) de nombreux membres d’organisations mapuches diverses.

Pour le moment, l’enquête n’a pas permis d’établir qui a tiré sur Camillo Catrillanca. Le Ministère Public a ouvert trois enquêtes. La première concernant le vol de voiture initiale, la deuxième sur la mort de Camilo Catrillanca, et la troisième porte sur la destruction de preuves et les faux témoignages des policiers impliqués. Une quatrième pourrait être ouverte à partir de la plainte de l’Institut des Droits Humains concernant les actes de torture subis par le jeune témoin.

La Commission Interaméricaine des Droits Humains a fait part de sa préoccupation et appelle l’État chilien à enquêter de manière impartiale et rappelle que les forces de sécurité sont tenues de respecter les normes du droit international. Des sanctions administratives ont déjà été prises à l’encontre des gendarmes. Quatre hommes du commando «Jungle» ont été exclus des forces de police, le général et le préfet des forces de sécurité en Araucanie ont été contraint de démissionner. Par ailleurs, l’Intendant régional, nommé par le président, a quitté ses fonctions. Le président Sebastián Piñera s’est rendu dans la région à l’occasion de la nomination du nouvel Intendant.

Ces tristes évènements ont évidemment engendré plusieurs manifestations, aussi bien en Araucanie qu’à Santiago. Plusieurs affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestants ont éclaté, y compris dans le cortège funéraire menant Camilo Catrillanca à sa dernière demeure. Celui-ci rejoint les nombreux mapuches tués ces dernières années en Araucanie, conséquence directe d’une militarisation toujours plus importante du conflit social, avec toutes les violences que cela engendre.

Rai BENNO
Depuis Santiago du Chili

La venue à Lyon de la réalisatrice vénézuélienne Alexandra Henao pour le festival Documental 2018

La douzième édition du festival «Documental : l’Amérique latine par l’image» a accueilli la réalisatrice vénézuélienne Alexandra Henao, dans le cadre d’une collaboration avec le festival «Documenta» de Caracas. Elle a présenté son long-métrage documentaire Kuyujani envenenado à l’Institut Cervantès le mardi 20 novembre, son film étant en lice pour les prix du jury et des spectateurs décernés à la fin du festival.

Photo : Beto Benitez (Pérou)

Alexandra Henao est vénézuélienne. Elle est diplômée en communication sociale (Université Catholique André Bello, Caracas, Vénézuela) et en cinématographie (Nation Film & TV School, Beaconsfield, Angleterre). Directrice cinématographique et de la photographie, les courts et longs métrages qu’elle a réalisés ont tous été primés dans son pays d’origine ainsi qu’à l’international.

La réalisatrice s’est rendue à Lyon la semaine dernière afin de présenter un long-métrage sur les questions amérindiennes et écologiques au festival «Documental, l’Amérique latine par l’image». C’est dans le cadre d’une collaboration avec le festival «Documenta» de Caracas que la structure culturelle Espaces Latinos a eu l’honneur d’accueillir Alexandra Henao.

Entre 2010 et 2016, la réalisatrice vénézuélienne s’est rendue à trois reprises dans les communautés Yekuana et Sanema qui souffrent d’une catastrophe humaine et environnementale. En effet, ces peuples risquent de disparaître sous peu car les lacs qui traversent leurs territoires et dont ils se servent pour les activités quotidiennes sont empoisonnés au mercure. Cet élément chimique que les locaux appellent le «vif d’argent» est utilisé pour extraire l’or des exploitations minières qui se développent de manière exponentielle sur les territoires indigènes. Jusqu’à 2016, ce commerce était absolument illégal mais n’en demeurait pas moins réel. Kuyujani envenenado montre l’impossible affrontement entre les communautés Yekuana et Sanema et ceux qui bénéficient de cette activité illégale et l’autorisent, au détriment des locaux et de leur santé. Le documentaire met en exergue l’implication de commanditaires militaires dans ce commerce qui, loin de le faire cesser, l’alimentent.

Les différentes séquences du film montrent l’altération du quotidien de ces peuples à cause d’activités polluantes, dangereuses et très rentables, dans un Vénézuela en crise économique. On ne peut que regarder, abasourdi, cette réalité qui nous est si lointaine se déployer devant nous, et se sentir révolté par cette injustice. L’approche humaniste et militante de la réalisatrice est frappante en ce qu’elle montre le bienfondé des revendications des Yekuana et Sanema qui, malheureusement, sont les laissés-pour-compte de ce désastre sanitaire et écologique.

Le mercredi 21 novembre, c’est à l’École Normale Supérieure de Lyon que son documentaire a été projeté, en miroir avec le court-métrage Mi territorio, de Cécile Spanu et Arturo Rodríguez, lors d’une double-projection, suivie d’un échange avec le public.

Nina MORELLI

De gauche à droite : Nicolas Olivares Pereda, Alexandra Henao, Cécile Spanu, Arturo Rodriguez, Nina Morelli – Crédit : ENSeguida

“Les populations amérindiennes, la terre et l’écologie : un dialogue latino-américain”, une rencontre de réalisateurs à l’Ecole normale supérieure de Lyon

Dans le cadre du 12e festival «Documental : l’Amérique latine par l’image», les Nouveaux Espaces Latinos et ENSeguida, association latino-américaniste de l’ENS de Lyon ont organisé à l’ENS, avec le soutien de l’association écologiste ENvertS, une double projection de documentaires sur la condition de peuples amérindiens du Venezuela (communautés Yekuana et Sánema) et du Mexique (communauté Maya). Celle-ci s’est prolongée par une discussion avec les réalisateurs.

La rencontre a été modérée par Nina Morelli et interprétée par Nicolás Olivares Pereda. Les deux projections ont été suivies par un échange avec les réalisateurs Alexandra Henao (Kuyujani envenenado, Vénézuela), Cécile Spanu et Arturo Rodríguez (Mi territorio, France et Mexique). La rencontre a débuté avec une première interrogation : comment, en tant que réalisateur, peut-on s’intégrer à ces communautés indigènes ? Dans le cas d’Alexandra Henao, c’est un chef Yekuana qui lui a demandé de venir faire un documentaire sur une des fêtes traditionnelles les plus connues de cette communauté. Une fois sur place, elle a décidé de centrer son film sur la question des mines et des lacs empoisonnés au mercure, devant l’urgence de la situation.

Cécile Spanu et Arturo Rodríguez, sont initialement allés dans des communautés indigènes au Mexique afin de filmer et d’interroger des spécialistes sur des questions écologiques et agricoles, dans le cadre d’un projet documentaire plus vaste. L’association Maderas del pueblo les a introduit dans une petite communauté maya. Cette association aide à l’autonomisation des peuples indigènes. Ils insistent sur le fait qu’ils n’ont pas eu à faire beaucoup d’efforts pour s’intégrer : c’est bien plus la communauté qui les a intégrés.

L’échange s’est poursuivi sur les différences de modes de vie. Cécile Spanu et Arturo Rodríguez ont mis en avant ce qu’était le concept de «communauté». Ils ont découvert un tout, un fonctionnement harmonieux. Le rapport de la communauté à l’environnement est fusionnel. Arturo Rodríguez raconte le plaisir qu’il y a à se dire : «ce fleuve, c’est chez moi, cette forêt, c’est chez moi aussi. Finalement, pour nous qui cherchons une solution écologique et une manière de repenser notre vie avec le territoire, tout est déjà là. Ces peuples vivent selon le rythme de la nature, leur calendrier dépend de la croissance du maïs, et résulte donc d’une l’osmose avec la nature.»

La question du rapport à la modernité a également été abordée. Arturo Rodríguez raconte ainsi que ces communautés ne comprennent pas «l’idée d’avoir des cartes de crédits, le fait de ne pas être payé directement avec de l’argent, sinon de manière virtuelle». Le concret est bien plus ancré : les membres de la communauté qu’ils ont fréquentés ne veulent que ce dont ils ont besoin, aux niveaux matériel et pratique. Il y a malgré tout un certain sens de la modernité, car ils utilisent des moteurs et des panneaux solaires.

Les communautés amérindiennes du Venezuela, les Yekuana et les Sánema ont attisé la curiosité du public. Des questions ethnologiques ont été posées à Isabel Soto, chorégraphe et danseuse qui a vécu avec ces communautés pendant plusieurs mois. Les spectateurs se sont demandés quel était le rapport de ces peuples au territoire. Cela a permis d’ouvrir le débat sur la question des peuples déplacés. Arturo Rodríguez et Cécile Spanu ont  expliqué que la communauté Maya dans laquelle ils vivaient était constituée de personnes déplacées de leur territoire d’origine (pour l’exploitation de leur ancienne terre), et que «ces gens étaient plutôt contents d’avoir une terre à eux, sur laquelle ils puissent vivre en paix, et qu’ils peuvent s’approprier». La position d’Alexandra Henao était toute autre. Elle a mis l’accent sur le lien étroit entre les peuples des régions de l’Amazonas à leurs territoires. Elle a notamment insisté sur le choc du déplacement qui «serait une vraie rupture dans leur système de vie ancestral. Le lien au territoire est essentiel pour la survie de la communauté et pour la perpétuation de leur culture».

La discussion sur les communautés indigènes a amené une question sur les  métissages entre les communautés Sánema et et Yakuana et les «créoles» (c’est-à-dire toute personne non indigène). Isabel Soto a expliqué qu’il n’y a que peu de mélanges et que les communautés citées sont deux peuples très différents. Il n’y a presque pas de cas de couples mixtes, entre différentes communautés, et de même avec des créoles. Quoiqu’il en soit, elle a insisté sur le fait que toute personne née dans la communauté, qui y a grandi, qui en maîtrise la langue et la culture est parfaitement intégrée dans cette communauté, qu’il soit métisse ou non. Il n’y a pas de telle distinction qui soit faite, même si les cas sont rares.

Suite à cela, la discussion est devenue politique. Dans le documentaire Kuyujani envenenado plusieurs séquences montrent des militaires et leurs rapports aux mineurs illégaux qui pénètrent dans les territoires indigènes. La réalisatrice a expliqué qu’il lui était impossible de filmer les militaires : elle a été obligée de placer des caméras cachées sur les chefs indigènes qui allaient à leur rencontre. Dans d’autres séquences, on voit des assemblées qui réunissent les chefs des communautés indigènes, les militaires et la ministre des Peuples Indigènes Aloha Núñez, qui évoquent les différentes lois quant au respect des territoires indigènes.

Le documentaire vénézuélien concerne la période 2010-2016. Lors du débat, la question de l’état actuel du problème sous la gouvernance de Nicolás Maduro a été posée. En 2016, le président vénézuélien a signé un accord autorisant l’extraction d’or dans un arc minier au sein de ces territoires. Désormais, l’exploitation, en plus d’être extrêmement polluante, n’est plus illégale. Sa dangerosité pour l’environnement et la santé des populations est totale. Les mineurs ne respectent pas les frontières de l’arc minier et c’est ainsi 52% du territoire des indigènes qui est exploité. L’accord du gouvernement pour l’exploitation intensive de ces ressources minières s’explique par la chute des prix du pétrole, qui était le revenu principal de l’État vénézuélien. L’extraction de l’or au mercure est devenu pour le pays une nouvelle ressource économique.

Les territoires miniers souffrent également de pressions externes, comme celle du Cartel del Sol (cartel de militaires), qui récupère une grande partie des ressources des extractions minières. C’est ce qui amène Alexandra Henao à parler du Vénézuela comme d’une dictature narco-militaire. Elle rappelle également que, malgré les lois pour les droits de ces communautés mises en place par Hugo Chávez, les accords n’ont jamais été appliqués. La séquence dans laquelle apparaît la Ministre des Peuples Indigènes incarne ce dialogue et cette mise en pratique impossibles : tout son discours vise à éviter de répondre aux protestataires et à plutôt mettre en avant la révolution menée par Chávez et sa lutte pour les peuples indigènes.

Le débat s’est ouvert sur d’éventuelles situations similaires dans d’autres pays d’Amérique latine. Alexandra Henao a donné quelques exemples, comme celui de peuples indigènes en Colombie, dont le taux de contamination au mercure est tel que les premiers effets à long-terme se font déjà remarquer, surtout chez les enfants. Au Brésil, le nouveau président Bolsonaro compte développer l’exploitation minière dans le pays. Le Pérou rencontre aussi ce genre de problèmes, mais dans aucun des cas évoqués le gouvernement ne prend des mesures contre ce qu’on peut appeler des écocides et des génocides.

Les réalisateurs ont transmis une note finale positive malgré tout. Aborder ces questions grâce au cinéma documentaire permet de soulever une indignation et créer des dynamiques des mobilisations et des lutte. C’est aussi, pour Cécile Spanu et Arturo Rodríguez, «une bonne chose que d’apprendre que les solutions écologiques que nous cherchons aujourd’hui existent déjà chez ces communautés indigènes. Nous avons donc beaucoup à apprendre d’eux.»

Ève LE FESSANT COUSSONNEAU

EnSeguida

Librairie Ici : une nouvelle libraire indépendante s’installe à Paris. Une librairie riche et design

Depuis le 26 octobre dernier, la librairie Ici a ouvert ses portes à Paris sur le boulevard Poissonnière à Paris 2. Riche d’un large choix d’ouvrages, elle prend le pari d’offrir une pratique renouvelée de la librairie.

Photo : Librarie Ici

L’événement est à marquer d’une pierre blanche tant il est rare : près de vingt ans se sont écoulés depuis la dernière ouverture d’une librairie de l’ampleur de la librairie Ici, à Paris. Derrière un nom où l’on devine la singularité d’un espace qui veut devenir un point de rendez-vous emblématique, se cache une librairie généraliste design et très riche. Au total, c’est près de 40 000 ouvrages référencés en littérature, sciences humaines, jeunesse, bandes dessinées, beaux-arts, vie pratique, entreprise, tourisme et parascolaire. Le tout réparti sur près de 500 m2, deux étages au design sobre, épuré et lumineux.

Ce nouveau lieu, on le doit à deux associées, Delphine Bouétard et Anne-Laure Vial qui outre une passion sincère pour le livre, partagent une expérience riche à la direction de maisons d’éditions prestigieuses ou de magasins de grands groupes comme Virgin. Formées aux enjeux et aux nouveaux usages de la librairie, elles ont pu créer un lieu qui répond aux besoins d’un public en recherche d’un supplément d’âme et de nouvelles pratiques.

Un nouvel espace de convivialité

C’est pourquoi la librairie Ici se pense aussi comme un espace convivial qui contribue à sa manière à la vie de quartier. Au-delà des rendez-vous réguliers avec des auteurs, la librairie organise chaque samedi des activités pour les enfants (lecture d’une histoire par un conteur professionnel, réalisation de bande-dessinée, atelier pop-up…), des débats, de la lecture dessinée… Chaque rencontre et débat se déroulent sur une scène avec gradins et sont captés en direct et diffusé sur les réseaux sociaux de la librairie. La librairie Ici est aussi un café, en partenariat avec les cafés Coutume.

Cette formule d’espace aux multiples usages rappelle beaucoup celle du tiers-lieu, que l’on pourrait définir comme un lieu où l’on aime se retrouver pour travailler, se reposer, chercher à se sociabiliser : ce n’est pas notre lieu de travail, ce n’est pas notre domicile, c’est encore autre chose. Devenu l’apanage des nouvelles pratiques culturelles et artistiques dans la capitale, la déclinaison littéraire du tiers-lieu n’existait pas encore. Au final, une formule dont on peut imaginer le succès sous sa forme de librairie, tant elle épouse les nouvelles pratiques de consommation.

Kévin SAINT-JEAN

Librairie Ici. 25, bd Poissonnière (Paris IIe). 01 85 01 67 30. Horaires: du lun. au sam. de 10 h à 20 h.  SITE

Filmar América Latina à Genève : Vingt ans pour grandir et devenir incontournable

Le festival Filmar América Latina fêtera ses vingt ans du 16 novembre au 2 décembre 2018. Le public, fidèle à ce festival qui contribue au rayonnement de Genève, ville internationale et de culture, pourra rencontrer 26 invités, réalisateurs, réalisatrices, acteurs, actrices, producteurs et productrices venus d’Europe et d’Amérique latine. Les festivaliers découvriront 90 œuvres cinématographiques, une exposition d’affiches de films, et assisteront à d’autres temps forts, dont une table-ronde sur les défis de filmer en Amérique latine.

Photo : Presse Filmar

«En créant des liens avec d’autres acteurs et actrices culturels, Filmar prouve son ancrage dans le tissu genevois. 20 ans donc pour grandir et devenir incontournable : cette édition, j’en suis sûr, le prouvera de la plus belle des manières», déclare le Maire de Genève, M. Sami Kanaan, Conseiller administratif en charge de la Culture et des Sports. Sous la houlette de sa directrice, la réalisatrice genevoise d’origine chilienne Vania Aillon, Filmar prendra ses quartiers à Genève, au Petit-Lancy, à Carouge, Plan-les-Ouates, Versoix, Annemasse, Ferney-Voltaire, Gex et St-Julien-en-Genevois.

Découvreur de talents, le festival Filmar en América Latina, la manifestation suisse la plus importante dédiée aux cinématographies latino-américaines, proposera, dans la section Focus Sud, huit films en compétition pour le prix du public et huit premières œuvres de cinéastes dans la section Opera Prima. «Filmar donne du prestige à des cinéastes et à des films de tous les pays du continent y compris les plus petits», affirme Jean-Pierre Gontard, président de l’Association Cinéma des Trois Mondes, qui chapeaute le festival depuis sa création.

Suivi par quelque 20 000 spectateurs payants par édition, Filmar est un des rares festivals qui se finance à hauteur de 30 % grâce à la billetterie. «Le Festival Filmar a permis de voir l’évolution des 20 dernières années du cinéma latino-américain. Avec plus d’un millier de films présentés, le public a pu suivre la carrière de cinéastes dont Pablo Trapero, Fernando Pérez, Fernando Solanas, Patricio Guzmán, Walter Salles, Arturo Ripstein, Lucrecia Martel, Sergio Cabrera, Pablo Larraín. Ces dix dernières années, le festival a invité 159 cinéastes, acteurs, actrices, producteurs et productrices», rappelle Gérard Pérroulaz, co-fondateur de Filmar. Vania Aillon précise que «le public pourra également revoir cinq long-métrages cultes, grâce à la carte blanche offerte à Edouard Waintrop, actuel directeur des Cinémas du Grütli et ancien Délégué de la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes».

16 films en compétition

Œuvres Focus Sud en compétition pour le prix du Public : Cabros de mierda, de Gonzalo Justiniano (Chili, 2017, fiction) ; Eugenia, de Martin Boulocq (Bolivie/Brésil, 2017, fiction) ; Ex- Pajé / Ex-Shaman, de Luis Bolognesi (Brésil, 2018, documentaire) ; La camarista, de Lila Avilés (Mexique, 2018, fiction); Los fantasmas del Caribe, de Felipe Monroy (Colombie/France/Suisse, 2018, documentaire) ; Sueño Florianópolis / Florianópolis Dream, de Ana Katz (Argentine/Brésil/France, 2017, fiction) ; Teatro de Guerra / Theatre of War, de Lola Arias (Argentine/Espagne, 2018, documentaire) ; Un traductor, de Rodrigo et Sebastián Barriuso (Cuba/Canada, 2018, fiction).

Films Opera Prima en compétition pour le prix du Jury des jeunes : El silencio del viento,de Alvaro Aponte-Conteno (Porto Rico/République dominicaine/France, 2017, fiction) ; En el pozo, de Bernardo et Rafael Antonaccio (Uruguay, 2018, fiction) ; Enigma, de Ignacio Juricic Merillán (Chili, 2018, fiction) ; La omisión, de Sebastián Schjaer (Argentine/Suisse/Pays-Bas, 2018), fiction ; Los débiles / The Weak Ones, de Raul Rico et Eduardo Giralt Brun (Mexique, 2017, fiction) ; Miriam miente / Miriam Lies, de Natalia Cabral et Oriol Estrada (République Dominicaine/Espagne, 2017, fiction) ; Retablo, de Álvaro Delgado-Aparicio (Pérou/Allemagne/Norvège, 2017, fiction) ; Virus tropical, de Santiago Caicedo et PowerPaola (Colombie, 2017, animation).

26 invités à rencontrer

Les spectateurs ont rendez-vous avec les producteurs Gema Juárez Allen (Argentine) et Dan Wechsler (Suisse), l’actrice et réalisatrice argentine Ana Katz, les scénaristes et réalisateurs Bernardo et Rafael Antonaccio (Uruguay), les cinéastes Álvaro Aponte-Centeno (Porto Rico), Rodrigo Barriuso (Cuba), Gonzalo Justiniano, Ignacio Juricic Merillán, Andrés Lübbert (Chili),Juan José Lozano, Jorge Cadena, Felipe Monroy (Colombie),Leonardo D’Antoni (Argentine), Álvaro Delgado–Aparicio (Pérou),Marcelo Martinessi (Paraguay), l’actrice et le réalisateur boliviens Andrea Camponovo et Martín Boulocq, les réalisateurs Natalia Cabral etOriol Estrada (République dominicaine et Espagne), les réalisatrices Violeta Ayala et Lula Gómez (Bolivie et Argentine), la co-scénariste et dessinatrice colombienne Powerpaola et l’actrice franco-colombienne Mélanie Delloye-Betancourt, ainsi qu’avec le directeur des Cinémas du Grütli Edouard Waintrop et le critique de cinéma Bertrand Bacqué (France). La cérémonie de clôture aura lieu le dimanche 2 décembre à L’Alhambra de Genève,

Filmar en América Latina est soutenu par la Ville de Genève, le Canton de Genève, la Fédération genevoise de coopération, la Loterie romande, Artlink, le Pour-cent culturel Migros (qui soutient les jeunes réalisatrices et réalisateurs dans le cadre de la table-ronde), Traditions pour Demain, Helvetas, Terres des Hommes Suisse, la Centrale sanitaire Suisse romande CSSR, Eirene et Casa Alianza. Par ailleurs, le Bureau de l’intégration des étrangers du Canton de Genève apporte son soutien à deux séances gratuites, l’une au Cinéma Bio de Carouge et l’autre à la Julienne de Plan-les-Ouates. Sans oublier, en France voisine, le soutien de Encuentro de Dos Mundos.

 Service de presse Filmar

Festival Filmar en América Latina – 17, rue Necker – CH-1201 Genève + 41 (0) 22 732 61 59 – +41 (0) 79 649 71 45 Facebook | Twitter| Instagram | www.filmar.ch

«Voces de Santa Lucia» de Marcos Oyarzábal : récit des survivants de la dictature en Uruguay

Avec ce documentaire plusieurs fois sélectionné en festivals en Amérique latine, l’association ¿Dónde Están? nous propose en cette fin d’année un film nécessaire et bouleversant, dans lequel la parole des victimes de la dictature en Uruguay forge la mémoire des disparus et participe à leur réhabilitation. Le documentaire est programmé à Paris, Lyon et Grenoble.

Photo : Donde Están?

Synopsis : Dans la ville de Santa Lucia située à une soixantaine de kilomètres au nord de Montevideo, capitale de l’Uruguay, une caméra suit et enregistre la voix de femmes et d’hommes. Ce sont les témoignages d’anciens prisonniers ou de leurs proches recueillis entre 2013 et 2015. Les survivants de la dictature uruguayenne (1973-1985) prennent ainsi la parole tour à tour pour nous raconter avec douleur les persécutions et atrocités qu’ils ont subies et se rappeler la disparition de leurs proches.

Lutter contre l’impunité

«Voces de Santa Lucia» est un court-métrage de 25 minutes réalisé par Marcos Oyarzábal. Il compile et complète le travail de prises de paroles citoyennes initié à Santa Lucia en 2013 par un collectif de femmes coordonné par Maria Julia Listur. Ces prises de paroles ont été réalisées pour permettre aux victimes de rendre compte des crimes organisés par la dictature civico-militaire, dont la dénonciation aujourd’hui est encore laissée sans réponses. Pour Elena Salgueiro, de l’association ¿Dónde Están?, «la «loi de caducité de la prévention punitive de l’État» n’est toujours pas abrogée. Les crimes ne peuvent pas être jugés et les gouvernements récents n’ont pas fait beaucoup avancer la chose même s’il existe une commission gouvernementale qui est chargée de ces affaires avec un procureur spécialisé». A l’écran, la douleur est donc aussi celle de la société civile, de ces milliers de femmes et d’hommes qui dénoncent l’impunité des responsables de ces crimes plus de trente ans après les faits. Aujourd’hui le collectif derrière «Voces de Santa Lucia»  travaille à la réalisation d’un second film, «Voces de Canelones». Il inscrit sa démarche dans une série plus vaste dont l’objectif est de «réaliser un recueil de mémoire le plus important possible».

Diffuser la mémoire des victimes de la dictature

Pour l’association ¿Dónde Están?, ce film est aussi un objet politique qui permet aujourd’hui le débat et la réflexion sur cette période dans les villes uruguayennes où il est projeté. Aujourd’hui les victimes de cette histoire vieillissent et le risque de perdre leurs précieux témoignages est grand. Beaucoup reste à faire et la mise en lumière récente d’une parole féminine sur les tortures sexuelles commises par le régime et ses hommes (mouvement de la Cause des 28 femmes) témoigne de l’urgente nécessité de continuer à libérer la parole au nom de la vérité. Déclaré «d’intérêt culturel» par le Ministère de l’Éducation et de la Culture Uruguayen, Mention Spéciale du Jury au 8e Festival International du Film Documentaire en Uruguay Atlantidoc, sélectionné au 16e Festival International des Droits Humains de Buenos Aires, sa reconnaissance a permis à beaucoup d’Uruguayens de se réapproprier cette histoire et à l’opinion publique mondiale de la découvrir.

Kévin SAINT-JEAN

Voces de Santa Lucia sera projeté en cette fin d’année en France par l’association ¿Dónde Están? dans le cadre d’une séance débat en compagnie de María Julia Listur, protagoniste du film et promotrice du projet. Le 22 novembre à Grenoble, Amphi 6, Batiment Stendhal, Université Grenoble-Alpes, 18 h, le vendredi 23 à la Mairie de Lyon sixième à 18 h 30 et à Paris à la Maison de l’Amérique latine le mardi 27 novembre à 18 h 30

¿Dónde Están? : depuis 1997 l’association agit pour informer sur la situation en Uruguay à travers l’organisation d’activités culturelles et de conférences. Elle lutte pour rendre visible les crimes contre l’Humanité commis par la dictature civico-militaire uruguayenne de 1973 à 1985, tout en accompagnant les familles des victimes et les associations qui mènent au quotidien un travail de mémoire sur cette période.

Les mains du «Che», un roman plein d’aventures de Serge Raffy qui revisite l’Histoire

Serge Raffy, journaliste reconnu, biographe de Fidel Castro parmi d’autres, et romancier, propose avec ce roman une histoire d’amour, d’amitiés, d’aventures, d’espionnage qui se déroule à partir des années soixante en Europe et en Amérique latine et qui tourne autour d’une question troublante : et si Ernesto Guevara, le Che, n’était pas mort le 7 octobre 1967 ?

Photo : Seuil 

Hector Mendez, un père d’origine espagnole et une mère française, rencontre à Vénissieux, Mila (Djamila), fille d’un combattant algérien du FLN. À l’autre bout du monde, Jaurès Pakuto, un jeune Indien, rêve dans un village perdu du Venezuela d’être photographe, encouragé par un inconnu qui se dit chilien et qui disparaît un jour sans laisser de traces. Hector et Jaurès ont un point commun : l’absence du père. On est au début des années 80.

Devenu journaliste à Bordeaux, Hector finit par se lancer, poussé par les circonstances, dans une enquête à la fois personnelle et historique : le mystère familial (qu’est devenu son père ?) l’intéresse au moins autant que l’Histoire qui, en plus n’est pas très claire à cette époque embrouillée de la guerre froide, avec un camp occidental relativement uni contre le danger communiste et un camp prosoviétique ravagé par les conséquences de la dictature stalinienne qui finiront par provoquer sa chute.

Un des grands mérites de Serge Raffy est de permettre aux lecteurs trop jeunes pour avoir connu cette époque ‒ ou à ceux qui l’ont vécue sans avoir accès à ces informations, qui étaient l’immense majorité ‒ de comprendre les rivalités internes au Parti, les soupçons de tout genre sur tout le monde, surtout les proches, les vengeances sournoises, les calculs en tout genre.

On apprend ainsi que le Che n’a pas été qu’un guérillero luttant dans la forêt vierge, qu’il est passé par l’Afrique, par l’Europe de l’Est où ses rapports avec les autorités soviétiques et leurs représentants n’étaient pas de tout repos. C’est à Prague que s’est préparé le grand retour de Guevara, devenu Ramón Benítez, qui passera, méconnaissable, par Cuba où il rencontre Fidel Castro à plusieurs reprises… dans quelle ambiance ?

Ex nazis, agents du KGB ou de la STASI, homme politiques latino-américains plus ou moins proches de Barbie, qui vivait alors paisiblement en Bolivie, et autres Leni Riefenstahl, réfugiés dans des pays pas particulièrement hostiles, tout ce magma peu reluisant se retrouve autour de l’assassinat du Che et de ses suites : la mort brutale et encore non expliquée de plusieurs personnes impliquées, l’absence du corps et des mains de Guevara, qui avaient été coupées sur son cadavre.

On plonge avec un réel plaisir dans ces mystères historiques, en grande partie parce que, si l’on peut imaginer diverses résolutions à ce problème de la disparition de toute preuve, le fond historique est particulièrement solide (en dehors d’un ou deux détails, la mort prématurée ici de Carlos Fuentes !). Il peut arriver qu’on se sente mal à l’aise dans ce genre de romans qui récrivent l’histoire en jouant sur les faits et la pure imagination. Ce n’est absolument pas le cas avec Les mains du «Che» : Serge Raffy a su trouver le ton et l’équilibre entre les deux pôles pour offrir un pur moment de plaisir enrichissant à son lecteur.

Christian ROINAT

Les mains du «Che» de Serge Raffy, éd. du Seuil, 300 p., 19,50 €.

Bandidos, le nouveau roman de Marc Fernandez, entre Madrid et Buenos Aires

Voilà le nouveau roman de Marc Fernandez, troisième et dernier volet de sa saga hispano-américaine, commencée avec Mala vida sur les enfants volés du franquisme, et poursuivie avec Guérilla Social Club sur les fantômes des dictatures chilienne et argentine. Cette fois, l’auteur nous entraîne dans un tourbillon de péripéties et de suspense entre Madrid et Buenos-Aires, entre un meurtre de photographe de presse en 1997 côté argentin, et un autre meurtre en 2017, à Madrid cette fois, avec le même mode opératoire qui ressemble à une exécution en bonne et due forme.

Photo : Editions Préludes

Le roman s’ouvre sur un rassemblement du souvenir à Buenos-Aires, les gens commémorent ce 20 janvier 2017 l’assassinat vingt ans plus tôt d’Alex Rodrigo, photographe de presse retrouvé une balle dans la nuque. En parallèle, ce même jour, on retrouve à Madrid le cadavre d’une femme tuée elle aussi par une balle dans la nuque. Assez vite, on apprend son identité et on est obligé de faire le lien entre ces deux affaires.

Aussitôt l’enquête commence et les protagonistes du roman se lancent dans la bataille pour établir à tout prix la vérité. Dans le camp madrilène, il y a Diego, journaliste radio, Ana détective privée, Pablo policier de la criminelle, et leur vieux complice, Nicolas retraité des services secrets ; côté argentin, on trouve Léa, journaliste free-lance et Isabel avocate auprès des Grands-mères de la place de Mai. Chacun possède un caractère bien trempé, a su se remettre d’épreuves douloureuses et se bat avec conviction et courage. De profonds liens d’amitié les unissent tels des Mousquetaires des temps modernes. Ils ne reculeront devant aucun danger et devront vaincre leur peur pour aller jusqu’au bout de l’énigme.

L’auteur qui nous promène par chapitres interposés tantôt dans l’été suffoquant de Buenos-Aires, tantôt dans l’hiver glacial de Madrid, connaît bien les deux villes. Il décrit ainsi certains quartiers devenus très branchés et leur transformation due aux promoteurs et à l’argent. Il montre aussi cette société argentine actuelle, oscillant entre vrai désir de démocratie et blessures dues à la corruption ambiante, dans un contexte politique ultra-libéral et la plupart de ses médias soumis au pouvoir.

Il n’épargne pas non plus les journalistes espagnols qui ont perdu comme les politiques la réalité de la rue. Voilà comment d’un simple polar, le roman gagne en profondeur et apprend une multitude de choses sur le passé et le présent des deux pays à un lecteur français parfois peu aux faits de la réalité étrangère.

En résumé nous avons entre les mains une bonne intrigue à relents politiques, servie par un style nerveux et incisif qui rend la lecture facile. L’auteur domine entièrement la montée de la tension et l’accélération des événements des deux côtés de l’Atlantique, avec des morts qui s’enchaînent, de la violence, un enlèvement, le lecteur se trouve enchaîné chapitre après chapitre par le récit captivant, tandis que l’auteur sait aussi réserver des moments de détente, de pure amitié ou d’amour entre ses héros et relâcher la pression pour eux et pour nous.

Il nous conduit ainsi jusqu’à la résolution de l’énigme, dans un monde devenu un peu plus juste, mais à quel prix !

Louise LAURENT

Bandidos de Marc Fernandez, France, éd. Préludes, 320 p., 15,90 euros. Autres œuvres : Mala vida éd. Préludes, Guérilla Social Club éd. Préludes. Marc Fernandez sera présent à Saint Etienne, à la librairie de Paris, 6 rue Michel Rondet, les 22 et 23 novembre à partir de 18 heures, pour l’événement Gueules noires du Polar.

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